Chapitre 8 : Remise en question

« Je n'aurais jamais imaginé remettre un jour en cause la parole de mon père... mes croyances... mes actes. Mais la vérité est là. Indéniable. Je ne peux fermer les yeux sur elle. Ce serait une erreur, et elle resterait inchangée. »
 
Chapitre 8 : Remise en question

 
 
|23 septembre 1976 – Poudlard – Grande Salle – 7h26|
 
J'étais tranquillement en train de prendre mon petit déjeuner, seule. J'avais encore l'esprit embrumé, fatiguée de ma nuit agitée de rêves. J'essayais de ne pas y repenser en me remémorant mon meurtre de la veille, qui avait encore une fois été un succès. Les flics n'avaient même pas encore réussi à prouver qu'il s'agissait d'un meurtre. Je pouvais donc dormir sur mes deux oreilles. Les policiers ne trouveront rien, comme d'habitude lorsque j'opère. Même s'il leur venait à l'idée de suivre la piste de la mystérieuse fan que j'avais incarné, je m'étais assurée que celle-ci « se souvienne » avoir fait le voyage et rencontré Burtley, et rien ne pourrait prouver qu'elle avait fait quoi que ce soit contre ma victime. Ma cible était morte, les flics pataugeaient, mon client était satisfait et m'avait payé... cette mission était définitivement classée.
Je souris en pensant à ce bilan : j'avais une fois de plus honorée ma réputation. Avec moi, aucun client n'était jamais insatisfait. Aucun contrat n'échouait. J'accomplissais toujours mes missions à la perfection, et dans des délais records.
 
Je sortis de mes pensées en voyant les Maraudeurs arriver dans la Grande Salle. Sirius me remarqua de suite. Faut dire aussi qu'il n'y avait pas beaucoup d'élèves qui se mettaient à part. Ils me saluèrent et se mirent à côté de moi. Ils avaient pris pour habitude de toujours venir vers moi pour me tenir compagnie, sachant que je ne m'étais toujours pas faite d'amie. Mais je dois reconnaître que la découverte d'une Sang-de-Bourbe parmi leurs amis m'avait refroidi. Ça allait me demander de prendre beaucoup plus sur moi. Je savais que la comédie serait plus dure à jouer. Ils me dégoûtaient tellement.
 
-         Bien dormie ? me lança Sirius avec un sourire ravageur.
-         Très bien et toi ? demandai-je sur un ton neutre.
-         Comme toujours ! Dis, tu veux une bonne nouvelle ?
-         Hum ?
-         On va faire une blague aux Serpentard tout à l'heure...
-         « Ouh, ça illumine ma journée dis donc... »   Cool ! Vous allez leur faire quoi ?
-        Ah ça c'est une surprise, mais ça se passera pendant le cours de Slug' !
-         J'ai hâte de voir ça !  « faux cul »
-       Je savais que ça te plairait ! Je commence à te connaître on dirait, me dit Sirius avec un clin d'oeil.
-       « Ah oui ? C'est drôle, je ne partage pas ton avis...»   On dirait en effet !  « Ça me gonfle de toujours dire le contraire de ce que je pense... vivement que cette comédie prenne fin, je commence déjà à en avoir marre »
 
Ils mangèrent en discutant pendant que je retournais dans ma bulle de silence. Les autres élèves commencèrent à affluer dans la salle. Les discussions se firent plus nourries et cette soudaine vague de paroles m'insupporta bien vite. J'aimais le silence et le calme, pas cette agitation qui dérangeait mes pensées. Je bus mon jus de citrouille d'une traite et sortis, laissant mes cibles à des plans « maraudesques » qui ne m'intéressaient pas.
 
Je marchais dans les couloirs, sans savoir où j'allais. Je ne connaissais pas encore très bien l'école et je me perdais souvent. Heureusement, j'avais un bon sens de l'orientation, et je finissais toujours par m'y retrouver. C'est comme ça que je découvrais des chemins plus courts que d'autres, des endroits que je ne connaissais pas encore. Ça venait petit à petit tout ça. Ce n'était pas facile de tout retenir, Poudlard était immense.
Je dus mettre un terme à ma petite balade lorsque ma montre afficha 7h52.
« Je ferais mieux de descendre aux cachots »
Changeant de direction, je me dirigeai d'une démarche souple vers ma salle de classe. Une fois arrivée, je me rendis compte que certains élèves étaient déjà présents, dont la Sang-de-Bourbe. J'essayai au mieux d'ignorer sa présence, mais mon instinct meurtrier refit instantanément surface. Même si j'avais pris la décision de ne pas agir contre elle pour le moment, il m'était impossible de poser les yeux sur elle sans ressentir de haine. C'était plus fort que moi, je n'arrivais pas à enfouir cette rancune qui me rongeait de l'intérieur. Père m'avait toujours parlé des Sang-de-Bourbe comme des êtres inférieurs, voleurs de pouvoirs. Et ayant moi-même été victime de ce genre de vol dans ma jeunesse, je n'avais aucun mal à partager sa haine. C'est pour cette raison que je ne me privais pas pour en tuer quelques uns quand je les identifiais.
Avec elle c'était différent. Je ne pouvais pas la toucher. Et ça m'était insupportable. Lorsque j'avais une proie en tête, en général, il ne s'écoulait que très peu de temps avant que je l'abatte. Rien ne pouvait m'arrêter. Devoir faire exception était difficile à accepter. Je n'aimais pas contraindre mes envies.  

Je ne perdis pas mon masque calme habituel malgré les pensées meurtrières qui me traversaient l'esprit. Il fallait que je reste impassible quoi qu'il arrive. Raison pour laquelle je regardai ailleurs, histoire de ne pas avoir cette putain de proie dans mon champ de vision. Il fallait que je pense à autre chose. Que je me la sorte de la tête. Et pourtant, mes pensées s'égaraient de plus en plus... j'envisageais des scénarios pour la tuer. Je secouai la tête.
« Non Prue... évite de la tuer, même dans ta tête... la traquer pourrait devenir obsessionnel...»
Je soupirai, agacée par la situation. Mon regard croisa malencontreusement le Serpentard qui m'avait fait découvrir les origines d'Evans. Il me regardait avec le même sourire narquois qu'il avait eu la veille, les yeux emplis de provocation à mon égard. Il fronça les sourcils tout d'un coup, prenant l'air de quelqu'un qui se sentait mal. Il fit semblant d'avoir un haut-le-corps et mit sa main devant la bouche, comme pour se retenir de vomir.

Un éclair me traversa l'esprit.
Une onde de choc me parcourut le corps.

Je me dirigeai d'un pas vif vers lui, l'agrippant au col pour le plaquer violemment contre le mur. La haine m'avait submergé, balayant tout sur son passage. J'oubliai où j'étais. Les règles à respecter. Les conséquences d'un débordement. Tout ce que je voyais, c'était son air hautain... son sourire provocateur et arrogant. Un sourire déjà en train de s'effacer.
 
-         C'est moi qui te donne la nausée ? demandai-je d'une voix glaciale et chargée de menace.
 
Il secoua négativement la tête. Je vis la peur apparaître dans ses yeux. Je ne doutais pas une seule seconde qu'à cet instant, il devait avoir l'impression de faire face à un membre supérieur de sa famille en train de le remettre en place. Parce que oui, c'était comme ça chez les Sang-Purs, les vrais. Les plus jeunes n'avaient que le droit d'obéir et de fermer leur gueule. Ils devaient le respect absolu aux membres supérieurs.
Moi, je n'étais pas de sa famille. J'ignorais s'il était plus jeune que moi ou non. Mais je comptais bien lui faire comprendre que j'appartenais à cette catégorie de personne qui ne se laisse pas manquer de respect. Je sentis quelque chose sur mon épaule. Je mis plusieurs secondes avant de me détourner de ma cible. Ma haine ne fit qu'augmenter en voyant la main de la Sang-de-Bourbe posée sur moi. L'envie de la briser me parut quasiment impossible à contrôler.
 
-         Calme-toi. Il n'en vaut pas la peine, dit-elle.
 
Je la foudroyai du regard. Comment osait-elle intervenir dans un règlement de compte ?! Elle méritait bien une leçon elle aussi. Seulement, je pris conscience que tous les élèves s'étaient tournés vers nous, immobiles. J'eus un mouvement d'impatience.
« Elle n'a pas tort. C'est pas le moment de t'attirer des ennuis »
Je lâchai le Serpentard à contrec½ur et me dégageai sans douceur de l'emprise d'Evans. Le professeur arriva à ce moment-là, et je l'en remerciai intérieurement. Il m'empêchait de faire une connerie.

J'entrai dans la salle dès que le professeur nous y invita. Afin d'éviter un nouveau débordement, je m'assis à une extrémité de table, le plus loin possible d'Evans, tout en restant du côté des Lions. J'étais vraiment à la limite entre Gryffondor et Serpentard. Ces deux maisons ne se mélangeaient jamais. La haine entre Salazar Serpentard et Godric Gryffondor avait traversé les générations. Et ça se comprenait.
 
-         Bonjour à tous ! Aujourd'hui, nous allons préparer... Un peu de silence au fond ! Bien, donc je disais... aujourd'hui, nous allons préparer un antidote contre une plante que vous aurez très certainement l'occasion de côtoyer en Botanique : la « Vénéra Cora ». Dites-vous que si un jour vous vous faites piquer par cette redoutable plante, il vous reste environ quinze minutes pour trouver ou fabriquer un antidote et ainsi éviter une perte de connaissance qui vous conduirait vers une mort certaine. Rassurez-vous, dans les serres de Mme Chourave, un stock complet d'antidote est présent pour chaque plante. Bien ! Comme d'habitude, les ingrédients sont dans l'armoire, ainsi que tous les instruments nécessaires à la réalisation de votre travail. Vous concocterez cet antidote par deux. Comme c'est la première fois, vous avez toute l'heure. Je vous apprendrai à respecter les délais à la prochaine séance. Bien ! Afin d'éviter les habituels duos, je vais moi-même les constituer. Weasley, avec Carrey. Hunt, avec Evans...
 
Je fermai momentanément les yeux, refusant de croire que le prof venait de me mettre avec celle que je m'efforçais d'éviter au maximum.
« Prends sur toi Prue, ne laisse rien paraître »
J'avais l'impression que tout mon corps entier refusait ce partenariat. Comment pouvais-je entreprendre la moindre chose avec elle ? A part une partie de chasse, il n'y a rien d'autre que nous pouvions partager. Le professeur Slughorn, continua à faire les binômes, et je dus me faire violence intérieurement pour ne pas lui demander de me mettre avec quelqu'un d'autre. Cette attitude ne jouerait pas en ma faveur auprès de mes cibles. D'ailleurs, les Maraudeurs arrivèrent à ce moment-là.
 
-         Puis-je avoir une raison valable de votre retard ? demanda le prof.
-         Non, répondit très naturellement Sirius.
-         Pardon ?!
-        Nous avons une raison, mais elle n'est pas valable, ajouta James avec un sourire entendu.
 
Le professeur soupira et je crus que les boutons de sa chemise allaient sauter.
 
-          Prenez vos places en silence, dit-il dans un soupir exaspéré.
 
Autour de moi, les élèves se levaient pour rejoindre leur partenaire. Moi, je restai assise, regardant droit devant, les muscles tendus. Mon corps refusait d'obéir. Mon esprit s'était braqué sur une seule idée qui me donnait la nausée : j'allais travailler avec elle. Comme si supporter sa présence dans la même pièce n'était pas assez difficile ! J'entendais des pas se rapprocher, et je frémis lorsqu'elle s'assit à côté de moi. Voyant que je ne bougeais pas d'un poil et que je l'ignorais parfaitement, elle m'appela :
 
-         Prue ?
-      Hmm ? grommelai-je sans tourner la tête, cherchant mon livre de potions dans mon sac.
-         Ça va ?
-         Pourquoi ça n'irait pas ? demandai-je en posant un peu fort le livre sur la table.
 
Je sentis qu'Evans marquait un arrêt, sans doute à cause de ma froideur. La tension était presque palpable. Si j'arrivais à me montrer un minimum cordiale avec les Maraudeurs et indifférente avec les autres élèves... avec elle, je ne pouvais qu'être glaciale. Même si James l'aimait. Même si je ne devais pas me la mettre à dos pour ne pas reculer dans le cercle des Maraudeurs. J'avais des limites. Et m'allier avec une Sang-de-Bourbe était bien au-delà. Le simple fait qu'on soit dans la même pièce me demandait un effort surhumain pour ne pas la tuer. Alors l'avoir juste à côté, lui parler... ça allait à l'encontre de mes valeurs. J'avais l'impression de me trahir en ne faisant rien. Je pris une profonde inspiration, tentant de reprendre le contrôle.
« C'est pour le bien de ta mission... garde ton calme. Déraper avec un Serpentard c'est une chose... avec une Gryffondor qui se trouve être une amie de tes cibles, c'est pas bon... »
C'est vraiment la seule chose qui me retenait : ne pas vouloir gâcher la mission qui tenait tant à c½ur mon père. Mais j'étais à deux doigts de me laisser emporter par la colère. Je n'étais pas habituée à me taire quand ça ne me convenait pas.
 
-         Euh... on s'y met ? demanda-t-elle incertaine.
 
Faire quelque chose avec elle... ? Rien que d'y penser, la rage m'envahissait. Quelle idée mon père avait eu de m'envoyer à Gryffondor ?! Comme si je n'aurais pas été capable de les infiltrer plus tard, une fois au Ministère ! A jouer la comédie, il aurait pu m'épargner un maximum de temps !
 
-         ...Oui, soufflai-je.
 
Je pris mon livre de Potions et commençai à chercher les informations sur ce fameux antidote. Mais à vrai dire, je n'arrivais pas à me concentrer. Mes yeux passaient sur les lignes sans les interpréter. Je dus m'y reprendre plus d'une fois avant de retenir les instructions. Je me levai pour aller chercher les ingrédients dans l'armoire, magnifique prétexte pour m'éloigner l'espace de quelques minutes. Je pris tout mon temps pour revenir auprès de cette putain de voleuse. Je remarquai le regard rêveur de James un peu plus loin, posé sur le dos de la rousse.  
« Comment peut-il tomber si bas... ? »
 
-         Tu as tout ? me demanda-t-elle.
-         Je ne serais pas revenue sinon, répliquai-je sèchement.
-         ...Tu es toujours aussi froide et intransigeante ?
-         Souvent. Mais à vrai dire, ça dépend des personnes.
 
Elle haussa les sourcils.
« Ne dérape pas Prue... »
 
-         Qu'est-ce que je t'ai fait ?
 
Je posai calmement les ingrédients sur la table et me penchai un peu vers elle, la plantant du regard. Ses yeux exprimaient à la fois l'incompréhension et la colère. Elle soutenait mon regard qui devait sans doute être assassin, tout en craignant ma proximité.
 
-         Tu n'as pas idée... dis-je sans parvenir à masquer la haine dans ma voix.
 
Je me redressai et m'installai pour commencer à préparer la potion.
 
-         Il faudrait que tu m'expliques, je ne vois pas. Tu es hostile depuis qu'on s'est rencontrée.
-         On est ensemble pour papoter ou pour bosser ?
 
Elle me lança un regard courroucé et son visage se durcit un peu. Contente qu'elle se renferme et se mette à la préparation, je me mis au travail. J'essayais d'imaginer la réaction de Père s'il apprenait que j'étais en duo avec une Sang-de-Bourbe. Il me demanderait sans doute de lui réserver une petite place sur ma liste de cibles à abattre pour plus tard. Chose déjà faite. Penser à ça me ramena à l'avenir qui m'attendait patiemment, à la mise en place du plan de mon Père, et je parvins à retrouver mon calme en me rappelant l'importance de cette mission. Ce n'était pas le moment de déraper. Il fallait que je garde le contrôle.
 
Un bruit métallique me sortit de ma concentration, me faisant tourner la tête. La Sang-de-Bourbe s'était taillée avec son couteau et l'avait lâché sur la table. Elle se suçait le doigt avec une grimace de douleur. A la vue d'une goutte de sang qui coulait lentement le long de son doigt, j'eus une pulsion meurtrière. Ce sang impur était l'une des raisons des projets de mon père, de ma formation... Je serrai la mâchoire et me remis à la préparation des ingrédients, mon couteau s'abattant avec précision sur la langue de crapaud pour la couper en lamelle. Mais ma main commença à trembler et j'arrêtai mon geste pour ne pas me tailler à mon tour. Un couteau, du sang, une proie à portée... le désir de meurtre devenait de plus en plus irrésistible. Je commençais à tomber dans l'état second si particulier précédant un meurtre. Mais il fallait que je me reprenne. J'étais dans une salle de cours. Ce n'était absolument pas le moment de perdre les pédales.
 
-         Hé Prue ? Ça va ? T'es pâle.
 
Sa voix résonna dans mon esprit. Avait-elle déjà oublié que je ne l'appréciais pas ? Je tournai lentement la tête et le désir ne fit que s'accentuer en posant mon regard sur elle.
 
-         C'est plutôt à toi qui faut le demander... soufflai-je avec un calme que je connaissais trop bien. 
-         Oh oui oui ça va. Regarde.
 
Elle me montra son index : il était guéri. Plus aucune trace de coupure. Je me remis à la découpe des ingrédients sans rien dire tandis qu'elle les ajoutait d'une certaine manière à la potion. Elle était concentrée et s'appliquait sur chaque geste. Moi, j'avais l'esprit en ébullition, luttant contre mes envies meurtrières.
« Père a dit aucun recours possible à la violence. Pas de meurtre Prue. Pas de meurtre. Tu la tueras un jour. C'est une certitude. Mais pas maintenant. Sois patiente »
On finit au bout d'un quart d'heure à peu près, ce qui me soulagea. J'avais résisté. Et j'allais pouvoir m'éloigner à nouveau. Je fronçai les sourcils cependant en me rendant compte que les autres n'étaient pas très avancés dans leur travail. Comment pouvions-nous avoir autant d'avance ? Etait-ce la colère qui m'avait fait perdre la notion du temps ou s'était-il réellement écoulé quinze minutes seulement ? Slughorn, qui passait dans les rangs pour surveiller, s'arrêta à notre table.
 
-         Comme toujours, vous êtes la première Miss Evans. Remarquable, vraiment... remarquable.
 
Je regardai ma montre discrètement : il s'était bien écoulé un simple petit quart d'heure. Evans sourit.
 
-         Vous avez fait du bon boulot toutes les deux. Et vous avez respecté le délai des quinze minutes. Chose rare pour une première fois. C'est très bien ! Mais à vrai dire... je ne m'attendais pas à moins en faisant travailler deux talents tels que vous ensemble.
 
J'eus un léger moment d'hésitation, ayant du mal à en croire mes oreilles.
« Hum... je n'ai pas fait grand-chose. Je lui passais juste les ingrédients et les accessoires. J'ai fait un peu de préparation, mais les manips compliquées et tout ça, c'est elle qui s'en est chargée. Est-ce possible qu'une Sang-de-Bourbe soit aussi douée ou est-ce un coup de chance ? Apparemment non si on en croit la réplique « comme toujours ». C'est quoi ce bordel ? »
Slughorn ne tolérait pas seulement Evans... il semblait avoir beaucoup d'estime pour elle. Pourtant, ce professeur était directeur de la maison de Serpentard... et il aimait avoir un réseau de connaissances bien constitué... alors comment pouvait-il se planter lui aussi ?

-         Merci professeur.
-         J'accorde trente points à Gryffondor.
-      On fait quand même un bon duo, me dit doucement Evans lorsque le prof s'éloigna.
 
Je sursautai et la foudroyai du regard. Mes pensées fusèrent. Former un « bon » duo avec elle ? Plutôt crever. Cependant... quelque chose m'intriguait. Comment pouvait-elle être si douée ? La curiosité l'emporta, et je décidai de changer de comportement à son égard... juste le temps d'en apprendre plus sur elle.
 
-         On dirait, dis-je d'un ton qui se voulait moins agressif.
 
Elle sourit faiblement et laissa passer quelques secondes de silence.
 
-         C'est à cause de tout à l'heure ? finit-elle par demander.
 
Je reportai mon attention sur elle.
 
-         Hmm ?
-         Tu n'as pas apprécié que j'intervienne ? Avec le Serpentard...
 
« C'est rien de le dire... »
C'était l'occasion de me faire « pardonner » mon mauvais comportement. Si je voulais l'amener à parler, j'avais plutôt intérêt à me montrer... moins mordante.
 
-         C'est vrai... dis-je. Mais d'un autre côté, tu m'as empêchée de faire une bêtise.
-         J'ai vraiment cru que tu allais le frapper.
-         C'est ce que je m'apprêtais à faire...
-         Pourquoi ? J'ai pas trop compris ce qu'il s'était passé.
-        Il a mimé un haut-le-c½ur... comme si le fait de me regarder lui donnait envie de vomir.
-       Pff, il est vraiment stupide. Il doit encore t'en vouloir pour hier. N'y fais pas attention. Il y a beaucoup de provocation entre nos deux maisons.
-        Il manque de respect à qui il veut, mais pas à moi, répliquai-je d'un ton catégorique. Je ne compte pas rester sans réagir à ce genre d'offense.

Lily sourit doucement et baissa les yeux.
 
-         Tu ressembles beaucoup à Sirius.
 
Je serrai la mâchoire, essayant de digérer cette phrase.
« J'essaie vraiment de faire un effort, mais elle me donne de plus en plus envie de lui rentrer dedans »
 
-         Pourquoi tu dis ça ? demandai-je en essayant de contrôler le ton de ma voix.
-         Le même orgueil ! dit-elle en riant.
 
« Hmm... c'est vrai que je n'en manque pas »
Elle me parla de choses et d'autres, puisqu'on n'avait rien à faire. Je lui répondais assez vaguement, en prenant soin de ne pas l'envoyer balader ou de me montrer froide, mais c'était vraiment dur. Il fallait que j'essaie d'en savoir plus sur elle, Slughorn ayant réveillé ma curiosité. Père m'aurait sans doute tué pour un tel comportement car j'aurais dû couper court, mais sa prestation m'intriguait. Père et ses Mangemorts affirmaient que les Sang-de-Bourbe étaient des moins que rien, de simples voleurs qui n'avaient aucun talent, et qu'ils ne mériteraient par conséquent que le statut d'esclave. Pourtant, elle venait de prouver qu'elle maîtrisait l'art des Potions. Il fallait que je sache si elle était oui ou non une exception. Et plus je lui parlais, plus je fus troublée de me rendre compte qu'elle était loin d'être stupide.
« Qu'est-ce que je viens de penser ?! C'est une Sang-de-Bourde, un être méprisable qui finira en esclave quand mon père passera au pouvoir !!! Arrête de divaguer, c'est un simple coup de chance ! »

Je me fermai à nouveau à tout sujet de conversation, trop occupée à penser. Quelque chose clochait. Mon instinct m'ordonnait de m'attarder sur le sujet. Il fallait que j'en apprenne davantage, je ne supportais pas le doute. Ça me perturbait vraiment.
« Il faudra que je fasse des recherches sur les Sang-de-Bourbe »
Cette résolution n'eut pas pour effet de me calmer.
Alors que je continuais à réfléchir, une explosion se fit entendre, me paralysant. Ce bruit d'explosion... il ressemblait tant à celui... Je vis mes souvenirs se dessiner dans la fumée épaisse qui envahissait la pièce. L'instant d'après, j'entendis des éclats de rires moqueurs masculins. Je repensai à ce fameux soir où ma vie avait pris un tournant. « Tu nous as facilité la tâche jeune fille ». Et puis je me souvins de la farce des Maraudeurs, et je respirai à nouveau, revenant dans la réalité. J'essayai de me détendre et de chasser le passé pour me concentrer sur le présent. Je desserrai mes poings et respirai un bon coup, la gorge serrée par l'accélération soudaine de mon c½ur.
 
-         Est-ce que ça va ? me demanda la Sang-de-Bourbe, inquiète.
-         Oui. Oui, ça va, soufflai-je encore un peu absente.
-         Encore un coup des Maraudeurs ! Ils ne grandiront jamais !
 
Je regardai les Serpentard. Ils avaient changé de teint. Ils étaient multicolores et boursoufflés.
« Saloperie de Maraudeurs ! Tôt ou tard, j'aurai votre peau ! Et je commencerai par ta Fleur de Lys pour te faire ravaler ce sourire arrogant Potter ! »
La sonnerie marqua la fin du cours, et je me levai d'un bond en emportant mes affaires. Je ne pouvais pas rester ici. J'étais de trop mauvaise humeur.
 
Je marchai d'un pas rageur à travers les couloirs, essayant de me calmer. Mais c'était peine perdue. Je ne me sentais pas bien. Le doute et la colère ne faisaient pas bon mélange. Je marchai un moment, sans trop savoir où j'allais. Et puis je finis par sortir de mes pensées. Mes pas m'avaient naturellement conduit à la bibliothèque. Comme si le besoin de savoir était plus fort que tout. Je restai quelques secondes plantée au milieu du couloir, à fixer l'entrée. Mais je ne parvins à me résoudre à bouger. Faire un pas en avant voudrait dire que je mettais en doute la parole de mon père. Mes valeurs. Certains de mes actes. Je secouai la tête, reprenant mes esprits.
« Va à ton prochain cours, et arrête de divaguer. Un assassin de ta trempe ne doute jamais de lui »
 
| Salle commune des Gryffondor - 18h|
 
J'avais évité les Maraudeurs toute la journée. J'étais trop énervée. Contre eux. Leur connerie. Contre moi. Mes doutes. Qu'est-ce qui se passait bon sang ? Pourquoi je me sentais mal à l'aise depuis mon duo avec Evans ? Je secouai la tête, soufflant avec agacement. Je n'aimais pas me sentir incertaine.
Je regardai par l'une des fenêtres de la salle commune, essayant de retrouver mon calme après avoir été de mauvaise humeur toute la journée. Ayant terminé mes devoirs depuis peu, je m'étais éloignée des autres en venant à la fenêtre. Quelques minutes plus tard, un raclement de gorge discret me sortit de mes pensées. Je tournai la tête et sentis une décharge en croisant le regard ambré de Remus.
 
-         Ça va ? me demanda-t-il doucement.
-         Pourquoi ça n'irait pas ? renvoyai-je.
 
Remus baissa la tête, un faible sourire au coin des lèvres malgré la vivacité de ma réponse.
 
-      Je t'ai trouvé très à cran aujourd'hui. Lily m'a raconté ton accrochage avec un Serpentard... et puis ton départ anticipé au cours de Slughorn n'est pas passé inaperçu.
 
Il marqua un instant d'arrêt.
 
-         Sauf pour le prof bien sûr.
 
La remarque me décocha un sourire malgré moi. C'est vrai que ce vieux Slug était à deux de tension. J'hésitai quelques secondes avant de répondre aux inquiétudes de Remus, plus calme.
 
-       Concernant le Serpentard... je n'ai pas apprécié son manque de respect envers moi. Je lui ai juste fait comprendre. Et pour mon départ anticipé... disons que la fumée que vous avez provoqué m'a... un peu fait étouffer. J'ai eu besoin d'air.
-         Oh... excuse-nous, dit-il vraiment confus.
 
Je ne répondis rien, continuant à regarder au-dehors, dans mes pensées.
Remus. Observateur et raisonné. Sage dans ses décisions et ses jugements.
Ce sont les premières constations que j'ai tiré lors de ma première analyse sur lui lorsque je faisais l'ébauche de l'étude de mes cibles. Et pourtant... il voyait en Lily une fille bien. Il était sincère lorsqu'il m'avait dit ça. Donc... si mon analyse sur lui était bonne...
Je me mordis la lèvre inférieure. Jamais encore je ne m'étais trompée dans mes observations sur une cible. Je ne sus dire à cet instant si je voulais oui ou non avoir tort.
Je sentis deux mains se poser délicatement sur mes épaules, me faisant légèrement sursauter. Remus s'était placé derrière moi et me massa doucement. D'abord surprise, son geste me fit sourire.
 
-         Calme-toi... dit-il dans un souffle. 
 
Je fermai les yeux, hésitant sur la conduite à adopter. L'envoyer bouler parce qu'il osait me toucher sans ma permission... ou simplement apprécier son attention à vouloir me détendre parce qu'il me sentait énervée ?
 
-       T'es une vraie boule de nerfs, j'ai l'impression de masser une brique, lâcha Remus. 
 
La comparaison me fit rire. Ne pouvant pas me montrer agressive avec lui, je décidai finalement de me laisser faire.
« Tu as le don de me mettre mal à l'aise Remus... »
 Je dois reconnaître que la douceur de son massage finit par avoir raison de mes nerfs. Au bout de deux minutes, je retrouvai enfin mon calme. Je me sentais plus détendue. Remus dut s'en rendre compte lui aussi, car il s'arrêta. Il n'enleva pas ses mains pour autant. Je le sentis se rapprocher près de mon oreille.
 
-         Un bon petit massage, et la louve rentre les griffes.
 
Je souris à la remarque. Ok, je devais le reconnaître, il avait de l'or dans les doigts pour être capable de me calmer aussi vite.
 
-         Merci, soufflai-je. Mais tu m'incites à les sortir plus souvent...
 
Il rit doucement et recommença le massage pour répondre à ma provocation. Je me reportai à nouveau sur l'extérieur, plus détendue. C'était mieux pour réfléchir.
 

|1er octobre 1976 – Poudlard – Bibliothèque|
 
J'avais eu beau me raisonner, je n'avais pas réussi à rester sourde indéfiniment aux alertes de mon instinct, qui exigeait que je balaye le doute de mon esprit. J'avais enfin trouvé la volonté de venir dans cet endroit. Banal pour une élève de sixième année de venir faire des recherches dans une bibliothèque n'est-ce pas ? Sauf dans mon cas. Venir ici était une insulte envers mon père, car ça prouvait que je mettais sa parole en doute.
Pour m'assurer qu'Evans n'était pas une exception, j'avais fait un test pendant la semaine. Je m'étais fixée pour objectif de repérer tous les Sang-de-Bourbe de ma classe, sans les connaître. Résultat ? Je n'avais pas réussi à les identifier à moins de parler avec et de me renseigner sur eux.  Pour couronner le tout, cette Evans était la première de la classe dans toutes les matières, faisant preuve de beaucoup de talent. Ce constat me déstabilisait. C'est toujours plus difficile de maîtriser quelque chose de volé que lorsque c'est inné. Ces observations m'amenaient donc à une autre question : les Sang-de-Bourbe étaient-ils vraiment des voleurs de magie ? Si oui, ma haine ne ferait que doublée puisqu'ils devraient leur talent et leur gloire à leurs victimes. Mais si ce n'était pas le cas... ça remettait en cause tout ce en quoi je croyais à leur sujet. Ainsi que mon père. Pouvais-je accepter ce fait ?
Je secouai la tête et finis par entrer dans la bibliothèque.
Plantée devant une rangée de livres, je pris celui qui avait pour titre « Les nés-moldus ». Je parcourus le sommaire et tournai les pages avant de me plonger dans ma lecture.
 
« Le monde n'a pas toujours été divisé en deux avec d'une part les sorciers et d'un autre les moldus. A l'origine, les moldus étaient les seuls humains sur Terre. Des phénomènes de mutation ont doté certains d'entre eux de pouvoirs magiques à leur naissance. Les premiers sorciers étaient donc nés-moldus. La magie a été transmise à leur descendance par hérédité. La majorité de la seconde génération était composée de ce que nous appelons aujourd'hui les Sang-Mêlés. Ce n'est qu'avec le temps, par choix du c½ur ou idéologie, que les familles de sorciers ont été assez nombreuses pour se mélanger, et ainsi faire naître des Sang-Purs.
Ces désignations par le sang me gênent. A en entendre certains, nous pouvons distinguer trois races de sorciers selon le sang. Sous ces appellations se cachent en réalité « bâtards » et « pure race ». Pour ceux qui sont fiers d'être Sang-Purs et qui admirent leur arbre généalogique sorcier, je leur rappelle que si ces nombreuses branches magiques existent, c'est parce que le tronc a été l'objet d'une mutation tout à fait naturelle, avec des racines moldues. La magie n'est pas un objet dont on fait le choix d'être propriétaire ou non. La magie est avant tout un gène. Comme la couleur des yeux ou des cheveux. On nait avec, on meurt avec. C'est en nous. Ça ne se vole pas. Ça ne se donne pas. On ne le choisit pas, il faut juste l'accepter et apprendre à vivre avec. Si ce n'est pas le cas, on pourrait choisir de ne jamais s'en servir, mais la magie serait quand même existante. A l'inverse, un moldu qui rêve d'être sorcier ne pourra jamais l'être s'il n'est pas porteur du gène.
Alors à toutes les personnes aux  penchants racistes, avant de débiter des mensonges et de parler sans savoir, je les renvoie à la science et à l'histoire. »
 
Ma respiration était devenue de plus en plus difficile au fur et à mesure de ma lecture, à cause d'un rythme cardiaque de plus en plus effréné. Un courant électrique très désagréable me piquait le corps. Ça n'avait rien à voir avec le courant habituel, qui me faisait frémir. Non là, c'était insupportable. Le doute. Ce putain de texte me faisait douter. Douter de ce en quoi je croyais. Douter de mes actes.
Je fermai rageusement le livre et allai le ranger pour en prendre un autre. Je ne pouvais pas me baser sur un seul auteur. Mais j'eus beau en lire plusieurs pendant des heures, de sources différentes, malgré les idées parfois divergentes, une vérité était indéniable : la magie ne se vole pas. C'était prouvé. Elle pouvait se dérégler, se neutraliser momentanément, voire ne jamais se manifester même chez un sorcier... mais elle ne pouvait se transmettre à un quelqu'un autrement que par l'hérédité. Et encore... les Cracmolles prouvaient que ce n'était pas certain.
Je n'arrivais pas à le croire, Père avait tort au sujet des nés-moldus. J'avais tort. Ils n'étaient pas des voleurs. Ils n'étaient ni coupables ni inférieurs. Il était impossible qu'ils aient volé la magie à un sorcier. Ce don leur appartenait vraiment. Ils étaient nés avec. Mais alors... si les explications de mon père étaient fausses... que m'était-il réellement arrivé dans ma jeunesse ?
J'eus l'impression de recevoir un coup en plein coeur.
« Les explications de mon père sont fausses... nous avons tort depuis le début... »
Cette phrase se répétait dans ma tête, comme pour me faire avaler la vérité. Mais elle me donna la nausée. L'air commença à me manquer dans cet endroit fermé. Je rangeai les livres d'un coup de baguette avant de partir précipitamment.
 
|Planque de Tracker|
 
Je me matérialisai dans ma planque après avoir fait usage de mon Portoloin. Mon refuge. Ma tanière. Il n'y a qu'ici que je pouvais venir après une telle découverte. J'avais besoin de me retrouver avec moi-même. Avec Tracker. Je me sentais si mal.
Je jetai un coup d'½il circulaire à toutes mes armes exposées avant de me diriger vers le centre de la première pièce, les entrailles nouées. Je m'arrêtai devant la statue qui avait été érigée en mon honneur lors de mon sacre de meilleure tueuse de l'ombre. Une sculpture à taille réelle en or blanc, recouverte de ma tenue de tueuse lorsque je ne la portais pas.
Je fis face à ce vide noir sous la capuche de la statue, comme si plonger mon regard dans l'obscurité dissimulant mon masque me permettrait d'y voir plus clair dans mes pensées. Et effectivement... la vérité était terriblement claire. Limpide. Indéniable.
 
-         J'ai tué des personnes qui ne le méritaient pas... alors que je me suis toujours battue pour ne pas tuer d'innocents... j'ai trahi le masque que je porte...
 
Je posai une main légèrement tremblante sur le buste de la sculpture, baissant la tête et fermant les yeux. Etait-ce du remord ? Moi, Tracker... étais-je réellement en train de regretter mes actes ?
Je repensai aux nés-moldus que j'avais tués. Je leur avais infligé une mort non méritée. J'avais injustement déchirée des familles. Et ça... c'était insupportable. Ce n'était pas moi. Ça ne me ressemblait pas. Alors oui c'était du remord. Je regrettais le sang innocent dont s'était imprégnée ma lame. Même si cela ne représentait qu'une faible quantité, car je n'avais pas eu l'occasion de tuer beaucoup de nés-moldus, c'était déjà trop. Ça n'aurait jamais dû arriver.
 
-         Tout ça parce que j'ai fait confiance à mon père... j'ai suivi aveuglement ses ordres... sans vérifier ses propos... sans m'assurer que mes cibles étaient réellement coupables...

Je n'arrivais pas à prendre conscience de cette terrible vérité. Je n'arrivais pas à prendre conscience que j'étais un monstre de la même espèce que les Mangemorts... malgré tous mes efforts pour ne pas leur ressembler.
 
-         Je croyais défendre une juste cause en débarrassant le monde des nés-moldus... je croyais les valeurs de mon père nobles... mais tout cela est faux. 
 
Je ne savais plus quoi penser de mon père. Etait-il convaincu de la culpabilité des nés-moldus... ou m'avait-il menti pour que j'accepte de le servir ?
Cette distinction était primordiale pour mon rôle avenir dans ses grands projets. S'il y a bien une chose pour laquelle je m'étais toujours battue, c'était la justice. Une justice un peu particulière puisqu'elle est basée sur le meurtre, certes, mais une justice quand même. A ma façon... selon ma vision. Mes propres lois. Mais une chose est sûre : défendre une cause bâtie sur des mensonges ne faisait pas partie de mes principes. J'étais capable de beaucoup de haine et de cruauté... mais seulement lorsque c'est mérité. Si les Sang-de-Bourbe ne méritaient pas ma lame... je refusais de m'en servir à tort. Il en va du respect de mes origines. Du respect de Tracker.
J'ignorais jusqu'où ma découverte allait remettre en cause mon engagement dans les projets de mon père. En tout cas, en ce qui concerne les Sang-de-Bourbe, le sujet était clos. Je ne les toucherai plus.
 
Je vis une fumée noire se répandre sur ma main avant de se concentrer pour former mes gants. Le reste de la tenue couvrant la statue glissa lentement sur mon corps pour m'envelopper entièrement.
Je souris faiblement en redressant la tête. Accepter d'ouvrir les yeux sur la réalité... reconnaître ses erreurs et avoir la volonté de ne pas les réitérer... n'était-ce pas la preuve que je pouvais encore racheter l'honneur de mon masque ?
« J'espère sincèrement que tu crois en la culpabilité des nés-moldus Père... car si tu m'as menti pour me manipuler, je te le ferais regretter. J'ai toujours été claire au sujet de mes cibles : je les veux coupables. Peu importe de quoi. Mais... elles doivent être... impérativement... coupables. »
Cette journée venait de me donner sans doute la leçon la plus importante de ma vie. J'avais commis des erreurs en pensant bien faire. Tout ça parce que j'avais cru mon père sur parole. J'avais cru en l'héritage de Salazar Serpentard. Aveuglément. Alors je fis la promesse de ne plus m'en remettre à quiconque dans le choix de mes actes. Père pourra continuer à transmettre ses contrats... je les soumettrai à une enquête approfondie avant de les accepter. Quant à mon ancêtre, je ne savais plus quoi en penser. Si les nés-moldus n'avaient pas volé leurs pouvoirs, ils méritaient d'être dans cette école au même titre que les autres. Cette haine n'était plus justifiée à mes yeux, et je n'en comprenais plus le sens.
 
| 2 octobre 1976 – Poudlard – Parc |
 
Je marchais tranquillement dans le parc, profitant de cette belle journée. La température était douce, c'était très agréable. Je soupirai en voyant les Maraudeurs se ticher un peu plus loin. De vrais gamins. Des gamins qui avaient pourtant raison sur un point. Celui des Sang-de-Bourbe. Je les avais méprisés pour ça. Je les avais jugés. Alors qu'en fin de compte... c'est moi qui avais tort. Je baissai la tête. C'était si rare que mes cibles me poussent à me remettre en question. Un détail pourtant me redonna un faible sourire en posant les yeux sur Remus. Je n'avais pas eu tort sur toute la ligne. Remus était bien le garçon raisonné que j'avais vu dès le départ. Il ne cautionnait pas l'injustice. Au contraire, il dépassait l'intolérance et le mensonge. Je ne m'étais pas trompée sur lui, et étrangement, ça me soulageait. Cependant, je trouvais bizarre qu'il soutienne la version positive des Sang-de-Bourbe et avale la négative des loups-garous.
 
Je sortis de mes pensées en voyant que Sirius et James prenaient justement Remus pour cible. Ils l'agrippèrent chacun d'un bras pour l'attirer vers le lac, sous le regard amusé de Peter, tranquillement assis contre le tronc du Saule. Remus ne semblait pas vouloir se mouiller vu comment il se débattait. Même s'ils riaient tous de la scène, je ne pus m'empêcher de m'approcher discrètement. Ils étaient presque au niveau du lac.
 
-         Hé les gars ? appelai-je.
 
Les trois garçons se retournèrent, et je saisis les poignets de James et Sirius pour les faire lâcher. Après quoi, je ne trouvais rien de plus normal que de les pousser à l'eau. Remus éclata de rire.
 
-         Merci bien ! J'ai vraiment cru que j'allais finir la tête la première !
-         Oh mais de rien, dis-je en l'agrippant par la taille pour le jeter à l'eau à son tour.
 
C'est à peine si j'eus le temps de voir la surprise dans ses yeux lorsqu'il se sentit perdre l'équilibre avant de tomber dans l'eau. Il remonta à la surface en me regardant, outré.
 
-         Et moi qui pensais que tu voulais les empêcher de me couler !
-         Non non, je voulais avoir le plaisir de le faire moi-même !
 
Les trois autres garçons éclatèrent de rire alors que Remus faisait semblant de me bouder. Ils nagèrent vers moi et sortirent de l'eau.
 
-         A ton tour, se réjouit Sirius.
 
Je ricanai.
 
-         J'ai hâte de voir ça, répliquai-je.
 
Il tenta de m'attraper, mais je lui fis une prise pour me dégager et le renvoyai à la flotte. Ses amis rigolèrent. Sirius afficha une mine blasée en sortant de l'eau.
 
-         Au cas où tu l'aurais oublié Sirius... tu ne peux pas me battre, lançai-je avec un clin d'½il avant de me détourner pour reprendre ma balade.
 
Les Maraudeurs me rattrapèrent bien vite et marchèrent à mes côtés, m'entraînant dans leurs discussions où ils ne cherchaient qu'à rire et à se provoquer. Pour la première fois, j'acceptai de partager cet après-midi avec eux, même si je restai à ma place de simple spectatrice.  
 
 
Chapitre 8 : Remise en question
 
Un chapitre qui a son importance... aussi bien pour vous permettre de cerner davantage Prue... que pour la suite de l'histoire.
Une fois encore, beaucoup de mystères subsistent, mais j'espère que vous commencez à mieux comprendre le personnage, et à avoir des réponses petit à petit.

Quelles sont vos impressions à l'issue de ce chapitre ? Vos avis sont trèèès attendus  :)
N'hésitez pas à poser des questions, faire des remarques si vous trouvez des choses incohérentes... la parole est à vous, et je suis à vote entière écoute  ;)
 
 

 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • Dum-Cha

    21/12/2016

    Coucou, je trouve la réaction de prue envers Lily assez difficile mais tellement bien ancrée dans son personnage..

  • fichp-lifealwaysrestart

    24/08/2015

    Je trouve que la façon dont Prue réagit au départ envers Lily est violente. Puis après, quand elle commence peu à peu à douter, et qu'elle se rend à la bibliothèque, j'aime beaucoup le fait qu'elle se rende compte qu'elle a ôté des vies, et que la culpabilité vienne prendre la place de la haine et du dégout. C'est là qu'elle diffère des autres mangemorts, en n'agissant que pour ses propres convictions, et en acceptant de se remettre en doute même si on sent ça un peu difficile. J'ai bien aimé le passage où elle se rend dans sa planque, puis celui du lac après, ça me confirme dans mon idée sur le personnage lorsqu'elle balance Remus à l'eau...

  • x3-Hogwarts-x3

    07/03/2015

    Je me demande bien de quels événements de sa jeunesse elle parle quand elle fait référence à son "vol de pouvoir" ! J'ai vraiment hâte d'en apprendre plus sur le passé de Prue ;)
    Sinon, je suis contente qu'elle se remette enfin en question ;) même si je t'avoue que j'ai trouvé ça un peu rapide ^^' ce son des croyances tellement ancrées en elle depuis petite que je l'imagine mal s'en défaire comme ça ^^ mais bon pourquoi pas, en même temps après ce qu'elle a lu et vécu avec Lilly, je comprends que ça fasse un peu comme un choc ^^
    ENcore un bon chapitre en tout cas ! Bravo :)

  • hostfresh-HarryPotter

    23/06/2014

    Bon Dieu mais qu'est-ce qui c'est passé d'autres avec Musmus et quand Prue était petite ? C'est intennable !!!!

  • harry-potter-8-fic

    27/03/2014

    Je suis d'accord avec le fait qu'il est important de se faire ses propres idées sans se laisser influencer par celles des autres.

  • aSupernaturalLife

    16/03/2014

    J'ai adoré ce chapitre ! On voit le changement de Prue, même si elle a du mal. Et à la fin, j'ai beaucoup rit, j'avais l'impression d'y être, c'était très drôle. Je m'empresse de lire la suite :)

    PS : le passage sur les nés moldu est de toi ? Il est super bien en tout cas.

  • Love-Dramione-220987

    05/03/2014

    oui j'ai hâte de la suite <3 et de rien <3

  • assassin-maraudeurs

    04/03/2014

    Love-Dramione-220987 wrote: "j'aime beaucoup ce chapitre , car Prue apprend la vériter sur les moldus , et doute de son père et mon moment préferer est sans doute la fin , quand prue lance les garçons à l'eau ! <3<3"

    Contente que ce chapitre t'ait plu, car il constitue un sacré tournant pour Prue. Elle découvre une vérité inattendue qui va avoir beaucoup d'impact sur la suite.
    Merci d'avoir pris le temps de donner ton impression, et bonne lecture pour la suite =)

  • Love-Dramione-220987

    04/03/2014

    j'aime beaucoup ce chapitre , car Prue apprend la vériter sur les moldus , et doute de son père et mon moment préferer est sans doute la fin , quand prue lance les garçons à l'eau ! <3<3

  • assassin-maraudeurs

    11/01/2014

    ApparencesFic wrote: "J'aime bien le fait que Prue ait "vite" compris que les Nés-Moldus ne sont pas idiots, voleurs et blabla. Ce que je veux dire, c'est qu'elle ne s'est pas dit "non non non, c'est mon père qui a raison! Même si vous avez des preuves, c'est pas vrai!" et blabla.

    Je n'ai pas grand-chose à dire d'autre pour l'instant, je continue ma lecture! ;)

    Arie
    "

    Oui, Prue n'est pas du genre à fermer les yeux sur la réalité. Elle n'est pas bornée, elle accepte les remises en questions. C'est dur pour elle, certes, mais elle ne s'enfonce pas dans le mensonge. Contrairement à son père, elle attache une certaine importance à la vérité quand il s'agit de défendre une cause... elle refuse de se battre pour un mensonge.

    Merci d'avoir donné ton avis en tout cas, bonne lecture =)

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