Chapitre 15 : Une faille dans la carapace

 
« Noël. Une fête dénuée de sens pour moi. Je ne l'ai jamais fêté. Pour moi, c'est un jour comme un autre. Je ne ferai donc pas exception concernant ma prochaine cible. Ce sera en quelque sorte le cadeau de Tracker. Je ne vois pas ce qui pourrait me faire plus plaisir que de rendre à mon masque son anonymat.
Enfin ça... c'est ce que je croyais avant que les cloches de Poudlard sonnent minuit. Avant que Remus m'apprenne le vrai sens de cette fête. »
 
Chapitre 15 : Une faille dans la carapace
 

 | 21 décembre 1976 - Couloirs - 15h20 |

Je ne cessais de penser à la discussion que j'avais eue la veille avec mon père. Ses paroles se répétaient dans ma tête, attisant l'envie ardente de meurtre.

Wayne est au courant. Wayne sait pour ta mission. Il sait qui tu es.

C'était insupportable. Père m'avait demandé de lui laisser une chance, mais je ne pouvais pas obéir. Je devais le réduire au silence. Il connaissait ma véritable identité, mon visage... C'était bien trop risqué qu'il continue à vivre. Seules les personnes en qui j'avais une confiance absolue avaient le droit de connaître mon nom. Ce garçon n'était rien pour moi. Rien d'autre qu'une faille dans ma couverture. Une balance potentielle. Je devais remédier à cela. Le fils Wayne devait mourir.

Je me retrouvais donc à devoir tuer un Serpentard, fils d'un de nos fidèles alliés, à l'intérieur de l'endroit le plus sécurisé après Gringotts : Poudlard. J'allais commettre un meurtre dans cette prestigieuse école. Un défi de taille. J'avais tellement hâte d'agir. Chaque minute de vie supplémentaire pour Wayne était une insulte envers l'assassin que j'étais... et un danger. Je savais qu'il allait se servir de sa découverte pour me faire chanter. C'était obligé. L'information était trop précieuse pour ne pas s'en servir... il fallait que j'agisse avant de me retrouver en mauvaise posture.
C'est la raison pour laquelle j'étais déjà en train de le pister. Il fallait que je connaisse ses habitudes, ses fréquentations... que je puisse déterminer à quel moment que je pourrais l'isoler pour lui régler son compte en toute discrétion. Il était à l'instant même en train de marcher à une quinzaine de mètres devant moi, entouré d'une bande de Serpentard bien sûr. Un mauvais point pour moi... depuis le début de la journée, je ne l'avais pas encore vu seul. Il était toujours accompagné.

Patiente, je le suivis une bonne partie de l'après-midi sans même qu'il s'en aperçoive. Mais toujours aucune occasion pour moi de passer à l'acte. Sur les coups de 18h, la bande de Serpentard finit par descendre aux cachots. Je restai derrière un angle de mur en pierres lorsqu'ils s'arrêtèrent devant l'entrée du territoire des serpents.
 
-           Puissance, lança ma proie.
 
A l'entente du mot de passe, le passage s'ouvrit pour laisser le groupe accéder à sa salle commune. Je me dirigeai à mon tour devant l'entrée une fois seule. Je connaissais le mot de passe... je pouvais entrer et poursuivre ma traque. Qui sait...? Peut-être que j'aurais l'occasion d'éliminer ma proie dans son dortoir ? Je secouai la tête. Non, il y avait bien trop de monde. Je ne pouvais pas commettre un tel meurtre en territoire inconnu. Je n'avais pas le droit à l'erreur ici. J'étais à Poudlard, il fallait que je réduise au maximum le temps d'improvisation. D'un autre côté... c'était aussi l'occasion de découvrir à quoi ressemblait la maison de mon ancêtre. Elle devait être imprégnée de sa grandeur et de sa noblesse. Il fallait que j'entre au moins une fois.

Des bruits de pas me firent changer d'avis. Je m'éloignai innocemment de l'entrée devant laquelle une Gryffondor n'a rien à faire, regagnant le couloir. Il fallait que je prémédite ce meurtre avec beaucoup d'attention. Je n'étais pas encore prête à passer à l'acte.
 
-          Prue ? Que fais-tu par ici ?
 
Je me retournai, reconnaissant la voix de Sirius.
 
-          Je me balade, répondis-je simplement. Et toi ?
-          Je regardais la carte du Maraudeurs pour retrouver James quand je t'ai vu près de l'entrée de la salle commune des Serpentard... là je me suis dis que tu étais perdue.
 
Je ricanai. 
 
-          Je ne m'étais même pas rendue compte que je m'étais rapprochée du territoire ennemi.
-           Je m'en doutais, dit Sirius avec un sourire.
 
La carte du Maraudeurs... J'avais bien fait de ne pas entrer dans la salle commune des Serpentard. Je ne vois pas comment j'aurais pu justifier ça. La première chose à faire le jour où je passerai à l'acte, c'est de subtiliser cette foutue carte. Les Maraudeurs la regardaient souvent, c'était une énorme menace pour moi. Je pouvais être soupçonnée si l'on me voyait en présence de ma proie.

Je marchai aux côtés de Sirius pendant qu'il avait le nez pointé sur la carte, à la recherche de son frère de c½ur. 
 
-          Tu seras avec nous pour le réveillon de Noël ? me demanda Sirius au bout d'un moment.
-           Oui.
-           Super ! Tu vas voir... le dîner est fabuleux !
-           J'ai hâte d'y goûter.
 
Mes pensées s'égarèrent. Mon premier noël... j'allais vivre mon premier noël avec mes cibles.


| 24 décembre 1976 – Poudlard – Grande Salle – 22h20 | 

A l'occasion du réveillon de Noël, les elfes avaient préparé un dîner spécial. Sirius avait eu raison, c'était un excellent repas ! La Grande Salle était encore plus belle que d'habitude avec ses décorations de Noël et sa fausse neige qui tombait lentement du plafond magique. Dumbledore avait profité du nombre peu élevé des personnes restées à l'école pour organiser une soirée à ambiance. Le couvre-feu avait été exceptionnellement repoussé, il y avait des chants qui s'élevaient dans la Grande Salle, et des bonbons soigneusement emballés aux couleurs vives surgissaient régulièrement de n'importe où. Rare moment où Peter se montrait vif pour les attraper d'ailleurs.

Les Maraudeurs étaient bien sûr à mes côtés, comme toujours. Cela me faisait bizarre de faire le réveillon de Noël. D'habitude je ne le faisais pas. Cette fête n'avait pas de sens pour moi. C'était un jour comme un autre. Un jour qui ne faisait pas exception. La preuve... ce soir, Tracker aurait l'occasion de se montrer. Il ne pouvait pas en être autrement. J'avais trop du mal à rester en place. Malgré l'ambiance excessivement joyeuse qui planait dans la salle, je luttais contre la colère.
Pourquoi ? Et bien c'est très simple. Dans la salle se trouvaient quelques élèves de Serdaigle et de Poufsouffle, pas mal de Gryffondor et chez les Serpentard... ils étaient à peine une dizaine. Ce qui est tout à fait normal : tout bon Serpentard qui se respecte profite de la moindre occasion pour rentrer dans son riche manoir retrouver sa noble famille, loin des traîtres et des Sang-de-Bourbe.

Pourtant, un fils de Mangemort était là. Lui qui aurait dû être avec ses parents, à célébrer un Noël entre Sang-Purs autour d'un dîner exceptionnel, il était là. Il ne discutait pas avec ses camarades, il mangeait sans même baisser les yeux sur son assiette. Il me fixait intensément, sans relâche. Il s'était arrangé pour se mettre bien en face de moi de sorte à ce que je ne puisse pas discuter avec les Maraudeurs sans l'avoir dans mon champ de vision. Il était resté à Poudlard pour me narguer. Il devait sans doute penser être en position de force. C'est vrai quoi... ce n'est pas tout le monde qui peut se vanter de connaître le visage de Tracker. Il devait croire qu'être à Poudlard le protégeait. Qu'il pouvait me provoquer sans crainte. Grossière erreur. J'étais incapable d'envisager la fin de soirée sans passer à l'acte. J'avais beau faire l'effort de l'oublier, c'était au-dessus de mes moyens. Chaque regard lancé dans sa direction augmentait un peu plus la pression dans ma poitrine. Je devais faire des efforts pour retenir mon instinct meurtrier qui ne réclamait que son sang.
« Patience Tracker... patience... tu vas le tuer. Il ne t'échappera pas. Il ne se doute pas de ce qu'il encourt... Tu as le temps d'attendre la bonne occasion... patience... cette fois plus que jamais, tu dois commettre le crime parfait »
 
Je reportai donc mon attention sur Sirius et James, qui chambraient gentiment Lily. Celle-ci faisait semblant d'être vexée mais je voyais bien dans ses yeux qu'elle n'aurait voulu pour rien au monde que James cesse sa comédie. Je baissai les yeux, trouvant la situation assez étrange. Moi, la fille du Seigneur des Ténèbres, étais incapable de supporter qu'un Serpentard vive pour avoir découvert mon secret. Je n'allais pas lui laisser de chance, et ça me faisait encourir un haut risque pour la mission la plus importante que j'ai eu à gérer. Mais elle, la Sang-de-Bourbe, l'une des cibles de mon père, pouvait être à la même table que moi, partager un repas de Noël, m'adresser la parole... sans que la louve en moi hérisse le moindre poil. Depuis que j'avais des doutes sur l'origine magique des nés-moldus, je n'arrivais plus à la haïr comme avant. Sa présence ne me faisait ni chaud ni froid.

Quelque chose de doux m'effleura l'épaule. Je sortis brusquement de mes pensées sans rien laisser paraître.
 
-         Tu es avec nous ? demanda Sirius.
-         Ça ne se voit pas ? rétorquai-je froidement.
 
Je vis passer une lueur dans ses yeux bleus qui devinrent ombrageux.
« Rendors-toi Tracker... c'est jour de fête »
Sirius n'avait pas tort de me faire la remarque. Depuis le début du repas, alors que toute la tablée discutait joyeusement, moi je n'avais pratiquement pas dit un mot. Et ça continuait depuis que nous avions fini de manger.
J'essayai de me ressaisir en me reportant sur les Maraudeurs, mais l'envie de meurtre devint irrésistible lorsque je vis Wayne lever son verre dans ma direction, avec un sourire mauvais en coin. Une violente décharge me parcourut chaque nerf. Moi aussi j'aurais eu envie de lui porter un toast...
« A ta mort imminente. »
 
-         Excuse, je...réfléchissais, dis-je plus calmement en regardant à nouveau Sirius, essayant d'oublier ma proie. Tu disais ?
-         Notre surprise pour Noël, tu te rappelles ?
-         Toi et James deviez choisir entre une connerie et...une grosse connerie. Vous en êtes où ?
-         Et bien, avec l'approbation du clan Maraudeurs au complet, nous avons voté...l'énorme connerie !
 
Lily m'adressa un regard qui explicitait son exaspération. Je haussai les épaules en guise de réponse. On ne pouvait pas en attendre moins des Maraudeurs. Il est clair qu'ils allaient en faire une.
 
-          Comme... ?
-         Aha...Tu verras ça ce soir à minuit au septième étage, me dit-il avec un clin d'½il.
-          Hâte de voir ça, dis-je en essayant de me montrer convaincante.
 
Je me sentis fixée, mais je ne tournai pas la tête, sachant que j'allais croiser une paire d'yeux ambrée si je le faisais. Remus était juste à côté de moi, et j'étais persuadée qu'il me sentait bizarre. Peu importe, ce n'était pas le moment de me laisser déstabiliser. Je reportai donc mon attention sur ma proie, une fois de plus, incapable de m'en détourner plus longtemps. Wayne continuait de me regarder. On avait fini le repas depuis un moment et pourtant il restait là.
« Si tu n'étais pas si stupide... tu aurais fait en sorte de rester le plus loin possible de moi... tu serais rentré chez toi au lieu d'attiser mon envie de " t'effacer "... »
 
Je reportai mon attention vers la table des professeurs en entendant le tintement d'un verre. Dumbledore se leva, imposant le silence dans la salle.
 
-          Maintenant que nous avons un peu laissé passer ce succulent repas, je vous propose de continuer la soirée au rythme de la musique. Levez-vous s'il vous plait...
 
Tous les élèves s'exécutèrent. Dumbledore frappa deux fois dans ses mains, et la Grande Salle commença à se mettre en mouvement. Les longues tables disparurent, remplacées par des rondes plus petites en bout de salle, côté entrée. Un comptoir apparut, ainsi qu'une réserve de boissons et de verres derrière. La lumière changea et se tamisa, baignant doucement la salle dans les couleurs de Noël. Les doux chants furent remplacés par des musiques plus dansantes. Une fois la transformation terminée, Dumbledore se tourna vers McGonagall pour l'inviter à rejoindre la piste.
 
-            Amusez-vous bien, lança le directeur la mine rayonnante.
 
Les professeurs s'invitèrent mutuellement pour rejoindre à leur tour la piste. Quelques élèves en firent autant dans la lancée. D'autres se contentèrent de regarder. Ce changement de configuration ne m'allait pas du tout. J'avais perdu ma cible de vue. Je suivis les Maraudeurs au comptoir et m'installai sur un tabouret moelleux, me tournant vers le restant de la salle pour rechercher ma proie. Je scrutais la salle, un peu agacée par cet imprévu.
 
-            Me feriez-vous cet honneur ? entendis-je sur un ton théâtral.
 
Je tournai la tête d'un air absent et fus surprise de voir Remus me tendre la main avec un sourire et ce regard qui avait le don de me perturber. Il offrait une vision assez agréable à regarder. Son regard pétillant me provoqua une décharge. En le regardant avec un peu plus d'attention, je pris mesure de son charme. Il était habillé d'une chemise blanche et d'un pantalon noir, tenue simple mais classe. Nous étions tous bien habillés pour ce jour de fête. Pour ma part, j'avais une robe sobre noire, qui avait attiré un certain étonnement de la part des garçons d'ailleurs. J'eus un moment d'hésitation qui s'évapora lorsque j'aperçus ma proie par-dessus l'épaule du Maraudeur, en train de danser avec une fille.
 
-             Avec plaisir, dis-je enfin en mettant ma main dans la sienne. 
 
Il sourit davantage et m'entraîna vers la piste. Les rares fois où j'avais eu l'occasion de danser, c'était pour apprendre les pas de base avec Jack. Non pas que ça faisait partie des compétences qu'une tueuse devait impérativement maîtriser, même si ça s'avérait parfois utile, mais parce qu'en tant que Sang-Pur, j'avais été sensibilisée aux coutumes. Et en tant que descendante de Serpentard, je devais me plier aux traditions.

Je plaçai donc une main sur l'épaule gauche de Remus, tandis que l'autre tenait sa main droite. Un frisson me parcourut lorsque mon partenaire posa délicatement sa main libre sur ma taille. A nouveau, je ressentis une douce décharge se répandre.
On commença à faire quelques  pas, au rythme d'une valse. J'avais accepté cette danse pour me rapprocher de ma proie, mais pour l'instant, j'étais incapable de détourner mon regard des yeux envoûtants de Remus. On ne se lâchait pas des yeux. C'était assez... perturbant. J'y lisais à la fois tendresse et vivacité. Puis, la musique nous entraîna dans un tourbillon, et je me détournai enfin de lui, inclinant ma tête sur le côté et légèrement en arrière pendant qu'on valsait. Mon regard s'accrocha à ma proie, qui se trouvait non loin de moi. Wayne continuait à me provoquer chaque fois que l'on se retrouvait face à face. C'est à peine si je vis le temps passer. La musique commençait à décélérer, et je me redressai, lâchant l'épaule de Remus en même temps qui laissait ma taille pour qu'on se s'éloigne avec élégance, sans lâcher nos mains. Je revins vers lui en faisant un tour sur moi-même avant de faire une légère révérence pendant que Remus s'inclinait devant moi. Il déposa un baiser sur ma main avant de se redresser, arborant un sourire assez charmeur. Je me souvins de tous les moments que j'avais passé avec lui, ses récentes inquiétudes... il profitait de la moindre occasion pour se rapprocher de moi. Et moi, au lieu de le tenir à distance, j'entrais dans son jeu.

Je n'aurais pas besoin de percer ta carapace... tu t'ouvriras de toi-même.

Il m'avait dit ça il y a quelques jours. Je l'avais trouvé stupide de le penser. Je devais bien reconnaître que cette danse m'avait un peu donné chaud. Je sortis de ma contemplation pourtant en voyant ma proie dans mon champ de vision se rapprocher de moi. Il me frôla par derrière, dans un léger contact qui hérissa mes poils dans mon dos de colère. L'heure n'était pas à la rêverie, je ne devais pas perdre de vue la raison pour laquelle j'étais là. Il fallait que je trouve le moyen d'éliminer Wayne.
 
-           On va boire un verre ? proposa Remus.
-           Ce n'est pas de refus.
 
J'avais réellement la bouche sèche. On se dirigea donc vers le comptoir, et je pris un cocktail. Mon regard s'aimanta à ma proie, en train de commander un verre à son tour à tout juste trois mètres de moi. Il me lança un regard, toujours avec autant de provocation, et le même sourire scotché aux lèvres. Il me fit un discret signe de tête vers la double-porte. Ce fut à mon tour de sourire. S'il voulait qu'on se retrouve seuls en dehors de la salle, j'acceptais sans la moindre hésitation. J'acquiesçai donc légèrement pour répondre à son invitation. Il but d'une traite son cocktail et se dirigea vers la porte. Je sortis de mes pensées meurtrières, me sentant déjà mieux. La voilà l'occasion que j'attendais depuis quatre jours. Je me reportai sur les Maraudeurs, réfléchissant à une excuse pour m'éclipser. C'est à ce moment-là que je me rendis compte que Remus me tenait toujours par la  taille, pendant qu'il discutait avec Sirius. J'aurais dû me dégager de lui, mais ce que je ressentais était trop nouveau pour que j'y mette un terme sans y avoir goûté. Pour la première fois, quelqu'un me gardait proche, dans un contact dénué d'intérêt. C'était un simple geste d'affection. Pendant un instant, c'est comme si chacun de nous deux s'appartenait. C'est cette pensée qui me fit réagit. Je n'appartenais à personne.
 
-        Je vous abandonne les garçons, je vais passer un petit moment avec la directrice de l'orphelinat, annonçai-je. Et ne t'en fais pas Sirius, je serai de retour pour assister à votre blague, anticipai-je en voyant l'air surpris de celui-ci.
-         Ok, à toute à l'heure.
 
Je souris à Remus avant de m'éloigner. J'avais l'impression de continuer à sentir une douce chaleur à l'endroit où il avait laissé son bras et posé sa main. Je secouai la tête en sortant de la salle. Ce n'était pas le moment de divaguer.

Je n'eus aucune difficulté à oublier Remus lorsque je vis Wayne. Il m'attendait dans le couloir. Je m'arrêtai, le laissant venir. Mais au lieu de s'approcher, il tourna les talons et se mit à marcher tranquillement. Je le suivis, laissant une distance entre nous. Ma rage commençait à redescendre, mon impatience s'estompait. La louve savait que la chasse était ouverte, et que bientôt, ma proie serait piégée. Il n'y avait plus que ma cible qui comptait et personne d'autre. Il sortit du château et je continuai à le suivre, sentant une joie sauvage s'emparer de moi en voyant qu'il prenait la direction de la Forêt Interdite. Il se croyait vraiment à l'abri ce crétin... il ne se doutait pas qu'il me facilitait la tâche en m'offrant l'occasion parfaite de changer mon plan. Une nouvelle idée de meurtre germa dans mon esprit. Une idée géniale. Meilleure encore que celle que j'avais prévu de mettre en ½uvre.

 
Chapitre 15 : Une faille dans la carapace


 
On arriva enfin à la lisière de la forêt. Le calme qui régnait dans ce froid sec était menaçant. Comme si la nature savait ce qui allait se produire. La nuit renforçait ce sentiment que je trouvais si agréable en pareil instant. Rien ne bougeait autour de nous. Je ne sentais pas le froid malgré la température glaciale. Je n'avais même pas pris le temps de me couvrir, le feu en moi étant suffisant pour me réchauffer. Tout mon corps était traversé par un courant électrique délicieux. Un courant qui ne laissait planer aucun doute sur la suite des évènements.
 
-         Tracker...
 
Le simple fait qu'il prononce mon nom alors que je n'avais pas mon masque suffit à balayer le calme que j'étais parvenue à retrouver. Voilà des années que je portais un masque sans arrêt, que je faisais bien attention à ce que personne ne connaisse mon identité... et voilà que ce petit merdeux savait qui j'étais alors que je ne l'avais pas choisi. Lui et son père avaient découvert mon secret contre ma volonté. Un imprévu pour le moins désagréable. Des conséquences irréversibles.
 
-              Wayne... murmurai-je avec un calme que je connaissais bien.
-         Tu ne peux  pas t'imaginer à quel point j'ai été surpris en découvrant ta véritable identité ! Tracker en personne...Envoyée ici pour une mission secrète... ça te ressemble si peu ce genre de travail...
-           Tu n'aurais jamais dû l'apprendre... ton père a été sévèrement châtié pour avoir commis l'erreur de t'en parler...
-              Et tu seras condamnée si jamais...ton secret n'en était plus un.
 
Nous y voilà. Comme je m'y attendais. Wayne comptait profiter de son information pour me faire du chantage. Une erreur tellement stupide... commis par un imbécile si naïf. Pensait-il sérieusement pouvoir me contraindre ?

-              Tu insinues quoi ? demandai-je en essayant de rester calme.
-       Tu es une tueuse à gages... et une tueuse de l'ombre telle que toi doit obligatoirement être un vrai fantôme.

Raison de plus pour te réduire au silence...

-          Ce n'est plus le cas maintenant que tu sais qui je suis.
-         Exact. Mais tu n'as rien à craindre. Je garderai ton petit secret... nous sommes dans le même camp après tout... je n'ai pas l'intention de te nuire.
-         Vraiment ? ironisai-je.
-         Oh, il y a une condition bien sûr...
 
Le courant qui me traversait le corps perdit ses effets agréables. Il devint plus violent, me tendant les muscles, attisant ma haine. Le désir de meurtre commençait à devenir insupportable à retenir. Mon c½ur accéléra brusquement.
 
-       Laquelle ? demandai-je avec raideur, connaissant déjà sa réponse.
-       Sois gentille avec moi... accomplis les quelques volontés que je te donne...sinon...
-       Sinon quoi ? interrompis-je. Tu oses menacer le « prodige des Assassins »... ? Tu penses que connaître mon identité est suffisant pour que je t'obéisse comme un chien ? m'énervai-je sans parvenir à contenir ma rage.
 
Il ne répondit pas, un sourire mauvais s'afficha sur ses lèvres pendant qu'il me déshabillait du regard, une lueur d'envie trop visible pour qu'elle passe inaperçue. La fureur s'empara de tout mon être. Je ne comptais plus seulement le tuer désormais... j'allais réellement le massacrer pour oser avoir de telles envies à mon sujet. J'étais trop éc½urée par la lueur dans son regard... une lueur que je connaissais très bien et qui avait le don de me faire péter les plombs. C'est donc tout ce que j'inspirais aux hommes ? Un désir irrésistible de goûter à mon corps contre mon gré ? De se servir de moi comme d'un objet avec lequel on joue, quitte à le briser au passage ? Je sentis une pointe s'enfoncer dans ma poitrine. Surtout pour le briser.
 
-         J'avais toujours imaginé la célèbre Tracker comme une femme fatale... je ne me trompais pas. Tu peux comprendre que je caresse le fantasme de t'avoir à ma merci, dit-il d'une voix doucereuse. N'importe quel homme digne de ce nom penserait comme moi à ma place en te regardant.
 
Mon c½ur se gonflait de rage à chacune de ses paroles prononcées. Et je n'allais pas tarder à exploser...
 
-         Je comprends tout à fait...dis-je d'une voix plus calme, laissant tomber mon masque froid et menaçant. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
 
Je me rapprochai de lui, jouant le jeu de la dangereuse séductrice. Je posai une main sur son torse, le faisant reculer pour bénéficier de la noirceur de la forêt comme couverture. Son dos rencontra doucement un arbre. Il sourit davantage, posant ses mains sur mes hanches. Là encore, erreur de croire à mon changement brusque de comportement. Comme si un assassin de ma trempe pouvait réellement se soumettre. Il pencha la tête et balada ses lèvres dans mon cou, m'électrisant désagréablement le corps. Je ne supportais pas son contact. Je n'allais pas tenir longtemps.
 
-         Continuer ça dans un endroit plus confortable peut-être... ? proposa-t-il.
-         Pourquoi faire ? Tu n'aimes pas le retour à l'état sauvage... ? narguai-je.
 
Sans attendre de réponse de sa part, je l'attrapai un peu brusquement au visage pour le détacher de mon cou et l'embrasser fougueusement. Je passai une main chaude sous sa chemise pour commencer à la caresser doucement. Hors de question de partir. Wayne ne devait pas quitter la forêt vivant. Chose pas très difficile à obtenir, il était littéralement en train de perdre les pédales. Je me collai un peu plus à lui lorsqu'il passa ses mains dans mon dos. Je descendis lentement mes lèvres dans son cou, et il me mordilla l'oreille avec envie.
 
-       Tu aurais dû savoir que le fantôme de la Mort ne saurait tolérer qu'on connaisse son identité... tu aurais dû te douter que personne n'a le droit de me défier, ou de vouloir me dominer, murmurai-je sans cesser mes caresses qui descendaient de plus en plus.
-         C'est pourtant ce que tu fais...
-         Il me suffirait de te tuer pour te réduire au silence...
-     Mais la tueuse parfaite que tu es ne commettrait jamais l'erreur d'agir ici, à Poudlard.
 
Le courant qui me traversait s'arrêta d'un seul coup. Cette fois ça y est. Mon instinct avait sonné l'heure de la mise à mort. Je mordis doucement la chair de son cou pour répondre à son jeu avec un semblant de désir, mais il poussa un hurlement lorsque je me métamorphosai sans prévenir, refermant les redoutables crocs sur sa peau. Suspendue à sa gorge, je sentis le goût du sang dans ma gueule, qui me fit basculer de l'autre côté. Prise d'une folie meurtrière, je lui lacérai la poitrine avec les pattes avant avec sauvagerie et arrachai la moitié de la gorge d'un mouvement sec. Mon regard s'accrocha à son torse complètement ouvert. L'envie de briser sa cage thoracique pour libérer l'accès à son c½ur me saisit violemment. Pour ne pas laisser la louve prendre le dessus, je repris forme humaine immédiatement, haletante. J'étais trempée de sang. Je regardai ma proie sans vie sur la neige rouge.
 
-         La tueuse parfaite que je suis peut tuer n'importe qui, n'importe où. Sache que la Mort ne se laisse pas défier. Joyeux  Noël, soufflai-je avec rage.
 
J'entendis des hurlements sauvages au loin qui détournèrent mon attention de ma victime. J'essuyai le sang de ma bouche d'un revers de main et m'éloignai, l'esprit encore un peu embrouillé par la rapidité et la violence de ma pulsion. Wayne m'avait trop provoquée pour que je parvienne à contenir la fureur glacée qui m'avait envahie.

Un tourbillon de fumée noire m'enveloppa pour remplacer ma tenue de soirée par celle de Tracker. Je courus vers la Cabane Hurlante, ayant besoin d'évacuer le flot d'énergie qui continuait de me submerger. Arrivée devant le Saule Cogneur, je sortis ma baguette pour l'immobiliser. Je me servis du passage pour quitter l'enceinte du château afin de pouvoir utiliser mon collier en toute sécurité pour retourner au manoir. Au contact de mon Portoloin, je me sentis partir en avant, attirée dans le vide par un crochet invisible et disparus. Je n'avais pas encore terminé.
 
 
| Manoir Voldemort - 23h05 |
 
 
Je me matérialisai devant l'entrée du manoir de mon père. J'ouvris la lourde porte d'entrée avec élan et me dirigeai directement vers le grand escalier. Je montai les marches deux à deux, pressée par le désir de meurtre qui ne m'avait pas quittée. Je parcourus les couloirs du deuxième étage d'un pas rageur. J'entrai en coup de vent dans les appartements de mon père, sans même prendre le temps de signaler ma présence avant. Comme je m'y attendais, le père de ma victime était là, à genoux devant le Lord. Il venait apparemment de subir une nouvelle séance de torture. Mon père avait choisi son cadeau pour Noël.
 
-           Tracker ?! s'étonna mon père. Que fais-tu ici ?
-         Je viens vous annoncer que j'ai réduit le bavard au silence éternel. Et je viens finir le travail.
 
Je me dirigeai vers Wayne qui me suppliait de lui laisser la vie sauve, mais tout comme  pour son fils, je n'étais pas disposée à l'écouter. Je sortis mon poignard et lui plantai dans le cou. Mon père n'avait rien fait pour me retenir. Ça aurait été inutile. Il me regarda simplement allonger doucement ma victime sur le sol.
 
-         Il y a des secrets qu'il vaut mieux ne jamais découvrir... Va retrouver ton fils, murmurai-je à l'adresse de ma proie.
 
Je passai ma main gantée sur ses yeux pour les clore à jamais et me redressai.
 
-         Faites en sorte de garder le secret sur mon identité Père, conseillai-je. Ce n'est pas une bonne chose d'avoir à tuer ses propres hommes.
-         J'en recruterai d'autres, dit-il en haussant les épaules. Des difficultés avec son fils ?
-         Aucune. Les flics ne penseront même pas à un meurtre.
-         Parfait. Profite du festin Nagini, dit-il en Fourchelang à l'énorme serpent.

Mon père se retourna vers la fenêtre sans ajouter quoique ce soit. Je serrai la mâchoire, fixant le dos du Lord quelques secondes avant de me détourner.
« Joyeux Noël Père... »
 
 
|Poudlard –  7ème étage – 23h58 |
 
 
-         Pile à l'heure ! se réjouit Sirius en me voyant arriver.
-         Toujours ponctuelle, renvoyai-je avec un sourire.
 
Je me sentais libérée depuis que j'avais éliminé mes deux cibles. Tout pouvait reprendre sans que je n'ai plus à craindre d'être dévoilée. Je me retournai en entendant du mouvement derrière moi. Bien sûr, les autres Gryffondor revenaient tous. Minuit était le dernier délai pour regagner le dortoir.

-         5...4...
 
Je me retournai vers les Maraudeurs, qui faisaient le décompte avec un large sourire.
 
-        3...2...1...
 
Il y eut une sorte de détonation qui immobilisa tout le monde dans les escaliers. Je levai un sourcil interrogateur à l'adresse des Maraudeurs. Quoi, c'est tout ? Faire sursauter tout le monde ? J'entendis un bruit assourdissant et levai la tête. 
 
-        Merde, lâchai-je.
 
Une avalanche me balaya, emportant les autres élèves sur son passage pour nous faire dévaler les sept étages dans une glissade vertigineuse sur une piste de neige volante. Je parvins maîtriser un peu ma descendante de sorte à ne pas me faire rentrer dedans par d'autres élèves. C'est alors que je vis les Maraudeurs nous dépasser en luge avec un air supérieur. D'une pensée, je les fis chavirer, et ils continuèrent leur descente sur le cul comme tout le monde. Mon c½ur rata un léger battement en me rendant compte qu'avec l'élan... nous allions atterrir dans un mur. Mais au dernier moment, un énorme matelas apparut pour nous réceptionner. Un peu sonnée par ce soudain arrêt, je m'expulsai néanmoins sur le côté pour laisser librement les autres s'écraser contre le matelas, s'entassant les uns sur les autres.

Les Maraudeurs étaient écroulés de rire, comme beaucoup d'autres Gryffondor d'ailleurs, qui après avoir laissé passer la surprise, étaient partant pour recommencer.
 
-        Alors ça t'a plu ? taquina Remus.
-        Pas mal, avouai-je en faisant tomber la neige de mes vêtements. L'effet de surprise y était.
-        Ça c'est sûr ! J'aurais voulu que tu voies la tête que t'as fait en voyant l'avalanche.
-        Humpf. Votre blague ne concernait que les Gryffondor ?
-       Pas exactement, non. Les autres maisons ont subi le même sort. Même le bureau directorial.
 
Je souris en imaginant Dumbledore redescendre son escalier en colimaçon emporté par la neige. On remonta devant le portrait de la Grosse Dame, qui râlait d'avoir reçu de la neige.  Les garçons allèrent directement au pied du sapin qui décorait la salle aux couleurs rouge et or, comme tous les autres élèves d'ailleurs. Il y avait une pile impressionnante de cadeaux, tous rassemblés pour l'ensemble des Gryffondor restés pour les vacances. Je restai en retrait, m'appuyant l'épaule contre un mur, regardant d'un air absent tout ce petit monde émerveillé par les surprises.

-         Hé, Prue !
 
Je sortis de mes pensées.
 
-         Hmm ?
-         Tu ne viens pas ouvrir tes cadeaux ? s'étonna Peter.
-         Je ne pense pas en avoir, dis-je avec une certaine pointe d'amertume.
 
Malgré tout ce que je faisais pour mon père, jamais il n'avait songé à m'offrir quoi que ce soit. En fait, il ne s'était jamais comporté comme un père avec moi. Il donnait les ordres à Jack  pour qu'il fasse de moi ce qu'il voulait : une tueuse. Il me donnait des contrats et puis c'est tout. C'était juste mon patron, rien d'autre. Il était incapable d'avoir la moindre attention. Et je ne parlais pas seulement de noël, même si c'est aussi vrai que je n'avais jamais eu de cadeaux. Sauf du vivant de ma mère je crois. Je ne suis plus sûre, cette époque me paraissait si lointaine que j'avais l'impression de ne jamais l'avoir vécu. Non mon père était toujours comme ça. Froid, insensible, distant.  Je m'y étais habituée, et ça ne me faisait plus rien. Je n'attendais plus rien de lui en récompense autre que les sommes colossales de gallions qu'il me transmettait de mes clients.

En fait, j'étais bien plus complice avec Jack. Lui avait toujours été proche de moi. On se parlait, et pas uniquement pour le travail, on se témoignait un minimum d'affection, on passait un peu de temps ensemble en dehors des entraînements... il savait être plus qu'un simple professeur parce qu'il avait compris à mon retour au manoir que j'en avais cruellement besoin. Ce dont mon propre père ne s'était jamais soucié. Il n'avait jamais cherché à nouer la moindre relation personnelle. Il vouait sa vie à ses projets. Ce qu'il y avait autour n'avait aucune importance. Je n'existais à ses yeux qu'à travers le masque de Tracker. On ne se voyait que lorsque je pouvais lui être utile. Le reste du temps, je faisais ma vie de mon côté. Il ne savait pas un dixième de ce que je faisais de mes journées, de mes propres projets... rien. Il ne s'intéressait qu'à mes redoutables capacités criminelles.

J'étais tellement perdue dans mes pensées que je me rendis à peine compte du regard furieux lancé par Sirius à Peter, et l'air confus de celui-ci. Cela me fit sourire faiblement.
« Rassure-toi Sirius... ton andouille d'ami ne m'a pas blessée »
 
-         Désolé... bredouilla Peter.
-         Pas grave. J'ai l'habitude, le rassurai-je.
-         Bon, les amis... sur ce, je vais me coucher, prévint James plus loin en bâillant.
-         Je te suis, firent Sirius et Peter d'une même voix.
 
Je les suivis du regard. Je m'attendais à ce qu'ils prennent plus de temps pour découvrir chaque cadeau de leur récolte. A la place, ils s'étaient contentés de les récupérer, sans même les ouvrir. J'eus un faible sourire en remarquant que seul Remus ne bougeait pas. J'avais toujours l'impression que les trois garçons s'arrangeaient pour que Remus et moi nous retrouvions seuls. Il n'avait même pas amorcé un pas en direction du sapin. Il était resté en retrait, regardant silencieusement ses amis monter les escaliers de leur dortoir.
 
-         Tu n'ouvres pas tes cadeaux ? demandai-je à Remus pour le sortir de ses pensées.
-         J'irai passer quelques heures chez mes parents demain pour déballer avec eux...
 
J'acquiesçai, comprenant tout à fait ce choix.
 
-          C'est sûr qu'au-delà du cadeau, c'est un bon moment à partager en famille, dis-je.
-         Oui...
 
Pourquoi restait-il s'il n'avait pas de cadeau à défaire hein ? Roh, peu importe. J'étais fatiguée, il était temps que j'aille me reposer. La soirée avait encore été chargée pour moi. J'avais fait beaucoup de choses en moins de deux heures.
 
-          Bon... je vais me coucher, bonne nuit, dis-je sans m'étaler davantage.
-          Prue, attends, me rattrapa Remus.
 
Je me retournai pour lui faire à nouveau face. Je le sentais un peu incertain. Que lui arrivait-il ?
 
-         Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je.
-         J'ai un cadeau pour toi.
 
Je crus d'abord ne pas avoir bien entendu.
 
-         Pardon ?
-         Je me suis dis...
 
Il se rapprocha lentement de moi et pour une fois, il ne me regardait pas dans les yeux. Il me fuyait, cherchait ses mots, et je ne savais quoi penser de cette situation. Pourquoi était-il stressé tout d'un coup ?
 
-     Je me suis dis que ce serait bien de casser cette habitude de ne jamais rien recevoir.
-         Je...euh...
 
Je détournai la tête. Bon sang c'était la meilleure. L'une de mes proies avait un geste à mon égard. C'était insensé. D'un autre côté, j'appréciais ce côté attentionné qu'avait Remus. Il était vraiment adorable, je devais l'admettre.
 
-         C'est que...tu sais... je suis habituée...et puis... je n'attends rien. Encore moins de la pitié.
-         C'en n'est pas. Je t'assure. Ça me fait vraiment très plaisir. Quand je l'ai vu je me suis dit qu'il était fait pour toi, alors...tiens. Joyeux Noël.
 
Je n'aurais su expliquer ce que je ressentis en voyant le papier cadeau, renfermant une surprise. Ça faisait tellement...tellement longtemps. J'avais presque oublié ce qu'on ressentait avant de découvrir l'objet offert. Avec des gestes lents et délicats, j'enlevai le papier en prenant soin de ne pas l'abîmer. Mon c½ur s'accéléra à la vue du coffret fin et allongé. Je le regardai quelques secondes, un peu incertaine. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait. Pourquoi Remus prenait la peine de faire ce que personne n'avait fait avant lui. J'ouvris lentement le coffret et découvris avec surprise un collier... avec un pendentif en forme de plaque militaire en argent, représentant une tête de loup tribale. Je fermai momentanément les yeux, sentant un courant se répandre en même temps que mon c½ur s'accélérait. C'était sacrément bien choisi... et venant de sa part en plus, ça me touchait. Je rouvris les yeux pour affronter le regard ambré de Remus. Il avait un faible sourire au coin des lèvres. Je ne savais pas comment réagir tellement j'étais étonnée, tant par son geste que par son choix. Je n'étais pas habituée à ça.
 
-         Remus... je... je ne sais pas quoi dire... balbutiai-je. Merci...
-         C'est rien.
-         Si... tu ne peux pas t'imaginer ce que ça représente pour moi...
-         Qu'est-ce que ça représente ?
 
Sa voix était calme, comme d'habitude, mais son visage... il y avait une douceur que je n'avais jamais remarquée auparavant et que je ne connaissais pas sur le visage d'un homme. Il planta à nouveau son regard ambré dans le mien, et je me sentis déstabilisée. Le seul collier que je possédais était celui que j'avais eu il y longtemps, sur une île maudite, et qui me servait de Portoloin quand j'avais le masque de Tracker. Celui-là était un cadeau, fin et magnifique, qui collait à merveille avec ma personnalité, offert... pourquoi ? En quel honneur ? Dans quel but ? Pourquoi une telle attention ?
 
-      Les fêtes n'existent pas pour moi. Ça fait onze ans que personne ne m'a jamais rien offert. Et... ça me touche...beaucoup. Surtout que tu as vraiment bien choisi... il est superbe, et... je n'ai rien à t'offrir en retour...
-         Bien sûr que si...
 
Je tressautai, espérant que ça ne soit pas ce que je pense. Je le regardai en faisant mine de ne pas comprendre.
 
-         Ton amitié.
 
Je lui souris, soulagée. Bien sûr, c'était un type bien, il ne pouvait pas me demander quoique ce soit de déplacé. Il fallait vraiment que j'arrête de voir le mal partout. Le monde dans lequel je vivais avait sérieusement déteint sur moi.
 
-         Tu l'as déjà, soufflai-je.
 
J'eus un instant d'arrêt. Pourquoi avais-je dis ça ? Remus par contre arborait un large sourire.
 
-         Dans ce cas je vais te demander une faveur.
 
Je haussai un sourcil interrogateur.
 
-         Si tu te souviens bien, pour mon devoir de Divination, j'avais prédit l'avenir d'un collier. De ce collier, dit-il en le désignant du menton.
 
J'eus un petit rire, me souvenant très bien du devoir en question.
 
-         Et bien dans ce cas, que le destin de ce collier soit scellé ! Qui suis-je pour contester ton troisième ½il ? fis-je sur un ton théâtral.
 
Il pouffa et récupéra le collier. Il me contourna et je mis mes cheveux sur le côté pour qu'il puisse me le mettre autour du cou. Remus posa doucement ses mains sur mes épaules et me conduisit devant un miroir posé au-dessus d'un meuble. Je souris en voyant le collier briller à la lueur des flammes dans la cheminée. J'aimais beaucoup, je dois le reconnaître.
 
-        Il te va bien, dit Remus.
 
Je sentis mes entrailles se tordre un peu en voyant le reflet que m'offrait le miroir. Remus avait laissé ses mains sur mes épaules, dans un contact assez léger et avait rapproché sa tête de la mienne pour voir le collier sans l'intermédiaire du miroir. Je tournai la tête et croisai son beau regard pétillant, ratant un battement au passage.
 
-         Merci, dis-je. Il est vraiment beau.
-         Je suis content qu'il te plaise, dit-il en revenant me faire face.
 
Il fronça les sourcils en regardant à côté du pendentif.
 
-            Je n'avais jamais remarqué ton tatouage, dit-il en passant deux doigts sur le côté gauche de ma poitrine.
 
Un frisson me parcourut le dos, mais je n'aurais su en déterminer la raison. Était-ce le fait que mon tatouage soit visible... ou son contact sur ma peau ?

-         Euh... j'ai souvent les cheveux dessus, soufflai-je, incapable de me détacher de son visage.
 
Un peu bancal, mais c'est la seule chose qui me traversait l'esprit. Je n'arrivais pas à réfléchir tellement j'avais l'esprit brouillé.

-         J'hésite entre le serpent et le dragon.
-        ...C'est un Basilic.
 
Il haussa les sourcils et releva les yeux, assez étonné de ma réponse.
 
-         Curieux pour une lionne...
 
Exact, et c'est la raison pour laquelle un sortilège était sensé rendre invisible ce tatouage qui faisait clairement allusion à mon ancêtre, Salazar Serpentard. Pourquoi était-il réapparu tout d'un coup ?  Mais c'était inutile de chercher une explication. Nos regards s'accrochèrent, nous faisant vite oublier la discussion. Je ne pus empêcher mon c½ur de battre plus fort que d'habitude. En fait, je ne pensais plus à tout le reste... qui j'étais, ce que je faisais, pourquoi j'étais là... tout ça s'était comme - envolé. Il était scotché lui aussi. Je crois que c'était la première fois que nous étions aussi proches. Sa main sur ma poitrine n'arrangeait rien et me propulsait de sacrées vagues de chaleur. J'avais l'impression qu'il n'y avait plus que nous deux dans la salle commune. Une bûche tomba dans la cheminée, brisant le contact visuel. Un silence gêné s'installa et je détournai les yeux des siens. J'étais... à bout de souffle.
 
-         Euh... je... vais monter me coucher, dis-je maladroitement.
 
Il fit doucement glisser sa main pour la poser sur ma nuque, son pouce sur ma joue. Ce simple contact me fit frissonner.
 
-         Bonne nuit, me souhaita-t-il en me déposant tendrement un bisou sur la joue opposée.
 
Il se détacha et je me sentis dérailler en voyant son regard pétiller et son sourire accroché aux lèvres. Il s'éloigna en reculant sans me quitter des yeux avant de se retourner. Je le regardai monter les escaliers menant à son dortoir, interdite. Trop de choses se chamboulaient dans mon esprit... mon corps était en proie à quelque chose d'enivrant que je n'arrivais pas à expliquer... C'était, agréable comme sensation... inconnue, douce et brutale, je me sentais fiévreuse et pourtant, un frisson me parcourut la colonne... Je fermai les yeux, me laissant submerger par ce mélange incroyable qui était aussi empli de sensations qu'une chute libre... 
L'atterrissage ne se fit pas en douceur lorsque je revins sur terre.
« Comment as-tu...osé ?! »

Je m'en voulus d'avoir agi ainsi. Je m'étais montrée hésitante... je m'étais ouverte, j'avais dis ce que je pensais vraiment... je l'avais... remercié ? « Merci »... un mot si vite dit... je ne l'avais plus prononcé avec autant de sincérité depuis tellement d'années... Pourquoi m'étais-je laissée faire putain ? Comment avais-je pu accepter sa proximité ? Son contact... ? Sur mon tatouage qui représentait mon appartenance à la famille de Salazar Serpentard en plus ! Le réflexe le plus censé serait de rattraper Remus et de lui en coller une pour lui faire regretter d'avoir franchi ainsi mes barrières ! Mais je n'arrivais pas à m'y résoudre. J'étais incapable de bouger. Mon instinct me disait de laisser couler, et c'est lui que je suivis. Après tout, il ne m'avait jamais trompé, cette fois ne devrait pas être différente.

Après un dernier coup d'½il dans le miroir, qui me décocha un sourire malgré moi, je décidai enfin de monter me coucher. Mon c½ur accéléra furieusement lorsque je croisai mon reflet dans la salle de bains une fois en sous-vêtements. Mon tatouage n'était pas le seul à être réapparu. Quelques anciennes cicatrices avaient également refait surface. Je devais vraiment être perturbée pour que les effets du sortilège qui masquait les traces de mon passé cessent ainsi. Il fallait que je me reprenne. Je me concentrai, les yeux fixés sur mon corps, et mes vieilles blessures finirent par disparaître lentement. Je caressai doucement le Basilic dessiné sur ma peau. Au moins maintenant que Remus l'avait vu, je n'aurai plus à le cacher. Je soupirai en allant m'allonger. J'avais encore le visage de Remus en tête, son beau sourire, son regard profond et réconfortant, son contact doux et chaud sur ma poitrine, notre reflet... Je restai longuement éveillée, me maudissant presque d'avoir vécu ce moment... mais ne parvenant pas à le regretter. Je ne comprenais rien à ce qu'il se passait dans ma tête. Je devais être malade. Oui ce devait être ça, car contrairement aux autres soirs, lorsque je m'endormis enfin, ma nuit fut assez calme. Je n'étais pas dans mon état normal. Ou alors j'avais une faille  dans ma carapace... qu'il me faudrait vite combler.



Chapitre 15 : Une faille dans la carapace
 
Et voilà pour ce chapitre ! J'espère qu'il vous a plu, laissez vos impressions  =)
Je vous souhaite de bonnes vacances ! Bisous
 

Tags : Partie 1 : L'amour d'un Assassin - L'histoire d'un assassin - tome 1

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.167.202.184) if someone makes a complaint.

Comments :

  • aliseevila

    17/11/2015

    Je suis venue lire la dernière partie de chapitre.
    J'ai beaucoup aimé la pensée sur Dumbledore. Je l'ai imaginé et j'ai ri.
    Une faille dans la carapace, serait Rémus qui fait cela sur Prue. Cela va être intéressant pour la suite. à bientôt.

  • aliseevila

    15/11/2015

    Une mort bien violente pour Wayne. D'un autre côté il la bien cherché. Prue a bien joué le jeu. J'ai aimé ce chapitre.

  • aliseevila

    15/11/2015

    J'ai lu la seconde partie jusqu'à ton image avertissement. J'ai apprécié que tu décrives la soirée. Wayne n'a peur de rien. Je me demande comment Prue peut garder aussi bien son calme. Tu as bien décrit cela. J'ai aussi beaucoup aimé la petite danse entre Prue et Rémus. Décidément, ces deux personnages ensemble me plaisent.

  • aliseevila

    15/11/2015

    Coucou, j'ai lu la première partie du chapitre. J'ai bien aimé. On voit comment Prue gère ses enquêtes, ses missions. Un meurtre par facile à réaliser dans le château. Hâte de savoir comment elle va faire je vais continuer ma lecture;

  • fichp-lifealwaysrestart

    24/08/2015

    Je sens que pour la première fois l'instinct de Prue va se tromper. Pas forcément aux yeux de son coeur, mais à ceux de son cerveau...

  • aliseevila

    06/07/2014

    Encore un très bon chapitre. Les passages entre Prue et Remus sont très émouvants.

  • hostfresh-HarryPotter

    23/06/2014

    La recette du chapitre parfait :
    -500g d'action,
    -500g d'humour,
    -1000 g de tendresse,
    -100 g de douceur'
    -400g d'amour.
    Pour un total de 1500 g de lecture permanente, de plaisir et de questions. Car, en effet, Prue se pose beaucoup de questions, moi aussi, et ne sait plus quoi faire......
    Continues d'écrire. Ne t'en fais pas si tu trouves que tu n'as pas assez de lecteurs, ils vont venir bien assez vite.
    N'oublies pas : chaque avis sur l'histoire compte et chaque mots écris doit être sincère. C'est toujours le cas dans mes commentaires. Gardes ça à l'esprit à jamais.
    Restes sur ta lancée et ne désespères jamais.
    Lily.

  • AnastasyaLVCF

    10/05/2014

    Hello, j'ai pas encore fini de lire mais je voulais te donner mon avis : J'ADORE!!!
    Le personnage de Prue est magnifique je me suis attaché au fil des chapitres, on voit son changement Et les maraudeurs ont chacun une personnalité attachante mon préféré est Sirius♥
    Aussi ce qui m'a beaucoup plus c'est que tu ne précipites rien, le duo Prue/Remus ne va pas vite ils ne sont pas directement amoureux. Et surtout je trouve que tu montres vraiment bien le personnage de Prue d'un coté elle est attaché un peu à eu mais elle ne peut pas elle n'a pas le droit.
    Bref pour l'instant je continue de lire, et merci pour cette merveilleuse fiction. :)

  • harry-potter-8-fic

    01/04/2014

    J'adore vraiment ta fiction.

  • assassin-maraudeurs

    13/02/2014

    Hp-Prophetie-95 wrote: "Coucou, je sais ça fait super long temps que je ne suis pas venus lire et laisser mon avis (j'espère que tu m'en veux pas trop) ;) , j'avais beaucoup de fiction a lire et a continuer, j'ais donc et j'en suis désolé fait passé en priorité les chapitre plus cours (on reconnais la fainéante ;) ), fin bref, je te raconte ma vie, le plus importent pour moi c'est que je suis enfin (c'est le bon mots) passé lire la suite et je n'ais pas été déçu. Comme toujours ton chapitre étais super bien écrit !

    Alors, alors, alors, je vais commencer par te parlé du crime de notre chaire Prue pour commencer il est super bien imaginer et franchement ça fait peur (j'espère que tu n'habite pas près de chez moi ;) ), je rigole, mais franchement je me demande d'où te vient cette imagination pour d'écrire des meurtre parfait, moi je te dit bravo. Dit moi si je me troupe, mais j'ai un peu eu l'impression que quand elle pensais et tous qu'un homme avais déjà abusé ou essayer d'abusé d'elle, mais que dans tous les cas ça l'aurais marqué. Apparemment elle a eu de la chance que les maraudeur ne regardaient pas leur carte pendant qu'elle étais dans la foret, c'est même une sacré chance, car je sais pas mais pour moi, les maraudeurs qui se prépare a faire une blague comme celle-ci regarderont surement leur carte pour vérifier je sais pas que tous se porte bien ou des truc comme ça. Je m'intéresse a la carte pour une autre raison c'est que au début du chapitre tu dit que prue s'arrangera pour la subtiliser ou quelque chose comme ça.

    Sinon parlons de Noel, cette un fameux noël, j'aime beaucoup se qu'il c'est passé entre nos deux héro ! Prue commence a s'ouvrir d'elle même comme dirais Remus. J'ai pensé a qu'elle que chose en lisent la fin quant tu écrit '' Quelques anciennes cicatrices avaient également refait surface. Je devais vraiment être perturbée pour que les effets du sortilège qui masquait les traces de mon passé cessent ainsi '' dit moi si je me goure complétement , mais es que ces frases pourrais être comme un message caché, je pense que le sortilège a cesser car justement des trace de son passé a vais refais surface, pas dans l'immédiat mais dans certains précédant chapitre et que ça aurais fait effet que maintenant, en tout cas c'est frase reste comme même mystérieuse.

    Voila, j'espère que mon commentaire étais assez constructif (j'ai fait mon possible) ;)
    Bisous
    "

    Hello ! Bien contente de te revoir dans mon histoire ! =) et t'inquiète, je comprends que tu aies d'autres priorités, aucun problème.

    Haha, tu n'es pas la première à soulever le fait que j'imagine (trop) bien les meurtres ^^ mais je te rassure, les passages concernant les crimes me demandent beaucoup plus de temps et d'inspiration. Pour Wayne, c'est un peu différent... j'étais partie sur autre chose au début, et puis j'ai eu cette idée de forêt, et du coup le meurtre bestial me paraissait plus... original on va dire ^^

    Concernant tes impressions sur le passé de Prue avec les hommes, tu es dans le bon =) Prue y fait souvent allusion, de manière plus ou moins évidente, mais elle a effectivement de quoi les haïr.
    Pour ce qui est de la carte du Maraudeur, les garçons n'avaient pas de raison particulière de la regarder : Prue était hors de l'école, et la blague se déclenchait dans tous les cas à minuit, pour tout le monde. ça aurait posé problème si les Maraudeurs visaient seulement quelques personnes en particulier.

    En fait, au sujet des blessures, comme Prue en porte (beaucoup), elle se jette un sortilège qui masque ses cicatrices. Les effets du sortilège ont commencé à s'estomper parce que Prue était trop perturbée pour le maintenir. Et donc, les cicatrices sont redevenues visibles.
    Le message caché comme tu dis, c'est que Prue tente d'enterrer son passé chaque jour, mais qu'un moment de faiblesse suffit à le faire ressurgir.
    Il y a souvent des phrases à double sens, donc normal que tu les trouves mystérieuses, mais n'hésite pas à me poser des questions =)

    Merci beaucoup pour ton commentaire en tout cas, et je te souhaite une bonne lecture pour quand tu reviendras ! Bisous

Report abuse