Chapitre 19 : Prisonniers volontaires

« La fuite ne nous apporte aucun apaisement. On a beau faire semblant, se tenir éloignés... faire comme si la page était tournée... mentir ne trompe que les autres. Au fond, on connait la vérité.
Mais elle est pour moi inavouable... et il ne peut comprendre pourquoi. »
 
Chapitre 19 : Prisonniers volontaires


 
|15 février 1977 – Poudlard – Dortoir des filles de Gryffondor  – 2h14|

 
Je n'arrêtais pas de penser à ce qui s'était passé quelques heures auparavant dans le parc avec Remus. Des centaines de questions déferlaient dans ma tête, mais une seule revenait inlassablement : pourquoi m'étais-je aventurée sur ce terrain ?

Je ne me comprenais pas moi-même. J'avais tenté de lui ouvrir les yeux sur moi... sur ma dangerosité. Pourquoi de tels sous-entendus qui allaient à l'encontre de ma mission ? Heureusement qu'il s'était borné à me faire confiance. Oh et le pire, le summum de la connerie... c'est que je m'étais ouverte l'espace de quelques minutes. J'avais quitté mon masque pour lui parler du soir qui me faisait si mal encore aujourd'hui, douze ans après. Ça m'avait fait du bien de lui en parler. Il était réconfortant, je dois l'avouer. Mais... je lui avais servi une faille sur un plateau. Il savait désormais comment m'atteindre. Comme si ça ne suffisait pas, voilà que je m'étais laissée approcher ensuite. Je n'avais eu aucune envie de le repousser, bien au contraire... 

J'aurais dû le massacrer pour avoir osé s'approcher ainsi. Mais il était tellement doux... j'étais si bien dans ses bras... ses caresses étaient si apaisantes... comment pouvais-je m'énerver contre tant de tendresse ? Il était si gentil et de bonne volonté que je ne parvenais pas à lui en vouloir.
J'enfouis mon visage dans mes mains, essayant de reprendre mes esprits. Je débloquais complètement. Je me laissais le choix d'accepter ses avances... non mais n'importe quoi ! Je n'avais pas le choix ! Je DEVAIS refuser ! C'était une évidence ! Je ne devrais même pas hésiter. Il n'y avait pas de question à se poser là-dessus, la réponse était claire et nette : lui et moi, ce n'était pas envisageable.
 
Bon sang, mais que pouvait-il donc bien se passer dans ma tête pour que je sois en train de me battre contre moi-même ? Ces doutes, ces sentiments... d'où venaient-ils ? Ils ne s'étaient jamais manifestés auparavant. Etait-ce le rôle qu'il avait tenu dans mon passé qui me rapprochait tant de lui ? Etait-ce à cause de ça que j'acceptais qu'il franchisse mes limites ? Que j'adore son contact sur ma peau... sa simple présence ? Comme si les hommes ne m'avaient pas assez fait souffrir, il fallait que je me livre toute seule. Putain mais pourquoi étais-je incapable de me montrer inaccessible avec lui comme je le faisais si bien avec tous les autres ? Pourquoi n'arrivais-je pas à être insensible, à m'en éloigner ?
« Tu es une tueuse... un assassin... ton seul but ici est de te rapprocher des Maraudeurs pour plus tard... alors tu vas tourner le dos à tes sentiments fissa, tu ne choisis pas la bonne personne pour t'ouvrir ! Tu vas les tuer. Les tuer ! Alors évite de t'attacher à tes cibles ! Reprends le contrôle. Reprends de la distance »

Je secouai la tête. Je ne m'étais jamais sentie comme ça... aussi confuse. J'avais l'impression d'oublier la véritable raison de ma présence ici. J'appréciais la proximité de Remus et en même temps je la redoutais. Je voulais qu'il s'éloigne et en même temps je le recherchais. Il me faisait perdre pied. A moi... ! Comment faisait-il ? Comment pouvais-je me perdre dans son regard ambré... ? Moi qui ne me perdais jamais. Quel est donc ce courant électrique qui me parcourait lorsqu'il me souriait... ? Lorsqu'il était trop proche de moi ?  Ce courant... il était tellement différent de d'habitude. Ce n'était pas le courant agressif qui précédait une pulsion meurtrière. Non, au contraire... c'était une décharge, agréable, et en même temps frustrante.
Incontrôlable. Surprenante. Inexplicable.
Sur le moment, j'étais bien, j'avais envie d'aller plus loin, de le laisser faire.

Ensuite... en y repensant, ça me faisait rager. Je me sentais faible. Impuissante. Incapable de me détacher de son corps chaque fois qu'il me prenait dans ses bras. Incapable de soutenir l'intensité de son regard. Incapable de résister à son air doux, à son sourire...
Sans parler de sa foutue manie à vouloir me connaître plus en profondeur... pourquoi ? Pourquoi voulait-il connaître les détails de mon passé ? Pourquoi voulait-il savoir ce qui avait forgé la personne solitaire et froide que j'étais devenue ? C'est moi qui devais apprendre à le connaître ! Mener l'enquête sur sa vie. La sienne et celle de ses amis.  Pour ma mission. C'est moi qui devais découvrir leurs points faibles ! Pourtant... c'est lui qui cherchait les miens. Le pire, c'est qu'il les voyait ! Il les trouvait ! Alors que tout le monde me croyait infaillible. Où es-tu Tracker ? Pourquoi me laisses-tu dans ces moments-là ? Pourquoi ne reviens-tu que trop tard ?
J'étais censée être la tueuse la plus impitoyable, le prédateur le plus redoutable... mais devant lui, j'avais l'impression de devenir une proie. SA proie.
 
Il fallait que je me reprenne, et vite. Je n'avais qu'un chemin à suivre, et ce n'était certainement pas celui sur lequel j'avais fait un écart tout à l'heure. J'avais commis une grave erreur en lui laissant miroiter un seul instant que je pouvais lui appartenir. Je savais que je venais de faire un faux pas. Un acte irréversible. Peut-être me pardonnera-t-il mon refus, mais je savais que plus rien ne serait comme avant. Je me sentais tellement stupide d'avoir fait ça. Je m'étais aventurée beaucoup trop loin sur un chemin qui ne pouvait mener nulle part. Lui et moi... c'était une impasse. Même si au fond... il y avait une part de moi qui désirait tenter l'impossible. C'était de la folie douce. Je ne pouvais pas. Je ne devais pas. Il fallait que j'arrête de divaguer. Que je cesse de le laisser s'approcher.

Pourtant, lorsque je fermai momentanément les yeux, le rêve que j'avais fait la veille du réveillon me revint en tête. Je soupirai profondément. Il paraît que les rêves reflètent ce que nous enfouissons au plus profond de nous... nos désirs refoulés. Après ce qu'il s'était passé tout à l'heure, c'est une certitude désormais. Je le désirais. Lui. Ma cible. 

J'eus un rire nerveux. Je me sentais prisonnière. J'avais la porte grande ouverte. Et j'étais incapable de m'enfuir. Peut-être parce qu'au fond... je ne voulais pas sortir. Je regardai mon reflet dans le carreaux de la fenêtre. Je parvins à discerner mon tatouage en forme de Basilic. Mon c½ur se serra en pensant à mes origines... à qui j'étais, et ce que je représentais.
« Il va falloir que tu trouves la volonté de sortir en vitesse Prue... ou tu risques de rester enfermée pour de bon. »
 
 
|Au même moment – Dortoir des garçons de Gryffondor |
~  Point de vue de Remus ~
 
Assis sur le rebord de la fenêtre, je regardais au-dehors, le c½ur lourd. Je me sentais mal. Si mal. Bon sang mais comment avais-je pu être aussi stupide ?! Qu'est-ce qui m'avait pris de pousser mes avances aussi loin ? Comment avais-je pu miroiter un seul instant l'atteindre, elle ? C'était impossible !

D'un autre côté, je ne pouvais pas m'en empêcher... c'est comme si ça se faisait tout seul. Elle était loin de me laisser indifférent. Personne ne pouvait être indifférent face à elle. Cette louve magnifique au caractère pimenté et explosif. Je savais maintenant d'où ça venait. Depuis le début je sentais que quelque chose de grave lui était arrivé. Je savais que son enfance à l'orphelinat n'était pas à l'origine de sa personnalité tellement solitaire et agressive. Je ne comprenais pas pourquoi une fille telle qu'elle était capable d'avoir une estime aussi basse d'elle-même. Maintenant je savais.

Elle se sentait coupable. Elle était rongée par le remord. Elle pensait que c'était de sa faute si sa mère était morte, et c'est sans aucun doute pour ça qu'elle laissait souvent entendre qu'elle n'était pas « quelqu'un de bien ». Je ne voulais pas essayer d'imaginer ce qu'elle avait dû vivre. Perdre sa mère est un véritable drame... mais l'avoir sur la conscience est pire que tout. Je comprenais enfin d'où venait sa souffrance. J'aimerais tellement l'aider. La guérir. J'étais persuadé qu'elle n'avait pas tué sa mère volontairement. Ça ne pouvait être qu'un accident. Mais comment le prouver, alors qu'elle-même se condamnait ? Je secouai la tête.
Certainement pas en sortant avec elle...! Je devais me contenter de son amitié... si je ne l'avais pas déjà brisée.
Cette simple pensée me traversa douloureusement le c½ur. C'était si fragile entre nous... on commençait à se rapprocher vraiment... pourquoi avais-je tout gâché... ? Elle commençait enfin à s'ouvrir, à me faire confiance... quel con !

Je fermai les yeux longuement et repensai aux évènements de la journée. Prue m'avait impressionné par sa puissance magique lors de son affrontement avec les Serpentard. Sous ses airs calmes, elle cachait une vraie louve agressive qui imposait le respect. Elle refusait qu'on l'atteigne. Elle voulait être inaccessible en tout point... et je l'avais peut-être perdue en précipitant mon approche. Si elle n'avait pas été habituée à recevoir de l'amour et de l'attention, elle avait dû se sentir brusquée. D'un autre côté... comment lui résister ? J'étais incapable de garder mes distances. Je profitais de la moindre occasion pour la serrer contre moi. J'aurais dû me tenir tout à l'heure. Ce n'était pas le moment de déraper alors qu'elle se confiait sur un sujet aussi douloureux. Au lieu de me contenter de la réconforter, je m'étais laissé prendre à son magnétisme. J'avais l'impression d'être un aimant avec elle. Un coup on s'attirait... un coup on se repoussait. Elle acceptait ma proximité, mais elle finissait toujours par me fuir. Je ne savais plus quoi penser. Jusqu'à maintenant, avec tous les moments passés avec elle, je croyais avoir une chance. Je pensais vraiment qu'on se rapprochait... mais de toute évidence, ce n'était rien de plus que de l'amitié.
 
 
|Grande Salle -  10h |

~  Point de vue de Prue ~
 
Contrairement à son habitude, Remus ne m'avait pas regardée une seule fois depuis qu'on était descendu. Il me fuyait. Il n'avait pas touché à son assiette et avait la mine de quelqu'un qui a mal dormi. Je n'avais pas de commentaire à faire de ce côté-là, je devais avoir la même tête. Moi non plus je n'avais pas fermé l'½il. Le combat mental contre moi-même avait duré trop longtemps. Depuis que j'étais assise, je n'avais même pas pris la peine de me servir. C'était inutile, je n'avais pas faim. Pourtant, j'essayais de me pousser à surpasser tout ça. En vain. Mes émotions avaient pris le dessus, et cela m'était insupportable. Ma fierté en prenait un coup. Comment moi, une tueuse à gages, réputée pour son insensibilité, pouvait se sentir mal à l'idée de faire souffrir un loup-garou ? Une cible en plus ! C'était insensé ! J'aurais déjà dû oublier. Ça n'aurait jamais dû me contrarier de devoir refuser les avances de l'une de mes cibles. Et pourtant, cette pointe dans le c½ur et cette main de fer me tordant les entrailles étaient toutes deux bien réelles. Il fallait faire quelque chose, je ne pouvais rester ainsi. Je devais reprendre les commandes.

Les autres Maraudeurs rigolaient, tous de bonne humeur, comme à leur habitude. D'autant plus que la petite bagarre de la veille avait rapproché James et Lily. Heureusement pour nous tous, ce petit incident n'était pas remonté jusqu'aux oreilles d'un professeur ou pire, du directeur. Les Serpentard ne s'étaient pas plaints, sans doute par orgueil. Ils préféraient garder ça pour eux, ils devaient avoir suffisamment honte d'avoir perdu face à une seule personne.
 
Je vis Remus se lever. Il marmonna un vague « j'ai besoin de prendre l'air » avant de partir. Je restai là, la gorge sèche, à le suivre du regard. J'avais envie de le suivre, mais mes muscles ne répondaient pas. J'étais paralysée.
 
-         Il est bizarre Remus aujourd'hui, lança Peter à voix basse.
-         Ouais... Il n'a pas l'air dans son assiette, continua James. Vous savez ce qu'il a ?
-         Non, répondit Sirius. Mais je connais ce regard... quelque chose lui a fait mal.
 
Je déglutis. Quelque chose ? Non, quelqu'un. Moi. Comme d'habitude. Je ne savais que faire souffrir les gens, même ceux que je ne voulais pas.
 
-          Je vais prendre l'air moi aussi, murmurai-je en me levant.
 
Je sentis le regard des Maraudeurs braqué sur moi alors que je quittais la Grande Salle. Je me mis à la recherche de Remus. Mes pas me guidèrent au lac. Il s'y trouvait, comme je m'y attendais. Je mis une éternité à me décider à aller le voir. J'avais la boule au ventre, c'était vraiment la meilleure. Comment parler à quelqu'un pouvait être plus difficile que préméditer le meurtre parfait et le perpétrer ? Je secouai la tête et me mis en marche vers lui.
 
-           Remus ? appelai-je doucement.
 
Il releva la tête vers moi. J'eus un instant d'arrêt en voyant son air triste.
 
-           Excuse-moi pour hier... je ne voulais pas te blesser, dis-je à voix basse.
-          C'est moi qui m'excuse... j'ai été maladroit. Tu venais de parler d'un sujet délicat... je ne sais pas ce qui m'a pris. Je suis vraiment désolé de t'avoir mise dans cette situation. C'est juste que...
 
Mais il s'interrompit, regardant ailleurs. Je sentais que c'était difficile pour lui... je m'en voulais de lui faire ça.
 
-          Je me suis trompé, finit-il. Il y a eu des signes entre nous ces derniers temps... des gestes... que j'ai mal interprétés.
 
Ce fut à mon tour de détourner le regard. Je me mordis la lèvre inférieure. C'est vrai qu'en prenant du recul, je me rendais compte que mon comportement des derniers mois avait été trop ambigu. Je l'avais laissé espérer... pour finalement lui mettre un râteau. Je comprenais qu'il soit perdu. Je l'étais aussi.
 
-         Ces signes étaient réels, soufflai-je. Mais c'était involontaire de ma part. Je ne m'étais jamais rendue compte...
 
Je m'interrompis à mon tour, incapable de finir ma phrase. Comment lui dire ? Que le lien qu'il y avait entre nous était naturel... inconscient ? J'avais bien senti que nous nous rapprochions de plus en plus... mais je n'avais pas conscience d'où ça nous menait. Parce que je refusais de voir l'effet qu'il avait sur moi...
Je baissai les yeux sur Remus. Il me regardait, attendant la suite.
 
-         Je crois que Sirius et toi avez raison... repris-je. J'ai un mur en moi. Une barrière.
-         ... Ce qui s'est passé à tes cinq ans ?
-         ... Pas seulement. Mais oui, ça en fait partie.
-         Je suppose que tu ne veux pas être plus précise... ?
-         Désolée Remus... je t'ai donné une petite idée hier... je ne peux pas te dire la suite.
-         Pourquoi ?

« Parce que tu me repousserais, parce que ça gâcherait tout, parce que ma mission serait foutue... il y a tellement de bonnes raisons que je ne peux pas toutes les donner... mais je crois que la pire, c'est parce que je suis censée te tuer dans quelques années »

 - Je dois combattre ce problème seule. Personne ne peut m'aider.
 
Il baissa la tête. La tristesse sur son visage était tellement lisible que ça me renversa le c½ur. J'étais chamboulée de le mettre dans cet état. Je ne voulais pas le blesser.
 
-         Comment veux-tu guérir si tu refuses d'être soignée ? demanda-t-il.
-         Je me soigne à ma manière.
-         Ok, je respecte ta décision...
-         Je t'en suis reconnaissante. Je ne voudrais pas que ça entache notre amitié.
-         Tu es tranquille de ce côté-là, dit-il en rigolant.
 
Il s'interrompit brusquement. Mais j'avais déjà deviné ce qu'il avait failli dire. Moi non plus je ne pourrai pas me passer de toi, Remus. Et c'est là que je me rendis compte que ça serait difficile de garder une relation strictement amicale. Avec lui, je me sentais bien, et ce n'était pas de la comédie. J'avais un réel sentiment de sécurité et de bien-être... qui me faisait disjoncter.

Comment était-ce possible ? Comment pouvais-je perdre les qualités qui définissent un assassin en sa présence ? Insensible, impitoyable, inaccessible... je l'étais depuis tellement longtemps que j'en avais presque oublié le commencement... alors, pourquoi n'était-ce pas le cas avec lui ? Pourquoi je n'étais plus moi-même ?

C'était plus fort que moi... je savais que ce n'était pas bien, mais je ne pouvais m'empêcher d'éprouver une sensation délicieuse à ses côtés. J'avais l'illusion dérisoire d'être quelqu'un d'autre. Quelqu'un de bien. Tout ce que je n'étais pas. Il fallait se faire une raison. Une tueuse ne pouvait pas tomber amoureuse. C'est trop contradictoire. Incompatible. Amour et Haine ne peuvent cohabiter dans le même corps. Les ténèbres étoufferont toujours la lumière. Mon âme toute entière était ancrée dans le Mal. Je ne pouvais pas m'ouvrir à cet ange.
« Sa lumière ne fait qu'éclairer la surface... au fond de moi, je serai toujours dans l'obscurité »
 
 

| 16 février 1977 - Poudlard - Couloirs - 17h10|
 
Je me baladais dans les couloirs, perdue dans mes pensées. Je n'avais pas suivi les Maraudeurs à la sortie du cours de Métamorphose. J'avais besoin de m'isoler pour réfléchir. Je me frayai un chemin à travers la masse d'élèves se dirigeant vers leur salle commune respective. Je montai dans la tour de Gryffondor pour être tranquille. J'en avais besoin. Remus et moi ne nous étions presque pas parlés aujourd'hui. On s'évitait. Je soupirai, me laissant bercer par les quelques oiseaux vaillants qui chantaient dans le froid.

J'entendis des pas se rapprocher, me sortant de mes rêveries. Mon c½ur accéléra à l'idée que ça soit Remus qui vienne me rejoindre. Contrairement à ce que je pensais, c'est la voix de Sirius qui me fit lever la tête :
 
-         Prue ?
-         Hmm ?
-         Je peux te parler ?
-         Oui.
-         Qu'est-ce qui s'est passé avec Remus ?
 
LE sujet que je ne voulais pas aborder. Encore moins avec Sirius.
 
-         Rien, répondis-je. Pourquoi ?
-     Ne te fous pas de moi. Vous êtes bizarres tous les deux depuis la bagarre avec les Serpentard.
 
Je soupirai. Bien évidemment, le malaise qui s'était installé entre Remus et moi n'était pas passé inaperçu aux yeux des trois autres frères de c½ur.
 
-         Vous vous êtes disputés ? demanda Sirius au bout d'un moment face à mon silence.
-          J'aurais préféré, marmonnai-je.
 
Sirius se laissa glisser le long du mur de pierre pour se mettre à mes côtés.
 
-          Qu'est-ce que tu veux dire ?
-          Pourquoi tu ne vas pas demander ça à Remus ?
-          Je l'ai fait.
-          Alors tu sais.
-          Non justement. Il n'a pas été clair.
-          Qu'est-ce qu'il a dit ?
-          Que c'était un rêveur mi-crétin mi-fou.
 
Je ne pus m'empêcher de pouffer de rire, malgré la pointe qui s'enfonça dans ma poitrine.
 
-          Alors ? relança Sirius.
-          On a failli s'embrasser. Mais... j'ai dévié.
 
Sirius ne dit rien pendant plusieurs secondes. Je me sentis presque coupable en croisant son regard assombri.
 
-          Je ne veux pas jouer avec ses sentiments, soufflai-je. Je sais... que Remus est très attaché. Mais je ne peux pas lui donner ce qu'il attend.
-          Pourquoi ? demanda doucement Sirius. Tu ne vas pas oser me dire qu'il te laisse indifférente ?
 
J'allais répondre, mais je détournai les yeux. Non c'est vrai, il ne me laissait pas indifférente. Mais il DEVAIT me laisser indifférente. Donc...
 
-           Je ne l'aime pas Sirius. J'ai... de l'affection pour lui. C'est vrai. J'ai toujours passé de supers moments en sa compagnie. Mais ça ne va pas plus loin.
-           Répète ça en me regardant dans les yeux.
 
Je me levai d'un bond et m'éloignai de lui, énervée. Mais Sirius me rattrapa.
 
-          Ça ne devrait pas te poser problème si tu dis la vérité, provoqua Sirius.
 
Je me mis bien en face de lui et le plantai du regard.
 
-          Je n'ai pas de sentiment pour Remus. Ça me fait mal de le voir souffrir par ma faute, mais je refuse de lui donner de faux espoirs, ok ? Alors si tu es vraiment son ami, dis-lui de m'oublier !
 
Je partis sans laisser le temps à Sirius de réagir. J'avais dit ce qu'il fallait. Et pourtant... je me sentais mal. Parce que j'avais beau essayer de me mentir, je savais que mes paroles ne collaient pas avec ce que je ressentais. Les mots m'avaient écorchée en sortant.

Je marchai d'un pas raide vers la salle commune et entrai en coup de vent. Je m'arrêtai nette, sentant comme des épines s'enfoncer dans tout mon corps en voyant Remus assis sur son fauteuil habituel, une fille blonde assise sur lui et visiblement endormie dans son cou. Il me fallut plusieurs secondes pour redescendre sur terre. J'avançai dans la salle comme si de rien n'était. James me salua avec un grand sourire, et je me dirigeai vers eux à contrec½ur en prenant soin de ne pas regarder Remus.
 
-          Enfin rentrée de balade la vadrouilleuse ! 
-          Je repars.
-          Où ça ?
-          A la bibliothèque. J'ai une petite recherche à faire pour les devoirs de Maxwell.
-          Des recherches à faire en DCFM, toi ?! s'étonna Peter.
-          Oui, moi.
 
Je montai dans le dortoir prendre du parchemin dans ma réserve et repartis aussitôt. Je croisai Sirius en sortant de la salle commune.
 
-         Où tu vas ? 
-         Ailleurs, renvoyai-je sans m'arrêter.
 
Et je partis en direction de la bibliothèque, de mauvaise humeur. Je ne comprenais pas pourquoi j'étais énervée tout d'un coup. Mais j'avais la haine, c'était certain. J'avais même envie de me battre !

Une fois arrivée à destination, je m'installai en silence et sortis mes affaires, me mettant au travail. C'était un excellent moyen pour s'occuper l'esprit.
 
 
|17 février 1977 – Poudlard – Cours de Botanique – 15h|
 
J'étais tranquillement en train de faire une "opération" à une plante pour récupérer son sérum. Profitant de notre nombre impair grâce à un absent chez les Poufsouffle, j'étais restée seule pour ce travail initialement prévu en duo. J'étais incapable de rester concentrée depuis hier soir. Mon travail à la bibliothèque avait fini à la poubelle tellement j'avais écrit des conneries. Je n'arrivais pas à me sortir l'image de cette fille contre Remus. Cette même fille avec laquelle il faisait duo aujourd'hui. Je relevai les yeux de la plante l'espace d'un instant en voyant Remus taquiner sa nouvelle amie. Il m'avait vite remplacée finalement, j'avais eu tort de m'en faire pour lui. Il allait bien.
 
-           Euh, Prue, je crois que tu as un peu trop enfoncé le scalpel... me fit remarquer Peter.
 
Je reportai mon attention sur la plante. Putain, j'avais abîmé la tige ! Je soupirai, essayant de voir comment je pourrais rattraper le coup.
 
-        C'est qui cette pouf...souffle ? demandai-je quelques minutes après, incapable de résister plus longtemps.
 
Peter, qui travaillait en duo avec Sirius, leva la tête en direction de la concernée.
 
-         Dahlia. Remus était très proche d'elle à une époque. Mais ils ont arrêté de se fréquenter lorsqu'elle est sortie avec un mec de Serdaigle. 
-              Ah...
 
Génial, une ancienne conquête échouée.
 
-            Remus n'est vraiment pas rancunier. Elle revient vers lui maintenant qu'elle a besoin d'une épaule pour pleurer après sa séparation.

Alors c'était pour ça qu'elle était si proche de Remus hier soir ? Parce qu'elle pleurait dans son cou ?
 
-       Dahlia n'est pas comme ça, intervint Sirius. Elle aurait voulu rester amie avec Remus. Elle ne savait pas qu'il avait des sentiments pour elle, c'est lui qui a coupé les ponts.
-           Tu ne vas me faire croire qu'elle ne l'avait pas deviné... ça crevait les yeux, répliqua Peter.
-          Il y a beaucoup d'aveugles et de sourds lorsqu'il s'agit d'amour... dit innocemment Sirius en me regardant.
 
Nouvelle maladresse de ma part, et cette fois ma tige était foutue. Je serrai la mâchoire avec force, énervée. Je jetai un ½il noir à Sirius, qui reporta son attention sur son travail. J'eus envie de lui attraper la tête pour la cogner sur la table. Mais je me retins, prenant une profonde inspiration. Il fallait que je conserve mon calme. Je me reportai sur ma plante. Je n'avais plus qu'à recommencer sur une autre tige. Me fermant à tout ce qui m'entourait, je me remis au travail en essayant d'oublier le reste. Je ne comptais pas recommencer l'opération cinquante fois.


|18 février 1977 – Poudlard – Cours de Potions – 11h50|
 
Slughorn nous avait demandé de faire une potion en solitaire ce matin. Ce n'était pas plus mal, je n'étais pas d'humeur à être en duo. Comme tout le temps depuis deux jours. Remus et moi ne nous parlions presque plus, on évitait soigneusement de croiser nos regards, et encore moins de s'approcher. Malgré notre discussion, dans laquelle on s'était assuré que rien n'avait changé... nous étions incapables de continuer comme avant. En fait, on n'avait pas passé beaucoup de temps ensemble depuis. Il profitait de la moindre occasion pour s'absenter, et j'en faisais autant. Résultat : on ne faisait que se croiser en coup de vent.

Pourquoi est-ce que cet éloignement m'affectait ? Aucune idée. Le fait est que j'étais encore plus silencieuse et solitaire que d'habitude. Je ressentais un étrange vide depuis trois jours, et c'était insupportable. Comment pouvait-il avoir ce pouvoir sur moi ? Pourquoi ne me laissait-il pas indifférente ? J'avais l'impression que nous avions échangé les rôles. Maintenant, c'est moi qui souffrais de son éloignement. Surtout en le sachant avec cette fille, Dahlia. Tous nos jeux, il les reproduisait avec elle. J'avais l'impression de ne plus exister pour lui. D'ailleurs, j'en venais même à me demander si le lien que je croyais fort avait eu un sens pour lui un jour. Peut-être qu'on n'avait jamais rien partagé de sincère finalement... sinon, il ne serait pas en train de se comporter avec elle exactement comme il l'avait fait avec moi avant que je refuse de lui donner ce qu'il attendait.

J'aurais dû être satisfaite d'avoir réussi à m'éloigner de lui. C'est comme ça que les choses devaient se passer. Pour le bien de ma mission. Par respect pour mon père, et pour l'assassin que j'étais. Mais il n'en était rien. J'avais juste un vide. Un vide bien réel qui me mettait hors de moi.
 
Lorsque je finis ma potion, je restai assise, silencieuse, fixant le profil de mon partenaire perdu, situé à un mètre seulement de moi. Il avait fini sa potion lui aussi et attendait patiemment que le temps passe. Ça me brûlait les lèvres de l'interpeller, mais je ne parvenais pas à le faire. C'était pourtant simple. Il me suffisait de prononcer son prénom pour qu'il se tourne et que je croise à nouveau son magnifique regard... il suffisait d'un instant pour qu'il me provoque cette délicieuse décharge. Je fermai momentanément les yeux, serrant avec force le rebord de ma table. Je débloquais complètement.

Lorsque je revins à la réalité pourtant, et que je le vis sourire à la fameuse Poufsouffle avec cette lueur pétillante dans les yeux, faisant rosir légèrement les joues de celle-ci... Je sentis la rage monter d'un seul coup, sans que je parvienne à la refouler. La sonnerie m'offrit l'issue de secours inespérée. Je rangeai les accessoires d'un coup de baguette et m'emparai de mon sac, sortant en coup de vent sans attendre l'autorisation du prof. Je sentis de nombreux regards braqués sur mon dos, mais avant que Slughorn n'ait remarqué mon départ anticipé, j'étais déjà loin. Il fallait que je me défoule. J'en avais grand besoin. Ça faisait des jours que j'avais envie de me libérer, je ne pouvais plus résister. A force d'encaisser et de prendre sur moi, je n'avais plus qu'une envie : exploser.
 
 
| Manoir Voldemort – Quartiers privés du Lord – 12h | 
 
J'avais transplané ici dès la sécurité de Poudlard franchie. Ma tenue de tueuse s'enveloppa autour de moi en moins de deux secondes. J'avais besoin d'une proie.
 
-         Prudence... ?! s'étonna mon père en me voyant entrer dans son bureau. Que fais-tu ici ?
-         J'ai besoin de me changer les idées, répondis-je avec froideur.
-         Qu'est-ce qu'il se passe ?
-         Je perds patience. J'ai besoin d'évacuer.
-         Je vois... dans ce cas j'ai exactement ce qu'il te faut.
-         Une cible ? demandai-je avec espoir.
-         Oui. Mais tu es sûre de vouloir t'en occuper maintenant ?
-         Je reprends les cours dans deux heures.
-        Comme tu voudras. J'ai conclu un contrat avec un trafiquant d'armes magiques. Je l'ai payé et j'ai reçu la marchandise... Jack l'a testée et dit que c'est de très mauvaise qualité. Va donner une leçon au minable qui a voulu me rouler. Et surtout... récupère le fric. Sa marchandise ne vaut rien.
-         Qui est-ce ?
-         Un certain Tony Roach.
 
J'avais une cible et un objectif. Je n'avais besoin de rien d'autre pour libérer la louve en moi qui ne demandait qu'à sortir. 
 
|Londres – Quartier nord – Armurerie Tony & Co|
 
En tout bon tueur qui se respecte, je connaissais les principales villes comme ma poche. Tous les endroits clés n'avaient aucun secret pour moi, ainsi que les acteurs principaux de ce pays, politiques ou mafieux. En plus de mes hommes qui me ramenaient de nombreuses informations de part et d'autres du pays régulièrement, autant dire que j'avais à ma disposition des connaissances que beaucoup aimeraient avoir. Malheureusement pour ma cible, je savais où le retrouver au moment même où mon père m'avait donné son identité. Je savais déjà où il était basé.
J'entrai dans l'armurerie, ne prenant pas la peine de quitter mon masque. Beaucoup de criminels se servaient ici, alors en général les gens aimaient bien garder leur identité secrète. Comme je m'y attendais, il n'y avait pas de client à cette heure-ci.
 
-         Puis-je vous renseigner ? me demanda Tony en apparaissant de l'autre côté du comptoir.
-         Oui. Je cherche un couteau militaire. Vous avez ça ?
-         Bien sûr. Suivez-moi.
 
Il m'attira dans l'arrière boutique, là où les principales armes étaient rangées. Je jetai un coup d'½il rapide aux murs, appréciant la diversité des armes.
 
-         Vous cherchez des caractéristiques particulières ?
-         Non, pas vraiment. Les armes militaires sont en général toutes excellentes...
-         Ça c'est sûr. Tenez, regardez celui-ci.
 
Il me montra un couteau à l'apparence redoutable. Manche courbé pour assurer une bonne prise en main, lame longue d'une quinzaine de centimètres et environ cinq de largeur, crantée sur tout un côté... une arme qui ne laisse aucune chance.
 
-         Magnifique... soufflai-je en la prenant.
 
Je la pris en main pour regarder de plus près la lame.
 
-        C'est l'une de mes plus belles armes blanches. Les militaires apprécient beaucoup.
-         Je comprends, dis-je en la faisant tourner plusieurs fois. Elle est très maniable.
-         Vous semblez à l'aise avec les lames, apprécia Tony.
 
Je souris sous mon masque et lançai le couteau en l'air, le reprenant par le manche pour planter la lame jusqu'à la garde dans la cuisse de ma cible. Il hurla de douleur en tombant à genoux, et je retirai l'arme pour le frapper une seconde fois à l'épaule, le clouant au sol. Je me mis à califourchon sur lui, sentant l'apaisement m'envahir en voyant la souffrance imprégner les traits de son visage.
 
-           Bon sang qui êtes-vous ?!
-       ...Ton assassin. Tu as roulé mon employeur en lui fournissant de la mauvaise marchandise... je viens donc t'infliger la correction que tu mérites.
-       Attendez, ça peut s'arranger ! Je peux vous donner tout ce que vous voulez !! Servez-vous !!
-            J'y compte bien.
 
Je sortis la lame de son épaule pour la planter une dernière fois, dans le c½ur, mettant un terme à la souffrance infligée par ses blessures. Je sentis comme à chaque fois ce courant électrique m'envahir, me procurant une sensation de puissance sans limite en voyant la mort voiler le regard de ma victime. J'inspirai un grand coup et me relevai, faisant un rapide tour auprès des armes pour faire mon choix. Je forçai également le coffre-fort pour récupérer le contenu. Je balayai la pièce du regard pour m'assurer de ne rien laisser derrière moi autre que le cadavre de ce misérable, et disparus.
 
| Manoir Voldemort |
 

-           Ta rapidité me surprendra toujours, murmura mon père en me voyant revenir.
-        Il n'y avait pas de quoi s'éterniser. Roach est mort. J'ai récupéré le paiement que vous lui aviez donné, avec un supplément, ainsi que les armes que je jugeais intéressantes.
-           Un dédommagement qui me convient amplement.
-           Je dois me préparer à retourner à Poudlard. A bientôt Père.
-           Au plaisir de te revoir.
 
Je lui adressai un signe de tête et me dirigeai vers la porte.
 
-         Prue ?
-         Hum ?
-       Garde le contrôle. Je sais que c'est dur, mais retiens-toi. Je n'aurai pas toujours des cibles sous la main, et des absences trop fréquentes de ta part pourraient éveiller les soupçons.
 
Je me contentai d'acquiescer et sortis. Me retenir de tuer les Maraudeurs n'était pas compliqué... ce n'est pas ça qui me faisait péter les plombs. Ce n'était pas une envie de meurtre que j'avais... mais un désir. Le désir fou de pouvoir serrer librement Remus dans mes bras. Ce qui m'était interdit.

Pourquoi je me mettais à vouloir ce genre de choses ?! C'était insensé. J'avais le sentiment de ne plus être moi-même. Ce que je ressentais était en totale contradiction avec ce que j'étais. Comment une tueuse de ma trempe pouvait-elle... vouloir... ou envisager parcourir ne serait-ce qu'un petit bout de chemin avec lui ? Comment le monstre que j'étais pouvait-il rêver être dans les bras d'un ange ? Comment pouvais-je prendre plaisir à le contempler, à lui parler, à être avec lui ?! C'était complètement insensé ! Incohérent !
Un simple regard de sa part suffisait à réchauffer mon c½ur de glace. Un simple sourire balayait toute agressivité de mon être. Et si par malheur il entrait en contact avec moi, c'était un courant électrique qui m'irradiait le corps tout entier. Ses jeux, sa finesse d'esprit, sa voix... tout en lui me faisait perdre pied. Il me faisait oublier qui j'étais. Il me faisait oublier pourquoi j'étais à Poudlard. Avec lui j'allais bien plus loin que ma mission ne m'y obligeait. Il me faisait chavirer sans même le vouloir. Il parvenait à me transformer sans même savoir qui j'étais vraiment. Raison pour laquelle je ne pouvais le laisser trop s'approcher. Je savais que si j'avais le malheur de lui ouvrir les portes, plus jamais je ne pourrai le faire ressortir.

C'était insupportable d'avoir conscience de l'effet qu'il avait sur moi. J'étais insensible depuis si longtemps... pourquoi était-ce en train de changer ? Pourquoi aujourd'hui je pétais les plombs à cause d'une fille qui lui avait souri avec trop de douceur ? C'était de la folie pure et simple ! Je n'avais jamais été aussi libre depuis quatre ans... et pourtant, depuis le dernier épisode qu'il y avait eu avec Remus sous le Saule, je me sentais prisonnière. Je ne pouvais rien lui dire de ce que j'éprouvais. Je ne pouvais pas accepter ses avances. Je ne pouvais pas satisfaire mes envies. Non. Rien de tout cela ne m'était autorisé. Et ça m'énervait. Je ne supportais pas de devoir me retenir. Je ne supportais pas d'avoir un interdit. Je voulais briser cette barrière. Je voulais être libre de mes choix. Mais je ne pouvais pas. Parce que j'étais Tracker... et lui un ange désigné pour mourir de ma lame.

Je rentrai à Poudlard juste à temps pour assister au cours de DCFM. J'étais presque contente de constater que j'avais repris le contrôle sur mes émotions.
 
-         Où étais-tu ? me demanda Sirius.
-      J'avais besoin de prendre l'air, répondis-je en entrant dans la salle sans m'attarder davantage.
 
L'après-midi passa un tout petit peu mieux. Je me sentais bien depuis mon meurtre. J'avais l'impression d'avoir repris le dessus. Mais le soir, pendant le repas, quand je me retrouvai malencontreusement en face de Remus et que celui-ci garda les yeux sur son assiette pendant tout le repas, je me rendis compte que le vide que je ressentais n'était toujours pas comblé. Cette main de fer était toujours là à me presser le c½ur. Et je ne savais pas quoi faire pour m'en libérer.
 
 
|Maison des Gryffondor – Dortoir des garçons – 22h|

~ Point de vue de Remus ~
 
J'étais assis sur le large rebord interne de la fenêtre, regardant pensivement dehors. Je n'arrivais plus à faire semblant d'aller bien. Depuis ce qui s'était passé il y a trois jours avec Prue... je me sentais mal. Elle devenait une obsession. C'était atroce de l'avoir si près et de se dire mentalement que je ne pourrai pas espérer plus que de l'amitié de sa part. Elle avait enfermé son c½ur et ne laissait personne passer. Il fallait que je me résigne. Il fallait que j'arrête de dériver sur elle. Je devais cesser d'espérer l'avoir un jour près de moi. Malgré tout l'amour que j'étais prêt à lui donner, elle n'était pas disposée à le recevoir. C'est pour cette raison que j'essayais de l'éviter, de ne plus me donner le moyen de perdre les pédales en posant mon regard sur elle... mais je n'arrivais pas à me la sortir de la tête. Je me sentais attiré par elle constamment.

Trois jours que j'essayais de m'éloigner, et trois jours que c'était de pire en pire. C'était une lutte permanente pour m'empêcher de la regarder trop longtemps, de parler avec, de rester près d'elle... Trois jours que je faisais un effort qui me semblait surhumain. Trois jours loin d'elle qui paraissaient durer depuis des mois... comme si une force invisible voulait m'obliger à me ramener à ses côtés. J'ignore combien de temps j'allais pouvoir résister. Je tentais de me changer les idées en étant avec Dahlia... mais je n'arrivais pas à combler ce vide qui s'était creusé. Mes rires avec mon amie de Poufsouffle sonnaient faux... je ne faisais rien de plus qu'une insensée comédie. J'avais beau me mentir, faire comme si j'avais tourné la page, Prue était irremplaçable. Et pourtant j'avais essayé de vivre avec Dahlia les mêmes moments qu'avec Prue. Mais ça ne marchait pas. Si j'avais un jour eu des sentiments pour cette belle blonde, aujourd'hui, il n'y avait plus rien. Rien qu'une vaine illusion qui ne me soulageait pas. Il n'y avait pas une seule seconde qui s'écoulait sans que mes pensées ne s'égarent auprès de Prue. Et ça avait été pire pendant son absence entre midi et deux.
Où était-elle allée ? Pourquoi était-elle partie aussi vite ? Je sentais qu'elle allait mal elle aussi, et ça me rendait dingue de ne pas savoir. De rester loin.

Je fermai les yeux et appuyai ma tête contre le mur, soupirant profondément. Je m'imaginai auprès de Prue... je revoyais chaque instant passé avec elle... les savourant tous autant les uns que les autres. Ça me faisait du bien... malgré la pointe enfoncée dans mon c½ur. Le rêve était le seul moyen de réaliser au moins une fois ce que la réalité me refusait.
 
 
| . . . |
 
Le lendemain, en fin de la journée, je décidai d'aller me balader dans le parc. J'avais essayé au mieux d'éviter de créer tout contact avec Prue, même si je ne pouvais parfois pas m'en empêcher. Je sentis mon estomac se tordre légèrement en voyant le lac, lieu où j'avais fait mes premiers pas pour me rapprocher de Prue. Je regardai le Saule Pleureur juste à côté, et je revis rapidement le jour où elle m'avait offert son cadeau de noël... son aveu sur la mort de sa mère... ses magnifiques yeux qui me regardaient avec douceur alors qu'on se rapprochait... l'odeur de sa peau...
 
-         Remus ?
 
Je sursautai en revenant à la réalité. J'avais presque oublié que Dahlia était avec moi.
Je discutai avec elle, parlant de tout et de rien, l'esprit toujours aussi égaré. Mais il fallait bien le reconnaître, la présence de Dahlia apaisait un tout petit peu mon manque. Ce n'était pas grand chose... mais au moins en me parlant, elle m'empêchait de me torturer l'esprit dans des rêves éveillés.
 

 
|20 février 1977 – Poudlard - 19h|
 
Je n'arrivais pas à rester concentré... je me posais trente-six mille questions. Prue n'arrêtait pas de s'absenter. Elle quittait l'école à la moindre occasion. Et d'après Sirius, même quand elle était avec eux, elle semblait complètement ailleurs. Que lui arrivait-il ? Avait-elle des problèmes ? Si c'était le cas, elle refusait d'en parler. Chaque fois que Sirius avait tenté d'aborder le sujet, elle avait coupé court.
 
-          Il faut que tu ailles la voir Remus ! Tu es le seul à qui elle parlera !
-          Je ne peux pas Sirius... il faut que j'arrive à rester loin d'elle...
-          Parce que tu vas me faire croire que ça marche ?
 
Je ne répondis pas, énervé. Non, ça ne marchait pas ! J'avais beau être loin d'elle, elle ne quittait pas mes pensées ! Je me sentais impuissant. Prisonnier où que je sois.
 
-            Non, avouai-je.
-            Alors va la voir. Arrêtez de vous éviter comme la peste, ça ne vous guérira pas ! Vous êtes stupides de vous comporter ainsi !
 
Je soupirai. Sirius avait raison. C'était inutile de se voiler la face. Cet éloignement forcé ne faisait qu'empirer notre situation.
 
-           Où est-elle ? demandai-je.
-           En haut de la tour de Gryffondor. Elle est rentrée il y a dix minutes.
 
Je me dirigeai donc vers la tour. J'avais la boule au ventre. Ça faisait des jours qu'on n'avait pas eu une discussion tous les deux. Lorsque j'arrivai pourtant et que je la vis, mon c½ur sembla s'alléger.
 
-           Prue ? appelai-je doucement.
 
Elle se retourna sous l'effet de la surprise, me faisant sourire malgré moi. C'était bon de la revoir à nouveau... seul à seul.
 
-          Tu t'es perdu ? demanda-t-elle sèchement.
 
Je fronçai les sourcils, sortant de ma contemplation. Je rêve ou il y avait réellement de la colère dans sa voix ?
 
-          Non... je venais te voir.
 
Elle eut un sourire un peu narquois, augmentant mon incompréhension. Que lui avais-je fait ?
 
-          En quel honneur ? dit-elle froidement.
-          Prue, qu'est-ce qui te prend ?
 
Aucun doute, elle était bien à cran. Sirius avait raison. L'expression de son visage était dure, son regard agressif, sa voix froide, son ton sec...
 
-          Laisse tomber, dit-elle en me passant à côté.
 
Je sentis une décharge me parcourir les nerfs. Je la rattrapai et la forçai à me faire face en lui saisissant le poignet. Elle me fusilla du regard, m'enfonçant une lame dans le c½ur. Je détestais voir ce regard... cette lueur qui faisait briller la haine dans ses yeux... un regard qu'elle réservait aux Serpentard... et qu'elle avait en ce moment-même pour moi. 
 
-          Tu vas me dire ce qu'il t'arrive ?! m'emportai-je.
-          Lâche-moi, siffla Prue.
-          Pas avant que tu m'aies répondu. Où vas-tu quand tu quittes le château ?
-          Ça ne te regarde pas !
 
Je serrai un peu plus mon emprise sur son bras. Chose qu'elle n'apprécia pas du tout. Elle me fit une prise et se libéra en une seconde. Elle me plaqua violemment contre le mur, approchant son visage près du mien.
 
-           Tu me cherches Remus...? demanda-t-elle d'une voix menaçante.
-           Arrête, suppliai-je.
 
Je ne supportais pas de la voir si agressive avec moi. Je ne comprenais pas pourquoi elle me haïssait tout à coup.
 
-           Qu'est-ce que je t'ai fait ?
 
Elle me lâcha sans répondre, tournant les talons d'un pas énergique. Je la regardai partir, incapable de la rattraper. J'avais trop mal...
 
~  Point de vue de Prue ~
 
J'avais la respiration saccadée par la rage. Je voulais partir le plus loin possible de lui. Je marchai vers les toilettes, me tenant fermement au lavabo. J'ouvris le robinet et me penchai pour me passer la tête sous l'eau froide. Je bouillonnais de l'intérieur. Lorsque je me redressai et que je croisai mon reflet, je compris que mon masque était en train de voler en éclat. L'agressivité était clairement lisible... tout comme l'envie de tout détruire.

« Tu as tort d'agir comme ça Prue »

Voir le fantôme de mon passé apparaître dans le reflet derrière moi n'eut même pas l'effet de me calmer. Comme si je n'étais plus moi-même.

« J'agis comme il faut »
« Tu ne t'en prends pas à la bonne personne... Remus n'y peut rien si tu n'assumes pas tes sentiments »
 
-        TAIS-TOI !!!
 
Je frappai violemment le miroir, le brisant en mille morceaux. Je sentis des bouts de verre s'enfoncer dans ma chair. Je regrettai mon geste et me retournai, mais le fantôme flou avait disparu. Je me laissai tomber à genoux, me prenant la tête entre les mains. C'était horrible, je me sentais prisonnière... alors que la porte de ma cage était grande ouverte.

 
|22 février 1977 – Poudlard – Cours de DCFM | 
 
Nous étions en plein contrôle de Défense Contre les Forces du Mal, mais comme d'habitude, j'avais fini au bout de la moitié du temps accordé. Je regardais pensivement par la fenêtre, laissant mon esprit errer. J'avais de plus en plus de mal à me concentrer sur ma mission. Comme si l'éloignement de Remus ne m'avait pas fait suffisamment mal, voilà maintenant que j'étais pleine de regrets pour mon geste de la veille. Qu'est-ce qui m'avait pris de le traiter ainsi ? Il ne méritait pas ça. Jeff avait raison, c'était moi la fautive dans l'histoire. Remus n'y était pour rien.

Je soupirai en le voyant la tête baissée sur sa copie achevée. Je savais que je lui avais fait mal en m'emportant ainsi contre lui. J'aurais voulu aller m'excuser, mais je n'avais pas réussi à le regarder en face. Mon c½ur se serra lorsque je vis Dahlia poser doucement sa main sur la sienne. Je préférai détourner le regard. La rage ne me consumait plus. J'acceptais mon sort. Je ne méritais pas cet ange de toute façon. Il serait mieux avec elle. Elle était belle. Elle semblait douce et gentille avec ses yeux clairs au regard tendre. Mon parfait opposé. Je souris tristement avant de me reporter sur l'extérieur. Il fallait que je m'habitue à ce manque. Que je me résigne. Il n'y avait rien d'autre à faire.

 
| Parc – 18h |
 
Ayant fini mes devoirs, je me baladais en attendant que les Maraudeurs aient eux aussi terminé. Je connaissais Poudlard désormais, je ne risquais plus de me perdre dans les couloirs ou de me faire avoir par les escaliers qui bougeaient sans arrêt. Au bout d'un moment, je finis par remonter à la salle commune pour voir où ils en étaient. J'eus la surprise de constater que Remus était aux abonnés absents.
 
-           Remus a terminé ? demandai-je en arrivant.
-          Oui, il est allé rejoindre Dahlia, répondit Sirius toujours plongé dans sa rédaction.
 
Je soupirai. Et moi qui voulais m'excuser... tant pis. J'allais m'installer dans le fauteuil près de la fenêtre, laissant mon esprit errer, même s'il tournait inlassablement autour de la même personne.
 
-         Un problème Prue ? demanda Sirius.
 
Je sursautai légèrement. Je ne l'avais pas entendu arriver.
 
-         Non, assurai-je. Tu as terminé ?
-         Oui. James et Peter sont encore sur leur dissert'.
-         ... Je vois. On va balader un peu en attendant ?
 
Je vis de la surprise dans son regard, mais il se reprit bien vite, m'adressant son éternel sourire ravageur.
 
-         Avec plaisir. Où allons-nous ?
-         Peu importe. Je te suis. 
 
~ Point de vue de Remus ~
 
J'étais sorti avec Dahlia pour me changer les idées, même si c'était vain. Dahlia était une fille vraiment adorable. Je m'entendais très bien avec elle. Elle aurait largement pu postuler pour devenir mannequin. Très soignée, toujours très esthétique et élégante, elle faisait partie des plus belles filles de sixième année. Après avoir passé deux ans à lui courir après, j'avais abandonné en la voyant sortir avec un autre. Finalement, alors que je ne l'attendais plus depuis longtemps, voilà qu'elle était à nouveau disponible. Cela s'était fait dans la douleur pour elle. J'avais passé des heures à la consoler. Et depuis, on passait des moments ensemble à la moindre occasion. On essayait de se faire mutuellement oublier nos peines, même si c'était vain en ce qui me concerne. Il m'était impossible d'oublier.

Comme si rêver de l'inaccessible n'était pas suffisamment douloureux, le comportement de Prue la veille m'avait profondément blessé. Et ça, rien ne pouvait l'apaiser. J'avais envie de retourner vers elle, de savoir pourquoi elle m'en voulait... mais d'un autre, je craignais de l'énerver à nouveau. Je ne voulais pas revoir son regard agressif me fusillant.
Je me retrouvais donc entre deux eaux. D'un côté, je voulais revenir vers Prue... d'un autre je redoutais tellement que je préférais la fuir en restant avec Dahlia. Mais elle ne me quittait jamais vraiment. Elle me suivait partout, ayant élue domicile dans ma tête... dans mon c½ur. Elle m'avait emprisonné, et j'étais incapable de réagir. De me libérer de son emprise. Aux yeux de tous, j'étais en train de m'éloigner d'elle... mais en réalité, ce n'était pas le cas.

Je me retins de pousser un soupir en  remontant en compagnie de Dahlia dans la salle commune des Gryffondor. Prue n'était pas là, comme trop souvent. Ce qui m'intrigua, c'est que mes amis n'étaient que deux. Nous autres Maraudeurs n'avions pas l'habitude de nous séparer ainsi.
 
-           Où sont Prue et Sirius ? demandai-je.
-           Partis faire une promenade, répondit Peter.
-           Rien que tous les deux ?
-           Oui. Prue avait besoin de marcher alors elle a demandé à Sirius de l'accompagner.
 
Je sentis une pointe me piquer dans la poitrine. Jamais Prue ne m'avait demandé ça. Quand elle n'était pas avec nous, elle était seule. Jamais elle ne demandait elle-même « une balade » à nos côtés, c'était toujours à nous de l'inviter. Jamais elle ne venait vers nous d'elle-même. Pourquoi était-ce différent cette fois ? Surtout avec Sirius... elle profitait toujours de la moindre occasion pour le descendre.
 
-         Ça va Remus ? demanda doucement Dahlia.
-         ...Oui, oui ça va.
 
Où étaient-ils ? Que faisaient-ils ?
 
-         J'ai un livre à aller chercher à la bibliothèque, tu m'accompagnes ?
-         Bien sûr, répondis-je d'un air absent.
 
Déjà que je n'étais pas très présent mentalement jusqu'à maintenant, savoir Prue avec Sirius m'occupa l'esprit pendant tout le trajet. Depuis ma dispute avec Prue, j'avais dit à Sirius que ça ne marcherait jamais nous deux. Il avait bien tenté de me convaincre du contraire, mais j'avais été ferme. Un moyen comme un autre de lui laisser sa chance s'il le voulait. Je savais que s'il n'avait rien tenté avec elle jusqu'à maintenant, c'était uniquement par respect pour moi. Mais maintenant... peut-être que les choses allaient changer. Mon c½ur se serra à cette simple idée. Sirius et Prue se ressemblaient beaucoup. Sirius avait été comme elle il n'y a pas si longtemps que ça, et ils avaient encore des points communs aujourd'hui. Prue pouvait très bien se sentir plus proche de lui.

Je secouai la tête. Non... Prue renvoyait toujours Sirius dans ses basques lorsqu'il la taquinait. Elle ne pouvait pas le laisser franchir ses limites. Du moins, je l'espérais. Ce serait terrible de voir mon propre frère de coeur réussir là où j'échouais depuis des mois. Je serais incapable de supporter de la voir avec un autre. Et cette pensée fut le déclic.
 
Arrivés devant la bibliothèque, Dahlia s'arrêta et se mit devant moi, un timide sourire aux lèvres. Je sentais qu'elle attendait que je fasse le premier pas, mais je n'y arrivais pas. J'étais comme ... bloqué. C'est fou n'est-ce pas ? D'avoir l'une des plus belles filles de l'école à ma portée... et de ne rien faire pour la conquérir. Pourtant, c'était l'occasion idéale de tenter d'oublier Prue. Une échappatoire inespérée. Mais je n'y arrivais pas. Je ne voulais pas continuer à fuir. Je voulais retourner vers celle qui avait le monopole de mes sentiments. Malgré toute la souffrance qu'elle m'infligeait, Prue était la seule que je désirais vraiment. Je ne voulais pas m'engager avec une autre. Même si je savais que Dahlia ne me ferait jamais souffrir. Même si je savais que je serais bien à ses côtés. J'étais incapable de faire un pas vers elle. Tout garçon digne de ce nom ne pouvait rester insensible à cette poupée et pourtant, cet ange blond ne suffit à me détourner de la louve brune et enflammée. Je ne voulais pas jouer la comédie dans une illusion insensée.
 
-         J'ai passé un super moment à tes côtés, dit-elle.
 
Je la regardai plusieurs secondes, encore hésitant. L'an passé, je ne me serais même pas posé de questions, j'aurais saisi la chance que j'avais tenté de provoquer pendant des mois et des mois... seulement aujourd'hui...
 
-          Moi aussi...
 
Dahlia acquiesça, toujours sans me quitter de son beau et doux regard. Elle s'avança vers moi, mais je la devançai en l'embrassant sur la joue. Je sentais bien que ce n'est pas ce qu'elle espérait. Mais je refusais de jouer avec elle. Je préférais être sincère.
 
-          A bientôt, dis-je en m'éloignant d'un pas.

Je vis une lueur passer dans son regard, mais elle me sourit quand même avant d'entrer dans la bibliothèque. Je fixai son dos, sentant quelque chose d'étrange en moi.  Je venais de laisser passer ma chance avec une fille qui avait des sentiments pour moi... à cause d'une autre qui n'en avait pas. J'étais fou.
 
~ Point de vue de Prue ~
 
Sirius et moi nous étions stoppés nets en voyant Remus accompagné de Dahlia devant la bibliothèque. Le château était immense, et il avait fallu qu'on tombe sur les deux seules personnes que je ne voulais pas voir ensemble.
 
-       J'ai passé un super moment à tes côtés, dit-elle.
-      Moi aussi, répondit Remus après quelques secondes à l'observer silencieusement.
 
Je sentis une pointe s'enfoncer malgré moi. J'étais incapable de me détacher de la scène. Sirius non plus d'ailleurs. Dahlia s'approcha lentement vers Remus, mais celui-ci la prit de vitesse en l'embrassant sur la joue. Je souris intérieurement. Mon coeur fut instantanément plus léger.
 
-         A bientôt, souffla Remus.
 
 Dahlia sourit avant d'entrer dans la bibliothèque. Remus resta immobile plusieurs secondes avant de repartir à son tour. Une fois qu'il eut changé de couloir, je sentis une sorte de poids s'enlever de mon corps.
 
-         Wouaw... fit Sirius, me ramenant à la réalité.
 
Je haussai un sourcil interrogateur et tournai la tête vers lui.
 
-         Ne me regarde pas comme ça Prue. Tu as vu ce qui s'est passé aussi bien que moi.
-         Oui...
-         Il doit vraiment tenir à toi pour refuser cette poupée qui l'a tant fait rêver.
 
Sa phrase me provoqua une décharge dans tout le corps. Des frissons me parcoururent sans que je puisse maîtriser quoi que ce soit.
 
-         ... Il a eu tort de faire ça, dis-je tristement.
 
Sirius fronça les sourcils.
 
-          Je ne peux  pas lui donner ce qu'il attend. Il le sait.
-          Remus est le garçon le plus obstiné que je connaisse... après moi bien sûr.
 
Aussi contradictoire que ça puisse paraître, j'espérais que ça soit vrai.

 
|23 février 1977 – Salle commune des Gryffondor – 18h|
 
Encore une fois, j'avais fini mes devoirs à l'avance, et je rêvassais devant le feu de la cheminée, confortablement installée dans un fauteuil. Je vis quelqu'un passer devant moi et s'asseoir sur la banquette d'à côté. Je levai les yeux et me rendis compte qu'il s'agissait de James. Il me regardait avec hésitation, silencieux.
 
-        Ça va ? demandai-je au bout d'un moment pour le sortir de ses pensées.
-        Non...  l'un de mes frères va mal... alors non, je ne vais pas bien.
 
Je serrai la mâchoire. Remus n'était pas le seul à souffrir.
 
-        Où est-il ? questionnai-je.
-        Dehors.
 
Je me levai et partis sans ajouter quoi que ce soit. Je descendis rapidement les sept étages et me rendis à l'extérieur. Je traversai le parc enneigé, regardant au loin. Remus était devant le lac gelé, apparemment perdu dans ses pensées. Je ralentis le pas, hésitant à continuer. Il dut sentir ma présence car il se retourna. Il soupira en me tournant à nouveau le dos pour reprendre sa contemplation. Je sentis mon c½ur se serrer.
 
-          Remus ? appelai-je en approchant.
-          Qu'est-ce que tu veux ?
-          Te voir. Qu'est-ce qui t'arrive ?
-          Rien qui te regarde.
 
Je fermai les yeux momentanément. Il me renvoyait la balle. Il m'en voulait, c'était prévisible... et légitime. Je m'étais mal comportée avec lui... et de manière si injuste.
 
-         Pardonne-moi Remus... je ne voulais pas te blesser l'autre jour.
-         Raté.
 
Je déglutis à l'entente du ton amer qu'il employait. Comment me faire pardonner alors que je m'en étais prise à lui physiquement ?
 
-         Je me suis sentie abandonnée... soufflai-je au bout d'un moment.
 
Remus eut un moment d'hésitation. Il se retourna, me regardant avec incompréhension.
 
-         Je sais que tu as mal depuis que je t'ai repoussé... mais je ne pensais pas que ça briserait notre lien. Tu t'es mis à m'ignorer du jour ou lendemain et...
 
Une lueur passa dans ses yeux. Je me tus, sentant que j'en disais trop. Remus s'approcha lentement de moi et me prit la tête entre les mains, collant son front au mien. J'eus l'impression de recevoir une bouffée d'oxygène. De me libérer du poids écrasant qui m'alourdissait le c½ur depuis des jours. Son simple contact suffisait à tout balayer. La main de fer avait lâché mes entrailles, la lame s'était doucement retirée de ma poitrine. J'entourai Remus, savourant le sentiment de bien-être qu'il me procurait. Il n'y avait aucun doute : j'avais besoin de lui pour me sentir libre. Il fallait que j'accepte d'être sa prisonnière, son otage. Si jamais je tentais de le fuir à nouveau, je savais que la douleur reviendrait. La tueuse en moi ne tolérait pas cette dépendance... mais tant pis. Du moment que tout revenait comme avant, ça n'avait pas d'importance.
 
Je pensai au lac. Ce fameux lac où j'avais passé de bons moments avec Remus. Je souris, ayant une idée. Je me dégageai un peu de lui pour le regarder dans les yeux. Mon regard trahit mes pensées, car Remus fronça les sourcils.
 
-          Qu'est-ce que t'as ? demanda-t-il.
 
Je le poussai sans prévenir. Il partit en glissade et parvint à garder l'équilibre de justesse. Fait chier, moi qui pensais l'avoir en le prenant par surprise.
 
-         Hé ! Ça va pas ?!
-         Si si, dis-je en me jetant sur lui pour le faire tomber.
 
On glissa sur plusieurs mètres. Je me mis à califourchon sur lui pour lui faire des chatouilles. Il éclata de rire sans parvenir à se contrôler. La scène me ramena deux mois en arrière, quand c'est lui qui m'avait bloquée pour me faire rire. Je finis par m'arrêter en voyant qu'il n'en pouvait plus et restai comme ça, le sourire aux lèvres de voir ses yeux pétiller à nouveau. Je me sentais transportée lorsque je voyais cette lueur dans son regard. Quand il retrouva son calme, il me fixa lui aussi.
 
-         Mais ça ne va pas toi de me sauter dessus !
-         Ne me dis pas que ça te gêne !
 
Il sourit faiblement.
 
-         Tu vois, c'est ça qui me fait mal. Un coup tu es joueuse et proche, et aussi brusquement que c'est arrivé, tu remets ton masque.
 
Je repris mon sérieux  à l'entente de ces paroles. Mon masque... s'il savait combien le mot est bien choisi.
 
-         ... Je ne sais pas ce que je veux, avouai-je.
 
Il fronça légèrement les sourcils, ne pouvant pas comprendre ce à quoi je pensais. En réalité, le dilemme était très simple : qui choisir  entre mon père et Remus ? Aller plus loin avec Remus signifiait renoncer à le considérer comme une cible, refuser de l'exécuter quand l'ordre m'en sera donné. C'était une haute trahison, ça voulait dire que j'allais contre mon père pour une raison qui le dépassait et qu'il ne comprendrait jamais. D'un autre côté... est-ce que les sentiments valaient la peine de s'engager dans un tel combat ? Ces derniers jours m'avaient prouvé à quel point je m'étais attachée à Remus... mais je l'étais autant si ce n'est plus à « Tracker ». Je ne pouvais pas cesser d'être une tueuse. C'était en moi. C'est ce que j'étais. Je ne changerai pas la bête réfugiée au fond de moi... parce que je n'accepterai jamais de la chasser de mon être. Je ne pouvais pas me comporter comme quelqu'un de normal. Je ne l'étais pas.
 
-         Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Remus.
-        La manière dont j'ai grandi m'a conduit à... m'enfermer dans une sorte de carapace. C'est ce qui me protège. D'un autre côté... j'avoue qu'il y a des moments où j'aimerais en sortir.
-        ... Je crois qu'il existe un moyen...
-         J'en doute.
-         On verra bien.

Je fronçai les sourcils d'incompréhension.
 
-         Comment ça ?
-         Dans deux semaines, tu auras l'occasion de te « démasquer ».
 
Ça ne risquait pas d'arriver ! Remus sourit, ayant sans doute deviné ce que je venais de penser.
 
-         Il y a parfois des moments où on échappe à toute raison, à tout contrôle. Et le pire, c'est qu'on le fait volontairement. 

 
Chapitre 19 : Prisonniers volontaires
 

Et voilà pour ce looooong chapitre exclusivement réservé à Prue et Remus !  :)  J'espère qu'il vous a plu et que vous ne vous êtes pas ennuyés !
Alors, quelles sont vos impressions ? Est-ce que vous cernez bien la relation...?


Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • aliseevila

    19/12/2015

    Un chapitre plutôt calme. Mais on ressent bien les sentiments des personnages. Tu joues bien avec. Bravo.

  • aliseevila

    19/12/2015

    J'ai trouvé la partie (celle avant le cours de botanique)excellente. J'ai aimé de voir Prue jalouse. Tu l'as bien décris.

  • aliseevila

    19/12/2015

    Coucou, voici mon avis sur le point de vue de Prue et de Rémus quand ils sont chacun dans leur dortoir respectif. J'ai apprécié de voir Prue aussi désemparé, face à sa mission et face à ses sentiments. C'est bien décris. Pour Rémus, rien à dire, c'est Rémus lol. Je vais lire la suite.

  • hostfresh-HarryPotter

    23/06/2014

    Choisis Remus Prue !!! Ton pere tu ne partages plis ses idées alors a quoi bon ????

  • Harry-Potter-generationx

    27/05/2014

    je suis de retour, comme promis ! :D

    J'ai une réponse très simple a toutes les questions que se pose Prue et même Remus ... l'Amour, l'Amour, l'Amour ! ;)
    Pfiou la crise de jalousie de Prue ! et je parle même pas de sa crise de colère contre Remus O.o
    La réconciliation par contre ... PARFAITE ! :D
    Mais c'est quoi cette occasion de ce "démasquer" dont parle Remus ! :o
    Bah je suppose que j'aurais ma réponse dans les prochains chapitres ;)

    La taille de tes chapitres m’impressionne toujours, ils sont hyper long ! C'est genial ! Par contre je lirais la suite demain :)

    Bisous, a demain ;)

    Camille

  • harry-potter-8-fic

    02/04/2014

    Excellent chapitre, j'adore toujours autant.
    Je lirai la suite plus tard.
    Bisous

  • JSRPetLEMA

    22/02/2014

    Enfin, Prue se rend compte à quel point Remus est important pour elle ! C'est là où on se rend compte qu'elle est déchirée entre deux extrêmes : son père et Remus. J'espère vraiment qu'elle va choisir Remus. J'aime le fait que, pour se défouler, elle va voir son père pour qu'il lui donne quelqu'un à tuer. Genre normal...
    Bref, j'adore ta fiction.

    Tar-Ancalimë

  • MikaWolfeHP

    31/01/2014

    Trop génial!!!!!!! C'était vraiment excellent! Toute cette relation est ultra bien expliqué! Maintenant, j'ai bien hâte de savoir ce que Remus veut dire!

  • assassin-maraudeurs

    30/01/2014

    ApparencesFic wrote: "J'ai adoré (le mot est peut-être fort… (x))) le fait que Prue se rende (enfin!) compte qu'elle a de vrais sentiments pour Remus. Amoureux, je veux dire. Elle avait déjà remarqué qu'elle était attachée à lui, mais j'ai l'impression que le fait de ne plus l'avoir à ses côtés et de le voir avec une autre fille a comme… fait sonner la cloche, disons. En même temps, je crois que c'est ce que tu essayais de montrer dans ce chapitre...

    C'est drôle comment Prue et Remus pensent de la même façon, dans le sens où ils ressentent la même chose l'un pour l'autre, ils sont tous les deux jaloux que l'autre soit avec quelqu'un d'autre, mais ils ne se parlent pas! C'est certain que, en tant que lectrice qui a les deux points de vue, c'est facile de dire "Mais parlez-vous merde! Vous voyez pas que vous vous aimez?!" mais j'ai trouvé ça drôle que, peu importe qui narrait, le discours était sensiblement le même (relativement aux événements, s'entend ;))

    Tu me le dis si je me trompe, mais ce sont les impressions que j'ai eues en lisant ce chapitre.

    Le choix doit être assez dur pour Prue: d'un côté, ce qu'elle connait bien, son père, Tracker; et de l'autre, Remus. Sa cible, ce qui va être considéré comme une "haute trahison" ou peu importe de l'autre côté. Les deux font partie d'elle, je crois, mais c'est difficile de les mélanger. Juste comme ça, bulle au cerveau (x)), je serais curieuse de voir comment Remus réagirait si Prue lui disait ce qu'elle fait quand elle sort du château… Ça va sûrement arriver à un moment donné, même si ça ne semble pas près!

    Bwef, j'ai bien hâte de voir ce que Remus entend par "se démasquer pendant une soirée"… Sûrement un bal masqué ou quelque chose du genre… ou carrément quelque chose d'autre et j'ai l'air stupide en disant ça (x))! Pas grave, c'est la seule idée qui me vient en tête! (x))

    Arie
    "

    Hé coucou ! Contente d'avoir ton avis sur ce chapitre (comme d'hab xD).

    Alors pour répondre à ta question, Prue et Remus éprouvent effectivement les mêmes sentiments. La seule différence, c'est que Remus s'en est rendu compte il y a un bail, qu'il les accepte, mais ne les exprime pas à cause de la fragilité de sa relation avec Prue (il en a fait l'expérience dans le chap 18 en se prenant un bon vent).
    Prue quant à elle découvre ses sentiments... et les refuse ! Elle les considère comme une énorme faille, et c'est inconcevable parce qu'une tueuse de sa trempe ne doit surtout pas avoir de points faibles. Mais à la limite, ce n'est pas ce qui la retient vraiment. Ce qui la bloque, c'est son attachement pour son père. Elle ne veut pas le perdre, et elle sait très bien qu'elle ne pourra jamais lui faire entendre qu'elle est amoureuse. Encore moins d'une de ses cibles. Pour résumer : elle fait face à un dilemme cornélien.

    Pour ce qui est de la réaction de Remus (ou des autres Maraudeurs) s'ils venaient à apprendre les "occupations de Prue" ... il faut rester réaliste. Jusque là, j'ai dressé un profil particulier du personnage : certes, elle ne tue pas d'innocents (ou plutôt elle tue ceux qu'elle "juge" coupable... cf meurtre de Wayne....) mais ça ne change en rien ses actes. C'est une fille capable de préméditer et de commettre le meurtre parfait sans la moindre hésitation ni difficulté. Aussi, même si c'est sous-entendu, Prue pratique la magie noire fréquemment.
    Les Maraudeurs sont tout l'inverse, ils ont des valeurs du Bien, de la justice.... donc c'est clair que SI un jour ils apprennent ce qu'est véritablement Prue, ce sera à leur tour de se retrouver face à un dilemme cornélien.

    Pour ce qui est de l'expression ' se démasquer volontairement " .... c'est au sens figuré. Pas de bal masqué en perspective, ni d'animal. Les personnages seront bien sous leur forme humaine ...

    Bonne nouvelle concernant la publication du chapitre, ce sera pour demain vendredi 18h30 (environ).
    Voilà, bisous !

  • ApparencesFic

    30/01/2014

    Quoique… en lisant l'aperçu du chapitre 20, ça m'a rappeler qu'il avait parlé de "volontairement perdre le contrôle"… C'est peut-être s'abandonner à leur côté animal…? Je sais pas, mais va falloir que j'attende encore 2-3 jours!! :((

    Arie

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