Chapitre 20 : Une nuit sans le masque

" Remus m'avait prévenue. Il m'avait dit qu'il était possible de perdre volontairement le contrôle. Je ne l'ai pas cru. J'avais tort. Cette soirée m'en a apporté la preuve. Et le pire, c'est que je n'ai rien vu venir... "
 
 
Chapitre 20 : Une nuit sans le masque


 

 
| 28 février 1977 - Poudlard - Cours de DCFM - 16h40 |
 
Je me mis en place au centre de la salle, face à mon adversaire qui n'était autre que le professeur Maxwell. Je le provoquais du regard, le sourire aux lèvres.
 
-        Alors professeur... prêt pour une nouvelle leçon ? narguai-je.
 
Un sortilège fut sa seule réponse à mon arrogance. Je ricanai, parant son attaque d'un mouvement fluide. Je m'amusai pendant plusieurs minutes, histoire de faire durer un peu le plaisir. Ce n'était pas drôle si je le désarmais au bout de deux secondes. D'autant plus que Maxwell était vraiment un bon joueur. Il n'abandonnait jamais. J'avais beau lui mettre une raclée chaque semaine, il tentait à nouveau sa chance pendant que les autres élèves s'affrontaient, éparpillés en duo dans toute la pièce. Mon professeur se battait avec toujours la même motivation, le même acharnement. Il avait envie de vaincre sa bête noire. Au final, le résultat fut à nouveau le même, sans surprise : lui désarmé et moi tenant sa baguette à la main.
 
-         La prochaine fois peut-être, dis-je avec un clin en lui lançant sa baguette.



Il la rattrapa au vol, essoufflé, mais toujours le sourire aux lèvres. Il n'était pas rancunier, ni orgueilleux, un bon point dans ce genre de situation. Je lui tournai le dos pour me reporter sur les autres. Je souris en voyant Sirius et Remus se battre avec acharnement. Ils étaient vraiment bons, je devais le reconnaître. Ils étaient les deux meilleurs de la classe après moi. Sans que je ne m'y attende, je me sentis paralysée. Je perdis l'équilibre et me sentis partir en arrière, raide comme une planche, incapable de me rattraper. Le choc de mon dos contre le sol me coupa le souffle l'espace de quelques secondes. Je vis Maxwell entrer dans mon champ de vision, triomphant.
 
-       Leçon du jour : ne jamais tourner le dos à son adversaire, dit-il.
 
Je sentis une décharge m'irradier le corps. Je perdis momentanément contact avec la réalité, emportée par des souvenirs.
" Ne tourne jamais le dos à ton adversaire Prue ! "
" Retourne au combat !! "
" Bats-toi ! "
" Achève-le ! Ou c'est lui qui le fera ! "
J'étais tellement aveuglée par mes flashs que je ne me rendis même pas compte que j'étais à nouveau libre de mes mouvements. Lorsque je revins à la réalité et que je vis Maxwell me tendre la main pour m'aider à me relever, je lui mis un coup de pied derrière le genou, lui faisant perdre ses appuis. Je me redressai et lui bondis dessus avant qu'il ait eu le temps de se reprendre, l'immobilisant au sol en me mettant à califourchon sur lui.
 
-         Ne jamais considérer un adversaire comme vaincu tant qu'il respire encore, dis-je avec froideur.
 
Je me redressai, m'éloignant de lui en essayant de retrouver mon calme. Et voilà que mon passé recommençait à s'inviter dans le présent. J'étais tranquille avec ça depuis une dizaine de jours. Mais le répit n'était jamais durable, me voilà à nouveau en proie à des souvenirs incontrôlés. Je secouai la tête pour chasser de mon esprit les visages que j'aurais voulu massacrer.
 
-          Vous feriez fureur dans les sports de combat.
 
Je me retournai pour faire face à mon professeur.
 
-          C'est certain, assurai-je.
 
La sonnerie annonça la fin du cours, et j'allai à ma place ranger mes affaires, l'esprit encore engourdi par la soudaine remontée à la surface de cette vieille haine.
 
J'attendis les Maraudeurs devant la porte, un peu perdue dans mes pensées. James, Sirius et Peter sortirent sans s'arrêter, trop occupés à partager leurs idées de blagues pour des Serpentard qui les avaient regardés de travers. Remus laissa ses amis partir devant, restant à ma hauteur. Je voyais bien qu'il hésitait à me parler de ce qu'il venait de se passer. Il avait certainement entendu mon échange un peu froid avec Maxwell.

On se mit en route à travers les couloirs, sur les pas des autres Maraudeurs à une quinzaine de mètres devant nous. Tout était redevenu comme avant entre Remus et moi. On passait à nouveau du temps ensemble, sans s'éviter ou ressentir de la gêne. Nous avions repris notre sale manie à nous provoquer et à nous chercher tout en conservant nos distances. Quant à Dahlia... Remus ne la voyait plus aussi souvent. Le groupe était à nouveau inséparable.
 
-          Tu as encore mis une belle raclée à Maxwell, dit Remus avec un sourire.
-           Il a du mérite de s'obstiner.
 
-   Je le comprends ! Ça doit être rageant pour un prof de perdre inconditionnellement face à une élève ! Enfin il t'a eue pour une fois en te paralysant.
-          En m'attaquant par derrière alors que le duel était terminé... j'avoue que je ne m'attendais pas à une telle bassesse de sa part. Il me semblait pourtant qu'il tenait à nous inculquer les règles du duel, répliquai-je avec amertume.
-            C'était pour te taquiner, temporisa Remus.
 
Je ne répondis pas, renfrognée. Je savais bien que c'était juste pour me provoquer, seulement il m'avait déclenché une nouvelle série de flashs et maintenant je devais mener une lutte mentale pour refouler mes souvenirs. Il suffisait d'une étincelle pour raviver en moi la flamme du passé, dévastatrice et douloureuse.
 
 
| 9 mars 1977 – Poudlard – Dortoir des Gryffondor – 23h59 |
 
Les Maraudeurs, Lily et moi étions dans le dortoir, à côté du lit de Remus. Personne ne bougeait, car le moindre mouvement le réveillerait. Il nous avait déjà fallu dix bonnes minutes pour nous approcher de son lit sans se faire repérer.
Minuit sonna. On lui sauta tous dessus en criant :
 
-          JOYEUX  ANNIVERSAIRE !!!!
 
Sirius fit des chatouilles à son ami qui explosait de rire, à moitié étouffé par James. Lily et moi nous relevâmes pour qu'il puisse respirer. Les trois garçons restèrent sur lui pour lui faire des misères. Au bout d'un moment, ils cessèrent leur douce torture pour laisser enfin Remus émerger. Ce dernier se redressa, complètement ébouriffé et les yeux encore tout endormis. Sa tête nous fit rire davantage.
 
-            Ça y est, notre Mumus est un homme ! chambra Sirius en feintant l'émotion.
-            Va falloir enterrer ta vie de jeunot... Prue, tu t'en occupes ? plaisanta James.
 
Les autres rigolèrent, alors que Remus et moi nous contentions de sourire. Depuis ce qu'il s'était passé entre lui et moi, suivi par son total échec avec Dahlia avant même qu'ils aient commencé, James et Sirius n'arrêtaient pas de nous lancer des petites vannes de ce style pour nous rapprocher. Ce n'était pas vraiment nécessaire, car Remus et moi jouions toujours à nous chercher et à nous fuir faussement. Il me lançait souvent des petites piques de provocation, et j'y répondais avec malice, me montrant toujours aussi inaccessible. Cette relation ambigüe commençait sérieusement à me travailler, surtout depuis qu'on en avait parlé sur le lac. A quoi pensait-il en disant que j'aurais l'occasion de me « démasquer » ? Les quinze jours étaient écoulés et je ne voyais toujours pas de quoi il parlait. Pire, à chaque fois que j'essayais de sortir de ma carapace, de me laisser aller... j'avais un élan d'affection pour lui... et puis la barrière revenait, m'empêchant de continuer. Infranchissable. Elle me rappelait le monstre que j'étais, ce que j'avais à accomplir, pourquoi j'étais là et ce que signifierait un refus d'agir. Alors je m'éloignais à nouveau, ne pouvant faire face à cette montagne de conséquences qui n'hésiterait pas à s'abattre sur moi si jamais je m'aventurais sur ce genre de terrain. Mais Remus revenait vers moi avec subtilité, j'entrais à nouveau dans son jeu... c'était une boucle incessante aussi amusante que douloureuse. Pour nous deux. On se délectait de la chaleur qu'on provoquait chez l'autre et qu'on ressentait par la même occasion... mais on finissait toujours par se brûler.
 
-        Pas tout de suite, répondis-je lorsque les garçons eurent fini de rire.
-      A noter que ça ne veut pas dire non ! se réjouit le jeune Black tout attrapant la couette sous laquelle était Remus pour la mettre au pied du lit. Aller debout mon Mumus, tu es réquisitionné pour une fête de haute importance. On a demandé aux filles de nous laisser le dortoir exceptionnellement.
-        Elles sont où du coup ? s'étonna Remus.
-        Dans la Salle sur Demande, répondit Peter.
 
Salle extraordinaire qui avait le mérite de bien porter son nom. Il suffisait de demander un type de lieu pour qu'il se construise. Remus se leva et fila dans la salle de bains. On retourna dans le dortoir des filles, que nous avions décoré avec soin et réaménagé pour faire un peu de place. Dix minutes plus tard à peine, Remus arrivait, douché et habillé d'un jean noir et d'une chemise blanche. Il sourit en me surprenant à l'observer avec un peu trop d'attention. Mais je lui rendis bien lorsque son regard glissa à son tour. J'avais mis un haut violet qui suivait bien mes contours. Je me détournai pour aller me charger du service des boissons avec Sirius. J'attrapai une bouteille de champagne ainsi que le sabre. Sirius me fit un clin d'½il en prenant une bouteille à son tour. On se retourna vers Remus avec le sourire.
 
-           Ne nous en veux pas, dis-je.
 
Il leva un sourcil interrogateur. Je frottai doucement la lame du sabre contre le goulot, avant de taper d'un coup sec. Le bouchon et le goulot partirent en même temps comme une flèche cogner le mur d'en face, et j'orientai la bouteille sur Remus pour l'arroser. Il essaya de se protéger en me tournant le dos mais Sirius sabra sa bouteille et le contourna pour qu'il n'ait pas d'échappatoire. La pression retomba bien vite cependant pour lui donner du répit. Il se redressa, trempé et plein de mousse. Sa chemise mouillée collait parfaitement à son corps pour faire ressortir sa musculature, attirant le regard de Lily et le mien, malgré nous. Remus s'en rendit compte d'ailleurs.
 
-          Si c'est ça que vous vouliez les filles, vous n'aviez pas besoin de tremper ma chemise, dit-il en commençant à se déboutonner.
 
On rigola, et je pris une autre bouteille de champagne sans quitter Remus du regard. Il défit lentement chaque bouton, avec cette lueur dans le regard qui avait le don de me faire vibrer. Lorsqu'il déboutonna le dernier et plaça ses mains de chaque côté, il me fit un clin d'½il en pivotant en même temps qu'il ouvrait sa chemise, masquant à merveille son torse. Il tourna la tête dans ma direction, me fit un clin d'½il, et passa dans le dortoir des garçons par le passage dans la tapisserie, me décochant le sourire. Je me retournai vers la table que nous avions mise en place, avec pleins de bonbons et d'amuse-gueule. James alluma la musique pour commencer à mettre l'ambiance. Je défis correctement la bouteille de champagne cette fois, mais fus interrompue lorsque j'allais la déboucher par une présence dans mon dos. Je n'eus pas besoin de tourner la tête pour deviner qu'il s'agissait de Remus, quasiment collé à moi, son visage près du mien.
 
-            Pas trop déçue de ma fausse joie ? demanda-t-il.
-          Non, répondis-je en faisant péter le bouchon et servant deux coupes. C'est le genre de chose que je préfère faire moi-même, ajoutai-je en me retournant.
 
Je lui fis un clin d'½il en lui tendant une coupe. Il la prit avec le sourire, sans me quitter des yeux.
 
-            Quand tu veux...
-            Un jour peut-être. En attendant... à ta santé.
 
Il sourit de plus belle. Je sentais que ce soir plus que jamais, nous n'allions pas rater la moindre occasion de nous provoquer. On trinqua tous en souhaitant à nouveau un très joyeux anniversaire à Remus. Je bus une gorgée de champagne alors que James et Sirius étaient déjà au centre de la pièce, dansant comme bon leur semblait. Je soupirai. Ils étaient comme ça les Maraudeurs. Ils se laissaient aller à leur bonne humeur, se fichant des règles et des coutumes. Je souris en voyant Sirius gesticuler et faire l'andouille avec Peter. C'est vrai, peut-être qu'ils n'avaient pas appris à danser. Mais ils s'amusaient, et au fond, c'était le principal. James entraîna Lily au passage.
 
-            Bon, puisqu'il ne reste que toi... lança Remus en feintant d'être dépité.
-            Te sens pas obligé de danser, répliquai-je en entrant dans son jeu.
-            Tu proposes autre chose ? demanda-t-il intéressé en se rapprochant.
 
Je reculai d'un pas avant de sentir la table derrière moi, me retrouvant piégée. En voyant l'air taquin de Remus, je me ravisai.
 
-            Allons danser, conclus-je en le faisant reculer.
 
Remus rit et me prit par la taille, avant qu'on se mette à suivre la musique. On s'amusa tous pendant une bonne heure avant de faire une pause et d'aller se désaltérer un peu. Je m'assis au bord de mon lit pour faire retomber la chaleur. C'était la première fois que je dansais aussi longtemps. Sirius me tendit un verre.
 
-           Non merci Sirius.
-           Roh aller, ne me dis pas que tu vas rester à l'eau toute la nuit ?!
-           Depuis quand on a besoin d'alcool pour s'amuser ?
-           Euh nous on n'en a pas besoin... toi pas contre...
 
Je lui mis un petit coup de pied dans la jambe pour le rappeler à l'ordre.
 
-           Aller, encouragea Sirius. Juste un et après je ne t'embête plus ! Promis.
-           Ok, rien qu'un, soupirai-je.
 
Sirius eut le sourire jusqu'aux oreilles lorsque je pris le verre. S'il n'y avait que ça à faire pour qu'il me lâche, je n'allais pas rater l'occasion d'être tranquille.
 
-          Aller, cul sec !
 
Je levai mon verre en même temps que Sirius et le bus d'un seul trait. J'eus l'impression qu'une flamme parcourait ma gorge en descendant jusque dans l'estomac. Un peu surprenant au début comme sensation, mais pas désagréable.
James me tapota l'épaule en passant devant moi.
 
-         Ma belle... tu ne survivras pas à ça.
 
Je haussai les sourcils, ne saisissant pas le message. Mais James n'ajouta rien et rejoignit Peter un peu plus loin. Finalement, je me levai à mon tour pour retourner auprès d'eux. Ce n'est qu'une demi-heure après que je compris les paroles de James. Sirius avait dû mettre quelque chose dans la Vodka... car je sentis des effets inattendus. J'avais la tête prise comme dans un étau, l'esprit un peu confus... en fait, j'avais l'impression d'être déjà bourrée. Alors que je n'avais bu qu'un verre... bizarre.
 
-           Hé Prue, je parie que tu n'arriveras pas à enchaîner ces trois verres, lança Sirius.
 
Je regardai les six tubes givrés sagement posés sur la table. Sérieusement ? Il pensait vraiment que j'en n'étais pas capable ?
 
-            Pari tenu, répliquai-je.

Je m'approchai de la table, et Sirius se mit de l'autre côté. On vida nos trois verres respectifs en moins de quinze secondes. Sirius me tapa dans la main avec un clin d'½il, et je lui en fis un en retour. On retourna sur la "piste" pour nous amuser au rythme de la musique... et de notre bêtise grandissante.
Je ne me rendais même pas compte que mon masque était lentement en train de tomber. J'oubliais déjà les règles fondamentales à observer en soirée.
 












| Deux heures après... |
 
L'alcool avait sérieusement commencé à me monter à la tête. Je rivalisais avec Sirius pour déterminer lequel de nous deux tenait le mieux l'alcool. Résultat : c'était lui ! J'étais complètement sèche. J'avais perdu le compte sur le nombre de verres que j'avais descendu. Je n'arrêtais pas de dire des conneries avec Sirius et James, on faisait les andouilles, je me laissais entraîner dans leurs délires, me surprenant même à y prendre plaisir. J'arrivais à les faire rire, ce qui relevait de l'exploit pour quelqu'un comme moi. Je pris appui sur une table, regardant la scène que m'offrait le restant du groupe. Lily était pliée en deux devant un James qui lui faisait des avances en se prenant pour un chevalier. Peter courait vers les toilettes, ayant sans doute trop abusé sur le mélange alcool / bonbons. Remus faisait le pitre avec Sirius. Il était beaucoup plus lâché qu'en temps normal. Encore plus confiant. Le fait qu'on soit complètement bourré était à nouveau une occasion de se chercher, et on peut dire qu'on se trouvait encore plus facilement ! Je retournai donc auprès d'eux avec avoir descendu un verre d'eau (mon premier de la soirée). On n'arrêta pas de s'amuser et de se lancer des défis stupides avec les autres Maraudeurs. J'étais loin du comportement exemplaire que tout héritier de Serpentard se doit d'adopter, mais qu'est-ce qu'on se marre quand on oublie toutes ces conneries ! Après tout, avec eux, je n'étais pas Prudence Jedusor, mais Prudence Hunt.
Je bus un dernier verre avec Sirius entre deux musiques. Un cocktail "Black"... putain qu'il portait bien son nom.
 
| . . . |
 
Je repris très lentement contact avec la réalité en entendant un bruit sourd. Je me concentrai pour essayer d'en deviner l'origine, mais le silence se réinstalla, et je ne pris même pas la peine d'ouvrir les yeux. Je me sentais encore trop fatiguée, avec la tête lourde en prime. Pas question de me lever. J'étais trop bien sous la couette. J'avais dû m'enrouler car j'avais une source de chaleur dans mon dos. Au lieu de sentir le tissu lisse de la couette lorsque je me tournai, ma joue frotta quelque chose de piquant avant de se caler contre une peau chaude et douce. Je fronçai les sourcils et me concentrai un peu plus, essayant avec difficulté de sortir de mon demi-sommeil. Mon corps était contre quelque chose de chaud qui se soulevait régulièrement. Ah mon frère... Que c'était bon de l'avoir contre moi. On avait trouvé comme astuce de dormir l'un contre l'autre nous tenir chaud. Mes pensées s'égarèrent dans une cellule obscure, puis s'évadèrent dans une forêt plongée dans la nuit, notre retour au manoir, nos premiers jours de liberté... jusqu'à ce qu'il m'annonce son départ, et que je le regarde partir sans rien dire, une pointe dans le c½ur. Je fronçai les sourcils. Son départ. Diego était en Italie, j'étais à Poudlard... alors qui... ?

Reprenant conscience soudainement, je me redressai brusquement, le c½ur battant la chamade en voyant Remus endormi. Étrange vision au réveil. Surprenante. Inattendue. Insensée. Et pourtant, au lieu de bondir hors du lit, je restai interdite à le fixer sans comprendre. M'étais-je bien réveillée ? Ou étais-je encore dans les brumes d'un demi-sommeil. Le fait que je soulève la couette en me redressant ne dut pas plaire à Remus car il fronça les sourcils avant d'ouvrir les yeux. Il me sourit avec douceur, mais je ne parvins pas à lui rendre, toujours paralysée au-dessus de lui. Que s'était-il passé ? Pourquoi je n'avais pas mon haut ? J'avais beau essayer de fouiller dans ma mémoire, je n'arrivais pas à me souvenir comment diable on avait pu se retrouver dans le même lit. Dans son lit ! Putain mais qu'est-ce que je foutais là ?! Est-ce que... non, je n'avais pas pu faire ça. Je n'avais pas pu déraper à ce point. J'essayais de me souvenir de la soirée, mais je n'y arrivais pas. Je n'avais que quelques flashs, rapides et désordonnés. J'avais beau creuser, je n'arrivais pas à me remémorer ce que j'avais fait. J'étais incapable de reconstituer les quelques heures qui s'étaient écoulées après minuit. Trou noir complet.
Remus dut deviner la question qui flottait dans mon esprit encore embrumé.
 
-          Rassure-toi. On a juste dormi ensemble, rien de plus... Il ne s'est rien passé.
-          Oh ok. Désolée si je me suis mal comportée hier soir... m'excusai-je en chuchotant en voyant que les autres garçons dormaient.
-          Non au contraire, dit-il en riant un peu. Tu étais détendue et tu t'es beaucoup amusée. Comme nous tous d'ailleurs. Ça m'a fait plaisir de rencontrer enfin la vraie Prue.
-          Qu'est-ce que tu veux dire ?
-          ... Je t'avais dit que tu te démasquerais...
 
Je me souvins alors qu'il m'avait prévenu quinze jours auparavant que ça arriverait. Cette chose qui pousse les gens à se lâcher volontairement, à quitter tout masque... c'est l'alcool. D'habitude je ne bois pas pour garder le contrôle, mais Sirius m'avait bien eu en me lançant un défi. En toute orgueilleuse que j'étais, j'avais accepté de jouer. Je n'avais pas senti le coup venir... je m'étais faite avoir comme une débutante. Qu'avais-je fait putain ? Qu'est-ce qu'il entend par " se démasquer " ?
* Vu comme il en parle, Tracker n'a pas dû se manifester *
Il sourit et me lança son regard pétillant dont il avait le secret pour me faire chavirer.
 
-          Comment j'étais ? ne pus-je m'empêcher de demander.
-          Tellement vraie. Tellement lâchée ! T'avais la joie de vivre, t'as pas arrêté de déconner avec Sirius ! Vous nous avez fait rire pendant des heures tous les deux ! Votre duo a été pire que l'habituel Sirius-James ! En fait, tu es l'équivalente de Sirius en fille, et...
 
Il sourit davantage.
 
-          J'avoue que c'était beau à voir.
 
J'étais à la fois soulagée de n'avoir rien fait de compromettant... et en même temps j'avais le c½ur qui accélérait. Je craignais de me montrer sans mon masque. Il était mon bouclier qui me mettait à l'abri, me hissait au-dessus de tout. D'un autre côté, j'étais curieuse de voir ce qu'il appelait être  la soi-disant « vraie Prue ». Pour moi, la vraie Prue, c'était la tueuse. La bête sanguinaire. Mais cette nuit, j'étais complètement pompette et j'ai dû « oublier mon masque ». A quoi je ressemble dans ces moments-là, quand j'oublie qui je suis et comment je dois me comporter ?
 
-          Je regrette de ne pas avoir de souvenirs...  avouai-je.
-          Oh je pense que tu ne seras pas la seule à avoir un petit trou de mémoire...
-          C'est pas un trou que j'ai là, c'est un cratère ! dis-je en rigolant.
 
J'avais la langue pâteuse et l'esprit encore embrouillé. C'est fou, mais il aurait pu se passer n'importe quoi, je ne m'en souvenais pas. Je n'aimais pas trop ça d'ailleurs. Je n'avais pas été raisonnable, je m'étais laissée embarquer dans un jeu qui aurait pu porter tort à ma mission si j'avais dangereusement dérapé. Au fait, avec tout ça, je ne savais toujours pas pourquoi j'étais là.
 
-          Euh... pourquoi on a dormi ensemble ? demandai-je.
 
Arf, je me sentais vraiment stupide de devoir me faire rafraîchir la mémoire.
 
-          Parce que tu me l'as demandé.
-          Quoi ?!
 
Impossible. Je n'avais pas pu demander ça. Surtout en étant bourrée. Je me méfiais trop des hommes.
 
-         Je t'ai raccompagné dans mon lit en fin de soirée parce que t'avais un peu de mal à tenir.
-         Hem, passe ce genre de détails.
-        Tu t'es couchée, le temps qu'on finisse la soirée. Et quand tout le monde a fini par aller au lit, je suis revenu voir si tu dormais. Tu t'agitais pas mal... je crois que tu faisais un cauchemar.
 
Je me tendis légèrement. Avais-je parlé pendant mon sommeil ?
 
-          Du coup, je t'ai réveillé. Et quand j'allais repartir, tu m'as demandé de rester.
 
J'acquiesçai, ayant un faible sourire malgré moi. Oui, dans ce contexte je comprenais mieux ma demande. Remus incarnait la sécurité pour moi. Je voyais en lui le loup protecteur. Je n'étais pas étonnée d'avoir voulu le garder près de moi en me réveillant d'un rêve certainement... terrible. Je me détendis et me recouchai, prenant quand même une petite distance avec Remus pour ne pas être collée à lui. C'était vraiment étrange de l'avoir à côté comme ça. J'étais un peu gênée, mais en même temps je me sentais bien.
 
-           On a beaucoup dormi ? demandai-je en me frottant les yeux.
-           Non, ça fait que quatre heures qu'on est couché.
-           C'est ce qui me semblait, je suis crevée.
-           Rendors-toi. Les autres n'émergeront pas avant un moment.
 
Je ne me le fis pas dire deux fois. Mes paupières encore lourdes se baissèrent, et le sommeil me reprit bien vite.
Une sonnerie aigüe me réveilla, me déclenchant une migraine épouvantable. J'envoyai le réveil à travers la pièce d'une seule pensée. Remus rit doucement, me faisant ouvrir les yeux. J'avais momentanément oublié que j'étais toujours dans son lit.
 
-          Merde, excuse-moi, j'ai oublié que c'était le tien, maugréai-je.
-          T'inquiète, un tour de baguette et il sera à nouveau en état.
-          Hum. Pourquoi t'as mis le réveil ?
-       Parce qu'il est 17h et le temps qu'on aille tous à la douche, ce sera l'heure de manger.
 
Je grommelai. Manger. Quelle bonne idée, j'avais une de ces faims ! Je ne pensais pas qu'il était déjà si tard. J'avais l'impression d'être encore fatiguée bien que j'aie passé la journée au lit. Je décidai à me lever, sentant que j'allais traîner sinon. Je pris l'oreiller sur lequel j'étais.
 
-          Prue ! Pourquoi t'embarques l'oreiller ? demanda Remus.
 
Je lui balançai dans la tête.
 
-          Je pensais que c'était évident, répliquai-je en souriant.
 
Il se leva d'un bond et me bloqua dans ses bras pour me chatouiller.  J'éclatai de rire en le suppliant d'arrêter. J'agrippai ses mains et les écartai pour pouvoir reprendre mon souffle. Encore une  fois, notre proximité me perturba. Je me rendis compte que j'avais toujours son cadeau dans la poche de mon pantalon. Décidément, l'alcool m'avait bien tapé pour que j'oublie de lui donner pendant la soirée.
 
-          J'ai quelque chose à te donner. Tiens, dis-je en sortant le cadeau et en lui tendant. Joyeux  anniversaire.
 
Remus sourit de plus belle et baissa les yeux sur le cadeau en question. Je ne saurais expliquer pourquoi mon c½ur tressauta lorsqu'il le prit délicatement. Je le regardai déballer avec soin. Mon regard glissa sur son corps et je remarquai quelques cicatrices qui rayaient son torse musclé. Des marques laissées par des blessures profondes. Comment s'était-il fait ça ? Je me détournai lorsque Remus eut fini de déballer. Il eut un instant d'arrêt en voyant un coffret noir rectangulaire. Il ouvrit et découvrit une gourmette en céramique noire avec une ligne d'or blanc au milieu. J'avais choisi celle qui était assortie au collier que je lui avais offert pour noël. Il la caressa avec l'index avant de la prendre et de se la mettre. Il releva la tête, le sourire aux lèvres et une lueur émue dans le regard.
 
-         Manque plus que la bague, fit-il remarquer.
 
Je ris à son sous-entendu, un peu nerveusement je dois l'avouer. C'est vrai, il ne manquait que la bague... mais ça faisait partie des cadeaux que je ne pourrai jamais lui offrir.
 
-         Merci beaucoup... ajouta Remus. C'est vraiment l'anniversaire de mes rêves.
 
Je savais qu'en plus la soirée, il faisait surtout allusion à notre "nuit" l'un contre l'autre. Il me prit doucement dans ses bras, et je sentis son c½ur battre fort contre ma poitrine. C'était tellement étrange comme sensation. Sentir la vie palpiter contre soi. Une certaine chaleur monta en moi qui finit de m'embrumer de l'esprit. J'étais si bien contre son torse musclé.
 
~ Point de vue de Remus ~
 
-          Merci beaucoup, c'est vraiment l'anniversaire de mes rêves, dis-je avec une pointe d'émotion dans la voix.
 
Ce n'était rien de le dire. Je pris doucement Prue dans mes bras et je ne pus ralentir les battements de mon c½ur contre elle. Je me rendis compte que le sien aussi n'était pas très régulier. Je me délectais du contact de sa peau, de son odeur... Cette nuit avait été parfaite aux côtés de mes amis car comme toujours, on s'était bien amusé. Mais elle... Elle s'était lâchée. Complètement ! Méconnaissable ! Je lui avais découvert un côté chaleureux et joueur qu'elle n'avait pas en temps normal. Un côté taquin qui aime rire. Chose qu'elle ne faisait que très rarement. Pour la première fois depuis que je la connaissais, elle avait ôté son masque froid et impénétrable, laissant son regard neutre pour l'étincelle de malice.  Je souris et la serrai un peu plus contre moi.
Si elle ne se souvenait de rien, ce n'était pas mon cas. Chaque détail de la soirée resterait gravé dans ma mémoire. En particulier un moment de la soirée, sans aucun doute le plus beau de toute ma vie.
 
~ flash back ~
 
On n'arrêtait pas de rigoler. L'alcool n'arrangeait rien, on avait tous une connerie monumentale. Mais Sirius et Prue nous surpassaient. Ils nous faisaient, depuis au moins une heure, un spectacle hilarant malgré eux, tous deux autant bourré l'un que l'autre.
 
-           Hé Prue ! Tiens, goûte-moi ça ! Cocktail  Black ! lança Sirius très enjoué.
-          Roooh non, Sirius ! Attends je tiens déjà plus debout, râla Prue appuyée contre le mur.
-          Mais non t'inquiète, il est pas fort celui-là ! Regarde, je bois avec toi !
 
Sirius prit un second verre qui flottait devant lui. Prue saisit enfin le sien après avoir refermé ses doigts dans le vide trois fois au moins, nous faisant rire. Sirius se rapprocha d'elle en titubant et ils enlacèrent leur bras tenant le verre.
 
-          Aller... Cul sec ! prévint Sirius en portant le verre à ses lèvres.
-          Woh misère, je ne survivrai pas à cette soirée.
-          Je t'avais prévenu, rappela James.
 
Prue porta à son tour le verre à ses lèvres et d'un seul mouvement, ils le burent d'un trait, finissant en même temps.
 
-      Bon sang Sirius... balbutia Prue en clignant plusieurs fois des yeux. J'ai l'impression d'être sur un bateau en pleine tempête ! Avec un incendie dans la gorge en prime...
 
Sirius explosa de rire. Prue sembla offusquée.
 
-          Ah le salopard !! s'indigna-t-elle. Je l'savais que je pouvais pas faire confiance aux mecs !!
 
Juste pour la taquiner, je fis semblant d'être profondément blessé. Elle s'en aperçut de suite.
 
-          M'emmerde pas avec ta su- hem... ta su...
-          Susceptibilité ? proposai-je amusé.
-        Ouais, ça ! M'emmerde pas avec !! dit-elle en me menaçant du doigt. T'es même pas un homme d'abord !
-          Ah bon ? dis-je surpris. Et je suis quoi alors ?
-        ...Un ange... Un ange sauvage, répondit-elle avec un sourire aux lèvres et un petit clin d'½il.
 
Ses paroles m'allèrent droit au c½ur.
 
-          Bon c'est pas tout, mais j'suis pas du pays ! s'exclama Prue soudainement.
-          Mais où tu vas ?! s'étonna Sirius intéressé.
-          Touiller la potion !
-          ... Quelle potion ?
-          ... ... Peu importe, faut quand même que j'y aille ! annonça Prue en se dirigeant vers le dortoir des garçons.
-          Ah mais non, reste là ! Ma Biche ! Ne pars pas !
 
Prue fit demi-tour aussi sec et lui sauta dessus, le clouant au sol, nous faisant éclater de rire. Elle lui avait fait un beau plaquage !
 
-          Moi une biche ?! Non mais ça va pas !
-          Ma langue a ripé... je voulais dire « quiche ».
-          ... ... ... ... Sirius Black, j'ai le regret de vous annoncer que vous venez de signer votre arrêt de mort. Quelles sont vos dernières volontés ?
-          Pff ! Qu'est-ce que tu vas me faire, hein ?
-          Te griller ?
-          ... Même pas chiche.
-          Non t'as raison ça puerait trop dans la chambre.  Je crois que je vais plutôt te balancer par la fenêtre. Je pourrais t'appeler Patvol après !
-          ... Les gars... ? Help !
-          Non non, répondit James. Tu te démerdes.
 
Prue secoua la tête avec impatience, fronçant les sourcils.
 
-            Qu'est-ce qui t'arrive ? On dirait une jument importunée par des mouches ! se moqua Sirius.
-          Une biche, une jument... bon sang mais tu confonds les animaux  Sirius ? Je suis une louve Crétin !
-          T'as pas répondu !
-          J'ai des bourdonnements dans la tête.
-          ... C'est un effet secondaire du cocktail... histoire de te désorienter tu vois ?
-          Tu trouves que je le suis pas déjà assez ?!
-          Mais t'es tellement plus cool quand t'es bourrée !
-          ... Bref, j'y vais.
 
Elle se redressa un peu vite et perdit l'équilibre, et je fis un bond en avant pour la rattraper. C'était tellement amusant de la voir ainsi. Elle qui était du genre très classe, implacable et infaillible... là elle était incapable de tenir debout et d'aligner deux mots sans dire de conneries !
 
-          Mon sauveur... ! Je t'en dois des vies... Putain que j'ai failli tomber de haut ! dit-elle impressionnée.
 
Les autres rigolèrent de sa remarque... mais pas moi. 
 
-          C'est le plafond... dis-je, un peu troublé par ses paroles.
-          ... Ah oui tiens, murmura-t-elle pendant que je la redressais.
 
Estimant qu'il était temps pour elle de se mettre au calme, je la guidai jusqu'au passage de la tapisserie. James et Sirius avaient entamé un mini combat de boxe gentil... sans parvenir  à se toucher.
 
-            A la claire fontaine, m'eeennn allant promener... j'aaaiii trouvé l'herbe verte, aaalors je l'ai fumé...  chantonna Prue.
 
Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. On passa dans le dortoir d'à côté et je la conduisis vers mon lit. Elle s'assit et laissa le haut du corps tomber en arrière. Je m'assis au bord du lit et me penchai vers elle, voulant savoir à quoi elle avait fait référence une minute auparavant.
 
-            Je suis bourré certes, mais j'arrive encore à compter, commençai-je.
-            Je peux pas en dire autant, dit-elle en riant.
-           Je ne t'ai sauvé la vie qu'une fois, continuai-je.  C'était dans la forêt lorsque j'ai sauté sur le centaure... De quoi tu parlais tout à l'heure ?
 
Elle me fixa calmement avant que son regard se perde un peu dans le vide. Il y avait bien eu autre chose... avant. Bien avant. J'en étais persuadé.
 
-          Quand on s'est vu à la gare... repris-je, tu m'étais familière. Pourtant tu as affirmé qu'on ne se connaissait pas...
 
Elle posa doucement sa main sur mon front avant de faire glisser ses doigts sur mon visage, suivant le tracé de mes cicatrices. Ce simple contact me fit frémir.
 
-          On s'est déjà croisé, avoua Prue dans un souffle. Tu ne peux  pas t'en souvenir parce que tu étais sous ta forme animale ce soir-là...
 
Elle eut un faible sourire en plongeant son regard dans le mien. C'était tellement déroutant de la voir de si près.
 
-          J'ai de suite reconnu tes yeux. Toujours aussi semblables à de l'or liquide et pétillant !
 
Déjà qu'en portant son masque froid elle m'attirait, là autant dire que j'étais sur le point de céder à la tentation qu'elle m'inspirait. La voir naturelle, avec son doux contact sur mon visage, ses yeux magnifiques qui me regardaient avec tendresse et ses paroles qui m'allaient droit au c½ur... Je fermai les yeux  pour essayer de garder le contrôle. Je me souvins de mon dernier dérapage sous le Saule, qui nous avait valu une semaine d'éloignement. Je ne voulais pas soumettre notre relation à une nouvelle épreuve en me laissant emporter par mes sentiments. Je ne voulais pas gâcher la soirée.
 
-          Raconte-moi... demandai-je. Comment j'ai pu te sauver la vie alors que j'étais dans le corps d'un monstre ?
 
Je reçus une claque sur la joue, me faisant rouvrir les yeux. Son regard s'était durci.
 
-          Tu n'es pas un monstre, dit-elle froidement.
-          Ça ne répond pas à la question.
-          A quoi bon y répondre Remus... ? Tout ce que tu as à savoir, c'est que tu m'as sauvée. Les circonstances n'ont pas la moindre importance. 
-          Pourquoi tu refuses toujours de parler... ? Je suis sûr que ça t'aiderait à tomber ton masque.
-          Il ne t'est pas venu à l'idée que je n'avais pas envie de le tomber ?
-    Tu l'as fait ce soir... et la personne que j'ai découverte était encore plus magnifique. Sans ta carapace, tu es...
-          Faible, trancha Prue.
 
Je ricanai.
 
-          Même bourrée tu arrives à rester sur la défensive.
 
Elle détourna les yeux temporairement.
 
-         J'en ai besoin.
-         Parce que tu souffres encore de ton passé. Tu n'as pas tourné la page.
-         Dis pas n'importe quoi, dit-elle en essayant de se relever.
 
Je la maintins doucement sur le lit en posant ma main sur sa poitrine.
 
-       Tu as beau faire celle qui surmonte et qui est insensible... tu n'es pas infaillible Prue. Tes blessures sont là, elles te font mal mais tu les ignores. Ton passé te pèse mais tu t'acharnes à le porter au lieu de le laisser derrière toi.
-          Tais-toi... dit-elle en mettant sa main sur ma bouche.
 
Je lui saisis doucement les poignets, sans la lâcher des yeux.
 
-          Pourquoi tu refuses d'admettre que tu n'es qu'une humaine... avec des forces et des faiblesses ? Pourquoi tu t'obstines à penser que tu ne dois jamais faillir ? Tu n'es pas une machine Prue... tu ne peux pas encaisser toute ta vie. Libère-toi de ton passé et vis à fond ton présent.
 
Je voyais à l'expression de son visage qu'elle était pensive. Mes paroles devaient être en train de faire du chemin dans sa tête.
 
-            Je ne peux m'en libérer, dit-elle dans un souffle. Pas encore.
-            Pourquoi ?
-            Je ne suis pas prête à tourner la page. 
 
Il y avait à la fois de la tristesse et de la détermination dans son regard. J'aimerais tellement comprendre... comprendre pourquoi elle restait prisonnière de son passé.
 
-            Prue, si c'est au sujet de ta mère...
-            Non Remus ! Ne me parle pas d'elle ! S'il te plait...
 
Le ton de sa voix me fit mal. Je sentais qu'elle souffrait au simple fait d'aborder le sujet.
 
-            Tu vois bien que j'ai raison... tes blessures ne se sont jamais refermées. Elles continuent de -
 
Elle m'interrompit en posant ses lèvres sur les miennes. Je ressentis une implosion qui me ravagea le corps. Ce délicieux échange fut aussi bref que soudain.
 
-          ... saigner, finis-je dans un souffle.
-          Je sais... murmura-t-elle.
 
Mes yeux se baissèrent. Je ne désirais qu'une chose : recommencer. Prendre le temps de goûter à ses lèvres. Elle dut deviner mes pensées, car elle sourit, le regard pétillant.
 
-          Divague pas, c'était le seul moyen de te faire taire parce que tu me tenais les poignets.
-          Je crois que je vais continuer à parler... dis-je intéressé en allant poser mes lèvres dans son cou chaud.
 
Mes paroles la firent rire. Qu'est-ce que j'aimais entendre son rire. Pourquoi n'était-elle pas comme ça tout le temps ? Spontanée et sincère. J'inspirai profondément, m'imprégnant de son odeur corporelle. Je remontai lentement mes lèvres pour aller chercher les siennes, et elle finit par céder en répondant à mon baiser. Je me sentais perdre les pédales. Elle passa une de ses mains sur ma nuque pendant que l'autre se baladait dans mon dos. Elle était en train de me fournir la preuve qu'elle avait bel et bien des sentiments à mon égard, et ça me rendait fou de joie. Au-delà du mur de glace qu'elle affichait, il y avait bel et bien un c½ur. Un c½ur qui n'était pas insensible. J'avais eu raison. Notre baiser s'approfondit encore, et je crus que j'allais perdre le contrôle. Je sentais des ondes me parcourir tout le corps, m'irradiant de plaisir. Elle se redressa légèrement et se détacha un peu de moi, sa main toujours posée sur ma nuque.
 
-        Il faudra que tu te contentes du souvenir de cette soirée, dit-elle dans un souffle.
-          Je trouverai le moyen de te guérir, murmurai-je en collant doucement mon front au sien.
 
Prue ferma les yeux et posa sa main sur ma joue, la caressant doucement.
 
-          Laisse-moi du temps, dit-elle en me regardant à nouveau.
 
Voir ses yeux d'aussi près me déroutait presque autant que l'avoir contre moi. J'avais le sentiment de lire beaucoup dans son regard... mais j'étais incapable de mettre des mots dessus. Je souris en l'embrassant tendrement une dernière fois.
 
-          J'attendrai, promis-je.
 
J'aurais voulu continuer à l'embrasser encore, la garder près de moi, mais je ne voulais pas brusquer davantage les choses. Je me redressai à regret et me dirigeai vers l'autre dortoir pour la laisser se reposer. J'avais l'esprit complètement brouillé. Il me semblait pourtant que l'amour était un sentiment fort... mais à cet instant je me sentais fébrile. C'est à peine si mes jambes me tenaient debout tellement j'étais sonné. Et ça n'avait rien à voir avec l'alcool. Sirius et James m'accueillirent en me sautant dessus. On s'amusa encore une bonne heure, avant que la raison me rappelle à l'ordre. Le soleil n'allait plus tarder à se lever, il était temps qu'on aille dormir un peu.
 
-          Hé les gars ! lançai-je.
-          Hem !
-          Et Lily, rectifiai-je. Il se fait vraiment tard...
 
Les garçons me suivirent dans le dortoir. Sirius eut un instant d'arrêt en voyant Prue dans mon lit.
 
-          Tranquille frangin ? taquina Sirius.
-         C'est pas du tout ce que tu crois ! me défendis-je. Elle avait besoin de se mettre au calme le temps que la soirée se finisse. Elle a pris une sacrée cuite !
 
Je m'approchai du lit. Prue s'était assoupie, bien au chaud sous la couette. Je vis son haut à côté du lit, et je laissai mon esprit errer en imaginant son corps.
 
-          Elle rêve non ? fit James.
-          Je crois oui... dis-je en sortant de mes pensées.
 
Effectivement, Prue avait une expression assez crispée. Elle avait les sourcils froncés et bougeait légèrement. Je serrai sa main pour la réveiller, mais elle continuait à s'agiter. Je lui caressai le visage, et elle sembla se calmer. Elle ouvrit les yeux et se détendit en me voyant.
 
-          Tu faisais un mauvais rêve, dis-je doucement.
 
Elle soupira avec lassitude. Je levai les yeux en voyant Sirius courir à travers le dortoir en direction de son lit. Il finit sa course en sautant, mais il rebondit trop près du bord et tomba l'autre côté. J'explosai de rire pendant que James, plié en deux, s'approchait pour aller l'aider.
 
-          Mais quel blaireau, s'exaspéra Prue avec le sourire.
-          Je suis un lion madame ! râla Sirius toujours de l'autre côté du lit.
 
Prue reporta son attention sur moi en se rendant compte que je ne la lâchais pas des yeux.
 
-          Te dérange pas, je vais dormir dans ton lit, annonçai-je en me redressant.
-          Reste, dit-elle en me retenant par le bras.
 
Je ne pus m'empêcher d'afficher une certaine surprise. On aurait dit un gosse qui avait besoin de la présence d'un parent après avoir fait un cauchemar. Je ne me le fis pas demander deux fois en tout cas. J'ôtai ma chemise et m'allongeai auprès d'elle, gardant une distance respective.
 
-          Bonne nuit, je veille sur toi, soufflai-je avec le sourire.
-          Bonne nuit mon Lunard.
 
La soirée avait été géniale, mais là... elle devenait parfaite. J'étais trop heureux pour réussir à fermer l'½il. L'instant était trop magique, je voulais le savourer. Après tout ce temps à se chercher, enfin j'avais la preuve qu'elle ne faisait pas que jouer. Cette soirée me montrait tout le chemin qu'il restait à parcourir pour amener Prue à être aussi spontanée, sans l'aide de l'alcool. Je savais désormais que je ne me battais pas pour une cause perdue. Il fallait que je parvienne à faire tomber son masque, à briser sa carapace. Mais en attendant, je ne pouvais que patienter.
Profitant de son sommeil, je pris le temps de la détailler, observant chacune de ses expressions. J'admirais ses traits et laissais courir mon imagination. Rien de plus.
Au bout d'un moment, je finis par m'allonger, restant dans son dos. Je souris en fermant les yeux, me laissant bercer par son odeur... et le rêve de m'endormir tous les soirs ainsi. Jamais je ne m'étais endormi aussi heureux. 

Un bruit sourd me réveilla. Je crois bien que ça venait de la salle de bains. Peter avait dû se réveiller. Je souris en l'imaginant glisser dans la baignoire après y avoir passé la nuit. Je me reportai à nouveau sur Prue lorsqu'elle se rapprocha de moi en se tournant. Elle se blottit contre mon torse, me faisant bondir le c½ur. J'avais l'impression de rêver. Je posai doucement ma main à sa taille pour la garder contre moi. Je sentais sa respiration calme dans mon cou. J'étais si bien comme ça. Mais elle était en train de sortir lentement du sommeil. Je sentais qu'elle émergeait peu à peu. Je fermai les yeux, feintant l'endormissement. Quelques secondes plus tard, je la sentis se redresser brusquement. J'ouvris les yeux et souris faiblement en voyant qu'elle me fixait avec étonnement. Quand son regard rencontra le mien, j'y lus de la crainte. Elle ne devait certainement pas se souvenir de la soirée... c'était l'inconvénient du cocktail " Black ". Je soupçonnais Sirius de l'avoir fait volontairement goûter à Prue pour qu'elle se lâche. Objectif atteint et surpassé. Je réfléchis à ce que j'allais lui dire par rapport à ce qui s'était passé entre nous deux, ce qu'elle m'avait dit... Mais en voyant son regard, je compris qu'elle n'était pas prête. Elle avait repris le contrôle sur son esprit... et sur son masque. C'est là que je sus ce que je devais faire : ce qu'elle m'avait dit, tout simplement.
 
-          Rassure-toi. On a juste dormi ensemble, rien de plus.
 
J'hésitai encore une fraction de seconde, le c½ur pincé d'effacer ce merveilleux épisode de la soirée.
 
-          Il ne s'est rien passé.
 
Je devais lui laisser du temps, comme elle me l'avait demandé. Briser sa carapace sera le résultat d'une lutte entre patience et finesse, où je n'aurais pas le droit à l'erreur si je ne voulais pas définitivement la perdre. Je revis l'espace d'un instant les baisers qu'on s'était échangés. La sensation avait été trop belle pour y renoncer. Parole d'homme, je parviendrai à la conquérir en chassant les fantômes noirs de son passé.




Chapitre 20 : Une nuit sans le masque
 
Et voilà pour ce chapitre ! J'espère qu'il vous a plu, c'est l'un de mes chouchous !
Alors j'attends vos impressions (avec impatience) pour savoir ce que vous en avez pensé, et si vous avez pris autant de plaisir à le lire que moi à l'écrire :) 
Gros bisous

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • aliseevila

    20/12/2015

    Ils ont passé une bonne soirée. On voit une Prue complètement différentes sous l'emprise de l'alcool. Elle est accessible, heureuse.
    Un très bon chapitre comme toujours.

  • fichp-lifealwaysrestart

    27/08/2015

    L'idée de la fête pour Remus était très bonne ! Ca rentre bien dans les choses qu'ont pu faire les Maraudeurs... Sirius m'a bien fait sourire a provoquer Prue sans cesse pour lui faire perdre le contrôle et la voir se lâcher... Tu as bien décris les effets de l'alcool sur le personnage, je n'aurais pas vu Prue faire des choses trop entreprenantes, même sous son emprise. J'aime toujours le piques que Prue envoie à Sirius et à Remus, ainsi que la progression de la soirée. Bonus avec "A la claire fontaine" revisitée par Prue...

  • LeMaitreDesLieux

    17/08/2015

    comment dire ... comment peux-tu oser torturer tes lecteurs ainsi ? enfin Prue embrasse Remus !!! mais bon, d'un autre côté, ce ne serait pas crédible vu les personnages :) tu manies parfaitement cette histoire, franchement, je te dis bravo parce que quand je te lis, j'ai l'impression de lire un écrivain qui a su créer quelque chose de différent, sachant manier les personnages, leur caractère et leur histoire pour amener quelque chose de magnifique ! Oui, je suis en extase devant ton travail ;)

  • hostfresh-HarryPotter

    23/06/2014

    Hallelujah !!!! Tu nous auras fait attendre la moitié des chapitres postes pour qu'ils s' embrassent! !!

  • Harry-Potter-generationx

    28/05/2014

    Hehey ! Je tiens mes promesses ! ;)

    Ouh ! Les 17ans de Remus ! Je comprend mieux la phrase énigmatique de Remus dans le chapitre précédent ! En plus avec ton montage ou on voit un jolie petit couple sur le point de faire l'amour ... Tu peux me croire si je te dit que j'ai fait toutes les hypothèses possibles et inimaginable ! ;)

    C'est un petit vicieux le Sirius, comment il force Prue a boire et elle s'en rend même pas compte ! C'est du joli tout ça ! ;)
    Prue bourré c'est épique quand même ! ;)

    Oulala par contre un jour ou l'autre Remus s'en mordra les doigts de lui avoir menti ! Mais la scène était si mignonne ! :D

    Bon je vais lire le chapitre suivant ! :D

    Camille

    PS : 18 a 22 pages word ?! Mais c'est plus un chapitre c'est déjà un roman ! ;)

  • aSupernaturalLife

    16/04/2014

    Oooh Remus... je sens que tu vas regretté de lui avoir menti...

  • aSupernaturalLife

    16/04/2014

    Patvol ! Putain j'en peux plus tellement j'ai ris x)

  • harry-potter-8-fic

    04/04/2014

    super chapitre j'ai adoré :)

  • JSRPetLEMA

    22/02/2014

    Prue,quand elle est bourrée, c'est juste mythique ! Elle sort tout un tas de conneries. Et elle embrasse Remus, aussi... Mais elle parle pas de tout non plus. Dommage...

    Tar-Ancalimë

  • MikaWolfeHP

    11/02/2014

    Oh!!! C'était vraiment succulent! J'ai adoré! Mais pauvre Remus! Il va devoir faire de gros effort pour reconquérir Prie! Bientôt je vais lire la suite!

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