Chapitre 22 : L'ange blessé

 
" La Mort est injuste... elle frappe aussi brutalement ceux qui le méritent que les meilleurs d'entre nous. Elle ne fait pas de distinction. Même pas pour un ange. Mon ange. Blessé. Mon ange... à la recherche de sang. Si j'admire le loup magnifique qui est en lui, je refuse qu'il prenne en chasse les hommes. Même ceux qui le méritent. Ce genre de traque revient aux gens de mon espèce. Et je jure de frapper à mon tour. De frapper fort. Pour lui. Pour le guérir. "
 
 
Chapitre 22 : L'ange blessé

 
 
|17 avril 1977 – Poudlard –  Salle commune des Gryffondor - 7h15|
 
Je descendis dans la salle commune dès que j'eus fini de me préparer. J'aimais bien profiter de ce moment pour rester au calme, avant le débarquement de tous les autres Gryffondor qui sonnait la fin de la tranquillité. Je me postai à la fenêtre pour regarder le ciel bleu largement rayé de couleurs flamboyantes. Je souris à la vue du paysage, magnifique tableau toujours aussi agréable à admirer. Une belle journée s'annonçait. Je me sentis brusquement pincée au niveau des hanches, me faisant bondir. Je me retournai vivement et vis Remus, plié en deux.
 
-           Pardon, c'était trop tentant, dit-il en riant.
 
Je fis semblant d'être offusquée et pris ma revanche en profitant qu'il ne fasse pas attention pour l'entourer d'un bras par derrière, et le chatouiller de ma main libre. Il rit de plus belle, me faisant sourire. Il parvint à se dégager et tenta de revenir à la charge, mais je lui saisis les poignets pour l'en empêcher.
 
-            Tu as la bêtise de bon matin ! m'exclamai-je. Tu es tombé du lit ou quoi ?
-            Même pas !
-            Et bien ça promet...!
 
Je souris davantage en voyant son regard pétillant de malice. Voir cette lueur dans ses yeux avait le don de me tordre agréablement les entrailles. C'était si bon de le voir souriant. Ça balayait la fatigue qui imprégnait ses traits. Je le lâchai, tout en gardant un ½il sur lui, méfiante et amusée. Il me fixa avec un air taquin, et je m'attendis à devoir réagir à nouveau. On ne se lâcha pas des yeux pendant plusieurs secondes, le sourire aux lèvres. Il fit un pas brusque en avant, et j'esquivai par réflexe, ce qui amusa Remus.
 
-           Bon les gosses, si on allait manger ? lança Peter en arrivant.
 
Je tournai la tête vers lui et vis les autres Maraudeurs descendre à leur tour. Remus me lança un dernier regard empli de provocation avant de rejoindre ses frères. Je les suivis en dehors de la salle commune, le sourire aux lèvres. La journée commençait sur une note légère.


| Salle commune des Gryffondor - 18h |
 
Je venais de redescendre du dortoir, ayant besoin de m'isoler un peu pour lire les actualités. J'eus la surprise de remarquer l'absence de Remus dans la salle. Les trois autres Maraudeurs discutaient dans les fauteuils, accompagnés de Lily et Cindy, comme bien souvent. 
 
-          Coucou ! lançai-je en arrivant près d'eux.
-          Hey ! répondit Sirius. Alors les news ?
-          Bop, rien de spécial. Des faits divers. Il est où Remus ?
-         Tu l'as raté de dix minutes. McGonagall est venue le chercher, Dumbledore voulait le voir.
 
Je jetai un oeil à Lily. Si elle était là, c'est que ça ne concernait pas son statut de préfet. Quelle pouvait être la raison de ce rendez-vous avec le directeur ?
 
-             Tu sais pourquoi ? demandai-je.
-           Non, mais je suppose qu'il ne va pas tarder à revenir. Les rendez-vous avec Dumbledore ne sont jamais très longs.
 
J'acquiesçai et m'installai dans le canapé, James et Sirius s'étant écartés pour me faire une place. On discuta de tout et de rien jusqu'au repas. A 19h30, Peter commença à s'impatienter ; Remus n'était toujours pas revenu. Je commençais à m'inquiéter.
 
-          On a qu'à descendre, il nous rejoindra à table, proposa James.
 
Mais les choses ne se passèrent pas comme ça. Cela faisait une demi-heure que nous étions installés dans la Grande Salle maintenant, et toujours aucun signe de Remus. Je tournai la tête vers le siège vide de Dumbledore. Aucun professeur ne semblait inquiet de prendre un repas en l'absence du directeur. Je me reportai sur mon assiette en voyant les entrées disparaître, au profit des plats. J'eus beau essayer de penser à autre chose, mon esprit était focalisé sur l'absence de Remus. Je sentais qu'il se passait quelque chose. Ce n'était pas normal. Je me posais des tas de questions, essayant de deviner la raison d'une entrevue aussi longue avec le directeur.

Le temps continua de passer, et les desserts finirent par remplacer les plats. Finalement, on se leva de table pour remonter dans la salle commune, persuadés que Remus s'y trouverait. Encore une fois, pas de signe de lui. James désigna les fauteuils, et on alla s'asseoir. Il sortit la carte du Maraudeur, et récita clairement la formule pour faire apparaître le plan de Poudlard. La plupart des personnes se trouvaient encore dans la Grande Salle. Seul Rusard vadrouillait dans un couloir du troisième étage. J'eus beau balayer la carte dans tous les sens, le nom de Remus resta introuvable. Je vérifiai le bureau directorial... vide. Dumbledore s'était rendu dans la Grande Salle, retrouvant sa place auprès de McGonagall. Cette constatation jeta une sacrée vague de froid dans le groupe. Pourquoi Remus ne figurait-il plus sur la carte ? Que s'était-il passé pendant l'entretien avec Dumbledore pour qu'il quitte l'école ?

On eut beau se poser des questions, on n'arriva pas à expliquer l'absence de Remus, et celui-ci ne revint pas de la soirée. Finalement, on alla tous se coucher, persuadés qu'il reviendrait le lendemain, et qu'il nous raconterait lui-même. Je dormis mal cette nuit-là.


|18 avril 1977 - Poudlard - Salle commune des Gryffondor - 7h |
 
C'était le week-end, et pourtant, je descendis encore plus tôt que d'habitude. J'étais réveillée depuis 5h du matin, après avoir dormi en pointillés. L'inquiétude avait influencé mes rêves, où je trouvais à chaque fois une explication tragique à la disparition de Remus. Je n'arrêtais pas de me poser des questions. Sirius aussi était déjà debout, le visage fermé. Lui non plus n'avait pas bien dormi visiblement.
 
-           Remus n'est pas rentré, dit-il en me voyant descendre.
 
Je soupirai, sentant une petite boule se former dans mon estomac.
 
-           Ecoute, on va déjeuner vite fait, à cette heure-ci il n'y aura pas grand monde, et on en profite pour demander à Dumbledore ce qu'il s'est passé hier, proposai-je.
 
Sirius acquiesça, et on descendit sans attendre les autres Maraudeurs, trop impatients de savoir. Comme je l'avais annoncé, la Grande Salle était quasiment vide à cette heure-ci pour un samedi. Quelques élèves seulement étaient présents. Je regardai vers la table des professeurs et pour la première fois, je fus contente de voir Dumbledore. Il eut un instant d'arrêt en voyant qu'on le fixait d'ailleurs. Sirius se dirigea vers lui, et je le suivis.
 
-          Bonjour professeur, salua Sirius lorsqu'on arriva près de la table du fond.
 
Je vis au regard de Dumbledore qu'il savait pourquoi on s'approchait ainsi de lui alors qu'il était en train de prendre son petit-déjeuner. Avant que j'aie pu me concentrer davantage, mon attention fut détournée par des cris de chouettes. Je levai les yeux pour chercher la mienne, qui m'apportait comme tous les jours les nouvelles. Elle vint se poser sur la table à proximité. Sans plus attendre, je la libérai des deux journaux, et laissai la monnaie dans la petite bourse accrochée à sa patte. J'allais ranger les journaux lorsque mon regard fut attiré par d'énormes caractères en première page.
 
-           Vous devez savoir que Remus a quitté l'école hier suite à votre entretien avec lui, entendis-je d'une oreille distraite.
 
Je dépliai la gazette d'un geste machinal. J'étouffai une exclamation, figée en lisant les titres. J'étais incapable de me détacher des lettres. Les mots se répétaient dans ma tête, comme pour m'incruster la dure réalité de cette nouvelle accablante.
 
Chapitre 22 : L'ange blessé
 
Je sortis de ma stupeur en finissant de lire l'article. J'avais l'impression de m'être coupée du monde réel pendant ma lecture. Je sentis une lente et désagréable décharge me parcourir chaque muscle, chaque nerf. Espérance Lupin... assassinée. Assassinée. Je n'arrivais pas à y croire. Il me fallut plusieurs secondes pour intégrer les nouvelles... m'enfoncer dans le crâne que Remus venait de basculer au bord d'un gouffre. C'est pour cette raison qu'il était parti hier. Il venait d'apprendre la terrible nouvelle. Je jetai les journaux sur la table la plus proche et tournai les talons. Je ne pouvais pas rester ici. J'avais besoin de savoir. D'agir. Pourquoi ? Parce que je bouillonnais. La haine m'avait enveloppée. Elle me serrait les entrailles, comme toujours. Je savais ce que c'était de perdre sa mère... apprendre que Remus ressentait la même chose m'enrageait.
« Que les flics " s'occupent du reste "... moi je m'occupe du tueur »
 
-          Prue !
 
Je ne me retournai pas. Ça ne servait à rien, je n'avais pas envie de discuter. Je voulais partir, maintenant, et Sirius ne pourrait pas m'en empêcher. Je ne pouvais pas rester tranquillement à Poudlard en sachant ce qu'il s'était passé. Sirius m'agrippa par le bras lorsqu'on se retrouva hors de la Grande Salle. Je m'arrêtai pour lui faire face et m'adoucis en voyant des larmes couler sur son visage. Bien sûr... il fréquentait Remus depuis une éternité, il devait bien connaître sa mère. Cette perte l'affectait à lui aussi.
 
-         Où tu vas comme ça ? demanda-t-il en gardant le contrôle de sa voix.
-         Dehors. J'ai besoin de prendre l'air, dis-je avec raideur.
 
Il ne répondit rien pendant plusieurs secondes. Son regard empli de tristesse suffit à me répandre une seconde décharge. Je posai ma main sur son épaule en signe de soutien.
 
-          Je suis vraiment désolée pour ce qui arrive Sirius. Mais je ne te dirai pas que tout ira bien, parce que Remus est entré dans une période noire depuis hier. Il va falloir qu'on soit fort pour lui.
 
Il acquiesça et passa rageusement une main sur sa joue pour chasser les larmes qui trahissaient son chagrin.
 
-           Je vais annoncer la nouvelle aux autres... dit-il dans un souffle.
 
J'acquiesçai et repris ma route. J'empruntai quelques passages pour quitter l'enceinte du château. La louve en moi avait une envie démesurée de partir en chasse. De tuer.



| . . . |
 
Je me matérialisai près du Ministère, et refis le trajet d'Espérance pour essayer de visualiser ce qu'il s'était passé. Je ne mis pas longtemps à retrouver la ruelle où avait eu lieu le drame. Les policiers avaient établi un périmètre et gardaient tout curieux à distance. Je cherchai du regard des têtes connues, mais apparemment les flics en charge de l'enquête avaient fini leur boulot ici et étaient déjà partis en chasse. Je sentis une nouvelle décharge me parcourir en baissant les yeux sur la flaque de sang qui s'était imprégnée dans le goudron. J'imaginai Espérance en train de marcher jusqu'à ce qu'une personne masquée surgissent derrière elle, un couteau en main, l'entoure d'un bras pour bloquer les siens et frapper au c½ur. Je vis l'image du corps de la mère de Remus s'écrouler au sol, inerte. Une stratégie imparable. Je serrai les poings, essayant de contrôler la fureur qui me submergeait. Espérance n'avait pas vu son assassin arriver... elle n'avait eu aucune chance de se défendre. 

Je fis demi-tour, ayant besoin de changer d'angle de vue. Une fois à l'abri des regards, je laissai ma tenue d'assassin m'envelopper et m'élevai magiquement jusqu'en haut d'un toit. Je ne comptais pas faire appel à mes hommes pour me renseigner cette fois. Cette traque était la mienne, j'allais la mener personnellement du début à la fin.
 
| Ministère - 8h |
 
J'avais pris l'apparence d'un policier pour m'infiltrer dans le Ministère, en lui lançant un sort suffisamment puissant pour qu'il reste inconscient le temps que je sois à l'intérieur. Je parcourus donc quelques longs couloirs jusqu'au département de la Justice. Arrivée au quartier général de la Brigade Criminelle Magique, j'eus la surprise de voir Lyall Lupin en train de se disputer avec Bradley Moser. Je me rapprochai pour essayer d'entendre ce qu'il se passait.
 
-         Il s'agit de ma femme Brad ! Laisse-moi au moins suivre le déroulement de l'enquête !
-            Le patron a été clair, tu es trop impliqué. Laisse-nous faire notre travail Lyall, je te promets qu'on va faire payer le salaud qui lui a fait ça.
 
Lyall envoya valser les quelques objets présents autour de lui, emporté par la colère. Ce devait vraiment être dur de passer sa vie à rendre justice aux autres... et de ne pas pouvoir en faire autant pour soi-même.
 
-           Va retrouver ton fils, reprit plus doucement Moser. Il a besoin de toi. Tout le monde est sur le coup, ne t'en fais pas.
-           Mon fils est dans sa chambre, avoua Lyall, la voix emplie de tristesse. Il... refuse d'en sortir.
 
Je sentis mon c½ur se serrer en imaginant Remus, seul sur son lit en train de repenser à tous les bons moments qu'il avait vécu avec sa mère... regrettant ceux qu'il n'aura plus l'occasion de savourer à ses côtés. Je me sentis coupable d'avoir eu le réflexe de commencer par traquer l'assassin... au lieu d'apporter en priorité mon soutien à Remus. Je sortis de mes pensées en voyant Moser poser une main sur l'épaule de Lyall.
 
-           Qu'il ne te vienne surtout pas l'idée de penser que c'est de ta faute, dit Moser. Tu n'as fait que ton travail, personne ne pouvait prévoir de telles représailles.
 
Des représailles ? De quoi parlait-il ? Argh, il fallait vraiment que je cible davantage les informations que devaient me remonter mes sources. Je me détournai des deux collègues pour reprendre mon enquête. Je me dirigeai directement vers les salles d'interrogatoire. J'entrai dans celle qui était apparemment occupée. Un flic était déjà présent, surveillant le bon déroulement de l'interrogatoire qui avait lieu de l'autre côté de la vitre fumée.
 
-         Salut Rick ! lança le flic en se retournant à mon arrivée.
-       Salut, répondis-je. On en tire quelque chose ? demandai-je en désignant l'homme assis dans l'autre pièce.
-        Pas pour l'instant. Cet enfoiré sait qu'on n'a rien de concret contre lui. Il n'a même pas demandé la présence de son avocat.
 
Difficile de mener une discussion sur une enquête dont je ne connaissais rien. Par contre, j'avais déjà vu le type de l'autre côté de la vitre. C'était un membre haut placé d'un réseau de trafics. Quel était son lien avec la mère de Remus ?
 
-              Il doit bien y avoir une faille, soufflai-je.
-            J'aimerais y croire, mais j'en doute. Ce type ne se serait jamais laissé amener ici si facilement s'il n'était pas persuadé de ressortir... on n'a encore rien trouvé pour prouver qu'il a commandité le meurtre de Lupin.
-               Même si tout le monde ici sait que c'est lui, ajoutai-je pour tâter le terrain.
-               Ça ne peut être que lui... sa femme a été condamnée à la peine capitale pour avoir commis un double meurtre. Il a tout tenté pour essayer de la faire évader, jusqu'à ce qu'elle reçoive le Baiser du Détraqueur.
 
Je fermai momentanément les yeux, faisant le lien avec le morceau de conversion que je venais d'entendre entre Moser et Lupin. Je me souvins effectivement avoir appris il y a quelques mois, que la femme d'un trafiquant s'était faite piéger en tuant deux témoins pour éviter la prison à son mari. Ayant recouru à la magie noire pour parvenir à ses fins, c'est sûrement l'équipe de Lyall qui avait été chargée de l'enquête... et c'est lui qui avait réussi à la faire mettre sous les verrous. Vengeance. Tout cela n'était qu'une putain de vengeance. Lyall avait enlevé la femme de cet homme, et il lui avait rendu la pareille.

Je quittai la salle, en ayant suffisamment entendu. Il n'y avait pas de doute sur la culpabilité de cet homme, et contrairement aux policiers, moi je n'avais pas besoin de preuve pour appliquer ma justice. Mais ça attendra. L'heure de sa mort n'avait pas encore sonné. Je me rendis dans le bureau de Lupin pour le fouiller un peu. Je découvris qu'il avait déjà préparé tout un dossier sur un certain Rodrigo Jiménez... le même homme qui se tenait assis dans la salle d'interrogatoire. Je serrai les dents en lisant ce nom qui me rappela de nombreuses affaires où il était soupçonné, mais jamais inculpé. Je fis une copie, n'ayant pas le temps de lire ça maintenant, et continuai ma fouille. Je trouvai enfin ce que je voulais : l'adresse du domicile des Lupin, écrite sur une enveloppe ouverte. Je la retins mentalement et sortis du Ministère. J'avais terminé ici pour aujourd'hui.

Je retournai auprès du policier dont j'avais pris l'apparence pour le sortir de l'inconscience. Alors que j'allais disparaître, j'aperçus Lyall qui sortait du Ministère. J'attendis quelques minutes après l'avoir vu transplaner pour en faire autant, sachant déjà où il se rendait.
 
Je me matérialisai devant la maison des Lupin. Je ne savais pas vraiment pourquoi le besoin de venir ici était plus fort que celui de me préparer à éliminer ma nouvelle proie. Peut-être était-ce en me souvenant à quel point la solitude est douloureuse lorsqu'on vient de perdre un être cher. Je soupirai et frappai à la porte, attendant patiemment. Je n'arrivais pas à croire que je m'inquiétais pour Remus. C'est vrai quoi, je devrais en avoir rien à faire qu'il aille mal, qu'il puisse faire des bêtises... qu'il bascule. Je sortis de mes pensées en entendant le verrou. La porte s'ouvrit sur le visage triste et fatigué de Lyall. Il afficha une certaine surprise en me voyant. Il devait se demander ce qu'une inconnue venait faire chez lui.
 
-          Euh, bonjour, je m'appelle Prudence Hunt. Je suis une amie de votre fils...
-          J'ai entendu parler de toi, assura Lyall avec un faible sourire. Entre.
 
Il ouvrit plus largement la porte, et j'entrai en lui serrant la main.
 
-          Sincères condoléances pour votre femme.
 
Lyall acquiesça. J'étais peut-être un peu trop directe... mais j'avoue ne pas être très douée pour ce genre de situation.
 
-          Je viens prendre des nouvelles de Remus... repris-je.
 
Le père de Remus soupira.
 
-          Il n'est pas sorti de sa chambre depuis hier soir. Je ne sais pas comment il est. Certainement mal...
-          Je peux le voir ?
-          Essaye. Deuxième porte à droite, dit-il en me montrant les escaliers.
 
Je n'attendis pas davantage pour m'y rendre. J'eus un instant d'hésitation une fois devant la porte. Tout était silencieux. Peut-être qu'il dormait ? C'était encore de bonne heure après tout. Je secouai la tête. Franchement, qui pourrait dormir alors que sa mère s'est faite injustement assassiner ? Je frappai doucement à la porte et attendis. Je n'entendis rien de l'autre côté. Je fixai intensément la poignée. Est-ce que je pouvais me permettre de franchir cette barrière ? S'il voulait être seul, ce n'était peut-être pas une bonne idée d'imposer ma présence ? Je soufflai. Ça m'énervait de ne pas savoir quoi faire.

Finalement, je me concentrai sur le verrou pour le faire basculer. J'ouvris lentement la porte. La lumière était éteinte. Je vis la silhouette de Remus dessinée devant la fenêtre, dont les rideaux ne laissaient presque pas passer les rayons du soleil. Ce n'était pas bon qu'il s'isole ainsi... c'était le meilleur moyen pour rester bloqué dans des idées noires... qui peuvent réveiller certaines choses en soi. Des désirs qui ne devraient jamais ressortir. Je chassai ces mauvaises pensées de ma tête et me rapprochai lentement. Remus ne pouvait pas céder à l'appel de la vengeance. Il était trop bon pour ça. Il devait être brisé, rien de plus.
 
-         Remus ? appelai-je doucement.
 
Il ne broncha pas. J'arrivai à sa hauteur et posai ma main sur son épaule. Il sursauta violemment en tournant la tête vers moi, surpris. Je restai figée pendant deux secondes. La faible lumière sur son visage faisait ressortir l'état de choc dans lequel il était. Je lisais tellement de souffrance et de tristesse dans ses yeux que j'en fus bouleversée. J'en oubliai mon rôle de simple infiltrée à ses côtés. Je chassai tout ça de ma tête et le pris dans mes bras avec élan. Tant pis pour mon masque, Remus avait besoin de réconfort, pas d'impassibilité. Il me serra avec force, comme s'il s'agrippait pour ne pas tomber. Je sentais qu'il avait le c½ur gros mais qu'il se retenait.
 
-           Lâche-toi Remus... libère-toi, lui dis-je doucement.
 
Il ne fallut que quelques secondes avant que je commence à sentir des larmes couler sur mon épaule. Je le caressai lentement derrière la tête, essayant de refouler les pulsions qui me tiraillaient les nerfs. J'avais une envie irrésistible de retrouver ce Jiménez pour le massacrer. Remus ne méritait pas de vivre ça. Pourquoi la Mort avait-elle frappé avec tant de brutalité le c½ur de cet ange ? Mon ange. Blessé. Je déglutis pour essayer de faire passer la boule de haine qui s'était formée dans ma gorge, mais elle ne fit que descendre dans mon ventre. Je resserrai un peu plus mon étreinte, essayant de faire passer dans ce simple geste tout mon soutien, ma compassion. J'étais prête à faire n'importe quoi pour apaiser sa souffrance. Mais pour être passée par là avant lui, je savais que rien ne fonctionnerait vraiment. Cette blessure ne se refermera jamais... mais je ferai en sorte qu'il puisse vivre avec.

Je n'aurais su déterminer combien de temps on resta ainsi, l'un contre l'autre. Remus finit par se calmer, et je me détachai un peu de lui. Je pris son visage entre mes mains pour essuyer ses larmes. Puis je saisis doucement ses mains, et je le guidai jusqu'à son lit.
 
-         Je n'ai pas envie de dormir, souffla Remus en s'arrêtant à côté du lit.
-         Tu as besoin de repos Remus. Même si tu ne dors pas, allonge-toi ok ?
 
Remus m'adressa un regard abattu. Je lui déposai un bisou sur la joue pour le rassurer.
 
-          Je reste près de toi, promis-je, ayant deviné ses pensées.
 
Il acquiesça sans rien ajouter et fit ce que je lui avais demandé. Je m'allongeai à ses côtés, le laissant se mettre contre moi. Je lui caressai longuement le visage, jusqu'à ce qu'il s'endorme enfin. Je ne m'en allai pas pour autant, veillant à ce qu'il ne plonge pas dans des rêves qui pourraient perturber son sommeil. Je laissai mes pensées errer, tantôt tristes, tantôt haineuses. 

Vers 13h, j'entendis frapper discrètement à la porte. Je me levai doucement pour ne pas réveiller Remus et sortis de la chambre.
 
-          Il s'est endormi, soufflai-je à Lyall.
-          Je te suis vraiment reconnaissant d'être venue.
-          C'est normal, assurai-je.
-          Dumbledore m'a contacté... il te cherchait, il était inquiet pour toi. Tu as quitté l'école sans prévenir.
-           Je suis partie sur un coup de tête, avouai-je.
-           Tu ne comptes pas y retourner ?
 
Je regardai vers la porte de la chambre.
 
-            J'aimerais rester encore un peu avec lui si ça ne vous dérange pas.
-            Reste autant que tu voudras, c'est juste pour prévenir Dumbledore.
 
On s'adressa un faible sourire avant qu'il redescende, et que je retourne auprès de Remus. Je passai l'après-midi contre lui, et il se réveilla en début de soirée.
 
-           Tu veux manger ? proposai-je.
 
Il fit non de la tête, et je n'insistai pas. Je le câlinai à nouveau longuement, essayant de me montrer affectueuse pour une fois. On resta silencieux un moment.
 
-           Prue ? finit par souffler Remus.
-           Hmm ?
-         ... L'enterrement de ma mère aura lieu demain matin...
 
Sa voix se brisa par le chagrin. Je le serrai un peu plus contre moi.
 
-          J'y serai, assurai-je. Nous y serons tous.


| 19 avril 1977 - Maison des Lupin - 7h30 |
 
Je me réveillai en sentant du mouvement près de moi. Je tournai la tête et vis Remus, assis au bord du lit. Je me redressai et me mis à genoux derrière lui, l'entourant de mes bras. Il posa sa tête contre la mienne, et on resta comme ça plusieurs minutes, sans rien dire. On finit par se détacher pour se lever.
 
-          Je vais chercher une tenue, annonçai-je.
 
Il acquiesça, et on se sépara en sortant de la chambre. Il se rendit dans la salle de bains, et moi je descendis. Lyall devait être en train de se préparer lui aussi. Je sortis de la maison et transplanai au manoir de mon père.


| Manoir Voldemort - Appartements Tracker - 8h|
 
Je me tenais devant le miroir, arrangeant le n½ud de mon foulard. J'étais entièrement vêtue de noir, d'une tenue très sobre. Je croisai mon regard dans mon reflet et ressentis une pointe dans le coeur. Malgré tous les êtres chers que j'avais perdu... je n'avais encore jamais assisté à un enterrement. 
« Il y a une très belle citation qui dit que le vrai tombeau des morts est dans le c½ur des vivants »
Je vis le reflet du fantôme incertain de Jeff apparaître dans le miroir, me décochant un faible sourire. Je me détournai et sortis de mes appartements, laissant ma tenue d'assassin me recouvrir le temps que je quitte le manoir. Je croisai mon père en chemin.
 
-          Tracker ?! Que fais-tu là ?
-          Espérance Lupin est enterrée aujourd'hui. Ce serait mal vu que je n'y sois pas.
-         Ah oui, j'ai entendu parler de sa mort. Cela devrait te rapprocher des Maraudeurs... les tragédies resserrent les liens.
 
Je lui adressai un signe de tête et repris ma route sans rien ajouter. Effectivement... c'est dans les épreuves où nous sommes les plus fragiles que les liens les plus forts se créent. Des liens qui, contrairement à ce que pensait mon père, ne peuvent pas être illusoires.



| Maison des Lupin - 8h10 |
 
Ma tenue d'assassin s'évanouit à l'instant où je me matérialisai. Je frappai à la porte, et c'est Lyall qui m'ouvrit.
 
-           Bonjour Prudence, dit-il d'une voix basse.
-           Bonjour.
 
Il me laissa entrer et je levai la tête en entendant des bruits de pas. Remus descendait les escaliers, vêtu d'une chemise et d'un pantalon noir, la cravate simplement autour du cou, tenant une veste sur le bras. Le père et le fils ne se lâchèrent pas des yeux. J'aurais voulu m'effacer pour les laisser tous les deux. Remus se rapprocha de son père et le prit dans ses bras sans rien dire. Les mots étaient inutiles. Tous deux savaient exactement ce que ressentait l'autre. Ils avaient les larmes aux yeux mais ne craquèrent pas. Lyall finit par se détacher et lui noua la cravate, décochant un faible sourire à Remus. Une fois qu'il eut fini, il prit le visage de son fils dans ses mains et l'embrassa sur le front, avant de retourner dans le salon. Remus mit sa veste, et je lui arrangeai le col. Je levai les yeux sur lui et sentis une pointe s'enfoncer dans ma poitrine en voyant l'air qu'il avait. Je posai mes mains sur son torse et collai mon front au sien. J'aimerais tellement chasser cette lueur de tristesse de ses yeux, faire disparaître la souffrance de son coeur. Mais il fallait se faire une raison. Le Remus que j'ai connu était perdu, quelque part... et peut-être que je ne retrouverais jamais le même.
 
| Cimetière - 11h20 | 
 
Je regardais pensivement le cercueil d'Espérance Lupin s'enfoncer lentement dans la terre. Elle avait eu droit à une cérémonie magnifique en l'honneur de l'avocate exceptionnelle qu'elle avait été. Et les hommages rendus par les proches avaient été assez émouvants. Cette femme était vraiment quelqu'un de bien, une bonne mère, une femme attentionnée, une amie sur qui on pouvait compter, et une excellente avocate. Elle avait du c½ur et de l'amour à revendre. Nombreuses personnes étaient venues assister à la cérémonie. La tristesse de tout ce monde était presque palpable, c'était impressionnant. Pendant un instant, je pensai aux familles de mes victimes. Aux conséquences d'un meurtre. Je secouai la tête. Ça n'avait rien à voir. Je ne tuais que des salopards. Et cet enterrement était l'une des raisons qui me poussaient à agir ainsi. Je ne pouvais pas détruire une vie qui illuminait son entourage.
 
Je finis par me détourner du cercueil pour regarder Remus, non loin de moi. Il était entouré de sa famille, et des Maraudeurs. Les larmes ruisselaient sur son visage. C'était terrible de s'enfoncer dans le crâne que sa mère ne passera plus jamais la porte de la maison, qu'il ne pourra plus la prendre dans ses bras... s'imprégner de son odeur en lui déposant un affectueux baiser sur la joue. Il ne verra plus jamais son doux regard et son tendre sourire, n'entendra plus le son de sa voix. Il ne pourra la voir qu'à travers des photos ou alors en rêve. On ne pense jamais à savourer suffisamment chaque moment partagé avec les personnes qu'on aime, ne se doutant pas que c'est peut-être le dernier. C'était arrivé pour Remus. Il ne se doutait pas en lui disant au revoir lorsqu'il était rentré fêter son anniversaire que ce serait son dernier repas de famille avec elle. La dernière fois qu'il lui dirait au revoir. Je repensai au matin précédent la mort de sa mère. Il était tellement souriant ce jour-là. Il avait la joie de vivre. Je l'avais senti bien, et il avait suffit d'un coup de lame pour le briser. J'étais sincèrement désolée que tout cela arrive. Ça m'attristait un peu de voir l'épreuve qui l'attendait. La mort de sa mère était survenue brutalement, mais le deuil allait s'éterniser. Un avenir difficile et douloureux s'annonçait pour lui.  
 
Tour à tour, chacun alla se recueillir une dernière fois en lançant une rose blanche ou rouge. Quand ce fut à moi, je choisis une rose rouge et restai quelques secondes à regarder le cercueil un peu plus bas. Je portai la fleur à mes lèvres. Une brise me caressa le visage et je fermai momentanément les yeux.
« Je ne vous connaissais pas Espérance... mais la simple entente de votre histoire suffit à désirer la mort de celui qui vous a fait ça. Votre meurtre ne restera pas impuni. Je jure solennellement de vous venger. Vous et votre famille. Je veillerai à ce que vengeance soit faite »

Je serrai un peu plus la rose dans mes doigts et sentis une douleur au pouce. Je rouvris les yeux et vis du sang perler doucement de ma main. La rose était devenue noire, et des épines étaient sorties de sa tige. Je souris faiblement en voyant que ma haine avait déteint sur la fleur.
« Ma lame s'abattra avant que cette blessure ne guérisse »
Je laissai tomber la rose et la regardai atterrir sur le cercueil. Je fis apparaître un bandage autour de ma main pour arrêter l'écoulement du sang. Après quoi, j'allai vers Remus et le pris dans mes bras, le serrant fort contre moi.
« Je te promets de tout faire pour apaiser ta souffrance »
Les autres Maraudeurs se joignirent à notre étreinte. Je sentis une rage difficilement contrôlable monter en apercevant Rodrigo Jiménez par-dessus l'épaule de Remus. Je trouvais sa provocation de très mauvais goût. Il n'avait rien à faire ici. Remus dut sentir ma soudaine colère car il se détacha de moi et se retourna. Il eut un instant d'arrêt en le voyant lui aussi. Il se défit de notre étreinte, mais je le retins.
 
-            Non Remus, dis-je. Ne rentre pas dans son jeu.
-            Elle a raison, il n'attend que ça, ajouta James. Ignore-le.
-        Comment veux-tu que j'ignore la présence de l'assassin de ma mère à son enterrement ?! s'emporta Remus.
-             Laisse-moi faire ok ? Retourne auprès de ton père, dis-je d'une voix ferme.
 
Je tournai les talons et me faufilai à travers les gens pour rejoindre cet enfoiré de Jiménez. Il eut un sourire mauvais en me voyant arriver à sa hauteur. J'avais retrouvé mon visage froid et mon regard assassin. La tueuse avait refait surface en un clin d'oeil, j'allais devoir faire attention à ne pas perdre le contrôle.
 
-           Dégage, ordonnai-je. Tu n'as pas ta place ici.
-           Sais-tu au moins à qui tu t'adresses jeune fille ?
 
Je me rapprochai de son visage, mettant toute la haine que je pouvais dans mon regard.
 
-            A un futur cadavre, soufflai-je.
 
Je souris en voyant une lueur de surprise traverser ses yeux. Il n'en perdit pas son arrogance pour autant, devant se dire que ce n'était que les paroles d'une jeune rebelle énervée. S'il savait... s'il savait ce que je lui réservais.
 
-           Est-ce que je suis censé avoir peur ? provoqua-t-il avec le sourire jusqu'aux oreilles.
-              Ça dépend... est-ce que tu as peur de mourir ?
-              Je crois que tu ne mesures pas l'impact de tes paroles... on n'est pas dans un jeu là. Si tu t'engages sur ce terrain il n'y aura pas de retour en arrière possible.
 
Je souris, toujours aussi proche de lui.
 
-            Je crois que tu ne me prends pas suffisamment au sérieux... renvoyai-je. Mais ce n'est pas grave, tu comprendras bientôt à qui tu as affaire. Maintenant disparaît.
 
Il haussa les sourcils. Il devait vraiment me prendre pour une dingue. Le pauvre... s'il savait à qui il s'adressait réellement... il serait déjà parti depuis longtemps.
 
-             Est-ce que tu crois sincèrement qu'un homme de mon rang peut se laisser donner des ordres par une fille à peine majeure ... ? dit-il sur un ton méprisant.
 
Je lui donnai un coup sec dans le ventre et profitai qu'il se plie en deux pour le saisir à la gorge, resserrant mon emprise sous l'influence de la haine.
 
-               Tu n'es qu'un misérable parasite que je me ferai un plaisir d'éradiquer... dis-je avec froideur. Pour la dernière fois... dégage avant que je t'emporte moi-même ailleurs.
 
Je vis la haine traverser ses yeux. Je venais de mettre un gros coup de pied dans la ruche. Je le lâchai pour le laisser se redresser. Il se massa le cou en me fusillant du regard.
 
-             On n'en restera pas là, menaça Jiménez.
 
Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire.
 
-             C'est bien mon intention, lançai-je. Mais aujourd'hui je suis un peu occupée... alors on remet ça à plus tard, ok ? T'es pas pressé de prendre une raclée je suppose ?
-               Hâte de voir ça.
-               Hâte de te la mettre.
 
Il tourna les talons, énervé plus que jamais.
 
-               Jiménez ! appelai-je.
 
Il se retourna.
 
-              Profite du chemin du retour pour choisir ton emplacement, lançai-je sur un ton léger en désignant les tombes de chaque côté de l'allée.
 
Il m'adressa un regard meurtrier et reprit sa route sans rien ajouter, furieux. Mais ce n'était rien comparé à la haine qui m'abritait... et qui ne demandait qu'à se déverser avec toute la violence qu'une louve de mon espèce est capable. Je le regardai s'éloigner d'un pas rageur, essayant tant bien que mal de me raisonner pour ne pas le suivre. Je finis par me décider à retourner auprès de Remus. Tout le monde était en train de venir dans ma direction, vers la sortie. Je me frayai un passage en sens inverse pour retrouver les Maraudeurs. J'aperçus Remus entouré de ses amis, le visage imprégné de colère. J'arrivai à sa hauteur et attrapai une discussion en cours.
 
-           Je vais le massacrer... ! dit Remus avec une haine dans la voix que je ne lui connaissais pas.
-           Il est parti Remus.
-           Comment peut-on être aussi odieux ?!
-           C'est un monstre... et je peux t'assurer qu'il paiera.
 
Je vis une lueur étrange passer dans ses yeux. Une détermination de fer brillait dans son regard. Je devinai ses pensées, et l'attirai contre moi.
 
-            Je t'interdis de songer un seul instant de t'en charger toi-même, soufflai-je à son oreille pour que les autres n'entendent pas.
 
Il resta silencieux. Il ne prit même pas la peine de répondre à mon étreinte. Je soupirai en me détachant. Je savais dans quel état il était tombé à l'instant où son ennemi avait osé venir le provoquer jusqu'ici. Mais je refusais qu'il ait ce genre de pensées. Il ne pouvait pas envisager faire ça lui-même. Jiménez paiera, c'est une certitude, mais cette chasse était la mienne. Cet ange n'avait pas à se salir les mains. Je le ferai pour lui. Je ne voulais pas qu'il bascule.
Je sortis de mes pensées meurtrières en voyant Dumbledore discuter avec Moser un peu plus loin. Il jeta un coup d'oeil dans notre direction, et je me détachai de Remus, le laissant aux bras de ses frères.
 
-           Bonjour Prudence, salua Dumbledore en me voyant venir vers lui.
-           Bonjour professeur. Je m'excuse d'être partie sans prévenir. J'ai... pas vraiment réfléchi.
 
Il acquiesça.
 
-            Je comprends que la souffrance de Remus t'affecte... mais à l'avenir, tâche de prendre tes dispositions. Je ne t'aurais pas empêché d'aller soutenir ton ami pendant cette difficile épreuve. Tu reviens à l'école ?
-            Oui, répondit Remus à ma place.
 
Je fronçai les sourcils en tournant la tête vers lui.
 
-           Tu es sûr ? demandai-je.
-           Ça va aller, assura Remus.
-       Ne me mens pas Remus... je suis passée par cette épreuve avant toi, je sais exactement ce que tu ressens, et ce dont tu as besoin.
-           Et de quoi j'ai besoin ?
-           De soutien. D'être entouré. Si tu ne veux pas que je vienne, je ne m'imposerais pas, mais promets-moi de ne pas rester seul.
 
Il baissa la tête.
 
-          Ta présence m'a fait du bien... mais j'ai besoin de me retrouver un peu seul... c'est dans ma nature.
 
Je lui déposai un baiser sur la joue, lui relevant le menton pour le forcer à me regarder.
 
-            Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu n'hésites pas, ok ?
-           On est avec toi Remus. Plus que jamais, ajouta Sirius.
 
Il acquiesça, et on suivit Dumbledore. Il était temps de rentrer à Poudlard, même si je prévoyais déjà de m'éclipser très prochainement.
 
| 21 avril 1977 - Poudlard - Salle commune des Gryffondor - 18h30 |
 
Deux jours étaient passés depuis l'enterrement de la mère de Remus, et je n'avais pas cessé de penser à ma traque. Je faussais compagnie aux Maraudeurs à la moindre occasion pour poursuivre mon enquête. Je voulais attendre le bon moment pour frapper ma proie. On avait des nouvelles de Remus par le directeur. Ça me faisait quelque chose de continuer à Poudlard sans lui. Il y avait un manque, ce n'était plus pareil depuis qu'il était absent. Les trois autres frères avaient la rigolade moins facile. La bonne humeur n'était pas au rendez-vous. Normal après tout... un membre de la meute était touché...
Je pris une profonde inspiration, regardant la forêt par la fenêtre. Je projetais de passer à l'acte le lendemain. Vengeance serait bientôt faite, rendant justice à Remus. Cette pensée me propagea des ondes. Je ne comprenais toujours pas pourquoi cette traque me tenait tant à c½ur. Je savais juste que c'était réel, et je comptais satisfaire mes désirs meurtriers. 
Je me retournai en entendant la voix de McGonagall. Elle avait l'air un peu affolé.
 
-              Qu'est-ce qui se passe ? demanda James en la voyant se diriger vers eux.
-              Si vous savez où se trouve Remus, je vous demande de me le dire !
-           Mais professeur, nous n'avons pas revu Remus depuis deux jours, rappela James. Et nous n'avons eu des nouvelles que par le professeur Dumbledore.
-               Pourquoi vous nous demandez ça ? demanda Sirius.
-               Votre ami est introuvable. Il a disparu.
 
Je sentis une lourde pierre tomber en moi. Remus... disparu ? Je sentis l'air me manquer à l'idée que Jiménez ne se soit pas contenté de la mort d'Espérance pour se venger de Lyall.
 
-               Quand est-ce qu'il a été vu pour la dernière fois ? demandai-je en essayant de garder la tête froide.
-                 Son père l'a vu ce matin avant de partir au travail. Il est rentré le midi pour manger avec lui, mais Remus n'était plus là. Et il n'est toujours pas revenu. Il n'a laissé aucun message derrière lui.
-                Mais il y a eu une effraction ?
-                Pas que je sache non.
 
J'hésitais entre le soulagement et l'effroi. La bonne nouvelle, c'est que Remus n'avait pas été enlevé. La mauvaise, c'est qu'il était très certainement parti à la recherche de Jiménez. Je fermai momentanément les yeux. Je savais qu'il y avait un risque pour que ça arrive. Je n'aurais jamais dû le laisser seul. Je n'aurais jamais dû croire qu'un ange est incapable d'entendre l'appel de la vengeance. Remus n'était qu'un humain... il avait été violemment frappé en plein c½ur... par un monstre qui échappait aux policiers... il était normal que dans ces conditions, le loup en lui prenne le dessus. Je m'en étais doutée à l'enterrement lorsqu'il avait aperçu Jiménez. J'avais bien vu dans ses yeux que quelque chose avait changé. Mais je n'avais pas osé y croire. Pourtant je le savais... j'en avais fait l'expérience... lorsqu'on s'en prend à un être cher... même les loups les plus gentils se transforment en chasseurs assoiffés de sang. Du sang de leur ennemi. Je le savais, et je n'ai rien fait pour l'empêcher, et maintenant je regrettais. J'aurais dû continuer de veiller sur lui et de lui apporter le soutien nécessaire pour qu'il ne bascule pas. Maintenant c'était fait, et je craignais de ne pas parvenir à le ramener à temps.
« Où es-tu Remus... ? »
 
| Allée des Embrumes |
 
~ Point de vue de Remus ~
 
Je marchais d'un pas vif à travers les ruelles, aveuglé par la haine. Je ne maîtrisais plus trop mes pensées. En fait, mon esprit s'était braqué sur une seule idée : LE retrouver. LE faire souffrir comme je souffre en ce moment. Mes sens étaient complètement brouillés, la colère m'avait ravagé entièrement. L'instinct du loup réfugié en moi refaisait surface alors que ce n'était pas encore la pleine lune. Je ne faisais rien pour le refouler. Ce n'était pas une question de force mentale, c'est juste que je n'en avais pas envie. Je ne me sentais plus moi même. Je n'arrêtais pas de penser à la mort de ma mère. Tout le monde savait que Rodrigo Jiménez était impliqué, mais les policiers n'arrivaient pas à le relier au meurtre. Il fallait faire quelque chose, je ne pouvais pas laisser l'assassin de ma mère s'en tirer. Il fallait que j'agisse. Par amour pour elle, je n'avais pas le droit de laisser cet acte impuni. Ça faisait deux jours que je pensais à un moyen de lui faire payer, complètement obsédé de le savoir en liberté, et j'avais enfin trouvé. J'étais prêt. Et je savais déjà où retrouver ma cible. Il était temps de passer à l'acte, je n'en pouvais plus d'attendre. La haine me pesait trop sur le c½ur, il fallait que je m'en libère.


Chapitre 22 : L'ange blessé

 
 
Coucou ! Tout d'abord, je m'excuse pour l'attente... mais encore une fois, semaine toujours aussi chargée et parsemée d'imprévus. Et pour couronner le tout, j'ai dû réécrire ce chapitre dans sa totalité, l'ancienne version ne me plaisant pas. J'attends vos impressions, car j'ai eu beaucoup de mal à l'écrire.
 
Je vous fais de gros bisous

 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • Intouchables-Hermi

    14/06/2016

    Ce chapitre est très touchant :)

  • aliseevila

    01/01/2016

    Coucou, un trés bon chapitre.
    Sur certains passages j'ai eu les larmes aux yeux : quand Rémus se laisse aller dans les bras de prue puis celle de son père. Les sentiments et les réactions sont bien décrites tout au long du chapitre.

  • LeMaitreDesLieux

    24/08/2015

    j'aime beaucoup ce chapitre malgré la mort de ma mère de Lupin, là, Prue et Remus, leur caractère plus précisèment, sont échangés. Sa promet !

  • assassin-maraudeurs

    20/07/2014

    Animals-Danger wrote: "Ce chapitre m'a beaucoup touchée :'( C'est trop triste, la mort de la mère de Rémus ! Heureusement que Prue était là pour le rassurer :D"

    Oh merci ! =) Oui, Prue est là, et elle va pas lâcher ! ;)

  • Animals-Danger

    19/07/2014

    Ce chapitre m'a beaucoup touchée :'( C'est trop triste, la mort de la mère de Rémus ! Heureusement que Prue était là pour le rassurer :D

  • hostfresh-HarryPotter

    23/06/2014

    Pauvre Lunard!!!!:( Maiskil est chtarbé ??? Prue va l'aider please!

  • Harry-Potter-generationx

    28/05/2014

    Ouah ! Superbe chapitre !

    La mort de la maman a Remus est tellement triste et injuste ! Heureusement que Prue est la pour l'aider a surmonter ça !

    Oh la confrontation Prue/ jimenez *_* j'ai juste trop hâte de la voir le tuer mais avec Repus qui s'en mêle ça va devenir compliquer :s

    Vite, vite vite la SUITE !!!!!!!! ^^

  • aSupernaturalLife

    16/04/2014

    J'avais prévu d'arrêter ma lecture ici pour ce soir, mais là je ne peux pas !! Je file lire le chapitre 23 x)

  • harry-potter-8-fic

    08/04/2014

    J'espère que remus fera pas n'importe quoi...

  • assassin-maraudeurs

    26/02/2014

    xsmileyx93-rep-choixpeau wrote: "Coucou ! Super chapitre ! J'adore x) C'est cool si Remus "bascule" un petit peu, ça met du suspense ! Je suis désolée de ne pas avoir lu avant^^ et je cours vers le chapitre 23;)
    Pour les fautes il n'y en a quasiment pas. Je crois en avoir aperçu de trois de ponctuation et d'accord de temps mais j'était pas sur et elles n'étaient dans tout les cas pas choquante alors elles ne figureront pas ci-dessous. Il n'y a qu'une faute qui à vraiment retenu mon attention :
    solitude lorsqu'on vient de perdre un être cher est douloureux (solitude c'est féminin donc je pense que c'est douloureuse)
    "

    T'inquiète, tu étais en vacances, c'est normal ^^ je te préviens des nouveautés chaque semaine, mais t'es pas obligée de venir de suite ;)
    Pour la faute que tu as relevé.... bien vu ;) j'avais pris dans le sens " à quel point c'est douloureux ", mais avec la solitude au milieu, faut accorder. Merci =)

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