Chapitre 24 : L'honneur des Maîtres

" Plus un criminel a un rang élevé dans la hiérarchie de son groupe, et plus il est dangereux de s'en prendre à son honneur.
Alors quand ce criminel s'avère être le grand patron, le maître jusqu'alors incontesté...  son honneur est une mine qui explose sur quiconque ose y toucher... "
 
Chapitre 24 : L'honneur des Maîtres


 
 
|25 mai 1977 – Poudlard – 17h|
 
Je me sentais un peu bizarre ces temps-ci. J'étais à la fois satisfaite d'apporter du réconfort à Remus, de parvenir à lui rendre le sourire de temps en temps avec l'aide des Maraudeurs... mais j'étais à la fois mal à l'aise. Mon comportement n'était pas adapté au rôle que je devais tenir. J'oubliais trop souvent la véritable raison de ma présence à Poudlard... je n'avais plus vraiment l'impression de jouer un rôle. Au contraire. Je prenais le temps de vivre. J'étais bien en la compagnie des Maraudeurs. Ce qui m'amenait souvent à me poser des questions sur l'avenir. Je ne savais pas jusqu'où je pouvais aller, jusqu'à quel point mon affection pour les Maraudeurs pouvait altérer ma mission. Car oui, j'avais une réelle affection pour eux. Sirius et James avaient beau me désespérer à tout le temps faire des conneries, au fond c'étaient de braves types, avec lesquels on passait de bons moments. Et Remus... je n'arrivais pas à croire à quel point j'avais eu peur de le perdre... à quel point j'avais besoin de le voir sourire. C'était impressionnant le temps qu'on passait l'un contre l'autre en ce moment. C'est comme si une barrière était tombée depuis la mort de sa mère.
 
Alors je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que j'allais faire pour la suite de la mission. Les Maraudeurs étaient-ils une simple expérience ? Une sorte de passade amicale ? Ou étaient-ils plus ? J'avoue que je passais du bon temps en leur compagnie, mais de là à désobéir à mon père pour eux... ça me semblait improbable. Et pourtant, je ne pouvais nier l'évidence. Croire, ne serait-ce qu'une seconde, que j'avais perdu Remus lorsqu'il était inconscient dans la forêt m'avait causé une grande souffrance. Je tenais à lui, c'était évident. J'avais une attitude protectrice envers lui, j'étais même devenue plus affectueuse pour qu'il aille mieux. Comment pouvais-je accepter de le tuer si j'avais déjà peur de le perdre ? 
Parce que mon père me l'avait demandé ... ? Parce que c'était ma mission ... ? Je fermai les yeux. C'était un motif suffisant. Pas seulement parce que j'étais une tueuse à gages. Non, c'était bien plus compliqué que ça. J'étais la fille du Lord, et si j'avais du mal à m'imaginer tuer les Maraudeurs, je ne pouvais pas davantage me résoudre à trahir mon père. La famille ne se déçoit pas. Mon père m'avait choisi pour cette mission, parce que j'avais mainte fois prouvé que j'étais à la hauteur de n'importe quelle situation. Il me croyait apte à relever le défi, et il avait des projets pour nous deux. Je ne pouvais pas lui dire tout simplement non.
 
" Tu n'auras pas le droit à l'erreur. Ne me déçois pas... je ne voudrais pas avoir à châtier ma propre fille après toutes les bonnes actions que tu as accomplies en ma faveur. "
 
" Je suis fier du chemin que nous avons parcouru... mais le plus glorieux est devant nous ma fille. Ensemble, nous continuerons de gravir les sommets de la grandeur. Ensemble, nous serons les conquérants victorieux de ce monde... jusqu'à en devenir les seuls maîtres. Toi et moi. Peu importe les pertes que nous subirons dans nos rangs... les innombrables combats à mener... nous survivrons à toutes les épreuves. Ensemble. Rien ne pourra nous arrêter ".
 
Une onde me parcourut lentement le corps, hérissant chaque poil, pinçant chacun de mes nerfs. Je sentis une chaleur étouffante m'envahir, ma gorge se serrer... je me levai d'un coup et sortis de la salle commune, ayant besoin de prendre l'air. Je ne fus soulagée qu'en arrivant dans le parc, où je pus respirer l'air à pleins poumons. La vérité, c'est que j'étais perdue. Je ne savais plus quel chemin suivre. Même si les Maraudeurs n'avaient pas croisé mon chemin, il y aurait quand même un problème. Je me voyais mal me lancer dans cette conquête prévue par mon père... qui allait impliquer des massacres injustifiés. J'avais beau retourner le sujet des nés-moldus dans tous les sens, la conclusion était inchangée : ils ne méritaient pas de devenir la cible de qui que ce soit. Les projets de mon père divergeaient de mes principes, mais j'étais sa fille, et ce simple fait était suffisant pour continuer à le servir.

Même si mon père n'était pas encore prêt, je savais que ce n'était qu'une question de temps avant que je sois obligée de prendre une décision. Pour être honnête avec moi-même, je ne savais absolument pas quoi faire. Choisir un autre chemin ou rester sur celui de mon père ? En sachant que dans un cas comme dans l'autre, j'allais y perdre. Le tout était de déterminer ce que j'étais prête à abandonner. Ce que j'étais prête à faire pour assumer les conséquences. Pour l'heure, j'étais incapable de me décider. Il faudra que je profite de l'été loin des Maraudeurs pour voir où j'en étais. J'avais besoin de faire le point, de me poser.
 
Je sursautai en sentant une brûlure au niveau du ventre. Je posai ma main sur mon tatouage par réflexe, le coeur accélérant à l'idée que mes hommes aient un problème. Je ne leur avais rien demandé de spécial ces derniers temps, ils n'avaient aucune raison de me contacter. Que se passait-il ?
Sans perdre une seconde, je me mis à courir vers le Saule Cogneur, me servant de son passage pour quitter l'enceinte de l'école.
 
| Forêt de Dean - 17h25 |
 
Je marchais d'un pas énergique jusqu'à l'habituel point de rencontre avec mes hommes. Mon coeur cogna un peu plus fort en apercevant une personne entièrement vêtue de noir, capuche rejetée sur la tête. Que se passait-il bon sang ?!
 
-            Bonjour Tracker.
-            Bonjour. Qu'est-ce qui se passe ?
-            Je crois que Troy a des ennuis. Je le trouve très étrange en ce moment.
-            C'est-à-dire ?
-        Je le sens mal à l'aise, distant. Toujours sur ses gardes. Ce n'est qu'un avis personnel bien sûr, mais j'ai préféré t'en parler.
 
Je posai ma main gantée sur son épaule.
 
-           Et je t'en remercie. Je vais essayer de voir ce qu'il se passe.
 
Je restai plusieurs secondes immobile lorsqu'il transplana, réfléchissant à toute vitesse. Qu'est-ce qui pouvait bien préoccuper Troy ? Et surtout, pourquoi n'était-il pas venu me voir pour me faire part de ses problèmes ? Notre groupe était comme une meute : chaque membre pouvait compter sur le soutien des autres... et en particulier sur le mien. Etant leur chef, ils étaient tous sous ma protection. Je comptais bien m'assurer que Troy ne risquait rien. Je posai ma main sur mon ventre tatoué en pensant à lui. Quelques minutes après seulement, une nouvelle personne vêtue de noir apparaissait devant moi.
 
-           Tracker, salua-t-il.
-           Bonjour Troy. Viens, marchons.
-           Qu'est-ce qui se passe ?
 
Je ne répondis pas pendant plusieurs secondes, ne sachant pas comment aborder la chose.
 
-           Comme je n'avais pas de travail spécial pour vous ces temps-ci, je n'ai pas eu trop de nouvelles... je veux juste vous voir tour à tour pour m'assurer que vous allez bien.
-            Ne t'inquiète pas, je vais bien.
 
Je grimaçai. Il savait qu'il pouvait me faire confiance, pourquoi préférait-il ne rien dire ?
 
-            Bien. As-tu des attentes particulières concernant le groupe ? Tu m'as rejoint il y a un an... quelles sont tes impressions ?
-             J'apprécie le fonctionnement du clan. Il y règne un bon esprit, et tu t'occupes bien de tes hommes. Je ne peux pas en attendre davantage.
-          Je suis contente que tu sois satisfait. Je ne vais pas te déranger plus longtemps avec ça. J'aurais juste une faveur à te demander.
-           Laquelle ?
-          J'aimerais que tu te rendes à Cambridge demain, dans le bar Nightlife. J'ai juste besoin que tu sois en terrasse à 23h. Commande un verre, et repars à 23h15. Marche au hasard des rues, jusqu'à ce que je te rappelle.
-              Dois-je préparer quelque chose de spécial ?
-              Non. Il faut juste que tu t'y rendes. En tenue bien sûr.
 
 |26 mai 1977 – Cambridge – 22h58|
 
Je devrais être dans mon lit à Poudlard en train de dormir à cette heure-ci, et pourtant, j'étais en tenue de tueuse, perchée en haut d'une tour pour observer les environs. J'étais arrivée il y a une demi-heure pour surveiller Troy de loin. Comme prévu, il sortit à 23h pétante en terrasse. J'analysai attentivement chaque personne aux alentours, essayant de repérer quelque chose d'anormal. Si Troy était toujours sur ses gardes, c'est qu'il se sentait menacé, et je voulais savoir par qui. Il me servait d'appât pour ce soir.

Quand il paya l'addition et se leva à 23h15 comme je lui avais demandé, je doublai de vigilance. Quelques secondes après son départ, une autre personne se leva, prenant la même direction que Troy. Ne pouvant pas jouer avec les coïncidences, je suivis Troy depuis les hauteurs. Au bout de vingt minutes, l'intrus était toujours dans ses pas, et j'estimai que c'était suffisant. Je transplanai et me matérialisai une dizaine de mètres derrière ma cible. Je me rapprochai sans quitter des yeux ma proie, sentant mon c½ur accélérer au fur et à mesure de mon avancée. J'étais impatiente de savoir pourquoi quelqu'un osait prendre en filature l'un des mes hommes. Une fois derrière la cible, je l'entourai par derrière et transplanai, l'emportant avec moi.
Je réapparus dans la forêt de Dean, où je jetai violemment ma proie au sol. Je sortis ma baguette pour le maintenir tranquille.
 
-         Qui es-tu ? demandai-je sans parvenir à dissimuler la colère dans ma voix.
-         Personne.
 
Une lumière violette sortit de ma baguette pour le frapper de plein fouet, lui arrachant un cri de douleur.
 
-         J'ai vu que tu suivais quelqu'un ce soir, dis-je en stoppant le sortilège. Une personne sous ma protection. Pourquoi tu le filais ?
-       ... Tu es Tracker n'est-ce pas ?
-       Exact.
-       Si cet homme fait partie de ton clan, il faut que tu saches qu'il n'est pas celui que tu crois.
-         Vraiment ? Et tu crois que je vais avaler tes conneries ?
-         Ecoute-moi. Je m'appelle Calvin. J'ai entendu parler de toi et de ton clan. Je voulais te rencontrer pour vous rejoindre, mais personne n'était capable de me dire comment te contacter. Alors je me suis mis à suivre toutes les personnes habillées comme toi... je pense en avoir trouvé un... et si c'est le cas, si cette personne appartient vraiment à ton clan, il s'agit d'un traître.
 
Une onde très désagréable me parcourut. Oui, la personne en question était bien un membre de mon clan...
 
-            Et qu'est-ce qui te fait croire ça ? demandai-je les dents serrées.
-            J'ai l'ai vu parler à Marvilus.
 
Je sentis un courant de haine se répandre lentement dans tout mon corps. Marvilus... mon rival. Même si j'avais du mal à croire à l'histoire de Calvin, j'étais intéressée par tout ce qui touchait à cette espèce de crétin prétentieux. Marvilus n'avait jamais représenté de menace pour mes activités, mais son arrogance me gavait.
 
-         Marvilus... murmurai-je. Intéressant. Qui me dit que ce n'est pas toi qui bosses pour lui ? Qui me dit que tu ne veux pas m'entraîner dans un piège ?
-         Je n'ai pas de preuve. C'est pour ça que je le suivais. Je voulais en être sûr.
 
Je ricanai. Bizarrement, je n'arrivais pas à gober ce qu'il me disait. D'un autre côté... Marvilus...
 
-            Ok, supposons que je te crois. Tu comptais t'y prendre comment pour obtenir ta preuve ?
-        Cette personne doit faire un rapport à Marvilus dès qu'elle aura accompli quelque chose, mais je ne sais pas quoi.
 
J'eus un mouvement d'impatience. C'était tellement vague et bancal toute cette histoire. Je perdais mon temps, et pourtant, mon instinct ne voulait pas lâcher l'affaire. C'était la première fois que j'étais confrontée à ce genre de situation. Je voulais balayer tout doute de mon esprit.

-         Comment vas-tu t'y prendre maintenant que tu as perdu ta cible de vue...?
-     Au lieu de pister ton homme, je pisterai Marvilus. Il est moins difficile à retrouver.
-          Je ne te laisse pas toute l'éternité pour m'apporter une preuve... si ce que tu dis est vrai, je me pencherais sur l'idée de te recruter... mais si tu m'as trompée, je te le ferais payer.
-         Ça n'arrivera pas. Tu crois sincèrement que je prendrais le risque de te causer des ennuis ?
 
« Hum, pas faux. Les personnes qui connaissent mon nom savent que m'emmerder est la dernière chose à faire... »
J'abaissai ma baguette pour le laisser se relever. Je ne pouvais pas me permettre de douter de la loyauté de mes hommes.
 
-           Comment pourrais-je te recontacter ? demanda Calvin.
-           Rends-toi au bar Ombrage à 22h si tu as quelque chose à me dire.
 
Il acquiesça précipitamment.
 
-            Si tu essaies de me fuir Calvin, sache que je te retrouverais.
-            J'aurai la preuve.
 
Je le laissai repartir, restant plantée là, perdue dans le fil de mes pensées. Je finis par appuyer sur mon tatouage en pensant à Troy pour qu'il quitte Cambridge.
 



|Manoir Voldemort – Appartements privés |
 
Dès que j'arrivai dans la chambre, je restai longuement assise sur mon lit. Je remarquai que mes mains tremblaient légèrement. Je craignais tellement que Calvin ait raison. Etais-je un mauvais chef au point de pousser mes hommes à s'allier avec l'ennemi ? Avais-je fait quelque chose de mal envers Troy ? J'eus beau fouiller dans ma mémoire, je ne me souvins pas avoir fait quelque chose qui justifierait son acte.

Je me levai lentement et me mis devant le grand miroir encastré dans le mur. Je soulevai un peu mon haut noir pour regarder la tête de loup cerclée de flammes dessinée sur mon ventre. Mon clan était jusqu'à maintenant une meute. Une meute soudée où chaque membre veillait les uns sur les autres, avec moi à leur tête, chef protectrice et bienveillante. J'ai toujours pris soin d'eux, je les ai bien rémunérés, bien traités, respectés... pourquoi l'un d'eux me trahirait ? Je me changeai, l'esprit enfermé dans cet étau d'incertitude.
« Si ça se trouve, ce mec ment et Troy n'a rien fait de mal. Attends de voir sa preuve avant de penser à tout ça »
Mais quel serait l'intérêt de mentir ? Jouer à ça avec moi était mortel. Qui serait assez fou pour me mener en bateau ?
Je soupirai en me mettant au lit, trop fatiguée pour rentrer à Poudlard.




|27 mai 1977 – Poudlard – 11h40 |
 
J'étais en train de concocter une potion quand je sentis ma tête tourner. Prisonnière d'un étau que je connaissais bien, je laissai mon père entrer dans ma tête pour savoir ce qu'il voulait en pleine journée, alors qu'il savait que j'étais encore en cours. Une conversation par la pensée s'engagea.
 
-         Bonjour Père saluai-je tout en continuant ma potion.
-         Bonjour Prue. J'ai une mission pour toi
-         Je vous écoute
-         Cesarius Dantem, ça te dit quelque chose ?
-         Célèbre mafieux basé à Londres. Et alors ?
-         Tue-le

Je m'arrêtai momentanément dans ma préparation, stupéfaite par un ordre aussi soudain.

-         Vous êtes conscient des répercussions que ça peut avoir ? pensai-je.
-         Absolument.
-         Ok. Je dois faire ça quand ?
-         Ce soir
-          Vous ne pouviez pas me prévenir un peu plus tôt ?!
-         Non. Je viens de le décider.
-        Je sais que ça ne me regarde pas ... mais qu'est-ce qu'il vous a fait ? Je n'ai pas l'impression qu'il ait un rapport avec nos projets.
-         Cet abruti pense que je ne suis pas assez bien entouré pour lui tenir tête...
-         Je vois. Dans ce cas, il mourra ce soir.
 
La connexion se rompit, et je continuai ma potion, tout en réfléchissant à un moyen de tuer ma nouvelle cible. Et quelle cible... ce n'était pas un petit pion dans l'immense famille de la mafia... c'était un parrain. L'un des quatre patrons de la mafia la plus dangereuse d'Angleterre.
Cette nouvelle mission constituait un vrai défi. Ça allait me changer les idées. J'en avais besoin en ce moment. Une ébauche de plan me vint en tête, me réjouissant à l'avance.
 
-         Qu'est-ce qui te fait sourire ? s'intéressa Remus.
-         De voir à quel point cette potion est barbante.
 
Il pouffa. J'avais une fois de plus bien esquivé.
 
-         Ce n'est jamais que la cinquième fois qu'on la fait depuis le début de l'année, plaisanta Remus.
-         Si elle tombe vraiment aux  ASPIC et qu'il y en a un qui la rate, je lui bloque la tête dans son chaudron.
 
Il rigola avant de se remettre au travail pour achever cette potion que l'on connaissait par c½ur. Elle faisait partie de la liste des potions qui risquaient fortement de tomber à l'examen l'année prochaine, raison pour laquelle on s'entraînait souvent à la faire. Je vis du coin de l'½il que Lily venait de terminer et me souriait. Je finis moi aussi et rangeai mes affaires. Slughorn passa devant notre table et fut ravi de nos prestation. Il continua sa route, et j'observai la salle pour voir où en étaient les autres.
 
-         Remus semble aller mieux, souffla une voix basse à côté de moi.
 
Je sursautai légèrement et tournai la tête, croisant une paire d'yeux émeraude.
Je souris à Lily, qui était penchée vers moi pour ne pas que Remus l'entende. Il est clair que Remus était toujours en deuil, mais la douleur semblait moins vive.
 
-       Oui, dis-je tout aussi bas.
 
C'est fou à quel point les comportements peuvent changer. Alors qu'en début d'année je devais combattre l'envie de meurtre en la présence de Lily, j'étais désormais neutre et calme avec elle. Ça me faisait bizarre quand j'y pensais.
« La vérité dissipe la haine... »

Et quelle vérité... si Père me voyait... il me renierait sans doute. Cette pensée suffit à assombrir mon regard et à former une boule d'angoisse dans mon ventre. Je me concentrai sur la préméditation du meurtre de Dantem pour me changer les idées. Ce n'était pas le moment de se prendre la tête, j'avais une mission plus urgente à accomplir.
La sonnerie retentit pour annoncer la fin du cours, et on sortit en vitesse, pressés par la faim qui nous creusait l'estomac. 
 
|Appartement privé de Cesarius Dantem – 22h50|
 
J'avais eu le temps de visiter le manoir magnifique de ma cible. Il était digne d'appartenir à l'un des plus grands mafieux de notre pays. Il était immense,  richement décoré, avec beaucoup de goût, et très bien protégé. Mais pas suffisamment pour m'empêcher d'entrer. Si j'étais une excellente tueuse, je le devais en partie à cet atout majeur. J'étais capable de percer de nombreuses sécurités, même les plus puissantes. Ça me prenait parfois du temps, c'était souvent difficile, mais au bout du compte, je finissais toujours par entrer sans laisser la moindre trace de mon effraction. Beaucoup de voleurs aimeraient apprendre à maîtriser cet art.
 
Alors que je tournais un peu en rond dans la chambre de ma proie après l'avoir observée sous tous les angles, je commençai à trouver le temps long. Cesarius avait un repas entre amis, mais il aurait déjà dû revenir. J'aurais peut-être mieux fait de le suivre pour le surveiller toute la soirée.
« Tu n'aurais pas pu te permettre de passer une demi-heure sur la sécurité si tu l'avais suivi...il aurait fallu le tuer à l'extérieur de son domicile »

Je secouai la tête. Ce n'était pas une solution envisageable. Pour bien marquer les esprits, je devais frapper à l'intérieur même de sa forteresse. N'importe qui pouvait se poster en haut d'un toit et bondir pour trancher la gorge par surprise. Ce n'était pas à la hauteur des attentes de mon père.
 
J'attendis encore patiemment jusqu'à 00h20. Au moment où j'allais sortir de la chambre, m'étant résignée au fait qu'il ne rentrerait pas, j'entendis des pas étouffés de l'autre côté qui approchaient. Je sortis ma baguette et me mis sur le côté. Ma précaution ne fut pas inutile car il y eut une détonation qui ouvrit violemment la porte. Je discernai un groupe entrer, baguette brandie illuminée, s'avançant prudemment. Immobile et habillée en noir dans l'obscurité qui persistait sur les côtés de la pièce, ils ne m'avaient pas vue en passant. Je sortis discrètement, estimant préférable de ne pas engager le combat. J'ignorais totalement comment diable ils avaient senti la menace, mais ce n'était certainement pas à cause d'une erreur de ma part, car je n'en avais pas commis. Aucune alarme n'avait pu se déclencher, et aucun sort n'avait révélé ma présence. Ils savaient donc avant même de venir que j'étais peut-être là, à attendre leur patron. Je réfléchissais rapidement en descendant les marches, baguette en main bien que tout le monde soit à l'étage.

« Cesarius... comment as-tu deviné ? Savais-tu que mon père essaierait de te faire payer à ton propre domicile... ? Ou as-tu été prévenu d'une toute autre manière ? »
J'eus à nouveau une pensée envers Calvin et Troy.
« Simple coïncidence, pas de conclusion hâtive... Je n'ai pas prévenu mon clan pour ce soir...ils ne savent pas que je suis là »
Frustrée, je sortis dans le jardin et transplanai. Je me matérialisai en haut d'une tour et regardai d'un air absent le paysage urbain autour de moi.
« Père va me mettre en miettes s'il apprend que j'ai échoué... je ne peux pas revenir sans le sang de ma cible sur ma lame... »
 
Je décidai de me rendre tout simplement au restaurant où Cesarius devait se trouver et fus soulagée de le reconnaître à une table. Je ne l'avais pas perdu, c'était déjà ça. En un tour de baguette, ma tenue de tueuse se transforma en robe noire élégante. Je fis disparaître mon masque et tout ce qui pouvait me compromettre avant de redescendre sur la terre ferme. J'entrai dans le restaurant d'un pas assuré. Un serveur s'avança, m'annonçant poliment qu'il n'y avait plus de service.
 
-         Je viens juste boire un verre, assurai-je.
-         Mettez-vous à cette table, je viens tout de suite.
 
Je m'installai, et me concentrai sur la table de ma cible, essayant de capter la conversation par un sortilège informulé. Mais les morceaux que j'interceptais n'étaient guère intéressants. Un homme entra dans le restaurant et alla à la table de ma proie.
 
-         Alors ? demanda Cesarius.
-         Rien monsieur.
-         Vous êtes bien certain ? Personne n'est entré ?
-         Personne. Le système de sécurité est toujours bien en place.
-        Bon. Parfait. Il semblerait que ma source ait eu tort cette fois. Merci en tout cas. On dirait que ce Voldemort a choisi de garder la queue entre les jambes. Que de la gueule !
 
Les autres rigolèrent. Un courant de haine me parcourut aussi subitement qu'une décharge. J'eus un mouvement vers ma baguette mais retins mon geste. Je fermai momentanément les yeux pour garder le contrôle.
« Ne fais rien de stupide... tu vas le tuer, il va payer pour ses paroles... patiente juste encore un tout petit peu »
Il fallait que je contrôle mes pulsions, je ne pouvais pas me lever pour le tuer maintenant, lui et ses proches. Je serrai la mâchoire en les regardant se lever pour aller payer au comptoir. Je me levai à mon tour et sortis brusquement, emportée par l'impulsion de la colère. Une fumée noire tourbillonna autour de moi pour faire réapparaître ma tenue et mon masque avant que je transplane, la rage au c½ur.  
 
|Appartements privés de Cesarius Dantem | 
 
Cette fois, lorsque la porte s'ouvrit, c'était bien ma cible qui entrait. Je le laissai s'avancer un peu dans la pièce, profitant qu'il me tourne le dos pour verrouiller et insonoriser la chambre. Après quoi, je m'approchai sans bruit de ma cible, le couteau en main. Je n'avais plus besoin de me cacher.
 
-         Mon instinct m'avait pourtant mis en garde... lança Cesarius en s'arrêtant. Je savais au fond que je ne pouvais pas me fier à mes hommes... mais ne pas revenir ici aurait été la preuve flagrante de mon manque de confiance envers eux...
 
Il se retourna pour me faire face. Il ne semblait pas surpris de me voir, encore moins alerté.
 
-         ... et il ne peut y avoir de véritable famille sans confiance.
-         Sauf que ça va vous coûter la vie.
-         Je dois reconnaître que tu es assez douée pour avoir réussi à entrer sans te faire remarquer... mais je ne suis pas à ta merci. Je ne mourrai pas ce soir.
-         Ah oui ? ricanai-je. Vous croyez que je viens juste vous souhaiter bonne nuit ?
-         Je sais très bien pourquoi tu es là. Et je sais aussi que tu vas échouer.
-         Savez-vous au moins qui je suis ?
-         La tueuse de Lord Voldemort... Celle que les imbéciles appellent le Fantôme de la Mort. Les gens qui disent qu'on ne peut t'échapper ont tort.
 
La haine avait atteint son sommet, me rendant plus dangereuse que jamais. Père avait raison. Cet homme ne savait vraiment pas de quoi nous étions capables. Il nous sous-estimait. Il devait mourir pour ça, pour avoir de telles paroles. Un regard si méprisant. Je ne saurais tolérer un tel manque de respect. Ses paroles étaient impardonnables. Je devais le tuer pour avoir osé ternir mon image et celle de mon père par ses propos injurieux.
 
-         Je vais le prouver... ici et maintenant. Demain, je serai le premier à annoncer ta mort. Tracker ne sera plus qu'un vieux souvenir. Une maudite légende qui ne fera même plus peur aux  gosses.
 
Je sentais tout mon corps gonflé par la fureur. Je levai ma baguette et engageai le duel. Il répliqua, faisant fuser des sorts à toute allure, mais il ne parvint pas à me déborder, et je pris le dessus  rapidement. J'avais appris à contrôler ma haine de sorte à ce qu'elle ne réduise pas mon efficacité au combat. Je vis reculer mon adversaire peu à peu. Lorsqu'il se retrouva bloqué par son lit, je réduisis la distance qui nous séparait en accélérant davantage mes attaques. A un mètre de lui, je le désarmai et le frappai au visage. Je le fis basculer sur son lit et l'immobilisai grâce à un sortilège.
 
-       Tu vois... les rumeurs disaient vraies... tu ne peux pas me battre... ni m'échapper. Demain, c'est toi qu'on enterrera. C'est ton nom qui figurera sur les  journaux, victime d'un assassin fantôme.Tu as beau être un homme craint et respecté de tous, tu meurs comme toutes mes victimes... parce que tu n'es rien face à la mort.
-         Je n'ai pas peur de toi...
 
Je le saisis à la gorge, refermant ma main avec force pour calmer ma haine en voyant ses yeux se braquer.
 
-         Il est temps que tu paies pour avoir offensé le Seigneur des Ténèbres, et moi par la même occasion.
-         Va en enfer ! parvint à articuler ma proie.
-         ... C'est de là que je viens.
 
Je me redressai, levant ma lame au-dessus de son c½ur.
« Pour l'honneur... »
J'abattis la lame qui s'enfonça dans la chair, allant transpercer le c½ur pour offrir une mort sans souffrance. Je retirai l'arme et l'essuyai sur la chemise de ma victime, le regardant avec mépris avant de quitter la scène de crime.

Personne ne peut souiller la réputation de ma famille. Personne n'insulte le fantôme de la Mort. Pour l'honneur de mon père et du mien, Cesarius devait mourir, et si sa famille devait me déclarer la guerre pour mon geste, qu'il en soit ainsi. Je les tuerai eux aussi. 
 
|28 mai 1977 – Manoir Voldemort – 6h10|
 
Je m'étais levée de bonne heure afin de venir voir mon père avant le début des cours.
 
-         Inutile de te demander si Cesarius est bien mort ?
-         Inutile, en effet. Ses fils découvriront son corps dans moins de deux heures.
-         Excellent. Tu as encore fait du bon travail.
 
J'inclinai légèrement la tête.
 
-         Sa mort apportera la preuve à ceux qui osaient encore nous prendre à la légère que personne, pas même Cesarius Dantem, n'a le droit de nous manquer de respect.
-        Les tensions vont monter quand la mort de Dantem sera annoncée.
-         Peu importe. Nous éliminerons tous ceux qui s'opposeront à nous. 
 
Je lui adressai un signe de tête et tournai les talons. Il était inutile de continuer cette conversation. Mon père savait déjà qu'en m'envoyant tuer Cesarius, il prenait le risque de déclencher une guerre. Seulement il s'en foutait. Je m'en foutais. Et nous avions bien raison. Nous n'avions pas peur d'eux. Et nous avions les moyens de les réduire à néant s'ils envisageaient ne serait-ce qu'un seul instant pouvoir venger l'un de leurs chefs. Pour ma part, il était temps que je rentre à Poudlard.
 
-         Prévenez-moi si ça dégénère, lançai-je en sortant, même si j'étais persuadée que ça n'arrivera pas.
 
| Poudlard - 10h |
 
 Je n'arrivais pas à me concentrer sur les cours. Si j'avais racheté l'honneur de mon père en tuant Cesarius, il me fallait désormais racheter le mien en éliminant le traître parmi mes rangs. Calvin ne m'avait pas encore rapporté sa preuve, mais je sentais que ce n'était plus qu'une question de temps. En fait, je ne comptais peut-être pas attendre le retour de Calvin. Je pensais à pousser Troy aux aveux. Je voulais qu'il ne puisse pas y avoir le moindre doute possible sur sa trahison. Je ne voulais pas qu'une erreur soit commise. Alors ce sera à moi de m'en charger. Il fallait que je sois certaine. Mais je craignais tellement que ça soit vrai...
 
Je fus contente d'entendre la sonnerie de fin de cours. C'était la pause, je pourrai au moins prendre l'air. Je suivis les Maraudeurs jusque dans la cour, sans rien dire. C'est à peine si je les entendais discuter et rire, comme à leur habitude. J'étais complètement ailleurs. Ce soir, j'allais peut-être devoir tuer un membre de ma meute. Cette simple éventualité m'emplissait autant de haine que de regret. J'espérais ne pas avoir à faire ça.

Je sentis deux bras passer autour de mes hanches et un corps se coller doucement dans mon dos. Je ne dis rien lorsque Remus posa sa tête sur mon épaule. Au contraire, j'inclinai doucement la tête pour la poser contre la sienne. Je vis du coin de l'½il les autres Maraudeurs nous regarder avec un sourire complice. Ces situations étaient de plus en plus fréquentes. Si au début je m'étais éloignée à chaque fois, envoyant Sirius ou James balader pour qu'ils arrêtent de se faire des idées, je ne bronchais plus désormais lorsque je les voyais nous taquiner du regard. Les idées, c'est moi qui me les étais faites depuis le début.

L'idée d'être insensible. L'idée de ne pas avoir de c½ur. L'idée d'être incapable de sentiment. C'est moi qui avais nié l'évidence. A nouveau je soupirai. J'avais tué un parrain de la mafia, prenant le risque au passage de déclencher une guerre pour racheter l'honneur de mon père... alors que depuis quelques temps je caressais le rêve de changer de position, de suivre mon propre chemin... un chemin qui m'avait entre autre mené à tuer pour protéger ma cible. Etais-je insensée ? Oui, absolument, je ne le niais plus. C'était le conflit permanent dans mon esprit. Je ne savais plus trop ce qui me guidait. Tantôt les sentiments, tantôt l'instinct. Je craignais d'avoir perdu la raison. Je ne me trouvais plus cohérente. J'avais l'impression d'avoir perdu pied, de ne plus être à la hauteur. C'est le problème quand on joue sur plusieurs tableaux.
 
Remus me déposa un baiser furtif dans le cou, balayant mes pensées. Je retrouvai le sourire instantanément, savourant ce moment dans ses bras. Il y avait tant de tendresse dans son étreinte qu'il m'était difficile de ne pas répondre à ses gestes. Puis la sonnerie retentit, trop tôt à mon goût, et je me résolus à me séparer de lui. 
 
| Forêt de Dean – 22h |
 
Je vis une silhouette apparaître non loin de moi. Je la regardai calmement approcher. La lune presque pleine éclairait faiblement à travers les arbres. 
 
-         Bonsoir Tracker, salua Troy. C'est bien que tu m'aies fait venir, j'ai quelque chose à
-         Je veux des explications, coupai-je avec une froideur où couvait la haine.
 
Troy eut un instant d'arrêt. Calvin n'avait pas encore apporté sa preuve, et je n'en pouvais plus d'attendre. Il fallait que je sache. Alors je jouai le chef haineux pour le pousser aux aveux.

-         A quel sujet ? demanda-t-il incertain.
-        Marvilus. Je sais que tu travailles pour lui. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi tu m'as trahie ?
-         Attends, Tracker, je peux tout expliquer ! J'allais justement te parler de lui.
 
Ainsi, Calvin avait raison. C'était bien Troy qui me trahissait. Emportée par la haine, je n'attendis pas d'avoir davantage d'explications, et je lui bondis dessus pour l'entraîner au sol. On roula plusieurs fois avant que je prenne le dessus. A califourchon sur lui, je lui assenai plusieurs coups de poing à la tête. Comment avait-il pu me faire ça ?!
 
-         Tracker arrête !  Laisse-moi t'expliquer !
-         IL N'Y A RIEN A EXPLIQUER !! TU M'AS TRAHIE !!
 
Il parvint à me faire rouler, mais je l'expulsai plus loin. Je me relevai, rageuse, n'ayant plus que l'envie de le tuer.
 
-         Tracker s'il te plait... écoute-moi, supplia Troy à bout de souffle. Accorde-moi ça.
 
Je le relevai et le plaquai violemment contre un tronc, lui arrachant un gémissement.
 
-         Qu'as-tu à dire pour te défendre ? crachai-je.
-       Je travaillais pour Marvilus avant même de te connaître. Quand tu as commencé à prendre de l'ampleur et qu'il a appris que tu montais une équipe, il m'a donné pour mission d'en faire partie, afin de te surveiller... et de te tuer si un jour tu devenais trop dangereuse pour lui.
 
Je sentis mes tripes se tordre. Il m'avait trahie... pendant tout ce temps. L'envie de tuer devenait de plus en plus dure à contrôler.
 
-         Je t'ai consacré des journées entières pour te former... dis-je avec haine. Je t'ai appris à devenir un assassin comme moi... je t'ai inculqué des valeurs... je te faisais confiance...
-         Je te jure que je n'avais pas l'intention de faire quoi que ce soit contre toi. C'est toi que j'avais choisie ! Au début, c'était simplement une mission tout ça, et puis très vite, j'ai pris conscience que tu n'étais pas comme je l'avais imaginé. Tu ne nous fais jamais faire de sale boulot et tu as toujours pris soin de nous. Tu nous as bien formés, bien payés... jamais un mot de travers avec nous. T'es le genre de chef que n'importe qui choisirait parce que tu respectes tes hommes. Je te jure Tracker... que jamais je n'aurais osé attenter à ta vie. J'aurais préféré mourir plutôt que d'obéir à Marvilus.
-         Comment puis-je te croire maintenant ? Ca fait un an que tu aurais pu me prévenir ! Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?
-         Tu crois que c'est simple ?! Que je pouvais me contenter de dire à Marvilus d'aller se faire voir ?! Je me serais fait tailler en pièces si je m'étais retourné contre lui !
- Je t'aurais protégé !
- Ce n'était pas ton combat ! J'ai préféré rester sur les deux  fronts, pour attendre le meilleur moment pour me débarrasser de lui.
-         Te... débarrasser ?
 
Je vis dans ses yeux une part de sincérité, et je ne parvins pas à me résoudre à le tuer avant de lui laisser une chance. Je voulais encore croire qu'il disait vrai...
 
-         Avant que je vienne au rendez-vous ici, Marvilus m'a demandé le lieu où tu serais... et je lui dis où se rendre, en précisant qu'il y aurait toute la meute.
 
Je haussai les sourcils. C'était impossible. Mes hommes ne pouvaient pas savoir où l'on se rassemblait à l'avance. C'était moi qui fixais les règles. Moi seule.
 
-         Il va venir ici ?
demandai-je.
-         Pas exactement non. Je leur ai indiqué un hangar.
-         Pourquoi mentir ? Tu vas te faire griller.
 
Il eut un sourire.
 
-         Ce sont eux qui vont se faire griller. C'est de ça dont je voulais te parler. Prends ma main.
-         Il faut prévenir les autres si le clan sera au complet.
-         Inutile. Fais-moi confiance, viens. Tu n'as pas besoin d'impliquer les autres.
 
J'eus un instant d'arrêt pendant lequel tout devint confus dans ma tête. Je ne savais pas si je pouvais ou non lui faire confiance. Je pris sa main, incertaine, et me laissai entraîner dans un transplanage étouffant. Je fus soulagée qu'on se matérialise en plein air. Tout en reprenant mon souffle, je vis effectivement un hangar au loin, et je n'eus aucune difficulté à reconnaître Marvilus et ses hommes qui se regroupaient devant l'entrée. Un courant de haine me parcourut en le voyant avec tout son petit monde. L'occasion de les anéantir était magnifique. Je ne pouvais pas laisser passer une telle opportunité.
 
-         Ils pensent que nous sommes en plein rassemblement,
expliqua Troy. Ils s'attendent à ce qu'il y ait tout le clan à l'intérieur.
 
Marvilus sortit sa baguette et la pointa sur la porte pour la faire sauter. Ils entrèrent tous en coup de vent au moment où je vis dans mon champ de vision Troy sortir un petit objet. Je tournai la tête pour voir de quoi il s'agissait et reconnus un détonateur. Il appuya sans hésiter. Une puissante explosion qui me fit sursauter souleva le hangar dans un champignon de flammes. Je regardai les débris retomber sur le sol, interdite. Le bruit de l'explosion me faisait vibrer jusqu'à l'intérieur de mon corps.
 
-         Je sais que ça ne réparera pas l'erreur de ne t'avoir rien dit pendant tout ce temps... mais au moins ça te prouve que je ne t'ai pas menti. Marvilus n'était plus rien pour moi. C'est toi mon chef. Mon mentor.
 
Je fus incapable de dire quoi que ce soit pendant plusieurs secondes, fixant toujours les flammes qui léchaient les restes du hangar. Tout était allé tellement vite. Je n'arrivais pas à croire que Marvilus et son clan étaient là... engloutis par les flammes, suite à une explosion provoquée par Troy... celui que je pensais être un traître.
 
-         Je sais que j'ai commis une terrible erreur, mais s'il te plait, épargne-moi.
 
Je parvins enfin à me détacher des flammes et de ma surprise pour regarder Troy.
Je réfléchis un petit moment. Il m'avait trahie en ne disant rien depuis tout ce temps, c'est vrai... mais il m'avait choisie et avait même tué son ancien patron. N'était-ce pas une preuve suffisante de sa sincérité ? Je fermai momentanément les yeux, ordonnant à la louve orgueilleuse en moi de se rendormir. Il avait tué mon plus grand rival... ça me suffisait comme excuses.
 
-         Je ne vais pas te tuer...
finis-je par dire. Je te laisse une seconde chance ... la dernière.
-         Merci Tracker. Merci.
 
Je me relevai et m'éclipsai sans ajouter quoi que ce soit. Troy m'avait trahie en gardant le silence, mais il s'était racheté en se retournant contre Marvilus. Ça n'avait pas dû être facile de prendre cette décision. Je ne pouvais pas nier ce fait par fierté, sinon je me montrais injuste. Il fallait savoir pardonner.


|1er juin 1977 - Allée des Embrumes - Bar Ombrage - 22h|

 

Comme tous les soirs depuis que j'avais rencontré Calvin, je me rendis dans le bar Ombrage pour voir s'il y était. Je fus agréablement surprise de le voir apparaître dans l'encadrement de la porte. Il ne pouvait pas avoir la preuve que j'attendais contre Troy. Il savait que j'allais le tuer, et pourtant il était là. Il n'avait pas cherché à fuir. Il avait vraiment un air désolé en posant ses yeux sur moi. Je lui vis signe d'approcher.
 
-         Bonsoir Tracker...
-         Bonsoir.
-         J'ai échoué. Je n'ai pas la preuve promise.
-         Je sais. C'est normal.
 
Il baissa légèrement les yeux, et je lui fis signe de s'asseoir.  Il parut un peu surprit mais ne dit rien, faisant profil bas.

 

-        Tu n'avais pas entièrement tort. Troy était réellement un homme de Marvilus. Mais il m'a choisie et s'est retourné contre les siens. Tout cela est de l'histoire ancienne maintenant.

 

Il déglutit péniblement, m'arrachant un sourire sous mon masque. Si Cesarius m'avait enragée pour m'avoir sous-estimée, ce Calvin avait plutôt l'air de savoir à qui il avait affaire.

 

-           Tu veux boire quelque chose ? demandai-je.
-           Pas très soif.
-           Hum. Viens, suis-moi.


On se leva, et il me suivit dehors sans discuter.
 
-        Détends-toi Calvin. Je ne vais pas te tuer. Je t'ai dit que c'était de l'histoire ancienne.
-            Vraiment ?
-             Tu ne m'aurais pas vue venir sinon.


Je l'entraînai dans les rues, marchant tranquillement côte à côte. Je lui présentais mon clan, mon fonctionnement, mes habitudes, mes valeurs, les règles à respecter... tout ce qu'il devait savoir avant d'entrer dans la meute. Il fallait que les choses soient claires avant qu'il songe à s'engager.
 
-         Tiens,
dis-je en lui donnant une bourse de Gallions. Ta première mission consiste à te trouver une tenue digne d'un assassin. Classe, neutre et pratique sont mes critères. Masque obligatoire. Pour le reste, je te laisse libre de ton choix, mais sache que tous mes assassins ont choisi du noir. Equipe-toi en protection et arme si nécessaire. Je te recontacterai pour te faire passer tes premières épreuves.
-         Merci...Maître.
 
Je lui serrai la main avant de partir, l'esprit tranquille. 

 

| Poudlard - Salle commune - 23h30|

 

-         Encore en vadrouille ? Ca n'arrête pas ces derniers temps, me fit remarquer Remus à mon arrivée dans la salle commune.
 
Je lui adressai un sourire et vins vers lui. Il était devant la fenêtre, signe qu'il était préoccupé.
 
-           J'avais certaines choses à régler.
-           Quel genre ?
-           Le genre nécessaire et qui ne peut pas attendre éternellement.
 
Il comprit que je ne dirai rien de plus et se reporta sur l'extérieur plongé dans la nuit. Je le trouvais assez pensif.
 

-         Ca va Remus ? demandai-je doucement.
-         Je n'arrive pas à croire qu'il ne reste qu'un mois avant la fin de l'année,
souffla Remus.
 
Je baissai les yeux. Oui. Après ça, fini Poudlard, les Maraudeurs, les blagues, le Quidditch. Pendant deux mois, je retournerai pleinement au service de mon père. Je savais déjà que l'éloignement avec le monde normal allait me replonger dans la noirceur. Que pouvais-je y changer ?


-          Vous allez me manquer, ajouta Remus.


Je passai une main dans son dos, le caressant doucement.


-          On se reverra très vite, assurai-je.

 

Je ne pouvais pas lui garantir qu'on se verrait pendant les vacances. Je savais que j'allais devoir pleinement reprendre du service auprès de mon père. Remus se détourna de la fenêtre et me prit dans ses bras avec un peu d'élan. Je me mordis la lèvre inférieure, savourant malgré moi son étreinte.
 
Je fermai les yeux, pensant encore une fois à l'avenir. Je ne pourrai pas échapper à mon destin, c'était certain... mais je ne n'aurais jamais imaginé essayer de le fuir. J'avais du mal à me comprendre moi-même. C'est comme si je me découvrais. Je n'avais pas senti le changement se faire... je l'avais constaté trop tard. Comment ma mission avait-elle pu me détourner autant ? C'est comme si quelque chose s'était brisé en moi. Quelque chose qui avait réussi à fissurer le masque de Tracker.



Je repensai à Troy et à ce qu'il avait fait. Il s'était retrouvé dans la même situation que moi... il s'était infiltré dans mon clan avec pour but de me tuer plus tard, sauf que je l'avais fait changer d'avis sans même m'en apercevoir, et voilà qu'il avait tué Marvilus, son chef initial. Il avait été courageux de faire ça. Moi je ne pouvais pas. C'est vrai qu'au début je m'étais infiltrée avec pour seul objectif de profiter de la confiance des Maraudeurs pour les trahir plus tard. C'est vrai qu'ils m'avaient changée et que je songeais de plus en plus à les épargner. Mais ce n'était que des désirs... irréalisables. Je ne pouvais pas me retourner contre les miens. C'était impossible. Pas par manque de courage, mais parce que mon patron était mon père, et que je ne pouvais pas envisager de le trahir. Déjà parce que j'en avais pas envie. Et ensuite, même si je le voulais, ce serait irréalisable car nous étions trop liés... et pas seulement par le sang. 




Chapitre 24 : L'honneur des Maîtres

 



Je commence par m'excuser pour le retard, ça a été galère ces derniers temps pour trouver le temps d'écrire. La bonne nouvelle, c'est que je suis en vacances, le prochain chapitre arrivera donc à l'heure :)

 

Concernant celui-là, et bien j'espère qu'il vous a plu. Je me suis davantage centrée sur le côté criminel, et j'ai aussi voulu faire ressortir les différences entre Tracker et Voldemort en tant que chef.

 

Laissez vos impressions :) 

 

Bisous




 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.167.202.184) if someone makes a complaint.

Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Un bon Chapitre on sans bien que prudence va pouvoir basculer..et que l'hésitation est présente..❤️

  • aliseevila

    25/09/2016

    Un très bon chapitre. Le doute de Prue est présent tout au long du chapitre. En tant que lecteur, on a les même doutes qu'elle et on veut savoir comment elle va s'en sortir.

  • fichp-lifealwaysrestart

    31/08/2015

    Encore Tracker en action, donc je suis forcément satisfaite... J'ai apprécié le retournement de situation avec Troy, et le fait que Prue puisse s'identifier à sa situation et ses choix. J'ai hâte de voir qui elle va trahir. Son père ? Ou les Maraudeurs...

  • LeMaitreDesLieux

    30/08/2015

    encore un magnifique chapitre, on voit vraiment le combat intérieur de Prue et c'est très intéressant. Je me demande comment cela va évoluer et si elle va épargner les Maraudeurs et se retourner contre son père. A mon avis, toute décision sera difficile !

  • hostfresh-HarryPotter

    23/06/2014

    Ils sont très différents ca c'est clair.....

  • Harry-Potter-generationx

    28/05/2014

    Oui ! Un traitre dans la bande ! Attention explosion nucléaire !

    Il n'y a que Prue pour se détendre en tuant ^^

    Les moments de tendresse entre Prue et Remus sont si, si ... Mignon !!!! J'ai hâte de les voir ensembles même si je ne pense pas que ça de fera tout de suite ;)

    Eh bien, jolie parallèle entre Troy et Prue, peut être sur sa l'aidera a prendre sa décision mais j'en doute !
    Mais qu'est-ce qu'à fait Voldemort pour que Prue lui soit tellement fidèle ! Comme elle l'a dit ça dépasse les liens du sang ,.. Est-ce qu'il la sauver des gens qui l'avait emprisonner quand elle était petite ? Ou il y a core autre chose ? Rha sa m'énerve !!! x)

    Bref ! Aller encore un chapitre et j'arrête pour aujourd'hui ;)

  • harry-potter-8-fic

    08/04/2014

    encore un excellent chapitre

  • JSRPetLEMA

    24/03/2014

    J'aime beaucoup le rapport Troy/Prue, comment elle l'a fait changer d'avis sans s'en apercevoir et comment les Maraudeurs le font changer en s'en apercevant un peu tout de même....
    Milles excuses pour le retard, j'avais beaucoup de devoirs.... :/
    Tar-Ancalimë

  • MikaWolfeHP

    19/03/2014

    Enfin! Je l'ai lu!! Et c'est toujours aussi bien écrit! Tu pourrais te mettre à écrire des livres avec ton propre monde! Si tu le fais, préviens moi! Je te lirai!!

  • Kleacrazy

    14/03/2014

    J'ai beaucoup aimé l'histoire de Troy, il était un peu dans la même situation que Tracker ! Désolé pour cet immense retard, mais j'ai eu une super grosse panne d'internet pendant une semaine et demie et donc voila... :/ ! En tout cas super chapitre ! :)

Report abuse