Chapitre 28 : Folie meurtrière

" J'ai tant rêvé ce jour que je ne peux plus attendre davantage. Je ne parviens pas à rester cette tueuse professionnelle, patiente et parfaite. A cet instant, je ne suis qu'une louve assoiffée de sang, qui ne compte pas y aller en douceur. Il n'y aura aucune discrétion... aucune préméditation. J'en suis incapable. Le désir de vengeance est si brûlant que j'en perds la raison.  "
 
 
Chapitre 28 : Folie meurtrière

 
| 19 juillet 1977 – Appartements de Tracker – 23h |
 
Je me laissai tomber lourdement sur mon lit, épuisée. Partir à la recherche de recrues, former les membres existants, tuer quelques ennemis, avoir moi-même des entraînements avec Jack... autant dire que je ne chômais pas. En fait, la seule activité qui ne venait pas se mêler à mon quotidien, c'est celle que j'avais pour mon père. Nous étions encore plus distants qu'auparavant. Et lorsqu'on se retrouvait dans la même pièce, on s'abordait avec des pincettes. Malgré mon retour au manoir, je ne passais que très peu de temps auprès des Mangemorts. De toute façon, mon père n'avait pas de travail à me confier pour l'instant, même si je sentais que ça n'allait pas tarder à tomber. Alors j'en profitais pour me consacrer à mes activités.

 

Le rayon pâle de la lune à travers la fenêtre attira mon regard et, bien qu'elle ne soit pas encore tout à fait pleine, je ne pus m'empêcher de penser à Remus. Comment ça se passait pour lui pendant les vacances ? Les autres Maraudeurs le rejoignaient-ils ? Ou est-ce qu'il affrontait la torture de sa métamorphose seul ? Je souris en me remémorant nos escapades nocturnes à Poudlard, et puis je dérivai sur les autres moments forts de l'année. Je soupirai et fermai les yeux, essayant de chasser ces images qui me procuraient autant de plaisir que de stress. Pour me changer les idées, j'organisai mentalement la journée de demain, dressant la liste des tâches à accomplir. Et puis, le sommeil me plongea lentement dans une semi-inconscience, et je me laissai aller.

 

Pourtant, au lieu de perdre le contact avec la réalité, un éclair me traversa la tête, et mon esprit sembla s'ouvrir. Je me retrouvai dans une pièce où seule la lueur de la lune me permit de savoir que je n'étais pas dans ma chambre. En fait, je n'avais pas la sensation d'y être vraiment. J'avais plutôt l'impression d'être spectatrice. Je me déplaçai dans la pièce vers la fenêtre ouverte, sans contrôler mes mouvements. Je devais sans doute être en train de rêver. Non... impossible. Je n'en serais pas consciente sinon. Bon sang qu'est-ce qu'il se passait ? Si je n'étais pas en train de rêver, que se passait-il ? D'où provenaient ces visions ? Il me semblait pourtant être dans mon lit avant de fermer les yeux.

 

N'ayant plus le contrôle, je choisis de profiter de cette étrange expérience. J'étais curieuse de savoir. Alors je me concentrai sur ce que je voyais pour essayer de comprendre. Je ne reconnaissais pas le paysage nocturne au-dehors. Il y avait un petit jardin, un abri un peu plus loin sur la droite, et surtout une forêt à moins de deux cent mètres. Mon c½ur accéléra à sa vue. J'eus même un sentiment de crainte... mélangé à de la nostalgie. Pourquoi ? Pourquoi une telle réaction alors que je ne reconnaissais même pas le paysage ? Tout cela ne ressemblait en rien à l'extérieur du domaine de mon père. En fait, ces émotions me semblaient même étrangères. Alors que j'essayais toujours de me remémorer comment j'avais bien pu arriver là, mes bras se levèrent pour fermer la fenêtre. Les carreaux reflétèrent faiblement...

 


Je sursautai violemment sous le coup de la surprise, me réveillant d'un bond. Je regardai autour de moi, essoufflée. J'étais bien dans ma chambre cette fois. Alors ce n'était qu'un rêve ? J'aurais pourtant juré être dans la réalité. Je me laissai retomber sur l'oreiller, essuyant la sueur de mon visage d'un revers de main. D'habitude, seuls mes souvenirs me mettaient dans cet état. Je ne comprenais pas pourquoi mon c½ur avait propulsé une décharge aussi violente pour me ramener à la réalité. Je n'avais croisé que les yeux de Remus dans son reflet après tout... son visage n'avait rien d'effrayant.

 

Je soupirai, essayant de me remettre de mes émotions. Une fois calmée, je parvins à retrouver le sommeil, m'endormant le sourire aux lèvres. C'était quand même incroyable que mon esprit me permette de revoir Remus en rêve alors que je pensais justement à lui avant de me laisser sombrer. Surtout avec un tel réalisme. Pendant un instant, c'est comme si j'étais auprès de lui. Comme si la distance ne suffisait pas à nous séparer.
 
 
| Maison des Lupin  – Quelques instants avant |
 
~ Point de vue de Remus ~
 
Je me décidai enfin à aller me coucher. J'allai donc fermer la fenêtre, m'attardant quelques secondes sur la forêt au loin. Demain soir, je retournerai dans la cave afin d'empêcher le loup en moi de répondre à l'appel de la pleine lune. Une certaine nostalgie m'envahit, comme à l'approche de chaque pleine lune se déroulant pendant les vacances. Les Maraudeurs ne pouvaient pas toujours m'accompagner, même s'ils faisaient leur maximum pour être présents. Demain, je serai tout seul. Cela ne m'était pas arrivé depuis deux ans. Mes entrailles se tordirent légèrement à l'idée de ce que j'allais bien pouvoir faire. Je n'avais jamais très bien vécu les nuits où j'étais prisonnier. Le loup en moi était furieux de se sentir piégé, incapable d'aller hurler à la lune et de prendre en chasse quelques proies de la forêt. Ces nuits-là étaient épouvantables, car je n'avais aucun moyen de me défouler.

 

Je fermai enfin la fenêtre, essayant de chasser tout cela de mon esprit. Il me restait encore une nuit paisible, alors autant en profiter. Je me détournai de la fenêtre et allai me coucher. Je souris en voyant la petite pile de lettres posée sur mon chevet. Sirius et James m'en envoyaient tous les deux jours, me racontant les points mémorables de leurs journées lorsqu'on ne pouvait pas se voir. Peter quant à lui me faisait partager son voyage en Irlande. C'est fou ce qu'ils me manquaient. Nous étions tellement habitués à vivre ensemble à Poudlard que leur absence creusait un trou béant. Mon père étant très occupé par son travail, je renouais avec la solitude.

 

Cette année, le vide n'en était que plus grand. Je n'avais pas eu de nouvelles de Prue depuis notre séparation à la gare. Au fond ça m'attristait un peu. J'aurais au moins espéré une lettre. Mais visiblement, Prue était trop occupée pour penser à moi. Je soupirai, le c½ur un peu lourd en l'imaginant auprès d'un autre garçon, très important à ses yeux. Cela faisait des jours que j'hésitais à lui envoyer une lettre. Je commençais à écrire, me prenant la tête pendant des heures, et lorsque j'arrivais enfin à terminer, je froissais le parchemin lors de la relecture. Je me sentais bête. C'était pourtant simple d'écrire une lettre à une amie. Je voulais simplement avoir de ses nouvelles... m'assurer que tout allait bien pour elle. Je me couchai, le regard rivé sur le plafond. Je ne pus m'empêcher de revivre en pensées quelques moments partagés avec elle, histoire d'apaiser le manque.
 
 
 
| 20 juillet 1977 – Manoir Voldemort – Appartement de Tracker – 11h15 |
 
~ Point de vue de Prue ~
 
Trois coups sèchement frappés me détournèrent du dossier que j'étais en train de lire. Je me levai en faisant apparaître mon masque, me demandant de qui, mais surtout de quoi, il pouvait bien s'agir. Je n'aimais pas être dérangée. J'ouvris la porte, sursautant en me retrouvant face à face avec la tête d'un immense serpent. J'esquissai un mouvement vers mon couteau, avant de reconnaître Nagini. Nerveuse, je tentai de reprendre contenance.
 
-          N'oublie pas qu'il y a réunion dans dix minutes, siffla Nagini.
-          Je n'ai pas une mémoire de reptile, renvoyai-je innocemment en Fourchelang.
 
Elle ouvrit légèrement la gueule, me transperçant de son regard vif.
 
-          Ce sera tout ? demandai-je.
-          Oui.
-          Alors tu peux retourner à ta place.
-          Tâche de te montrer moins impertinente...
-          Tu n'es qu'un serpent, renvoyai-je en fermant la porte.
 
Je souris en l'entendant cracher de l'autre côté. Putain que j'adorais la faire rager ! Je retournai à mon bureau, terminant la page que j'étais en train de lire avant d'être inutilement interrompue.

 

Cinq minutes plus tard, je sortais de mes appartements pour rejoindre la salle de réunion. Lorsque j'arrivai, bon nombre des Mangemorts convoqués étaient déjà présents autour de la longue table en granit noir. Seuls les plus expérimentés et dignes de confiance étaient là. Je pris place à droite du fauteuil de mon père, attendant comme tout le monde dans le silence. Mon père ne tarda pas à arriver, et on se leva tous en signe de respect. Il balaya ses hommes avec son habituel regard froid avant de s'attarder sur moi. Indéchiffrable.
 
-          Asseyez-vous, dit-il en prenant lui-même place dans son fauteuil en bout de table.
 
On s'exécuta d'un seul mouvement, tournant notre attention sur lui.
 
-       Je vous ai convoqué aujourd'hui pour faire le point sur les récents évènements. L'attaque menée à Hertford en début de mois a fait de nombreuses vagues. Où ça en est au Ministère ?
-          Nous sommes devenus une cible prioritaire, répondit Orion. Les Aurors essaient de remonter la piste pour en savoir plus. Ils pataugent depuis qu'ils ont perdu Rosens.
-            Bien. Et les services secrets ?
-        Une équipe est sur le coup, prévint Jack. Ils recherchent des informateurs pour tenter de percer notre réseau. Pas de faille pour le moment.
-            Parfait. Nous allons donc pouvoir continuer.
 
Je sentis l'atmosphère se tendre légèrement. Continuer ? Alors que tout le monde savait pertinemment que l'attaque de Hertford était prématurée ? Je jetai un coup d'oeil à Orion, qui avait le regard vide fixé devant lui.

-      J'espère que vous n'entendez pas par là continuer les attaques publiques...? intervins-je d'une voix claire.
 
Tous les regards se braquèrent sur moi. Orion sortit de ses pensées, me regardant avec attention. De tous les Mangemorts, lui et son frère faisaient partie des esprits les plus stratégiques. Je savais qu'il pensait comme moi, même si ce n'était pas pour les mêmes raisons.
 
-          Pourquoi pas ? renvoya Bellatrix.

Sa question faillit m'arracher un soupir d'exaspération. Si Bellatrix était prodigieuse en matière de maîtrise magique, elle l'était tout autant en folie. La seule stratégie dont elle était capable était celle utilisée pour faire souffrir ses adversaires. Pour le reste, il valait mieux ne pas la laisser prendre les décisions importantes. Je choisis de contrôler le ton de ma voix, pour ne pas déclencher un nouveau scandale à lui manquant de respect ouvertement.
 
-        Parce que nous sommes déjà pris en chasse par les brigades les plus efficaces du pays... alors que nous ne sommes pas encore prêts à gagner cette guerre ! Notre armée a beau se renforcer au fil des semaines, elle reste fragile face à celle de l'Angleterre.
-          Qu'est-ce que tu proposes Tracker ? demanda mon père.
-       De continuer à affaiblir l'ennemi... sans qu'il sache que c'est nous. Nous devons rester dans l'ombre tant que les principales proies ne sont pas piégées. Sinon, c'est nous qui risquons de ne pas survivre à cette partie de chasse.
 
Le silence tomba sur nous pendant plusieurs secondes. Mon père continuait de me regarder, impassible. Je sentais qu'il ne semblait pas m'en vouloir pour mon intervention. Comme s'il savait que je n'avais fait que dire tout haut ce que les autres osaient à peine penser.
 
-          Tracker n'a pas tort, ajouta Jack. Nous pouvons nous estimer heureux que les conséquences de l'attaque restent gérables.
 
Gagné. Merci Jack. Si les deux tueurs les plus redoutables à la chasse jugeaient que nous n'étions pas prêts à attaquer, mon père n'avait pas d'autre choix que de tenir compte de notre parole.
 
-          Dans ce cas... Orion, Cygnus, vous avez le feu vert pour lancer la mission que je vous ai confiée, lança mon père.
-          Nous commencerons dès demain, assura Orion. Nous devrions être prêts d'ici un mois maximum.
-          Parfait. Les autres, continuez les missions en cours. La réunion est terminée pour aujourd'hui.
 
On se leva tous pour se diriger vers la salle à manger. J'eus l'impression que la réunion continua tout au long du repas. C'était comme ça au manoir... jamais de pause. Il fallait toujours qu'on parle des projets de mon père. Comme si l'on ne vivait que pour ça. Je me rendis compte à quel point cela me pesait. Autrefois, j'aurais ignoré les débats autour de moi. Aujourd'hui, j'avais envie de les faire taire. Ils me faisaient pitié tous. N'avaient-ils donc rien de mieux à faire de leur vie que vivre dans l'ombre de mon père ?
 
Lorsque le repas se termina, je ne tardai pas à quitter la table. J'avais du pain sur la planche encore aujourd'hui, pas question de m'éparpiller. 
 
| 20h |
 
 
Alors que je revenais au manoir après une après-midi assez chargée, je vis Diego arriver dans le couloir où se situaient nos appartements. Je me dirigeai vers lui pour le saluer, contente de le revoir.
 
-          Bonsoir Asesino.
-          Bonsoir Tracker. Comment vas-tu ?
-          Ça va merci.
-          Et avec le boss ?
-          Encore en froid.
-          Hmm...
-          Je ne t'ai pas beaucoup vu ces derniers jours.
-          Je peux te faire la même remarque.
 
J'ouvris la porte de mes appartements et l'invitai à entrer en guise de réponse.
 
-          J'ai pas mal de travail en ce moment, dis-je en refermant la porte derrière moi.
-          Quel genre ?
-          Pour mon clan, et aussi pour une affaire plus personnelle.
-          Ton passé ?
-          Oui... j'essaie de trouver des pistes.
-          Besoin d'aide ?
-          Non Diego, ça va. Quelques uns de mes hommes sont déjà sur le coup.
-          Comme tu voudras, mais sache que je suis là maintenant...
-           Je le sais, ne t'en fais pas. Et toi alors, sur quoi tu bosses ?
-          Un truc pour ton père.
-          Quel genre ?
-          Que tu n'aimerais pas.
 
Je serrai la mâchoire.
 
-          C'est-à-dire ?
-          Pardonne-moi Prue, je ne peux pas t'en parler pour l'instant.
 
Une onde de colère me traversa sans prévenir. Je pris une lente et profonde inspiration. Depuis quand Diego me cachait des choses ?! Celui-ci sentit de suite que je n'appréciais pas, car il prit un air vraiment désolé.
 
-          J'aimerais t'en parler Prue, mais ton père a été clair à ce sujet... Tu devras attendre un peu.
 
Et c'est bien ce que je n'aimais pas ! Mon père dressait une barrière entre Diego et moi en le forçant au silence. C'était insupportable de ne pas savoir dans quoi mon frère de c½ur était impliqué.

 


Je grimaçai en sentant une douleur au ventre à l'emplacement de mon tatouage. Mes hommes avaient-ils enfin une bonne nouvelle à m'annoncer ? J'avais très envie de le savoir.
 
-      Je t'invite à dîner pour me faire pardonner ? proposa Diego avec un regard charmeur. J'ai découvert un bon resto.
 
J'eus un instant d'arrêt devant le sourire qu'il arborait. C'était la première fois qu'il me proposait ce genre de sortie. Je fus ramenée à la réalité par la brûlure toujours présente au niveau du ventre.

-           Non, désolée. Il faut que je parte. J'ai une urgence.
-           De quoi s'agit-il ?
 
Je ricanai avec amertume.
 
-         Tu devras attendre un peu pour le savoir, rétorquai-je en l'invitant à me suivre vers la porte.

 


Diego eut un instant d'arrêt à l'entente de ma réponse. Il est clair que je lui en voulais. Je ne pouvais pas lui cacher. D'ailleurs, je ne faisais aucun effort pour. Il devait comprendre que je n'appréciais pas son attitude.

 

Alors pour la première fois, on se sépara sans un mot en remettant nos masques. Encore énervée, je sortis d'une démarche raide. Une fois dehors, je levai les yeux vers la pleine lune. Cette vision balaya momentanément la colère en moi. A la place, je sentis un léger poids sur le c½ur malgré moi. J'aurais voulu être auprès de Lunard ce soir. Mais bon, le point positif, c'est que j'allais peut-être avoir une toute autre partie de chasse. Cette simple idée me fit vibrer d'impatience.
 

| Forêt de Dean |

 
Mon c½ur s'emballa à la vue de quatre personnes vêtues de noir, qui attendaient patiemment à l'habituel point de rendez-vous.
 
-         Bonsoir messieurs.
-         Bonsoir Tracker.
-         Que me vaut le plaisir de votre appel ?
-         On a du nouveau sur le gang  que tu nous a demandé de traquer.
 
La pression augmenta un peu plus dans mon esprit. J'avais l'impression de commencer à bouillonner.
 
-          Je t'écoute.
-         Trafiquants de toutes sortes doublés de tueurs  à gages, ce sont les hommes à tout faire des pires crapules. Ils ne répondent à aucun code. Leur seul objectif, c'est le fric. Peu importe pour qui ils bossent, ni pourquoi. Ce gang existe depuis des décennies. Bien qu'il soit très actif, les flics n'ont jamais réussi à les démanteler. Ils sont connus sous le nom « gang des Cobras ».
 
Je serrai la mâchoire. Cobra... le nom du chef. Un nom d'animal... était-il possible qu'il s'agisse d'un clan... comme le mien ? Si c'était le cas, j'aurais dû en entendre parler, mais la coïncidence méritait qu'on s'y attarde.
 
-         En clair, t'es en train de me dire que je vous ai envoyé sur la piste de fantômes ?
-         Pas meilleurs que nous, intervint un autre membre. Nous avons retrouvé leur piste dans un entrepôt désaffecté.
 
Je me souvins de la dernière fois où j'avais eu une information du même genre, et où je m'étais faite grillée par le chef avant même d'avoir eu le temps de l'apercevoir. Je ne voulais pas que ça recommence.
 
-           Combien seront-ils ? demandai-je.
-          Je l'ignore. Ils ont une importante réunion, ils sont en pleine réorganisation. Le gang au complet sera là.
 
Et donc le chef aussi. Mon c½ur accéléra davantage, il m'était difficile de rester en place. Les nouvelles étaient inespérées. Mon côté obscur me submergea entièrement et un désir de meurtre m'enivra. Je n'avais plus qu'une envie... tuer. Rendre enfin justice à ma mère. Savourer pleinement ma vengeance. Il ne me restait qu'une question à poser pour réaliser enfin ce rêve qui m'était si cher.
 
-          Où se trouve cet entrepôt ?
 
Chapitre 28 : Folie meurtrière

 

| Entrepôt désaffecté – 23h04|

 
C'était la première fois que j'étais autant en transe. J'étais incapable de me contrôler. Mon esprit était focalisé sur mes cibles. Cette fois, il n'était pas question d'y aller en douceur. Je voulais des réponses, et j'étais bien décidée les obtenir... à n'importe quel prix.
 
J'étais passée par le toit pour m'infiltrer dans l'entrepôt désaffecté. Mon objectif allait bien au-delà du simple meurtre. Depuis le temps que je traquais le chef de ce putain de gang... ce soir ils étaient tous là. Ce soir, j'allais assouvir ma soif de vengeance.

 


J'étais accroupie en hauteur, ayant une vue d'ensemble parfaite. Depuis ma position, je pouvais voir les nombreux hommes dispersés entre les hautes rangées de caisses. J'attendais patiemment qu'ils se rassemblent pour la réunion. Si je voulais réussir, je devais tous les prendre par surprise. Pourtant, depuis que j'étais arrivée, les membres du gang étaient toujours aussi dispersés. J'étais même persuadée qu'il y avait d'autres pièces, hors de mon champ de vision, où le chef se trouvait déjà. Cela faisait déjà deux heures que je patientais, observant de tous côtés pour élaborer un plan d'attaque efficace. Face à un tel nombre, je n'avais pas tellement droit à l'erreur si je voulais être certaine qu'aucun ne m'échappe. Mais j'avais vraiment du mal à réfléchir. J'étais incapable de préméditer comme d'habitude. Le calme si caractéristique qui précédait mes passages à l'acte ne m'avait pas envahi. Au contraire, j'étais très excitée. Enervée. Impatiente. Incapable de me raisonner. Mon rythme cardiaque était trop rapide... la boule dans mon estomac trop grosse... le courant qui me parcourait les nerfs trop intense...  Tant pis pour le code. Je ne pouvais plus attendre.

 


Incapable de retenir mes pulsions meurtrières plus longtemps, je choisis de passer à l'action.  Je sautai de caisse en caisse, sans bruit, pour rejoindre le coin le plus isolé où l'un des membres pourrait être ma première proie. Accroupie sur une pile assez haute, je le regardai marcher lentement dans un périmètre d'une dizaine de mètres. Il semblait tendu, préoccupé. J'attendis encore quelques secondes qu'il revienne vers moi. J'étais presque en apnée, les yeux fixés sur ma cible. Je savais que chaque pas qu'il faisait dans ma direction me rapprochait un peu plus de la délivrance... de ce vieux désir de vengeance qui m'obsédait depuis des années.
« Que cette partie de chasse se termine enfin... »

 

Je sautai pour atterrir derrière lui et passai mon bras autour de son cou, étouffant son cri de surprise en mettant ma main gantée sur sa bouche. Je sentis mon c½ur palpiter dans son dos lorsque je posai ma lame sur sa gorge. Une joie sauvage s'empara de moi. Je le tenais. L'heure de ma revanche avait sonné. Il ne serait que le premier cadavre à s'effondrer. Ses petits camarades allaient bientôt finir comme lui.
 
-         Je vais retirer ma main... si vous criez, vous êtes mort. Clair ? soufflai-je.
 
Il acquiesça lentement. Je n'avais pas intérêt à baisser la garde, ma proie n'avait pas perdu son sang-froid.
 
-         Quelle que soit la raison de votre présence ici... sachez que vous ne ressortirez pas indemne, prévint ma proie.
 
Je ne pus m'empêcher de sourire sous mon masque.
 
-         Personne ne ressortira indemne, soufflai-je.
-         Qui êtes-vous ?
-         C'est moi qui pose les questions. Qui est votre boss ?
-         Je n'ai aucun intérêt à répondre.
 
Son parfait contrôle me fit rager. Je le plaquai violemment contre une caisse, remettant la lame sur sa gorge. J'appuyai légèrement pour le dissuader de jouer avec mes nerfs.
 
-         Je peux vous aider à en trouver un si vous voulez...
-         Pourquoi vous voulez le connaître ?
-     Parce qu'il m'a pris quelque chose d'une valeur inestimable... irremplaçable... et je viens me dédommager.
 
J'appuyai encore un peu plus mon arme, lui arrachant une grimace en dessinant une faible entaille.
 
-         Cobra. On l'appelle Cobra.
-        On a tous des surnoms dans le milieu. Ce que je veux, c'est sa véritable identité, dis-je avec haine.
-         Je ne la connais pas. Nous gardons tous notre identité secrète. Vous devriez le savoir.
 
Je n'étais absolument pas en état de supporter ce genre de discours. Je voulais des réponses, et j'étais prête à tout pour les obtenir.
 
-          Ça fait longtemps que vous êtes dans ce gang ?
-          Je ne vois pas en quoi ça vous regarde.
-       Ma mère et moi-même avons été prises pour cibles... tous vos petits copains ayant participé ont été tués le soir même. Ça vous dit quelque chose ?
-         La nuit du 6 au 7 février 1965...
-       Bonne mémoire, ironisai-je. Peut-être vous souvenez-vous pourquoi nous avons été attaquées ? Et surtout par qui ?
 
Ma proie ricana.
 
-         Nous ne sommes que des exécutants, dit-il. On nous donne des contrats, on les remplit, terminé. Qui et pourquoi, ce n'est pas notre problème. La seule chose qui nous intéresse, c'est combien ? A quel prix nos services sont rémunérés ? En échange, nous donnons le comment. Vous voyez, ce n'est pas plus compliqué que ça.
-         Vous êtes en train de me faire comprendre que personne ici ne sera capable de me donner des réponses ?
-         J'en doute.
-         Dommage pour vous.
 
Je fis glisser la lame sur sa gorge pour la trancher nette d'un côté à l'autre. Ma proie tenta de faire pression avec ses mains sur sa plaie béante, mais c'était vain. Le flot de sang qui s'échappait était impossible à arrêter.

 


Je le regardai quelques secondes avant de me décider à l'achever. J'armai mon bras, visant le c½ur de ma victime pour lui ôter la vie. Mais je ne parvins pas à le planter. Mes gestes étaient comme en suspens. Je voulus me retourner, sentant une présence dans mon dos, mais je reçus un violent coup derrière la tête. Ma vue se troubla instantanément, l'entrepôt disparut sous mon regard ... tout devint noir et silencieux. Je tombai, mais je ne sentis jamais le sol.
 

| . . . |

 
Un impact à la poitrine me secoua le corps, avant qu'un liquide froid me soit jeté en pleine tête, me faisant brusquement reprendre connaissance. L'eau glacée coula sur mon corps, collant mes vêtements froids contre ma peau. J'étais attachée sur une chaise, les mains liées dans le dos, le buste penché en avant. Les sons autour de moi étaient difficiles à discerner. J'ouvris les yeux. J'y voyais flou et mon c½ur battait aux tempes.
 
-         On dirait que notre invitée surprise est à nouveau parmi nous, annonça une voix d'homme.
 
C'est à peine si j'entendis les ricanements des autres personnes présentes. Tout résonnait dans ma tête. Je n'arrivais pas à entendre clairement les voix. Je relevai la tête, faisant face à mes adversaires. Mon c½ur accéléra davantage lorsque je sentis l'absence du masque sur mon visage. J'étais totalement à découvert, à la merci de ceux que j'avais désignés comme mes proies. Que s'était-il passé ? Quelle erreur avais-je commise pour en arriver là ?
Ça ne m'était jamais arrivé auparavant. C'est à peine si mes victimes se rendaient compte de ma présence habituellement. Elles ne me voyaient qu'au moment de mourir. Pourquoi était-ce différent cette fois ? Je me souvenais pourtant avoir été discrète...
 
-         Alors comme ça tu te pointes dans ma planque pour tuer mes hommes ? Tu croyais pouvoir tous nous avoir à toi toute seule ?
 
Je n'avais pas encore la force de répondre. C'était comme si mon organisme était au ralenti. J'étais incapable de penser à quoi que ce soit... comme si je dormais encore. Etais-je bien dans la réalité ? Tout cela n'était-il pas qu'un très mauvais rêve ? Je sentis un impact à la poitrine et me retins de hurler sous la torture infligée par le sortilège Doloris. Au moins, j'étais certaine d'être bien dans la réalité. J'étais vraiment dans la merde.
 
-         Qui es-tu ? demanda l'homme qui avait parlé à mon réveil.
-         Ton cauchemar... parvins-je à répondre, à bout de souffle.
 
Il éclata de rire. Un rire froid et cruel.
 
-         Voyons pourquoi... ? Qu'est-ce que je t'ai fait, hum ? demanda-t-il comme s'il parlait à une gosse.
 
Qu'est-ce qu'il m'avait fait ?! Les images de mes cinq ans me revinrent en tête, pour me remontrer le terrible film du drame de ma vie. Je revis le regard vide de ma mère lorsqu'elle était au sol, baignant dans son sang. L'esprit de vengeance se réveilla à cette pensée, attisant davantage la haine que je portais à mes adversaires. Ils avaient brisé ma vie. Hors de question qu'ils s'en sortent. Je ne pouvais pas échouer ce soir. Je ne pouvais pas les laisser s'en tirer. Mais comment faire ? Je n'avais pas encore retrouvée une vue nette et j'étais prise au piège. Je refusais d'être une nouvelle fois leur victime.
 
-         Réfléchis trente secondes... répondis-je. Réfléchis à tout ce que tu as pu faire dans ta vie minable... toutes les horreurs... toutes les familles que tu as déchirées...
-         Précise... j'en ai détruit tellement, soupira-t-il. La tienne en faisait partie... ? Toutes mes condoléances.
 
Je ne supportais pas sa voix. Il se fichait de moi. Il ne regrettait rien. J'avais envie de l'étrangler pour de telles paroles. Il parlait de ça comme d'un jeu, comme si toutes ces vies brisées n'étaient rien. Comme si la mort de ma mère ne méritait pas qu'on s'y attarde. Je regardai son visage pour voir à quoi ressemblait mon ennemi juré, mais ma vue était encore trop floue pour que j'arrive à discerner ses traits. Ca me rendait dingue de l'avoir si près et de ne pas pouvoir lui faire payer. Ma rage était telle que je sentais de légers tremblements me parcourir. Il fallait que je me libère. Je baissai les yeux, essayant de fixer un point pour retrouver au moins ma vue. Mais mon ennemi me releva la tête en me saisissant à la gorge. Il se pencha vers mon visage, et sa proximité me fit frissonner.
 
-         Quelle que soit la raison de ta présence, c'est vraiment très gentil d'être passée nous voir... dit-il dans un souffle en faisant glisser sa main sur mon corps. Après une longue journée de travail, on va pouvoir se détendre... pas vrai les gars ?
 
" Cobra " s'assit à califourchon sur moi et commença à m'embrasser dans le cou. Je ne supportais pas son contact piquant. Savoir mon ennemi juré contre moi et ne pas pouvoir le tuer me rendait folle de rage. La  peur de rester impuissante me tendit les muscles à bloc. Je ne voulais pas que ça recommence. J'étais venue en tant que prédateur, pas pour redescendre au rang de proie. Une envie de meurtre s'empara de moi, et comme à chaque fois, j'eus l'impression que quelque chose basculait. L'esprit de l'assassin à l'intelligence froide s'installa en mon esprit. Je respirai lentement pour ne pas me laisser submerger par les émotions.
« La peur guide l'instinct, la colère l'embrouille. »
Je me souvins de ces paroles, prononcées par Jack peu de temps après notre rencontre, lorsqu'il essayait de me calmer. Je disais n'avoir peur de rien, abritée par une haine trop grande. Jack m'avait alors appris que la colère ne menait qu'à la confusion. L'instinct le plus redoutable était celui de survie. Celui déclenché par la peur.
 
A cet instant, soumise à mon plus grand ennemi, j'avais de quoi dégoupiller. Pourtant, l'idée de subir à nouveau la bestialité des hommes prit l'ascendant. Il fallait que je garde mon sang-froid. Tandis que Cobra continuait ses attouchements, je fermai les yeux  pour me concentrer sur les chaînes qui emprisonnaient mes mains. Je devais absolument retrouver ma liberté de mouvement. Quelqu'un arriva, interrompant ma tentative.
 
-         Cobra... on a reçu un message pour vous. C'est urgent.
 
Le chef s'arrêta, me caressant doucement la joue.
 
-         Quel dommage, moi qui voulais m'amuser un peu... Tant pis. Je vous la laisse, dit-il à ses hommes. Je m'occuperai de toi à mon retour, me murmura-t-il.
-          J'ai hâte...
 
Il ricana.
 
-         Tu ne devrais pas, dit-il. Tu es toujours en vie alors que tu faisais l'objet d'un contrat... je compte bien finir définitivement le travail. Ta mort sera rapide, mais d'ici à ce que je revienne... ton calvaire va être long. Surtout après avoir assassiné celui que j'avais désigné pour devenir mon bras droit.
 
Je me tendis à bloc pour m'empêcher de trembler. Garder le contrôle. Respirer. Se calmer. Il fallait que j'y arrive. Je ne pouvais pas revivre ce genre d'enfer. C'était tout bonnement inenvisageable.
 
-         Bon aller, chacun son tour les gars, je commence, annonça une voix non loin de moi.
 
J'entendis les autres partir, ce qui me soulagea un peu. Mes chances de m'en sortir étaient plus élevées avec une proie isolée. Je craignais qu'ils restent tous pour assister au spectacle. Je secouai la tête plusieurs fois et essayai de me concentrer pour forcer ma vue à s'éclaircir, mais tout était toujours aussi voilé. Je me crispai lorsque je sentis l'homme s'installer à califourchon sur mes genoux, comme l'avait fait Cobra. Je sentis ses lèvres se balader dans mon cou, avant de remonter jusqu'aux miennes. Je tentai de me défaire de son emprise, ne supportant pas son contact, mais il me prit à la gorge pour me maintenir en place, m'étouffant à moitié. Sa main libre passa sous mon tee-shirt, hérissant mes poils au contact de sa peau remontant vers ma poitrine.
« Concentre-toi »

 


Même si c'était dur, il fallait que je fasse abstraction de mon ennemi. La seule chose qui comptait, c'était de me libérer, et pour ça, je devais prendre le contrôle des liens qui me retenaient prisonnière. Je fermai à nouveau les yeux et me concentrai sur les chaînes, mais contre toute attente, rien ne bougea. Une vague de panique me submergea. Ça aurait dû marcher de suite. C'était une action simple, ne nécessitant pas une grande force mentale. Pourquoi ça ne fonctionnait pas ? Les caresses de mon adversaire se faisaient plus pressantes, et je sentais son désir devenir plus brûlant. Je sentis mon pantalon disparaître, et c'est mon c½ur qui faillit partir. Je n'avais plus le temps. Il fallait que j'agisse immédiatement si je ne voulais pas que ça aille plus loin. Je sentis à nouveau ses lèvres dans mon cou alors qu'il se collait un peu plus à moi. Lorsqu'il fit glisser sa main vers l'intérieur de mes cuisses, mon c½ur envoya une sorte de décharge dans tout mon corps. Sous l'impulsion de ma haine, je rouvris les yeux et le saisis à la gorge, refermant la mâchoire sur la veine jugulaire. Il poussa un hurlement de douleur. Je ne lâchai pas prise et continuai d'enfoncer les dents malgré les coups qu'il me mettait à la tête. Le sang coula abondamment dans ma bouche. Je n'aurais su dire si l'instinct du loup s'était réveillé ou quoi mais...  je m'enivrai de ce goût... je retrouvai instantanément une vue nette. Je tirai sur la peau pour arracher un morceau de chair, provoquant une sérieuse hémorragie à mon adversaire. Je crachai sa peau et regardai quelques secondes l'homme se vider, un peu sonnée par la sauvagerie de mon geste.

 


Mais l'heure n'était pas à la surprise, son cri avait dû alerter les autres. Je me concentrai à nouveau sur ces satanés chaînes. Toujours rien. La porte s'ouvrit à la volée. Le gars s'arrêta net à la vue de ma victime en train de vivre sa dernière minute. La stupéfaction passa dans ses yeux lorsqu'il fit le lien avec le sang sur ma bouche. Avant même qu'il ait eu le temps de sortir sa baguette, je déclenchai le feu à ses pieds. Il cria, essayant d'éteindre les flammes en faisant des pieds et des mains. Je me levai, toujours attachée à la chaise, et sautai sur place en me laissant tomber en arrière. J'eus l'impression que mon dos se brisa en même temps que la chaise volait en éclat. Je recroquevillai mes jambes pour passer mes bras devant. Ayant le contact visuel avec les chaînes, elles se déroulèrent de suite. Je retrouvai enfin ma liberté.

 

Mon adversaire criait toujours, brûlé à vif. Je me relevai d'un bond en faisant apparaître mon couteau dans ma main. Je tranchai la gorge de mon ami d'un geste fluide, sans même prendre le temps de m'arrêter. Ma tenue de tueuse m'enveloppa en deux secondes. Le chef était dans cet entrepôt. Ils étaient tous ici. Je devais les tuer. Peu importe si j'étais seule contre tout un gang. Il était hors de question que je sorte d'ici en laissant des survivants derrière moi. Je ne comptais pas fuir. Il fallait que je termine ce que j'avais commencé.
« Sois vengée maman... »
 
Je retournai près de la caisse où j'avais tué ma première victime. J'aperçus deux hommes un peu plus loin me tournant le dos. En temps normal, j'aurais réfléchi à un moyen de les tuer discrètement. Mais là... j'en étais incapable. Je ne voulais pas être subtile. Je voulais faire un massacre. Pouvoir m'inonder de leur sang. Mon poignard fusa sur l'un des deux hommes qui tomba. L'autre se retourna brusquement et flamba avant de comprendre ce qu'il se passait. J'entendis des cris d'alerte, et des pas qui se dirigeaient rapidement vers moi. Je me concentrai sur mon arme pour la faire revenir vers moi et l'attrapai au vol. Je resserrai un peu plus le manche, attendant l'arrivée de mes adversaires.

 

Lorsque je les vis m'encercler, se rapprochant lentement en braquant leur baguette sur moi, je compris... je compris que ma rage était trop forte. Mon désir de meurtre trop pressant. Il était inutile de tenter de reprendre le contrôle. Mon être tout entier ne désirait qu'une chose : déverser toute la haine qui me pesait sur le c½ur. Ça faisait trop longtemps que j'en souffrais. Il fallait que je me libère. Ici et maintenant.
J'eus un sourire en tournant lentement autour de moi, regardant le visage de chacun de mes adversaires. Ils faisaient les durs... ils souriaient... ils pensaient ne faire qu'une bouchée de moi. A vingt-neuf contre une, ils devaient certainement penser que la partie était gagnée d'avance. C'est vrai qu'ils étaient nombreux... mais vingt-neuf tueurs de merde, briseurs de famille pour le simple désir de s'enrichir, contre moi, le fantôme de la Mort... le prodige du crime... autant dire que j'étais en surnombre. Ce soir, il n'y aura aucun survivant. Le gang des Cobras était en train de vivre ses derniers moments, et je jurai d'en faire un véritable enfer.
« Que vengeance soit faite »

 


Je sortis ma baguette, tenant toujours mon couteau dans la main gauche. Les duels s'engagèrent avec acharnement. Je ne savais pas où regarder ni où planter ma lame tellement j'étais attaquée de tous les côtés. Pourtant, aucun ne parvenait à m'atteindre. J'enchaînais mes coups sans jamais en prendre.
A partir de là, je perdis tout contrôle, toute conscience... absolument tout. C'était comme... si ce n'était plus moi-même. Mes mouvements étaient automatiques, dictés par une soif de sang intarissable. J'étais dans une sorte d'état second. Je ne maîtrisais plus rien, c'est à peine si je me rendais compte de ce que je faisais. Je devenais spectatrice de mon propre carnage. C'était ça... la folie meurtrière. Une folie telle que je n'avais plus aucune limite. Plus aucun contrôle de quoi que ce soit.
 

 
| Heure et lieu indéterminés |

 
J'étais à genoux sur l'herbe, à bout de souffle. Il faisait bon. Je levai les yeux vers le ciel noir de la nuit qui commençait à s'éclaircir, se parsemant de traits encore pâles. J'essayai de retrouver mes esprits. Mes souvenirs étaient confus. Je ne savais pas ce que je faisais là, dehors. J'ignorais où j'étais. Je me redressai et sentis mon c½ur dérailler en voyant mes bras couverts de sang. Je me regardai, effarée de constater que mes vêtements étaient imprégnés de sang. J'en avais partout. Etais-je blessée ? Non... si c'était le cas, la quantité perdue aurait été mortelle. Le goût dans ma bouche fut le déclic. Je me souvins de l'homme que j'avais tué discrètement, puis mes mains liées par des chaînes, le chef me toucher, mon meurtre bestial... et puis tout un tas d'adversaires autour de moi, baguette brandie. Je me souvins ne pas avoir reculé... je me souvins m'être élancée vers eux... mais le reste ? Que s'était-il passé ensuite ? Comment avais-je fait pour m'en sortir ? Avais-je réussi à tous les tuer ou m'étais-je enfuie par je ne sais quel miracle ? Et surtout... où étais-je désormais ?

 


Je regardai autour de moi, essayant de reconnaître les lieux. J'étais sur une colline, dominant un espace assez vaste, avec une forêt à proximité. Il n'y avait aucun entrepôt à l'horizon. Je jetai un coup d'½il à ma montre : 6h24. Un hurlement sauvage que j'aurais reconnu entre mille déchira le silence. Mon c½ur bondit furieusement dans ma poitrine. Que faisais-je ici ?! Je sortis précipitamment ma baguette pour nettoyer ma tenue ainsi que les traces de sang sur ma peau. Après quoi, je me dirigeai vers l'origine des cris. Je n'eus pas besoin de m'enfoncer bien loin dans la forêt avant de le trouver, à genoux, hurlant de douleur pendant sa métamorphose.

 
| Forêt – 7h25 |
 
~ Point de vue de Remus ~

Une fois de plus, je subis la torture de cette horrible métamorphose. Les rayons du soleil encore faibles me rendaient enfin mon corps humain. J'avais mal partout. Je m'attendais à recevoir des vêtements de mes amis... avant de me souvenir que j'étais seul cette nuit. Personne ne vint m'épauler pour m'aider à me relever après cette épouvantable épreuve. Je crus que mon c½ur cessa de battre lorsque je sentis mes mains posées dans l'herbe... les odeurs de la forêt... le chant des oiseaux... que faisais-je dehors ?! J'étais censé être enfermé dans la cave ! Je dus faire un effort considérable pour me relever et tenir sur mes jambes. Je devais faire un cauchemar, ce n'était pas possible que je sois hors du périmètre qui rendait mes métamorphoses inoffensives pour les autres. D'autant plus que je me souvenais très bien être allé m'enfermer.

-         Remus !
 
Je tournai la tête vers l'origine de cette voix qui m'avait tant manquée, mais je n'eus pas le temps d'apercevoir son visage que je me sentis percuté, pris avec élan dans ses bras. La crainte se dissipa peu à peu pour faire place au soulagement. Je n'avais pas été seul cette nuit. Prue était venue me rejoindre. Ça me faisait un plaisir fou. Je n'arrivais pas à y croire. Mon cauchemar se transformait instantanément en rêve. Je ne sus dire combien de temps il s'écoula. On ne s'adressait pas la parole. Prue avait le visage enfoui dans mon cou, et moi dans le sien, la serrant avec force pour savourer notre étreinte. Je n'aurais voulu la lâcher pour rien au monde. Elle m'avait tellement manquée. Je me sentais revivre rien que de la serrer dans mes bras. Le vide en moi s'était comblé à l'instant où je m'étais enivré de son odeur. Elle était là. Et ça me suffisait. On finit par s'éloigner un peu, je la tenais toujours par la taille. Mon c½ur rata quelques battements en croisant son regard. C'était si bon de la revoir.
 
-         Comment vas-tu ? me demanda-t-elle.
-         Un peu fatigué. Et toi ?
 
Une lueur passa dans ses yeux.
 
-         Pareil.
 
Je lui souris. Bien sûr qu'elle était fatiguée. Elle avait passé la nuit à mes côtés.
 
-         Je suis heureux que tu sois là, avouai-je.
 
Elle eut un faible sourire. Elle prit ma tête entre ses mains et colla son front au mien. Je plaçai mes mains sur ses hanches. Elle ne me repoussa pas, au contraire, elle se serra un peu plus contre moi. Je me sentis transporté... comme dans un rêve. Etait-il possible qu'elle soit en train de s'ouvrir ? Qu'elle accepte enfin de laisser tomber son masque ? Je fronçai les sourcils. Je détectai une certaine tension. Une crainte. Qu'avait-elle ?
 
-         Prue, tout va bien ?
-         Oui.
-         Il ne s'est rien passé cette nuit ?
-         Tu as été comme d'habitude.
-         Bon... Comment se passent tes vacances ?
-         Très bien. Et toi alors ? Tu as vu les Maraudeurs ?
 
Elle mentait. Je le sentais. Pourquoi ne voulait-elle pas se confier ? Ne voulant pas me disputer, je préférai faire comme si je m'étais laissé berner. J'étais si heureux qu'elle soit venue que je ne voulais pas gâcher nos retrouvailles.

-         Quelques fois oui. On s'écrit beaucoup aussi.
-         Excuse-moi de ne pas t'avoir envoyé de lettre.
 
Je caressai doucement sa joue, ne pouvant lui en tenir rigueur même si ça m'avait fait mal.
 
-         Tu es là, c'est beaucoup mieux,  assurai-je.
 
Elle ne me lâchait pas des yeux, un sourire en coin. Une douceur inhabituelle était lisible sur son visage. Il y avait même un certain désir. Je me rendis compte qu'on n'avait toujours pas bougé. Mon c½ur s'emballa, comme à chaque fois qu'on était trop près l'un de l'autre. Mon regard s'aimanta au sien. Je la serrai un peu plus pour la rapprocher. J'inclinai légèrement la tête et commençai à parcourir doucement le peu de distance qui me séparait encore de ses lèvres.
 

| Quelques secondes avant... |

~ Point de vue de Prue ~

Le moment était magique. Malgré la tueuse qui était bien présente en moi, me retrouver avec Remus avait suffi à la rendormir. Je ne voyais rien d'autre que ses yeux, pétillants d'une lueur qui rendait son regard si envoûtant. J'arrivais à éprouver des sentiments pour lui, c'était une certitude désormais. Mon père ne comprendrait certainement pas que je puisse avoir cette sensation d'implosion chaque fois que je le regarde. Comment pourrait-il comprendre quoi que ce soit à ce sujet ? Pour lui, Remus faisait partie des loups-garous... des êtres qu'il jugeait inférieurs. Pourtant, c'était justement sa particularité que j'aimais. Tout en lui était doux et sauvage à la fois. Il était l'un des rares hommes pour lequel j'avais autant de confiance. L'un des rares à pouvoir essayer de franchir mes barrières sans aucun risque.

 

Je cessai de penser à quoi que ce soit quand je le vis s'approcher davantage. Je le sentis me serrer un peu plus contre lui et sa main posée sur ma joue me parut encore plus brûlante que le feu qui circulait en moi. J'eus envie de me laisser faire. Juste une fois. Je sentis son souffle doux sur mon visage et mon impatience redoubla. Je fermai les yeux, et le charme se brisa violemment lorsque des éclairs me parcoururent la tête. Je dus me retenir de hurler tellement c'était douloureux. Je me dégageai de Remus brusquement, me laissant tomber à genoux. Je saisis ma tête entre mes mains et la serrai avec force. La douleur était insupportable, pire que le sortilège Doloris. J'avais l'impression de recevoir la foudre en pleine tête. Une sorte de décharge m'irradiait le cerveau. La douleur allait me faire péter les plombs. Mes souvenirs se mélangeaient, mes sens étaient complètement brouillés, et une sorte de lame me tranchait à l'intérieur du corps. Je frappai le poing contre le sol et sentis mon poignet se briser. C'était comme si quelqu'un s'amusait à me scier le crâne. Tout s'arrêta lorsque deux bras m'encerclèrent avec force. Je poussai un gémissement et essayai de retrouver mon calme. J'avais le c½ur à fond et la respiration haletante. Cette douleur, bien que brève, avait été mille fois pire que le Doloris lancé par la puissance de mon père.
 
-         Qu'est-ce qui s'est passé ?! s'affola Remus.
 
J'étais incapable de répondre. J'avais les larmes aux  yeux sous le coup de la douleur. Je tremblais de tout mon corps. J'étais au bord de l'évanouissement.
 
-         Prue ?
 
Je me laissai aller dans son étreinte, incapable de garder plus longtemps le contact avec la réalité.
 

| . . . |

 
Je me réveillai lentement et fus immédiatement saisie d'une violente migraine. Je tournai la tête sur le côté pour voir où j'étais, mais ce simple mouvement me donna le vertige. J'étais tellement mal que j'en avais envie de vomir. Je me sentais exténuée, complètement vidée de mes forces. Je finis par remarquer la présence de Remus assis sur une chaise à côté du lit. C'est alors que je reconnus sa chambre. Combien de temps s'était-il passé ? Je l'ignorais. Longtemps sûrement, car il était inquiet.
 
-         Ça va mieux ? demanda doucement Remus.
 
Je secouai négativement la tête. Il se pencha sur moi et posa sa main sur mon front.
 
-         Tu as encore de la fièvre. Repose-toi.
 
J'acquiesçai, incapable de parler. Je n'en avais pas la force.
 
-         Je vais te laisser ici ok ? Si tu as besoin, je suis à côté, dit-il en se redressant.
 
Je fis un effort qui me sembla surhumain pour rattraper sa main. Non, je ne voulais pas qu'il parte. Je ne voulais pas rester seule. Il le comprit d'un seul regard, alors il s'assit auprès de moi. Rassurée par sa présence, j'essayai de me rendormir. Assommée par la fièvre, les souvenirs de cette nuit me revinrent en tête.

 

Un tapis de cadavres recouvrait le sol autour de moi. Plus rien ne bougeait, tout était silencieux. Il y avait du sang partout à cause des nombreuses gorges que j'avais ouvertes avec ma lame. L'odeur de la mort était saisissante, surtout à cause des cadavres que j'avais brûlé. Je levai les yeux, attirée par un mouvement lent au-dessus de moi : une autre victime était pendue à une chaîne. Je secouai la tête, essayant de retrouver mes esprits après un tel combat. J'avais l'impression de m'être battue pendant des heures, alors que ce n'était certainement pas le cas. Je me décidai enfin à mettre un pied devant l'autre. Je me dirigeai vers la proie la plus proche, regardant plusieurs secondes la mort dans ses yeux. Je fus attirée par son tatouage dessiné sur son épaule musclée. Une tête de mort transpercée d'un poignard et d'un serpent qui m'avait hantée pendant des années. Je m'accroupis à ses côtés, toujours armée de mon couteau. J'entaillai légèrement sa peau pour dessiner un V sous son tatouage. Je voulais laisser un message. Une promesse de mort.

 

Je sursautai pour me réveiller. Remus n'était plus assis au bord du lit. Il était allongé dans mon dos, me serrant légèrement contre lui. Cette fois, son contact ne suffit pas à me calmer. Ce massacre que j'avais rêvé avait-il bien eu lieu ? Avais-je réellement été capable de commettre toutes ces atrocités ? J'espérais que non. Il fallait que j'en ai le c½ur net. Je me défis lentement de l'étreinte de Remus et me levai. Je me sentais fébrile. J'allais sortir de la chambre lorsque Remus se réveilla.
 
-        Prue, où tu vas ?
-        Excuse-moi Remus, il faut que j'y aille.
-        Tu ne peux pas partir dans cet état.
-        Il le faut.
 
Il se redressa avec souplesse et me rejoignis. J'eus du mal à soutenir l'intensité de son regard. Il semblait si inquiet.
 
-         Qu'est-ce qu'il s'est passé tout à l'heure ?
-         Je l'ignore Remus.
-         C'était la première fois ?
-         Oui.
-         Il faut que tu en parles.
-         Pourquoi faire ?
-         Au moins pour savoir ce que c'était.
-         Je n'irai pas à l'hôpital Remus.
-         Alors laisse quelqu'un d'autre t'aider.
-         Ah ouais, et qui ?
-         ... Dumbledore. Dumbledore pourrait t'aider.
 
Mon c½ur accéléra davantage.
 
-        C'est hors de question, dis-je en ouvrant la porte.
 
Mais Remus me ramena contre lui.

-         Ça t'ennuierait de te laisser faire juste une fois dans ta vie ? demanda Remus avec une pointe de colère.
-           Oui ! renvoyai-je.
 
Je vis une lueur de tristesse dans son regard.
 
-              Excuse-moi, soufflai-je. On en reparlera plus tard, promis-je. Il faut que je parte.
-              Ok. Merci d'être venue en tout cas, dit-il tristement.
 
Je sentis mon c½ur se serrer. Moi aussi j'aurais préféré rester avec lui. Mais il fallait que je retourne dans cet entrepôt, ça m'obsédait de ne pas savoir ce que j'avais fait cette nuit. Je lui déposai un baiser sur la joue, m'attardant un peu près de ses lèvres. J'aurais tellement voulu satisfaire le désir qui nous brûlait depuis tout ce temps. Mais il faudra attendre... encore.
 
 
|Entrepôt – 7h |

 
Je me matérialisai devant l'entrepôt. Je repris mon souffle difficilement suite au transplanage, redoutant un peu ce que j'allais découvrir. Je mis mes gants pour ne laisser aucune trace et sentis une vive douleur à mon poignet droit brisé. Je poussai la lourde porte en ferraille qui grinça. J'avançai lentement, à pas feutrés. J'aperçus un peu plus loin un corps inerte au sol. Je m'en approchai avec vigilance. Une fois à son niveau, je m'accroupis et analysai le cadavre. Il avait une tâche de sang au niveau de la poitrine. Ses vêtements aussi étaient ensanglantés. Je me relevai et enflammai mes mains pour mieux y voir.

 

En fait, l'entrepôt baignait dans le sang de nombreux cadavres. Il y en avait partout, surtout à l'endroit où les duels s'étaient déclenchés. J'aperçus également celui qui était pendu à des chaînes en hauteur... le peu que j'avais vu dans mon rêve était vrai. J'avais désiré le massacre... le bain de sang... et je l'avais fait couler. Tout était rouge autour de moi... c'était un véritable carnage. Deux autres corps étaient étendus pas loin. Je courus pour arriver jusqu'à eux. Je m'arrêtai nette à quelques centimètres, mettant ma main sur ma bouche pour refouler la nausée. L'un d'eux était brûlé, l'autre sauvagement mutilé. Ils étaient à peine reconnaissables. Ça me rappela des souvenirs de guerre, et je fus horrifiée d'être à l'origine d'un tel massacre.
 
-         Non...
 
C'était pire que dans mon cauchemar. Je sentis mon c½ur se soulever. Comment avais-je pu les tuer de cette manière ? C'était indigne à mon statut d'assassin. Je m'étais comportée comme une vulgaire psychopathe. Mes jambes fléchirent et je mis les mains en avant pour me maintenir debout grâce à mon pouvoir. Je m'éloignai des corps, cherchant mon souffle, mais je ne sentais que l'odeur du sang qui me donnait envie de vomir. Je reculai, poussant une porte au hasard avec mon dos avant de me retourner. C'était la pièce où je m'étais retrouvée bâillonnée. Je restai interdite, un cri bloqué dans la gorge. La pièce était remplie de cadavres. L'état des corps laissait deviner une mort dans une atroce douleur, tandis que leurs visages exprimaient une terreur sans nom. Je mis ma main sur mon front, tout simplement horrifiée par ce que j'avais fait. Que m'était-il arrivé ? Ce n'était pas dans mes habitudes de massacrer ainsi mes proies.
 
-         Mais qu'est-ce qui m'a pris... ? soufflai-je d'une voix blanche.
 
Je refusais d'y croire et pourtant, je ne pouvais fermer les yeux sur la terrible réalité qui s'offrait à mes yeux. Les traces de sang sur le sol prouvaient que j'avais déplacé les corps. Je voulus partir loin de cet endroit, mais je devais continuer à reconstituer les faits. Il fallait que je sache. Je pensai à Cobra. Etait-il mort lui aussi ? Ou avait-il réussi à m'échapper encore une fois ? Je me mis à courir, cherchant partout avec frénésie.
 

 
|Plusieurs heures après...|

 
Je me sentais vraiment mal. J'aurais voulu quitter cet endroit au plus vite, mais je n'arrivais pas à m'y résoudre. Vingt-neuf cadavres... c'était beaucoup, mais pas assez. C'était le nombre d'adversaires que j'avais compté avant de me lancer dans les duels... le nombre qui excluait le chef, Cobra. Où était-il ? M'avait-il encore échappé ? Je n'avais aucun moyen de le savoir. Je n'avais pas réussi à voir les traits de son visage, et de toute façon, nombreux cadavres étaient méconnaissables. J'étais incapable de déterminer s'il se trouvait parmi les morts.

 


J'arrêtai mes recherches, submergée par un sentiment enfoui pendant longtemps : la peur de moi-même. Je n'avais pas réussi à contrôler la haine... la bête. Je l'avais libérée et laissée me guider. Je n'arrivais pas à me souvenir complètement de ce que j'avais fait. Cet entrepôt était la preuve que j'étais capable de bien pire que mon père. La preuve que je n'avais pas le contrôle sur mon corps, ni sur mon esprit. Je repensai à la violente douleur qui m'avait prise d'assaut à la tête. Etais-je malade ? Mon mental n'était peut-être pas en si bon état après tout ? Comment une telle démence meurtrière avait-t-elle pu me pousser à commettre des actes aussi horribles ? Je me dégoûtais toute seule. Et dire que Jack m'avait proposé de rejoindre l'élite des tueurs. Je ne méritais pas ce titre. Je ne méritais plus rien. Qu'allais-je dire à mes hommes ? Eux à qui je devais montrer l'exemple... toutes mes valeurs n'avaient plus de sens face à ce massacre. Je n'étais pas si différente des Mangemorts tout compte fait... j'étais même pire qu'eux. Je valais autant que les salopards qui avaient traumatisés mon enfance. Je m'étais abaissée à leur niveau en tuant aussi sauvagement mes victimes.

 

Je reculai lentement, incapable de me détacher de cette affreuse réalité. Une fois dehors, je restai devant l'entrepôt, toujours pas remise de ce que j'avais découvert sur moi. Je baissai les yeux en sentant une chaleur sur mon corps. Mes mains s'étaient enflammées. Je relevai la tête vers l'entrepôt. Oui, il fallait que je détruise tout. Aucune enquête ne devait être menée. Personne ne devait savoir ce qui était arrivé au gang des Cobras. C'était la seule chose qu'il me restait à faire pour sauver la réputation de Tracker aux yeux de ceux qui m'étaient chers. Mon père me demanderait sans doute des explications pour un tel acharnement sur ce gang, et je ne voulais pas qu'il apprenne que j'étais toujours sur les traces de mon passé. Jack et Diego avaient tant d'estime pour moi que je ne voulais pas les décevoir. Et mes hommes... ceux qui ne juraient que par moi... je ne pouvais pas leur donner une telle image. Je ne pouvais pas leur inculquer des valeurs justes s'ils savaient que j'étais moi-même un monstre. Je perdrais toute crédibilité.

 

Alors je laissai les flammes m'envahir... et se répandre... jusqu'à l'entrepôt. Je sortis ma baguette pour lancer une pluie d'essence, et réduire cet enfer en cendres. Il ne fallut que cinq minutes à l'incendie pour tout faire disparaître. Mais je savais que dans ma tête... rien ne s'effacerait. Jamais. J'étais un monstre, indigne de tous les titres qu'on avait pu me donner. Si la Mort est parfois cruelle, elle ne perd jamais la raison. Moi je l'avais perdue. J'étais peut-être même aussi folle que Bellatrix. Cette pensée me fit frémir. Non... si j'étais vraiment comme elle, il me faudra y remédier de façon... radicale.
 
 
Chapitre 28 : Folie meurtrière

 
 
Et voilà pour ce chapitre, qui laisse deviner à quel point Prue est capable de violence. J'espère ne pas avoir trop descendu l'image que vous aviez d'elle... j'attends vos avis ! N'hésitez pas à dire ce que vous en avez pensé.
 
Concernant l'aperçu du prochain chapitre, je ne sais pas quand est-ce que je vous le donnerais... il faut que je retravaille le chapitre 29, et très franchement, avec le boulot que j'ai en ce moment, je ne préfère pas vous donner l'eau à la bouche avec un aperçu qui risque fortement de changer. Aussi, en raison des examens blancs couplé à un évènement associatif (j'aime les semaines intenses), il n'y aura pas de publication le week-end du 5/6 avril. Vous m'en voyez désolée, je n'aime pas du tout ça, mais je ne souhaite bâcler ni le chapitre, ni mes études, ni l'association... sans rancune, je trouverai bien un moyen de me rattraper ;)

Voilà pour les news. Je vous souhaite un bon week-end, et vous fais de gros bisous
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Suspense pour le Possible couple Remus / Prudence.

  • LeMaitreDesLieux

    28/09/2015

    Tu me surprends de chapitre en chapitre ! Sa faisait un bail que j'avais pas pu te lire et la je replonge directement et j'adore ! La violence de Prue, sa "folie meurtrière", tout ça rend ton histoire encore plus passionante. Bien sur, tu me laisses encore attendre le moment où Prue se laissera définitivement approcher par Remus. Sinon, j'aimerai savoir comment elle a fait pour se retrouver chez lui comme ça et comment ça se fait que Remus n'était pas enfermé. L'avait-elle sorti ?

  • hostfresh-HarryPotter

    24/06/2014

    Donc comme tu ne l'as pas eu je te refais le commentaire...

    "Je pleure....Ça fait longtemps que je n'ai pas pleuré, je m'en rends compte maintenant. Je pleure par tant de haine de soi, par la capacité à commettre un tel massacre, par la peur de décevoir tous ceux qui l'aiment, par l'admiration de ses hommes pour elle, pour les remords qu'elle doit avoir. Je crois que c'est mon chapitre préféré, pas parce que je suis sadique, ça non, mais parce que quelque part, il m'a rendu ma sensibilité que je pensais brisée. Alors oui, je pleure, mais juste pour la tristesse que ressent Prue. Je l'admire de plus en plus, car elle est terrifiée de ce qu'elle est capable de faire, de décevoir ceux qui compte pour elle. C'est admirable. Moi aussi j'ai un mur autour du coeur, un mur de sensibilité que chaque épreuve endurci, un mur qui pour moi est impossible à briser, sinon, je serai une sans-coeur. Et quitte à l'être autant rester cloîtrée chez soi. Je suis là à te parler de tout et de n'importe quoi alors que je devrai te dire que j'ai adoré, que tu m'as surprise, et tout le tralàlà que je te sors d'habitude. Mais ce soir, j'ai décidé de faire plus original parce que je suis à fleur de peau. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis en cet état. Je te remercie d'avoir pris le temps de tout lire.

    L."

  • hostfresh-HarryPotter

    23/06/2014

    J'ai commenté cet article et le suivant avec un autre compte excuses-moi....

  • Harry-Potter-generationx

    29/05/2014

    Alors la .... Pour un carnage c'était un carnage ! O.o
    Comme elle a égorgé le gars avec ses dents ! O.o putain ! ^^
    Et comment elle a pu de retrouver dans le crois de Remus en dormant ? Comment elle s'est retrouver chez lui après ? Et qu'est-ce que c'était que cette fièvre et cette migraine ?!!! Trop de questions sans réponses dans se chapitre !
    J'adore le suspens ! x)

    Bref un superbe chapitre ! Je te laisse j'ai des choses a faire, je repasserais se soir :)

    Bisous !

    Camille

  • aSupernaturalLife

    19/04/2014

    Wahou, ce chapitre m'a donné des frissons ! Prue qui déconne... et visiblement le mec qu'elle visait ne fait même pas parti du carnage... je me demande ce qu'elle va faire ensuite...
    Sinon j'étais contente de revoir Remus :p ♥

  • laurie-slater-10

    12/04/2014

    Sérieux ta fiction géniale ta façon d'écrire est absolument incroyable comment tu réussi A imaginer comment sont les maraudeurs étant jeunes c'est formidable.J'ai trop hâte de lire le chapitre 29 et la suite de ta fiction ! :D

  • harry-potter-8-fic

    09/04/2014

    En tout cas je ne suis vraiment pas déçue d'avoir lu ta fiction.
    Je trouve le concept vraiment très original.
    En plus du fait qu'on soit à l'époque des Maraudeurs ça change tout ce qu'il y a autour et tout ce qu'on peut connaître donc j'aime vraiment.
    Et Prue on s'attache vraiment à elle, on sent vraiment qu'elle a souffert et on a qu'une envie c'est que les maraudeurs et en particulier Remus arrivent à l'aider.
    J'ai vraiment hâte de lire la suite de découvrir tout ce que tu as pu avoir comme idées pour la suite. Je ne sais pas si il faut s'inscrire pour être prévenue de la suite. Si c'est le cas préviens moi.
    Je te dis à très vite et j'apprécie vraiment ta manière d'écrire :)

    Bisous.

  • harry-potter-8-fic

    09/04/2014

    Encore un merveilleux chapitre.
    C'est bien qu'elle est revue Remus :)
    Après quand on est face aux personnes qui nous ont fait énormément de mal c'est normal que certaines fois on arrive pas à se contrôler

  • MikaWolfeHP

    07/04/2014

    woh là! Elle était très fâchée la Tracker! Je me demande qui va découvrir tout ça! Et que s'est-il passée avec Remus? Comment s'est-il retrouvée dehors? Est-ce lui qui a trainé Prue jusque à l'endroit où elle s'est retrouvé après le massacre? Hâte de découvrir tout ça et de lire le prochain chapitre! :)

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