Chapitre 32 : Un nouveau drame

« Je le savais... je le savais que je ne devais pas y aller. J'aurais dû m'écouter. Au lieu de m'aider, ce rendez-vous avec Dumbledore n'a fait qu'aggraver mon cas en me faisant commettre l'irréparable... un nouveau drame. »
 
Chapitre 32 : Un nouveau drame
 
 
| 2 septembre 1977 – Poudlard –  Cours de DCFM – 17h |
 
Après ma première soirée à Poudlard plutôt mouvementée, la reprise des cours s'était bien passée. A mon plus grand soulagement, Remus s'était occupé de parler aux Maraudeurs. Je ne sais pas ce qui leur avait dit, mais le principal, c'est que je n'avais pas entendu parler de l'accident. Je m'étais concentrée sur les cours pour ne pas penser au reste. Je craignais trop de laisser mon esprit errer, alors je ne m'accordais aucune évasion mentale. Je restais toujours concentrée afin d'éviter une nouvelle crise. L'emploi du temps ne pouvait que jouer en ma faveur. Cette année était la plus importante pour les élèves qui devaient impérativement obtenir les ASPIC en fonction du métier choisi. Seuls les enseignements nécessaires à ma formation d'Auror figuraient dans mon emploi du temps, à mon plus grand soulagement. Fini la Divination, l'Histoire de la Magie, et autre matière inutile. Seules mes matières préférées étaient toujours au programme, alors autant dire que je n'allais pas m'ennuyer. Voilà un bon point qui avait eu le don de me faire oublier ma fatigue. Cette année, je n'allais pas me contenter d'avoir l'examen... j'allais faire péter le score.

 

En plus de reprendre doucement le quotidien avec les Maraudeurs, mes habitudes de l'année dernière avec le professeur Maxwell revenaient également. Dès le premier cours, mon prof fétiche m'avait lancé un nouveau défi. Bien que je ne sois pas au meilleur de ma forme, j'avais encore gagné, ce qui m'avait remonté le moral. Cependant, je sentais bien que j'étais à deux de tension. Depuis mon réveil, j'avais la désagréable sensation d'avoir le cerveau ramolli. Comme si la louve en moi s'était transformée en chien de salon.
 
La dernière sonnerie de la journée retentit, nous libérant pour la soirée. La reprise se faisait en douceur, nous n'avions pas de devoirs à faire ce soir.
 
-         Prue, tu viens ? m'entraîna Remus.
-         Où ça ?
-         Voir Dumbledore !
 
J'avais complètement oublié ma promesse du matin. J'aurais préféré avoir des devoirs finalement. Une bonne pile qui me prenne toute la soirée jusqu'à une heure trop indécente pour me permettre d'aller voir Dumbledore. Malheureusement, ce n'était pas le cas, et la détermination de Remus était bien réelle.
 
-         Vraiment Remus, on est obligé d'y aller maintenant ? Je suis encore un peu fatiguée, j'aimerais me reposer.
-         Ce ne sera sûrement pas long, me fit remarquer Remus en se rapprochant de moi.
 
Il prit mon visage dans ses mains avec douceur pour me rassurer. Je savais qu'il sentait mes craintes. Je ne pouvais rien lui cacher à cause de ses sens surdéveloppés, et j'avoue que ça me frustrait souvent. Il pouvait lire en moi, ressentir mes émotions comme si c'était les siennes, sans que j'ai le moindre contrôle dessus. Et cette fois encore c'était le cas : j'étais tendue à bloc à l'idée d'aller voir Dumbledore, et Remus le savait. Je ne pouvais pas lui cacher.
 
-         Je resterai avec toi, assura Remus d'une voix apaisante.
 
Je souris en relevant les yeux sur lui. Quoi qu'en dise mon orgueil, j'adorais l'attitude protectrice qu'avait Remus avec moi. Je finis par acquiescer lentement, incapable d'opposer résistance plus longtemps à son doux regard réconfortant. Je lui avais fait une promesse de toute façon, que je l'honore aujourd'hui ou demain reviendrait au même.

 

On se sépara donc des trois autres Maraudeurs pour se diriger sans hâte vers le bureau directorial. Une fois de plus, je fus presque surprise de l'influence que Remus avait sur moi. Il avait réussi à me convaincre en quelques paroles de me conduire face à la personne dont je devais me tenir le plus éloignée, pour lui parler d'un sujet délicat. Cela me fit repenser au matin, lorsque je m'étais réveillée contre lui. J'avais été si bien... ses caresses étaient si agréables... j'avais moi aussi éprouvé du plaisir à le câliner... à le rassurer silencieusement sur ce qu'il s'était passé. Mais maintenant que j'étais redescendue sur terre et que je prenais du recul sur mon comportement, au fond, je sentais mes entrailles se nouer. La vérité était blessante. J'avais tout au manoir pour être bien... le pouvoir, le respect, un réseau d'alliés puissants, un mentor sur lequel je pouvais compter... j'avais même un homme accepté par mon père. Diego, mon partenaire de toujours, pouvait devenir l'homme de ma vie dès demain si je le souhaitais. Et pourtant... je me sentais toujours autant attirée par Remus. Irrésistiblement. Comme un aimant. Il m'avait suffi de le retrouver à la gare pour replonger dans le délire de mes sentiments contradictoires, comme si l'on ne s'était jamais séparé. Comme si le cap passé avec Diego n'avait rien changé. Lui qui était ma cible. Lui était tout l'inverse de ce que mon père attendait. Envisager quoi que ce soit avec lui serait pure folie. Ce serait me retourner contre mon père... peut-être même lui déclarer la guerre. Ce serait considéré aux yeux de tous comme une infâme trahison. Malgré toutes ces conséquences désastreuses, ce matin, j'avais savouré l'heure passée contre ma « cible ». Et il m'avait fallu me faire violence pour ne pas répondre une bonne fois pour toute à mes désirs.
 

 


Cette pensée me déclencha une douleur dans la poitrine. Je n'arrivais pas à accepter la réalité. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée que c'était arrivé... que j'avais failli. Je m'étais trahie en perdant le contrôle sur mes sentiments, et j'étais à la limite de trahir mon père. Je n'étais plus sûre du chemin à suivre. Moi qui avais toujours tracé ma route sans hésitation, avec détermination... je m'étais pourtant perdue. Et le pire, c'est que je ne voulais pas retrouver le chemin initial... non, j'avais envie de changer. D'en essayer un autre. C'était incompréhensible pour la tueuse que j'étais. Je sentis ma gorge se serrer, je n'aurais su dire si c'était à cause de la colère contre moi-même ou contre la main de fer qui ne me lâchait pas le c½ur. Je me prenais à rêver de l'impossible. A rêver de l'incohérence. Et j'aimais ça. Je ne voulais pas me réveiller.

 


Pourtant, je sortis bien vite de mes pensées à notre approche du bureau directorial. Le trajet m'avait paru court. Trop court. Je ne savais pas comment aborder le sujet... comment trouver le moyen de me sortir de cette situation. Je regardai la gargouille qui gardait le bureau pivoter, et un nouveau n½ud se forma dans mon ventre. Cette fois, je ne trouvai rien d'excitant à l'improvisation. L'idée de parler à Dumbledore sans m'y être soigneusement préparée me faisait stresser. Je laissai Remus frapper à la porte, profitant de chaque seconde pour retarder le moment que je redoutais tant.
 
-         Entrez, accorda la voix du directeur.
 
Remus ne bougea pas. Je sentais son regard sagement posé sur moi. J'appréciai qu'il me laisse décider du moment où j'entrerais. Je fixai intensément la poignée quelques secondes, hésitant à rebrousser chemin. Non, je ne pouvais pas me débiner. Plus maintenant. Finalement, j'ouvris la porte, suivie de mon ami. Le directeur se tenait de l'autre côté de son bureau. Il était apparemment en train de lire du courrier avant notre arrivée. Il se leva souplement de son fauteuil en nous gratifiant d'un large sourire.
 
-         Bien le bonjour à vous deux, salua joyeusement Dumbledore.
-         Bonjour professeur, répondit Remus.
 
Je me contentai de lui adresser un signe de tête, ne voulant pas trahir mes émotions par le ton de ma voix.
 
-         Que puis-je pour vous ?
 
Remus ne répondit pas et tourna la tête vers moi. J'eus l'impression que mes nerfs se pinçaient lorsque Dumbledore posa son regard curieux sur moi. C'était un sorcier de grande puissance et d'une rare intelligence. Mon père m'avait suffisamment mise en garde contre lui. Je ne devais pas me planter.  Les enjeux étaient trop énormes.
 
-         Je dois... vous parler d'un petit problème récurrent, commençai-je avec lenteur pour me laisser le temps de réfléchir à la suite.
-          Je t'écoute, assura Dumbledore en prenant un air un peu plus sérieux.
 
Le directeur m'observa plus attentivement, m'accordant toute son attention. Il n'avait rien perdu de son air bienveillant, et pourtant pendant une seconde, j'eus envie de me défiler et de sortir de ce bureau. De partir loin, hors de portée de ces satanés rayons X qui rendaient son regard si pénétrant. J'avais un mauvais pressentiment, et je n'aimais pas aller à l'encontre de mon instinct. D'autant plus que j'étais quasi persuadée qu'il ne pourrait pas m'aider. Bon sang, mais que faisais-je là ?

 

Je jetai un rapide coup d'½il à Remus qui m'encouragea du regard à me lancer. Lui aussi était très attentif. J'avais l'impression de sentir son impatience. Leur impatience à tous les deux d'ailleurs. Une situation idéale pour me mettre mal à l'aise.
 
-         J'ai... des sortes de crises... mentales, commençai-je avec hésitation.
 
Dumbledore fronça les sourcils. J'eus un mouvement d'impatience. J'avais été maladroite de présenter le problème sous cet angle... ça faisait de suite penser à de la folie.

-        Explique-toi. Qu'appelles-tu « crise mentale » ?
-      ... Il m'arrive d'avoir des flashs... subitement. Je vois des images dans ma tête, j'entends des bruits... soit je perds contact avec la réalité, soit je la déforme dans des hallucinations...
 
Cette fois, j'avais définitivement réussi à effacer l'air joyeux du visage du directeur. Il semblait même inquiet. Tout comme Remus d'ailleurs. Lui à qui je n'avais pas encore expliqué ce qui m'arrivait dans ces moments-là... maintenant il avait conscience de la gravité de ma situation. Je me détournai de lui pour ne plus l'avoir dans mon champ de vision. Je ne supportais pas de voir son teint pâlir. 
 
-          A quand remonte ta première crise ? demanda le directeur.
-          ... Ca m'est arrivé pendant l'été.
-          Y a-t-il eu un évènement particulier ? Quelque chose qui t'aurait chamboulée ?
-          Non, mentis-je avec assurance.
-          Je te pose la question parce que ça ressemble à des symptômes post-traumatiques...
-         Si c'était le cas, je ne revivrais que cet évènement marquant... l'ennui c'est que les images que je vois sont mélangées... elles sont parfois tirées de ma mémoire... parfois complètement étrangères...
-         Étrangères ?
-         Oui, il m'est arrivé de voir des lieux inconnus... ou des scènes que je n'ai jamais vécues... de ressentir des émotions qui ne m'appartiennent pas.
 
Dumbledore sembla réfléchir. Mes descriptions le perturbaient.
 
-         Penses-tu que quelqu'un pourrait souhaiter entrer dans ton esprit ?
-         Pourquoi vous demandez ça ?
-     Si tu vois des souvenirs qui ne t'appartiennent pas, c'est que ton esprit se « connecte » à celui d'une autre personne. Une personne reliée à toi. Les images que tu vois sont à elle.
 
Je pensai immédiatement à mon père. Mais c'était impossible... personne n'entrait dans ma tête sans que je ne l'y invite. Mon père devait m'envoyer des signaux pour que je baisse ma défense psychique... on ne se connectait jamais involontairement, ni l'un ni l'autre. On voulait garder nos pensées secrètes.
 
-         Je ne vois pas qui ça pourrait être, soufflai-je.
 
La version de Dumbledore était assez cohérente... mais je ne voyais absolument pas qui pouvait me faire une chose pareille. Aurais-je un ennemi caché ?  
 
-         As-tu remarqué quand ça t'arrivait ? Est-ce que c'est à un moment précis ? Avec une personne en particulier ?
 
Je fus gênée d'un coup mais n'en laissai rien paraître. J'avais bien un déclencheur récurent... c'est lorsque mes pensées s'égaraient vers des sujets trop délicats. Des sujets qui m'avaient touchée.
 
-        Ca ne m'arrive pas toujours au même moment, répondis-je évasive.
-         Prue... tu peux me faire confiance tu sais...
 
Aïe, je ne m'étais pas montrée assez convaincante. Dumbledore sentait que je lui cachais des informations.
 
-          ... Je sais bien. Mais très franchement, j'ignore totalement ce qui m'arrive. Je ne comprends pas plus que vous.
-         Le problème, c'est que si j'ai raison, si ton esprit se connecte effectivement à un autre... le fait que tu parviennes à visionner des scènes appartenant à sa vie veut dire que cette même personne peut également accéder aux tiennes.  Une intrusion mentale peut s'avérer très dangereuse. Dans le meilleur des cas, l'intrus a accès à tes souvenirs et peut t'espionner... mais dans le pire, elle peut aussi te manipuler, se servir de toi pour te faire commettre des actes que tu ne ferais pas en temps normal. Il peut aussi te faire baigner dans des illusions jusqu'à te faire perdre la raison. La legilimencie est à pratiquer avec grands soins... jouer avec l'esprit des gens peut causer des dommages irréversibles.
 
Je repensai à ce que j'avais fait au gang des Cobras... et pendant un instant, j'eus l'espoir fou d'avoir effectivement été manipulée. L'espoir que ce n'était pas vraiment moi qui avais commis ces atrocités. Avais-je perdu le contrôle à cause d'un intrus dans mon esprit, ou était-ce moi et personne d'autre à l'origine d'un tel carnage ? Je secouai la tête avec agacement. Il ne fallait pas que je pense à ce genre de sujet bon sang !
 
-         Je suis consciente de tous ces dangers professeur... mais que voulez-vous que je fasse pour empêcher cette personne d'entrer dans ma tête ? Surtout que je ne suis même pas sûre que ça soit vraiment une intrusion.
-         Il existe un moyen d'en avoir le c½ur net. La legilimencie permet à un sorcier assez puissant de pénétrer l'esprit des gens. Comme tout sortilège d'attaque, il en existe un de défense.
-         L'occlumencie. Je connais.
-         Tu es occlumens ?
-         Oui.
 
Dumbledore garda le silence. Je vis à ses yeux qu'il réfléchissait, préoccupé. Il se tourna et se mit à marcher lentement dans son bureau. Je ne le lâchai pas des yeux, attendant patiemment. Comme je m'en étais doutée, cette entrevue n'était qu'une perte de temps. Dumbledore ne pouvait pas m'aider. Le seul point positif que j'y voyais, c'est que Remus me laisserait tranquille après ça. Je sentis une légère migraine me saisir soudainement. Père ne choisissait pas le bon moment pour essayer de me contacter. Je le maintins donc bien en-dehors de mon esprit, bloquant complètement l'accès pour lui faire comprendre que j'étais occupée. Mais le fourmillement continua... et je ne compris pas pourquoi il s'acharnait. Le signal que j'avais envoyé était pourtant clair, il en avait l'habitude... y avait-il une urgence pour qu'il s'acharne ainsi ? Bon sang, il fallait vraiment que je sorte de ce bureau !
 
-         Impressionnant... dit Dumbledore au bout d'un moment. Tu es capable d'opposer une excellente résistance alors que je ne t'ai même pas prévenue que j'allais essayer d'entrer dans ta tête... Je commence donc à douter de ma théorie sur l'intrusion.
 
Je déglutis. Putain, c'était Dumbleodre à la porte de mon esprit... pas mon père ! Heureusement que je m'étais fermée comme une huître. Je jetai un coup d'½il vers Remus, d'un air de dire : « tu vois, je t'avais dit qu'il ne pourrait pas m'aider ». Dumbledore reprit sa marche à travers son bureau.
 
-        J'aimerais en savoir plus sur toi, reprit Dumbledore.
-        A quel sujet ? demandai-je après une seconde d'hésitation.
-        Ton passé.
 
Une décharge me parcourut désagréablement le corps. J'eus l'impression que tous mes sens se mettaient en alerte. S'il y a bien un sujet que je ne devais pas aborder avec lui... c'était celui-là.

-         Je ne saisis pas l'intérêt, répondis-je calmement.
-       Je cherche une piste Prudence. Si tu n'es pas victime d'une intrusion, ça veut dire que le déclencheur de tes crises est personnel.
 
Je serrai la mâchoire. La conclusion de Dumbledore était prévisible et inévitable. Mais comment le tenir éloigné de mon passé sans paraître trop suspecte ?
 
-         Je ne vois pas pourquoi mon passé ne ressurgirait que maintenant, finis-je par répondre. Je vous ai dit que ces crises étaient récentes.
-          Ne me fais pas croire que ce sont les seules choses anormales dans ta vie.
 
Je ricanai avec amertume, tournant la tête vers la fenêtre pour regarder au-dehors. Non c'est sûr que ces crises n'étaient pas les seules. Ma vie entière était anormale ! Je fronçai les sourcils. Une seconde... comment pouvait-il savoir que ces crises n'étaient pas l'unique signe de mes troubles ? 
 
-        Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? demandai-je avec suspicion.
-        Je n'arrive pas à reconstituer ton passé. Pourtant, je me suis rendu à l'orphelinat et -
-         Vous vous êtes renseigné sur moi ?! coupai-je avec froideur.  
 
Dumbledore eut un instant d'arrêt face à ma soudaine agressivité. Il cessa de marcher et me fit face.
* Reste derrière ton masque Prue... *
 
-       Pourquoi ? questionnai-je guère plus doucement. Vous vérifiez tous vos élèves ?
-       Bien sûr que non.
-       Alors pourquoi avoir creusé dans mon passé en particulier ?
 
Je n'arrivais pas à reprendre le contrôle de ma voix, imprégnée de colère. Il planta son regard bleu de vieux sage dans le mien, qui devait certainement le mitrailler. Je n'aimais pas cette attitude intrusive. Pour qui se prenait-il ? Il n'était qu'un directeur d'école, il n'avait pas le droit de fouiller dans la vie de ses élèves comme un détective privé !
 
-       Je ne souhaite que ton bien, Prue... ne prends pas ma démarche comme une tentative d'intrusion dans ta vie privée.
 
J'eus un mouvement d'impatience. La rage avait balayé ma fatigue. Comme je m'en étais toujours doutée... Dumbledore était une personne dont je devais absolument me méfier. Il m'en apportait la preuve aujourd'hui encore. Malgré toutes mes précautions pour ne pas attirer son attention, il m'avait dans le collimateur depuis longtemps. Heureusement que Père avait pris des dispositions auprès de l'orphelinat pour laisser des « traces » de mon passage. J'aurais été grillée sinon, et la mission foutue en l'air... tout ça à cause de la curiosité de ce taré de directeur. L'entrevue commençait sérieusement à prendre une tournure déplaisante. Je n'aurais jamais dû venir ici.
 
-           Prue... appela doucement Remus.
 
J'essayai de reprendre un visage impassible avant de me reporter sur Remus, mais même pour lui, je n'arrivais pas à retrouver mon calme. J'avais la haine.
 
-           Dis-lui.
 
Une nouvelle onde de colère me parcourut. Je serrai la mâchoire en secouant négativement la tête. Que je lui dise quoi hein ?! Que j'avais tué ma mère ? Pourquoi faire ? Je savais très bien que ce n'était pas ça la source de mes crises ! Et je n'étais ici que pour régler ça... les crises mentales. Le reste, j'arrivais à le gérer, même si parfois c'était difficile et « pesant » comme disait Dumbledore. J'avais toujours eu les épaules suffisamment solides pour le porter. Ca faisait des années que  je vivais avec cette blessure.
 
-         Je ne vois pas l'intérêt d'aborder ce sujet, dis-je avec raideur.
-         Mais –
-         Oui, cet évènement a été à l'origine de pas mal de problèmes... coupai-je vivement. Mais ces crises sont récentes, et n'ont donc pas de rapport !
 
Quelques secondes de silence s'installèrent. J'avais remis mon masque froid et impassible... ma carapace blindée. Remus était attristé par mon entêtement.
 
-      Je me permets donc de revenir sur le sujet de l'orphelinat, intervint Dumbledore.

Je soufflai d'agacement.
 
-         Que voulez-vous savoir ?
-         Comment se sont passées tes années là-bas ?
-         Dans la solitude, lâchai-je.
-         Et il n'y a jamais eu de problème particulier avec d'autres enfants ? Ou même le personnel ?
-         Non, jamais.
-         Aucun évènement qui aurait pu ... te choquer à l'époque ?
-         Aucun.
-         Tu comptes en partir bientôt ?
 
Mon regard se perdit en pensant à ce que signifiait réellement cette question pour moi. Depuis quelques temps, je voulais partir du manoir. Être complètement autonome, avoir ma propre maison. Ne plus être sous le même toit que mon père, à suivre ses horaires, ses habitudes... ses ordres.
 
-         A la fin de l'année, répondis-je sur un ton neutre.
 
Dumbledore reprit tranquillement sa marche, toujours dans ses pensées. Je n'osai tourner les yeux vers Remus, craignant de deviner ce qu'il avait bien pu ressentir au-delà de mes réponses.
 
-         Si tes crises ne sont dues ni à une intrusion, ni à ton enfance, il va falloir chercher plus en profondeur.
 
Je me tendis à ces paroles. Plus en profondeur ? 
 
-         C'est-à-dire ?
-         J'aimerais faire une petite expérience... si tu l'acceptes bien sûr.
 
Une expérience... Ma jauge de méfiance augmenta d'un coup. J'avais de plus en plus envie de quitter cet endroit. Ce rendez-vous était sérieusement en train de partir à la dérive. 
 
-         Ça dépend ce qu'elle implique, répondis-je en essayant de rester calme.
-       Si je ne peux pas entrer dans ton esprit, il faut que quelqu'un de plus apte le fasse. Quelqu'un capable de trouver l'origine de tes problèmes.
-         Je ne vois pas qui.
-         Il est déjà dans la pièce. 
 
Je haussai les sourcils et balayai le bureau d'un regard circulaire. Je savais très bien qu'il ne pouvait pas s'agir de Remus. Malgré son talent, il ne pouvait pas être meilleur que Dumbledore. Mes yeux se fixèrent sur le haut d'une étagère et je ne pus empêcher une certaine crainte m'envahir.
 
-         Le Choixpeau ?
-         Précisément, confirma le directeur.
 
Je sentis le danger. J'avais eu de grosses difficultés à le retenir l'année précédente lors de la répartition. Et les évènements récents m'avaient affectée. J'étais fragilisée. Je risquais de me griller au moindre faux pas. Je pouvais refuser, l'ennui c'est que Remus était là... et que je lui avais fait une promesse. Je risquais d'éveiller les soupçons si je me dérobais. Bon sang, mais pourquoi avais-je promis une chose pareille à Remus ?! Je m'en voulais d'avoir laissé mes sentiments s'exprimer ! Voilà que maintenant je me retrouvais au pied du mur...
 
-         Ok, finis-je par lâcher à contrec½ur.
 
Mon esprit se vivifia en moins de deux secondes. Cette fois, le Choixpeau n'allait pas seulement observer mes qualités... il allait creuser en moi...
 
-         Installe-toi, invita Dumbledore en désignant un fauteuil.
 
Je me mis dans le fauteuil et jetai un regard à Remus. Même si j'essayais de contrôler l'expression de mon visage et de mes yeux pour tromper Dumbledore, je me doutais bien que Remus savait pertinemment que je n'étais pas du tout à l'aise.  Cette sensation redoubla lorsque Dumbledore plaça le Choixpeau au-dessus de ma tête avant de le descendre lentement pour le poser délicatement. Je sursautai et mes yeux se fermèrent d'eux-mêmes à son contact. Je bloquai tout pour l'empêcher de parcourir mes pensées, mes souvenirs... tout ce que je gardais enfoui au plus profond de mon esprit.
 
-         * Pourquoi me résister comme ça ? *
 
Sa voix résonnait dans ma tête, calme et posée. J'avais l'impression que des milliers d'ondes me traversaient le cerveau, que des aiguilles tentaient de percer ma carapace mentale.
 
-         * Devine *
-         * Un passé suspect ? *
-         * Non, simplement douloureux *
-         * Les deux vont ensemble en général *
-         * Pas toujours *
-         * Aller... laisse-moi entrer. Juste quelques instants *
-         * Même pas en rêve. *
-         * Tant pis... je vais devoir y aller en force... *
-         * Je t'attends... *
 
Il renouvela ses attaques de manière beaucoup plus intense, et je me crispai pour me défendre. Mes mains serrèrent l'accoudoir avec force. Tout mon corps se tendit à bloc. Des éclairs frappaient ma tête de tous côtés, essayant de me faire lâcher prise. Une migraine ne tarda pas à venir m'affaiblir davantage. Malgré la douleur insupportable, je refusai de céder et continuai ce duel mental.
 
J'avais complètement perdu la notion du temps. J'avais l'impression de lutter depuis une éternité. Le Choixpeau m'eut à l'usure, car une simple fraction de seconde de faiblesse lui suffit à entrer. Et là ce fut le déluge. Les flashs s'accumulèrent. Les images défilaient à une vitesse alarmante... remontant les années de ma jeunesse pour me faire revoir en accéléré les moments les plus forts de ma vie. Je sentais que mon corps tout entier était oppressé... comme si quelque chose se gonflait en moi. Toute la haine que j'avais pu ressentir dans ma vie se raviva... toujours plus destructrice. Et toute ma douleur aussi. Cet atroce mélange me donnait l'impression d'être sur le point d'exploser. Le Doloris n'aurait pas pu être pire. C'était de la pure et simple torture mentale que me faisait subir le Choixpeau. Mais le pire, c'est lorsque je compris qu'à force de remonter le fil de mes souvenirs il allait finir par atteindre celui qui pouvait me faire exploser. Et ça ne manqua pas. Les flashs ralentirent... les éclairs se firent moins nombreux... et mes souvenirs se stabilisèrent au point de départ de mon enfer. La soirée de mes cinq se remit en scène dans mon esprit. Je mis toute la volonté et l'énergie dont j'étais capable pour expulser ce satané Choixpeau de ma tête. Mais j'étais à nouveau dans le manoir familial... ne comprenant pas pourquoi des hommes cagoulés étaient venus le soir de mon anniversaire. Ce soir qui aurait dû être un merveilleux moment de fête et qui avait tourné au drame. 
J'étais en haut des escaliers, affolée. Ma mère venait de se faire expulser à l'autre bout de la pièce. L'homme se tourna vers moi en ricanant.
* Je t'en prie, arrête ! Je ne veux  pas revivre ça !! *
Je n'arrivais plus à me défendre, tétanisée par ce souvenir. Le Choixpeau avait réussi à prendre le contrôle absolu sur mes pensées. J'étais soumise à son infâme avidité de parcourir mes souvenirs. Mais j'aurais préféré qu'il découvre que j'étais une tueuse plutôt que de se contenter sur ma jeunesse.
 
-         Prue ! Pars ! cria ma mère.
 
L'homme ria de plus belle. Un rire cruel. Il sortit son couteau et je vis la lame foncer sur moi. Je déviai l'arme de manière à ce qu'elle atteigne ma mère. Un soulagement m'envahit quand je la vis s'effondrer, comme je le voulais.
 
-         ARRÊÊÊTE !!!! hurlai-je.
 
La douleur venait d'atteindre un pic. J'avais l'impression que la lame de la culpabilité s'était plantée une seconde fois dans mon c½ur en revoyant cette terrible vérité. J'avais tué ma mère... volontairement. Je l'avais visée. Il n'y avait pas de doute possible... le Choixpeau m'avait fait revivre le souvenir tel qu'il était conservé dans ma mémoire... sans aucune déformation possible comme je l'avais espéré après un cauchemar. J'eus envie de mourir lorsque je me revis m'agenouiller dans le sang de ma mère... fixant ses yeux voilés qui n'exprimeraient plus jamais rien. Par ma faute. Et puis je ne vis plus rien. C'est comme si le film de mon passé s'était coupé brusquement. L'étau qui m'avait emprisonné l'esprit s'était desserré d'un seul coup. Mais je ne parvins pas à ouvrir les yeux pour revenir à la réalité, emportée par les puissants bras de l'inconscience.
 
| . . . |
 
J'entendis de faibles plaintes, me sortant de mon demi-sommeil. Je sentis la pierre froide et humide dans mon dos endolori. Je connaissais par c½ur cette lourde atmosphère chargée de peur, de souffrance... je me réveillai une nouvelle fois en enfer. J'ouvris les yeux et parvins à distinguer le contour de quelques ombres recroquevillées sur elles-mêmes. Combien de fois ai-je eu cette vision incertaine ? Combien de fois ai-je rêvé ne plus la voir à mon réveil ?
 
-         Prue ? chuchota quelqu'un à côté de moi.
 
Je reconnus la voix de Jeff. Cela me fit sourire. Au moins il était là.
 
-         Oui, répondis-je aussi bas que lui.
-         Tu crois qu'on sortira un jour de ce trou à rat ?
-         C'est ce qu'ils ont laissé entendre oui. Si on gagne.
-         On gagnera... Et quand on sera dehors, tu voudras bien vivre avec moi ?
 
Malgré les tragédies qui se succédaient et qui étaient notre quotidien, je souris à sa demande.
 
-          Oui mon ange... je t'aime.
 
Je ne le voyais pas, mais j'eus l'impression d'entendre son c½ur faire des sauts périlleux. Il posa ses lèvres sur les miennes, ce qui agrandit davantage mon sourire. Ma vie ici était un enfer... mais si mon c½ur continuait de battre, c'était uniquement pour lui. Il était mon unique raison de me relever après chaque épreuve, d'encaisser, sans céder à l'appel de la mort souvent si tentant. C'est pour lui que je faisais l'effort de continuer cet effroyable jeu que je savais perdu d'avance. Parce qu'au fond, j'avais l'espoir fou de voir la partie se finir un jour. Pouvoir continuer ma vie avec lui, loin de cet enfer, était le rêve qui me maintenait en vie, et qui me poussait à ne pas abandonner la lutte pour la liberté. Ce même espoir qui me donnait toujours la force suffisante pour me relever. Rester en vie. Oh ce n'était pas la grande forme, et ma vie ne tenait souvent qu'à un fil. Mais elle tenait. Et c'est tout ce qui comptait. Un jour de plus comme on se disait pour s'encourager quand ça n'allait pas.
 
J'entendis des pas lourds se rapprocher et on se sépara. Je me concentrai sur les battements réguliers et inquiétants des pieds qui résonnaient. Je les avais si souvent entendus. Ils annonçaient à chaque fois une douloureuse épreuve dont personne n'était sûr de ressortir vivant. J'avais souvent fixé la lumière, espérant au fond de moi que le bourreau ne prononcerait pas mon prénom. Tout le monde dans la cellule s'était redressé, à l'écoute. La porte s'ouvrit et j'entendis quelque chose fuser. Jeff poussa un gémissement et tomba sur moi.
 
-         JEEEEEEEFF !!!!!!!!!!!!!
 
Mon cri se perdit dans les ténèbres et j'ouvris les yeux, revenant à la réalité. J'étais dans une pièce blanche, entourée de nombreux lits. J'étais couverte de sueur. Je tremblais. Où étais-je ? Et ma tête... j'avais l'impression d'avoir le cerveau engourdi. D'être complètement irradiée. Ma tête vibrait de douleur. Enfin non... tout mon corps. J'avais l'impression d'avoir une immense plaie ouverte à la place du c½ur. Je me calmai peu à peu en reconnaissant l'infirmerie. J'étais à Poudlard, de retour dans le présent. Je me laissai tomber sur l'oreiller, essayant de reprendre mon souffle.
Il me fallut plusieurs minutes pour chasser ce souvenir atroce de mes pensées. Je soupirai, agacée. L'année venait à peine de commencer, et on peut dire qu'elle était mouvementée. J'essayai de me concentrer pour me rappeler comment j'avais pu atterrir là. Je me souvins être allée chez Dumbledore... je me souvins avoir accepté de faire une expérience avec le Choixpeau... quelques images me revinrent en tête... et je sentis le stress m'envahir. J'avais revu des images de ma jeunesse... mais surtout, j'avais revécu la mort de mère. Encore. C'était tellement réaliste cette fois. J'avais eu l'impression d'être repartie douze ans en arrière pour commettre à nouveau cet acte irréparable qui m'avait conduit droit en enfer. Je venais de la tuer pour la seconde fois... volontairement... comme la jeune bête que j'étais déjà à l'époque. Une nouvelle décharge me parcourut le corps. La blessure dans mon être s'était remise à saigner face à l'atrocité de ce souvenir. Je fermai les poings avec force pour ne pas m'attarder davantage là-dessus. Il fallait que j'arrive à retracer la suite. Mais j'eus beau essayer de reprendre le fil de ma mémoire, je n'arrivais pas à savoir ce qu'il s'était passé ensuite. J'avais un trou noir.

 

Je fermai les yeux en soupirant et sentis ma gorge se nouer. Pourquoi fallait-il que le sort s'acharne ainsi sur moi ? Je n'avais donc pas assez souffert pendant toute ma jeunesse ? Ça ne suffisait pas que je sois devenue la bête que j'étais ? Il fallait en plus que le remord continue de me peser au point de me faire perdre la raison ? Cette torture était-elle vouée à ne jamais s'arrêter ?
Je me tournai, essayant de ne plus penser à rien. Je ne voulais qu'une seule chose : quitter cet endroit, demander des explications. Il fallait que je sache ce que j'avais fait après mon affrontement avec le Choixpeau. Mais avant ça, je devais reprendre des forces. J'étais crevée... je n'étais pas encore apte à faire face à Dumbledore et à supporter son regard inquisiteur. Je ne me sentais pas encore d'attaque pour remettre mon masque.
 
| . . . |
 
Cette fois, lorsque je me réveillai, je me sentis déjà mieux. Je m'accordai donc quelques minutes pour bien prendre le temps de sortir de mon sommeil avant de me lever. Je repoussai le drap et me redressai en douceur. L'impatience commença à me ronger en pensant à mon rendez-vous avec Dumbledore. Je voulais tellement savoir comment ça s'était terminé pour que j'en arrive là. Je n'eus pas le temps d'atteindre la petite pièce d'à côté pour récupérer mes affaires que les doubles-portes s'ouvraient sur Dumbledore, arrêtant mon élan. Je fronçai les sourcils en voyant l'air étrange sur son visage.
 
-         Tu es réveillée... murmura le directeur.
-         Que s'est-il passé ?
 
Dumbledore ne répondit pas de suite. Quoi ? Qu'y avait-il ? Pourquoi ne pas répondre ? C'était simple comme question non ?
 
-         Professeur, appelai-je. Que s'est-il passé ? demandai-je plus fermement.
-         J'aimerais que tu t'asseyes, dit-il calmement.
 
Je le regardai plusieurs secondes avec agacement.
 
-         Ok, finis-je par dire.

Je pris place au bord du lit le plus proche sans faire d'histoire, impatiente de savoir. Je n'aimais pas du tout l'absence de souvenir sur le dénouement de mon duel mental... comment et surtout pourquoi tout s'était arrêté d'un seul coup ? Pourquoi Dumbledore semblait-il si inquiet ?
 
-         Tu as lutté longuement contre le Choixpeau... une bonne demi-heure au moins. Tu résistais bien. Et puis tu t'es mise à parler. A te débattre. Tu demandais au Choixpeau d'arrêter.
 
Je me tendis à ces paroles. Avais-je eu le malheur de prononcer des mots qui n'auraient jamais dû sortir de ma bouche devant Dumbledore ? Avais-je commis l'erreur de donner involontairement des indices sur des évènements de mon passé ? C'était fort possible à en juger par l'air grave qu'avait le directeur. Le stress m'envahit à l'idée de m'être trahie aussi bêtement. Je me mordis la lèvre, redoutant la suite de ses explications. Dans quelle merde m'étais-je encore mise ?
 
-         Et ? m'impatientai-je.
-         ... Tu as commencé à te servir involontairement de tes pouvoirs.
 
Une onde de choc me traversa. J'avais utilisé mes pouvoirs ? J'avais dû faire des dégâts... Je me souvins avoir eu l'impression de me sentir gonfler de l'intérieur... je n'étais pas surprise d'avoir effectivement libéré la pression qu'exerçait le Choixpeau sur moi en me faisant revivre les horreurs de ma vie. 
 
-         J'ai mis le feu à votre bureau ?
-         Non. C'est de la télékinésie dont tu t'es servie.
 
Je déglutis devant l'air toujours aussi inquiet du directeur. Il m'observait comme un animal craintif... comme s'il s'attendait à ce que je bondisse sur lui à la moindre occasion. Je sentais qu'il y avait eu un problème... un gros problème. Je lisais dans ses yeux qu'il s'était passé quelque chose de grave. Qu'avais-je fait putain ?!
Je sursautai violemment en me souvenant que Remus était avec moi à ce moment-là.
 
-         Remus... soufflai-je. Où est-il ?
 
Une lueur passa dans les yeux du directeur. J'eus l'impression que mes entrailles se tordaient violemment. Qu'avais-je fait... ? Je n'avais tout de même pas... ?
 
-         Remus, répétai-je. Comment va-t-il ?
 
Dumbledore hésita encore. Je sentais l'angoisse m'envahir à chaque seconde de silence qui s'écoulait. Je ne supportais plus de ne pas savoir.
 
-         Répondez ! intimai-je.
-         Il est à Sainte Mangouste, répondit doucement Dumbledore. Il est dans un état stable, rassure-toi.
 
Sainte Mangouste. L'hôpital des sorciers. Pourquoi ? Pourquoi Remus avait-il eu besoin d'y aller ?
 
-         Qu'est-ce que j'ai fait ? demandai-je d'une voix tremblante.
 
Le doute n'était plus permis... j'avais fait quelque chose de mal... et Remus avait été ma victime. J'étais rongée par la peur de découvrir de quoi il s'agissait.
 
-         Pendant ta lutte avec le Choixpeau... tu as usé de ton pouvoir sur le coupe-papier que j'avais laissé sur mon bureau... il s'est malencontreusement dirigé vers Remus.
 
Mon c½ur s'arrêta net. Je me revis en train d'envoyer le couteau sur ma mère... en boucle. Une fois, deux fois... je la revis s'effondrer devant mon regard. Par ma faute. Je me levai pour m'éloigner le plus loin possible de Dumbledore, comprenant ce qu'il s'était passé. Je n'avais pas seulement revécu la tragédie de ma jeunesse... j'en avais perpétré une nouvelle. Un nouveau drame qui avait frappé Remus. Je serrai les poings sous la douleur, essayant de retenir mes larmes de rage. Comment pouvais-je être aussi monstrueuse ?!
 
-       Prue, rassure-toi, Remus va s'en sortir. Il a été pris en charge très vite.
 
Ça ne changeait rien ! J'avais failli tuer Remus ! Je reculai de quelques pas, horrifiée par ce que j'avais fait. Je n'arrivais pas à croire que ça avait pu arriver... Remus, lui qui m'avait sauvé la vie, lui qui était adorable et qui prenait toujours soin de moi... il était à l'hôpital... par ma faute. J'avais failli le tuer. De la même manière dont j'avais tué ma mère. Je l'avais atteint lui aussi d'un coup de lame. Je pris ma tête entre mes mains et tombai à genoux sous la douleur qui me lacérait la poitrine. Remus. Mon Remus. Mon précieux ange. Comment avais-je pu faire une chose aussi horrible ?! Je me dégoûtais. J'avais le don pour détruire le peu de personne qui tenaient à moi. J'étais pire qu'un monstre. Bien pire que je ne le pensais jusque là. Le massacre du gang n'était rien à côté. Blesser Remus... j'avais gravement blessé Remus...

 

Le remord me rongea chaque nerf avec une lenteur et une intensité insupportable. Mon esprit était focalisé sur une seule personne : Remus. Remus qui était en ce moment-même allongé sur un lit d'hôpital parce que je n'étais qu'une louve dérangée par des années de souffrance. Une louve qui ne méritait plus que d'être abattue pour avoir fait couler un sang aussi pur.
Comme si je n'étais pas déjà suffisamment torturée, j'eus des flashs me montrant des corps, beaucoup de sang... je sentis une chaleur monter en moi. Puis des coups de feu résonnèrent dans ma tête... des hurlements d'effroi... des cris de rage... des explosions... et puis je revis encore une fois ma mère s'écrouler sous l'impact de la lame dans son c½ur... ses yeux agrandis par la surprise... avant que son visage se transforme en celui de Remus. Remus qui tombait de la même manière dans le bureau de Dumbledore...  Mes souvenirs continuèrent de se mélanger... j'entendis le souffle d'un brasier qui se répandait...

 

Je rouvris difficilement les yeux pour revenir à la réalité. J'avais une nouvelle fois mis le feu à l'infirmerie, pour de vrai.
 
-         Prue, reprends-toi ! m'encouragea Dumbledore.

J'essayais. J'essayais mais c'était vain. Pourtant je ne voulais pas qu'une chose pareille arrive. Je ne voulais pas perdre le contrôle ainsi sur un brasier qui allait devenir impossible à étouffer avant qu'il ait fini d'avaler tout ce qui se trouvait autour. Alors pour chasser mon passé, je pensai aux meilleurs moments de ma vie... auprès de Jack, de Diego... et surtout auprès de Remus. Lui qui m'avait tant apporté. Lui qui m'avait donné tant de joies. Mais au lieu de m'apaiser et de me donner la force de reprendre mes esprits, cela ne fit que rendre mes remords plus pesants encore. Et j'explosai. De rage. De douleur. De chagrin. De regrets. Je libérai ce flot d'émotions insupportable qui s'était gonflé d'un seul coup. Le feu, qui avait déjà envahi la moitié de la pièce, s'intensifia encore. L'eau projetée par le directeur n'avait aucun effet. J'étais incapable de reprendre le contrôle. Je me sentais brisée. Brisée par mon geste envers Remus. Brisée de m'en être pris à cet ange à qui je devais tant.
 

 


Le directeur finit par reculer face aux flammes qui gagnaient du terrain. J'avais l'impression d'être dans un état second. J'étais immobile au milieu de l'incendie, comme paralysée. Comme si je n'avais plus conscience que ce brasier pouvait tuer tout le monde ici. Personnellement, j'étais insensible à la chaleur étouffante qui se dégageait, mais ce n'était pas le cas du vieux directeur. Il commença à s'étouffer à cause de la fumée... à se courber, toussant, cherchant de l'air. Les lits s'élevèrent lentement dans les airs, commençant à tournoyer et à se tordre dans tous les sens. Me servir de mes deux  pouvoirs en même temps pouvait être catastrophique, et pas seulement pour les personnes présentes dans cette infirmerie... mais je ne parvenais pas à me ressaisir. C'est comme si je n'étais plus moi-même. Comme si j'avais perdu toute conscience. Toute raison. Encore.
 
-         Concentre-toi Prudence...
 
Je relevai la tête. Dumbledore s'était isolé dans une sorte de bulle d'air que les flammes ne pouvaient transpercer. Le vieux sage s'accroupit à mes côtés.
 
-         Ne te laisse pas gouverner par tes émotions.
 
Je fermai les yeux douloureusement, et au prix d'un immense effort, je parvins à étouffer les flammes. Je me laissai tomber sur le carrelage brûlant, vidée de mes forces. Je rouvris les yeux, et lorsque je vis dans quel état j'avais mis l'infirmerie, je sentis une nouvelle vague de culpabilité m'envahir. J'aurais pu ravager le château tout entier... brûlant vif tous ses habitants en moins de quelques minutes. A moi toute seule. J'aurais pu tous les tuer. Briser des centaines de familles. Une génération entière. Ma dangerosité m'effrayait. Ma capacité de destruction était affolante.
 
Je tournai la tête vers Dumbledore, qui avait fait disparaître sa bulle protectrice. Il me regardait avec attention. J'étais incapable de prévoir quel sort il me réservait pour mon dérapage. Mais après avoir failli tuer Remus et rayer Poudlard de la carte... je n'espérais qu'une chose... Être renvoyée. L'occasion en or de mettre un terme à cette mission insensée. Cet échec m'attirerait certainement les foudres de mon père. Il me renierait sans doute. Je n'aurais alors plus qu'à disparaître... loin d'ici. Loin de mes cibles, loin du manoir de mon père... là où je ne pourrai plus faire de mal aux rares personnes qui m'étaient chères. C'est tout ce que je méritais désormais. L'exil.
 
Chapitre 32 : Un nouveau drame
 
Et voilà pour ce chapitre ! :)  Qu'en pensez-vous ? Ce rendez-vous avec Dumbledore amorce un nouveau tournant dans l'histoire, qui devrait donc bientôt commencer à répondre à vos questions au sujet des crises dont souffre Prue.
Le mot de Tracker et l'aperçu du prochain chapitre sont à la suite.
Gros bisous

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Pétage de plomb.. tant mieux elle pourra remettre les compteurs à zéro

  • fichp-lifealwaysrestart

    03/09/2015

    Je viens de reprendre les cours donc je pense lire un chapitre par jour, ainsi que le mot de Tracker qui va avec.

    Ce chapitre me laisse... Perplexe. Encore plus que le chapitre 30 où là tout était plus centré sur les choix sentimentaux de Prue. Là... Elle pète complètement les plombs. Je me pose de plus en plus de questions sur son passé, bien sûr, mais je n'arrive pas à me formuler des hypothèses pour expliquer pourquoi elle s'attribue la responsabilité d'avoir tué sa mère. Je n'arrive plus à distinguer ses souvenirs de ses rêves (par rapport à Jeff, notamment). En bref, tu m'as complètement perdue et fait revoir tout ce que j'avais assimilé sur l'histoire... ;)

    Mais bon, ton mot de la fin m'a rassuré, si mes réponses sont bientôt là, tout me va... J'ai comme d'habitude hâte de savoir la suite, si Remus va changer de comportement envers Prue (pas trop j'espère), comment Dumbledore va gérer ce nouvel incident qui est pour le moins conséquent, et bien sûr, je me demande comment le sentiment de culpabilité de Prue va évoluer...

    J'espère avoir mes réponses prochainement ! ;)

  • hostfresh-HarryPotter

    24/06/2014

    C'est pas vrai mais t'as pas fini de la faire souffrir ???!!!!

  • MikaWolfeHP

    19/06/2014

    Pauvre Prue et pauvre Remus!! :'( Mais ton chapitre était vraiment GÉNIAL encore une fois! Tu écris super bien! Et tu me donnes envie de lire l'autre chapitre toute suite :P Mais ce serait pour plus tard xD

  • evanalinch-lunalovegood

    30/05/2014

    Superbe chapitre sur les vieux démons de notre chère amie

  • Harry-Potter-generationx

    29/05/2014

    Ouah ! :o
    superbe chapitre !!! J'adore !!!!!! :D
    Il y a pas a dire, c'est sure, Prue sait se faire remarquer ! C'est tellement triste cette histoire avec sa mere, je suis persuadée que c'etait un accident, elle ne voulait pas reelement tuer sa mere ...
    Quand a son souvenir avec Jeff, ce qu'ils ont du vivre devait etre pire encore que l'enfer, avec les quelques elements que tu laisses trainer je peux deja m'en faire une petite idee et sa me donne froid dans le dos ....
    Elle a envoyer Remus a Sainte-Mangouste ?!!!! :o Mon dieu, la apuvre doit se sentir tellement mal ! Mais connaissant Rem's il dira que c'etait de sa faute, quand aux autres ... Je ne sais pas trop on verra :)

    J'avais prevu de terminer la soirée en lisant se chapitre, mais la je peux pas attendre, je vais lire la suite !!! :D

  • clochinettedu76

    05/05/2014

    Coucou !
    C'était un super chapitre, je n'ai rien a dire ! :) J’espère juste 2 petites choses au prochain chapitre :
    1) Que Remus sorte de Sainte Mangouste ! Le pauvre quand même ! Je n'aime pas le savoir là-bas, parce que ça veut dire qu'il a vraiment souffert :(
    2) Que l'on en sache un peu plus sur ces crises de Prue, parce que ça m’inquiète de plus en plus cette histoire !

    Je te souhaite une bonne semaine !

  • aSupernaturalLife

    05/05/2014

    Whaou quel chapitre !
    ça n'a pas dérapé qu'un peu, avec Dumbledore :O
    J'ai hâte de revoir Remus, de voir s'il va bien ou si Dumbledore a embelli la situation pour ne pas énerver Prue. Bref, hâte de lire la suite quoi ;)

  • assassin-maraudeurs

    04/05/2014

    xsmileyx93-rep-choixpeau wrote: "Coucou !
    C'était un très bon chapitre, super intéressant ! Je ne trouve rien à redire. Bravo Bravo Bravo. Je me suis éclatée à le lire !
    Vivement la suite.
    Bisou ♥
    "

    Hey ! Contente qu'il t'ait plu =) j'espère que le prochain te plaira autant ! bisous et bon dimanche

  • laurie-slater-10

    04/05/2014

    Remus a sainte mangouste!! Non... J'ai vraiment hate de voir le prochain chapitre! Et celui ci etait trop bon!'

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