Chapitre 34 : Le récit de Dumbledore

« Jamais je n'aurais imaginé que Dumbledore, celui dont je me méfiais comme de la peste, puisse m'apporter une aide aussi précieuse. Comme quoi, une fois de plus, j'avais tort. »
 
 
Chapitre 34 : Le récit de Dumbledore
 
 
| Jour, heure et lieu indéterminés |

 
Je me réveillai lentement, et la première chose que je vis, c'est un plafond aux couleurs rougeâtres, preuve que je n'étais pas à l'infirmerie mais dans mon lit.
 
-         Bonjour  Prue.
 
Je tournai ma tête un peu alourdie vers Remus. J'avais l'impression d'avoir dormi pendant des jours.
 
-         Salut, dis-je faiblement.
 
Quelques secondes s'écoulèrent dans le silence. J'avais l'impression de reprendre le cours des évènements comme si je n'avais jamais dormi... comme si je venais tout juste de quitter le bureau de Dumbledore. Ses paroles résonnaient encore dans ma tête...
« Ta mère s'appelait Rosalie Halliwell. Tu as une soeur... une soeur jumelle, Sandra.»
 
-          Ça fait longtemps que je suis dans les vaps ? finis-je par demander.
-         Depuis hier. Dumbledore t'a administré une bonne dose de calmants pour que tu te reposes.
-         L'année commence fort...
 
Pas une seule journée n'avait été normale depuis la rentrée. Je n'avais même plus l'impression d'être dans une école. Il s'en était passé des choses en une semaine... tellement que je n'avais assisté qu'à une journée de cours. 
 
-         Comment tu te sens ? demanda Remus avec douceur.
 
Affreusement mal.
 
-         Ça va, mentis-je.
 
Je vis à son regard qu'il ne s'était pas laissé berner. Évidemment. Peu importe. Je me levai et allai dans la salle de bains sans ajouter quoi que ce soit. J'eus un instant d'arrêt en me regardant dans le miroir. J'avais l'impression d'être en face d'une étrangère. Je me détournai pour aller sous la douche, le coeur meurtri.

 


Lorsque je sortis de la salle de bains, Remus était toujours dans la chambre, mais il s'était mis devant la fenêtre et regardait au-dehors.
 
-         Je peux me retourner ? demanda-t-il.
-         Oui oui, assurai-je.
 
Il se détourna de l'extérieur et se rapprocha de moi. Je voulus m'écarter pour faire mine d'aller chercher mes affaires, mais il me retint et me prit doucement dans ses bras.
 
-         Lâche-toi Prue, souffla Remus.
 
Je le serrai un peu plus contre moi, le c½ur gonflé par autant de rage que de chagrin.
 
-         Depuis mes cinq ans, je vis avec la douloureuse perte de ma mère... j'estimais que je méritais de souffrir après l'avoir tuée... J'ai renoncé à beaucoup de choses... Et voilà que j'apprends que ma mémoire a été trafiquée ... que je ne m'appelle pas... Hunt, mais Halliwell... et que si ça se trouve, je n'ai même pas tué ma mère. Je suis hantée depuis des années par un souvenir faux. Mon traumatisme a été causé par un acte que je n'ai peut-être même pas commis.
 
Je marquai une pause, un peu essoufflée tellement j'avais la gorge nouée. Je ne savais rien. Que s'était-il réellement passé ? Je ne cessais de me poser cette question. Je voulais savoir. Etais-je oui ou non l'assassin de ma mère ?
 
-         Je ne sais plus qui je suis... et ce que je suis devenue a perdu du sens...
 
Une lame me transperça en disant cela. Remus me caressa doucement les cheveux.
 
-         Je te promets qu'on va tout faire pour découvrir la vérité. Il doit bien y avoir un moyen de savoir ce qu'il s'est passé ce soir-là, me dit doucement Remus.
-         Ce que j'aimerais savoir, c'est comment ma mémoire a été trafiquée ? Qui a bien pu faire ça ? Et pourquoi ? Et ma s½ur... pourquoi l'avoir effacée de ma vie ? Je ne comprends rien...
 
On resta silencieux quelques minutes, impuissants face à des mystères qui me semblaient impossible à résoudre. Ça me faisait du bien que Remus soit là. Il était capable de m'apporter un peu de réconfort pour atténuer la vague de souffrance qui s'était abattue suite aux révélations de Dumbledore.
 
-         Quand tu te sentiras prête... tu pourras aller voir Dumbledore pour qu'il te parle un peu de ta famille si tu veux bien.
 
Je déglutis péniblement, sentant la douleur se raviver. La situation était tellement improbable à mes yeux. Dumbledore. Dumbledore détenait une part de vérité sur ma famille. Cet homme dont je me méfiais comme de la peste m'avait apprit que mon identité était fausse... que j'avais été manipulée... que j'avais une jumelle... et maintenant il était là pour me dire quelles étaient mes véritables origines. Je n'arrivais pas à le croire. Tout s'était enchaîné tellement vite ces derniers jours. Je me sentais complètement dépassée par les évènements.
 
-         Je vais y aller maintenant, soufflai-je.
 
Inutile d'attendre davantage... ça ne servait à rien de retourner en cours si c'était pour ne penser qu'à ma famille, et à toutes les questions que je me posais.

-         Tu veux que je t'accompagne ? proposa Remus.
-         ... Je veux bien.
 
Je m'en sentis terriblement stupide d'ailleurs. Et pourtant, j'étais plus rassurée de savoir Remus à mes côtés pour faire à nouveau face à la vérité.
Je finis par me séparer de Remus, ayant besoin de voir la lueur confiante dans son regard qui avait le don de m'apaiser.
 
-         Alors allons-y, dit-il avec un sourire.
 
J'acquiesçai et le suivis jusqu'au bureau directorial, l'esprit toujours confus.
 
-         Bonjour  à vous deux, salua Dumbledore d'une voix  douce lorsqu'on entra.
-         Bonjour  professeur, répondis-je.
-         Pardonne-moi pour hier... j'étais tellement perturbé par mes découvertes que j'en ai oublié de te ménager. J'aurais dû être moins direct dans mes aveux.
-         ... Je n'ai pas besoin d'être ménagée professeur. J'ai besoin de savoir... même si c'est difficile.
-         Par où veux-tu qu'on commence ?
-         Au début...
-         Dans ce cas assieds-toi.
 
Je m'exécutai. Dumbledore en fit de même dans son fauteuil, de l'autre côté de son bureau. Remus s'installa à côté de moi et mit discrètement sa main sur ma cuisse. Je souris faiblement et posai ma main sur la sienne pour répondre à son message de soutien.
 
-         Comment avez-vous connu ma mère ?
-         Je suis un ami de longue date... je fréquentais tes grands-parents maternels, alors j'ai connu ta mère à sa naissance. Je l'ai vue grandir. Elle a fait sa scolarité à Poudlard, et nous ne nous sommes jamais perdus de vue par la suite.
 
Jamais je n'aurais imaginé que Dumbledore ait été si proche de la famille. 
 
-         Comment était-elle ? demandai-je.
-    Exceptionnelle. Elle était gentille, d'une grande générosité. Tous ceux qui la connaissaient l'appréciaient. Elle avait hérité des valeurs de sa famille et était fidèle à leur image. Elle faisait tout pour être une digne Halliwell. Petite, elle était sage et adorable, à l'école, elle était sérieuse et brillante. Et puis elle aidait toujours les autres dès qu'elle pouvait, qui que ce soit. Elle ne jugeait jamais. Elle faisait partie des rares élèves qui ne tenaient pas compte de la rivalité qui a toujours régné entre les maisons. Elle comptait ses amis aussi bien parmi les Gryffondor que les Serpentard.
 
Dumbledore s'interrompit et sourit faiblement en posant ses yeux sur moi. Je me rendis compte qu'une larme coulait discrètement sur ma joue. C'était la première fois que j'entendais parler de ma mère... alors j'avais du mal à rester indifférente au ton admirateur qu'avait Dumbledore en déversant un flot de compliments à son sujet.
 
-            Ne vous arrêtez pas, soufflai-je.
-       Je pourrais te parler d'elle toute la journée que ce ne serait pas suffisant pour énoncer toutes les qualités qu'elle avait. Elle était mille fois digne de son nom. Ses parents étaient très fiers d'elle.
 
Je serrai les dents pour contenir mes émotions. Ma mère était quelqu'un de bien.
 
-         Parlez-moi de son pouvoir...
-         Très surprenant... elle avait la capacité de guérir les personnes par le feu.
-         Les flammes étaient bleues n'est-ce pas... ?
-         Oui.
 
Je souris faiblement. Je lui ressemblais au moins sur ce point. Je baissai les yeux sur la main de Remus tenant toujours la mienne.
 
-        Est-ce que nous nous sommes connus vous et moi... ? Je veux dire, avant que j'arrive à Poudlard ? questionnai-je.
-         Je t'avais vue quelques fois, oui... mais tu étais très petite.
-         Et ma s½ur ? ne pus-je m'empêcher de demander.
-      Comme toujours avec les jumeaux... Sandra et toi étiez très liées. Alors quand on parlait de l'une, on parlait aussi forcément de l'autre. Vous ne vous quittiez jamais. Vous faisiez souvent tourner la tête à votre mère, ajouta Dumbledore avec un sourire. Vous étiez très joueuses.
 
J'aurais tout donné pour avoir des souvenirs de ces moments de complicité... de ces rares années où j'avais été insouciante... et entourée d'une famille. Toujours les yeux baissés sur la main de Remus, je me mis à la caresser doucement, presque inconsciemment.
 
-         Ta mère me disait que c'est toi qui menais la danse, reprit Dumbledore pour briser le silence qui s'était installé.
 
Je relevai les yeux sur le directeur. Que voulait-il dire ?
 
-       Déjà petite, tu étais la plus aventurière. Et puis tu adorais mettre Sandra en admiration devant ta maîtrise prématurée de tes pouvoirs.
 
Cela me fit sourire. Je n'avais aucun mal à me reconnaître dans ces paroles. Je m'imaginais déjà mettre des jouets hors de portée de ma s½ur à l'aide de la télékinésie.
 
-         Je devais beaucoup l'embêter non ? ricanai-je.
-         Comme deux s½urs qui s'amusent, répondit Dumbledore en haussant les épaules. Et à côté, tu en prenais grand soin. Ta mère me disait toujours que c'est toi qui aurais le rôle de la protectrice.
 
Je déglutis péniblement, sentant mon c½ur se serrer.
 
-         J'ai échoué dans ce cas...
 
Dumbledore ne répondit pas, se contenant de me regarder avec tristesse à mon allusion.
 
-         Racontez-moi votre version de cette soirée... demandai-je après quelques instants de silence.
 
Le directeur prit une grande inspiration avant de se lancer.
 
-         J'avais rendez-vous avec  ta mère dans l'après-midi du 7 février 1965, lendemain du drame. Quand je suis arrivé... la porte était explosée. J'ai compris qu'il y avait eu des duels... et j'ai de suite vu le sang au sol. Alors j'ai cherché une trace de vie dans tout le manoir. J'ai mené ma propre enquête avant d'alerter les autorités. Mais je n'ai rien trouvé. Rien qui puisse expliquer ce qu'il s'était passé.
-          Mais... vous avez bien trouvé le corps de ma mère, non ?
-          Il n'y avait que le sang dans l'entrée... pas de cadavre.
-          Et Sandra...? Sait-on ce qu'elle est devenue ?
-     Malheureusement, oui... quand les policiers sont arrivés, ils ont procédé à des analyses sanguines. Il y avait deux types de sang au sol : celui de ta mère... et celui de ta s½ur jumelle.
 
Je crus qu'un poignard se plantait dans mon c½ur. Je resserrai ma main sur celle de Remus sous la douleur. Lorsque Dumbledore avait dit qu'il n'avait rien trouvé à son arrivée... j'avais espéré une version de l'histoire où Sandra aurait disparu... une version où je pouvais conserver l'espoir de la retrouver un jour. De serrer dans mes bras celle qui avait représenté ma moitié. L'espoir qu'elle ait survécu par je ne sais quel miracle venait de se briser aussi vite que je l'avais caressé. A peine le temps de me remettre de l'émotion de découvrir un nouveau membre de ma famille... qu'elle s'ajoutait déjà à la liste de mes pertes.
 
-        Je suis désolé Prue... mais même si nous n'avons jamais eu la certitude que ta mère et ta s½ur étaient mortes... il y a peu de chances qu'il en soit autrement.
-         Je n'ai pas le moindre doute là-dessus, dis-je à voix basse.
 
Inutile d'entretenir de faux espoir.

-          Continuez, demandai-je d'une voix plus claire.
-         Il n'y a rien d'autre à apprendre à ce sujet... malgré une enquête poussée, personne n'a jamais su ce qu'il s'était passé ce soir-là. Aux  yeux de tous, les trois dernières Halliwell ont disparu suite à une violente attaque, où mère et filles ont été blessées. Les médias ont beaucoup parlé de cette tragédie, mais le mystère ne fut jamais résolu. Les Aurors se sont joints à l'enquête... mais le temps a passé, et ils n'avaient plus aucune piste. L'affaire fut classée au bout de dix ans, et tout le monde a fini par conclure que la famille Halliwell s'était éteinte.
 
Dumbledore tourna la tête vers l'extérieur, son regard se perdant au loin.
 
-        J'ai continué à chercher pendant longtemps... reprit-il dans un murmure. Et puis le manque de piste m'a poussé à abandonner à mon tour. Je me suis résigné comme tout le monde à faire le deuil.
 
Il marqua une pause, posant son regard sur moi. Il y avait une lueur émue dans ses yeux qui me troubla. Cette histoire semblait... tellement l'avoir affecté.
 
-         Tu ne peux  pas t'imaginer le mélange d'émotions que j'ai ressenti en t'apercevant le soir de la répartition.
 
Je me souvins que Dumbledore avait effectivement été surpris en me voyant l'année dernière. Je comprenais mieux pourquoi désormais. Il avait dû croire apercevoir un fantôme ce soir-là.
 
-         Tu ressembles tellement à ta mère... Je n'ai pas pu m'empêcher de repenser à cette triste affaire. Mais ça pouvait être une simple coïncidence... je ne pouvais pas me baser sur une ressemblance physique. C'est ton dérapage magique à l'infirmerie l'année dernière qui a été le déclic. La famille Halliwell fait référence à l'une des plus puissantes... chaque descendant a maitrisé un pouvoir très jeune par la pensée, là où il aurait fallu des années d'expérience à d'autre pour arriver au même résultat. Ça ne pouvait pas être une coïncidence de plus. J'ai commencé à douter de ta véritable identité, et c'est la raison pour laquelle j'ai fait des recherches sur toi... sur ton passé. Là encore, je me suis heurté à un mur. Mon enquête à l'orphelinat ne m'a apporté aucune réponse, et je me suis retrouvé dans une nouvelle impasse. J'étais persuadé d'avoir raison pourtant... mais je n'avais aucun moyen d'en avoir la certitude. Jusqu'à ce que je plonge dans ton passé au soir de tes cinq ans. Le souvenir que tu nous as fait partager prouve incontestablement ta véritable identité. Tu es une descendante des Halliwell. L'unique survivante de ce drame. La dernière personne à pouvoir percer le secret de cette attaque.
-         Mais je ne peux  pas... vous l'avez dit vous-même, ma mémoire a été trafiquée ! Si mes souvenirs sont faux, je ne suis pas plus avancée que vous. Ma mémoire ne contient pas la vérité !
-         Si tu l'acceptes, je t'aiderais à la trouver. J'ignore d'où te viennent ces faux souvenirs... mais peut-être que tu parviendras à retrouver la mémoire.
 
J'aimerais tellement... mais je doutais que ça soit possible. Toutes les précautions avaient été prises pour que je croie dur comme fer à ma fausse identité... je savais que les souvenirs oubliés avaient été effacés de ma mémoire. La personne qui m'avait fait ça avait dû faire en sorte que je ne la retrouve jamais. Et ça me dégoûtait. J'étais dégoûtée qu'on me prive de mes souvenirs... de la vérité sur le drame de ma vie. Sur la mort de ma mère... de ma s½ur...   

 


Je baissai la tête, essayant de garder le contrôle sur mes émotions. Tant de choses avaient été révélées... et pourtant, j'avais l'impression que le voile s'était épaissit autour de moi. D'un côté j'en savais plus, mais d'un autre j'avais de nouveaux mystères à résoudre.
 
-         Professeur...
-         Oui ?
-         Je... préfère continuer à m'appeler  Hunt. Le temps qu'on découvre la vérité.
-         C'est mieux en effet. Les médias pourraient t'étouffer et les policiers vouloir rouvrir l'enquête. Etant donné qu'on a cherché à s'en prendre à ta famille autrefois, il est préférable que les assaillants continuent à te croire morte, pour ta sécurité.
-         Merci, dis-je en me levant.
-         Où tu vas ? demanda Remus.
-         Prendre l'air. J'ai... besoin d'être seule. Merci pour vos informations professeur...
 
J'en avais suffisamment entendu pour aujourd'hui. Comme si la douleur ne suffisait pas, voilà que la haine s'emparait à nouveau de mon c½ur. Je me sentais trahie. Pourquoi mon père m'avait dit que je m'appelais Blade ? Pourquoi était-ce si important de me cacher mon lien avec Halliwell ? Qui m'avait trafiqué la mémoire pour que j'oublie la vérité ? Pour que j'oublie ma propre jumelle ? Et les corps... le corps de ma mère et de ma s½ur... qui les avait récupérés ? Mon père ? Etait-ce lui qui avait fait disparaître toutes les preuves pour qu'aucune enquête ne puisse aboutir ? Etait-ce lui qui était derrière tout ça ?  

 


Je n'avais aucun moyen d'en avoir la certitude, mais je ne vois pas qui d'autre aurait pu le faire. J'ignorais pourquoi il m'avait caché la vérité, mais il devait certainement avoir une bonne raison de le faire. Ça me tuait de ne pas pouvoir aller le voir sur-le-champ pour lui demander des explications, mais je ne devais pas éveiller ses soupçons pour l'instant. De toute façon, je ne pouvais pas lui dire comment j'avais découvert la vérité. Si je voulais conserver mes chances de savoir le fin mot de l'histoire, je ne devais pas le mettre sur ses gardes. C'était assez difficile de faire comme si rien ne se passait. Comme si je ne savais rien. Mais je savais que c'était la seule option qui s'offrait à moi pour l'instant. Je n'avais pas suffisamment de cartes en main pour confronter mon père. Alors cette envie d'aller le rejoindre pour laisser exploser ma fureur devra attendre le bon moment.
 

 


Je m'arrêtai près d'une fenêtre et m'accoudai sur le rebord, respirant l'air à pleins poumons pour essayer de me calmer. Mon père avait eu tort de me mentir. J'avais la certitude désormais que je ne pouvais pas lui faire confiance. Ce mensonge était celui de trop. Père mentait trop à mon goût. Sur des choses bien trop importantes pour passer l'éponge sans broncher. Autant pour les nés-moldus je pouvais lui trouver des excuses... autant là, aucune n'était valable. Rien ne pouvait justifier un tel complot. Tout avait été soigneusement fait pour que je pense m'appeler Blade. J'avais essayé de me renseigner sur Rosalie Blade à mon retour au manoir. Mais je n'avais rien trouvé d'autre que sa tombe. Une tombe sur laquelle je m'étais recueillie, emplie de remords et de chagrin, pour déposer un bouquet de roses sur le tombeau... d'une étrangère. Celle que j'avais considérée comme ma mère n'était rien en fait. Ma mère... ma vraie mère... était cette immense célébrité que toute l'Angleterre connaissait... et dont je ne savais rien. Même pas la réelle cause de sa mort.

 

Je pensai à nouveau à cette dramatique soirée... je ne savais même plus ce que je devais en retenir. Tout avait été trafiqué... peut-être que ma mère n'était pas morte par ma faute... Peut-être que ce souvenir m'avait été inculqué juste pour me dégoûter de ma personne... pour me pousser à libérer la bête. Mes mains se crispèrent à cette pensée. Au camp, j'avais toujours pensé qu'au fond... les bourreaux avaient raison de me traiter de monstre après ce que j'avais fait. Même si je m'étais toujours battue contre eux... une partie de moi me soufflait que je méritais ce qu'il m'arrivait après avoir assassiné ma mère. Et mon choix de vie... tueuse à gages... je pensais que la bête était en moi... que je ne pourrais jamais lutter contre... que c'était inné pour être capable de tuer sa propre mère à cinq ans. Mais voilà que maintenant... le déclencheur de mon enfer... l'origine de mes plus profonds remords... étaient remis en cause. Je ne savais plus qui j'étais. J'étais juste... larguée.
 
 

| Pendant ce temps – Bureau directorial |

~ Point de vue de Remus ~
 

-           Elle ne va vraiment pas bien... soufflai-je une fois mon amie partie.
-          Et je la comprends. Prue souffrait déjà beaucoup... cette vérité sera très dure à faire passer.
 
Mon c½ur se serra à ces paroles. C'était une bonne chose que Prue sache la vérité... mais initialement, je l'avais convaincue de venir voir Dumbledore pour essayer de régler ses problèmes, pas pour lui en ajouter. Finalement, depuis la rentrée, Prue avait eu des remords supplémentaires pour m'avoir blessé, et une profonde remise en cause sur son identité. C'était beaucoup en peu de temps... surtout qu'elle semblait déjà fragilisée à nos retrouvailles. J'espérais qu'elle ressorte indemne de cette nouvelle épreuve.
 
-         J'ai une question à te poser... commença Dumbledore, me sortant de mes pensées.
 
Je relevai les yeux sur le directeur. Il semblait vraiment préoccupé. Peut-être même plus encore que moi, si c'était possible.
 
-         A quel sujet ?
-         Prue... et toi... vous entretenez quel type de lien ?
 
La question me gêna un peu... j'étais bien incapable de délimiter la relation que j'avais avec Prue tellement elle était ambiguë. On se comportait souvent comme un couple... à la seule différence que nous n'avions jamais franchi le pas.
 
-           Prue et moi sommes... assez proches. Pourquoi ? demandai-je.
-         Elle a... gravement dérapé après l'accident avec toi. Quand elle a su qu'elle t'avait blessé... elle a perdu le contrôle sur le feu. J'ai bien cru que Poudlard était sur le point de vivre un drame. Elle s'est reprise de justesse.
 
Je compris mieux le comportement qu'avait eu Prue à mon réveil à Sainte Mangouste. Elle devait être rongée par le remord. Mais jamais je n'aurais deviné qu'elle puisse autant être affectée.
 
-       Elle m'inquiète... poursuivit Dumbledore. Tout le monde connaissait à l'époque l'étendue des pouvoirs de la famille Halliwell. Une famille réputée pour leur puissance magique. Une puissance héritée dès la naissance et anormalement développée. Cependant, chaque héritier ne maîtrisait qu'une seule forme de magie par la pensée. Prudence en maîtrise plusieurs... et ses pouvoirs n'ont pas encore fini de se développer. Elle manie tellement bien la magie qu'elle pourrait bien devenir invincible. La télékinésie, d'une part, lui sert de bouclier contre les sortilèges. Elle peut mettre un adversaire au pli avant même qu'il ait eu le temps de dégainer sa baguette. D'autre part, le feu.
 
Il marqua un arrêt. Il semblait à la fois effaré et fasciné.
 
-           Ce pouvoir est stupéfiant... il a une capacité de destruction impressionnante. Et maintenant, voilà qu'elle décuple ses pouvoirs de legilimens... Ce pouvoir Remus, ne lui permet pas seulement d'entrer dans l'esprit des gens pour voir à travers leurs yeux ou plonger dans leur mémoire. Quand elle aura appris à le maitriser, elle pourra exercer un tel contrôle que ça reviendrait à lancer le sortilège de l'Imperium, sans avoir à sortir sa baguette, et donc sans laisser la moindre trace.
-            Je suis conscient de tout ceci, professeur. Je suis moi-même très impressionné par sa puissance... mais pourquoi m'en parlez-vous avec autant d'inquiétude ? N'est-ce pas une bonne chose que la famille Halliwell ne soit pas éteinte ?
-       Tu n'as pas idée à quel point je suis heureux d'avoir retrouvé l'une des descendantes... seulement, ses prédécesseurs ont toujours utilisé leur puissance pour de bonnes causes... Sans jamais franchir les limites, ni porter atteinte à la liberté d'autrui.
-               Je suis sûr que Prue s'en servira toujours bien, intervins-je avec assurance.
 
Mon c½ur rata un battement lorsque Dumbledore braqua son regard sur le mien, pas si convaincu que moi.
 
-         Vous doutez d'elle professeur ? m'étonnai-je. 
 
Dumbledore soupira. Il jeta un ½il vers le haut d'une armoire où le Choixpeau était posé... inerte.
 
-       Le Choixpeau garde secret les découvertes qu'il peut faire lorsqu'il entre dans l'esprit des gens, par respect pour leur vie privée... mais j'ai tout de même réussi à en tirer une unique réplique au sujet de Prue.
 
Je me redressai sur mon fauteuil, impatient de savoir.
 
-         «  Prudence a été très difficile à répartir... parce qu'elle renferme deux personnalités opposées... deux profils qui cohabitent extraordinairement dans le même esprit... sans s'exclure. »
 
Dumbledore me regarda à nouveau.
 
-       Prudence a une double personnalité. Je ne redoute pas celle qu'elle montre ici, à Poudlard. Je suis persuadé qu'elle est agréable avec vous... et j'ai vu à quel point elle pouvait être proche et réconfortante dans les moments difficiles. Mais je sais qu'elle peut tout aussi bien être agressive. Le peu de fois que je me suis entretenu avec elle, j'ai constaté qu'elle était sur la défensive et pouvait se montrer très froide lorsqu'on tente de la connaître... une vraie louve mordante toujours prête à bondir. Mais ça, tu l'as sans doute déjà remarqué n'est-ce pas ?
 
Je baissai les yeux malgré moi, repensant à ses combats contre les Serpentard... ainsi qu'au jour où elle s'en était pris à moi lors d'une dispute. J'avais alors vu à quel point la haine pouvait envahir son être, rendant son regard assassin. Oui... Prue était capable de violence. Je le savais depuis longtemps. Elle avait prouvé à quel point c'était une bête de combat imbattable... une orgueilleuse qui n'hésite pas à employer les moyens forts pour se faire respecter. Oui, Prue était une solitaire, qui quittait souvent l'école sans motif. Mais fallait-il en conclure pour autant qu'elle pouvait être mauvaise ? A mes yeux, Prue était une fille torturée. Une louve blessée est toujours sur la défensive. J'étais persuadé qu'avec beaucoup de patience et d'affection, elle se calmerait. Pour moi, les inquiétudes de Dumbledore au sujet de sa double personnalité n'étaient pas fondées.
 
-         Oui, avouai-je. Mais je persiste à croire que Prue est quelqu'un de bien.
 
Dumbledore eut un sourire entendu.
 
-         Evidemment... tu ne peux envisager le contraire.
 
Son allusion me fit légèrement rougir.
 
-         Au-delà de toute l'affection que j'ai pour elle, répondis-je, je suis persuadé qu'elle est « digne d'être une Halliwell ».
-          J'y veillerai. Et je te conseille d'en faire autant.
-         ...Vous en savez plus n'est-ce pas ?
-         Il est inutile de te mentir... tu le sentirais de suite. Mais je crois que ce n'est pas le bon moment pour en parler. J'aimerais avoir un peu plus d'éléments avant de m'avancer dans mes hypothèses.

J'aurais voulu en savoir plus dès maintenant, mais je vis au regard de Dumbledore que je n'en apprendrais pas davantage aujourd'hui. Je soupirai. Je me sentais perdu au milieu du peu d'informations que nous avions au sujet de Prue.
 
-          Tu es inquiet ? demanda Dumbledore pour briser le silence.
-         Oui. J'ai le pressentiment que cette affaire renferme quelque chose d'énorme. Mais j'ai beau essayer de deviner... je n'arrive pas à trouver du sens.
-         Pour être franc, moi non plus. Mais je suis persuadé que nous finirons par trouver. Prue veut la vérité et sait des choses que nous ignorons. Elle pourra peut-être débloquer cette histoire.
-         Je l'espère, dis-je en me levant.
 
Je pris congé après avoir salué Dumbledore, impatient de retrouver Prue après cette conversation chargée de doutes de la part du directeur. Mais comme souvent lorsqu'elle est préoccupée... Prue demeura introuvable. Son nom ne figurait pas sur le Carte du Maraudeur. 
 

| Grande Salle – 20h |

~ Point de vue de Prue ~
 

Je n'avais pas pu résister à l'envie de quitter l'école après le rendez-vous avec Dumbledore. J'avais eu besoin de me balader sur mon territoire que je connaissais par c½ur, pour libérer mes émotions en courant comme une dératée sur les toits de la ville, sautant d'un bâtiment à l'autre pour faire monter l'adrénaline. Ça m'avait fait du bien de me retrouver seule... de prendre l'air... de me défouler. Mon escapade m'avait conduit inconsciemment dans une bibliothèque, où je n'avais pu résister au désir de faire des recherches sur les Halliwell pour en apprendre davantage.

 

Maintenant, je faisais mon entrée dans la Grande Salle. Je balayai la longue table des Gryffondor, à la recherche des Maraudeurs. Je me dirigeai vers eux lorsque je les repérai. Ils cessèrent leur conversation en m'apercevant, m'adressant un large sourire. Avec tous ces évènements, ça faisait plusieurs jours que je n'avais pas vu Sirius, James et Peter. Et Remus semblait me réprimander du regard d'être partie sans prévenir.
 
-         Bonsoir les garçons, me contentai-je de dire en m'installant à côté de Sirius.
-         Qui est-ce ? Vous la connaissez ? demanda Sirius d'un air étonné.
-         C'est vrai Mumus, tu ne nous as pas présenté, renchérit James.
-          Les gars, soupira Remus.
-         Aaaaah si, ça y est, je m'en rappelle ! C'est Prue ! s'exclama Sirius. Ça fait tellement longtemps que j'ai failli ne pas te reconnaître !
 
Je ricanai devant l'air de Sirius.
 
-         Excusez-moi pour mon absence de ces derniers jours... j'avais...
 
Je me souvins que je n'avais pas revu les trois autres Maraudeurs depuis l'accident qui avait envoyé Remus à l'hôpital.
 
-         Je n'avais pas la tête à venir en cours.
 
Sirius passa son bras autour de mes épaules et me fit basculer contre lui pour me déposer un long baiser sur la joue.
 
-         Nous sommes ravis de te compter à nouveau parmi nous. C'est vrai quoi, la louve caractérielle commençait à manquer à la meute.
 
J'esquissai un sourire et tournai la tête pour regarder Sirius dans les yeux. Je lui rendis son baiser en l'embrassant sur la joue à mon tour.
 
-         Et bien me revoilà.
 
Sirius transforma sa surprise en un large sourire. C'était la première fois que j'avais un geste d'affection pour lui. Et je n'en ressentis pas le moindre malaise. Après tout, je n'avais plus seulement à être digne de Serpentard désormais. J'étais entre l'ombre et la lumière... née d'un croisement entre le Bien et le Mal incarnés.
 
 

| 10 septembre 1977 – Poudlard – Cours de DCFM – 9h45 |

 
J'avais beau essayer de me concentrer sur le cours, c'était peine perdue. J'avais l'esprit complètement ailleurs. Je réfléchissais, me posais des questions, élaborais des plans... je n'arrivais pas à rester campée dans la réalité. Lorsque je ne me torturais pas l'esprit, j'essayais d'imaginer ma mère... ma s½ur... et tous les moments que nous aurions dû partager. Mes nuits n'étaient plus hantés du souvenir de mes cinq ans, mais de l'enfance que j'aurais dû avoir à leurs côtés. En fait, même si la vérité m'avait fait mal... j'avais retrouvé l'espoir de ne pas être l'auteur du meurtre de ma mère. Et ça, ça m'apaisait énormément. Même si ça ne suffisait pas à balayer toute la souffrance que j'avais ressenti, c'était déjà un poids de moins. Mon remord était moins destructeur.
 
-         Prue ?
 
Je sursautai légèrement en tournant la tête vers Remus.
 
-         J'ai oublié de te dire... Dumbledore voudrait te voir après les cours.
-         Hum, il t'a dit pourquoi ?
-         Non.
-         ...Ok. J'irai.
 
Je n'avais pas vraiment le choix de toute façon. Un léger stress m'envahit en pensant à lui. Que pouvait-il bien me vouloir ? Même s'il m'avait apporté une importante part de vérité, je n'étais pas prête à continuer pour l'instant. J'avais besoin d'un peu de temps pour encaisser les derniers évènements avant d'en affronter d'autres.
 
-         Miss Hunt ? 
 
Je reportai mon attention vers Maxwell, qui m'invitait comme à son habitude à rejoindre le devant de la salle pour une nouvelle démonstration. Je me levai donc et allai le rejoindre, balayant mes pensées momentanément pour rester concentrée.
Une fois l'exercice terminée, la cloche sonna la fin du cours. Alors que je m'apprêtais à tourner le dos à Maxwell pour retourner à ma place ranger mes affaires, celui-ci me retint et m'attira vers son bureau.
 
-        Je sais que ça ne me regarde pas... mais j'ai été inquiet pour vous cette dernière semaine face à votre absence. Dumbledore s'est montré très protecteur à votre égard et a refusé de partager quoi que ce soit. Même si je suis rassuré de vous savoir entre de bonnes mains, cela n'a fait qu'agrandir mon inquiétude à votre sujet. J'aimerais vraiment que vous sachiez, que si vous avez besoin de parler à quelqu'un, je serais à votre écoute. Même si c'est contraire à votre personnalité, n'hésitez pas à demander de l'aide. Vous pourrez compter sur mon soutien.
 
J'eus un faible sourire et baissai la tête.
 
-         L'attention que vous me portez me touche, professeur, mais ça va aller. Concernant mon absence... vous avez certainement remarqué que Remus Lupin n'était pas là lui aussi.
-        Oui, j'ai appris qu'il avait passé quelques jours à l'hôpital... mais nous n'avons pas eu d'autres informations.
-       C'est moi qui l'ai blessé. Accidentellement. J'ai eu beaucoup de mal à l'encaisser. Cela a eu des conséquences qui m'ont empêchée de revenir en cours de suite. J'avais besoin... de temps.
-           Je comprends... d'autant plus que vous êtes très attachés. 
 
Je détournai les yeux vers le concerné, qui m'attendait patiemment à la porte.
 
-          En effet.
-       Apprenez à vous pardonner Prudence. Je n'ai pas besoin de connaître les détails pour me douter que vous ne vouliez pas que ça arrive... et que monsieur Lupin ne vous en tient pas rigueur.
 
Je regardai à nouveau Maxwell.
 
-        Merci professeur.
-        Merci à vous de m'en avoir parlé. Et n'oubliez pas ce que je vous ai dit. Vous pouvez compter sur moi.
-         Je n'oublierai pas.
 
| 17h10 |
 

La journée était passée vite. Chaque professeur avait salué mon retour. Et maintenant, j'approchai silencieusement du bureau de Dumbledore. Remus était auprès de moi, encore une fois. Il lança le mot de passe à la gargouille pour libérer l'accès à l'escalier en colimaçon, que l'on gravit sans tarder. Je trouvai étrange de voir que la porte du bureau était entrouverte. Je lançai un coup d'½il à Remus, tout aussi intrigué.
 
-         Professeur Dumbledore ? appelai-je en toquant quelques coups à la porte.
 
Aucune réponse. Après un instant d'hésitation, je me permis de pousser la porte et d'entrer dans le bureau directorial... désert. Je trouvai étrange que le directeur ne soit pas là. Je le voyais mal laisser les portes ouvertes, encore moins être absent alors qu'il avait rendez-vous avec une élève. Au centre de la pièce, je tournai sur moi-même pour observer attentivement les lieux et me figeai en me retrouvant face à face avec l'impossible. Mon c½ur accéléra, j'étais partagée entre joie et doute. Ma mère était debout face à moi, souriante, auprès de mon reflet : Sandra, ma jumelle. Bon sang, je n'arrivais pas à le croire... elles étaient vivantes ! Là, toutes les deux... juste à un mètre de moi !

 

Je parvins à sourire, trouvant inespéré qu'un tel miracle se produise. J'étais incapable de dire quoi que ce soit... je n'avais pas les mots pour une telle situation. J'avais rêvé d'elles de jour comme de nuit depuis les révélations de Dumbledore... et voilà qu'elles revenaient dans ma vie. J'avais l'impression que tout allait s'arranger... que tous mes soucis s'envolaient... parce qu'elles étaient là. Pendant un instant, mes blessures les plus douloureuses se refermèrent. Plus rien n'avait d'importance. Je sortis de ma stupeur en tendant la main vers ma mère, magnifique et rayonnante. Elle sourit en baissant les yeux vers ma main et tendit la sienne à son tour. Mais au moment où j'aurais dû la toucher, je sentis un obstacle froid et lisse. Je fronçai les sourcils... reculant un peu.
 
-         Un miroir ?! m'étonnai-je.
-         Pas n'importe lequel.
 
Je me retournai vivement en entendant la voix de Dumbledore.
 
-         C'est le miroir du Risèd. Il reflète aux yeux de la personne qui le regarde son désir le plus cher. J'ai jugé important que tu te retrouves en face pour que tu voies de quoi il s'agissait. Tu aurais très bien pu te voir glorieuse et puissante... mais je vois à ton regard que le reflet que tu admires est beaucoup plus beau.
 
Je regardai à nouveau le miroir, sentant un poids tomber en moi. Une falaise entière. Comment avais-je pu être stupide au point de croire que ma mère et ma s½ur étaient vivantes ? Je soupirai en croisant le regard de ma jumelle. J'aurais tout donné pour que cette scène soit réelle. J'aurais tellement voulu la serrer contre moi. C'était horrible de les voir toutes les deux, si réalistes, si souriantes... et de se dire que ce n'était qu'un reflet de mon propre intérieur. Un rêvé éveillé. Encore et toujours. J'en voulais à Dumbledore de m'avoir donné ce faux espoir pendant plusieurs secondes. D'avoir joué avec mon coeur.
 
-         ... Mon désir est irréalisable, soufflai-je.
-         Que vois-tu si ce n'est pas indiscret ?
-         Ce dont j'ai été privée... même en souvenir...
 
L'émotion était assez forte à vrai dire. J'aurais pu rester des heures plantée devant ce miroir, à admirer ma mère et ma s½ur. Elles semblaient si heureuses. C'était la plus belle vision que j'avais eu de toute ma vie. Douloureuse, mais magnifique. Je fermai un instant les yeux pour essayer de me reprendre. Mon désir le plus cher... était de revoir ma famille. De retrouver ce que j'avais perdu. Mais ce rêve était irréalisable, même avec toute la volonté du monde.
 
Ma mère et ma s½ur avaient disparu du reflet lorsque je rouvris les yeux. C'était à nouveau un miroir normal. Je vis mon propre reflet... plongé dans mes souvenirs et dans le doute. J'ébauchai tout de même un faible sourire. Pendant une seconde, j'avais eu l'impression que tout pouvait changer, que tous mes tourments pouvaient s'envoler. Le simple fait de voir le doux visage de mère diffusait un courant de confiance... de joie. Rencontrer ma jumelle, mon double, même au travers d'un rêve, m'avait apporté du réconfort, car j'avais été privée de son souvenir toute ma vie. Ma propre mémoire avait effacé un être cher de mes souvenirs. Ma moitié. Je sentis mon c½ur se gonfler, et je me rendis compte à quel point ma famille me manquait. Rien n'avait comblé ce vide. Rien. Ni la puissance, ni les meurtres, ni la noirceur dans laquelle je m'étais enfoncée. Même pas la gloire et la fierté d'être Tracker. Rien ne pouvait remplacer une famille perdue. Même pas celle que je m'étais choisie à une époque.

 


Quelque chose bougea au-dessus de mon épaule dans mon reflet, me sortant de mes pensées. Je regardai plus attentivement dans le miroir et vis quelqu'un encapuchonné derrière moi. Je me retournai vivement, lançant une boule de feu sur lui. LE tatouage figurait sur son bras. J'oubliai complètement où j'étais, avec qui et pourquoi. Je n'avais plus qu'une idée en tête : le tuer. Je l'envoyai valser à travers la pièce. Il alla s'écraser avec force contre le mur d'en face. Le feu se répandit sur mon corps d'un seul coup. Mon esprit s'était focalisé sur lui. Je ne pensais plus à rien d'autre. Je basculai de nouveau de l'autre côté en un clin d'½il. L'envie de tuer s'empara de moi. J'enchaînai les attaques, l'empêchant de répliquer. Je m'avançai de plus en plus de lui. J'étais déjà en train de m'imaginer ce que j'allais lui faire subir pour obtenir des informations.

 

Ma future victime se retrouva bien vite à terre, sa baguette inaccessible. Je le maintins immobile au sol grâce à mon pouvoir. Je m'accroupis et mis ma baguette pointée sur sa gorge. Je plantai mon regard dans le sien qui, bizarrement, ne cilla pas. C'était une première. Aucune peur n'était lisible. Rien. Pourtant, j'étais persuadée qu'il devait lire le désir de meurtre dans mon regard. Ses yeux se contentaient de m'analyser... de me passer aux... rayons X ?!?!

 


Malgré mon corps brûlant, je sentis une petite plaque froide contre moi. Le collier que m'avait offert Remus. Je crus que j'allais faire un arrêt cardiaque tellement la décharge qui me parcourut le corps fut intense. J'eus l'impression de reprendre connaissance. Rien de tout cela ne pouvait être réel. Il y a même pas deux secondes, Remus était dans la pièce, et Dumbledore aussi. J'étais à Poudlard... dans le bureau directorial... un homme du gang des Cobras ne pouvait pas être entré. Tout cela n'était qu'une redoutable illusion, et j'en connaissais l'auteur. Je me redressai, éteignant les flammes qui m'avaient enveloppée. Je fouillai la pièce du regard, à la recherche de Remus. Je commençai à me sentir fébrile en ne le trouvant pas. J'avais déjà provoqué un accident en transformant la réalité dans des hallucinations... j'espérais ne pas avoir recommencé.
 
-         Remus ?! appelai-je, la voix trahissant ma peur.
-         Je suis là.
 
Je me retournai et fus soulagée de le voir. Je pris une grande inspiration, reportant mon attention sur « mon adversaire ».
 
-         Vous comptez jouer avec moi encore combien de temps ?  demandai-je d'un ton faussement calme.
-         Ce n'était qu'un simple test, répondit l'homme en reprenant l'apparence de Dumbledore.
 
Je retins une grimace, frustrée de m'être faite avoir.
 
-       Impressionnant, dus-je reconnaître. Vous avez utilisé un sortilège de confusion pour que j'oublie pourquoi j'étais ici et avec qui ?
-         On va dire ça...
 
Il n'avait usé d'aucune potion pour changer d'apparence. Comment avait-il fait aussi vite ? Je me renfrognai, n'appréciant pas du tout de m'être faite manipuler. Comment avait-il fait pour me convaincre que cette brusque intrusion était plausible ?
 
-         Toi aussi tu es impressionnante quand on te regarde droit dans les yeux de si près.
-         J'ai pourtant le souvenir d'un beau et doux regard, taquina Remus.
-         C'est parce que tu n'as pas de tatouage sur ton bras, répondis-je avec amertume.
 
Remus me sourit, mais je remarquai que ma réaction l'avait refroidi. Ma soudaine colère me piquait encore dans tout le corps.
 
-        Avez-vous d'autres tests à me faire passer ? demandai-je à Dumbledore en essayant de ne pas paraître trop sèche.
-         Ça ira pour aujourd'hui.
-         Alors bonne soirée, dis-je en prenant congé.
 
Autant j'avais fini par apprécier la magie que renfermait le miroir du Risèd, autant le dernier test avait été particulièrement désagréable... parce que pendant quelques secondes, j'avais cru que j'allais pouvoir planter ma lame dans le c½ur d'un de mes ennemis après avoir joué avec... et que cette délivrance m'était interdite. Dumbledore avait pris de gros risques... j'aurais tout aussi bien pu le tuer de suite sur le coup de la colère, surtout après avoir admiré le reflet de ce que j'avais perdu à cause de ces gens. De ces cibles que je devais continuer de traquer à la mémoire de la famille décimée par leur faute.
 
J'entendis quelqu'un dévaler les marches précipitamment derrière moi. Remus me rattrapa en quelques secondes.
 
-         Tu ne cesseras jamais de m'impressionner...
-          Je ne sais pas si c'est une bonne chose, renvoyai-je.
 
Remus me prit le bras pour m'arrêter et me forcer à lui faire face.
 
-       Si un jour tu te trouves en face d'un de ces hommes qui portent ... le tatouage, qu'est-ce que tu feras ?
-         Ce que je m'apprêtais à faire à Dumbledore avant que je comprenne que ce n'était qu'un déguisement.
 
Remus connaissait la réponse, mais il semblait avoir besoin de me l'entendre dire comme pour se convaincre.

-         Lui faire regretter amèrement l'attaque d'il y a douze ans, terminai-je.
-         De quelle manière ?
-         La seule qui existe...
 
Je vis une lueur passer dans ses yeux, mais il ne dit rien.
 
-      Ne me regarde pas avec cet air choqué Remus, dis-je doucement. Je renferme ma haine depuis trop longtemps... le jour où je me retrouve en face de l'enfoiré à l'origine du drame de ma vie... je sais que je ne parviendrai pas à me contrôler.
-         J'ai bien réussi à le faire avec l'assassin de ma mère...
-         Je ne suis pas comme toi Remus. La justice des tribunaux ne me suffit pas. J'ai trop souffert par leur faute. Cette vengeance m'appartient.
-         Compte sur moi pour te faire changer d'avis.
Trop tard mon ange... je suis arrivée à un stade où plus aucun de mes actes n'est pardonnable. 

| Une minute avant – Bureau directorial |

~ Point de vue de Remus ~
 

-         Professeur, ça rimait à quoi ces tests ? demandai-je lorsque Prue eut quitté le bureau.
-         ... A renforcer mes hypothèses.
 
 
 
Chapitre 34 : Le récit de Dumbledore



Bonne nouvelle, j'ai survécu aux examens ! :P  Me revoilà donc avec ce tout nouveau chapitre ! C'était le dernier de la longue série qui a mis le passé de Prue au centre de l'intrigue. A partir du prochain, on reprendra un vrai quotidien, entre cours et activités criminelles ;)
Mais n'allons pas trop vite : que pensez-vous de celui-ci ? Vous devez certainement vous poser des questions, non ? D'ailleurs, si vous souhaitez que d'autres sujets soient abordés pendant l'entretien avec Dumbledore lorsque Prue lui pose des questions sur sa famille, faites-moi en part, et je verrais si je peux l'insérer dans ce chapitre sans spoiler la suite ;)
 
Au fait, peut-être avez-vous remarqué le changement de police : est-ce que l'écriture est agréable à lire, est-ce que ça vous gêne, est-ce que l'ancienne était plus lisible... ?
 
Voilà je pense avoir fait le tour de ce que j'avais à vous dire ! Le mot de Tracker et l'aperçu du prochain chapitre sont déjà en ligne.
 
Gros bisous

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Dumbledore se doute de beaucoup de choses

  • LeMaitreDesLieux

    10/10/2015

    Ah lire ton histoire ... j'adore tellement ! J'ai du dévore 2 ou 3 chapotres à la suite ^^ en même temps, je pouvais pas m'arreter sur le chap où on apprend qu'elle a une soeur jumelle ! Bon, sinon, on voit vraiment que tu te focalises que sur Remus et personnellement, dans ton histoire, ça me dérange pas, surtout que je pense que c'est assez compliqué d'intégrer les quatre en parts égales. Dumbledore commence a voir des hypothèses mais sur quoi ? Se doute-t-il quelle est la fille de Jédusor ou qu'elle est à l'orgine du meurtre des Cobra ? En tout cas, les rebondissements sont bien menés et donnent davantage envie de lire la suite. Ton histoire a un vrai fin et c'est juste agréable à lire :)

  • fichp-lifealwaysrestart

    05/09/2015

    Intelligent Dumbledore. On aperçoit un peu les Maraudeurs dans leur intégralité, ça change de Remus en solo ;) . C'est vrai qu'il a pris des risques en se déguisant en un membre du gang Cobra. Aurait-il deviné que Prue est à l'origine du carnage du hangar ? Où a-t-il commencé à avoir des doutes concernant son lien de parenté avec Voldemort ? En tout cas ça fait du bien d'en apprendre plus sur Prue et son passé. Je me demande si d'autres souvenirs ont été falsifiés et si Voldemort est vraiment à l'origine de toit ça. Et si oui, pourquoi ?

  • MikaWolfeHP

    03/07/2014

    My gooooood! Dumbledore as-tu fini par deviner que Prue est aussi la fille de Voldemort ou il pense simplement qu'elle est une mangemorte?.... Faut que je lise la suite!!!!! Hâte de voir ce que sont les doutes de Dumbledore!!

  • hostfresh-HarryPotter

    24/06/2014

    Bon j'ai adoré ! Mais tu as marqué Miroir de Ridèd quand Prue quitte le bureau fait gaffe !!

  • harry-potter-8-fic

    13/06/2014

    Magnifique chapitre, remplit d'émotions.
    J'ai hâte de voir quelles sont les conclusions de Dumbledore par rapport à son hypothèse

  • Harry-Potter-generationx

    30/05/2014

    Et oui c'est encore moi ! :D

    Chapitre juste génial rien d'autre a dire ! C'est tellement mignon d'imaginer Peue petite, innocente en train de rendre chèvre sa mère avec sa s½ur et surtout de les imaginer ensemble, Prue embêtant Sandra et la protégeant ! ^^
    Avec un peu de chance elle a juste disparue et elle est toujours en vie mais avec des souvenirs trafiqués elle aussi ... On a toujours le deoit de rêver hein !!! ;)
    Quand Dumbledore il n'a pu que se rendre compte de la double personnalité de Prue surtout avec don deuxièmes test ! Le connaissant il doit déjà soupçonner quelque chose mais je pense qu'il est loin d'imaginer que son élève est Tracker :)
    Que va/t-il faire quand il s'en rendra compte ? Je me demnde ... Essayer de ls faire changer de bord ? ^^
    Rha trop de questions sans réponses ! ;D

    Bon je ne peux malheureusement pas aller lire le dernier chapitre, il faut que j'aille en cour ^^'

    Bis a la prochaine ! :D

    Camille

  • Selenba

    22/05/2014

    Finalement fuir Dumbledore était une mauvaise idée. Prue en apprends beaucoup plus grâce à lui sur sa famille et ses origines. (je sais je mets pas beaucoup de truc car c'est comme d'habitude parfait !!!) Vivement la suite ! :D

  • aSupernaturalLife

    19/05/2014

    Il est magistral ce personnage, Dumbledore était vraiment l'un de mes préférés ! dur dur son enterrement dans le 6 =(

    Et oui, je me souviens, c'était un peu la misère au début sur skyrock xD Mais bon, ça a bien progressé depuis !
    __

    Oui, pour moi Dumbledore était un des personnages imbattables, qui ne peut pas mourrir quoi :/
    Mais chaque mort est mémorable dans HP... Sirius (j'ai pleuré je te dis même pas !), Dobby♥...

  • clochinettedu76

    19/05/2014

    Coucou !
    j'ai pas mal de choses à dire suite à ce chapitre !

    > Un chapitre pleins de révélations comme je les aimes ! J'ai bien aimé que Dumbledore se rapproche comme ça de la vérité. Je me demande si il connait la double identité de Prue... Parce qu'avec le test qui s'est passé dans son bureau, ça a du quand meme soulever quelques idées..

    > Les sujets que j'aimerai voir aborder lors du prochain entretien avec Dumbledore (si c'est possible bien sur !) :
    1) La double vie de Prue (j'entend par la, Tracker evidemment)
    2) De nouveaux indices concernant ce qui est arrivé lors de la soirée ou Prue croit avoir assassiné sa mère.
    3) Ce que sait exactement Dumbledore à propos de Prue (si il connait sa double vie, ce qu'il sait à propos de sa famille)
    4) Si Dumbledore a des projets pour Prue (pour tenter de lui faire retrouver la mémoire, pour comprendre ce qui s'est passé quand elle etait petite, et qui a pu la manipuler en dehors de Voldemort.)

    > j'aime bien cette police la aussi :) ca change de l'autre, qui etait aussi bien je te rassure :)

    > Il y a un truc qui m'énerve beaucoup, c'est qu'avec ce chapitre, j'esperai avoir plus d'infos sur le passé de Prue. Alors oui, c'est le cas, mais j'ai comme l'impression que ... IL Y A ENCORE PLUS DE MYSTERES QU'AVANT !!!!

    Voila voila :)
    Bonne semaine :)

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