Chapitre 42 : La deuxième cible

« Personne n'est intouchable. Même le prédateur le plus redoutable peut être pris pour cible... même la reine du crime peut tomber à genoux. La chasse n'est pas régie par la loi du plus fort, mais par celle du plus imprévisible. »
 
Chapitre 42 : La deuxième cible
 
 
| 28 janvier 1978 – Poudlard – Grande Salle – 7h30 |

 
Je feuilletais la Gazette tout en finissant mon jus de citrouille. Il n'y avait pas grand-chose à signaler ces temps-ci côté criminel. Pas de tueur spécial en vue. Dommage, une petite réapparition de Tracker dans le domaine de la justice criminelle ne m'aurait pas fait de mal. Je souris en sentant un baiser sur mon épaule. Je tournai la tête vers Remus qui me regardait avec toujours la même tendresse dans les yeux. Qu'est-ce que j'aimais voir cette lueur dans son regard... ça avait le don de m'irradier de joie.
 
-         Tu es prête pour après-demain ? demanda-t-il avec un clin d'½il.
 
Je souris en pensant à ce que ça voulait dire. Sirius, Peter, Remus et moi-même n'avions toujours pas renoncé à mettre James et Lily ensemble. Dans deux jours, Lily fêterait ses dix-huit ans. Nous savions tous pertinemment que James avait déjà prévu un cadeau, mais nous avions organisé un repas... spécial.
 
-         Bien sûr, assurai-je.
 
Je souris à Sirius qui regardait dans notre direction, ayant sans doute deviné de quoi on parlait. James intercepta notre échange visuel et interrogea son frère de c½ur d'un haussement de sourcil. Sirius partageait tout avec James habituellement, mais pas cette fois. Alors le jeune Potter se demandait quel complot nous étions en train de monter. Je me reportai sur la Gazette pour terminer ma lecture, comme si de rien n'était, tandis que Sirius et Remus engageaient une conversation sur le Quidditch pour détourner les soupçons.
 
 

| Cours de potions – 16h |

 
Pour la dernière heure de la journée, je devais faire un duo pour concocter une potion. Slughorn eut la bonne idée de me mettre avec Rogue. Je crois que ce bon vieux Slug n'avait pas apprécié que je décline son invitation à faire partie de son club d'intellos. Après mon double sauvetage à Pré-au-Lard et au Ministère, il avait bien essayé de m'ajouter à sa collection de chouchous, mais j'avais à chaque fois réussi à me défiler. Lily, qui faisait partie du club, m'avait raconté quelques soirées, et le peu que j'avais entendu était largement suffisant pour que je n'aie pas envie de m'y joindre. Slughorn ne cherchait qu'à se faire mousser, je n'y voyais donc pas d'intérêt. Mais bon, s'il pensait me punir en me mettant avec Rogue, je trouvais au contraire que ça tombait très bien. Je n'avais pas encore eu l'occasion de discuter avec Rogue depuis que j'avais testé la potion sur Remus. Là au moins, j'allais pouvoir parler librement avec lui sans paraître suspecte.

 


Je me déplaçai donc du côté des Serpentard pour rejoindre mon binôme. Je fus accueillie par quelques railleries, comme tous les Gryffondor qui venaient de ce côté de la salle. Sans rancune, les Serpentard qui allaient de l'autre côté avaient également leur compte.
 
-     Alors Hunt, tu as réglé le problème de fourrure ? me demanda Rogue de sa voix traînante.
-         Nickel. Ça a marché. Merci encore pour ton aide.
-         Hum. Tiens, la lettre dont je t'ai parlé.
 
Il la fit glisser discrètement vers mon livre de potions, et je la mis dedans d'un geste naturel.
 
-         Tu te bats pour une cause perdue tu sais... ? prévins-je.
-         Je sais... je veux juste qu'elle sache combien je regrette mes paroles.
 
J'acquiesçai. Rogue avait beau incarner la froideur, je savais qu'il était sincère. Ce n'était pas un mauvais garçon... mais c'était un écorché vif qui pouvait avoir des réactions regrettables. Ça avait été le cas avec Lily Evans. Ils étaient amis jusqu'à ce que Rogue l'insulte, après une énième humiliation de James. Pour être tout à fait honnête, je trouvais la situation injuste. Rogue avait souffert toute son enfance, les Maraudeurs avaient fait de sa vie un enfer à Poudlard, et pour couronner le tout, il avait perdu la seule personne pour laquelle il était capable d'amour : Lily, l'unique personne de sa vie qui avait pu lui apporter soutien et réconfort. Malheureusement, l'orgueil avait pris le dessus sur la souffrance, et le jeune Serpentard avait balancé des mots impardonnables à la jolie rousse. James avait eu une cruelle manière de prendre le dessus sur son rival. Dans d'autres circonstances, j'aurais peut-être tentée quelque chose pour Rogue, car il ne méritait pas que son amitié se termine ainsi... seulement je ne pouvais rien faire contre les Maraudeurs. Manifester le moindre soutien à Rogue serait me mettre James à dos, ce que je ne pouvais pas me permettre. Dommage... Rogue était seul désormais.
 
-         Elle le saura, assurai-je à Rogue. Je lui passerai dès ce soir.
-         Merci. On s'y met ?
-         Ok, je vais chercher les ingrédients.
 
 

| Dortoir des filles de Gryffondor – 22h |

 
La première chose que je fis lorsqu'on arriva dans le dortoir, c'est rejoindre Lily pour lui donner la lettre de Rogue. J'avais tenu à lui transmettre ici, afin d'être sûre qu'elle ne soit pas dérangée par les Maraudeurs.
 
-         On m'a demandé de te remettre ça, dis-je simplement.
 
Lily afficha une mine surprise en la prenant.
 
-         Qui ?
-         Lis, tu verras.
 
Je me détournai d'elle et allai me préparer dans la salle de bains. Lorsque j'en ressortis un peu plus tard, je vis la jolie rousse assise sur son lit, quelques larmes coulant lentement sur ses joues alors qu'elle avait toujours les yeux fixés sur la lettre avec un triste sourire. Elle releva la tête en m'entendant arriver.
 
-         Merci de me l'avoir transmise... malheureusement, ça ne change rien. Malgré tous nos efforts, nous sommes trop différents. Rogue a beau dire qu'il ne pensait pas ses paroles, il insulte mes semblables, ce qui revient au même. J'en ai assez de prendre des coups... venant de sa part, ils sont trop douloureux.
-         Je comprends. Rogue n'attendait pas à ce que sa lettre répare son erreur... Il voulait juste que tu saches... à quel point il regrette.
 
Elle m'adressa un faible sourire, et j'eus l'impression de ressentir l'ampleur de ses regrets. Je savais à quel point elle appréciait Rogue... seulement celui-ci l'avait blessée trop profondément pour qu'elle puisse lui pardonner. Malgré tous les bons moments passés ensemble, le lien était brisé. Aucun des deux ne pouvait rien contre ça.
 
-           Qu'est-ce que tu en penses ? demanda Lily.
 
Je soupirai. Je n'étais pas douée pour les conseils, mais je fis quand même un effort.
 
-       Je peux comprendre qu'il se soit emporté... tu sais mieux que personne qu'il n'a pas la vie facile... et James et Sirius n'ont cessé de l'humilier ces dernières années, appuyant davantage sur ses blessures. Je pense juste... que voir James se rapprocher de toi alors que Rogue t'aime depuis le début doit être très douloureux. Il a perdu la seule personne capable de lui apporter de l'apaisement à cause de son plus grand rival... il y a de quoi péter les plombs. Je ne suis pas en train de l'excuser, loin de là, il a eu tort de réagir comme il l'a fait. Mais je m'en suis moi-même prise à Remus un jour sur le coup de la colère... et de la jalousie...
-            Vraiment ?!
-            Oui... c'est lorsque Dahlia était revenue vers lui. Nous nous sommes éloignés tous les deux, et il ne cessait de se rapprocher d'elle. Moi j'en souffrais dans mon coin, trop orgueilleuse pour l'admettre. Lorsque Remus est venu me voir pour essayer de comprendre ce qui n'allait pas, j'ai été froide avec lui, et même menaçante. Je l'ai plaqué contre un mur avec agressivité, lui faisant ressentir une haine qui ne lui était pas destinée. Avec du recul, j'ai conscience que notre relation aurait pu s'arrêter ce jour-là. Mais Remus m'a pardonnée. Comme à chaque fois que je l'ai repoussé... il est toujours revenu vers moi. Et regarde où nous en sommes aujourd'hui...
 
Lily baissa les yeux et garda le silence quelques secondes.
 
-         Tu penses que je devrais accorder une seconde chance à Severus ?
-       Je pense que tu devrais écouter ton coeur... est-ce que tu es prête à continuer de creuser dans la carapace de Rogue ? Est-ce que tu crois encore pouvoir faire tomber ses barrières ? Est-ce que tu te sens capable d'encaisser les blessures qu'il t'infligera dans tes tentatives ? Peux-tu envisager de poursuivre ta vie sans qu'il n'y ait plus aucun rôle ? Ce sont les réponses à ces questions qui détermineront ce que tu dois faire. Si tu sais aujourd'hui que Rogue ne pourra pas avoir de place dans ta vie parce que vous êtes incompatibles... ne perd pas ton temps. Mais si tu as encore de l'espoir... alors oui, ne lui tourne pas complètement le dos.
 
Lily me regarda, et je voyais bien qu'elle hésitait beaucoup sur le choix à faire. Elle finit par sourire.
 
-         Merci Prue... ça m'a fait du bien d'en parler à quelqu'un.
 
Ce fut à mon tour d'avoir un sourire. Qui aurait pu penser un jour que j'aurais ce genre de discussion avec Lily ? Surtout que je n'étais pas très bien placée pour donner des conseils concernant les relations... incompatibles. Je soupirai, le c½ur alourdi d'avoir une pensée envers mon père. Mais je repensai bien vite à ce qu'il m'avait fait subir, et la rancoeur balaya mes regrets.

 
| 30 janvier 1978 – Poudlard – 19h |

 
Je me séparai de Remus et Peter pour aller accomplir ma tâche avec Sirius. Le jour J était arrivé, Lily fêtait son dix-huitième anniversaire... et la soirée allait commencer par un double enlèvement.

Une fois dans la salle commune des Gryffondor, je me dirigeai vers le dortoir des filles, tandis que Sirius rejoignait celui des garçons. Lily sortait de la salle de bains, et je souris en voyant qu'elle s'était faite encore plus jolie que d'habitude. Officiellement, James avait juste prévu qu'on fasse une petite soirée après le repas, dans le dortoir des garçons... mais nous en avions décidé autrement. Pour une fois, le dortoir masculin ne serait pas le lieu habituel de la fête.
 
-         Tu es superbe, assurai-je pour détendre Lily.
-         Oh, merci Prudence.
 
Je ricanai. Elle ne dirait plus ça dans quelques minutes. Je passai derrière elle et l'emprisonnai dans mes bras soudainement, lui faisant inhaler une potion pour la mettre k.o. Geste tellement banal pour moi que Lily eut à peine le temps de comprendre ce qui lui arrivait qu'elle s'évanouissait dans mes bras. Je lui lançai un sort pour la faire léviter en dehors du dortoir. Je souris en voyant Sirius descendre les marches en même temps que moi, tenant James comme un sac de patates. Je lui tapai dans sa main disponible. Première phase : ok.
 

| Salle sur Demande |

 
J'assis Lily sur une chaise confortable, autour d'une table soigneusement décorée par  Remus. Sirius en fit autant avec James. Je jetai un dernier coup d'½il à la table. Le chandelier était bien au milieu, toutes bougies allumées, les pétales de roses d'un rouge vif bien étalées sur la nappe blanche, les couverts parfaitement alignés... rien à dire, mon lycanthrope avait le coup pour dresser une table romantique digne des histoires à l'eau de rose. Ce soir, nos deux tourtereaux devaient plonger dans un rêve bleu.
Je regardai Sirius et lui fis un signe de tête. D'un même mouvement, on ramena nos deux « victimes » à la réalité avant de s'éloigner pour observer la scène un peu plus loin, incognito. L'effet ne se fit pas attendre, James et Lily affichèrent une mine stupéfaite en ouvrant les yeux l'un sur l'autre.
 
-         James ?!
-         Lily ?!
-         Bon sang, mais qu'est-ce que tu m'as fait ?!
-         Moi ? Mais rien, j'étais en train de finir de me préparer quand...
 
Il s'interrompit en baissant les yeux sur la table.
 
-         Mais où sommes-nous ? s'étonna James.
-         Restaurant Maraudesque, lança fièrement Remus en arrivant auprès d'eux.
 
Je souris en voyant Remus habillé très chic. Pantalon noir, chemise blanche et gilet noir... tenue habituelle de tout serveur d'un restaurant classe. Il apporta un plateau avec deux coupes de champagne et les posa devant un James et une Lily ébahis.
 
-         Bon sang Lunard, mais qu'est-ce que tu fais dans cette tenue ?
-         Je te sers guignol, maintenant trinquez !
 
Lily et James se regardèrent, encore un peu incertains. Finalement, James reprit bien vite contenance et retrouva son sourire charmeur. Comprenant l'intérêt de notre man½uvre, il saisit sa chance et entra dans notre jeu. Il leva sa coupe vers Lily, qui en fit de même.
 
-         Joyeux anniversaire.
-         Merci.
 
Sirius soupira de soulagement.
 
-       Pas de crise d'hystérie, on s'en sort bien, murmura Sirius.
 
Je ris discrètement. C'est vrai que dans notre plan, la seule variable était la réaction de Lily. On craignait qu'elle s'emporte contre James en pensant qu'il était responsable, ou qu'elle nous insulte pour nos méthodes  peu orthodoxes. Mais bon, apparemment, l'idée ne semblait pas lui déplaire, car elle avait également vite retrouvé son sourire. Ce ne devait pas être trop désagréable d'ouvrir les yeux sur le garçon qu'on aime « secrètement » dans un cadre idyllique. La première phase étant accomplie, j'entraînai Sirius dans une autre pièce pour qu'on aille se changer. Ce n'était que la première surprise...

 


La soirée se passa dans les rires et la bonne humeur. Entre deux plats préparés par les soins de Peter en cuisine, Sirius et moi avions pour rôle de faire l'animation. Racontant des blagues sous forme de mini pièces de théâtre, James et Lily étaient souvent pliés en deux. Remus avait même failli lâcher son plateau en ramenant les entrées, pris d'un soudain fou rire. Après le repas, nous avions tous rangé les costumes pour nous lancer sur la piste de danse, où j'avais retrouvé Remus avec plaisir. Après avoir fait les fous sur des airs endiablés, un slow nous donna enfin un peu de répit pour reprendre notre souffle. James leva son pouce en faisant un clin d'½il dans notre direction, ravi de pouvoir tenir sa douce Fleur de Lys dans ses bras. Je ris en voyant Sirius et Peter jouer aux amants follement épris l'un de l'autre.
Nous avions vraiment passé une bonne soirée, il n'y avait pas eu une seule fausse note. Pourtant, Lily et James ne passèrent pas le cap, ni à la fin de la danse, ni lorsque James offrit un magnifique collier, où une fleur de Lys pendait fièrement. Mais ce n'était pas bien grave, car le point positif, c'est qu'ils s'étaient encore rapprochés. Nous avions déjà la certitude que cet anniversaire resterait gravé.
 
 

| 4 février 1978 – Poudlard – Parc – 13h40 |

 
Je crois que je ne m'étais jamais autant amusée de ma vie. Depuis que je sortais avec Remus, je me montrais sous un jour beaucoup plus agréable. Plus détendue, je ne ratais plus la moindre occasion d'entrer dans les provocations de Sirius, de jouer avec les Maraudeurs, et même de participer à quelques blagues. En fait, je me rendis compte que j'étais presque aussi douée qu'eux pour faire des farces. J'étais plutôt créative quand il s'agissait d'atteindre une cible...
Enfin bref, nous passions des moments mémorables. Jamais je n'avais autant ri de ma vie. Et pourtant, malgré cette ambiance légère, je ne pouvais m'empêcher de penser régulièrement à l'avenir. Si ma vie avait toujours été un chemin tracé avec précision, un épais brouillard s'était désormais abattu pour me cacher la suite.
 
-         Prue ?
-         Oui... ?
-         A quoi tu penses ? murmura Remus.
 
Je me calai un peu plus dans ses bras en soupirant, mon regard se baladant sur le lac gelé.

-         A l'avenir.
-         C'est vrai que c'est le sujet du moment. Les profs n'arrêtent pas d'en parler avec les ASPIC qui approchent.
-         Oui... J'espère qu'on sera accepté au Ministère.
-     Oh toi, tu ne devrais pas avoir de difficultés... entre ton dossier et ton double sauvetage, tu es sûre d'être prise.
-         Certes, mais j'aimerais bien qu'on soit tous ensemble.
-         Je ne pense pas qu'on ait du souci à se faire.
-         Hâte d'y être.
-     Moi aussi... On va un peu en baver au début... mon père m'a déjà parlé de la formation, c'est assez hard, mais ça en vaut la peine.
-         Elle dure combien de temps déjà ?
-         Deux ans. On n'est pas encore prêts d'intégrer les rangs d'Aurors.
 
Un courant m'électrisa le corps avec délice. Deux ans... j'avais presque oublié que ma mission serait aussi longue... les Maraudeurs étaient à l'abri de mon père pour encore quelques temps. Cette simple pensée me rendit plus légère. Ce n'était que reculer pour mieux sauter, certes, mais c'était toujours deux ans de gagnés.
Je sentis quelque chose vibrer contre ma cuisse, me faisant sursauter sous la surprise.
 
-         Qu'est-ce que tu as ? demanda Remus.
 
Mon bipper.
 
-         Un frisson, répondis-je.
 
Il me frotta doucement les bras et je ne pus m'empêcher de sourire. A chaque fois que j'avais quelque chose de travers, il était au petit soin.
 
-         Et si on rentrait ? proposai-je.
-     Bonne idée. James a programmé un entraînement ce soir, il faut qu'on fasse les devoirs avant.
 
Aïe... j'avais oublié ce léger détail. Je devais trouver dix minutes pour m'éclipser. J'étais impatiente de savoir ce que l'Agence me réservait cette fois.
 
 

| Dortoir des filles de Gryffondor – 17h32 |

 
Remus et moi nous étions exilés dans la bibliothèque pour faire nos devoirs, bien vite rejoints par Lily. Je m'étais empressée de terminer, sentant régulièrement des vibrations contre ma cuisse. Je sentais que la mission allait être vraiment spéciale pour qu'il y ait une telle insistance. Prétextant une petite sieste à faire avant l'entraînement, j'avais quitté la bibliothèque, alors que les deux préfets-en-chef continuaient à travailler. J'avais exactement vingt minutes de liberté. Je me ruai sur le tiroir de mon chevet à côté du lit et en sortis le parchemin vierge avec une plume et de l'encre. Je m'assis sur le lit en prenant un support pour écrire.
 
« Ici Tracker »
 
Quelques secondes plus tard, la Renarde me répondit.
 
« Bien le bonjour ».
« Que se passe-t-il ? »
« Nous avons reçu un nouvel ordre d'exécution pour vous. »
« Ok, faites-moi le briefing »
« Votre cible s'appelle Roxanne Jones »
« Tiens, une femme...»
« Elle n'en est pas moins dangereuse ».
« Je ne sous-estime jamais mes adversaires »
« Tant mieux, parce que celle-ci est redoutable »
« A ce point ? »
« C'est une tueuse à gages elle aussi »
 
J'eus un instant d'arrêt sous l'effet de la surprise.
 
« Depuis quand on exécute des tueurs à gages ? »
« Nous avons des raisons de penser que cette femme va tenter de tuer Cornelius Fudge lors de sa conférence programmée le 6 février. Jack ne souhaite pas que ça se produise »
« Vous me demandez de sauver la peau de ce bon vieux ministre ? »
« Non, vous devez préserver la stabilité politique de l'Angleterre. Sachez que dans d'autres circonstances, nous ne serions pas intervenus »
« Je comprends. Mais vous n'êtes pas sûre qu'elle passera à l'acte, n'est-ce pas ? »
« Nous nous basons malheureusement sur une rumeur... une simple fuite dont nous ne pouvons vérifier la source »
 
Putain que je n'aimais pas ça. C'était déjà trop vague, trop incertain... Qui pouvait bien vouloir la mort de Fudge ? Son prochain rival politique ? Hum, les élections approchaient, c'était plausible. Ce ne serait pas la première fois après tout que des politiques aient recours à des tueurs à gages. Ce ne pouvait pas être mon père en tout cas, sinon je l'aurais su.
 
« Vous avez une photo ? »
« Non »
« Que savez-vous d'autre sur elle ? »
« Malheureusement rien »
« Hum, je suppose que son identité est fausse... ? »
« Exact. »
 
Bon en clair, je devais me lancer à la poursuite d'un fantôme dont on ne savait pas grand-chose, et où je n'étais même pas sûre de ses réelles intentions. Gé-nial.
 
« Je ne le sens pas » avouai-je.
« Je comprends que vous soyez perplexe suite à un tel briefing. Nous n'avons malheureusement pas toujours les moyens de préparer le terrain. Sachez toutefois que nous avons fixé une récompense à 40 000 Gallions. »
 
Je ricanai. La peau de Fudge ne valait guère plus chère que la plupart de mes autres contrats.
 
« Alors c'est Jack le client ? »
« On peut dire ça. »
 
Hum, je ne pouvais qu'accepter. Comment refuser un contrat où mon mentor était le commanditaire ? Malgré tout, j'avais un mauvais pressentiment. Pourquoi hésiter cette fois ? Ce ne serait pas plus dur que d'habitude. Ce n'était pas la première fois que je partais en chasse avec peu d'informations. J'avais l'identité criminelle de ma cible et son statut, c'était déjà pas mal. Pourtant, mon instinct était bien en alerte.
 
« Mais ce n'est pas une raison pour vous sentir obligée de le faire. Nous transmettrons la mission à un autre si vous refusez »
 
L'orgueil s'empara de moi. Me défiler alors que Jack m'avait choisi ? C'était tout simplement hors de question. Jack m'avait bien précisé que seule l'élite des assassins était membre de l'Agence, il fallait bien que je fasse honneur à cette réputation. J'étais Tracker après tout.
 
« Ce ne sera pas nécessaire. J'accepte la mission ».
« Parfait. Bonne chasse. »
« Juste une petite précision... je ne dois pas seulement l'empêcher d'agir n'est-ce pas ? Je dois la tuer ? ».
« Si vous avez l'occasion de la croiser, c'est qu'elle sera venue assassiner Fudge... alors oui, vous devrez la tuer. Son cadavre sera notre seul moyen de laisser un message suffisamment clair à son commanditaire. »
 « Compris. Je pense que je n'aurais pas besoin de vous confirmer sa mort avec la foule médiatique qui sera sur place... »
 

| 5 février 1978 – Poudlard – Salle sur Demande – 8h |

 
J'avais un gros, non, un énorme problème. Le Ministre prévoyait de faire son discours demain en fin de matinée. Ce qui tombait bien, c'est que nous serons dimanche, et que je pouvais donc facilement trouver une excuse auprès des Maraudeurs pour m'absenter plusieurs heures. Ce qui tombait mal... c'est que je n'en savais toujours pas plus sur ma cible, ni comment l'exécuter. La vie du Ministre de la Magie était en jeu, et Jack m'avait bien recommandé dans une lettre de faire attention, et pas seulement à ma cible. En effet, le nombre d'Aurors et de gardes du corps qui allaient être présents sur les lieux était tout juste impressionnant. Ce dernier élément avait un avantage, et bien sûr un inconvénient. Plus la sécurité serait élevée, et moins ma cible avait de chance d'atteindre le Ministre. Mais cela voulait aussi dire que j'étais limitée dans mes méthodes. Pour résumer, j'allais devoir agir de jour, à l'aveugle, avec une foule de citoyens criblées d'agents de sécurité, et bien évidemment, la résidence ministérielle hautement protégée en elle-même par magie.

Voilà une bonne heure que je tournais en rond, réfléchissant toujours à un moyen de piéger ma cible avant qu'elle n'agisse. J'avais déjà infiltré la résidence ministérielle avec Diego, je connaissais les failles, ce ne serait pas un problème. Mais pour ma cible, j'étais vraiment au point mort, et c'était un sacré handicap.
Je m'arrêtai de marcher, fermant les yeux. La pression pesait lourd cette fois. Je ne pouvais pas me permettre d'échouer. Le temps et les informations me faisaient défaut, pourtant je devais trouver le moyen de réussir. J'aurais dû être confiante, comme d'habitude, mais cette fois c'était différent. Il faut dire aussi que c'était la première fois que j'étais envoyée tuer une personne... pour en sauver une autre. L'enjeu était double.
 

| 6 février 1978 – Chemin de Traverse – 9h54 |

 
Tout aurait été tellement plus simple si j'avais eu une photo de cette putain de tueuse à gages. J'aurais adapté la recherche faciale sur mon fusil de précision, et j'aurais pu agir dans les règles de l'art en l'abattant à vue. Là, non, je me rendais sur les lieux à l'aveuglette, sans même savoir si Fudge était réellement en danger de mort. Mes chances d'accomplir cette mission étaient vraiment infimes. J'avais rarement eu aussi peu d'éléments avant de me mettre en chasse.

Je m'arrêtai devant la grande façade de la résidence, fixant le balcon où le Ministre se tiendrait dans une heure, entouré de son chef d'état major, de gardes du corps, vigiles et Aurors. Ce même balcon où j'avais vu le Premier Ministre Français s'écrouler... serait-il cette fois le lieu de mort d'un nouveau politique ? Non, je n'avais pas le droit d'échouer. Je soupirai en observant tout autour de moi. La place allait être blindée de monde, beaucoup d'habitants seraient à leurs fenêtres... Comment trouver une tueuse parmi tous ces gens ?
« Elle ne pourra pas utiliser les sortilèges à distance si elle veut passer inaperçue. Qu'est-ce que je ferais à sa place si je devais tuer le Ministre sans laisser la moindre trace de mon passage ? ...J'utiliserais probablement mon fusil d'assaut. Mais si je n'avais pas ça ? »
Mon regard se posa sur les gardes qui vadrouillaient devant l'entrée. J'eus un sourire en coin.
« Je frapperais de l'intérieur... »
 

|10h21 – Résidence Ministérielle|

 
M'infiltrer avait presque été trop simple. Si la dernière fois Diego et moi n'avions pas eu le moindre problème grâce à de fausses invitations, cette fois n'avait pas été plus compliquée. J'avais simplement volé un badge à une journaliste, trop occupée à discuter pour me remarquer, et je m'étais faite passer pour elle grâce au Polynectar. Les gardes à l'entrée ne m'avaient même pas fouillé en voyant le nom sur ma poitrine. Affolant. Je craignais que ma cible soit déjà à l'intérieur, prête à frapper. Je n'avais plus une seconde à perdre, il fallait que je mette Fudge à l'abri. Une fois à l'intérieur, je demandai à voir le Ministre de toute urgence pour un scoop croustillant sur l'un de ses rivaux. Sans me poser davantage de questions, on me fit attendre dans un bureau.

En attendant l'arrivée de Fudge, j'observais l'endroit, richement décoré et parfaitement rangé. Je m'assurai qu'il n'y ait aucun dispositif de surveillance. Ce serait trop bête qu'il y ait une alerte alors que j'étais là pour sauver la vie de Fudge. Une fois tranquillisée de ce côté-là, je mis mes gants et sortis ma baguette. Mon plan était un peu fou, mais au moins, j'avais la certitude que personne ne pourrait atteindre le Ministre.
 
-      On se revoit tout à l'heure, je n'en ai pas pour très longtemps, dit une voix de l'autre côté de la porte. Je reviens dans dix minutes.
 
Aucun doute sur l'identité de la personne, j'avais bien reconnu la voix de Fudge. Je regardai ma montre et me plaçai à gauche de la porte, plaquée contre le mur, serrant un peu plus ma baguette. Le Ministre entra dans la pièce et laissa la porte se refermer derrière lui. D'une pensée, je fis basculer le verrou.
 
-         Miss Karlinthon ?
 
Je pointai ma baguette dans son dos.
« Que la partie commence Jones »
Le sort fusa et percuta Fudge. Je fis un bond en avant pour le retenir et l'accompagner au sol. Il risquait de dormir jusqu'au lendemain avec ce que je lui avais mis. Je lui prélevai une mèche et sortis une fiole de Polynectar. Je bus le liquide boueux et infect avant de me laisser prendre l'apparence de ce nouveau corps. Des transformations, j'en avais subi plus d'une, mais alors prendre le corps d'un homme... ça faisait bizarre. Surtout le corps de Fudge. Je me lançai l'habituel sort que j'utilisais pour modifier ma voix, sauf que cette fois, il fallait que je prenne celle de Fudge.
Je sortis du bureau une fois les dix minutes écoulées en prenant soin de verrouiller la porte derrière moi, en y ajoutant quelques sorts de protection. Je rejoignis le bureau Ministériel d'une démarche que je voulais sereine. Avec l'apparence de Fudge, le garde m'ouvrit les portes sans broncher. Une fois dedans, j'observai attentivement les lieux. Je finis par m'installer au bureau, patientant avec calme. Ma cible allait venir, je le sentais. C'était obligé. Il était impossible de transplaner sur un périmètre assez élargi donc si elle voulait atteindre Fudge, il fallait qu'elle le tue avant qu'il se mette au balcon. Elle devait le faire en s'assurant qu'elle aurait le temps de quitter les lieux en toute sécurité.

 


Voilà un bon moment que je patientais. Il ne restait plus que onze minutes avant le début du discours. Je commençais sérieusement à me demander si j'avais fait le bon choix.
« Et si elle ne venait pas ? Si elle prenait le risque de l'atteindre à distance ? »
 
-         Monsieur le Ministre ?
 
Je relevai la tête en direction de la double-porte.
 
-         Oui ? répondis-je d'un ton qui se voulait sûr. 
-         C'est pour relire une dernière fois le discours ensemble.
-         Entrez, entrez.
 
Une grande femme blonde et habillée très classe entra dans le bureau. Le sérieux et l'efficacité étaient lisibles sur son visage. Je posai mes mains à plat sur le bureau, accordant toute mon attention à cette femme.
 
-         Que voulait la journaliste ? me demanda-t-elle.
-         Elle pense avoir une bonne info... Il faudra vérifier la source.
-         Elle est repartie ?
-         Oh pas bien loin... je suppose qu'elle est en bas avec les autres.
-         Ok. Je vous lis le discours ?
-         Allez-y.
 
Elle me fixa quelques instants avant de se mettre à lire, d'une voix vive et claire, tout en circulant dans la pièce. Mais franchement, je n'écoutais même pas le discours. A nouveau, j'avais un pressentiment. Je suivis la conseillère du regard.
« Si je devais tuer Fudge... je considèrerais ces quelques minutes de relecture en tête à tête comme l'occasion parfaite... »
Je me retins de sourire. Mon instinct ne trompait jamais... et lorsque la femme passa dans mon dos, je fis volte-face sans hésiter. J'empoignai vivement sa main braquant une baguette sur moi et la plaquai violemment contre l'armoire derrière elle. Je serrai mon emprise sur son poignet pour lui faire lâcher sa baguette. De l'autre main, je la saisis à la gorge avec force.
 
-         Tu es trop prévisible Jones, provoquai-je.
 
Elle me frappa au visage en guise de réponse, m'étourdissant quelques secondes. Elle en profita pour me lancer un sort qui m'expédia à l'autre bout de la pièce. Je me stabilisai sans problème et revins vers elle tout en reprenant mon apparence criminelle. Garder le physique de Fudge n'était plus un avantage maintenant que j'avais trouvé ma cible. Je lançai un sort en direction de la porte pour insonoriser le bureau.
 
-         Oh...Tracker... quelle surprise, susurra ma proie sans perdre son calme.
 
Elle lança un sort au sol un mètre devant moi, qui provoqua un écran de fumée. Je me sentis percutée sur le côté avant d'atterrir contre une armoire qui explosa sous la violence du choc. Je me relevai péniblement et sortis mon couteau, sentant la colère monter lentement. Jones me visa à nouveau, mais je lui envoyai un sort qui la désarma.
 
-         Pourquoi ne pas avoir tenté de tuer Fudge avant... ? demandai-je en tournant autour d'elle, resserrant mes doigts sur le manche de mon précieux  poignard. Tu as préparé le discours toute la matinée seule avec lui dans ce bureau,
-         Oh non, j'ai laissé cette corvée à la vraie conseillère avant de prendre sa place, répondit-elle avec un sourire mauvais sur les lèvres. Je pensais pouvoir mettre fin à ma mission assez rapidement, mais voilà que toi, tu es venue mettre son grain de sel.
-         Comment tu as su que je n'étais pas Fudge ?
-        Fudge relit lui-même ses discours. Mais de toute évidence, une débutante comme toi ne pouvait que tomber dans le panneau.
 
J'eus un rire nerveux. Moi une débutante ? Ok, j'étais jeune... mais j'avais déjà fait mes preuves. J'allais lui faire regretter ses paroles.
 
-         Tu ne sais visiblement pas à qui tu t'adresses, lançai-je.
-        A ma prochaine victime. Je n'étais pas venue pour toi initialement, mais puisque tu tiens tant à mourir...
 
Elle lança une poudre qui m'aveugla plusieurs secondes. Je toussai plusieurs fois, sentant ma gorge à vif. Je pris un coup à la tête, puis un dans le ventre et enfin derrière le genou droit. Je ne tombai pas pour autant et répliquai à l'aveugle. Mais la poudre continuait à brouiller ma vue et à me faire tousser. Alors je me concentrai sur mon propre corps, repoussant tout ce qui pouvait m'approcher. Cette bulle télékinétique me protégea de nouveaux coups le temps que je retrouve une vue normale. Mes yeux se posèrent sur Jones.
 
-         Pas mal la jeunette. D'habitude mes victimes meurent à ce moment-là. Mais ce n'est pas plus mal... notre duel restera gravé. Il doit sortir de mes rituels.
 
Enragée, je me jetai sur elle, relançant le combat avec beaucoup plus de férocité. Elle étant toujours sous l'emprise du Polynectar, je n'avais pas le loisir de connaître le vrai visage de mon adversaire. Mais à en croire ses railleries sur mon jeune âge, ce devait être une tueuse expérimentée de longue date. D'ailleurs, ses talents de duelliste ne laissaient pas de place au doute. C'était bien la première fois que je me faisais déborder. Mais bon, je restai Tracker, et je parvins à l'atteindre en lui décochant un puissant crochet du droit dans la mâchoire. Je profitai qu'elle soit sonnée pour enchaîner mes coups et la mettre à terre. Elle finit allongée au sol, à plat ventre, le souffle coupé. Je fis léviter jusqu'à moi mon couteau, qui m'avait échappé pendant notre duel. Je me baissai pour l'achever quand elle se tourna vivement en me faisant une prise avec ses jambes, échangeant nos places. Je me retrouvai immobilisée au sol sous cette tueuse à califourchon sur moi. Elle s'empara de ma propre arme avec un sourire mauvais aux lèvres.
 
-        Tuer le Fantôme de la Mort avec sa propre lame... c'est presque trop beau.
-        Raison pour laquelle ça ne peut arriver que dans tes rêves.
 
Je me concentrai sur elle et l'expulsai à l'autre bout de la pièce. Elle se stabilisa sans problème avant de se reposer au sol en douceur. Enervée par son air supérieur, je lui lançai un jet de flammes pour lui passer l'envie de sourire, mais elle créa un bouclier qui empêcha le feu de l'atteindre.
 
-         Monsieur le Ministre ? appela une voix de l'autre côté de la porte. C'est bientôt l'heure.
 
Sans plus attendre, je rompis ce bras de fer d'un coup et fis fuser mon couteau en même temps vers elle, l'atteignant en plein c½ur.
 
-         Monsieur le Ministre ?! répéta la même voix sur un ton d'urgence. Vous êtes là ? Ouvrez !
 
La personne essaya d'ouvrir la porte qui bien sûr ne céda pas.
 
-         ALERTE ! cria la voix.
 
Tant pis pour la discrétion. Je courus vers ma victime pour m'assurer qu'elle était bien morte. Satisfaite de ne pas sentir son pouls, je retirai mon couteau de son corps. Je réfléchis rapidement à une issue, mais la double-porte explosa et je me retrouvai braquée d'une bonne quinzaine de baguettes.
 
-         Mettez les mains en évidence ! gueula un garde.
 
C'est ça, il ne voulait pas que je me rende aussi tant qu'à faire ?! Je balançai une fiole devant eux qui dégagea immédiatement une fumée asphyxiante en éclatant. Profitant de la diversion, je détalai vers le balcon et m'élevai dans les airs par la pensée. J'entendis des cris de surprise un peu plus bas, mais je n'y prêtai guère attention. Une fois sur le toit de la résidence, je me mis à courir, entendant les gardes me poursuivre. Ma petite man½uvre leur avait fait perdre du temps, j'avais une bonne avance sur eux. Je sautai sur un autre toit et continuai ma course sans ralentir. Je me retournai brièvement et eus le temps d'apercevoir des gardes en position de tir. Je sautai alors dans le vide sans hésiter, ralentissant ma chute à deux mètres du sol. Beaucoup de gens se retournèrent, surpris, mais je repris ma course, tournant fréquemment dans des petites ruelles pour semer les gardes que j'entendais toujours. Je tournai une dernière fois, et en voyant du monde à l'autre bout, je ralentis tout en reprenant mon apparence normale. Je me faufilai au milieu de la foule pour me fondre dans la masse. Je souris en voyant mes poursuivants sur les toits de la ville, ne sachant plus dans quelle direction aller. Ça avait été chaud, mais j'étais tirée d'affaire désormais. Mission accomplie.
 
-         Ça alors ! Prudence Hunt !
 
Je sursautai violemment en faisant volte-face. Je faillis hurler de rage en reconnaissant Rita Skeeter. Fallait-il toujours qu'elle m'interroge au moment où je m'apprête à partir ?! Et en plus j'étais en direct... je me retins de soupirer devant la caméra. Bon sang, avec la chance que j'avais, Dumbledore devait déjà être dans tous ses états de savoir l'une de ses élèves en dehors de Poudlard sans autorisation. Et je n'osai penser à McGonagall, sans doute au bord de l'infarctus. J'allais passer un sale quart d'heure à mon retour, ça c'est sûr. J'allais avoir des heures de colle sur de nombreux week-end pour ça. Merci Rita, rappelle-moi de te tuer à l'occasion.
 
-         Bonjour, dis-je avec amertume en essayant de deviner le nombre d'heures de colle que j'allais prendre.
-         Qu'est-ce qui vous amène en ville ?
-         J'ai une course à faire. Excusez-moi, je dois y aller.
 
Je m'éloignai sans attendre de réponse de sa part et parvins à la semer dans la foule. Lorsque je sortis du groupe, je pris dans une ruelle un peu moins fréquentée. Je n'avais qu'un objectif désormais : sortir de la zone anti-transplanage et rentrer à Poudlard. Après toutes ses émotions, retrouver Remus ainsi que les autres Maraudeurs me ferait du bien. Je souris en m'apercevant que j'avais atteint la fin du périmètre de sécurité. Je me retournai en attendant un bruit sourd derrière moi. J'eus à peine le temps de réaliser qu'une personne masquée me faisait face, que j'eus le souffle coupé en sentant une vive douleur dans mon ventre. Un couteau. Je venais de prendre un coup de couteau ! La personne me retint dans ses bras, et je ne pus voir que ses yeux bleus qui me fixaient étrangement. J'avais du mal à réaliser ce qui était en train de se produire.
 
-         La Mort est parfois trompeuse... murmura la personne dans un souffle.
-         A qui le dis-tu... !
 
Retrouvant soudain ma lucidité, j'empoignai le manche du couteau planté dans mon corps et le retirai vivement pour enfoncer la lame dans son ventre. Je retirai la lame d'un geste sec, arrachant un gémissement de douleur à mon assaillant, qui disparut dans un craquement sonore. Echappé. Mon agresseur m'avait échappé sans que j'aie pu voir son visage... ni la mort venir vider son regard. J'eus la sensation qu'une onde de choc se propagea en moi, me faisant tomber à genoux. Je lâchai l'arme de mon adversaire et portai une main à mon ventre douloureux. J'avais l'esprit confus, je crois que je n'arrivais pas à réaliser qu'en quelques secondes... je me retrouvais à mon tour victime. Ça avait été si soudain... si inattendu. Je n'avais rien vu venir. Je baissai les yeux en retirant ma main... pleine du sang qui s'échappait de ma plaie.

 

J'essayai de transplaner, mais je n'avais visiblement pas assez de force pour ça. Je relevai la tête lentement. Je voyais les gens passer à l'autre bout, qui ne pouvaient pas se douter que j'étais là. Je me relevai péniblement, usant de la télékinésie pour me transporter vers la foule. Il fallait que je demande de l'aide, je savais que je ne pourrai pas m'en sortir seule cette fois. Mais je ne parvins pas à faire plus de deux mètres que je m'affaissai lourdement au sol. Je tentai plusieurs fois de me relever, ou ne serait-ce que de ramper, mais je trouvais de moins en moins la force de bouger. Alors je renonçai à regagner la foule. Je me mis sur le dos et me redressai légèrement. Je relevai un peu mes vêtements et déglutis en voyant le contour de ma plaie cerclée de bleu et de violet. Empoisonnée. Cette saloperie m'avait planté une lame empoisonnée. Qui était-ce ? Pourquoi me tuer ? Et que voulaient dire ses paroles ? Je craignais de ne pas vivre assez longtemps pour obtenir des réponses, car je commençais déjà à me sentir partir. Je sortis avec difficulté ma baguette et me lançai des sortilèges pour me soigner. Je réussis à désinfecter la plaie, mais il me fallait un contrepoison très vite. Je plongeai ma main sous ma cape, cherchant fébrilement ce qui pourrait me sauver dans mes poches. A la vitesse où ça allait, il ne me restait que peu de temps avant de succomber. Je me mordis la lèvre avec douleur en cessant ma fouille. Rien. Je n'avais rien.

 

Je regardai tristement vers le ciel un peu voilé. Après tout ce que j'avais accompli... tout ce qui me restait encore à faire... était-ce comme ça que mon histoire devait se terminer ? Assassinée dans une ruelle désertée par un mystérieux fantôme ? Mon c½ur accéléra à cette pensée. Combien de fois avais-je moi-même procédé de cette manière ? Moi qui aimais échanger les rôles... cette fois c'était mon tour. Le fantôme de la Mort... le prodige du crime, tuée par un autre fantôme, d'une lame aussi redoutable que la mienne... Je serrai la mâchoire. Ce n'était que justice. Je n'avais jamais imaginé ma mort, mais je savais que ça terminerait mal un jour. Seulement, je pensais que ce serait la vengeance qui mènerait à ma perte. Ou alors en sacrifice pour les personnes qui m'étaient chères. Mais certainement pas... comme ça...

 


Je sortis un miroir d'une main tremblante, identique à celui que j'avais offert à Remus. Au bout de quelques secondes qui me parurent longues, je vis son doux visage se refléter dans le bout de verre. Cette simple vision m'apaisa.
 
-         Prue, ça va ?
-         Oui.
-         Tu as fini tes courses ?
-         Il m'en reste encore un peu.
-         Ah. Il y a quelque chose de particulier ?
-         Non... je voulais juste te voir... tu me manques déjà.
 
Remus sourit.
 
-         Tu es adorable. Rentre vite, toi aussi tu me manques.
-         Je vais faire de mon mieux.
-         Ok, à tout à l'heure alors.
-         Je t'aime.
 
Remus eut un instant de surprise. Je ne lui avais encore jamais dit. Je souris devant son air.
 
-         Moi aussi je t'aime.
 
Je rompis la connexion en sentant une larme naître dans mes yeux. Elle glissa lentement sur ma joue, brûlante, douloureuse. Je trouvais cruel de mourir maintenant que j'avais quelque chose à perdre... maintenant que j'avais repris goût à la vie. Mais visiblement, je ne méritais pas de connaître la joie... je ne méritais pas d'être heureuse. Mes doigts lâchèrent le miroir, et je regardai à nouveau vers le ciel. Je sentais que je n'allais pas tarder à retrouver toutes les personnes que j'avais perdues. Pourtant, pour la première fois... je ne voulais pas que ça arrive. Je voulais échapper encore une fois à mon sort. Je voulais vivre. Et c'est peut-être ce qui me donna la force nécessaire pour attraper ma baguette et lancer un jet d'étincelles rouges dans le ciel. Je fis disparaître dans un voile de fumée noire tout ce qui aurait pu me compromettre, tout ce qui était relié à Tracker, et attendis, espérant qu'un miracle se produise. J'eus un triste sourire en voyant une ombre incertaine devant mon regard.
 
-         Pardonne-moi Jeff... je ne suis pas d'humeur à me laisser abattre cette fois...
 
« Je ne peux qu'en être fier... accroche-toi ma puce. Tu vas y arriver. Comme toujours. »

Mes pensées s'embrouillèrent, et je tournai la tête sur le côté en entendant quelqu'un courir dans ma direction. Je n'eus pas le temps de voir le visage du nouvel arrivant, mes yeux se voilèrent, et je n'entendis plus rien autour de moi.
 
Une séquence de flashs... j'ouvris les yeux... je me sentais transportée dans les bras de quelqu'un... J'étais dehors, devant un grand bâtiment... puis je retombai dans l'inconscience, continuai de lutter, revins à la réalité... on était dans un hall... encore une coupure... on était dans un couloir blanc... je sombrai à nouveau... j'entendais des murmures... des dizaines de murmures... je ne comprenais pas ce qu'ils disaient, ni qui les soufflait... tout était confus... je me sentais partir de ce corps que je ne sentais déjà presque plus. J'entrouvris les yeux une dernière fois... je ne vis qu'une lumière blanche aveuglante se répandre devant mon regard avant que des petits points noirs viennent l'obscurcir, jusqu'à l'éteindre totalement.
 

| Ministère de la Magie - QG des Aurors |

~ Point de vue général ~
 
Lyall Lupin revenait à peine de la Résidence Ministérielle, la tête pleine de questions. Il ne comprenait pas grand-chose à ce qui avait bien pu se passer dans le bureau de Fudge. Pourquoi deux intrus s'étaient-ils entretués là-bas ? L'un d'eux, qui n'avait pas survécu, était en fait une femme d'une quarantaine d'années, impossible à identifier, comme si elle n'avait jamais existé officiellement. Cette femme, à la ligne sportive, portait également des cicatrices laissant deviner une vie de combat. Elle avait pris l'apparence de la conseillère du ministre... tandis que l'autre intrus avait pris celle de Fudge, après avoir endormi celui-ci dans un bureau qu'il avait pris soin de sécuriser. Lyall était persuadé que ces deux personnes étaient des professionnels expérimentés. Ils avaient tous d'eux réussi à atteindre le bureau ministériel sans éveiller le moindre soupçon... et pourtant, ce n'était pas les dispositifs de sécurité qui manquaient, ni les gardes.

 

Le scénario le plus plausible pour expliquer le meurtre est que ces deux personnes s'étaient gênées. L'une, avec l'apparence de Fudge, devait rechercher quelque chose de particulier dans le bureau... tandis que l'autre, en prenant l'apparence de la conseillère, s'offrait un tête à tête de dernière minute avec le ministre. Etait-ce pour le tuer ? Mais voilà que le « ministre » était en fait un imposteur. Ces deux criminels se sont-ils rendus compte qu'ils n'avaient pas à faire aux vraies personnes ? Lyall ne voyait rien d'autre qui puisse déclencher un duel aussi acharné. Le cadavre retrouvé portait les marques d'un combat à la fois magique et moldu, se soldant par un coup de couteau d'une précision redoutable. L'Auror repensa à la tueuse qui lui avait sauvé la vie... la tueuse contactée par l'Agence. Etait-ce elle ? Etait-ce Tracker ? Si c'était le cas, il allait devoir recontacter l'Agence en vitesse pour connaître le fin mot de l'histoire. Le contrat qui les liait à la Brigade était clair : les tueurs à gages de cette Agence n'avaient pas le droit de toucher au gouvernement ou aux autorités, sauf sur ordre. En retour, les membres de la Brigade n'avaient pas le droit d'enquêter sur les assassins de l'Agence. Jusqu'à maintenant, il n'y avait jamais eu de problème dans leur partenariat.

-         Lyall !
 
Le concerné releva la tête et accueillit le nouvel arrivant d'un sourire.
 
-         Prudence Hunt a été retrouvée entre la vie et la mort à Londres, apparemment victime d'une agression au couteau, informa Moser d'une voix grave. Elle a été transférée à Sainte Mangouste, mais elle est dans un état très critique... les médecins craignent qu'elle succombe à sa blessure.
 
Lyall sentit un poids tomber lourdement en lui. Son cerveau avait du mal à interpréter les paroles de son ami. Prudence Hunt... la petite amie de son fils... celle que Remus aimait tant depuis qu'il avait posé les yeux sur elle... sur le point de mourir ? Mais que s'était-il passé ? Que faisait-elle à Londres, si loin de Poudlard ? Qui avait bien pu faire une chose pareille, et surtout pourquoi ? Lyall soupira profondément en mettant son visage dans ses mains. Remus semblait destiné à enchaîner les épreuves... et cette fois, il pourrait bien demeurer inconsolable.
Chapitre 42 : La deuxième cible
Hello ! 
Oui, j'ai « encore » soumis mon personnage à une épreuve... non pas que je ne peux pas m'en empêcher, disons que c'est... nécessaire.
Enfin bref, j'espère que vous avez quand même apprécié le chapitre, et que vous laisserez vos impressions à l'issue de votre lecture  :)
Mot de Tracker et aperçu du prochain chapitre sont en ligne.
Gros bisous !

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Je me demande si Lily va se rapprocher de Severus..c'est vraiment haletant

  • LeMaitreDesLieux

    02/11/2015

    Alors là ... Bon Prue a décidément trouvé des tueurs de son rang mais si l'autre est morte, qui celle qui l'a attaqué ? Et je me demande aussi si Lyall va pas commencer à faire un lien - tôt ou tard - entre Tracker et Prue ... Bref, comme d'hab, c'est génial, j'adore ! :D

  • fichp-lifealwaysrestart

    28/09/2015

    Enfin du meurtre ! (je pense sérieusement à aller me faire soigner... ^^)
    Comme tous les chapitres où l'on passe d'une ambiance à l'autre, j'ai adoré. Le début avec l'anniversaire de Lily était très bien, je n'en attendais pas moins des Maraudeurs et de Prue de trouver une idée originale pour caser leur Cornedrue avec sa Fleur de Lys... Ensuite, le moment où Prue parle avec Lily à propos de Rogue. C'est agréable de lire une fiction qui ne le saque pas et qui explique un peu les regrets et le ressenti qu'il a pu avoir après avoir insulté Lily. C'est d'ailleurs marrant de voir que Prue qui détestait Lily se retrouve à lui donner des conseils sur sa vie sentimentale.
    Et puis le combat avec la tueuse à gage. Pour la première fois depuis que je lis cette histoire, je n'étais pas sûre de l'issue du combat. J'ai hâte de voir comment Prue va s'en sortir et qui a bien pu l'attaquer.
    Bonne semaine à toi !

  • evanalinch-lunalovegood

    21/07/2014

    Superbe combat et superbe chapitre. À chaque fois tu arrives à m'étonner

  • MichabereQuinn

    17/07/2014

    Coucou ! C'était super. Le combat et tout ! Allez Prue, accroche-toi ! Merci ! ♥

  • ameliarogue

    16/07/2014

    Argh!!

    Je ne sais pas quoi dire! Déja,ça m'étonnerait que Prue meurt TOUT DE SUITE. Il reste quand même trois tomes!

    Je sens que Lyall commence à avoir des soupçons... Je l'imagine, à l'hôpital, dire à Prue de ne pas rester près de Remus parce qu'elle est dangereuse, même s'il ne sait pas forcément qu'elle est Tracker. Lyall doit commencer à voir que Prue est plus qu'une jeune fille malchanceuse.

    Remus, quant à lui, risque d'être aveuglé pendant un bon moment encore. Lui doit encore penser que Prue ne fait qu'enchaîner les malheurs.

    L'autre question, c'est à savoir QUI a essayé (je dis bien essayé,parce que je ne veux pas qu'elle meurt) de tuer Prue. L'Agence? C'est vrai qu'elle n'a pas été très très discrète, mais elle a rempli son contrat et puis, ça aurait été drôlement rapide. Par vengeance? Prue ne portait plus le masque de Tracker, et très peu de gens connaissent le lien entre les deux... Ceux voulant détruire les Halliwell? Possible. Mais j'ai encore un doute sur l'innocence de son père dans cette hist

    En tout cas, j'imagine qu'on saura le fin mot de l'histoire éév eventuellement.

    À la semaine prochaine!

  • clochinettedu76

    16/07/2014

    coucou ! Désolée de te laisser mon avis si tard, mais en tout cas, le voila.
    J'ai adoré la surprise pour l'anniversaire de Lily, c'etait trop mignon ! Et le combat entre les deux tueuses à gages était disons... exceptionel ! C'est rare de voir Prue avoir des difficultés comme celle-ci ! En parlant d'elle, je me demande qui peut lui en vouloir, au point de tenter de la tuer ! Un autre tueur a gage qui a ete payé par quelqu'un (si c'est le cas, qui est ce quelqu'un...), ou un tueur a gage qui souhaitait la tuer pour X raison, et qui n'a donc pas ete payé pour la tuer... ou quelqu'un qui n'a rien a voir avec les tueurs à gages... ?
    Et pauvre Remus ! J 'imagine pas sa réaction, et celle des autres Maraudeurs (surtout celle de Remus !), et de Diego, Voldemort, Jack... (Tout ceux qui tiennent un minimum à elle en fait) quand ils apprendront qu'elle est entre la vie et la mort...

  • Harry-Potter-generationx

    14/07/2014

    Ouahhhh ! J'ai adore !
    Sentiments, traque et meurtre réunis en un seul chapitre ! J'AIME !!! ;)
    Le combat entre les deux était magnifique ! Même si je pensais que l'autre tueuse allait tuer Fudge sur le balcon pour faire plus de dégât dans la politique ! Et la course poursuite sur les toits, j'ai cru qu'ils allaient l'avoir ! :o
    Quand a Prue !!!! Elle va pas mourir ! Elle peut pas mourir ! Elle est la seule qui peut protéger nos maraudeurs chéri de son père ! ELLE VA PAS MOURIR !! :'(
    J 'imagine tellement la réaction de Rzmus et des autres quand ils apprendront qu'elle risque d'y passer !!!!!! D':
    Je veux pas !!!!!!!!! :'(
    Hâte de lire la suite !!!! Tu veux pas la poster plus tôt ? Du genre ... Demain ?! *pleine d'espoir*
    Bon ok je me tais et je patiente ! :( TORTIONNAIRE !!!! xD

    Bon et bien bisous et a la semaine prochaine ! :D

  • hostfresh-HarryPotter

    13/07/2014

    C pas vrai ! La suite !!!!

  • xannuaire-de-fictionsx

    13/07/2014

    Salut,
    merci, ton article est à jour.

    Passe une bonne journée
    Bonne vacance à toi aussi !
    bisous.

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