Chapitre 46 : Démasqués

« Il faut toujours être sur ses gardes... même avec les personnes qui nous sont chères. J'ai presque envie de dire « surtout » avec ces personnes-là... car on ne s'attend jamais à une frappe de leur part. La confiance se gagne mais peut à tout moment se perdre dans les méandres du doute. »
 
Chapitre 46 : Démasqués
 

 
| 26 mars 1978 – Poudlard – Bureau directorial – 17h10 |
 
~ Point de vue général ~

Albus Dumbledore était assis à son bureau, plongé une nouvelle fois dans un rapport de police qui le laissait songeur. Il avait demandé à Lyall des renseignements sur une affaire qui avait secoué l'été : l'attaque du gang des Cobras dans un entrepôt désaffecté. L'enquête avait été particulièrement difficile à mener, car l'incendie s'était chargé de détruire la plupart des preuves. Le gang des Cobras semblait avoir des ennemis redoutables. L'affaire demeurait non classée, encore aujourd'hui.  Mais Dumbledore craignait d'avoir compris ce qu'il s'était passé. Il avait commencé à avoir des doutes il y a quelques mois déjà, mais l'absence de preuves et de témoignages le bloquait. Il ne lui restait plus qu'une option : la confrontation.
 
 
~ Point de vue de Prue ~
 
 
 
Je frappai à la porte du bureau directorial, me demandant toujours ce que Dumbledore pouvait bien me vouloir encore. Lorsque j'entrai, je découvris le directeur assis dans son fauteuil, un dossier posé sagement sur son bureau. Je m'avançai vers lui en le saluant, jusqu'à ce que je me rende compte que les personnages des tableaux avaient disparu. Cela me parut bizarre que leurs habitants aient tous choisi le même moment pour visiter un autre tableau... ce qui m'amenait à penser que Dumbledore souhaitait que notre entretien reste confidentiel. Cela m'intriguait beaucoup. De quoi allait-il me parler cette fois ?
 
-         Assieds-toi, invita Dumbledore en me désignant le fauteuil en face de lui.
 
Je choisis de ne pas lui demander ce qu'il me voulait, préférant le laisser venir. A dire vrai, je n'étais pas très à l'aise. Le dossier posé sur son bureau avait la couverture très remarquable des rapports de police. Un rapport qui selon le sceau apposé... était issu de la Brigade Criminelle. Les flics avaient-ils du nouveau sur mon agression...? Ou Dumbledore allait-il encore ressortir l'affaire de 1965...?
 
-         J'aimerais savoir une chose Prudence...
-         Quoi donc ?
-        Qu'est-ce qui a déclenché tes crises mentales cet été ? A partir de quand précisément ce nouveau pouvoir s'est manifesté ?
 
Je haussai les sourcils. Quelle mouche l'avait piqué ? Moi qui pensais être tranquille avec ces satanées crises... voilà qu'il les remettait au goût du jour ! Il me semblait pourtant avoir déjà répondu à cette question.
 
-         Hum, je ne me souviens pas vraiment... pourquoi ?
-      Chacun des pouvoirs des Halliwell s'est toujours manifesté après une émotion forte... ou un besoin pressant. Cela ne s'est jamais fait du jour au lendemain sans raison.
 
J'avais presque oublié que le directeur en savait plus sur ma famille que moi-même...
 
-      Je n'ai pas ressenti le besoin d'entrer en contact avec l'esprit des gens cet été... professeur, répondis-je calmement.
-         Alors tu as subi un choc émotionnel.
-         Je m'en souviendrais...
 
Dumbledore soupira face à mon attitude, mais je restai sereine. Il ne pouvait pas savoir avec certitude que j'avais effectivement subi un énorme choc émotionnel.
 
-         Je m'inquiète pour toi, tu sais ?
-         Pourquoi cela ?
-         Tu es en danger de mort... mais tu le sais déjà n'est-ce pas ?
 
Je crus que mon c½ur s'arrêtait de battre pendant plusieurs secondes. D'où est-ce qu'il sortait ça ? Surtout avec une telle assurance ?! Putain mais quel épisode avais-je encore raté ? Qu'avait-il découvert à mon sujet ?!
 
-      Oui, j'imagine que mon agresseur ne doit pas être très content de savoir que j'ai survécu... dis-je avec des pincettes.
-         Et il n'est pas le seul dans cette situation.
 
A part Cobra, je ne voyais pas... et Dumbledore ne pouvait pas être au courant, n'est-ce pas ?
 
-         Qui d'autre ? m'intéressai-je.
-         Les survivants du gang des Cobras.
 
Une décharge me parcourut le corps avec une violence incroyable. J'ignore si c'était la rage ou la surprise qui me l'avait déclenchée. Tout ce que je pouvais dire, c'est que j'étais bien contente que Dumbledore ait congédié tout témoin de son bureau... la louve en moi s'était réveillée par surprise, et elle n'était pas contente.
 
-      Cobra... n'est-ce pas le surnom de l'homme que vous présumez avoir trahi ma mère ? demandai-je calmement.
-         Oui... et c'est aussi le nom d'un gang criminel. Un gang criminel que tu connais bien n'est-ce pas ?
 
Je serrai la mâchoire plus fort que jamais. Il s'aventurait sur un terrain dangereux. J'ignore d'où il tenait ses informations, mais si cette conversation continuait ainsi, elle ne pouvait que très mal se terminer. J'avais l'impression d'avoir le cerveau au ralenti... je n'arrivais pas à croire que Dumbledore était en train de me faire comprendre qu'il m'avait démasquée.
 
-          Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? renvoyai-je sans perdre mon calme pour autant.
-        Si tu te souviens bien, je t'ai testée dans ce bureau en prenant l'apparence d'un membre de ce gang... et tu as réagi de suite.
-        A cause du tatouage. J'ai vu cette même marque sur l'épaule d'un gars le soir de mes cinq ans. Normal que je réagisse. Je n'ai jamais oublié.
-         Tu n'as pas seulement cherché à te défendre ce jour-là. Tu essayais de m'atteindre.
-         La meilleure défense reste l'attaque.
-         Donc le meilleur moyen de te protéger est de tuer ceux qui t'ont pris pour cible ?
 
Dumbledore tourna le dossier qui était sur son bureau dans ma direction. Je baissai les yeux un instant sur le rapport, redoutant ce que j'allais y trouver. Je l'ouvris et tombai sur une photo de cadavre calciné. En dessous, la légende indiquait « Christopher Stall, membre du gang des Cobras ». Je serrai la mâchoire en me remémorant ce que j'avais fait ce jour-là. Je feuilletai les pages, comme si de rien n'était, profitant de l'occasion pour savoir si l'enquête avait avancé. Je finis par m'adosser au fauteuil, l'esprit tranquille. Les flics étaient toujours autant dans le flou. Donc Dumbledore n'avait que des hypothèses... rien d'autre.
 
-      Vous n'êtes quand même pas en train d'insinuer que c'est moi derrière cette attaque ? demandai-je.
-         J'aurais énormément de mal à t'imaginer faire ça... mais je sais également que tu es capable de violence quand il s'agit de vengeance... et que tu n'es certainement pas toute seule dans ce combat.
 
Je gardai le silence quelques secondes, ne comprenant pas la démarche de Dumbledore. Que cherchait-il au juste ? Des aveux ?
 
-         Vos paroles ont un air d'accusation... fis-je remarquer. Une accusation très grave. Il ne s'agit pas d'un simple meurtre...
-         Je ne t'ai pas fait venir pour te juger Prudence, mais pour te comprendre.
-         Il n'y a rien à comprendre, je croyais pourtant avoir été claire à ce sujet.
-         Comment veux-tu te sortir de là si tu tournes le dos à ceux qui veulent t'aider ?
 
Je ricanai.
 
-         Me sortir de quoi professeur ?
-         De ta noirceur.
 
Je le regardai dans les yeux, essayant de contrôler la surprise qu'il m'avait provoquée. J'eus envie de sortir mon couteau pendant un instant, mais je chassai cette idée. Il fallait que je maîtrise mes pulsions. Il ne savait rien de manière sûre... il comptait sur mes réactions pour confirmer ses hypothèses. Je ne devais pas tomber dans le panneau.
 
-         Je ne vois pas de quoi vous parlez...
-      Ce n'est pas de ta faute... tu as traversé des épreuves qui anéantiraient n'importe qui... des épreuves dont on se relève difficilement.
-         Je suis debout.
-         A quel prix ?
-         Allez au bout de vos idées. Ce n'est pas à moi de répondre.
-      Tu as été victime de tragédies... toi et ta famille avez été injustement prises pour cibles... mais tu n'as pas choisi de fuir... du moins pas complètement. Tu as grandi dans l'ombre en te préparant à affronter tes ennemis. C'est le seul moyen que tu as trouvé pour surmonter le poids de ton passé et survivre : te venger. Echanger les rôles.
 
Je sursautai légèrement. Echanger les rôles voulait dire... devenir l'assassin. Je sentis un nouveau courant me traverser le corps, beaucoup moins intense... le même genre qui précède généralement une pulsion meurtrière. Dumbledore savait. Il n'avait pas de preuve, mais il était certain de ce qu'il avançait. Et en tant que Président du Mangenmagot, il pouvait se servir de son influence pour me surveiller et me pourrir la vie jusqu'à ce qu'il fasse éclater la vérité au grand jour. Je ne pouvais pas prendre le risque qu'une telle situation se produise. J'allais devoir réduire au silence ce directeur, fou de penser que je le laisserais jouer au détective.
 
-         Je me trompe ?
-         Où sont vos preuves ? demandai-je.
-         Je n'ai pas besoin de preuve pour savoir que toute la souffrance et la haine que tu gardes enfermées depuis ton enfance sont capables de réduire ce gang en cendres...
 
Démasquée. J'étais démasquée. Toutes ces années à tuer encore et encore, sans jamais être soupçonnée, pas même par les meilleurs flics... et voilà qu'un directeur d'école le découvrait. Je peinais tellement à le croire et en même temps, l'esprit du tueur m'empêchait de paniquer. Ce vieux  fou pouvait penser ce qu'il voulait, je ne lui laisserai pas le loisir d'émettre ses hypothèses en dehors de ce bureau.
 
-        Bien sûr que je les haie de tout mon être... confirmai-je. Mais ça ne veut pas dire que c'est moi pour autant. Je suis sûre que je ne suis pas la seule au monde à rêver de vengeance.
-         Tes amis aussi en rêvent ?
-         De qui parlez-vous ?
-   Des mystérieuses personnes qui se sont inquiétées pour toi pendant ton hospitalisation.
 
L'impatience commençait à me ronger les nerfs. J'en avais assez de son petit jeu. L'envie de le tuer devenait plus ardente. Il parlait de mes « amis »... les avait-il vus à l'hôpital ? Si c'était le cas, je devais les protéger. Dumbledore était loin de se douter que ses révélations me poussaient de plus en plus à le tuer.
 
-         Laissez-les en dehors de vos délires, professeur, dis-je d'un ton plus ferme.
-      Tu ne vas pas me faire croire qu'ils n'ont aucun lien. Personne ne vous connaît. Vous êtes des fantômes... et je suis persuadé que c'est à cause de ton passé. Survivante de cette terrible attaque en 1965, tu as dû vivre sous une autre identité pour te protéger... tu as vécu avec tes amis dans l'ombre... te préparant à affronter tes démons.
 
Cet enfoiré de directeur visait à peu près juste. Mais là encore... aucune importance.
 
-         Je te comprends tu sais... ? Tu as beaucoup souffert, et personne n'a rendu justice. Alors tu as voulu le faire... pour les punir, pour pouvoir tourner la page...
-         Vous ne savez pas de quoi vous parlez, dis-je d'une voix tranchante.
-         Alors explique-moi.

La colère montait lentement en moi. Il avait signé son arrêt de mort en me disant tout ça. Je ne pouvais plus le laisser vivre maintenant. Pas maintenant qu'il m'avait cernée. Aujourd'hui il n'avait pas de preuve, mais que serait demain...? Je regrettais d'en arriver là... mais à le faire, autant lui accorder le plaisir de connaître la vérité.

-         Vraiment ? Vous voulez savoir ?
-         Oui.
-         Parfait.
 
Je l'agrippai par le bras tout en lançant une boule de feu sur le rapport posé sur son bureau, avant de l'emporter dans un transplanage. La man½uvre était risquée, mais je savais que seul le directeur avait l'autorisation de se déplacer magiquement au sein de l'école. Sans surprise, Dumbledore me lança une attaque dès qu'on se matérialisa dans ma planque, m'expulsant loin de lui. Cependant, je me retins magiquement et reposai pieds à terre, sortant ma baguette avec une lueur de défi.
 
-         Où sommes-nous ? demanda-t-il en regardant autour de lui.
-         Bienvenue dans mon antre professeur.
-         Ton antre ?
-      C'est là que je stocke des armes et divers accessoires, là que j'en fabrique, que je m'entraîne... c'est mon refuge. Ma planque, expliquai-je en tournant autour de lui.
-         C'est là que tu as préparé ta vengeance contre les hommes du gang ?
 
Je souris en lançant un regard provocant à mon adversaire. Ce vieux fou pensait que je m'étais préparée pendant de nombreuses années à affronter seulement les hommes du gang. Il ne se doutait pas que ma formation n'avait jamais porté sur la vengeance. C'est moi qui avais profité des compétences acquises pour me lancer aux trousses de mes ennemis, mais ça n'avait jamais fait partie des objectifs de mes formateurs... ni au camp ni au manoir de mon père. Mais comment ce piètre détective pouvait-il s'en douter ? Lui qui avançait à tâtons sur un territoire embrumé qui était le mien.
 
-         Non, répondis-je.
-         Pourquoi m'amener ici ?
-         Vous êtes un homme intelligent... vous avez la réponse.
-         Tu comptes me tuer Prudence ?
-         Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous laisser me mettre des bâtons dans les roues ?!
-         Ce qui prouve que j'ai raison sur toute la ligne.
 
Je ris de ses paroles.
 
-     Vous n'avez deviné qu'une infime partie de la vérité... mais c'est suffisant pour vouloir votre mort. J'en ai assez que vous vous preniez pour un flic. J'ai tenté de vous détourner de votre enquête dès que vous avez manifesté trop d'intérêt pour moi et mon passé... mais vous ne savez pas vous arrêter. Vous ne savez pas rester à votre place de directeur. Alors je n'ai plus le choix.
-         Bien sûr que si.
-       Ah oui ? Prendre le risque que vous balanciez vos petites hypothèses à tout va... ou rester libre... c'est ça que vous appelez avoir le choix ?
-       Je ne compte pas ébruiter cette affaire Prue... ni te livrer à la police... je veux juste t'aider à te débarrasser de ton côté sombre.
-      Très noble de votre part... ironisai-je,  mais vous ne pouvez rien pour moi. La noirceur dont vous parliez n'est pas seulement dans mon c½ur... elle est jusque dans mon âme.
 
Je vis de la tristesse dans son regard. Il continuait à tourner lentement sur lui-même pour suivre mon mouvement circulaire autour de lui. Il savait que le duel était imminent.
 
-         Qu'est-ce qui t'est arrivé Prudence ? demanda doucement Dumbledore. Qu'est-ce que tes « amis » t'ont fait pour que tu en arrives là ?
 
Le sort partit à l'instant où il fit allusion à eux. Dumbledore me contra bien sûr, mais j'enchaînai mes attaques avec rapidité. Il avait beau être puissant et excellent duelliste, je savais que je pouvais l'avoir à l'usure. Son âge était un handicap... son manque d'entraînement également. Je réussis à l'envoyer contre un mur, où des chaînes s'enroulèrent autour de lui comme des serpents de fer, l'immobilisant.
 
-         Mes « amis » comme vous dites, m'ont aidée à contrôler la bête que j'avais en moi... dis-je froidement en me rapprochant du visage de Dumbledore. Je leur dois beaucoup.
-         Qu'est-ce que tu veux dire ?
-         Juste après la mort de ma mère... j'ai été enlevée. Pendant sept ans, j'ai dû apprendre à survivre... à des épreuves insensées. J'ai été torturée... cruellement, sans raison, par de parfaits inconnus complètement tarés. Tous les jours. De diverses manières. Ils prenaient un réel plaisir à jouer avec nos vies. Ils disaient tout le temps qu'on méritait ce qui nous arrivait... parce que nous étions des monstres. Ce n'était pas vrai à l'époque. Seulement... j'ai dû me battre sans arrêt pour défendre ma vie.  J'ai dû faire des sacrifices... et renoncer à ma conscience. J'ai perdu mon humanité pour fuir la mort. Et puis, j'ai fini par échapper à mes ravisseurs... mais le Mal était trop ancré en moi pour m'en défaire. Mes « amis » ont réussi à dompter la louve assoiffée de sang que j'étais... mais jamais elle ne disparaîtra. Même lorsque je me serais vengée, même apaisée... je sais que cette part d'ombre sera toujours là. Et vous, vous espérez me l'enlever ?  
 
Dumbledore me regardait avec un mélange de surprise et de tristesse. Je sortis mon couteau d'un geste lent.
 
-           Je regrette sincèrement d'en arriver là avec vous.
-      Ce que je regrette, c'est que tu te condamnes en te laissant gouverner par tes pulsions. Tu choisis la facilité en refusant de lutter contre elles. Et tu gâches la personne exceptionnelle que tu pourrais être.
 
La haine me submergea d'un coup et je mis la lame sur sa gorge, approchant mon visage à quelques centimètres du sien.
 
-         La facilité ?! Vous croyez que ça a été facile d'accepter de devenir un monstre ?! On m'a brisée parce que je refusais sans cesse de tuer une vie innocente ! J'ai essayé de ne pas basculer, mais quand ils ont poussé la seule personne que j'aimais au suicide... là j'ai craqué ! Je ne suis pas devenue une tueuse parce que c'était le plus facile, mais parce que c'était nécessaire ! Pour qu'ils paient ! Pour qu'il y ait enfin une justice ! Je n'ai pas à lutter contre ça... c'est en moi. Cette louve enragée, c'est moi ! Je n'ai pas à me battre contre elle. Je serais condamnée à mort sans elle !
-         Tu penses pouvoir éliminer la menace qui pèse sur toi toute seule ?
-     Vous pensez que j'ai besoin d'aide peut-être ? L'aide d'un directeur qui se fait désarmer par une élève ? Rassurez-vous... j'attends la fin des examens pour terminer le travail commencé. Bientôt, le gang des Cobras ne sera plus qu'un mauvais souvenir.
-         Il y a d'autres moyens de te mettre à l'abri.
-         Je crois que vous ne comprenez pas bien. Je ne tue pas les membres de ce gang de merde pour me mettre à l'abri... je n'ai pas peur d'eux. Je les tue parce que c'est tout ce qu'ils méritent. Ma mère et ma s½ur ont droit à une justice à la hauteur de notre tragédie.
-         Et c'est pour ça que tu es passée à l'acte cet été avec autant de violence...
 
Je déglutis en y repensant.
 
-         Pas vraiment. Au début je ne voulais pas faire un massacre... mais les évènements m'ont échappé... et ils étaient trop nombreux pour moi. J'ai dû changer mes méthodes.
-         Tu étais seule ?!
 
J'eus un sourire mauvais face à la surprise de Dumbledore.
 
-         Flippant n'est-ce pas... ? Vainqueur d'une vingtaine d'hommes à moi toute seule... Vous comprenez désormais à quel point vous ne pouvez rien pour moi... et que je n'ai besoin de personne dans ma quête de sang.
 
Je sentis mon estomac se contracter en serrant un peu plus le manche de mon couteau, baissant les yeux sur le c½ur de Dumbledore. Il fallait que je me résigne à commettre ce meurtre. Même s'il était innocent... même s'il ne le méritait pas. Je ne pouvais pas le laisser foutre ma vie en l'air.
 
« Sa mort ne suffira pas à le réduire au silence, Prudence. Il pourrait très bien te dénoncer en revenant dans un tableau comme ceux de son bureau. Ne commets pas cette erreur. »
 
Je serrai la mâchoire en regardant le fantôme de Jeff qui était apparu auprès de moi.
 
« Alors je n'ai pas d'issue ? »
« Tu peux choisir de lui faire confiance »
 
Je regardai à nouveau Dumbledore dans les yeux. Il m'observait en détails, attendant le moment fatidique. Mais Jeff avait raison. Le tuer ne m'avancerait pas. Dans le monde de la magie, la mort n'assurait pas le silence éternel. Je rangeai mon couteau en soupirant.
 
-         Et maintenant ? demanda Dumbledore.
Je sortis ma baguette et la pointai sur le visage de Dumbledore. Je fermai les yeux et me mis à parcourir son esprit. Je n'avais qu'à effacer mes traces en faisant le tri dans ses souvenirs. Un bon compromis il me semble. Il ne serait pas tué, et je n'aurai pas à craindre qu'il parle. D'ailleurs à y être, j'allais faire en sorte qu'il cesse de s'intéresser à mon passé. Je ne voulais pas de son aide. Mon identité ne devait jamais être découverte. Je ferai tout pour rester le fantôme que j'ai toujours été. Seulement en parcourant ses souvenirs, je fis une découverte... des plus douloureuses.
 
|  27 mars 1978 – Grande Salle |
 
Je prenais mon petit-déjeuner dans la Grande Salle, perdue dans mes pensées. J'avais très mal dormi cette nuit. J'avais bien failli tuer Dumbledore la veille. Seul Jeff m'avait empêchée de commettre cette erreur. J'avais pourtant des règles... ne jamais m'en prendre aux innocents. Malgré tout, aujourd'hui, le fauteuil du directeur aurait pu être vide si ça avait été le seul moyen de rester libre. C'était monstrueux, j'en avais conscience, mais la liberté n'avait pas de prix à mes yeux. Je savais ce que c'était d'en être privé... et je ferai tout pour que ça ne m'arrive plus jamais.

 

En ce qui concerne Dumbledore, il était assis dans son fauteuil, comme tous les matins, prenant tranquillement son petit déjeuner avec ses collègues, le sourire aux lèvres. Il ne se doutait plus de rien à mon sujet. J'avais fait le nécessaire dans sa mémoire pour qu'il oublie tout ce qu'il avait appris sur ma vengeance, mon côté obscur, et par-dessus tout mon massacre de cet été. Notre entretien de la veille était également parti aux oubliettes.  Dumbledore ne représentait plus un danger pour moi. Du moins pour l'instant. Il fallait que je m'occupe d'effacer toutes les pistes qui lui avaient permis d'arriver à de telles conclusions. Je me fichais qu'il se préoccupe du drame de mes cinq ans... du moment qu'il restait loin de ma vengeance. Loin du gang des Cobras.

 

Cependant, en trafiquant ses souvenirs, j'étais tombée sur bien pire. Je m'étais rendue compte qu'il avait découvert que je n'avais jamais mis les pieds à l'orphelinat, qu'il me soupçonnait d'avoir une double personnalité pouvant me rendre mauvaise... et qu'il avait fait part de ses doutes à Remus. Et ça par contre ça me tuait. Remus savait que je lui avais menti... et il était inquiet à mon sujet. Cet enfoiré de directeur avait réussi à faire douter Remus en lui disant que je pouvais mal tourner. Heureusement qu'il n'avait jamais fait part de ses doutes concernant le gang des Cobras. Ce qui m'inquiétait, c'est que Dumbledore lui avait demandé de m'aborder « avec des pincettes »... « de ne jamais m'affronter de face s'il voulait en savoir plus sur moi ». Remus lui avait même donné ses souvenirs de sa rencontre avec mon père et Jack à l'hôpital pour permettre à Dumbledore de faire des recherches sur eux.

 

Pendant tout ce temps où je croyais maîtriser la situation... Dumbledore et Remus enquêtaient sur moi, mon passé et mon entourage. Etait-ce pour ça que Remus sortait avec moi ? Juste pour découvrir ce que je cachais ? Juste pour percer le secret de la survivante des Halliwell ?
 

 

Je secouai la tête et regardai tristement mon jus de citrouille. Avais-je été trop naïve de croire que Remus pouvait avoir des sentiments pour moi ? Après tout... il avait vu la violence dont j'étais capable et le mystère suspect qui entourait mon passé... Quel homme sain d'esprit accepterait de sortir avec une fille comme moi ? Ça me faisait mal de l'admettre, mais Diego avait raison : je ne pouvais pas envisager de vivre avec quelqu'un d'aussi différent que moi en pensant qu'il n'y aurait jamais de doute... jamais d'enquête. La preuve... Dumbledore avait réussi à voir la tueuse en moi. Oh, il n'avait pas vu Tracker... mais la fille assoiffée de vengeance, oui. La fille prête à tuer pour rendre justice à sa famille défunte et à son enfance brisée. S'il avait réussi à voir au-delà de mon masque une fois... pourquoi n'y parviendrait-il pas une seconde ? Cette fois, Dumbledore n'avait pas tout dit à Remus... peut-être parce qu'il doutait de ses théories... qu'il voulait me confronter d'abord... mais il aurait pu tout aussi bien partager toutes ses hypothèses. Ce vieux fou aurait pu foutre en l'air la vie que j'essayais de construire hors de l'ombre. Je m'en voulais tellement d'avoir pu croire que je pourrai toujours tout contrôler... que je pourrai tenir ma vie criminelle hors de portée. J'avais tort. Cet incident était un signal d'alerte. La preuve que le seul endroit où j'étais en sécurité, c'était l'ombre... entourée de mes semblables.
 

 

Ce triste bilan m'avait empêchée de fermer l'½il toute la nuit. Je me levai en soupirant et sortis de la Grande Salle sans rien dire aux Maraudeurs, sans me retourner lorsque Remus m'appela. J'avais besoin d'être seule. Je me rendis dans le parc, histoire de prendre l'air. Il ne faisait pas trop froid, c'était agréable. J'avais le c½ur gros et les entrailles douloureuses. J'avais longuement douté sur le choix de mon avenir. J'avais longuement hésité à accepter de m'ouvrir. Et puis je l'avais fait. J'avais trahi les miens... j'avais trahi mon père... j'avais planté une lame dans ma relation avec Diego... et tous ces sacrifices reposaient uniquement sur l'amour que je portais à Remus. Et voilà que maintenant... j'apprenais que Remus était de mèche avec Dumbledore depuis le début. Je baissai les yeux sur mon poignet, où Remus avait attaché une gourmette avec la magnifique gravure : « With all my love ». Pouvais-je y croire... ? Ou était-ce seulement pour gagner ma confiance et m'aveugler ? 
 
-         Prue !
 
Je soupirai et me retournai pour faire face à Remus.
 
-         Qu'est-ce qui t'arrive ?
-         Besoin de réfléchir.
-         Qu'est-ce qui te tracasse ? Tu es bizarre depuis ce matin.
-         Je me pose des questions.
-         Sur quoi ?
-         Notre relation.
 
Je vis une lueur passer dans son regard. Il fronça légèrement les sourcils.
 
-         Qu'est-ce que tu veux dire ?
-         Je me demande si elle est sincère...
 
Remus eut un instant d'arrêt, comme s'il avait été percuté de plein fouet.
 
-         Tu entends quoi par là ? Tu n'es pas sûre de tes sentiments ?
 
Je le repoussai en plaquant mes mains sur son torse, sentant la colère monter.
 
-         C'est de toi dont je parle ! m'énervai-je.
-         De - de moi ?! Mais Prue, je t'aime ! Qu'est-ce qui te fait croire le contraire ?
-         Je ne sais pas moi... peut-être parce que tu as pour mission d'enquêter sur moi !
-         De quoi tu parles ?
-       Tu crois que je suis aveugle ?! Depuis le début vous nourrissez tous une curiosité à vouloir découvrir mon passé ! C'est pour ça que tu sors avec moi ? Juste pour savoir qui est Prudence Halliwell ?!
-         Tu dis n'importe quoi ! Je veux juste t'aider à guérir... ça passe par la découverte de la vérité sur ton passé, certes, mais je ne sors pas avec toi pour ça.
 
Il me prit le visage entre ses mains et colla son front au mien.
 
-         Je t'aime.
 
Je fermai les yeux et serrai les dents pour essayer de me contrôler. Comment lui faire confiance maintenant ? Je voulais le croire bien sûr... mais était-ce une erreur ? Je n'en savais rien. Je me détachai de Remus et vis dans ses yeux de la tristesse mêlée à de la supplication.
 
-         S'il te plait, Prue... ne t'en vas pas comme ça.
-        Tu as carrément donné des souvenirs à Dumbledore pour qu'il voie les personnes de mon entourage que vous ne connaissez pas... comment veux-tu que je reste auprès d'un gars qui se permet d'enquêter dans mon dos depuis des mois !
-         De la même manière que je reste avec une fille qui me ment depuis le départ sur sa vie privée.
 
Je lui lançai un regard noir.
 
-         Je sais que tu n'es jamais allée dans un orphelinat et que tu n'as pas grandi dans la solitude.  
-         Et il ne t'est pas venu à l'idée que j'avais une bonne raison de te le cacher ? Tu crois que j'ai faussé mon passé pour le plaisir ? Que je ne te parle jamais de ma vie en dehors de l'école sans raison ?
-         C'est bien parce que j'en savais rien que j'ai accepté d'aider Dumbledore. Tu... tu es si mystérieuse ! Et avec tes nombreuses escapades en dehors de l'école...
 
Remus s'interrompit en soupirant.
 
-        Comment veux-tu que je ne me pose pas de questions sur toi ?
-         Parce qu'il n'y a aucune réponse à trouver !
-         J'ai appris que tu es en danger.
-         Brillant. Et ça t'avance à quoi de le savoir ? A part t'inquiéter... ?
 
Il eut un instant d'arrêt tellement il semblait offusqué.
 
-         Mais putain Prue, il s'agit de ta vie ! Tu es la cible de dangereux criminels ! Tu crois que la menace n'est pas suffisamment grande ?!
-       Non, Remus... parce que la pire menace, c'est moi et personne d'autre. Dumbledore et toi avez raison sur un point... j'ai grandi en me préparant à affronter mes ennemis... et je peux t'assurer qu'aujourd'hui, ce sont eux qui sont le plus en danger.
 
Remus resta sans voix. Je le regardai sans ciller.
 
-         Je refuse que tu envisages de les tuer, dit-il fermement.
-         Tu proposes quoi ? Que je les laisse frapper les premiers ? Je leur ai échappé une fois Remus, je ne leur laisserai pas une seconde chance de m'avoir !
-         Pourquoi ne pas demander l'aide des flics ?
 
J'éclatai de rire.
 
-         Demander de l'aide à des chiens dotés de muselière ? Des chiens qui n'ont pas été foutus de remonter la piste pendant des décennies ? Je ne suis pas suicidaire, Remus. Tu apprendras que le plus gros problème lorsqu'on bosse au Ministère, c'est que l'on soit Auror ou policier, tous les employés sont retenus en laisse.
-         Alors qu'est-ce que tu comptes faire ?
-       Ce que je sais faire de mieux : survivre. Mais pour l'instant, je vais me contenter d'aller me balader... seule !
 
Je tournai les talons sans rien ajouter, le dissuadant du regard de me suivre. Il fallait que je reprenne mes esprits et que je me calme. Je ne sais pas si j'avais rassuré Remus en lui parlant ainsi... mais au moins, je pouvais espérer qu'il arrête son enquête. Lui et Dumbledore n'avaient absolument aucun souci à se faire. Lorsque je quitterai Poudlard... je m'occuperai de Cobra.  
 
~ Point de vue de Remus ~
 
Je regardai Prue s'éloigner, la mort dans l'âme. Je me sentais vidé par notre brève discussion.
« Prue est à découvrir avec des pincettes... sinon elle se renfermera dans sa carapace »
Je secouai la tête pour chasser les paroles que le directeur avait prononcé lors de nos discussions sur elle. Etait-ce arrivé ? L'avais-je perdu ?
Je me laissai glisser le long d'un arbre jusqu'au sol, fixant le vide devant moi. J'étais sonné par les paroles de Prue.
« La pire menace, c'est moi et personne d'autre. Dumbledore et toi avez raison sur un point... j'ai grandi en me préparant à affronter mes ennemis... et je peux t'assurer qu'aujourd'hui, c'est eux qui sont le plus en danger. »
J'avais la certitude désormais que Prue était non seulement prête à affronter ses ennemis... mais qu'elle comptait aussi leur régler leur compte. Et ça m'effrayait. Ça m'effrayait qu'elle envisage aussi froidement de tuer. Même par vengeance.
 
Je rentrai au château, l'esprit ravagé de questions et de doutes. Je tombai sur les Maraudeurs, qui m'attendaient.
 
-         Qu'est-ce qu'il se passe avec Prue ? demanda Sirius en désignant l'extérieur.
-         Laissez tomber les gars... ça va s'arranger, répondis-je.
 
Je ne pouvais rien leur dire au sujet de notre dispute. Pour la sécurité de Prue, moins les gens en savaient sur son cas, mieux elle se porterait. Même si j'accordais toute ma confiance aux Maraudeurs, je savais que Prue ne voudrait pas qu'ils sachent.
Alors que je suivais mes amis vers la salle commune, Sirius ralentit le pas pour se retrouver à ma hauteur.
 
-         Remus... qu'est-ce qui vous met dans cet état tous les deux ?
-         Désolé frangin... je n'ai pas le c½ur à en parler pour le moment.
-         Comme tu voudras, soupira Sirius.
 
J'étais tout aussi contrarié que mon ami de le tenir hors de mes soucis. Mais cette fois, c'était trop différent. Cependant, une question me brûlait les lèvres :
 
-         Je ne t'ai jamais demandé... qu'espères-tu... par rapport à tes parents ?
 
Sirius s'arrêta et me regarda avec surprise.
 
-         Je sais que c'est un peu soudain... mais je pense que ça m'aiderait de le savoir.
 
Mon ami soupira en détournant ses yeux, qui s'étaient assombris.
 
-         Je ne peux espérer qu'une seule chose pour eux : qu'ils crèvent. Ils ne méritent que ça. Ce sont des monstres, des tarés incontrôlables et dangereux. Mais ils ont aussi beaucoup d'influence... je me doute que les envoyer à Azkaban ne les mettrait pas hors d'état de nuire indéfiniment. Alors c'est la seule solution. En quoi ma haine envers eux peut-elle t'aider ?
-         ... A comprendre. Merci pour ta sincérité.
 
On reprit notre route sans ajouter mot. Je n'arrivais pas à le croire... Sirius aussi désirait la mort de ses parents, qui avaient été ses bourreaux pendant seize ans. Pas seulement pour la vengeance, mais parce qu'il savait qu'il y avait de gros risques pour que ses parents se servent de leur influence pour s'en sortir. Je repensai aux paroles que Prue avait prononcé un peu plus tôt : « Tu apprendras que le plus gros problème lorsqu'on bosse au Ministère, c'est que l'on soit Auror ou policier, tous les employés sont retenus en laisse. » Etait-ce pour cela que Prue voulait se charger elle-même d'assurer sa sécurité ? Par manque de confiance au système judiciaire ?
 
 
| Cours de Métamorphose |
 
~ Point de vue de Prue ~
 
Je n'avais pas capté la moindre parole prononcée par McGonagall depuis le début du cours. J'étais hors réalité. La seule chose à laquelle je pensais, c'était les discussions qu'avaient eu Dumbledore et Remus à mon sujet. Je savais très bien qu'au fond, c'était moi la fautive. Moi qui étais bizarre, moi qui avais un passé trop mystérieux, moi qui était trop suspecte dans certains de mes actes... mais était-ce une raison suffisante pour mener une enquête ? Pour qui se prenaient-ils tous les deux ? Des détectives ? De quel droit se permettaient-ils de fouiller ma vie et de se renseigner sur mon entourage ?
J'en voulais terriblement à Dumbledore... comme si me faire chier avec ses questions ne suffisait pas, il avait fallu en plus qu'il entraîne Remus là-dedans. Et j'allais peut-être le perdre... putain, cette simple idée me rendait folle. Vivre loin de lui alors que je m'étais enfin libérée ne me semblait pas envisageable... ça me crèverait le c½ur. D'un autre côté, comment continuer à avancer avec quelqu'un qui n'a pas confiance ? Ça ne pouvait mener qu'à un échec. J'aurais dû le comprendre avant.
Je pliai mes affaires en un coup de baguette dès que la sonnerie retentit, sortant de la salle sans attendre personne. Mais je sentis une main me retenir. Je me retournai sur James, qui m'interrogeait du regard.
 
-         Prue, qu'est-ce qu'il se passe ?
 
Je fus incapable de répondre, me rendant compte que ma gorge était nouée et que j'avais la vue embuée.
 
-         Laisse tomber.
 
Je me dégageai de son emprise et continuai ma route vers les cachots pour le cours suivant.
Je me retrouvai avec Lily une fois de plus pour concocter une nouvelle potion. Elle n'osa pas me poser de question, même si je sentais que ça lui brûlait les lèvres, car je la sentais aussi attristée que le restant des Maraudeurs. La vague de froid qui s'était abattue sur Remus et moi avait éclaboussé tout le groupe.
 
-         Tu me passes le crapaud s'il te plait ? demanda Lily.
 
Je lui tendis l'animal visqueux en question d'un geste automatique et me remis à ma tâche. Nous n'avions échangé que quelques paroles depuis le début du cours, et ça ne concernait que la potion. Pourtant, Lily se décida à entrer dans le vif du sujet.
 
-         Pourquoi es-tu si en colère contre Remus ?
-         Je ne suis pas sûre que ça te regarde, renvoyai-je.
-         Prue... je veux juste t'aider... comme tu l'as fait pour moi.  
-         ... Je me sens trahie.
-         Il ne veut que ton bien.
-         Ça ne lui permet pas de fouiller dans ma vie privée, dis-je catégorique.
-         ...Peut-être que si tu lui faisais un peu plus confiance, il ne serait pas obligé d'en arriver là.
 
Je me taillai en coupant le foie de chauve-souris. Mais la douleur s'estompa de suite, comme absorbée par celle, bien plus vive, que j'avais à l'intérieur du corps. Je baissai les yeux sur mon pouce ensanglanté. Lily tapota doucement sa baguette, et l'entaille se referma.
 
-         Je ne connais pas les détails de votre dispute, reprit Lily. Je te demande juste de te mettre à sa place... histoire de savoir ce que tu aurais fait toi, dans la même situation.
 
Je serrai le poing. Je m'étais lancée à la recherche de l'assassin de sa mère pour lui... j'avais fait évader son père... j'avais volé le secret d'un potionniste pour alléger le poids de sa lycanthropie... parce que je ne supportais pas de rester impuissante face à un mal qui rongeait Remus. Et j'avais bien évidemment agi dans son dos à chaque fois, sans jamais rien lui en dire.
 
-         Probablement la même chose, répondis-je dans un souffle.
 
Mais c'était si peu comparable... moi je ne risquais rien à fouiller dans sa vie... tandis que lui, il pouvait découvrir mon terrible secret. Je savais que tout serait fini s'il apprenait un jour qui j'étais vraiment. S'il était capable d'aimer la fille que j'étais... il n'en serait jamais de même pour Tracker.
 
 
| . . . |
 
Le soir, en me couchant, j'étais encore tourmentée par Remus. Je ne lui avais pas adressée la parole de la journée, ayant besoin de prendre mes distances pour faire le point. Je revis nos moments de complicité ensemble, et je sentis une lame s'enfoncer rien que de penser qu'il n'y en aurait pas d'autre si je me bornais. Je l'aimais c'était certain, et la simple idée de le quitter me faisait souffrir. Mais pouvais-je supporter d'avoir un enquêteur dans mon c½ur ? Une personne qui m'analyse constamment pour me cerner ? Comment pouvait-il y avoir une relation de confiance si je passais mon temps à être sur mes gardes ?
Mes pensées s'égarèrent du côté de Diego.
« Un tueur ne peut vivre qu'avec un autre... »
Je secouai la tête. Etait-ce vrai ? Mon passé était-il trop lourd ? Trop présent en moi pour que je puisse vivre avec un futur Auror ? Mon côté sombre était-il si visible pour éveiller ainsi la suspicion ?
Je me mordis la lèvre inférieure en fermant les yeux. Les Maraudeurs allaient devenir Aurors, et moi aussi par la même occasion. J'allais être entourée de véritables chasseurs de criminels au quotidien. Cet avenir était-il envisageable ? Pouvais-je évoluer dans ce milieu sans craindre de me faire cerner un jour ? N'y avait-il pas le risque que ces personnes pour lesquelles aujourd'hui je ferais tout me mettent un jour les menottes en découvrant qui j'étais ? Je soupirai. Bien sûr que le risque était réel. Mais étais-je prête à le prendre ?
 
| 28 mars 1978 – Salle Commune des Gryffondor – 7h |
 
La première chose que je vis en descendant du dortoir, c'est Remus devant la fenêtre. J'avançai lentement vers lui et le pris dans mes bras par derrière, déposant un baiser dans son cou chaud. Il tourna la tête et je le relâchai pour qu'il puisse me faire face. Je souris faiblement devant son hésitation et pris son visage dans mes mains pour l'embrasser. Je ne pouvais pas renoncer. Ce n'était pas envisageable. Je refusais de le perdre. Ce sera à moi de faire plus attention pour ne pas lui donner d'autres raisons de fouiller ma vie privée ou de douter de moi. Il est clair que ce ne sera pas facile... que le risque que mes deux mondes s'entrechoquent sera élevé... mais j'étais prête à le prendre. Pour lui. Sinon, le chemin que j'avais choisi perdait tout son sens.
 
-         Tu me promets d'arrêter tes investigations dans mon dos ? soufflai-je.
-         Tu me promets de ne pas te venger ?
 
 Impossible, j'avais déjà commencé.
 
-         Ce serait inévitablement te trahir, avouai-je.
-         Je ne veux pas que tu deviennes une tueuse à cause de ces gens.
 
Là encore, tu arrives trop tard mon ange.
 
-         Ce n'est pas à cause d'eux... c'est pour ma famille. Pour celle que j'ai perdu... et celle que je veux construire. Je refuse de passer ma vie à fuir et à me cacher. J'ai survécu, c'est pour rester libre. Je ne laisserai personne m'en priver. Tu as réussi à me faire évoluer sur de nombreux points Remus... mais là-dessus, je ne changerai jamais. Alors c'est à toi de voir si tu m'acceptes comme je suis... ou non. De mon côté, sache que notre dispute n'a pas altéré mes sentiments... mais je ne tolérerai plus aucune fouille dans ma vie.
 
J'allais partir, pour laisser le temps à Remus de réfléchir, mais il me retint par le bras.
 
-         J'ignore pourquoi tu t'obstines tant à vouloir régler ce problème seule... et dans l'ombre. Mais si tu as fait ce choix, je suppose que c'est nécessaire. Seulement j'aimerais ne pas avoir à faire d'enquête sur toi pour savoir ce qui te tracasse. Je t'aime, et à ce titre, je ne souhaite pas me contenter des joies que tu peux m'apporter... je veux aussi être là pour t'épauler dans les moments difficiles. C'est ça être un couple.
 
Je souris et me laissai attirer contre lui, recevant un tendre baiser. Remus n'avait pas tord. Aimer, c'est pour le meilleur et le pire. Mais aimer... c'est aussi protéger. Jamais je n'embarquerai Remus sur les torrents de sang qui traversaient ma vie... même si c'était moi qui le faisais en grande partie couler.
 
 
Chapitre 46 : Démasqués
Coucou ! Et me revoilà, plus tôt que prévu, avec ce chapitre... qui a bien failli être le dernier avec Dumbledore !
Alors, que pensez-vous de tout ça ? Prue a reçu un gros avertissement...
Le mot de Tracker et l'aperçu du chapitre 47 sont en ligne. C'est maintenant officiel, le tome 1 aura 48 chapitres, et je vais essayer de tout boucler avant de partir en vacances. J'ai commencé à faire le trailer du tome 2 aussi, j'espère qu'il vous plaira  :)
Voilà pour les news ! Je vous souhaite de bonnes vacances, et vous fais de gros bisous ! 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Aye.. pour Dumbledore et Remus..

  • fichp-lifealwaysrestart

    17/10/2015

    Youf ! J'ai vraiment cru que je n'arriverais jamais à finir ce chapitre !! A chaque fois que je commençais à lire, il fallait que quelqu'un m'interrompe !
    C'était tendu dis-moi... Je vois que mon pressentiment était bon... Dumbledore et Remus se sont fait démasqués...En même temps, c'est Prue, ce n'est vraiment pas le genre naïf. Et puis la vie d'un couple ne peut pas être rose tout le temps. N'empêche que je me pose véritablement une question à ce stade là de l'histoire : Comment est-ce que ça va finir ?!!! Je sais parfaitement que je n'obtiendrais aucune réponse de ta part, mais bon, il faut avouer que ta fiction me perturbe vraiment ! Je me suis demandée tout le long du chapitre comment Prue allait gérer ce léger contretemps... Dumbledore est hors jeu, mais ai-je raison de penser que Remus est loin d'avoir fini de se poser des questions sur sa petite amie...
    Aller ! Je vais finir pour de bon cette partie 1 ! Deux chapitre c'est vite fait, non ?

  • evanalinch-lunalovegood

    18/08/2014

    Canon le chapitre

  • harry-potter-8-fic

    15/08/2014

    dans un sens ce serait tellement plus simple qu'elle avoue tout à rémus mais c'est vrai qu'il pourrait très mal réagir

  • harry-potter-8-fic

    15/08/2014

    Heureusement qu'elle a réagit à temps avant de tuer dumbledore

  • Hurricany

    14/08/2014

    He bien, Dumbledore à faillit prendre très cher ! Heureusement que Jeff était là ! Prue... pauvre Prue ... Super chapitre !

  • clochinettedu76

    13/08/2014

    Je dois avouer que j'ai eu assez peur pour Dumbledore dans ce chapitre, et je ne me doutais qu'il aurait deja fait le lien entre l'attaque de l'ete precedent, et une partie de l'histoire de Prue. D'ailleurs, elle a du se sentir trahis quand elle a exploré les souvenirs de Dumbledore avant de lui efffacer les plus compromettants pour elle...

    Sinon, 48 chapitres pour le tome 1 ? Ca veut dire que c'est bientot la fin ?! Je vais tout de suite lire le 47, et j'essairai de patienter bien gentiment pour le 48 :)
    Comptes tu faire une "pause" entre les deux tomes, ou vas tu enchainer avec le 1er chapitre du 2e tome rapidement apres avoir posté le trailer du tome 2 ? (je sais pas si ma question est bien clair vu comment je l'ai posée...)

  • Selenba

    09/08/2014

    Super chapitre :o mais deux belles frayeurs >< Je voyais mal Prue sans Remus :s après le fait que Dumbledore est découvert aussi "facilement" ce que Prue cache depuis toujours, c'est alarmant... Qu'elle est failli le tuer ce n'est pas vraiment grave x) Il arrêtera avec ses énigmes >.< Sinon bonne vacances à toi ;p

  • MikaWolfeHP

    08/08/2014

    Wooooow! Tu es vraiment trop cruelle toi d'avoir failli tué Dumbledore!!! Sinon j'aime beaucoup les choix que tu as fait, à part peut-être que j'aurais préféré que Dumby se souvienne de ce qu'il avait découvert... et sinon hâte de lire les deux derniers chapitres! Mais là j'espère que tu ne nous feras pas attendre trooop longtemps pour le tome 2! :) j'adore toujours ton beau travail ^^

  • MikaWolfeHP

    08/08/2014

    Avant que je me plonge dans ce chapitre, je voulais te dire Merci pour la navigation rapide ;)

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