Chapitre 2 : L'instinct de chasse

« Le moment tant attendu... celui où nous entrons dans la cour des grands... celui où nous nous rendons enfin sur le terrain. Pour ma première traque en tant que policière, j'ai la joie de pouvoir inviter la louve qui est en moi à la fête. La chasse est ouverte. »
 
Chapitre 2 : L'instinct de chasse
 
 
 
| 19 mars 1979 - Manoir Halliwell - 7h10 |

 
Je regagnai ma chambre après une douche bien chaude, attendrie de voir que Remus s'était rendormi, serrant contre lui la couette à l'emplacement où je m'étais trouvée. Notre prise de service à la BCM dès aujourd'hui ne nous avait pas empêché de fêter notre promotion une bonne partie de la nuit avec le restant des Maraudeurs ainsi que Lily. Ce n'était pas très sérieux de s'accorder quatre heures de sommeil pour notre premier jour d'embauche, mais nous n'avions pas pu contenir notre joie plus longtemps.
Je me plaçai face au grand miroir, attrapant au vol les vêtements qui venaient à moi sous mon influence mentale. Je répétai avec le même soin les gestes que je faisais tous les matins, sans me presser. Un sourire étira mes lèvres lorsque mes yeux se posèrent sur le reflet de mon badge accroché à ma ceinture, à l'opposé de mon couteau.
« Tu le portes bien »
Je tournai les yeux vers le reflet de la silhouette de Jeff se tenant à mes côtés. Ces quelques mots me rendirent fière.
 
-           Le temps nous le dira, murmurai-je. 
 
J'entendis bouger derrière moi, et je sortis de mes pensées en me rappelant que Remus était dans la pièce. La vision de Jeff disparut aussitôt, et j'allai embrasser mon cher Lunard avec tendresse, l'aidant à quitter le Royaume de Morphée en douceur.
 
-          Bien dormi ? demandai-je.
-          Hmm... mal au crâne.
-          C'est ça de ne pas être sage... !
-          Tu peux parler.
-          Moi je suis fraîche et prête pour ma première journée en tant que flic.
 
Remus sursauta et se leva d'un bond, me faisant rire. Il fila hors de la pièce pour se doucher, et je descendis m'occuper du petit-déjeuner. Je jetai un coup d'½il par la fenêtre, et malgré le temps grisâtre qui régnait depuis le début du mois de mars, je savais qu'une belle journée s'annonçait. Aujourd'hui, pour la première fois, Tracker aurait l'occasion d'agir à visage découvert, sans risquer de heurter la morale.
 
 

| 8h – Ministère – Département de la Justice Magique - Division de la Police Magique |
 


Je pris le temps d'observer les lieux en entrant dans la Division de la Police Magique. La dernière fois que j'étais venue ici, c'était lors de la visite du Ministère avec les autres recrues... et avant ça, c'était pour mon interrogatoire après mon double sauvetage. Ça me faisait bizarre d'y revenir en tant que membre de la Brigade.

 

Il y avait pas mal de bureaux en open-space, derrière lesquels quelques policiers étaient là, plongés dans des dossiers ou au contraire en train d'en écrire à l'aide d'une plume magique qui s'activait sous leurs paroles. Différents tableaux dynamiques étaient accrochés au mur, permettant aux équipes d'y fixer toutes les informations sur les enquêtes en cours et de travailler ensemble. D'autres pièces étaient fermées mais vitrées, un peu à l'écart, où tout un groupe de policiers était à l'écoute face à un autre, sans doute en réunion. Je remarquai Moser un peu plus loin, sortant d'un bureau aux vitres teintées. Je n'eus pas le temps de m'y attarder davantage que je sentis une main se poser sur mon épaule, m'obligeant à me retourner.
 
-         Prêts à partir en chasse mes loulous ? demanda Sirius tout excité.
-        Toujours, répondis-je avec un clin d'½il.
 
Je souris en voyant un James un peu nerveux apparaître derrière son frère de c½ur. Il se mettait la pression à cause de son père. Heureusement, Remus ne se prenait pas autant la tête. Il était un peu stressé, comme tout le monde pour le premier jour de travail, mais ça passait inaperçu. Sirius était à mon instar, souriant et confiant. Je voyais briller l'excitation dans ses yeux pétillants. Venir ici était une première étape dans la concrétisation de son rêve, et ça se sentait clairement. Personnellement, j'essayais de contrôler mon enthousiasme en conservant mon calme. J'allais me rendre sur le terrain de chasse, entourée de flic. Si la louve en moi allait m'être grandement utile, je n'avais pas intérêt à la montrer. Je ne devais pas perdre de vue que j'étais une débutante, et que trop de facilités pourraient être suspectes. Je m'étais suffisamment faite remarquer pendant la formation.
 
-          Salut les jeunes, j'espère que vous avez les neurones en état de marche, il y a eu un mort hier soir. L'enquête a déjà commencé depuis quelques heures, vous vous y joignez.
 
On se retourna tous en même temps, faisant face à un Moser nous tendant la main. Je remarquai que le ton neutre avec lequel il nous avait annoncé la nouvelle avait un peu surpris mes amis. Peut-être qu'ils comprenaient enfin de quoi parlait Lyall lorsqu'il nous disait que les meurtres seraient une banalité qui ferait partie de notre quotidien.
 
-          Où ça ? demandai-je.
-          Au Mythical Rum.
 
Territoire inconnu me concernant. Tant mieux. J'avais redouté de devoir enquêter dans l'Allée des Embrumes pour ma première enquête. Avec l'excitation du terrain, j'aurais pu oublier qu'une connaissance trop approfondie des lieux aurait éveillé la curiosité de mes amis et collègues.


| 8h17 - Allée des Gnomes Assagis |


 
Pas besoin de chercher bien longtemps l'endroit qui avait été le théâtre d'un drame. Le bar du Mythical Rum était cerné par la police magique. Un périmètre avait été établi pour que l'enquête soit menée tranquillement, tenant les curieux hors du champ de recherches. Je jetai un coup d'½il circulaire, repérant les journalistes à la frontière du périmètre, à l'affût du moindre indice qui pourrait enrichir leur article. Leur calme et leur petit nombre laissait deviner que ni le bar ni la victime n'étaient connus, et que ce meurtre apparaîtrait seulement dans les faits divers. Un point qui devrait rassurer James : l'affaire ne serait pas très médiatisée.

On suivit Moser à l'intérieur du bar. L'ambiance exotique avait été refroidie par la présence des policiers qui interrogeaient les clients. Les visages que je balayai d'un regard ne me semblaient pas indifférents à ce qu'il s'était passé ici. J'étais impatiente de savoir qui était la victime.
Un policier fit signe à Moser que ça se passait de l'autre côté du comptoir. On descendit un escalier de pierres qui nous amena dans la cave, où la température était idéale pour stocker les innombrables bouteilles de rhum qui reposaient tranquillement sur leur étagère. Mes yeux se posèrent sur le corps étendu au sol sur le dos un peu plus loin, raide. Je supposai que l'homme accroupi à ses côtés en train de passer lentement sa baguette au-dessus du corps était le légiste.
 
-          Les jeunes, voici Joey Rendall, l'un des légistes de la BCM, informa Moser. Joey, voici James Potter, Sirius Black, Prudence Hunt et Remus Lupin, nos petits bleus de l'année.
-          Ravi de vous rencontrer, dit platement le légiste. Je vous présente Luke Hemsey, 34 ans, serveur du bar. Mort entre 1h et 1h16.
-         C'est précis, fis-je remarquer.
-         Vous comprendrez très vite pourquoi.
-         C'est le sortilège de mort qui lui a ôté la vie ? demanda Remus en se rapprochant.
 
C'est effectivement la première idée qui m'était venue à l'esprit en voyant la position de la victime, mais j'avais vite remarqué que le célèbre Avada Kedavra n'avait pas été incanté. Quelques vaisseaux avaient éclaté dans les yeux de la victime, ce qui ne se produisait pas avec le sortilège de la Mort. Mais ça, c'était une bonne chose que Remus ne le sache pas.

-         A première vue, c'est ce qu'on pourrait croire, répondit le légiste, mais ce n'est pas le cas.
-         Alors qu'est-ce que c'est ? interrogea James.
-        Il a été ensorcelé par un maléfice très puissant qui l'a tué sur le coup. Je vous laisse le loisir de trouver l'arme du crime, ce sera votre premier exercice.
 
Je détournai les yeux du corps pour faire un peu plus attention à ce qui nous entourait. Le serveur était mort hier soir alors qu'il devait s'occuper des clients... la première question à se poser, c'est pourquoi était-il descendu dans la cave ? La réponse évidente, c'est qu'il venait chercher une bouteille... mais le tueur l'attendait et l'a assassiné.
La seconde possibilité, c'est qu'il avait prévu de retrouver quelqu'un dans cette cave et que ça a tourné au drame.
Ce qui me posait problème dans ces deux hypothèses, c'était la position du corps. Il était orienté vers les étagères, et trop près d'elles pour corroborer mes suppositions. Cela voudrait dire que l'assassin se trouvait juste devant les étagères, bien trop près de sa victime pour que je parvienne à l'imaginer lancer un sort.
Je me mis alors devant le corps, là où je supposai que la victime s'était tenue avant de tomber raide, en arrière. Mes yeux sur posèrent sur la bouteille couchée face à moi. Elle sortait légèrement de son emplacement, rompant l'alignement parfait avec toutes ses voisines.

-       Cette bouteille de rhum est l'arme du crime, dis-je en me retournant vers le légiste.
 
Rendall acquiesça en se relevant.
 
-          Bien vu. Cette bouteille est ensorcelée. Un simple effleurement est mortel.
-          C'est tout à fait le style d'objet vendu chez Barjow et Beurk, fit remarquer Sirius.
-         Hmm... certes mais... on voit bien que c'est un acte prémédité, dis-je. Le tueur ne prendrait pas le risque d'acheter l'arme du crime dans une boutique aussi connue. On aurait qu'à s'y rendre et demander l'identité du client. Même les plus mauvais assassins y auraient pensé.
 
Moser sourit à mes paroles avec un air entendu.
 
-         Sirius et James, allez quand même vérifier. Même si je suis de son avis, on ne peut écarter aucune piste.
 
Nos deux amis sortirent de la cave, et je fus bien contente de ne pas avoir été désignée pour aller perdre mon temps à l'Allée des Embrumes.
 
-       Des indices ? questionna Moser.
-       Aucun, répondit Rendall.
-      Comment ça se fait que les Aurors ne soient pas sur l'enquête ? demandai-je à Moser.
-       Parce que notre assassin a eu recours à la magie noire par l'intermédiaire d'un objet... ça ne veut pas dire que c'est lui qui a crée le maléfice. Un mage noir doit être capable de pratiquer lui-même pour entrer dans la catégorie de gibiers des Aurors.
 
J'acquiesçai, me reportant sur la scène de crime. Je tournai dans la pièce, observant avec attention. Il n'y avait aucune issue. Le seul moyen de descendre dans cette cave, c'était de passer derrière le comptoir. Une man½uvre risquée... pourquoi le tueur avait-il choisi un tel lieu pour commettre son crime ? Si j'avais dû préméditer ce meurtre, j'aurais fait en sorte de le perpétrer ailleurs... à moins qu'une raison bien précise me pousse à agir ici. Mais que pouvait bien être cette raison ?
Je m'accroupis près du corps, fixant le regard voilé de la victime. J'étais habituée à voir des morts... à chercher des indices... mais la plupart du temps, c'était pour mener une traque... pas une simple enquête. Pour la première fois, je ne me lançais pas aux trousses d'un criminel parce qu'il avait attiré mon attention ou éveillé un désir meurtrier en moi... non, juste parce qu'un mort avait été signalé, et qu'il fallait retrouver le coupable, quel qu'il soit.
« Voilà un tueur intéressant... il laisse volontairement cette bouteille ensorcelée, n'ayant qu'à attendre que sa victime la touche... Il n'avait même pas besoin d'être sur les lieux pour tuer, ni de se salir les mains... »
 
-          Des témoins ? demanda Remus.
-        Pas pour l'instant, répondit un policier en se dirigeant vers nous la main tendue. Lieutenant Jason Wagner, se présenta le nouvel arrivant. Son corps a été découvert par le patron à 1h16, quelques minutes après sa mort. Les derniers clients sont interrogés depuis, et les autres de la soirée ont été rappelés. Pas de nouveautés de ce côtés-là pour le moment, mais comme ils étaient nombreux, on en a encore pour quelques heures d'interrogatoire.
 
Les paroles du lieutenant éveillèrent davantage mes soupçons...
 
-         Quelque chose te tracasse Prue ? demanda Remus.
-         Tuer dans un bar à une heure où la fréquentation est encore dense... j'avoue que j'ai du mal à saisir l'assassin. Surtout qu'en ayant le serveur pour cible, il savait très bien qu'il ne faudrait pas longtemps avant que le corps soit découvert.
-        C'est un choix étrange effectivement... reconnut Moser.
-      On a des infos sur la victime ? questionnai-je. Avait-t-il de la famille ? Des ennuis ou des activités louches ?
-         Non, il vivait seul, répondit Wagner. Son casier est vierge.
 
Raison de plus... le tueur aurait pu attendre que sa victime soit isolée pour frapper. Qu'est-ce qui avait bien pu le pousser à agir ainsi ? C'était complètement contradictoire avec un acte prémédité.

-          Où est le patron ? demandai-je.
-          Il a été amené à la Brigade pour un interrogatoire. 
 
Je lançai un regard éloquent à Moser. On ne trouverait aucun indice ici. Un tueur qui a l'audace de recourir à un objet meurtrier ne laisse pas de preuve derrière lui. Il fallait qu'on entende ce que le patron avait à dire.
 


| Division de la Police Magique – Salle d'interrogatoire n°9 |


 
Moser nous demanda de rester dans la pièce d'enregistrement se situant à côté de la salle d'interrogatoire, ce qui me frustra un peu même si c'était compréhensible. Avant de nous laisser nous faire la main, les vétérans devaient d'abord faire le boulot dans les règles de l'art. Alors je me contentai de regarder le patron du bar au travers de la vitre, l'observant avec attention. C'était un homme chauve aux traits marqués, à la corpulence imposante. Il semblait chamboulé par les récents évènements, mais ça pouvait très bien n'être qu'un masque pour tromper les flics. Je jetai un rapide coup d'oeil à la table d'enregistrement qui s'activa dès que Moser mit un pied dans la salle.

-         Déclinez votre identité et votre profession, demanda Moser en s'asseyant face à lui. 
-         Sebastian Carpus. Patron du bar Mythic Rum.
-         Depuis quand connaissez-vous Luke Hemsey ?
-         Deux ans et demi, je crois... à l'époque, c'était un client régulier du bar. Un soir, il m'a aidé à calmer une dispute qui dégénérait entre deux types ivres mort. Après ça, on a discuté, et quand j'ai appris qu'il cherchait du travail, je lui ai proposé de bosser avec moi.
-         Vous vous entendiez bien avec lui ?
-         Très bien, oui. C'était un type sympa. Toujours le mot pour rire. Il mettait de l'ambiance dans le bar. C'est grâce à lui que j'ai repoussé l'heure de fermeture à 3h du matin. Les clients restaient tard pour profiter des animations.
 
Hum... si la victime permettait de rendre le bar plus attractif, le patron n'avait aucune raison de le tuer. Au contraire, c'était son avantage compétitif face aux autres bars du coin.  

-         Je vois. Où étiez-vous au moment du meurtre ?
-       A ma place habituelle, derrière le comptoir. Je n'ai pas bougé de là avant la fermeture.
-         Pourtant, vous vous êtes rendu à la cave aux alentours de 1h15.
-         Un client me réclamait un rhum que je n'avais pas à portée de main. Et comme Luke n'était pas là, c'est moi qui y suis allé. C'est là que j'ai découvert le corps.
-         Avez-vous modifié quoi que ce soit sur la scène du crime ?
-         Non. Je n'ai rien touché.
 
Je remarquai un instant d'hésitation de la part de Moser.
 
-         Un truc qui me chiffonne... avoua le lieutenant. Vous affirmez ne pas avoir bougé de votre comptoir. La cave n'a aucune issue. Comment diable le meurtrier a-t-il pu laisser cette bouteille ensorcelée ?
-         Le niveau de sécurité est loin d'être infaillible, vous savez... peut-être que le tueur en a profité.
-          Ok. Avez-vous des ennemis, ou des concurrents ?
-         Je suppose que je dois avoir de nombreux concurrents dans le pays, mais je n'en ai jamais entendu parler.
 
Le problème dans le monde magique, c'est que le transplanage permettait aux gens de prendre le petit-déjeuner dans le nord du pays, de manger à l'étranger, et de revenir dans le sud pour le dîner. Trouver l'éventuel bar lésé par le succès du Mythic Rum relevait quasiment de l'impossible, puisque la concurrence ne se limitait pas au périmètre géographique.
Alors que je continuais de réfléchir, Moser remercia le patron et se leva pour sortir de la salle.
 
-         Moser ? appelai-je.
-         Hum ?
-         Qu'en est-il pour le patron ?
-         Sans élément contre lui, je ne pourrais pas le garder très longtemps. Je vais voir si Wagner a du nouveau.
-         Je peux poser une ou deux questions à Carpus ?
-         Attends mon retour, je ne peux pas laisser des bleus sans surveillance.
 
J'attendis donc patiemment le retour de Moser, continuant à réfléchir au pourquoi du comment.
 
-       Tu as remarqué quelque chose pendant l'interrogatoire ? demanda Remus.
-      Non, j'aimerais juste lui poser quelques questions. Pour moi, l'assassin fait partie des clients.
-       Qu'est-ce qui te fait croire ça ?
-       La personne qui a fait le coup savait pertinemment que la sécurité était franchissable et connaissait très bien les lieux.
 
Pour commettre un meurtre dans un lieu public, il faut se rendre sur place pour observer l'endroit et en découvrir toutes les failles. Le meurtrier avait dû venir plusieurs fois pour préparer son coup et le répéter mentalement pour être sûr de ne rien laisser au hasard le jour J.
Je me retournai en entendant la porte s'ouvrir. Moser revenait en soupirant.
 
-         Pour l'instant on a rien. Vas-y Hunt, tu peux y aller.
 
J'acquiesçai et entrai dans la salle d'interrogatoire en emportant le dossier de l'enquête au passage. Quelle ironie de la part d'une tueuse hors paire d'entrer dans ce lieu... à la place du flic.

-         Vous allez me relâcher ? demanda le patron.
-         D'ici peu de temps, assurai-je. Avant, j'aimerais vous poser quelques questions. Je suis Prudence Hunt, je travaille avec le lieutenant qui vous a interrogé.
-         Allez-y.
-         Vous vous souvenez du client qui vous a demandé le rhum... spécial ?
-         Oui, pourquoi ?
-         J'aimerais que vous m'aidiez à l'identifier.
-         Kevin Speers. C'est un grand amateur de rhum, je le vois souvent au bar.
-         Ok, dis-je en notant le nom dans le dossier. Il vous arrive souvent d'aller chercher les bouteilles dans la cave, ou c'est le travail de Luke habituellement ?
-         Nous y allions à tour de rôle, selon lequel d'entre nous est libre. C'est souvent moi qui y vais lorsque Luke s'occupe de l'animation.
 
Je marquai un instant d'arrêt, trouvant la réponse un peu surprenante par rapport au mode opératoire choisi par le tueur.

-        Une dernière question... quand vous dites que Luke Hemsey s'occupait de « l'animation »... c'était quel genre ?
 
Le patron sembla immédiatement gêné par ma question.
 
-          Et bien, il se mettait au service des clients... donc il faisait un peu ce qu'on lui demandait.
-           Je vois. Donc si un client le défiait à un jeu d'argent, il acceptait ?
 
Plus de doute possible, Carpus était réellement dans ses petits souliers. Il fallait avoir une autorisation spéciale pour pouvoir proposer des jeux d'argent dans les lieux publics. Et à en juger par la tête du patron, il n'avait pas déclaré cette activité.
 
-         M. Carpus, j'appartiens à la Brigade Criminelle... mon champ d'intervention se limite aux crimes. Tout ce que je veux, c'est retrouver l'assassin. Je me fiche pas mal que vous arrondissiez vos fins de mois sans le déclarer... la fraude fiscale n'est pas ma partie.   
 
Il soupira profondément, la crainte d'avoir des ennuis clairement lisible sur son visage.
 
-     Il arrivait à Luke d'accepter quelques parties de cartes avec des clients... avoua Carpus.
-        Et je suppose qu'il était évidemment doué dans ces jeux.
-        Disons qu'il ne perdait pas souvent.
-        Et donc que des clients perdaient de l'argent. Hum, je vois. Qui empoche les gains ?
-    Moitié/moitié. Luke pouvait profiter des lieux et de la clientèle... moi de son attraction.
-        Avez-vous déjà eu un litige avec un mauvais perdant ?
-       Non. Quelques râleurs, mais pas méchants. Les joueurs font le serment de ne pas tricher avant d'entamer une partie, les victoires de Luke étaient donc loyales.
-         Est-ce que des joueurs auraient pu s'endetter ?
-        Je ne connais pas la situation financière de mes clients... mais bon, vous connaissez le problème des jeux... on fait toujours la partie de plus en espérant éponger les défaites.
-       Oui... je vous remercie pour ces précisions M. Carpus. Mais si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas engager un autre serveur/joueur, parce que vous avez déjà autant d'ennemis que de clients endettés par leurs défaites face à Luke.
 
Il acquiesça, un peu penaud, et je me levai pour quitter la salle d'interrogatoire.

-         Pas mal du tout Hunt, félicita Moser.
-         Toi, tu as une idée derrière la tête, lança Remus avec un clin d'½il.
-       Et pas une petite, répondis-je en souriant. Allons chercher ce fameux amateur de rhum... je te parie mon badge qu'il nous mènera au tueur.
-         Un pari plutôt risqué pour une première hypothèse, fit remarquer Moser.
-        N'oubliez pas que j'ai un instinct aiguisé, lui rappelai-je en faisant allusion à mon intervention qui lui avait sauvé la vie quelques mois auparavant.
-     Tu penses vraiment que le meurtrier serait assez négligent pour commander lui-même la bouteille de rhum fatale ?
-         Je n'ai pas dit que le mec qui avait commandé la bouteille était le tueur... j'ai dit qu'il nous y mènerait, nuance.
 

| 11h30 |

 
Animant une réunion au sommet au sein de son entreprise, Kevin Speers, le client que je cherchais, s'était un peu fait attendre. J'en avais profité pour mener une petite enquête discrète sur lui, auprès de ses collègues. Depuis, j'avais la certitude que la vérité serait dévoilée dans cette salle d'interrogatoire grâce à lui.
 
-         Puisque c'est toi qui as demandé à faire venir cet homme ici, c'est à toi de mener l'interrogatoire, prévint Moser. Tu te sens prête ?
 
Je levai les yeux sur lui avec un sourire confiant en coin.
 
-         Vous osez poser la question ? renvoyai-je avec un clin d'½il.
-         Hunt, nous ne sommes plus en simulation... ce n'est plus un jeu.
-         Je le sais... c'est une partie de chasse désormais. Maugrey nous l'a suffisamment répété.
 
J'entrai dans la salle après avoir jeté un dernier coup d'½il à mes amis, qui étaient tous revenus en apprenant que j'avais flairé une piste. Moi, je sentais l'excitation me rendre légèrement impatiente. J'avais hâte de me confronter à un réel suspect. De le cuisiner pour de vrai ! Les interrogatoires que je menais habituellement étaient bien souvent de courte durée, mes cibles préférant parler sous la crainte de ce que je pouvais leur faire subir. Mais ici, dans cette salle, les mots seraient ma seule arme et mon seul moyen de persuasion. Je n'avais droit à aucun débordement.

-         Puis-je savoir pourquoi je suis ici ? attaqua mon suspect dès que je mis un pied dans la salle.
-         Parce qu'un meurtre a été commis cette nuit au bar Mythic Rum, et que vous y étiez. C'est la procédure normale de vous interroger.
-         Par une jeunette sortie de l'école l'année dernière ?
 
Non, Speers, par une tueuse à la carrière déjà trop longue pour espérer la duper dans le domaine du crime.

-         Il y a seulement huit mois, rectifiai-je avec un sourire, ignorant sa provocation.
 
Mon suspect roula des yeux, exaspéré. Je pris quelques secondes pour observer son visage sévère au regard méprisant. Il semblait agacé d'être là et le montrait clairement dans son attitude, en tout bon homme d'affaire à qui on fait perdre du temps... et donc des Gallions. Mais je ne me laissai pas démonter par son arrogance, car ici, quel que soit le statut du suspect, c'était au flic de mener la danse.
 
-        Déclinez votre identité et votre profession, demandai-je en restant debout face à lui.
-          Kevin Speers. Ingénieur.
-           Ingénieur dans quoi ?
-    Franchement, comment pouvez-vous poser la question ?! s'indigna Speers. N'avez-vous donc jamais entendu parler de moi ?
 
Je le regardai quelques secondes, avec un sourire un peu moqueur au coin des lèvres.
 
-           Non, répondis-je très naturellement. Et même si je le savais, je serais quand même obligée de vous poser la question pour que votre réponse soit enregistrée, informai-je en désignant la vitre teintée.
 
Il soupira, visiblement vexé par mon « ignorance ».
 
-         Invention de sortilèges et enchantements.
-         Ok. Vous vous rendez souvent au Mythic Rum ?
-        Oui, j'apprécie la diversité et la qualité du rhum qui est proposé. Je suis originaire des Caraïbes, alors je suis vraiment exigeant sur ce qui est servi.
 
Première étape validée : je lui avais fait avouer qu'il connaissait très bien le bar... et que sa profession lui attribuait les compétences nécessaires pour créer l'arme du crime et violer la sécurité.

-         Parfait, vous allez pouvoir me parler de la victime, Luke Hemsey, profitai-je.
-       Oh, Luke est mort... bredouilla Speers. Euh, c'était un homme très sympa, reprit-il d'une voix basse. Il ne passait pas tellement inaperçu dans le bar, il s'occupait de mettre l'ambiance. Je discutais souvent avec lui. Comment est-il mort ?
 
Mon suspect s'était peut-être préparé à jouer le rôle du mec troublé par la mort d'une connaissance, mais il n'avait sans doute pas prévu de se retrouver face à une experte en la matière. Je savais qu'il se jouait de moi, que ses paroles sonnaient faux, mais je n'avais pas encore de preuve. J'allais devoir le faire craquer pour en avancer.
 
-     En touchant une bouteille de rhum ensorcelée, répondis-je de but-en-blanc. Le contact lui a été fatal.
-         Terrifiant...
-         Vous trouvez ? ricanai-je.

Il était temps de le confronter. Les réponses du patron du bar et ma petite enquête à son travail m'avaient permis d'imaginer un bon scénario. Surtout en apprenant que le patron du bar et la victime pouvaient tous les deux toucher la bouteille fatale et mourir. Quel assassin serait assez fou pour jouer avec les probabilités ? Il y avait une chance sur deux  pour que ça soit la mauvaise personne qui touche la bouteille. Si j'avais eu à commettre ce meurtre de cette manière, j'aurais fait en sorte que ça soit la bonne personne qui la touche, au bon moment. Et il n'y avait pas trente six façons de s'en assurer.
 
-         Pas vous ? s'étonna Speers. N'importe quel objet pourrait servir d'arme de crime !
 
Je haussai les épaules. Oui, pas faux. Mais à part les fous, personne ne s'amusait à laisser traîner des armes qui pourraient tuer le premier venu. D'autant plus que cette méthode n'avait rien de nouveau. Comme l'avait souligné Sirius, c'était tout à fait le genre d'objet que l'on pouvait retrouver dans des boutiques... un peu sombres.
 
-         Vous savez Speers, vous pouvez avoir la meilleure arme du monde... si vous ne savez pas vous en servir, elle ne sera pas plus redoutable qu'une autre. C'est celui qui détient l'arme qui fait toute la différence. Et dans notre cas, le tueur s'est trouvé bien... maladroit.
 
Mon suspect conserva son calme lorsque je le regardai avec un sourire, mais je n'avais pas besoin d'être bonne observatrice pour remarquer que j'avais réussi à le faire douter.
 
-        Maladroit ? répéta Speers. Je trouve cette personne machiavélique ! Si je comprends bien, cette bouteille a pu tuer en l'absence de l'assassin... ce qui allonge sérieusement votre liste de suspects.
-          N'en soyez pas si rassuré... cette arme aurait effectivement dû protéger l'assassin... mais comme elle a été mal utilisée, elle nous dévoile son identité.
-          Vous savez qui a fait le coup ? s'étonna Speers.
 
Je me retins de sourire en captant une once de crainte dans sa voix. L'effet de surprise l'avait trahi. J'étais persuadée que si Remus s'était trouvé dans cette pièce, il aurait lui aussi senti la peur qui s'était emparée du suspect. J'en profitai pour maintenir la pression, affichant calme et assurance dans mon attitude. Je me penchai vers lui, posant lentement les mains sur la table en le transperçant du regard.
 
-        C'est vous, déclarai-je naturellement sur un ton d'évidence.
-        Moi ?! Vous plaisantez ?! s'offusqua Speers.
 
Quel piètre acteur... le ton de sa voix avait changé sous une tentative de contrôle de sa respiration devenue plus rapide. Au-delà de la colère qu'il essayait d'afficher, je ne voyais que la panique l'envahir lentement.

-        C'est vous qui avez passé la commande qui lui a été fatale, repris-je.
 
Mon suspect eut un rire nerveux, retrouvant son assurance face à mon argument. Je me retins de sourire, amusée qu'il pense pouvoir s'en sortir.

-       Vous avez encore beaucoup à apprendre miss Hunt... pensez-vous sérieusement que  j'aurais eu la stupidité de commander moi-même la bouteille ensorcelée, en sachant pertinemment que je serais placé en tête de la liste des suspects ?
-          Oui. Et la raison est très simple : vous étiez persuadé de ne pas vous faire prendre.
-          C'est insensé, je n'avais rien contre Luke ! Pourquoi l'aurais-je tué ?
 
Et bim, voilà que ses nerfs étaient à nouveau mis à l'épreuve. L'assurance dont je faisais preuve était largement convaincante... je me comportais comme si je savais tout. Comme si j'avais de solides preuves qui ne lui laissaient aucune chance. Alors qu'en réalité, je ne me basais que sur mon instinct.

-      D'abord, je vais vous dire comment vous avez fait... et ensuite on parlera du pourquoi, annonçai-je en commençant à tourner autour de lui. Comme vous l'avez dit tout à l'heure, vous êtes un habitué du bar. Vous connaissez bien les lieux, les personnes, le fonctionnement... Vous saviez que le système de sécurité était loin d'être infaillible. Il aurait été très simple pour vous de vous infiltrer et de laisser la bouteille ensorcelée. Une telle arme est redoutable, je suis d'accord sur ce point : la bouteille est une tueuse à elle toute seule, vous dispensant d'être sur les lieux du crime... Seulement, vous saviez aussi que deux  personnes pouvaient la toucher, alors qu'une seule était visée. Et c'est là que la contradiction apparaît : pour vous assurer que ça soit bien Luke qui la touche et non son patron, il vous fallait être présent sur les lieux. Vous deviez provoquer la mort. Vous avez donc commandé tranquillement votre rhum à votre cible. Ainsi, vous étiez persuadé que ce serait lui qui toucherait la bouteille ensorcelée. Vous ne pouviez pas partir, car ça aurait fait trop suspect de quitter le bar avant même d'avoir été servi : peut-être que quelqu'un vous avait entendu passer commande. Alors vous êtes resté. Et puis vous avez joué le client impatient. Au bout de quelques minutes, vous avez demandé au patron où en était votre commande... Celui-ci s'est donc demandé pourquoi Luke était si long à revenir de la cave... il y est donc allé, et a découvert le corps de votre cible...
 
Le visage de ma proie s'était légèrement durci. Il n'était plus aussi confiant qu'au début. Son regard avait changé. Il semblait tellement assommé qu'il en avait oublié de nier en bloc à la fin de mon récit.
 
-         Je dois reconnaître que vous avez une bonne imagination, lâcha le suspect au bout de quelques secondes. Mais avouez que c'est un peu tiré par les cheveux. Pourquoi aurais-je pris le risque de tuer ma cible dans un lieu public ?
-         Parce que c'était l'occasion pour vous d'éliminer votre cible sans la voir mourir... ni vous salir les mains. Contrairement à ce que vous avez dit tout à l'heure, le tueur de Luke Hemsey n'est pas « machiavélique »... il manque juste de sang-froid pour regarder la mort dans les yeux de sa victime.

Je m'arrêtai de tourner une fois dans son dos, me penchant à côté de son oreille.
 
-        Combien de fois avez-vous répété mentalement votre commande avant de trouver le courage de la passer...? A quel point vos tripes se sont-elles serrées alors que vous regardiez le rayonnant Luke se diriger vers une mort certaine... hésitant encore à le rappeler pour éviter le drame ?
 
Speers déglutit difficilement, me décochant le sourire. Il regardait fixement devant lui, se remémorant sans doute ce pénible moment qui devait continuer de le hanter.
 
-           J'attends toujours mon mobile, souffla Speers. Sans quoi votre théorie n'a pas de sens.
 
Hum, il avait beau être dérouté, il ne perdait pas le nord ! Je reconnaissais bien là le genre d'homme qui a l'habitude de se retrouver dans des situations critiques. J'allais devoir mettre cartes sur table si je voulais maintenir la pression.
 
-      Pour tout vous avouer, j'ai un peu menti au début de l'interrogatoire, m'excusai-je en reprenant ma ronde. Je sais certaines choses sur vous. J'ai profité que votre réunion s'éternise pour me renseigner auprès de vos collègues... une enquête qui a été courte mais enrichissante. Vous voulez savoir ce que j'ai appris ?
 
Mon suspect ne répondit pas, mais à vrai dire, je n'attendais pas de réponse. La tension était encore montée d'un cran. C'est fou, elle était presque palpable. J'étais presque certaine que je n'étais pas la seule à m'en rendre compte. Les Maraudeurs devaient être collés à la vitre de l'autre côté pour ne pas rater une miette.
 
-         Je sais que vous avez eu un divorce qui vous a coûté très cher. Je sais aussi que vous avez voulu conserver votre rythme de vie comme avant pour sauver les apparences, vous poussant à vivre au-dessus de vos moyens... vous mettant le couteau à la gorge auprès de Gringotts. Vous vous êtes donc acharné dans votre travail, et malgré tout, vous n'avez jamais eu la promotion désirée. Je sais également qu'il vous arrive de faire du travail clandestin,  toujours dans l'ingénierie. Et votre dernière création... c'est un maléfice capable de transformer n'importe quel objet en arme fatale. Une arme qui aurait sans doute du succès auprès des criminels... et qui se vendrait cher, vous permettant enfin de sortir du trou. Seulement votre supérieur s'est rendu compte que vous vous serviez des machines de l'entreprise pour réaliser vos petites inventions personnelles.
-         Suppositions, encore et toujours. Où sont vos preuves ?! s'énerva mon suspect.
 
Je souris en l'entendant lever la voix sous l'effet de la panique.
 
-         Dans ce rapport, rédigé par votre supérieur, dis-je en lui mettant ledit rapport sous le nez. Ce document contient les preuves de la faute professionnelle que vous avez commise. Une preuve qu'il gardait comme assurance contre vous. Je suppose que si ce papier tombait entre les mains du patron, vous seriez viré immédiatement.
 
J'avais l'impression de voir son sang se propulser vivement sous les battements lourds de son c½ur. La sueur brillait légèrement à ses tempes. Il avait les yeux fixés sur le papier avec un effarement clairement lisible sur son visage. Il ne s'attendait sans doute pas à voir ce document ressortir un jour. Pourtant, son supérieur s'était fait une joie de me le donner lorsque je lui avais demandé quel genre d'employé était Speers. Ce crétin ne s'était pas douté un seul instant que cette preuve ne me servirait pas seulement à faire tomber Speers. 
 
-         En discutant avec vos collègues, j'ai appris que vous n'entreteniez pas une très bonne relation avec votre supérieur. Tout le monde dit que c'est lui qui vous met des bâtons dans les roues dès que vous cherchez à être promu. Je me suis donc interrogée sur cette animosité entre vous, et j'ai découvert qu'une rumeur circulait au sujet d'une éventuelle liaison entre vous et sa femme, Hannah. La question que je me suis donc posée en lisant ce rapport, c'est pourquoi votre supérieur ne l'a pas transmis au sommet de la hiérarchie. C'était l'occasion idéale de se débarrasser de vous et de vous faire payer cette liaison si elle avait effectivement été réelle. Pourtant, il s'est contenté de la garder. Ce qui m'amène à penser que vous lui avez donné quelque chose en échange. Pas des Gallions, puisque vous êtes sur la paille. Cette chose, c'est le meurtre de Luke Hemsey. Votre supérieur vous a demandé de le tuer, et en échange, vous conserviez votre place dans l'entreprise. A une autre période, vous auriez préféré vous faire virer... seulement votre compte est trop en zone rouge pour vous permettre de perdre votre boulot. Alors vous l'avez fait. Incapable de tuer froidement, vous vous êtes servi de votre dernière création pour commettre ce meurtre... à distance.
-         Pourquoi Freddy voudrait-il tuer un simple serveur ?
-         Parce que ce simple serveur est également un excellent joueur aux cartes, et qu'il ne s'est pas privé de le plumer. Et comme bien souvent, ce sont les plus riches qui acceptent le moins de perdre des Gallions. Même si, à mon humble avis... je pense que c'était surtout pour vous pousser à l'erreur et vous faire payer très cher cette liaison avec sa femme. Rares sont les personnes qui peuvent commettre le meurtre parfait, et c'est pour cette raison qu'il vous a piégé avec ce rapport, de sorte à ce que vous y perdiez gros quel que soit votre choix.
 
Je le laissai cogiter avec mes « hypothèses » quelques secondes, le temps qu'il prenne conscience que je voyais clair dans son jeu. Il semblait abattu.
 
-           A votre place, j'entraînerais mon ennemi dans ma chute, repris-je. Je ne pense pas qu'il mérite de profiter de sa liberté après ce qu'il vous a fait subir. Surtout qu'il ne comptait pas arrêter de se servir de vous comme d'un pantin.
 
J'entendis frapper quelques coups à la porte.
 
-          Vous n'avez toujours aucune preuve pour m'inculper, répondit Speers.  
 
Je levai les yeux vers la vitre teintée, où j'imaginai les Maraudeurs en apnée devant la tournure qu'avait pris l'interrogatoire. Je sentais Speers incroyablement fébrile et pourtant, il parvenait à garder sa lucidité, ne perdant jamais de vue que je ne pouvais pas l'accuser au stade où j'en étais. Je savais que j'avais raison sur toute la ligne, mais mon suspect venait de pointer l'énorme difficulté du métier de flic : prouver. Contrairement à lorsque je portais le masque de Tracker, ici l'instinct ne suffisait pas. Je devais prouver que ma théorie était la bonne. Et lorsqu'il n'y a ni preuve, ni témoignage, la dernière carte est celle des aveux. Une carte qui ne pouvait pas se jouer facilement lorsque le suspect avait des droits farouchement défendus par les avocats. Je ne pouvais ni le brusquer, ni même le menacer. Ce n'est pourtant pas l'envie qui me manquait. Il fallait que je garde le parfait contrôle pour l'amener à avouer, de manière consentante, dans les règles. Et ça, après avoir délié plus d'une langue à la manière forte, ça m'était difficile à vivre. Ma seule envie à cet instant était de lui cogner la tête contre la table pour lui faire comprendre que je n'étais pas là pour perdre mon temps. Mais il avait des droits, et même si c'était contraire à mes habitudes, je devais les respecter. Alors, je préférai accorder enfin de l'attention à la personne qui attendait de l'autre côté de la porte, me doutant que Moser voulait prendre le relai face à mes vains efforts. Mais au lieu de ça, je découvris un flic agréablement surpris, qui me murmura simplement qu'on avait un témoin. Ce dernier avait vu quelqu'un s'infiltrer dans le bar très tôt le matin du meurtre. Le problème, c'est qu'il était incapable d'affirmer si c'était bien Speers. Après avoir remercié Moser pour cette précieuse information qui ne pouvait pas mieux tomber, je retournai dans la salle d'interrogatoire, plus sûre de moi que jamais. Je n'avais pas besoin que le témoin ait la certitude de l'identité de l'intrus... je partais du principe que c'était le cas. Ça corroborait parfaitement mes hypothèses, et personnellement, ça me suffisait pour reprendre le dessus dans l'interrogatoire.
 
-         Vous avez raison Speers... je n'ai pas encore de preuve. Mais on vient de m'annoncer que j'ai désormais un témoin qui vous a vu vous infiltrer dans le bar le matin du meurtre. A partir de là, n'importe quel membre du Magenmagot conclura que c'est à ce moment-là que vous avez déposé la bouteille fatale, pour vous en servir le soir. Alors je vous conseille de passer à table si vous voulez espérer des négociations.
 
Mon suspect garda le silence, mais je sentais que cette fois c'était le coup de trop. Le risque qu'on puisse le condamner à mort allait l'emporter sur la chance de s'en sortir blanc comme neige.
 
-         Votre vie est en jeu Speers... les Détraqueurs adorent les âmes noires comme la vôtre.
 
Les secondes de silence qui s'ensuivirent me semblèrent longues. Terriblement longues. S'il tenait bon, le témoignage ne serait pas suffisant pour le faire plonger. Et ça m'énervait. Je savais que j'avais raison, ça crevait les yeux ! Je l'aurais bien amer de devoir le laisser partir faute de preuve. Quoi que... si je n'arrivais pas à le confondre avec mon badge de flic, Tracker pourrait prendre le relai. L'idée de lui faire payer personnellement son meurtre faillit me pousser à lâcher prise... surtout que cette affaire m'offrait deux proies : le meurtrier et le commanditaire. Quelle douce tentation... ça faisait des mois que je laissais mes proies à mes jeunes louveteaux... ce serait enfin l'occasion de ressortir ma lame. Une idée de mode opératoire me vint en tête, libérant mon esprit quelques instants pour imaginer le scénario de justice qui serait à la hauteur du crime.
 
-         Qu'attendez-vous de moi ? finit-il par dire.
 
Je revins à la réalité, sentant un courant se répandre doucement dans tout mon corps. J'avais presque réussi, il était sur le point de se mettre à table. La fin de cette enquête était entre mes mains désormais : soit je privilégiais la justice pour laquelle je m'étais toujours battue, absolue et parfaite à mes yeux ; soit je laissais son sort entre les mains des représentants de la loi, en lesquels je n'avais une confiance que très modérée. Je pensai à la victime, morte pour un mobile qui avait de quoi m'enrager. Luke Hemsey méritait que les responsables de sa mort paient le juste prix de leurs actes. Je posai presque inconsciemment mes mains à la ceinture... l'une était sur mon arme... l'autre sur mon badge. Ce même badge que j'avais eu la fierté de recevoir et de porter. J'avais fait preuve d'une motivation exceptionnelle depuis le début de la formation pour me ranger parmi les meilleurs, parce que je voulais parvenir à concilier mes deux vies. Je voulais prouver que Tracker n'était pas seulement le masque d'un assassin parfait. Si je laissais Speers partir pour pouvoir m'en occuper moi-même... j'annulais tous mes efforts de ces derniers mois. Ce reconnaître que la louve en moi était incapable de changer, et moi de garder le contrôle sur elle. Alors je me redressai, lançant un regard triomphant vers la vitre.
 
-         De simples aveux, répondis-je calmement. Vous irez à Azkaban,  mais vous éviterez le baiser du Détraqueur.
 
A mes yeux, il ne méritait pas la sanction suprême, car recevoir le baiser du Détraqueur était bien pire que la mort. La personne livrée à ces monstres se faisait aspirer son âme... pour être réduit à l'état de légume, vide et mort à l'intérieur. Une sanction très redoutée, car mon suspect consentit à coucher sur le parchemin que je lui glissai l'aveu de son crime.
 
-         Qu'est-ce qui m'a trahi ? demanda Speers une fois qu'il eut signé.
-      Le fait qu'il y ait deux  personnes chargées du service. Le risque que ça soit la mauvaise personne qui meurt était trop important. A partir de là, la seule personne capable de faire le coup est celle qui commande le verre... après, je n'ai eu qu'à suivre le fil pour trouver le mobile. Et c'est l'enquête auprès de vos collègues qui me l'a donné.
-         Impressionnant... pour une bleue.
 
Je ricanai en récupérant le parchemin. Une bleue en tant que flic peut-être, mais dans le domaine du crime, les meurtriers auraient du mal à me mentir.
 
-          J'aurais peut-être eu plus de chances en tuant moi-même Luke...
-         J'en doute... objectai-je en balayant rapidement les aveux pour m'assurer qu'ils étaient rédigés sans ambiguïté. Vous auriez très bien pu commettre le meurtre parfait en vous servant de vos compétences professionnelles... seulement l'idée ne vous ai pas venu. Et c'est normal : rares sont les personnes capable de commettre le meurtre parfait.
-          Je suis curieux de connaître ce mode opératoire que vous sous-entendez...
 
J'eus un instant d'arrêt, levant les yeux sur Speers avec un petit sourire en coin en roulant soigneusement le parchemin.
 
-         Je n'ai pas la prétention de savoir commettre le meurtre parfait. Même une longue carrière à apprendre des erreurs des criminels que j'aurais coffré ne me suffirait pas pour avoir cette compétence.

Je mis fin à l'interrogatoire en sortant de la salle, retrouvant avec joie les Maraudeurs.
 
-          Tu as eu un sacré culot pour le faire avouer avec un témoin indirect ! rigola Sirius.
-          Il en faut ! plaisantai-je en lui tapant dans la main.
 

| 13h |

 
M. Freddy, le supérieur de Speers, avait été amené dans la salle d'interrogatoire dans l'heure qui avait suivi les aveux de Speers. Malgré les aveux de ce dernier, Moser et Wagner devaient parvenir à faire avouer que Freddy avait bien commandité le crime, car notre dossier était toujours aussi maigre. Mais là encore, les choses se compliquaient. Etant donné que Speers avait tué pour garder son travail, il n'y avait eu aucun paiement. Comme ils n'étaient pas des professionnels du crime, pas de contrat non plus. En clair, l'ordre d'assassinat avait juste été oral. Et comme on dit, « les paroles s'envolent »... ce cher Freddy en était bien conscient, car contrairement à Speers, il était sûr de son plan et savait qu'on avait rien pour le faire tomber. Il niait tout en bloc. Son argument pour démonter les aveux de Speers, c'est que ce dernier avait juste profité de l'occasion pour lui causer des ennuis, étant un rival de longue date au travail. Il reconnaissait avoir perdu beaucoup d'argent face à la victime, Luke Hemsey, mais il assurait ne pas l'avoir tué pour autant. Que répondre à ça ? C'était maigre mais suffisant pour semer le doute dans l'esprit du Magenmagot...  et le doute était toujours à l'avantage de l'accusé. Je n'arrivais pas à tenir en place. Le comportement arrogant de Freddy me donnait envie d'entrer dans la salle pour lui faire passer l'envie de se foutre de nous. Je voyais en lui le monstre qu'il était depuis que je l'avais rencontré... mais j'avais de plus en plus de mal à me retenir depuis qu'il était arrivé dans cette salle. En particulier lorsqu'il faisait son sourire narquois qui ne voulait dire qu'une chose : « vous ne m'aurez pas bande de crétins. Même si vous savez que c'est moi, vous ne pourrez pas le prouver.» Une situation détestable pour un flic. Moser et Wagner étaient eux aussi persuadés de sa culpabilité depuis mon interrogatoire avec Speers, tout comme les Maraudeurs. J'admirais le calme dont ils faisaient preuve, alors que mes amis Maraudeurs et moi-même étions sur les nerfs, scandalisés à l'idée que ce type puisse nous filer entre les doigts.
 
-        Il ne cèdera pas cet enfoiré... maugréa Sirius.
-        Il n'a aucune raison de le faire, il ne se sent pas en danger, fit remarquer James.
-        Si seulement on avait le moyen de lui mettre le doute... comme ce que tu as fait avec Speers et le soi-disant témoin... l'incertitude pourrait le faire craquer, me dit Remus.
 
J'eus une illumination en voyant Freddy se lever en disant à Moser qu'il en avait terminé avec la police si on n'apportait pas de preuves concrètes. Je pris un micro dans le tiroir de la table d'enregistrement et fis irruption dans la salle sans prévenir, excitée comme une puce.
 
-           Rasseyez-vous M. Freddy, ordonnai-je.
-           Vous êtes ? demanda-t-il en haussant les sourcils.
-           Celle qui va vous faire plonger.
-            J'aimerais voir ça, ricana ma proie en se rasseyant.
-      C'est simple, et ça va être très rapide. Je suppose que ceci ne vous dit rien ? demandai-je en lui montrant le micro.
-           Non, confirma Freddy.
-      Et c'est normal, sinon vous ne seriez pas aussi calme. Speers nous a gentiment indiqué l'emplacement de ce micro... sous votre bureau. Est-ce que j'ai vraiment besoin de vous dire ce qu'il a enregistré avec ?
 
Freddy me regarda avec surprise, déglutissant péniblement.
 
-         Vous voulez qu'on en parle ou ça va aller ? provoquai-je.  
 
Il se passa une main sur le visage dans un geste nerveux, la haine trahissant son regard. Il ne s'était pas préparé à ce genre de situation, car il semblait sur le point d'exploser, incapable de contenir l'effet de surprise. Je n'avais qu'à allumer la mèche pour que ça pète.
 
-        On dirait que ce cher Speers n'a pas seulement baisé votre femme, glissai-je avec un clin d'½il. Vous pensiez le faire tomber, et vous avez réussi, mais vous allez l'accompagner.
-       Cette espèce d'enfoiré a détruit ma vie de famille et se faisait du fric sur le dos de la société ! cria Freddy fou de rage. Il fallait qu'il paye !
-        Et pour Luke Hemsey, c'est quoi votre excuse ? répliquai-je froidement. Il ne vous a pas laissé gagner aux cartes ? Non, vous êtes bien plus odieux. Hemsey n'était qu'un pion à sacrifier dans votre infâme plan. Vous auriez pu juste vous servir de la faute professionnelle commise par Speers pour le faire renvoyer, mais ça ne vous suffisait pas. Vous vouliez qu'il paye de sa liberté, et peut-être même de sa vie. Vous le teniez à la gorge de toute façon. Vous aviez juste besoin d'une proie à lui désigner. Alors à tuer quelqu'un, autant que ça soit la personne qui vous avait fait perdre des bourses entières de Gallions ! La vengeance était double ! La seule chose que vous avez oublié, c'est que dans un meurtre commandité, ce n'est pas Speers qui risque le plus gros... mais vous. C'est vous qui allez recevoir le baiser du Détraqueur !

Là, je venais tout simplement de lui asséner le coup de grâce. Il bouillonnait de rage. Il n'arrivait sans doute pas à croire qu'il avait pu se faire avoir de la sorte, lui qui pensait avoir tout planifié.
 
-        Je veux un avocat, intima Freddy.
-       Vous en aurez besoin.
 
Je ressortis aussi sec sans adresser un regard à Moser et Wagner, qui n'avaient pas bougé d'un poil pendant tout mon petit numéro. Ils me suivirent en dehors de la pièce, où les Maraudeurs m'accueillirent avec des yeux ronds comme un vif d'or, encore trop stupéfaits pour parler.
 
-        Hunt, je n'ai pas rêvé... ce micro sort bien de cette pièce ? demanda Wagner.
-        Exact. Mais ça, à part nous, personne ne le sait.
-        Si son avocat demande à entendre l'enregistrement, ton petit numéro tombe à l'eau, prévint Moser. Les paroles qu'il a lâché sous l'effet de la colère ne suffiront pas.
-        Je le sais. Mais je ne pouvais pas le laisser partir sans tenter une pirouette. De toute façon, on n'a rien à perdre.
 
Les deux flics expérimentés saluèrent mon audace, tandis que les Maraudeurs n'en revenaient toujours pas de mon coup de bluff. L'avocat de Freddy mit bien une heure à arriver, et autant pour ressortir de la salle. Une attente terriblement longue où j'avais été assez nerveuse, je dois bien l'admettre. La réaction de Freddy m'avait prouvé que j'avais eu raison sur toute la ligne, et même si j'avais la certitude qu'il ne m'échapperait pas s'il était remis en liberté, je voulais vraiment réussir ce coup. Je ne voulais pas commencer ma carrière sur un échec. J'avais parié mon badge après tout.
 
-          Mon client plaidera coupable au tribunal, informa l'avocat. Mais en échange, il demande la clémence du Magenmagot.
 
Je me gardai bien d'exploser de joie en la présence de l'avocat. Moser retourna dans la salle pour régler les formalités de la négociation, un quart d'heure supplémentaire qui me fit trépigner d'impatience. Et enfin, lorsque Freddy apposa sa signature en bas du parchemin, je pus sauter dans les bras de Remus.
 
-          Je l'ai eu putain ! m'écriai-je, incapable de me contenir plus longtemps.
 
Les Maraudeurs rigolèrent et m'entourèrent pour me féliciter. Lorsque l'avocat sortit, il m'adressa un regard en biais, surpris par une telle excitation de notre part. Moser me lança un sourire rayonnant et m'invita à conduire Freddy jusqu'au centre de détention, où il patienterait jusqu'à son procès. Je me fis donc une joie de retourner dans la salle et de lever Freddy de sa chaise, faisant apparaître des liens pour joindre ses mains dans son dos. Je le guidai avec fierté en passant devant les collègues de la Brigade, pour qui c'était toujours un plaisir de voir un coupable au visage fermé s'apprêter à finir derrière les barreaux. Je m'arrêtai à l'entrée du centre de détention, où je n'avais pas encore les autorisations requises pour m'y rendre. Avant de confier ma proie capturée à Moser pour qu'il finisse le chemin, je me rapprochai de son oreille pour qu'il soit le seul à m'entendre :

-         Je comprends mieux pourquoi vous avez perdu tant d'argent face à Hemsey... vous êtes incapable de reconnaître un adversaire qui bluffe.
 
Freddy fronça les sourcils en levant les yeux sur moi. Je plongeai mon regard dans le sien, avec un sourire arrogant.
 
-          Il n'y a jamais eu de micro, terminai-je.
 
Je le poussai vers Moser, mais Freddy ne parvint à se détacher de mon regard, profondément choqué par ma révélation. Il venait de prendre conscience qu'il allait finir ses jours à Azkaban... alors qu'il aurait pu jouir d'une vengeance parfaite. Il y avait de quoi s'en taper la tête contre un mur. J'étais certaine qu'il y penserait dans sa cellule, s'insultant de tous les noms pour avoir commis l'erreur de douter de lui, maudissant son avocat de ne pas avoir cherché à en apprendre plus sur cet enregistrement avant de proposer des négociations. Cette histoire allait le ronger. Et cette idée parvint, pour la première fois, à me provoquer un sentiment presque aussi grand que lorsque je plantais ma lame dans le c½ur affolé d'un prédateur devenu proie. Comme quoi, ma lame n'était pas le seul moyen de rendre une putain de vraie justice, même si elle était la plus efficace !

 

| Division de la Police Magique - 19h |


 
Les policiers chargés de l'enquête avaient organisé un petit apéritif pour fêter notre première capture en tant que policiers. C'était une excellente performance pour notre premier jour de travail. Lyall, Maugrey et Aaron Potter s'étaient faits un plaisir de se joindre à nous, avides de connaître tous les détails du déroulement de l'enquête.
 
-        C'était vraiment excellent pour votre première journée, félicita Wagner. Vraiment excellent ! Et toi Hunt, tu as un instinct de chasse fabuleux ! Tu cherches les bonnes infos au bon endroit, et tu ne te laisses pas berner par les suspects, c'est vraiment un bon début !
 
Son compliment me décocha un sourire. Oui, mon instinct de chasse était vraiment infaillible. Il m'avait permis de voir clair dans l'esprit des personnes que j'avais interrogé, et de suivre le fil de la vérité jusqu'à la trouver. Chaque nouvelle information, chaque témoignage m'étaient apparus comme une pièce de puzzle évidente à placer. Normal pour une tueuse.

-        Haha, merci, mais j'ai eu beaucoup de chance de les faire tomber tous les deux, rigolai-je. Mes coups de bluff auraient très bien pu ne pas marcher avec des criminels plus intelligents.
-         C'était tellement osé !
-         Un vrai coup de maître, glissa Lyall.
 
Je lui adressai un sourire en le regardant, avec toujours cette impression qu'il m'analysait... un peu comme le faisait Dumbledore.

-         A ta première prise, dit Moser en levant son verre.
 
Je levai le mien sans me faire prier. J'étais assez fière de mon coup, je dois l'avouer. Certes, je n'aurais probablement jamais résolu cette affaire aussi facilement si je n'étais pas moi-même un assassin, mais bon... c'est le jeu. Je profitais de mon expérience dans le domaine. Un sourire étira mes lèvres. Pour résoudre cette enquête, j'avais dû penser comme la tueuse que j'étais. Je pouvais déjà prédire que ce genre de situation se renouvellerait souvent. En tant que tueuse expérimentée, personne ne pouvait cerner mieux que moi les esprits criminels. Le Département de la Justice Magique pouvait avoir les meilleurs profileurs, criminologues et enquêteurs... malgré toutes leurs années de métier, aucune expérience ne vaudra jamais celle du terrain. Et aujourd'hui, en plus d'avoir réussi à démasquer un criminel, j'avais le sentiment d'avoir accompli une victoire personnelle. Pour la première fois, je n'avais pas cédé à l'appel du sang. Pour la première fois, j'étais vraiment restée en équilibre entre les deux mondes : c'est bien la tueuse qui avait flairé le prédateur, mais c'est la flic qui l'avait arrêté. Il n'y avait rien de plus efficace que de mettre le Mal au service du Bien.
 








Chapitre 2 : L'instinct de chasse
 
Et voilà pour cette toute première enquête à la Brigade Criminelle Magique ! Comme vous aurez pu le remarquer, cette chasse revenait essentiellement à Tracker sous une apparence de flic ! J'espère que ça vous a plu, dites-moi ce que vous en avez pensé :)

Le mot de Tracker et l'aperçu du chapitre 3 seront publiés le week-end prochain, tandis que le chapitre 3 ne débarquera que dans 15 jours. Je reste sur ce rythme, même si ça vous fait long et je m'en excuse, car je n'arrive vraiment pas à passer plus de temps à écrire  :(
Cela dit, comme j'avais fait quelques fois au cours du tome 1, le chapitre 3 va amorcer une petite série de chapitres sur un thème important, alors je pense que l'attente sera pardonnée :P
Sur ce, je vous fais de gros bisous, et merci de continuer l'aventure, c'est un plaisir de vous retrouver à chaque nouveauté !
 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Une enquête résolue trop brillamment par prudence mais je crois que son milieu l'a habituée à cela ? Sinon Pourquoi Halliwell ? Ca viens de Charmed ?

  • LeMaitreDesLieux

    14/11/2015

    Tu as une imagination débordante pour mettre en scène des crimes et des enquêtes digne d'un polar ! Dis-moi, tu ne serais pas quand même une tueuse parfaite ? ;) sinon, malgré le fait que j'aime beaucoup Prue et qu'elle a beaucoup d'instinct et de facilités, je trouve dommage qu'elle trouve tout aussi facilement et surtout, l'audace qu'elle prend en provoquant Moser et Wagner, je trouve cela un peu exagéré. Même si elle est très douée et qu'ils l'apprécient, je trouve cela exagéré qu'ils la laissent débarquer comme ça dans la salle et ne lui fassent aucune réflexion même si elle avait raison. Enfin je pense que tu as compris ce que je voulais dire. Néanmoins, cela ne gâche pas du tout le plaisir de la lecture et c'est juste le fait de la Prue "parfaite" qui me dérange un peu ... Je continues quand même ma lecture car j'adore ton histoire et je compte bien la lire jusqu'au bout ! ;)

  • Harry-Potter-generationx

    08/12/2014

    Hey !

    Je sais ça fait longtemps ! j'été toute exciter de la reprise de ta fiction et je ne commente même pas ... Tu as le doit de me lancer des tomates ;)

    Bon et bien voila ... première enquête et premier succès pour Prue ! Elle gère tellement notre petite tueuse préférée ;)
    Mais il faut quand même qu'elle laisse leur chances aux maraudeurs. Les pauvres, ils n'ont encore aucune expérience eux !

    j'adore toujours autant ta façon d’écrire, de nous faire plonger dans ton histoire. J'avais l'impression d’être avec les garçons derrière la vitre teinté avec le nez collé ;)

    Je regrette juste que l'on ne voit plus Lily. D'accord c'est centré sur Prue et son expérience au ministère mais bon ... elle me manque la jolie rousse colérique !!! ;)
    Peut-être qu'elle apparaîtra dans les prochain chapitres qui sait ?

    Bon bon, moi je vais lire la suite illico et je n'oublierai pas de commenter ;)

    Bis

  • clochinettedu76

    01/12/2014

    J'ai adoré cette premiere enquête ! Prue a vraiment un super instinct, et puis son côté Tracker l'aide beaucoup dans cette histoire ;)
    J'ai hate de lire la suite ;)

  • harry-potter-8-fic

    26/11/2014

    vivement la suite

  • harry-potter-8-fic

    26/11/2014

    j"ai quand même hâte d'en savoir plus sur la relation de prue et rémus

  • harry-potter-8-fic

    26/11/2014

    Toutes mes félicitations à prue pour son enquête

  • aSupernaturalLife

    22/11/2014

    " c'est vraiment pas facile de mélanger le policier et la magie ! " > Tu m'étonnes, mais tu te débrouilles très bien, on y voit que du feu franchement !

    " Il ne la soupçonne de rien, il a juste envie de connaître davantage cette mystérieuse jeune femme dont est tant épris son fils. " > Aaah tu me rassures au sujet de Lyall, j'étais persuadé qu'il se doutait de quelque chose.

    "Tes désirs seront peut-être satisfaits plus tôt que prévu, Prue ne va pas tarder à devoir remettre son badge en cause ;) (et oui, déjà !)." > J'ai envie de dire, heureusement, parce que sinon ça aurait pu être un peu ennuyant, de voir Prue qui combat son côté obscure avec succès ! Je sais, je suis mauvaise, mais c'est rigolo je trouve de voir le mal l'emporter quelque fois... *je ne suis pas folle hein*.

  • assassin-maraudeurs

    22/11/2014

    xsmileyx93-rep-choixpeau wrote: "Coucou !
    Un très bon chapitre qui change de tout ce qu'on a pu voir jusqu'à là. Ce qui est bien avec ta fic' c'est qu'elle se renouvelle, on a pas l'impression de tourner en rond !

    Deux petites remarques :

    "Je répétai avec le même soin les gestes que j'avais tous les matins, sans me presser. "
    => je faisais (je trouves que ça fait bizarre avait)

    "peut-être que quelqu'un vous avez entendu passer commande."
    => avait

    Bisou
    Ja
    "

    Hello !
    Merci beaucoup pour ton commentaire ! Ca fait plaisir si ça se sent que j'essaie de mettre du neuf tout en conservant la trame qui suit son cours depuis le début ^^

    Et merci également pour tes remarques, que je viens de prendre en compte =)
    Bisous, bon week-end !

  • aSupernaturalLife

    19/11/2014

    Coucou ! Pardonne moi du temps que j'ai mis à venir lire ton chapitre, je comptais le lire plus tôt mais franchement la fatigue m'a emporté >< aujourd'hui c'est le seul jour où je ne commence pas à 7h (youpi) et j'en ai profité :)

    Et bien que dire ? Comme d'habitude tu m'éblouis, de part ton vocabulaire parfaitement bien choisi mais également par la tournure qu'a prit l'histoire. Tu as inventé une véritable enquête criminelle, à la NCIS ou encore à la Dexter :p J'ai d'ailleurs bien vu que Prue a le même dilemme que lui : faire tomber le méchant avec des preuves ou bien le laisser filer pour mieux le tuer plus tard. Bien joué, franchement les sentiments étaient parfaitement bien transcrit!

    Les maraudeurs ne servent pas à grand chose dans ce chapitre, mais en même temps si ils avaient réussi à coincé le méchant dès leur première enquête, ça aurait fait bizarre. D'ailleurs la réussite de Prue va sûrement attiser la curiosité de certain, elle a fait fort -peut-être même un peu trop- pour une première fois. On voit d'ailleurs que Lyall soupçonne quelque chose non ? Quand il "l'analyse"...

    J'ai hâte de revoir Dumbledore, peut-être qu'il a avancé dans son enquête sur Prue... il était vraiment trop proche de la vérité à la fin du tome 1... en même temps il est très très fort, ça aurait été aberrant que Prue puisse le berner plus longtemps :/

    Et enfin, j'ai hâte de voir Prue enquêter sur le meurtre de quelqu'un qu'elle connait dans le milieu du meurtre :P je suis sûr que ça va arriver ! Peut-être même de Diego ou de Jack, qui sait ? (oui oui, je me fait des films si ça se trouve x)). Je suis certaine qu'à ce moment son sens de l'honneur jouera contre elle et qu'elle protégera son ami... mais à quel prix ? ça pourrait la mettre en danger :/

    Je m'arrête là, sinon je continuerais jusqu'à ce que mon commentaire soit plus long que ton chapitre xD Aller, à bientôt, bisous ♥ Et bravo pour ce superbe chapitre encore une fois :)

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