Chapitre 4 : « Les démons de notre passé » (2/2)

Chapitre 4 : « Les démons de notre passé » (2/2)

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J'ouvris lentement les yeux, le corps endolori et la vue pas tout à fait nette. Je me rendis compte que j'étais allongée sur une surface froide. Je regardai la sol et sursautai violemment en reconnaissant le carrelage blanc sur lequel je m'étais tant de fois retrouvée dans mon enfance. Je relevai la tête, me rendant compte avec horreur que j'étais effectivement dans la salle de mes cauchemars. La salle blanche. La plaque de pierre était abaissée, condamnant l'accès à la porte. Contrairement à l'époque où j'étais prisonnière ici, aujourd'hui j'étais une sorcière aguerrie. Cette pierre ne me résisterait pas. Il fallait que je sorte et que je retrouve le patron pour lui régler son compte. Je trouvais étrange qu'il ne soit pas là d'ailleurs. Je m'attendais à me réveiller attachée, à sa merci. Où était-il ? M'avait-il enfermée le temps de retrouver les prisonniers évadés ? Une décharge me parcourut en pensant à Diego et Roy. Comment allaient-ils ? L'alarme avait-elle été donnée ? Une fois de plus, la culpabilité me noua la gorge. C'est mon obsessionnel désir de vengeance qui avait peut-être compromis l'opération de sauvetage.

 

Je me relevai péniblement, les jambes fébriles et titubantes. J'étais encore secouée par la violence des décharges qui m'avaient traversée le corps. Je me concentrai sur la lourde pierre pour la soulever par télékinésie, mais rien ne se produisit. Je déglutis péniblement. Pourquoi ça ne marchait pas ? J'avais passé le cap depuis longtemps désormais, mes pouvoirs n'étaient plus sensés se bloquer. Je réessayai, pensant que c'est le choc des décharges qui m'avait peut-être un peu déstabilisée, mais à nouveau, la pierre ne bougea pas d'un millimètre. Je fus momentanément paralysée par le doute. Etait-ce une protection magique qui maintenait la pierre baissée, ou était-ce moi qui avais à nouveau perdu le contrôle sur mes pouvoirs ?

 

Pour en avoir le coeur net, je tentai de faire apparaître une flamme dans ma main... sans succès. Un souffle de panique balaya momentanément mon esprit. J'étais incapable de produire le moindre phénomène magique. Etait-ce mes souvenirs qui me terrifiaient au point de me rendre incapable d'agir ? C'était possible... car pour la première fois depuis longtemps, je sentis la peur me tordre les entrailles. Prisonnière. J'étais à nouveau prisonnière de mon bourreau le plus cruel. Privée de mes pouvoirs. Isolée. Je n'avais pas eu le temps de prévenir Diego que j'avais fait une mauvaise rencontre. Je ne sentais plus l'oreillette... mon couteau n'était plus à ma taille... je ne portais plus rien sur moi qui puisse m'aider à m'en sortir. J'étais seule et désarmée. Si je n'arrivais pas à retrouver mes capacités magiques, je ne pourrais pas quitter cette pièce.

 


Je tournai la tête vers la porte en entendant le bruit sourd de la pierre coulisser vers le haut. Saisissant ma chance, je me plaçai à côté sans perdre une seconde. Je me jetai sur le nouvel arrivant dès que la porte s'ouvrit. Je n'aurais su dire si c'est parce qu'il s'y attendait, ou parce que j'étais fatiguée, mais je me retrouvai prisonnière dans les bras de mon ennemi, et il me fit retourner de force dans la salle blanche. Je me débattis, cherchant à lui faire des prises, mais il avait réussi à m'immobiliser, et j'entendis avec horreur la pierre s'abaisser derrière nous.

-          Avoue que ces moments-là t'avaient manqué... dit le patron du camp dans un souffle à mon oreille.
 
Pour toute réponse, je lui mis un coup de tête en arrière, lui cassant le nez. Je profitai qu'il soit sonné pour me défaire de son emprise et enchaîner mes coups. Mais le militaire expérimenté qu'il était n'eut aucun mal à riposter. Il me fit une prise, me clouant au sol. Je me sentis faible sous son poids écrasant. Ce n'était pourtant pas la première fois que je me battais contre un homme... mais là, je me sentais plus lente. Mes réflexes n'étaient pas aussi vifs, et mes coups moins précis. Que m'arrivait-il bon sang ?! Pourquoi n'étais-je pas aussi réactive que d'habitude ? J'avais remporté des combats bien plus difficiles !
 
-           Tu penses toujours pouvoir faire le poids, hein...? ricana le patron. Tu n'as toujours pas intégré le fait que tu ne peux pas me battre.
 
Je regardai mon adversaire avec haine. Il n'avait guère changé depuis mon évasion. Il avait toujours le même air sadique sur le visage. Egal à lui-même. Et encore une fois en position de force. Il fallait que j'inverse ça. De suite ! Sinon, j'étais foutue. Ce n'était pas la peine d'avoir fait tous ces efforts pour devenir imbattable si c'était pour perdre face à cette ordure !
 
-          Serait-ce de la peur que je lis dans tes yeux ? fit semblant de s'étonner mon bourreau en me regardant plus attentivement.
 
Je serrai la mâchoire, réprimant mes frissons. J'avais une furieuse envie de lui faire ravaler son sourire à cet enfoiré ! Je ne voulais que ça : le massacrer.

-          Regarde mieux, conseillai-je. Il n'y a que l'habituel désir de meurtre que je réserve à toi et tes semblables.
-          Enfin je retrouve la rebelle ! Je craignais que tu te sois ramollie avec le temps !
-          Bien au contraire, assurai-je.
-          Nous allons voir ça.
 
Une joie sauvage me saisit lorsqu'il se redressa, me permettant de bouger à nouveau. Je ne lui laissai pas le temps de se relever, lui faisant une prise pour échanger nos places. Je me plaçai à califourchon sur lui pour lui bloquer les jambes. Il tenta de me planter avec des ciseaux à crin que je n'avais pas vu venir, mais je les retournai contre lui, les enfonçant dans son estomac avec un plaisir démesuré.
 
-          Je ne suis plus une gamine impuissante face à la force d'un adulte, rappelai-je.
-          Détrompe-toi.
 
Je me sentis partir en arrière, comme si quelque chose m'avait tirée violemment. Je tentai de me rattraper, mais mon dos percuta le mur d'en face, et je tombai lourdement au sol, le souffle coupé par l'impact. Je relevai la tête vers mon adversaire, choquée de le voir tenir une baguette dans sa main droite. C'était lui le sorcier !

-          Sale traître ! Comment as-tu pu faire ça ?! crachai-je. Comment as-tu pu aider des moldus à saigner notre communauté ?!
-      De la même manière que des sorciers sont capables de se saigner entre eux, répondit-il avec la même haine que moi.
 
Je le regardai se jeter un sort, guérissant la blessure que je venais de lui faire avant de se relever. Je ne m'étais pas attendue à cette réponse.

-          De quoi tu parles ?
-          Toi qui as eu l'opportunité de retourner parmi les tiens ces sept dernières années... ne me dis pas que cet aspect de ton monde t'a échappé ?
 
Des sorciers qui s'en prenaient à d'autres... oui, on avait bien des criminels nous aussi, tout comme les moldus avaient les leurs... et alors ? Je pensai à l'homme qui avait refusé de faire partie de l'armée de mon père, sous prétexte qu'il ne voulait pas « saigner » l'Angleterre. Etait-il possible que... ?

-          Tu es un né-moldu, n'est-ce pas ?
-       Oh, tu emploies l'appellation élégante... allons Prudence, tu sais bien que ça se prononce « Sang-de-Bourbe »...
 
Je fermai momentanément les yeux, refoulant temporairement mes envies de meurtre. Il fallait que je découvre l'origine de son sadisme avant de tenter de le tuer. Pour l'instant, je ne voyais pas en quoi son statut de sang avait pu le pousser à faire du mal à des centaines de gosses sorciers, même s'il avait été victime de rejet.
 
-          Les gens qui nomment les nés-moldus de cette manière sont des extrémistes réprimés par nos lois, fis-je remarquer.
-          Mais vos lois ne les ont jamais empêchés de commettre les pires horreurs... d'ailleurs, je crois même qu'ils sont en pleine montée de puissance si mes sources sont bonnes... Je me trompe ?
-              Ne me dis pas que tu as accepté de trahir ton peuple parce que tu as été victime d'une minorité ! Ne me dis pas que tu as détruit l'enfance de centaines de gamins sorciers pour leur faire payer des crimes qu'ils n'ont pas commis !
-          La sorcellerie est un fléau... un véritable danger pour le reste du monde. Ose me dire le contraire !
-           Tu plaisantes j'espère ? On vit dans l'ombre du monde moldu dans le plus grand secret !
-             Ce qui est insupportable pour un être qui se croit supérieur de devoir se cacher d'une communauté inférieure !
-            Nous ne nous considérons pas supérieurs ! Nous n'avons aucun intérêt à révéler notre existence aux moldus ! Nous devons notre tranquillité à notre discrétion.
-             Et vous seriez encore plus tranquilles si vous n'aviez pas à vous cacher et que vous faisiez des moldus vos esclaves.
-          Ce sont les propos immoraux des extrémistes.
-         Non Prue, ce sont les projets d'un groupe puissant qui sera bientôt à la tête de votre communauté... des projets qui se concrétiseront bientôt.
-        Et c'est pour ça que nous étions accusés d'être des monstres ? explosai-je avec fureur. Parce que selon toi et tes abrutis de semblables, TOUTE notre communauté est un danger alors que seul un groupe l'est ?  Ce sont EUX les monstres, que nous essayons de combattre ! ILS sont une menace ! Pas nous TOUS ! Bon sang, mais tu es encore plus fou que je le pensais !
 
J'étais dégoûtée putain ! Je n'arrivais pas à le croire ! J'avais été brisée pour rien ! Pour RIEN ! Les bourreaux disaient que nous étions des monstres, que l'on méritait de souffrir, et tout ça pourquoi...? Parce qu'ils nous associaient à un putain de groupe d'extrémistes ?! Leurs motivations étaient complètement infondées ! Ils avaient tout mélangé ! Comment peut-on être aussi stupides ?!
 
-          Pour ma folie, tu peux remercier ton père...
 
La surprise me coupa le souffle quelques secondes. En quoi mon père était lié à ça ? C'était quoi encore ces conneries ?
 
-          Pourquoi tu dis ça ?
-    Oh, il ne t'en a jamais parlé ? C'est lui qui a massacré mes parents... mes « sales moldus » de parents... lui qui a laissé ses sbires jouer avec moi... soi disant parce que je le méritais... parce que je n'étais qu'une sous-merde à ses yeux, qui ne méritait pas de vivre.
 
Je déglutis péniblement, reconnaissant bien là les propos de mon père envers un né-moldu.
 
-          Si ça peut te consoler Prudence, si tu trouves que nous n'avions pas raison de vous faire souffrir, dis-toi que pour toi, j'en avais une... très personnelle. C'était tellement jouissif de faire souffrir à mort la petite fille chérie de celui qui avait détruit ma vie...
 
Des tremblements de rage commencèrent à me parcourir furtivement le corps. La haine me pinçait chacun de mes nerfs... j'avais envie de lui exploser la tête à ce malade ! J'avais vécu l'enfer à cause de mon père ! Je n'étais que l'objet de représailles ! La fureur était telle que ma gorge se noua en tentant de contenir des hurlements de rage. Jamais l'envie de meurtre n'avait été aussi intense ! Pour lui, et pour mon père aussi !
 
-          C'était encore plus exquis en pensant que ton père t'avait envoyée volontairement dans ce camp, en pensant que tu serais formée à devenir une digne « Sang-pure »... comment a-t-il réagi en apprenant que sa noble progéniture s'était faite massacrer et souiller pendant des années... ? Oh, que j'aurais aimé qu'il apprenne que c'était le petit garçon qu'il avait laissé dans la cuisine blanche, à moitié mort, qui s'était occupé de toi...
 
Je serrai le poing avec force, essayant d'encaisser les révélations de mon adversaire. Vengeance. Tout cela n'était qu'une cruelle vengeance ! Des centaines de gosses avaient payé pour les crimes de gens comme les Mangemorts... et moi, j'avais payé pour les crimes de mon père ! J'étais tellement assommée que je fus incapable de répondre pendant plusieurs secondes. Pourquoi mon père ne l'avait-il tout simplement pas tué à l'époque ? Ou enfermé dans les cachots, comme il savait si bien le faire ?! Pourquoi avoir laissé un gosse détruit derrière lui ? Il faut toujours tuer la victime si l'on ne veut pas avoir à craindre sa vengeance !
 
-          Ton acte n'a fait que décupler sa haine envers les moldus... et à le conforter dans ses projets destructeurs, parvins-je à répondre.
-          Voilà qui me conforte dans les miens... j'ai bien fait de former de jeunes sorciers.
 
J'éclatai d'un rire amer en me prenant la tête entre les mains. Je trouvais ses propos tellement insensés ! C'était de la pure folie !
 
-          Nous former ?! Nous FORMER ?! Tu nous as détruits ! Massacrés ! Combien d'entre nous ont survécu à ta « formation » qui n'était rien de plus qu'un enchainement d'épreuves insensées où le seul but était de nous faire souffrir ?! Un « jeu » où la seule règle était de survivre !
-          Seuls les meilleurs ont survécu. Comme toi.  Dis-moi Prudence... la tueuse hors paire nommée Tracker qui domine le milieu criminel est bien celle que tu as fait naître à la guerre...? Il s'agit de la même personne ? On parle bien de toi ?
-             Où veux-tu en venir putain ?!
-         Le meilleur soldat moldu n'aurait pas la moindre chance de gagner face à un sorcier, même si celui-ci n'est qu'un gamin ! Seul un sorcier peut l'emporter sur un autre. C'est pourquoi nous avons besoin d'une armée de criminels de ta trempe pour protéger les moldus des sorciers.
-            Et tu crois vraiment qu'un sorcier accepterait de se battre contre les siens ? Sous les ordres de ceux qui ont fait de sa vie un véritable enfer ?!
-          Ce que tu es naïve... je suis un sorcier Prue... l'armée que je crée depuis des décennies m'obéit au doigt et à l'½il, volontairement ou non. L'Imperium te dit quelque chose, non ?
 
Plus j'en apprenais, et plus je prenais conscience que la machine qui faisait vivre le camp était sacrément puissante et dangereuse. Combien de gosses avaient survécu au camp ? De quelle taille était cette armée ? Sous les ordres d'un fou tel que le patron du camp, elle représentait un immense danger pour nous. Notre communauté n'était pas armée pour répondre aux attaques... d'une Tracker multipliée par des dizaines ! Bon sang, entre la guerre imminente contre l'armée de mon père, et celle que personne dans le monde de la sorcellerie ne pouvait soupçonner contre cette armée de tueurs surentraînés... je craignais pour l'avenir de notre pays. L'Angleterre allait être engloutie sous une mer de sang dont les vagues s'abattraient de tous côtés, sans espoir de les réfréner.
 
-            Pourquoi ne t'en es-tu jamais servi contre moi dans ce cas ?
-       Ah, ça c'est une bonne question. Vois-tu, le problème, c'est qu'à l'époque, les sorciers me rejetaient parce que j'étais un né-moldu... et quand j'ai trouvé ce petit job dans ce camp de moldus... j'ai pris conscience que des moldus rejetaient les sorciers. J'étais pris entre deux mondes qui se détestaient dans l'ombre, auxquels je n'appartenais pas. Du coup, je me suis comporté comme un moldu. De temps en temps, je me servais de la magie en secret sur des prisonniers tels que toi, qui avaient besoin d'un petit trafic de mémoire que la science ne pouvait permettre...

 


Un gémissement m'échappa. Alors c'était lui qui avait trafiqué ma mémoire ? Lui qui m'avait privée de mes plus beaux souvenirs pour m'enfoncer un peu plus dans la noirceur. Je serrai le poing si fort que le sang eut du mal à passer. Il fallait que je me retienne encore un peu de le tuer. Le temps d'entendre toute la vérité.

 

-        Pendant longtemps, personne n'a jamais soupçonné ce que j'étais. Et puis un jour, encore une fois à cause de toi... mes supérieurs ont pris conscience que des prisonniers formés pouvaient représenter une menace pour eux, car il est impossible de garder le contrôle sur des gens qui ont des pouvoirs magiques. Ton évasion avec Diego en a été la preuve : jamais tu n'aurais pu sortir de ta cellule sans l'aide de la magie. Alors mes supérieurs se sont mis à chercher un moyen de priver les prisonniers de leurs capacités... mais aucune science ne peut le permettre. Ils avaient besoin de quelque chose de surnaturel. Quelque chose que seule la magie peut offrir. Alors je leur ai enfin avoué ce que j'étais... et que ce serait un immense plaisir de mettre la magie à leurs services. Tu vois, finalement, tu as eu de la chance d'être au camp à cette époque. Tu n'aurais jamais pu t'enfuir avec la sécurité actuelle.
 
J'essayais de contrôler ma respiration, mais la haine m'étouffait tant elle était forte. C'était à cause de LUI si les prisonniers n'avaient plus la moindre chance d'échapper à leur sort. Ce moins que rien avait offert à nos ennemis le moyen de nous contrôler, et ainsi de garder constamment le dessus. J'étais tout simplement écoeurée. Ecoeurée que la haine des Sang-purs extrémistes ait son équivalent chez les moldus envers les sorciers.

-          C'est la décharge de tout à l'heure qui me prive de mes pouvoirs ?
-          Oh non... ça c'était juste pour que tu restes tranquille. Non, c'est une puce un peu spéciale qui paralyse la magie. Elle est dans ta nuque. Elle bloque tous les messages nerveux pouvant produire un phénomène magique. Une invention digne d'un génie, qui fait toute ma fierté.
 
Une puce que je jurai de faire disparaître à jamais. De quel droit pouvait-on nous retirer nos dons ? Ce serait comme enlever les crocs et les griffes d'un loup ! Nous étions nés avec la magie, personne n'avait le droit de nous l'enlever ! Cette invention était une véritable arme qui devait à tout prix être détruite. Bon sang, si mon père avait vent d'une telle invention, ce serait la preuve idéale à fournir aux sorciers pour rallier encore plus de gens à sa cause ! Ce serait un véritable soulèvement si notre communauté apprenait le sort qui nous était réservé par ce groupe de malades !

-          Qui détient le stock de cette puce ? demandai-je.
-          Mes supérieurs, bien évidemment.
-          Et qui sont-ils ?
-         A quoi ça pourrait bien te servir de le savoir... ? Puisque tu ne sortiras pas vivante de cette salle... 
 
Il se rapprocha de moi, et je me surpris moi-même à reculer d'un pas. Je me ressaisis immédiatement, refoulant mes craintes pour faire face à mon adversaire. J'étais Tracker putain, une vraie louve ! Pas question de reculer. Je devais faire face à mon adversaire, comme toujours. Alors dès qu'il fut à portée, je le saisis à la gorge et me plaçai dans son dos, continuant à l'étrangler avec mon bras. Il m'éjecta de suite pour se libérer de mon emprise. Je me relevai de ma chute, réfléchissant à un moyen de l'atteindre. Mais comment faire ? Comment pouvais-je me battre avec un tel handicap ? Sans mes pouvoirs, je n'avais aucune chance de prendre le dessus sur un sorcier. Comme il l'avait bien souligné, seul un sorcier peut l'emporter sur un autre. Et pour l'instant, j'étais réduite à l'état de Cracmolle. Il fallait que je le prive de sa baguette. Avec un peu de chance, peut-être qu'il ne savait pas se servir de la magie sans.
 
-         T'es un vrai lâche, tu le sais ça ? lançai-je, jouant la carte de la provocation. Quand j'étais petite, tu profitais d'être plus fort physiquement pour avoir le dessus... et maintenant que je suis grande, tu me prives de mes pouvoirs... aurais-tu peur de perdre si l'on se battait à arme égale ?
-       Contrairement à toi, je ne sous-estime jamais mes adversaires, et je fais en sorte d'assurer la victoire.
-           Un véritable aveu de faiblesse ! Mon père avait raison au moins sur ce point... t'es une sous-merde qu'il aurait mieux fait d'écraser !
 
Là, je venais de pincer une corde sensible. Le patron me lança un sort, que j'esquivai au prix d'un saut sur le côté. Je me relevai de suite, faisant face à mon adversaire. Je me rapprochai de lui lentement, essayant de trouver une solution pour détourner son attention.
 
-       Je vais te faire payer chacun de tes affronts Prudence, assura le patron. Tu vas regretter d'être revenue !
-           Et toi, tu vas regretter de ne pas m'avoir tuée tant que tu le pouvais !
 
Nouveau sort, nouvelle esquive. Mon adversaire ne se laissait pas approcher. Pourtant, c'était mon seul moyen de rétablir l'équilibre. Tant qu'il avait sa baguette, j'étais vaincue d'avance. Alors je me rapprochai encore. Il pointa sa baguette sur moi pour me tenir à distance, mais je ne m'arrêtai qu'une fois contre le bout de son arme. A cette distance, je ne pouvais plus esquiver ses attaques. La prochaine me percutera inévitablement.
 
-          Qu'attends-tu ? m'impatientai-je en le foudroyant du regard. Que je te désarme ?
 
Liant le geste à la parole, je lui saisis le poignet, le retournant violemment. Je récupérai sa baguette, la cassant en deux. Je jetai les deux misérables bouts de bois pour parer un coup de poing de mon adversaire. S'ensuit alors une duel moldu, où j'eus le plaisir de lui décocher de nombreux coups. Là, nous étions à arme égale ! Il avait beau être un militaire entraîné, j'étais Tracker, et je ne tardai pas à l'assommer. Je lui fis une prise, l'envoyant au sol avec élan. Je lui mis un coup de pied dans les côtes aussi violent que la rage qui me consumait, lui arrachant un gémissement. Je me mis à califourchon sur lui, enchainant mes coups à la tête pour le mettre k.o. Mais au bout du troisième coup seulement, je me sentis à nouveau paralysée. La décharge, violente, dura plusieurs secondes. J'eus l'impression que mon coeur allait exploser. Finalement, tout s'arrêta, et je tombai sur le côté, incapable de bouger. Je vis le patron sortir de mon champ de vision, et revenir quelques secondes après avec les ciseaux qu'il avait laissé tomber pendant notre précédent combat. Il se rapprocha lentement de moi, et je pus lire la promesse de mort dans ses yeux lorsqu'il s'accroupit à mes côtés. Bon sang, comment avais-je pu en arriver là ? Comment pouvais-je me retrouver à sa merci, alors que je m'étais promis que ça n'arriverait plus jamais ? Il effleura ma gorge avec la pointe de son arme. Je voulus réagir pour me défendre, mais je savais bien que la décharge reçue allait me paralyser encore pour plusieurs minutes. J'étais complètement impuissante. Je ne pouvais rien faire d'autre que regarder la haine dans les yeux de mon ennemi.

-           J'ai rêvé de ce moment pendant sept ans. Toi qui m'a tant défié... qui as tué tant de mes hommes... qui as survécu à tout... qui t'es évadée... pour revenir des années après avec l'intention de tout détruire... Tu es la pire machine que le camp a engendré. Je pourrais t'ensorceler pour te forcer à rejoindre notre armée, car tu serais sans aucun doute l'élément le plus redoutable de nos rangs. Je pourrais même en profiter pour te lancer à la poursuite de tes amis, et te les faire tuer sans que tu puisses rien faire pour empêcher ça. Mais je ne te laisserai pas vivre un jour de plus après tout ce que tu as fait. Je veux pouvoir déposer ton cadavre à peine reconnaissable dans un endroit où ton père pourra le retrouver !

Moi, mourir ? Non... impossible. Pour le meilleur ou pour le pire, je ne pouvais pas mourir... mais que se passerait-il si mon adversaire me tuait vraiment ? Quelle serait la suite de l'histoire ? Ça par contre, je n'en avais pas la moindre idée. Je n'avais aucune expérience dans ce domaine. J'avais bien réussi à survivre à mon empoisonnement... mais j'étais vraiment passée très près de la dernière manche... et aujourd'hui, j'avais une puce qui paralysait les phénomènes magiques dans mon corps. Je pensai à Remus, qui devait attendre mon retour ; Diego, qui devait se demander pourquoi j'étais si longue ; Jack, que je n'avais pas vu depuis quelques temps ; les Maraudeurs, avec lesquels je pouvais encore vivre tellement de bons moments ; Roy, à peine retrouvé... je ne pouvais pas prendre le risque de me livrer à l'inconnu. Je ne voulais pas savoir ce que ça ferait si je mourrais maintenant.

 

Pourtant, ça allait se produire, car je vis mon ennemi ouvrir les ciseaux tout en se plaçant sur ma veine jugulaire. Je sentis le tranchant sur ma chair, et alors que j'attendais le moment fatidique où il refermerait les ciseaux, j'entendis un bruit sourd. Le bruit très reconnaissable de la plaque de pierre qui coulisse. Le patron se détourna de moi, se dirigeant vers la porte en sortant un petit boitier noir à la place des ciseaux. Je vis avec horreur la porte s'ouvrir sur Diego. Il écarquilla les yeux en me voyant au sol. Je voulus hurler pour le prévenir que le patron se situait à côté de la porte, mais Diego, sans doute trop paniqué de me voir à terre, se précipita sur moi sans réfléchir... sans même apercevoir notre ennemi juré.
 
-          Prue ! Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?!
 
Je regardai alternativement dans ses yeux et dans son dos très vite pour l'avertir du danger, mais lorsqu'il se retourna, le patron était déjà sur lui. Il reçut une décharge avec le taser, tandis que le patron positionnait le boitier noir sur la nuque de Diego. J'entendis un claquement sec, et je compris avec horreur que Diego était désormais lui aussi privé de ses pouvoirs. L'effroi m'envahit lorsque je le vis s'effondrer, inconscient. Pour rien au monde je n'aurais voulu que Diego vienne me chercher... car il était maintenant lui aussi à la merci de notre bourreau le plus cruel. Celui-ci récupéra la baguette de mon frère de coeur. Mes efforts étaient désormais perdus. Le patron avait à nouveau l'avantage, nous étions deux à sa merci... et contrairement à moi, Diego n'avait pas de joker. Il n'y aura pas de miracle si le patron le tuait.

-           Puisque ton cher Diego tient tellement à partager les mêmes aventures que toi, on va s'amuser un peu tous les trois...  et ensuite je vous éliminerai, se réjouit notre ennemi.

Il eut un sourire narquois au coin des lèvres en pointant la baguette de Diego sur moi. Je me sentis voler vers le mur, le percutant avec force. Des barbelés sortirent de la pierre, m'enchainant en s'enfonçant dans ma chair. Diego eut droit au même sort, sur le mur d'en face. La peur me tordit violemment les entrailles. Je me fichais de ce que pouvait me faire subir mon adversaire... mais pour rien au monde je ne voulais assister à la torture de Diego. Car c'est bien ça qui nous attendait à tous les deux. Le patron, connaissant notre affection l'un pour l'autre, allait se faire une joie cruelle de s'en prendre à notre coeur. J'eus à nouveau ce sentiment d'impuissance, qui m'avait tant fait horreur dans ma jeunesse. J'avais mon bourreau juste devant moi, des tonnes d'idées dans la tête pour le massacrer, aujourd'hui j'avais en plus la capacité de lui faire subir... mais je ne pouvais rien faire. Rien faire d'autre que subir, car j'étais piégée. Si je tirais sur les barbelés, ils me tailleraient les veines, et sans mes pouvoirs pour me guérir, je succomberais... avec l'incertitude de pouvoir revenir à la vie tant que la puce était logée dans ma nuque. Je regardai mon ennemi s'approcher de moi. Je connaissais la lueur qui brillait dans ses yeux. Il allait une nouvelle fois dépasser le seuil de sadisme et de cruauté.

-          L'avantage aujourd'hui, c'est que je ne suis plus obligé de retenir mes coups.
 
Premier coup de poing dans la tête. Puis dans le ventre. Et encore dans la tête. Dans les côtes. J'étais complètement sonnée, mais j'essayais de lutter mentalement pour conserver les idées claires. Je devais lui résister. D'autant plus que je sentais enfin les effets de la décharge se dissiper. J'allais bientôt pouvoir bouger.
 
-         Alors Prue, tu retrouves tes sensations ? nargua mon ennemi en marquant une pause.
 
J'eus un rire nerveux. Je sentis l'orgueil s'emparer de moi face à son allusion. J'attrapai mes chaînes et forçai dessus pour m'aider à lever les jambes, frappant le patron en pleine tête.
 
-         Et toi ? renvoyai-je avec un sourire provocant.
 
Il cracha le sang de sa bouche. Je ne l'avais pas raté, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais ce mouvement m'avait également enfoncé plus profondément les barbelés dans les bras. Peu importe, j'avais toute l'attention du patron. Il revint vers moi, me regardant avec fureur. J'eus l'impression de revenir des années en arrière. Cette salle avait été le théâtre de nombreuses heures de torture... et de rébellion. J'avais toujours essayé de frapper mes bourreaux à la moindre occasion, ou de les faire rager en les provocant lorsque j'étais immobilisée. Les tactiques de jeu n'avaient pas évolué. Il était toujours aussi borné, et moi aussi rebelle. Je serrai les dents en voyant que mes jambes eurent droit au même sort que mes bras. Cette fois, j'étais complètement bloquée.
 
-          Je te l'avais dit... t'es obligé de m'immobiliser pour avoir le dessus, raillai-je.
 
En guise de réponse, il sortit une matraque. Je la fixai quelques instants, me préparant mentalement à encaisser la suite. Les coups de poing n'étaient qu'un échauffement comparés à ça. Voilà le plus gros problème de la rébellion : ça avait le don d'aggraver la situation. L'ennui, c'est que je n'avais jamais réussi à me taire et à me calmer. Subir sans broncher me rappelait trop mon arrivée au camp, lorsque j'étais encore cette fillette apeurée et soumise qui avait la naïveté de croire que supplier ou se taire pourrait adoucir les châtiments. J'avais bien vite appris à bannir ce comportement, me forgeant un caractère piquant et orgueilleux. Ça avait empiré mes tortures en attisant la haine de mes bourreaux... mais au moins, c'est ce qui m'avait permis de devenir leur « terreur »... et d'avoir le sentiment d'exister en restant libre dans ma tête.

 

Mon ennemi commença à me frapper dans les côtes, m'en brisant une direct. La douleur m'irradia le corps, et ce fut pire lorsqu'il frappa au même endroit. Cette fois, je fus bien incapable de retenir un cri. Je le traitai de tous les noms, piquant son orgueil, attisant sa haine. Il frappa de plus en plus fort, jusqu'à ce que je perde connaissance. Encore une fois. Là au moins, je pouvais avoir un peu de répit. J'étais brisée de partout, je n'avais plus la force de faire face pour l'instant.
 

 


Je revins à moi un peu trop tôt à mon goût. Ma tête me sembla peser une tonne lorsque je la relevai. Mon coeur tressaillit lorsque je vis le patron devant Diego.
 
-        Ne le touche pas ! criai-je.
-       Tu n'es pas en position de donner des ordres ma chère Prudence... comme toujours, c'est moi qui dirige le jeu.
-         Un vrai maître du jeu n'a pas besoin d'attacher ses ennemis pour les dominer !
-         N'essaie pas d'atteindre ma fierté Prue, je ne commettrai pas l'erreur de te détacher. Je te connais trop bien pour laisser mon orgueil me coûter la vie.
 
Diego revint à lui, attirant l'attention de notre ennemi.
 
-           Bonjour Diego. Je suis heureux que vous soyez revenus à la maison tous les deux. Votre duo m'avait manqué.
-          Nous par contre, on était heureux de ne plus voir ta tête de connard, répliqua Diego.
 
Notre bourreau soupira d'exaspération.
 
-         Vous n'avez pas retenu les leçons essentielles de votre enfance, nous reprocha le patron. Toujours aussi arrogants et irrespectueux, l'un comme l'autre. Vous n'apprendrez donc jamais à fermer votre grande gueule ? demanda-t-il en donnant un coup de matraque à Diego en plein ventre.
 
S'il y avait bien une torture que je refusais de subir, c'était celle d'assister avec impuissance à la souffrance de Diego. Le patron continua de le frapper, sous mes cris de rage. Lorsque Diego fut au bord de l'inconscience, le patron revint vers moi, sans doute lassé que je l'insulte pour essayer de détourner son attention sur moi. 
 
-           Je vais le tuer Prue ! dit-il en me frappant à la tête. Je vais le tuer devant toi et tu ne pourras rien y faire !
-          Non !!!
 
Le désespoir me fit perdre la raison. Je me débattis comme jamais, pendant que mon ennemi retournait vers Diego. Je tirai de toutes mes forces sur mes liens de fer, me retenant de crier pour ne pas attirer l'attention, alors que les barbelés creusaient des entailles dans mes bras. Je parvins à libérer une main, et je m'en aidai pour tirer sur l'autre. Je marchai rapidement vers mon ennemi, tâchant de ne pas faire de bruit. Le patron leva la baguette volée devant le visage de Diego, qui le regarda sans ciller, crachant toujours du sang.
 
-         Prête à revivre l'épisode qui t'a fait basculer dans la noirceur du Mal, Prudence ? lança le patron.
-         Plus jamais.
 
Il se retourna, sans doute surpris de m'entendre aussi près. Je récupérai les ciseaux à sa taille et les lui plantai dans la gorge avant qu'il ne réagisse, lui arrachant un gargouillement assez horrible. Je retirai l'arme aussi sec, et ma proie recula de plusieurs pas, se tenant à la gorge pour essayer de stopper l'hémorragie. Il pointa d'une main tremblante la baguette de Diego sur sa gorge, mais la blessure infligée l'empêchait de parler. Constat qui me décocha le sourire d'ailleurs. Une joie sauvage m'envahit en le voyant ainsi.

-          C'est bête que tu te sois exclu du monde des sorciers, lançai-je en me rapprochant de lui. Tu aurais su à quel point c'était important de maîtriser les sortilèges informulés. Mais je suppose que tu n'en as pas vu l'utilité lorsque tu faisais la liste de tous les sorts qui te seraient utiles pour ce foutu camp, n'est-ce pas ?

En guise de réponse, il pointa sa baguette sur moi.

-          A...Avada...Ke...Kedavra...

Je soupirai devant sa stupide tentative, qui n'eut évidemment pas l'effet escompté.

-          Il faut le dire d'une traite, raillai-je.

Il lâcha sa baguette, comprenant qu'elle ne lui serait plus d'aucune utilité désormais. Je lui fis une prise au niveau des jambes, le renversant au sol avec violence. Je me laissai tomber à genoux à côté de lui, affaiblie moi aussi. Je lui attrapai les poignets et les clouai au sol pour l'empêcher de ralentir l'hémorragie. On échangea tous deux un regard assassin. Enfin...! Enfin nous échangions nos places ! Enfin je le dominais !

-          Tu vois, je n'ai pas besoin de mes pouvoirs pour représenter une menace. J'ignore encore qui est le cerveau de cette opération... mais je peux t'assurer que je tuerai tous ceux qui sont impliqués, jusqu'au dernier. Tous vos efforts seront perdus. Parce que grâce à vous... je suis devenue le prédateur le plus redoutable qui existe... la seule capable de tous vous traquer. Vous avez créé votre propre fléau... et il n'y a malheureusement pas d'arme suffisamment efficace pour me contrôler. Même privée de magie, même ensorcelée... comme tu peux le voir, rien ne sera suffisant pour tarir ma soif de sang.
-            Tu ne les retrouveras jamais... souffla le patron.
-           Détrompe-toi. J'avais fait la promesse de revenir, me voilà... j'avais juré d'échanger les rôles, je l'ai fait... alors sois certain que les créateurs de cette ignoble machine mourront de ma lame... et tu sais pourquoi ? Parce que je suis Tracker.

Quel sentiment d'apaisement je ressentis en voyant ses muscles se relâcher, en entendant son dernier râle avant demeurer inerte, sur le sol trempé de son sang. Je regardai quelques instants l'homme qui avait tant d'années essayé de me plier à sa volonté, et qui avait toujours échoué. C'était fini désormais. J'avais gagné.

-          Prue !  appela mon frère de coeur.
 
J'eus l'impression de revenir à la réalité en entendant la voix de mon frère. J'eus le vertige en me retournant vers lui, m'écroulant au sol. Je regardai mes bras complètement ensanglantés. J'étais en train de me vider moi aussi. J'essayai de me relever, mais je n'avais plus assez de force. La torture subie et le sang que je perdais en abondance me rendaient incapable de bouger. Je fis glisser les ciseaux aux pieds de Diego, espérant de tout coeur qu'il parviendrait à se libérer tout seul. Pour ma part, j'étais épuisée. Il était peut-être temps pour moi de découvrir ce que ça faisait... de mourir.
 
~ Point de vue de Diego ~
 
Je hurlai désespérément le nom de Prue en la voyant perdre connaissance. Je m'étirai pour essayer d'attraper les ciseaux avec mes pieds. Je réussis à les bloquer, et dus faire un effort considérable pour lever mes jambes vers ma main droite. Les coups que j'avais pris dans le ventre rendaient mes muscles tremblants. Tellement que les ciseaux m'échappèrent et retombèrent. Je dus m'y reprendre à deux fois avant de parvenir à attraper le précieux outil. Je coupai mes liens, et me ruai vers le patron du camp pour récupérer ma baguette. Après quoi je me tournai vers Prue et lui pris son pouls, espérant le sentir. Une onde de choc me traversa en constatant... qu'elle était morte.
 
-          Non...
 
Impossible ! Je me servis de ma baguette pour tenter de la ranimer, mais rien ne se produisait. Aucun sort ne sortait. La violence du choc m'avait-elle rendu incapable de me servir de la magie ? Je jetai la baguette, devant me rendre à l'évidence... elle était partie, aucune magie ne pouvait la ramener. Elle avait donné sa vie pour moi en se mutilant pour se libérer. Je pris le haut de son corps dans mes bras, ne pouvant plus retenir mes larmes. Je n'arrivais pas à croire qu'une telle chose ait pu se produire. Elle qui était si forte... je l'avais toujours considérée comme invincible, même avant qu'elle devienne Tracker. Elle avait toujours survécu à tout. Elle s'était toujours relevée. Je ne pouvais pas croire que ça soit terminé. Pas maintenant qu'elle avait enfin réussi à vaincre son ennemi juré. Et pourtant... cette fois, son corps ne semblait pas apte à faire des miracles. Je venais de perdre ma soeur de coeur... ma chère Prudence, que j'aimais tant et pour qui j'aurais préféré mourir.
 

 


Je lui caressai doucement les cheveux, ne voulant pas partir. Je ne me voyais pas quitter cette salle en emportant son corps sans vie. C'était insensé. C'est elle qui m'avait toujours guidé vers la sortie. Je donnerais tout pour échanger nos places... pour que son père apparaisse encore une fois, lui sauvant la vie par miracle. Je me détachai d'elle en sentant une grosseur à sa nuque. Je la retournai pour voir de quoi il s'agissait, et me rendis compte que c'était sous sa peau. Me souvenant de l'impact ressenti au même endroit avant de tomber dans l'inconscience, je portai ma main à ma nuque... et sentis la même grosseur. Sans réfléchir, j'attrapai les ciseaux échoués au sol, et m'en servis pour faire une entaille dans la nuque de Prue. J'arrachai ce qui ressemblait à une puce. Alors que je l'observais avec attention, me demandant à quoi cela pouvait bien servir, je baissai les yeux en voyant le sang bouger au sol. Je regardai avec fascination le sang revenir dans le corps de Prue par ses nombreuses entailles. Lorsqu'il ne resta plus une goutte sur le sol, les blessures se refermèrent toutes seules. Je pris son pouls fébrilement et rigolai en le sentant, net et régulier.
 
-         Ne sois pas aussi émerveillé Diego... tu sais bien que je survis toujours.
 
Je souris de plus belle en croisant son regard malicieux. Je compris enfin comment son père lui avait sauvé la vie sept ans auparavant... et pourquoi le lien qui les unissait tous les deux était si fort, quoi qu'il arrive.
 
-          Immortelle, soufflai-je.
-       Je suis mortelle Diego... c'est juste que contrairement à la plupart des gens, il ne suffit pas de me tuer pour se débarrasser de moi.
 
Je la repris dans mes bras, soulagé de la sentir vivante et à la fois inquiet par ma découverte. Que se passerait-il si ce lien avec son père se brisait ? D'ailleurs, comment le briser ? 
 
-       Ton sang est revenu dans ton corps ! m'exclamai-je. Tu t'es guérie toute seule, comme avec le poison !
-            ... Avant ou après m'avoir arraché la puce ?
-          Après.
-          Hum... sacré point faible.
-          Qu'est-ce que tu veux dire ?
-          Peu importe. Nous discuterons de tout ça plus tard. Où sont les autres ?
-          Sur la colline.
-          Ne les faisons pas attendre davantage.
 
Je serrai les dents en sentant Prue agir sur la puce logée dans ma nuque pour l'extraire. Ma chair s'ouvrit pour la laisser sortir, m'arrachant un gémissement au passage. 
 
-          Tu aurais pu te servir d'un tranchant, grommelai-je en portant une main à ma nuque pour la masser.
 
Elle rit en m'embrassant dans le cou pour se faire pardonner. Elle s'enflamma aussitôt, propageant une douce chaleur dans tout mon corps. Je me sentis tout de suite mieux, mes blessures se refermant une à une.
 
-          Il est temps d'officialiser la fermeture du camp, dit-elle en se redressant.

 

Je la regardai avec une joie sans borne. Elle survivra toujours.
 

~ Point de vue de Prue ~
 
Finalement, ce n'était pas si terrible de mourir. Je n'avais strictement rien senti. J'étais revenue à moi, sans me souvenir de ce qui s'était passé après ma perte de connaissance. Cette nouvelle survie me prouvait que tant que mon corps n'était pas détruit ou privé de mes capacités magiques, je n'avais aucune crainte à avoir. Je survivrai toujours.

 

Par contre, je n'étais pas sûre de ce qui se passerait si jamais je recevais un sortilège de Mort, ou si je mourrais dans une explosion... enfin, ne pensons pas à ça. Je ferai en sorte de pas avoir à vivre ce genre de moment. Je me redressai avec l'aide de Diego, regardant ma victime au passage. C'était un soulagement sans borne de voir ses yeux complètement éteints. Je me détournai de lui, heureuse de sortir de cette foutue salle en vainqueur, auprès de mon frère de coeur. J'avais si peu de perdre Diego...

 

Je suivis mon cher frère jusqu'au bureau du patron pour récupérer mes armes. Je cherchai également des informations, espérant en apprendre un peu plus sur les supérieurs de mon ennemi défunt... mais on ne trouva rien durant notre fouille. J'eus néanmoins un faible sourire en imaginant ce qui devait se passer en ce moment... alors qu'une armée de criminels sorciers n'était plus sous l'influence de l'Imperium. La mort du patron allait sans doute en provoquer beaucoup d'autres parmi nos ennemis. A nouveau en pleine possession de leur esprit, les soldats jusqu'alors manipulés allaient sans doute se retourner contre les moldus qui les tenaient en laisse. Il me faudra suivre les actualités de près pour essayer de repérer tout évènement pouvant y faire référence. Mais l'heure n'était pas à se préoccuper des autres. Il fallait rejoindre les prisonniers. On sortit du camp sans se faire repérer, rejoignant les prisonniers sur la colline.

 


Ceux-ci étaient allongés sur le versant caché du camp, afin de ne pas être repérés. Roy abaissa son arme en nous reconnaissant.
 
-         Bon sang mais qu'avez-vous fait pendant tout ce temps ?! nous engueula Roy.
-         On t'expliquera plus tard, répondis-je. L'important, c'est que le patron est mort.

Je jetai un oeil aux prisonniers, qui se relevèrent. Ils devaient être une bonne cinquantaine. J'aurais pourtant juré que nous étions plus nombreux à l'époque. Peut-être que les bourreaux avaient encore durci leurs traitements, causant davantage de victimes ? J'allais bientôt le savoir. Il fallait que j'entende leur histoire. Plus tard. Il nous restait une dernière chose à faire. La plus jouissive.

 

Je me retournai, ayant une parfaite vue d'ensemble sur le camp. Mon regard balaya les bâtiments avant de s'arrêter sur l'arène un peu plus loin, qui fit remonter des souvenirs lointains. Quelques flashs me traversèrent l'esprit, avant que je me décide à mettre un terme à tout ça. Il était temps d'écrire l'épilogue de cette terrible histoire.
 
-         Tu les as tous tué ? demanda Roy.
-         Aucune idée... je ne sais pas combien ils sont au total. Mais je ne veux  pas prendre le risque qu'ils s'échappent. Nous avons laissé beaucoup de cadavres derrière nous, et même si on les a planqués, il ne vont pas tarder à être découverts. 
-         Comment on fait alors ?
 
Mes mains s'enflammèrent, répandant une chaleur étouffante dans tout mon corps. Je laissai le feu se propager, me poussant à l'intensifier davantage. Je repensai à tout ce que j'avais subi dans cet enfer, de sorte à attiser ma haine, à la rendre quasi incontrôlable. Ne pouvant plus la retenir sous cette pression insupportable, je lâchai prise, propageant une immense vague de feu. Elle alla s'abattre sur les bâtiments et continua à se répandre en s'intensifiant toujours plus. J'entendis des explosions, des fenêtres sauter sous la chaleur... et je continuai à mettre toute la puissance dont j'étais capable pour réduire cet endroit en cendres. J'avais beau intensifier l'incendie, je ne me sentais pas faiblir. Comme si l'ampleur de ma haine me rendait plus forte. Diego ne mit pas longtemps à sortir sa baguette pour mettre sa petite touche personnelle au spectacle. Un sort fusa au c½ur des flammes, provoquant une explosion terrible. Les bâtiments sautèrent, et un champignon de feu s'éleva dans un rugissement qui me fit vibrer. Je regardai avec un plaisir cruel le camp déjà à moitié effondré. Diego continua de lancer quelques sorts qui finirent de raser ce maudit endroit. Lorsque je relâchai mon emprise sur l'incendie, nous faisions face à un paysage de désolation, complètement détruit. Il ne restait quasiment rien de ce qui avait été un enfer. Notre enfer à tous.
 
-         C'est trop beau pour être vrai, souffla Roy.
-         Non... c'est bien la réalité. Vous êtes libres. Nous sommes vengés. Cette  partie est terminée, on a gagné.
 
Les autres prisonniers crièrent leur joie et applaudirent, s'étreignant les uns les autres. Je reportai mon attention sur Diego, qui continuait d'admirer le résultat de notre destruction. Je sentis une vague de joie se répandre en remarquant que ses yeux brillaient. Il tourna la tête vers moi, et je lui adressai un sourire franc avant de le prendre dans mes bras, le serrant avec force. L'émotion me noua la gorge et je sentis à mon tour mes yeux me piquer. Vengés. Nous étions vengés. Je regardai l'ombre qui m'avait suivir pendant toutes ces années.
« Je te dédie cette vengeance Jeff... tu m'as donné la force d'aller au bout... de ne jamais baisser les bras... C'est pour toi... tu es vengé. Comme nous tous. Ces monstres ne feront plus de mal... ils ne briseront plus d'enfants... ils ont payé. C'est fini. On a gagné... on a gagné... »
« C'est grâce à votre courage et à votre détermination à tous les deux. Je suis vraiment heureux que vous ayez enraillé cette machine infernale »

J'avais presque du mal à y croire. J'avais tant attendu, tant espéré que ce jour vienne. Revenir ici pour mettre un terme à toutes ces horreurs était le rêve qui m'avait donné la force de ne jamais abandonner. J'avais juré vengeance en faisant naître Tracker, et c'était fait. J'avais l'impression de déposer un poids sur les cendres du camp. Un poids énorme. J'étais... apaisée. Ma haine semblait déjà moins forte. A cet instant, je n'étais plus en proie à la rage ou au chagrin. J'étais juste heureuse. Satisfaite. Même si je ne connaissais pas encore le fin mot de l'histoire... même si je ne savais pas qui était au-dessus du patron du camp... tout ce qui m'importait aujourd'hui, c'est d'avoir réussi à détruire cet enfer. Ça me suffisait. Je savais que personne n'oserait ouvrir un autre camp. Lorsque le cerveau de ce camp apprendra ce qu'il s'est passé, toutes les opérations seront annulées... toutes les preuves de son existence seront détruites... il continuera sa vie dans l'ombre, prenant soin à ce que le secret de son implication ne soit jamais révélé. Qu'il profite. Qu'il respire à plein poumons. Parce qu'un jour, malgré toutes ses précautions, je le retrouverai, et le tuerai. Comme toutes les personnes qui avaient eu l'idée de mettre en place ce camp de « formation ». Je souris en me détachant un peu de Diego. Je pris son visage entre mes mains, collant mon front contre le sien.
 
-         On a réussi... soufflai-je.
 
Il acquiesça, aussi souriant que moi. Nous avions enfin droit à notre justice. Roy vint se joindre à notre étreinte, et je l'accueillis chaleureusement. C'était si bon de le retrouver et de lui rendre sa liberté après tant d'années à avoir pensé à lui, imaginant toutes les souffrances qu'il devait endurer s'il n'était pas déjà mort. Tout cela était du passé désormais. Nous étions libres. Tous. Je pouvais tourner les pages sanglantes du camp. Jamais je n'oublierai mon enfance, mais au moins, en y repensant, j'aurai la satisfaction de me dire : « ça aura été long et pénible... mais malgré toute cette souffrance, on a fini par renverser la partie à notre avantage et à y mettre un terme définitif ». Après tout ce qu'ils nous avaient fait, c'est tout ce qui comptait : qu'ils n'aient pas gagné. Qu'ils ne s'en soient pas sortis. Ces gens-là n'étaient pas humains. Ce n'était que des bêtes à abattre. Et aujourd'hui enfin, nous étions devenus leurs bourreaux, et eux nos victimes.
« C'est une belle victoire Prudence... tu vas enfin pouvoir laisser tout ça derrière toi »
Je regardai le fantôme de Jeff avec un grand sourire.
« Tu avais raison. Il y aura toujours un rayon de soleil qui viendra transpercer les ténèbres »
Je baissai les yeux sur ma lame.
« Même si en l'occurrence... ce soleil est noir avec des rayons tranchants »
 
-           Et maintenant ? demanda Diego.
-         On amène tout le monde avec nous. Ils ont besoin de manger et de se laver en priorité. Après on les ramènera chez eux.
 
Roy et Diego m'adressèrent un sourire victorieux. Je me mordis la lèvre inférieure et les repris dans mes bras. C'était trop bon de vivre enfin ce jour. J'avais tellement du mal à réaliser. C'était allé si vite. J'avais bien cru que notre vengeance se retournerait contre nous à cause du patron du camp. Ça aurait pu virer au drame si l'un de nous était mort aujourd'hui. Finalement, nous avions encore réussi à lui échapper. C'était une magnifique journée. C'est dans l'espoir de la vivre que j'avais survécu à une enfance où beaucoup d'autres avaient péri. Jamais je n'avais cédé, pour en arriver là. Ici. A contempler ce camp ravagé. Le regarder une dernière fois avant de rentrer chez nous, vainqueurs, en véritables héros.
 
Chapitre 4 : « Les démons de notre passé » (2/2)
 
WOUH ! Ca y est ! Je l'ai publié ! Le chapitre 4 est terminé, avec deux parties de 22 pages (word) chacune ! Ceci est un record chers lecteurs, et le pourquoi de cette publication en deux temps. Bref, assez parlé chiffres !
Qu'avez-vous pensé de cette seconde partie ? Beaucoup de révélations ont été faites, et j'espère vous avoir fait un peu flipper dans la salle blanche avec le patron du camp  ;)
Sur ce, je vous souhaite de bonnes vacances et d'excellentes fêtes de fin d'année ! Le mot de Tracker et l'aperçu du prochain chapitre seront publiés le week-end prochain. J'espère pouvoir tenir le délai de vous offrir le chapitre 5 dans 15 jours, mais là pour le coup, pas de promesse, car je suis en période d'examens (oui, c'est à ça que servent les vacances dans la formation où je suis...). Je vous tiendrai au courant bien sûr !
Aller, gros bisous

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Il s'en ont sortie, ils s'en sortent toujours..dis tu crois que j'aurais le droit à mon happy ê de ?

  • harry-potter-8-fic

    15/02/2015

    Je lierai la suite demain.

  • harry-potter-8-fic

    15/02/2015

    Je suis contente qu'il s'en soit sortis et j'avoue que j'ai hâte de savoir exactement ce qu'ils ont vécut dans ce camp.

  • harry-potter-8-fic

    15/02/2015

    En effet ça c'est du chapitre fort en émotions et en rebondissements. Toutes mes félictations

  • Selenba

    26/12/2014

    Ahh je suis un peu en retard mais je dois avouer que tu m'as fait peur sur la < presque mort > de Prue! Enfin super chapitre :3 Finalement la vengeance a du bon ;) bisous et bonnes fêtes en retard

  • aSupernaturalLife

    26/12/2014

    Nan mais wahou quoi, j'ai presque cru que Diego allait mourir. Que Prue n'allait pas pouvoir tuer le patron du camps. Franchement tu m'as épaté là, tu as réussi à garder le mystère autour du traumatisme de Prue et Diego au sujet du camp jusqu'ici, et à nous surprendre toujours plus avec ce chapitre. Bravo à toi :)
    J'ai hâte de lire la suite, une page s'est tournée pour Prue aujourd'hui. Je me demande si cela va changer quelque chose dans son comportement, au quotidien.
    Bon courage à toi pour tes exams, tu vas tout déchirer !
    Bisous :)

  • lolapoc

    22/12/2014

    N'abandonne jamais cette fiction, elle est énorme. J'ai eu trop peur pour prue. Je croie que je vis que pour la suite de ta fiction. ;-) bisous énormes et bonne chance pour tes examens

  • clochinettedu76

    22/12/2014

    Enfin la 2nde partie du chapitre ! C'est génial, on en apprends encore plus sur le passé de Prue et Diego, et on commence a vraiment comprendre pourquoi ils sont devenus des tueurs, meme si je sens qu'il reste encore quelques mysteres a resoudre sur leur passé, et surtout sur celui de Prue ! Et j'ai flippée d'un bout à l'autre de la scene de la salle blanche ! J'ai cru pendant un instant que Prue etait vraiment morte, mais je me suis dit que ça n'etait pas possible, qu'elle ne pouvait pas mourir comme ça, qu'elle avait encore trop choses a faire avant ! Et ouf, elle ne l'est pas !
    Sinon, j'ai hate de lire la suite !

  • Hurricany

    21/12/2014

    J'ai eu chaud pour Prue ! Magnifique feux d'artifice à la fin ! J'espère que maintenant qu'elle est vengée, Prue pourra de nouveaux vivre en paix avec elle et penser un peu plus à son avenir avec Remus !

  • MikaWolfeHP

    21/12/2014

    C'était excellent!!! wow! Avec beaucoup de révélations! Ça oui! C'est très intriguant! Mais qui est donc le patron? Hummmm. Est ce qq un qu'on connaît déjà? :) hâte à la suite! Mais je vais être capable d'attendre ;) eh bien, bonne période d'examen! Moi elle a fini vendredi passé. Joyeux Noël et bonne année!

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