Chapitre 5 : « Une seconde chance »

« Pendant des années, j'ai rêvé du jour où je me vengerais avec Diego. Du jour où nos ennemis tomberaient un par un, foudroyés par notre haine.
Pendant des années, j'ai rêvé de serrer mon grand frère dans mes bras, répétant sans cesse combien j'étais désolée de ne pas être venue le sauver plus tôt.
Oh oui, j'ai rêvé de ce jour glorieux. Ce jour tant désiré qui m'apaiserait enfin. 
Mais jamais je n'avais réalisé que sauver les prisonniers de cet enfer signifierait également les accompagner dans leur retour à la liberté pour qu'ils puissent prendre leur envol. Encore moins que les prendre sous mon aile me procurerait autant de bien... que de faire couler le sang de mes ennemis. »
 
 
Chapitre 5 : « Une seconde chance »
 
| Ministère de la Magie - Division de la Brigade Criminelle Magique - 6h10 |

~ Point de vue général ~

 
Moser arriva de très bonne heure, et pour cause, il voulait tenter une dernière fois de faire parler le mystérieux jeune meurtrier avant que son avocat n'arrive pour la préparation du procès. C'était très limite légalement, mais de toute façon, il ne serait pas dérangé avant 7h. Ça lui laissait un peu de marge. Avec le dossier béton qu'il avait monté avec ses collègues et Karl Conan pour représenter l'accusation, ce jeune n'avait pas la moindre chance d'échapper à Azkaban. Cependant, le policier avait l'impression d'avoir laissé un travail inachevé en ne parvenant pas à obtenir le mobile. Pourquoi un jeune homme tuerait un militaire avec une telle froideur et détermination ? Comment avait-il réussi à effacer toute trace de son existence dans le passé ? Cette histoire méritait d'être tirée au clair. La famille de la victime avait le droit de savoir pourquoi un proche leur avait été brutalement arraché.

 


Le lieutenant soupira en s'engageant dans le couloir des détentions provisoires, jetant un coup d'oeil absent à chaque cellule, où les prisonniers dormaient encore. Il crut que son coeur s'arrêtait lorsqu'il vit celle du suspect... vide. Moser vérifia le numéro de la cellule et alluma tout le couloir, cherchant si le prisonnier n'avait pas été transféré dans une autre cellule pour une quelconque raison, sans résultat. Moser tourna sur lui-même, n'arrivant pas à croire que le prisonnier s'était évadé. Il pesta contre le garde qui était censé surveiller ce couloir, visiblement parti en pause avant d'être relayé. Moser se rendit alors dans les salles d'interrogatoire, chercha une note qui avertirait d'un éventuel déplacement ou d'une préparation spéciale avant le procès, même si ce n'était pas habituel... mais il ne trouva rien de tout cela. Par contre, il découvrit le corps du gardien enfermé dans les toilettes, profondément endormi... baguette subtilisée. Le doute n'était plus permis : quelqu'un était venu cette nuit pour faire évader le prisonnier. Moser courut dans les couloirs, se dirigeant en toute hâte vers l'ascenseur, déclenchant l'alarme pour condamner les sorties. Avec un peu de chance, peut-être que le prisonnier était encore au Ministère. Mais une heure après, Moser dut se rendre à l'évidence. Le prisonnier n'était plus au Ministère. Voilà pourquoi il avait gardé le silence, même avec son avocat : il savait dès le départ qu'il n'assisterait jamais à son procès. Il savait qu'il n'avait nullement besoin d'être défendu, puisque quelqu'un viendrait le faire sortir. Moser se laissa tomber sur une chaise, l'esprit confus. 

 

La dernière fois que le Ministère avait été infiltré, c'est lorsqu'un mystérieux individu avait ramené le corps d'un ami Auror, assassiné par les Mangemorts. Jamais encore auparavant une telle chose s'était produite. Le Ministère était hautement sécurisé, il fallait avoir des compétences exceptionnelles pour en déjouer la défense. Aucune évasion n'avait eu lieu auparavant, jamais. A partir d'aujourd'hui, ce ne serait plus le cas. Y avait-il une brèche dans la sécurité, que les experts eux-mêmes étaient incapables de voir, pour qu'une nouvelle intrusion réussisse ? Quoi qu'il en soit, cette nouvelle allait faire des vagues énormes. Déjà que l'affaire était très médiatisée, les journalistes n'allaient pas les épargner lorsque l'évasion serait communiquée. Conan serait fou furieux, et Dumbledore mettrait tout en oeuvre pour que son procès ait lieu... sans parler de la pression du Premier Ministre moldu, qui voudrait que justice soit faite à tout prix pour ce militaire qui aurait dû être décoré.
 

| 7h20 |

 
Remus arriva en trombe dans la Division de la BCM. Les accès au Ministère avaient été condamnés pendant une bonne heure, empêchant quiconque d'entrer ou de sortir. Ne sachant pas ce qu'il s'était passé, Remus s'était rué à son Quartier Général pour essayer d'en apprendre davantage. Ses collègues déjà présents semblaient avoir le feu tant il y avait de l'agitation dans tous les coins.
 
-         Wagner ! intercepta Remus. Qu'est-ce qu'il se passe ?
-         Le prisonnier s'est évadé !
 
Remus n'eut pas le temps d'intégrer la surprenante nouvelle que son collègue était déjà à l'autre bout de la pièce, prêt à partir. Un peu assommé, il essaya de récolter des informations à droite à gauche, auprès des rares personnes qui avaient quelques secondes à lui accorder. A force d'assembler les différents morceaux, il eut enfin l'histoire complète. Histoire qu'il dut à son tour raconter à ses amis James et Sirius lorsqu'ils arrivèrent. Tous aussi stupéfaits, ils se demandèrent qui avait bien pu prendre de tels risques pour libérer le prisonnier. Ce complice était forcément un pro, il était la deuxième personne seulement à avoir réussi à passer la défense du Ministère... et celle du Département de la Justice Magique. 
 
-            Tu penses qu'on peut être utile ? demanda James.
-           Certainement pas ! répondit Remus. Je me suis fait envoyer balader plusieurs fois en cinq minutes, rien que pour avoir été sur leur chemin ! L'affaire était déjà délicate quand on tenait le meurtrier, c'est pire maintenant que ça a tourné vinaigre. Il vaut mieux pour nous qu'on se reporte sur des enquêtes plus... habituelles.
-              Hum. Où est ta chère et tendre ? demanda Sirius.
-              Je suppose qu'elle va arriver pour la demie.
-              Ça risque pas, annonça Moser. Elle a posé un jour de congé.
-              Quoi ?! s'étonnèrent les trois Maraudeurs.
-          Vous vous en remettrez. Pour l'heure, vous rejoignez l'équipe de Pierce et Miller. Meurtre par empoisonnement.
 
Et il s'en alla sans ajouter quoi que ce soit. Au vue de l'humeur massacrante qui régnait dans ces bureaux, les Maraudeurs sentirent bien que la meilleure chose à faire pour eux était de sortir des pattes de leurs collègues.

 


En chemin, Remus ne put toutefois s'empêcher de se poser des questions au sujet de Prue. Pourquoi avait-elle pris une journée de congé ? Ce n'était absolument pas son style. Surtout sans prévenir. N'y tenant pas, Remus sortit le miroir que Prue lui avait offert. Il l'appela par son intermédiaire et attendit patiemment, mais le reflet de Prue n'apparut pas. Que se passait-il ? Avait-elle un problème ?
 

| Manoir Halliwell |

 
-         Prue ? 
 
Remus tendit l'oreille, espérant entendre la voix de sa bien aimée... mais le silence fut sa seule réponse. Il se rendit alors dans chaque pièce, à la recherche d'un indice. Tout était impeccable, comme d'habitude. Le lit était fait. La cuisine était rangée. Tout laissait croire que Prue avait quitté le manoir, sans précipitation. Mais pourquoi faire ?
Remus poussa un soupir, forcé d'admettre qu'il devra attendre le retour de Prue pour obtenir des réponses. En attendant, il devait rejoindre ses amis pour résoudre une nouvelle enquête.

 
| Non loin de King's Lynn |

~ Point de vue de Prue ~


Jamais encore je n'aurais pensé faire venir autant de monde ici. Dans ce château. Hérité de mes arrière-grands-parents maternels, j'avais pris le soin de faire disparaître toute preuve de son existence. Je l'avais suffisamment protégé sur des kilomètres à la ronde pour que personne ne puisse jamais le trouver, ou ne serait-ce que l'approcher, même involontairement. Je voulais que ce lieu demeure oublié... secret... inconnu de tous. La raison était simple : j'avais désigné ce château comme mon potentiel refuge. Une luxueuse planque où je vivrais définitivement si un jour j'ai besoin de disparaître.

 

Retranché en pleine campagne, le sentiment de sérénité qu'il offrait m'avait semblé idéal pour prendre une retraite criminelle, loin de mes ennemis ou des policiers qui voudraient ma peau. Même si ce colosse avait du charme et un environnement agréable, j'avais espéré ne jamais avoir à y venir, car mon retour aurait été le début d'une vie de fugitive. La preuve de ma perte de contrôle sur les évènements. Enfin ça, c'était avant aujourd'hui, car aucune de mes raisons initiales ne justifiaient ma venue. 
 
-              Bon sang, Prue, tu ne m'avais jamais dit que tu possédais un château ! lança Diego impressionné.
-              Oui... je n'étais pas censée y venir, à moins que les choses tournent mal pour moi.
-              Y a pire comme refuge, fit remarquer Alexander, que j'avais récupéré à ma planque avant d'arriver ici.
-              Je suis Tracker je te rappelle. La planque que tu as vue va bien pour les armes... celle-là, c'est pour y couler des jours paisibles.
 
Diego sourit en m'adressant un regard complice. Le château était imposant et majestueux,  encadré de deux grandes tours qui crevaient le ciel bleu. Construit trois siècles auparavant, mes arrière-grands-parents l'avaient restauré et en avaient profité pour le mettre aux goûts de la famille. Rien que l'extérieur me convenait parfaitement, la façade en pierres blanches contrastant avec les toits pentus couverts d'ardoise.
 
-                Où sommes-nous ? demanda Roy. 
-                Chez nous, répondis-je avec un sourire.
 
Il m'adressa un regard interrogateur, auquel je répondis en invitant les autres évadés du camp à me suivre sur l'allée principale. Des rosiers s'élevèrent sur notre passage, faisant fleurir de magnifiques roses rouges. Je pris une profonde inspiration, appréciant cet accueil parfumé qui m'était réservé. On dut contourner une grande fontaine circulaire, décorée au milieu d'un cheval de mer aux nageoires déployées, comme pour étreindre les nouveaux arrivants. Le jardin était une merveille à lui tout seul, coloré d'une multitude de fleurs diverses au sein d'une herbe verdoyante. Je ne me lassais pas d'admirer ce chef d'oeuvre.

 


Une fois devant l'entrée du château, j'écartai les bras devant le grand H en or qui ornait les double-portes en acajou sculpté, déclenchant leur ouverture. Dès que je mis un pied à l'intérieur, les bougies s'allumèrent dans leur chandelier, dévoilant une rangée de tableaux sur les murs latéraux. La poussière s'envola, redonnant de l'éclat aux hippogriffes et licornes sculptés dans le marbre.
 
-            Sommes-nous dans un château royal ? plaisanta Diego.
-            Attends de voir le salon ! rigolai-je.
-        J'ai hâte de voir à quoi ressemblent les chambres... dit-il innocemment en me lançant un regard taquin.
-            La visite guidée attendra, répliquai-je en me dirigeant vers la droite.
 
J'ouvris la porte sur une pièce arborant des couleurs pourpres. Une immense table trônait au milieu, le dessus recouvert d'une nappe blanche qui tombait sur les côtés, sans parvenir à cacher totalement les volutes de verre sur lesquels elle reposait. Je n'avais pas besoin de compter le nombre de fauteuils pour savoir qu'il y en avait juste ce qu'il fallait pour tous nous accueillir. Ce château semblait... vivant... et désireux de satisfaire au possible les attentes de ses résidents pour rendre le séjour agréable. J'avais beau être chez moi... j'avais l'impression d'être une invitée. La preuve que ses fondateurs étaient dotés d'une puissance magique à faire rêver.

 


La fascination redoubla lorsque des plats apparurent d'un bout à l'autre de la table. Une odeur appétissante vint attiser notre faim. Je me tournai vers les évadés avec un grand sourire, me doutant qu'ils n'avaient pas dû faire un repas digne de ce nom depuis des années.
 
-            Bien que le manoir nous accueille comme des rois... je vous autorise à ne pas utiliser les couverts, lançai-je avec un clin d'oeil. A table !
 
Les yeux rivés sur la nourriture, les évadés n'eurent pas besoin de se le faire dire deux fois. Même si pour certains d'entre eux j'étais une inconnue, et qu'ils n'avaient pas tous compris pourquoi ils se retrouvaient dans un nouvel endroit isolé, le fait que je leur offre à manger était suffisant pour les mettre en confiance. Chacun prit place autour de la table, se servant - pour la première fois depuis longtemps - à leur faim. Les plats se vidèrent rapidement, tout comme les carafes d'eau. Je n'osais pas imaginer ce que ça devait être en cuisine... avec tous les ustensiles qui ne devaient pas savoir dans quel sens s'agiter tellement il y avait de choses à faire pour satisfaire l'appétit de tout ce monde. Je me joignis à mes « invités », m'asseyant entre Diego et Roy pour partager avec eux ce premier repas. J'étais vraiment touchée d'avoir le plaisir de savourer ce festin, entourée de mes frères... moi qui avais craint pendant tant d'années de ne jamais réussir à sauver Roy.
 
-           J'ai l'impression de revivre ! m'avoua Roy en reprenant une cuisse de pintade.
-           Qu'est-ce que tu vas dire après la douche... taquinai-je.
-           Ouais, c'est vrai qu'on en a tous besoin.

Ce n'était rien de le dire. Ils étaient tous couverts de crasse et de sang séché. Normal après des années passées dans des cellules.

-           C'est la prochaine étape. Mais d'abord, prends le temps de te rassasier.
-           Compte là-dessus. Ça change des rats !
 
J'eus un rire nerveux à sa remarque, me remémorant le désagréable souvenir de nos « repas ». Comme les bourreaux ne nous donnaient qu'un maigre morceau de pain pour plusieurs jours, les prisonniers les plus adroits s'étaient mis à la chasse dans les cellules. Les rats ne manquaient pas dans ce maudit endroit, et malgré ce qu'on pourrait penser, c'était un plaisir de les entendre courir. Loin de me dégoûter, ces morceaux de viande ambulants avaient très vite représenté pour moi le moyen de prendre un plus de force. Je me demandais d'ailleurs comment j'avais fait pour ne jamais attraper de maladie. Entre les conditions de vie abominables dans une cellule humide, une température souvent basse, une sous-alimentation, et des rats crus en guise de complément alimentaire, j'aurais dû mourir plus d'une fois d'une intoxication. Ce fut donc un réel plaisir de me servir une tranche de rôti de b½uf... saignante mais cuite quand même.

 


Après le repas, je me levai la première, laissant mes invités souffler un peu après un tel festin. Je profitai de cette pause pour aller prendre une douche. J'avais besoin de me laver du sang de mes ennemis. Je marquai un instant d'arrêt devant le miroir lorsque j'eus enlevé mes vêtements. Je passai une main sur les côtes que le patron m'avaient brisées. Je ne sentais plus rien. Je n'avais aucune douleur nulle part. Je regardai attentivement mes bras... sans la moindre marque des profondes entailles que je m'étais creusées en me libérant de force des barbelés. Mes capacités de guérison m'impressionnaient. Je ne savais pas où se situait la limite... jusqu'où je pouvais jouer avec la Mort... mais c'était vraiment fascinant. Un sentiment de puissance m'envahit en me regardant sourire dans le miroir. Qu'est-ce qui pourrait être de taille à m'arrêter désormais ?

 


Je retournai dans la salle à manger après être restée sous l'eau une bonne demi-heure. Je repérai Diego en train d'apprendre à un gosse à se servir des couverts. Il ne devait pas avoir plus de six ans, et il était plus émerveillé par la brillance de l'argent et le tintement du cristal des verres que par l'utilité de tels accessoires, dont il ne s'était pas servi de tout le repas. Diego avait quant à lui un air fraternel collé au visage. Cette vision me décocha le sourire. Les seules fois où j'avais pu admirer la douceur dans son regard... c'est lorsqu'il était posé sur moi. Ca me faisait vraiment plaisir de constater qu'il était capable de s'adoucir en d'autres occasions. Il releva la tête lorsque j'approchai :
 
-         A la douche, annonçai-je.
 
Diego acquiesça. Je me tournai vers la tablée pour faire une petite annonce.
 
-      J'ai bien conscience que certains d'entre vous se demandent encore qui nous sommes, chez qui, et surtout pourquoi vous êtes là. Pour faire court, je m'appelle Prudence, et vous êtes ici chez vous. Nous ferons de plus amples connaissances plus tard, je pense que la priorité est désormais à la douche. Non pas que vous puez... mais presque. Alors les plus grands, vous vous occupez des plus jeunes. On va se répartir dans les différentes salles de bains. Ne vous éternisez pas sous l'eau, vous êtes nombreux, il va falloir faire des roulements assez rapides pour qu'on n'y passe pas l'après-midi.
 
Ils se levèrent tous des fauteuils, attendant de savoir dans quelle direction aller. L'impatience était au rendez-vous. Après toutes ces années à croupir dans des cellules infestées par la mort, ce serait comme une renaissance pour eux de sentir l'eau chaude couler sur leur corps parfumé au savon. J'indiquai à Diego, Roy, ainsi que cinq autres évadés où se trouvaient les salles de bain pour qu'ils guident des groupes.

 


Alors que je m'apprêtais à sortir à mon tour, je repérai quelqu'un... sous la table. Je confiai le plan du château à un jeune homme, avant de me diriger vers la table. Je soulevai un peu la nappe, faisant sursauter la petite fille qui s'était cachée. Je sentis mon coeur se serrer en voyant la peur dans ses yeux posés sur moi.
 
-          N'aie pas peur, dis-je d'une voix douce. Tu es en sécurité ici.
 
Mais elle ne semblait pas me croire, car elle se mit à trembler lorsque je tendis ma main vers elle. Je comprenais ce manque de confiance envers l'inconnu. Même si elle n'avait pas dû arriver au camp depuis très longtemps vu son jeune âge, c'était suffisant pour être traumatisée. Elle ne devait pas comprendre ce qu'il se passait.

-          Nous ne sommes plus chez les méchants, assurai-je. Personne ne te fera de mal ici.

Elle resta muette, n'osant même pas me regarder, les yeux baissés sur ses genoux repliés. Je soupirai, ne sachant absolument pas comment m'y prendre avec une gamine.
 
-          Je m'appelle Prudence. Et elle, c'est Choupette, dis-je en faisant apparaître une peluche en forme de licorne.
 
La gamine releva la tête en voyant la licorne dans mes mains. Elle semblait toujours aussi méfiante, mais j'avais réussi à capter son attention. Quant à moi, je souris en regardant la peluche qui m'avait appartenu. La licorne était blanche, avec de grands yeux bleus, et une belle crinière légèrement ondulée. Même si les souvenirs de mon enfance étaient flous, il y a une chose dont j'étais sûre depuis mon retour au manoir : je n'avais jamais vraiment aimé les poupées, mais alors les peluches, j'en avais de quoi recouvrir un lit. Ou deux.
 
-         Elle a un vrai don, poursuivis-je en caressant le doux pelage de la licorne. Tu veux savoir lequel ?
 
La fillette m'observa avec un reste de crainte, mais elle consentit à acquiescer, sa curiosité piquée au vif.
 
-         Elle prend l'odeur que l'on préfère. Tiens, sens.
 
Je lui tendis Choupette, qu'elle prit avec délicatesse, sans me quitter des yeux comme si elle craignait que ce soit une ruse pour l'atteindre. Elle approcha la licorne de son visage, avant de l'éloigner un peu pour la regarder avec étonnement. L'expérience avait l'air de lui plaire, car elle replongea son nez dans les poils doux de la peluche.
 
-       Qu'est-ce que tu sens ? demandai-je au bout de plusieurs secondes, presque troublée de voir à quel point elle appréciait le parfum.
-         Maman, répondit la gamine dans un murmure.
 
Sa réponse m'attendrit autant qu'elle me serra la gorge. Oui... sa mère devait énormément lui manquer. Elle ne devait pas comprendre pourquoi elle avait été arrachée à elle. Pourquoi elle n'était jamais venue la chercher dans cet endroit où des inconnus terrifiants la maltraitaient sans raison. Je me souvins avoir espéré revoir mon père à l'époque, auquel j'avais été enlevée trop tôt juste après avoir perdu ma mère. Mais ce rêve fou avait fini par se dissiper. J'y avais renoncé en apprenant que c'est mon père lui-même qui m'avait envoyée au camp. Bien sûr à l'époque, le patron avait bien pris soin de me cacher que mon père avait été trompé, et qu'il n'avait jamais été question que je vive un tel calvaire. Mon ennemi avait voulu que je renie le dernier membre vivant de ma famille, et il y était parvenu. Il m'avait fallu beaucoup de temps à mon retour du camp pour pardonner mon père. Même s'il m'avait raconté sa version des faits, je ne faisais confiance à personne à part Diego. Je n'avais renoué avec mon père qu'au fil du temps, même si notre relation était restée distante par nature. Comme si au fond, cette ranc½ur était restée une plaie discrète mais incurable.
 
-         A toi, me dit la petite en me rendant la peluche, me sortant de mes tristes pensées.
 
Gagné. Elle m'acceptait. Je repris la peluche, bien que je sache déjà quelle odeur elle prenait pour moi. J'inspirai lentement le flanc de la licorne, m'imprégnant de son parfum, à la fois doux et intense. Je n'avais jamais compris pourquoi cette odeur me provoquait une décharge dans le corps aussi délicieuse.
 
-           Ça sent quoi ? s'intéressa la petite.
-         La rose, soufflai-je avec un faible sourire en regardant la peluche. Un peu comme celle-là, dis-je en faisant apparaître une rose rouge dans un mouvement de main.
 
La petite fille fut émerveillée par ce nouveau tour de magie. Elle regarda la rose quelques secondes, l'envie de la saisir clairement lisible dans son regard. Mais cette fois, je ne la lui tendis pas. Si elle voulait continuer le jeu, elle devrait sortir de sa cachette. Je laissai alors flotter la rose devant moi, éclatante. La petite fille hésita un moment avant de se lever enfin. Je ne bougeai pas d'un millimètre, la laissant venir vers moi. Je souris en la voyant prendre la magnifique fleur dépourvue d'épines avec délicatesse, comme par crainte de l'abîmer. Elle l'approcha de son nez et sourit en prenant une inspiration.
 
-        Elle sent bon, me dit-elle.
-        J'en ai plein d'autres dans le jardin. Tu les as vues en venant ?
-        Non... j'avais la tête baissée.
 
La petite fille m'adressa un timide sourire d'excuse. Avec ses yeux verts au regard innocent, il y avait de quoi être attendri. Elle était adorable.
 
-           Dis-moi, comment tu t'appelles ? demandai-je.
-           Gaby.
-        Et bien Gaby, que dirais-tu de manger ? Choupette a faim. On ira voir les roses après si tu veux.
-           D'accord !
 
Je m'assis à table, prenant Gaby sur mes genoux. Elle se crispa, et je me rendis compte que c'est la vue du couteau qui l'effrayait.

-          Ça sert à couper la nourriture, expliquai-je d'une voix douce. C'est très utile pour manger.
-          Alors pourquoi le méchant monsieur s'en servait sur moi ? Il ne voulait pas me manger pourtant...

Je déglutis, me crispant légèrement en imaginant cette gamine en larmes devant une lame tranchante couverte de son sang, face à des bourreaux aussi tarés que sadiques. Je tentai de chasser ces images de mon esprit pour ne pas me laisser emporter par la haine. Les bourreaux étaient morts maintenant de toute façon. Ils avaient payé pour leurs crimes. 

-          Tous les couteaux ne sont pas faits pour manger Gaby. Certains servent à faire de mauvaises choses. De très mauvaises choses. Mais toi, tu ne dois t'en servir que pour couper la nourriture, d'accord ?
-          Oui.

Ironique situation. C'est la tueuse à la lame redoutable qui recommandait à une gosse de ne jamais se servir des couteaux pour autre chose que manger.
J'entrepris de couper une tranche de rôti, jouant avec Choupette entre deux bouchées pour détendre Gaby et lui faire oublier le camp. Mes pitreries eurent pour effet de la mettre en confiance et de la faire rire. Je n'étais pas si mauvaise à ce jeu finalement.
 

 


Comme promis, je l'amenai dehors une fois le repas terminé. Elle me prit la main alors qu'on approchait de l'allée, décorée des rosiers qui avaient fleuri à notre arrivée. Je pris Gaby dans mes bras en voyant qu'elle fixait la rose la plus haute. Elle tendit sa main vers la magnifique fleur d'un rouge pur.
 
-           Attention aux épines, prévins-je.
 
Ma voix s'était mêlée à une autre que je reconnus de suite. Je restai interdite en voyant le fantôme de ma mère devant le rosier suivant... me tenant dans ses bras alors que je m'imprégnais du parfum de la rose la plus haute... comme le faisait Gaby en ce moment. Je ne devais pas avoir plus de quatre ans à l'époque.
 
-            J'adore ce parfum ! avais-je dit à l'époque.
-            Moi aussi ma chérie... ce sont mes fleurs préférées.
 
Je souris en voyant le regard que nous nous étions échangés. Je n'arrivais pas à mettre des mots sur ce que je ressentais les rares fois où je me souvenais de la douceur du visage de ma mère... mais c'était fort. Les deux fantômes de mon passé disparurent quelques secondes après en se dirigeant vers la fontaine. Ma mémoire m'avait fait un beau cadeau en remontant à la surface ce souvenir oublié.
 
-           Pourquoi tu es triste ?
 
Je revins à la réalité en tournant la tête vers Gaby. Elle m'analysait avec attention, les sourcils froncés en regardant ma joue, et je me rendis compte qu'une larme coulait lentement. Je savais désormais pourquoi le parfum des roses m'envoutait autant. Ça me rappelait ma petite enfance, aux côtés de ma mère. Ajouté à cela ma première nuit d'amour avec Remus, cette odeur diffuserait à jamais le même courant d'émotions dans mon c½ur.
 
-           Je ne suis pas triste, assurai-je. Je me suis rappelée d'un souvenir heureux...
-           Lequel ?
-           Je suis venue ici avec ma mère... il y a longtemps... devant ces mêmes roses. 
-           Elle est où ta maman ?
-           Là, dis-je en plaçant ma main sur mon coeur.
 
La petite fille me regarda sans comprendre, et je lui adressai un faible sourire en essuyant ma larme. C'était bien beau de se remémorer le passé, mais ça n'allait pas faire avancer le présent.
 
-            Aller, au bain ! m'exclamai-je en me détournant des fleurs.
-            C'est vrai ?! demanda Gaby.
 
L'idée semblait la ravir, ce qui me soulagea grandement. Je n'aurai pas à me battre pour la convaincre.
 
-           Oui ! Avec plein de mousse !
-           Chouette !
 
Je fis le tour des salles de bain pour voir si tout allait bien, ce qui me prit un bon quart d'heure. Je ris en voyant Diego aussi trempé que le jeune garçon qu'il essayait de maîtriser. Ce dernier ne semblait pas du tout content d'être lavé. Une serpillière épongeait le sol inondé.
 
-           Tu vas t'en sortir ? narguai-je.
 
Il redressa la tête en m'adressant un regard qui voulait dire : « je vais le noyer ! ». Je ris de plus belle en refermant la porte derrière moi. Contrairement à mon frère de coeur, je n'eus aucun mal à m'occuper de Gaby lorsque je trouvai enfin une place de libre. Je sentis mes tripes se tordre en lui enlevant son haillon. Les blessures qui couvraient déjà son jeune corps me laissèrent imaginer par quelles tortures elle était passée. Les bourreaux ne perdaient pas de temps pour graver leurs leçons dans la chair de leurs victimes. J'essayais de ne pas imaginer ce qu'elle avait vécu, mais ses blessures combinées à mes propres souvenirs me donnaient des images assez claires. Une onde de fureur me traversa en pensant aux atrocités que ces monstres avaient été capables de faire endurer. J'avais bien fait de crever chacun de ces chiens enragés... et je prendrai le temps de m'occuper de leur maître quand je l'aurai retrouvé.

 

Essayant de ravaler ma colère et mon indignation, j'aidai Gaby à se glisser dans l'eau chaude. J'entrepris de la nettoyer pour enlever la crasse qui tâchait son corps, tout en jouant avec elle. Au final, j'étais aussi mouillée que si j'avais pris une douche, Gaby trouvant très amusant de m'éclabousser. Je ne m'étais pas privée pour la recouvrir de mousse en guise de vengeance. Entendre son rire me procurait un doux courant électrique qui avait balayé mes mauvais souvenirs et apaisé ma haine. Une fois terminé, je confiai ma petite protégée à une adolescente qui avait fini de se laver.
 
-          Où tu vas ? s'inquiéta Gaby.
-          Il faut que je m'occupe des autres enfants.
-          Ah...
-          Je te retrouve après, ne t'en fais pas.
 
Deux heures après, tout le monde était enfin propre. Je me laissai tomber dans un fauteuil au salon, épuisée. J'avais un mal de dos pas possible. Diego semblait aussi fatigué que moi. Après notre nuit de vengeance, on peut dire que notre journée n'était pas de tout repos. Maintenant que les deux tâches prioritaires avaient été effectuées... il était temps de souffler un peu. J'avais un coup de barre. Je souris en voyant Roy dans l'un des canapés, avec un gamin sur chaque genou. Tout le monde semblait fatigué, même si je remarquai que certains restaient sur leur garde.
 
-         Nous vous serons éternellement redevables, lança Roy dans notre direction.
-         Même si c'est nous qui sommes venus vous libérer, c'est Alexander que vous devez remercier, dis-je en regardant le concerné. C'est lui qui nous a permis de retrouver le camp. Nous n'aurions pas réussi sans son aide.
-         Ça nous fait un troisième héros, conclut Roy.
 
Je me contentai de sourire, moi-même assez touchée de voir tous ces jeunes ici. J'avais souvent rêvé du jour de notre vengeance, où je pourrais enfin tuer ces horribles monstres... mais je n'avais jamais réfléchi à ce que je ferais des prisonniers. Au final, je me rendais compte que c'était un réel plaisir de leur offrir la possibilité de renouer avec les fondamentaux de la liberté... comme pour Diego et moi après notre évasion. Pouvoir manger normalement autour d'une table, boire dans un verre sans craindre que l'eau soit empoisonnée... pouvoir sentir le savon sur une peau enfin propre... porter des habits chauds... respirer à pleins poumons l'air frais, sans plus se dire que c'était peut-être la dernière bouffée. C'était exquis de pouvoir profiter de ces moments du quotidien, d'une banalité affligeante, mais qui étaient la base de la liberté.
 
-          Je vous invite à vous reposer maintenant, dis-je en me levant. On en a tous besoin. Prenez place dans les chambres, le salon... où vous voulez. Faites comme chez vous.
-        Et toi, où tu vas ? demanda Roy.
-        Dormir. Je suis éclatée. J'aurais aimé discuter, mais la nuit a été longue. A tout à l'heure.

Je pris donc congé, me retirant dans ma chambre, au centre de l'étage supérieur. Je l'avais choisie pour sa vue magnifique sur l'étang à l'arrière du château. Je m'assis sur le lit à baldaquin, dont le moelleux me donna envie de m'étendre. Mais avant, je tenais à contacter Remus pour le rassurer. Je m'étais mystérieusement absentée toute une journée sans donner de nouvelles, il devait se poser des questions. Surtout qu'il avait essayé de me joindre à plusieurs reprises par l'intermédiaire du miroir... il devait s'inquiéter. Je sortis donc le miroir en question. Je n'eus pas besoin d'attendre longtemps pour voir le reflet de Remus apparaître.
 
-          Prue ! Ça va ?
-          Oui, assurai-je avec le sourire.
-          Tu n'es pas allongée dans une rue en train de vivre tes dernières secondes ?
 
J'éclatai de rire à sa question, posée avec humour mais tout de même un fond d'inquiétude.
 
-          Non, rassure-toi, je vais bien. Je vais très bien même.
-          Ah... tu as l'air exténué pourtant. Qu'est-ce qu'il se passe ?
-          Elle est avec son amant, entendis-je.
 
Inutile de préciser que c'est Sirius qui venait de parler, s'attirant un regard réprobateur de la part de Remus.
 
-          C'est pas possible, puisque tu n'es pas avec moi, répondis-je à Sirius.
-          Vous le dites si je vous dérange, glissa Remus.
-        En vrai, j'ai retrouvé une personne que j'avais perdue de vue depuis des années... donc bon, je sais que ce n'est pas vraiment une excuse valable pour m'absenter, mais je ne pouvais plus attendre tellement j'étais impatiente de le revoir.
-          Ok, mais qui c'est pour toi ?
-          Un autre frère de c½ur. Encore un tatoué !
 
Remus sourit, plus détendu.
 
-          Je suis content pour toi.
-          Et vous alors, vous faites quoi ? Ça a donné quoi le procès du jeune ?  
-          Euh... en fait, il s'est évadé... il y a eu une intrusion au Ministère.
-          Quoi ?! Mais comment c'est possible ?
-          On cherche encore. Enfin, pas nous, les autres. Moser nous a écartés de l'affaire en nous envoyant sur une enquête. Il y a un bordel pas possible à la Division, je t'explique même pas les répercussions que ça a.
-          Je m'absente une journée et ça part dans tous les sens !
-          C'est ça, donc reviens vite !
-          Demain, première heure.
-          Super. On se voit ce soir ?
-          Euh, je vais manger avec mes frères...
-          Ah...
 
En vrai, ça m'embêtait de ne pas voir Remus ce soir. Même si ça me faisait plaisir de passer du temps avec Roy ainsi que les autres évadés, j'avais besoin de revoir Remus... de me retrouver dans ses bras. Ces dernières heures avaient été intenses en émotions, et je dois bien admettre qu'il m'avait manqué.
 
-        Cela dit, tu sais comment entrer dans le manoir... repris-je avec un sourire entendu. Rien ne t'empêche d'y aller après le repas, comme ça on pourra se voir quand je rentrerai.
-          Ok. Tu me réveilles si je dors.
-          De toute façon, j'ai beau être discrète, tu m'entends toujours.
-          Pas faux.
-          A ce soir alors. Bisous mon loulou.
-          Bisous.
 
Je lançai le miroir sur le côté lorsque la connexion se rompit, me laissant tomber en arrière sur le lit. Remus avait vu juste, j'étais épuisée. Je restai quelques minutes ainsi, avant de me décider à me glisser sous les draps chauds, sentant le sommeil me gagner. Je ramenai une partie du traversin contre moi, avant de me laisser serrer par les bras de Morphée.
 
 

 


Un effleurement sur le visage me sortit de mon sommeil en douceur. J'ouvris un ½il sur Diego, qui s'était assis à côté de moi sur le lit. Il m'adressa un sourire, sa main toujours posée sur ma joue.
 
-          Je me souviens d'une époque où c'est toi qui me regardais dormir, murmura Diego.
 
Sa remarque me décocha le sourire. Encore un peu endormie, je me souvins à mon tour de cette fameuse époque, qui datait de notre retour du camp. J'avais de nombreuses insomnies. Dormir m'effrayait. J'avais peur de me réveiller dans une cellule. Et même si mon père m'avait rabâché que le manoir était sécurisé, je craignais de retourner au camp dans mes cauchemars. C'était épouvantable pour moi de devoir me coucher. Alors je m'asseyais dans le lit, m'adossant contre le mur, et je veillais sur Diego. Dès que je voyais qu'il faisait un mauvais rêve, je l'en sortais. On ne se racontait jamais nos cauchemars. Ça ne servait à rien, on les connaissait pour les avoir vécus ensemble. Alors on se contentait de se rassurer dans une étreinte fraternelle. Il nous avait bien fallu un an pour accepter de dormir dans nos appartements respectifs. Avant, on ne supportait pas d'être séparés. On restait ensemble H24. De vrais siamois.
 
-          Quelle heure il est ? demandai-je en bâillant.
-          16h06 pour être précis.
-          Humm. Pourquoi t'es venu me réveiller alors ?
-          Si tu veux qu'on en ramène... ça va prendre du temps.
-          Ouais... surtout qu'il va falloir s'assurer qu'ils puissent rentrer sans qu'un membre de leur famille les mette à nouveau en danger.
-          Comment on va faire ça ?
-          La legilimencie ne te dit rien mon frère ?
-          Ce n'est pas ce que je pratique le mieux.
-          Va falloir t'y mettre, je ne pourrai pas m'occuper de tout le monde.
 
Les caresses de Diego ne me décidaient vraiment pas à me lever. J'avais plutôt envie de me rendormir tellement j'avais la flemme.
 
-          Et pour les autres ? demanda Diego.
-          Ils auront droit à leur seconde chance eux aussi... dans une nouvelle vie.  
 
Diego m'incita du regard à lui faire part de mes projets.
 
-          On va les civiliser un minimum... leur apprendre les bases de la magie... les aider à se lancer dans une nouvelle vie...
-          Ça va prendre des mois...
-        Oui. Mais ils ont besoin d'aide. Nous sommes les seuls à pouvoir leur offrir... les seuls à savoir ce qu'ils ont vécu, et les répercussions que ça risque d'avoir sur eux. Notre expérience leur permettra de mieux se relever de cette épreuve.
-      Moi je veux bien les aider... mais c'est un travail énorme pour deux personnes. Surtout que toi, tu as un boulot officiel toute la journée.
-          On peut demander à Jack de nous aider.
-          Ça fait trois.
-          Faudra s'en contenter. Je ne peux pas faire appel aux hommes de mon clan pour ce genre de boulot, et toi non plus.
-          Sauf si on intègre les évadés dans nos deux clans.
-          Ne dis pas n'importe quoi ! m'énervai-je.
-          Quoi ?
 
Je me redressai en soupirant.
 
-          Diego... je veux leur offrir une seconde chance. J'entends par là que je veux les aider à tourner la page, et à vivre bien. Certainement pas les plonger dans le monde du crime !
-          Prue... j'admire ta volonté... mais j'espère que tu as remarqué que tous les évadés ne pourront pas suivre la voie que tu leur réserves... ?
 
Je soufflai d'agacement. Bon, c'est vrai que dans le tas, j'avais repéré quelques loups solitaires. Pour l'instant, ils profitaient de notre hospitalité pour se rassasier et reprendre des forces, mais oui, j'avais senti qu'ils avaient une bête en eux. Tout comme Diego et moi lorsqu'on était rentré du camp, certains évadés allaient avoir besoin d'être domptés. Ils avaient dû se battre et tuer pour survivre... toute cette violence ne partirait pas du jour au lendemain.
 
-          Ils ne sont pas obligés de devenir des tueurs, fis-je remarquer.
-      C'est en eux Prue. Comme c'est en nous. Le camp a fait de nous ce que nous sommes... et on ne pourra pas changer. Même si parfois on fait preuve... d'humanité... et d'un semblant de conscience... ça ne supprime pas notre besoin de nous battre... de tuer. Au fond, cette bête que les bourreaux ont créée sera toujours là. Eveillée. Grondante.
 
Je secouai la tête, refusant d'admettre que c'était une fatalité.
 
-        Prue... Sincèrement... est-ce que tu envisages un jour de ranger ta lame ? Lorsque tu seras allée au bout de toutes tes vengeances... est-ce que tu feras disparaître le masque de Tracker ?
-          C'est mon v½u oui.  
-         Pardonne-moi ma belle, mais il ne pourra pas se réaliser. Tu auras toujours envie de tuer. Parce que tu pètes les plombs en présence d'injustice... de monstres... et dans notre monde, il y en aura toujours. Tracker aura toujours une raison d'être. Ça fait partie de toi. Ça ne peut pas te quitter. Surtout avec le métier que tu fais. Flic ! Le jour où un criminel vous échappe, tu le rattraperas avec ta lame. Ce sera plus fort que toi, et franchement... c'est une bonne chose. Tu as réussi à transformer la bête sanguinaire insensible créée par nos bourreaux en une bête de justice. Et tu en as formé d'autres en créant ton clan. Il en faut des gens comme vous, qui n'hésitent pas à employer tous les moyens nécessaires pour défendre de nobles causes. Il en faut beaucoup. Le monde en a besoin. Seul un prédateur peut en traquer un autre. C'est bien pour ça que tu as fait naître Tracker, non ?
-          Oui... mais je ne suis pas obligée d'entraîner tous ces gens sur ce chemin. Ils ont souffert toute leur vie. Ils ont la chance exceptionnelle de pouvoir repartir sur de nouvelles bases. Je veux qu'ils la saisissent. Si certains n'y arrivent pas, je les accueillerais avec plaisir dans mon clan, tout comme je t'invite à en prendre dans le tien... mais je veux d'abord qu'ils essaient de sortir de l'ombre.
-          Et si certains ne veulent tout simplement pas rendormir la bête qui s'est réveillée en eux...
-          Je respecterais leur choix. Mais j'espère qu'ils seront le moins possible dans ce cas.
-          Ne sois pas trop rêveuse. Ils ont tous souffert le martyr. Les séquelles seront là, les blessures aussi. La bête sera assoiffée.
-          Il suffirait qu'ils oublient ce qu'ils ont vécu pour les soigner...
-          N'y songe même pas.
-         Une fois de plus, je leur laisserai le choix. Mais si certains le veulent, je me ferais une joie d'effacer à jamais l'enfer de leur passé. Tu sais aussi bien que moi que ça va les hanter pendant des années. Toute leur vie même. 
-          On avisera en fonction de chacun...
-          Oui... allons les rejoindre.
-          Prue, attends. On n'a pas eu le temps de discuter de ce qu'il s'est passé dans la salle blanche... comment le patron a-t-il réussi à nous neutraliser ? C'est quoi cette puce qu'on avait dans la nuque ?
-         C'est la muselière des sorciers. Le patron a crée cette puce pour nous priver de nos pouvoirs. Quand elle est en nous... nous ne pouvons plus pratiquer de magie.
 
Diego me regarda en silence, et je sus à quoi il pensait.
 
-          Tu penses qu'il y a encore combien d'autres puces de ce style... dans les mains de nos ennemis ? demanda Diego au bout d'un moment.
-           Un stock très important. L'armée de sorciers et cette puce étaient les deux armes lourdes des moldus... maintenant, il ne leur reste que les puces, et je peux t'assurer qu'ils feront tout pour les conserver... et essayer de pousser d'autres sorciers à la trahison pour en reproduire.
-             Cette puce est une menace pour notre communauté.
-             Je le sais. Nous reprendrons l'enquête. Mais d'abord, occupons-nous des évadés. C'est notre priorité pour l'instant.
 
Je descendis aux côtés de Diego, l'esprit en ébullition suite à notre discussion. Je tâchai de reprendre un visage neutre en entrant dans le salon. Quelques groupes s'étaient formés. Sans doute les mêmes que lorsqu'ils étaient dans les cellules du camp. Roy nous fit signe d'approcher, ce qu'on fit avec plaisir.
 
-          Je leur racontais quel genre de héros vous étiez déjà à l'époque ! dit-il en désignant les personnes assises devant et autour de lui.
 
Je souris faiblement en m'asseyant à mon tour. Gaby vint vers moi immédiatement, et je ne pus résister à ses yeux brillants qui ne demandaient qu'à ce que je la prenne sur mes genoux.
 
-          Bon, eux connaissent l'histoire par c½ur, ils étaient dans ma cellule, expliqua Roy en désignant un autre petit groupe.
-          Les pauvres, plaisantai-je.
 
Mon grand frère de c½ur fit mine de ne pas m'avoir entendue.
 
-          C'est grâce à ses récits que nous avons gardé espoir, défendit l'un des évadés.
 
Quelques mots qui me gonflèrent le c½ur d'émotions. Cet adolescent mutilé ne devait pas avoir plus de seize ans.
 
-          Il a raison, reprit un autre. Vous avez été notre exemple.
-        Même si les bourreaux ont tenté d'étouffer l'évènement au maximum, votre évasion n'est pas passée inaperçue, expliqua Roy. Beaucoup de prisonniers nous avaient entendus filer, et ils avaient bien vu que nous n'étions pas tous retournés dans nos cellules. Alors j'ai fait circuler notre histoire au camp et à la guerre... « La terreur des bourreaux » en a inspiré plus d'un, tout comme la solidarité qui régnait dans notre « famille ». Vous avez incarné l'exemple à suivre... notre espoir que le cauchemar se termine un jour... parce que même si je vous l'avais interdit, je savais que vous reviendriez.
 
Je n'arrivais pas à mettre des mots sur ce que je ressentais à cet instant. J'avais l'impression que mes nerfs vibraient. Savoir qu'une partie de notre histoire avait circulé au camp, longtemps après notre passage... c'était indescriptible comme sensation. Nous avions été la légende de toute une génération mutilée. Une génération qui nous avait pris pour exemple. J'avais commencé à montrer la voie malgré moi, en assassinant des bourreaux dès que j'en avais eu l'occasion. J'avais beau être désarmée et désavantagée par ma taille liée à mon jeune âge, j'avais réussi à atteindre mortellement quelques-uns de nos ennemis.

 

A l'époque, je ne faisais pas ça pour la rébellion. Je le faisais par besoin. Parce que je n'arrivais plus à me résister à l'appel de la vengeance tellement je haïssais mes ravisseurs. Mes pulsions étaient trop violentes pour être contenues. C'est peut-être pour cette raison que je n'avais jamais été tuée. J'avais beau être la rebelle la plus insupportable à leurs yeux, ma détermination et ma capacité à atteindre une cible avaient fait de moi une bête intéressante. Pour leur armée. A condition de parvenir à me contrôler bien sûr. Le patron avait dû flairer la dangerosité du prédateur qu'il avait fait naître au plus profond de moi... et le potentiel destructeur que j'avais. J'aurais été un sacré atout dans ses rangs s'il n'avait pas perdu le contrôle sur la louve qu'il avait créée.

 

Seulement voilà... il n'avait pas pris conscience de l'ampleur de ma détermination. Ni de la redoutable efficacité de mon duo avec Diego. Mon binôme, mon partenaire. On se protégeait l'un l'autre, on s'entraidait. Notre duo nous avait menés à la guerre, mais au final, c'est comme ça que nous avons réussi à survivre. Ensemble. Nous avions prouvé que les prisonniers aussi pouvaient faire mal, et que les murs de l'enceinte de la caserne n'étaient pas suffisamment hauts pour nous empêcher de les franchir. Nous avions montrés que nos ennemis n'étaient pas intouchables. La liberté qu'on nous avait enlevée pouvait se reprendre.
 
-          Comment le patron a supporté de vivre après mon évasion ? raillai-je.
-         Il était fou de rage, répondit sombrement Roy. Tu l'as gravement blessé, on ne l'a pas vu pendant un moment. Quand il est revenu, on a bien senti l'ampleur de sa haine. Il vous a cherchés tous les deux. Il voulait vous retrouver pour vous faire payer votre audace. Je craignais chaque jour de le voir revenir, nous annonçant qu'il vous avait eus. Qu'il avait réussi à vous ramener au coeur de son enfer. 

Mon regard se perdit et je repensai avec haine à mon ennemi juré. De tous les bourreaux, ce n'est pas celui qui m'avait le plus torturée. Mais lui, quand il entrait dans la salle blanche, il en valait dix. Et son angle d'attaque, ce n'était pas forcément le physique. Il avait compris dès le départ, que même pour des jeunes au corps fragile, le plus douloureux était par-dessus tout le c½ur.

 


Je trouvai étrange cependant que le patron ait été absent après l'évasion. Même si je l'avais gravement blessé, le sorcier qu'il était avait pu se guérir facilement, non ? A moins qu'il soit tombé dans l'inconscience et qu'il ait dû sa guérison à ses moldus de collègues ? Hum... possible. Ça expliquerait la longueur de son rétablissement. Je maudis le médecin qui s'était occupé de lui de ne pas l'avoir laissé crever.

-         Il était d'autant plus enragé qu'on ne cessait de rappeler ton souvenir, ajouta Roy avec un sourire en faisant un clin d'oeil à un autre groupe de jeunes.
-         Comment ça ?
-         On le provoquait en parlant de toi à la moindre occasion... en lui rappelant que tu avais déjà tué nombreux d'entre eux en étant une gamine... et que tu reviendrais finir le travail, avec Diego. On n'arrêtait pas de lui dire à quel point ils avaient à craindre le retour du duo de choc que vous avez toujours été !
 
Je souris faiblement en lançant un regard à Diego. C'est vrai qu'à nous deux, nous étions capables de franchir tous les obstacles. Comment aurions-nous fini l'un sans l'autre ?
 
-         L'évasion a soulevé le camp, continua Roy avec enthousiasme. En vous sauvant, vous avez prouvé que rien n'était impossible. Malheureusement, ils ont tellement renforcé la sécurité que tenter de s'évader aurait été du suicide. Alors on a décidé de se rebeller. Tous. On a suivi votre exemple. Et même si ça nous a coûté cher, je peux t'assurer que les bourreaux aussi en ont bavé. Nous étions bien plus forts en formant une équipe. On s'est chargés de briefer les nouveaux prisonniers qui continuaient à arriver aussi... tout comme les nouveaux bourreaux.
-          J'espérais que notre évasion ait calmé les responsables du camp... mais il a continué de tourner à plein régime à ce que je vois.
-          Ça oui, ma belle. Les épreuves se sont mêmes durcies. Les bourreaux qui ont remplacé ceux que nous avions tué pendant notre évasion étaient encore plus cinglés.
 
Je soupirai. Maintenant que je savais à quoi servait le camp, je suppose que notre évasion n'avait fait que prouver à son créateur qu'il avait raison d'avoir peur des sorciers. Et qu'il fallait donc redoubler d'efforts. Bon sang, si seulement j'avais réussi à tuer le patron du camp pendant l'évasion... ces tarés n'auraient jamais pu créer cette maudite puce... ni rendre toute évasion impossible. La balle que j'avais tirée à l'époque aurait pu être celle de leur salut.
 
-          Faut dire aussi qu'on était percutants, rappela un autre évadé, déclenchant quelques rires nerveux.
 
J'étais fière qu'ils se soient tous battus. A mon époque, j'étais l'une des rares à tenir tête à nos ennemis, raison pour laquelle mes rebellions ressemblaient à des luttes vaines et suicidaires. Les autres prisonniers se contentaient de subir. On souffrait tellement que la plupart ne voulait pas en prendre davantage en provoquant les bourreaux. Aucun groupe n'était vraiment soudé, et c'est pour ça que nous n'avions aucune chance. Diego et moi avions compris qu'il fallait s'unir, et c'est pour ça que nous avions fait équipe tous les deux. Avant que l'on se connaisse, j'avais dû tuer quelques-uns de mes semblables. Par légitime défense bien sûr, car je ne voulais pas tuer des prisonniers. Mais quand ma vie était menacée... je refusais de me laisser mourir. Je ne voulais pas quitter la partie tant que je n'avais pas atteint mon objectif. C'était comme ça à mon époque... même les gosses s'entretuaient dans les cellules. Comme si on n'avait pas suffisamment à craindre nos bourreaux, même les cachots n'étaient pas sûrs... il fallait dormir d'un sommeil léger, et s'apprêter à se défendre, notamment lors de la distribution des maigres bouts de pain qui faisaient office de repas. La mort était partout... tout le temps... et il fallait pousser les autres dans ses bras pour lui échapper.
 
-          Ça a payé, dis-je avec un sourire. Vous êtes libres désormais, prêts à reprendre goût à la vie.
-          Grâce à vous. Racontez-nous votre grand retour !
-          Eh bien, nous devons beaucoup à Alexander, ici présent. Son témoignage nous a permis de vous retrouver. Nous avons éliminé nos ennemis un par un... nettoyant chaque tour... chaque recoin... chaque étage. Certains bourreaux nous ont reconnus. Ceux-là, nous avons un peu joué avec avant de les tuer. Et puis nous avons fait nos retrouvailles avec le patron... dans la salle blanche.
-          Ça a dû être explosif.
-          En effet. Il a réussi à me piéger. Je suis restée prisonnière pendant un moment, c'est pour ça que je me suis autant retardée. Mais au moins, ce petit imprévu m'a permis d'apprendre beaucoup de choses au sujet de la raison d'être du camp.
-          Alors... ? C'est quoi leur « raison » ?
 
Je soupirai, balayant du regard les évadés, qui attendaient impatiemment ma réponse.
 
-   J'aimerais pouvoir dire que l'enfer que nous avons vécu avait un sens... malheureusement, nous avons été victimes de la folie humaine, pure et simple. Rien ne pourra jamais justifier ce que les  bourreaux nous ont fait endurer. Cependant, même chez les fous, il y a toujours une source à leurs délires. Et en ce qui concerne le camp... il a été créé par peur. La peur de ces tarés de moldus à l'égard des sorciers.
 
Je sentis une pression légère contre mon ventre, me faisant baisser les yeux sur Gaby. Elle avait un air interrogateur.
 
-          C'est quoi un moldu ?
 
Woaw, j'en avais presque oublié que ces gens avaient été coupés du monde dans leur jeunesse, et qu'ils ne pouvaient donc pas savoir.
 
-          C'est une personne dépourvue de pouvoirs magiques.
-          Alors je suis une moldue ?
-          Non Gaby... tu es une sorcière. Comme chacun de vous ici d'ailleurs, informai-je aux autres, provoquant une vague de murmures étonnés.  
-          Alors je peux faire des tours comme toi ?
-          Bien sûr. Quand tu seras un peu plus grande.
-          Pourquoi les moldus ont peur de nous ? demanda une évadée.
-      Parce que nos pouvoirs nous rendent plus forts qu'eux. En cas de guerre nous opposant, ils n'auraient pas la moindre chance face à nous. Conscient de cette crainte que notre communauté peut inspirer, notre loi la plus fondamentale est de vivre dans le plus grand secret. Nous n'avons pas le droit de pratiquer la magie devant des moldus, ni de révéler l'existence de notre monde. Nous vivons dans leur ombre. C'est l'accord qui unit notre chef à celui des moldus.
-          Donc le « chef » des moldus connait notre existence ? reprit Roy.
-          Pour des raisons politiques, oui, bien sûr qu'il doit être au courant. Seulement, il y a des décennies, l'existence de notre communauté a été découverte par d'autres moldus, qui je suppose sont de grande influence. Ils ont eu l'idée de créer une armée. Une armée de sorciers qui serait de taille à affronter la communauté sorcière en cas de besoin.
-          Tout ça par manque de confiance, pesta Roy.
-         Ce n'est pas une question de confiance, mais d'idéaux. Certains moldus pensent que l'on se croit « supérieurs »... et que par conséquent, la race dominante finira par exterminer la leur.
-          C'est stupide !
-     Pas tant que ça Roy. Il y a malheureusement des extrémistes dans notre communauté... qui pensent effectivement que nous devons cesser de vivre dans l'ombre. Que nous devons nous révéler, et prendre le pouvoir sur les moldus.
-          Alors la crainte de ces tarés de moldus est justifiée ? résuma un adolescent avec tristesse.
-        Je ne sais pas si à l'époque elle l'était... mais en tout cas, aujourd'hui, elle l'est devenue. Nous sommes au bord de la guerre civile.
-          Pourquoi ?
-        Parce que notre communauté est divisée entre ceux qui défendent la noblesse du sang... et ceux qui prônent la tolérance et défendent les moldus.
-          La noblesse du sang... ? reprit Roy avec incompréhension.
-         Sang-Pur, Né-moldu, Sang-mêlé, Cracmol... Les premiers sont ceux qui ont leur arbre généalogique enraciné dans la sorcellerie. Les seconds sont des sorciers qui sont nés de parents moldus. Ce sont eux la cible des extrémistes de notre communauté. Ils sont considérés comme inférieurs aux yeux des extrémistes. Les troisièmes sont ceux qui sont nés d'un parent moldu et d'un sorcier. Enfin, les derniers sont dépourvus de pouvoirs magiques alors qu'ils sont nés d'au moins un parent sorcier.
-          Pourquoi faire cette distinction ? s'étonna une évadée.
 
Je haussai les épaules. Que répondre à ça ?
 
-         Ces mêmes sorciers extrémistes pensent que les nés-moldus sont des voleurs de magie. Ils ne comprennent pas qu'à l'instar des Cracmols qui n'ont pas de pouvoirs malgré des parents sorciers, certains sorciers naissent avec la magie en eux alors que leurs parents sont moldus. Du coup, ils sont pris pour cibles, parce que des gens ne veulent pas croire que leurs pouvoirs sont... innés.
-          Et c'est vrai cette histoire de vol ?
-        Non, mais nos ennemis pensent que oui. Du coup, ils croient défendre notre communauté. C'est pour ça qu'ils sont prêts à se battre contre les autres sorciers qui les empêcheraient d'agir.
-          En clair, il y a des cons d'un côté comme de l'autre ? résuma Roy.
-          Tu as tout compris.
-        Et tu penses que... c'est à cause de ces mêmes imbéciles que nous avons vécu l'enfer ?
-         A mon avis, oui. Ceux d'entre vous qui sont issus de parents moldus ont dû éveiller la crainte d'au moins l'un de vos proches... vous avez été dénoncés auprès des extrémistes moldus, qui vous ont récupérés pour le camp. 
-          Et pour ceux qui ont des parents sorciers ? s'intéressa un autre.
-        En ce qui me concerne, c'est mon père qui m'a envoyée au camp. Pas parce qu'il voulait se débarrasser de moi, mais pour que je sois formée... à être une Sang-Pure digne de ce nom. Mon père pensait que je serais éduquée dans une école un peu spéciale... certainement pas que je serais torturée. Il a été trompé.
-          Et toi Diego ? demanda Roy.
 
Diego soupira, n'ayant sans doute pas envie d'aborder le sujet. Je posai ma main sur la sienne avec douceur, connaissant son histoire.
 
-          Ma mère ne voulait pas de moi, finit-il par lâcher. J'étais un accident... provoqué par un salaud. Elle ne se sentait pas capable de me garder en sachant que je lui rappellerais sans arrêt mon père. Alors elle m'a envoyé dans un orphelinat. Quelques semaines après, des gens sont venus en pleine nuit et ont enlevé une dizaine de gamins... dont moi.
 
Ça me faisait mal pour lui qu'il n'ait pas eu la joie d'avoir été aimé par ses parents... qu'il n'ait été qu'un « accident ». Une erreur aux yeux de sa mère. Il m'avait soulevé le c½ur quand il m'avait raconté ça à son retour d'Italie. Ça l'avait dégoûté d'apprendre la vérité. A tel point que de rage, il avait tué son père. Il avait réussi à retrouver sa mère aussi... mais il avait préféré ne pas prendre contact. Il l'avait simplement regardée de loin, pendant quelques minutes, avant de quitter son pays natal pour la dernière fois.
Les évadés nous avaient écoutés avec attention, et j'arrivais sans peine à voir la rage mêlée à la tristesse dans leur regard.

-          Quelle que soit la raison qui a poussé un membre de votre entourage à vous envoyer au camp... dis-je, le but de toutes les épreuves que vous avez traversées était de vous former... de faire le tri parmi vous... pour qu'à la fin, il ne reste que des soldats. Des tueurs exceptionnels. Des survivants. Parce que l'unique objectif était de constituer une armée si puissante que l'on serait capable de protéger l'Angleterre. Heureusement, leur arme a fini par se retourner contre eux. Votre vie n'est plus entre les mains de ces fous désormais. Votre destin vous appartient.  Vous êtes libres de choisir votre propre chemin, et j'espère de tout c½ur qu'il sera le plus loin possible de la violence et du sang. Diego et moi vous aiderons à vous lancer dans votre nouvelle vie. Nous ne vous laisserons pas tomber.
 
La reconnaissance et l'espoir étaient visibles sur la plupart des visages. Certains étaient encore fermés et haineux suite à nos révélations... rien de plus normal selon mon point de vue. La vérité était écoeurante.
 
-          Et si on ne veut pas s'éloigner de la violence ? demanda un jeune homme.
 
Les autres se tournèrent vers lui. Je n'étais pas vraiment étonnée de la question.
 
-          Vous dites que nous sommes au bord de la guerre. Il faudra bien que nous soyons prêts à y survivre. Je ne compte pas mourir de la main de sorciers alors que j'ai vécu un enfer créé par des moldus.
-          Nous pouvons t'aider à apprendre les bases du combat et de la survie. Mais ça ne veut pas dire que tu dois continuer à vivre dans la violence.
-          Ces gens méritent de mourir. Vous avez détruit le camp et tué le patron... mais si j'ai bien compris, il y a encore d'autres personnes au-dessus d'eux. Des gens qui sont encore en vie.
-          Nous nous occuperons de leur cas, rassure-toi.
-          En clair, vous nous demandez de continuer notre route en oubliant le camp, alors que la vôtre tourne autour de cet enfer ?
 
Je soupirai, repensant malgré moi aux paroles de Diego.
 
-          Ma vie... ne tourne pas seulement autour du camp, répondis-je. Il est vrai que je n'ai jamais cessé ma traque, mais j'ai également une vie... hors de l'ombre. Et c'est à ça que je veux vous amener. Ce serait terrible que vous continuiez à vivre uniquement pour la vengeance. Surtout que vous n'avez plus rien à faire... nous avons tué les bourreaux, le patron... et le restant de la liste mourra de notre main. Vous n'avez pas de soucis à vous faire... justice sera faite. Je vous le promets. Ils paieront.
 
Le jeune homme acquiesça, mais il semblait peu convaincu. Il faisait partie des loups solitaires que Diego et moi avions repérés.
 
-          Comment avez-vous réussi à vivre après... le camp ? demanda une ado.
 
J'échangeai avec Diego un regard éloquent. C'était une question délicate.
 
-          Nous... ne nous sommes jamais quittés tous les deux, commençai-je. Nous nous sommes beaucoup soutenus. Et puis, nous avons été bien traités... ça nous a aidé aussi. Mais... le poids du passé est très lourd. Au début, ce sera très difficile pour vous. Il vous faudra réapprendre à vivre... dompter vos peurs et vos colères... supporter vos cauchemars... et vos souvenirs.
 
Il y eut un silence dans le salon face à cet avenir peu reluisant. La fin du camp n'était pas la fin du cauchemar.
 
-          On ne va pas se mentir, personne ici ne pourra se vanter de se relever des épreuves que vous avez subies, intervint Diego. Nous n'avons jamais vraiment guéri de nos blessures Prue et moi. Elles sont trop profondes. La page du camp ne va pas se tourner aussi facilement. Certains d'entre vous vont très vite s'en rendre compte. Tout comme je l'ai compris à notre évasion. Nous aurions pu effectivement choisir de laisser le passé derrière nous... mais la bête que les bourreaux ont créée ne s'est jamais rendormie. Je suis le tueur qu'ils ont voulu que je sois. C'est aussi valable pour Prue. Et ça, ce n'est pas parce qu'on nous a obligés... c'est parce que nous l'avons voulu. Ça a été notre... thérapie en quelque sorte.
-          Tu es une tueuse ? s'étonna Gaby.
 
Gaby avait formulé tout haut l'étonnement muet de tous les autres. Je regrettais un peu que Diego ait abordé ce sujet maintenant, car les évadés nous regardaient vraiment avec perplexité désormais. Mes paroles perdaient toute leur crédibilité face à cet aveu. J'aurais bien voulu profiter qu'ils nous prennent pour « exemple » pour prôner un avenir plus pacifique. Je ne voulais pas qu'ils me suivent sur le chemin que j'avais choisi. Maintenant, j'allais devoir les convaincre de renoncer à cette vie de noirceur alors que j'avais moi-même succombé à mes pulsions meurtrières.

-          Oui, avouai-je.
-          Mais pourquoi ? Tu es si gentille.
-      Parce que de mauvaises personnes commettent des actes injustes... et me battre contre eux me fait du bien.
-          Vous tuez des criminels ? traduisit un évadé.
-          Oui. Mes actes peuvent paraître extrémistes, mais ils me semblent justes. Cela dit, je ne suis pas un exemple. Je l'ai été au camp... aujourd'hui, je vous conseille de ne surtout pas suivre mes traces. Comme l'a dit Diego... tuer des monstres a été pour moi une thérapie. Ça apaise la haine qui ne m'a jamais quittée, mais ce n'est pas ça qui a guéri mes blessures. C'est l'amour. L'amitié. Avant de connaître ça, je souffrais toujours de mon enfance au camp. Les plaies étaient toujours à vif. C'est ma rencontre avec un homme qui a changé ma vie... et m'a permis de franchir un cap dans ma « thérapie ». Je pense vraiment que c'est le plus efficace. Vous entourer de personnes qui vous aimeront... et que vous aimerez.  Ça oui, ça vous aidera à tourner la page... et à cicatriser.
-          Vous parlez... d'une bête qui est en vous... et que les bourreaux ont créée...
-   Comme Roy vous l'a expliqué... j'ai été la plus grande rebelle du camp. Malheureusement, ce titre a également fait de moi la plus torturée. L'injustice et leur cruauté ont fini par éveiller en moi le désir de meurtre. Un désir auquel j'ai succombé en tuant des bourreaux. Et puis j'ai été envoyée à la guerre, avec Diego. Et là, nous avons tous les deux laissé... notre humanité. C'était nécessaire pour survivre. Il nous a fallu des années pour en retrouver une parcelle. Malheureusement, toute cette enfance passée dans la souffrance et la haine ont banalisé la violence à nos yeux. Pour moi, tuer des criminels me semble juste. J'ai la sensation de faire un mal pour un bien. Mais j'ai conscience... que si des gens « normaux » étaient au courant de ce que je faisais... ils me prendraient certainement comme une folle furieuse à enfermer.
-          Les gens normaux ne peuvent pas comprendre ! trancha Diego. C'est facile de dire qu'il ne faut pas faire justice soi-même quand on n'a jamais été victime d'une cruauté sans égale ! Ces gens-là n'ont pas été brisés, ils n'ont jamais eu à défendre leur vie, et ne sont jamais allés au front porter des armes trop lourdes pour défendre une cause qui n'était pas la leur !
-       Je ne suis pas en train de dire qu'ils auraient raison de vouloir m'enfermer, répondis-je calmement. Tu connais mon point de vue sur le sujet. Je suis fière d'être Tracker, et j'estime que personne n'a le droit de me juger pour les mêmes raisons que toi. Seulement il faut qu'ils sachent qu'ils doivent apprendre à se fondre dans la masse.
-        Comment ? demanda une jeune femme. Comment vivre au milieu de gens normaux quand on porte des blessures aussi profondes qui laisseront à jamais leur marque sur nous ?
-          Nous vous aiderons. Nous y sommes parvenus, vous y arriverez aussi. Il vous faudra de la patience et de la volonté.
-          Je n'ose imaginer comment mes parents vont réagir quand ils sauront ce que j'ai vécu... peut-être à cause de l'un d'eux.
-          Ils ne doivent jamais savoir. L'existence du camp ne doit jamais être révélée. Comme je vous l'ai dit... nous sommes au bord de la guerre, et les idéaux racistes se répandent de plus en plus. Si nous dévoilons que des moldus s'en sont pris à des gosses sorciers pour faire une armée, ça déclenchera une guerre mondiale entre moldus et sorciers qui se traduira par des génocides. L'équilibre est fragile, nous devons le préserver.
-          Alors comment justifier notre disparition... et les blessures que nous portons ?
-          Pour ceux qui comptent revenir dans leur famille... j'effacerai vos souvenirs liés au camp de votre mémoire. C'est le plus grand service que je pourrai vous faire... car ça permettra de faire disparaître de nombreux traumatismes, et que vous ne soyez pas hantés toute votre vie.
-          Et pour les autres ? demanda le jeune loup solitaire de tout à l'heure.
-          Vous n'aurez pas d'explications à donner... alors vous serez libres de choisir si oui ou non vous voulez vivre avec le fardeau de votre passé.
-          C'est pour vous la meilleure solution... ? Oublier ?
-          Je n'aurais pas de vengeance à accomplir, je peux t'assurer que je rêverais d'oublier les horreurs de mon enfance.
 
Il y eut un silence, avant que je me décide à mettre fin aux discussions.
 
-          Pour ceux qui souhaitent retourner dans leur famille... mettez-vous à gauche, on va s'occuper de vous. Les autres, ce château est aussi le vôtre, le temps que vous soyez prêts à démarrer une nouvelle vie.
-          Comment voulez-vous qu'on retourne dans notre famille si c'est l'un des membres qui nous a envoyé en enfer ?
-          ...Ne vous en faites pas pour ça.
 
Il fallut quelques secondes avant que certains évadés réagissent et finissent par se lever. Ce n'était qu'une minorité d'ailleurs. Les autres avaient sans doute trop la haine pour retourner dans leur famille suite à mon discours. Réaction légitime.
 

 


Diego et moi passâmes deux bonnes heures à interroger les évadés, et je dus m'infiltrer de nombreuses fois dans leur esprit, pour fouiller dans leur mémoire à la recherche d'indices pouvant nous conduire à leur domicile lorsqu'ils ne se souvenaient pas.
Gaby fut la première à revenir chez elle. Nous nous étions matérialisés devant le portail, elle, Diego et moi. La fillette sautilla de joie en reconnaissant sa maison. J'appuyai donc sur la sonnette, attendrie de voir tant d'impatience de la part de ma protégée. Une femme sortit plusieurs secondes plus tard et s'avança de quelques pas.
 
-      Maman ! cria Gaby en l'apercevant.
 
La mère eut un instant d'arrêt en reconnaissant la voix de sa fille. Elle eut un élan pour venir vers nous, mais elle hésita en nous regardant, Diego et moi. Nous avions remis nos masques pour garder l'anonymat, comme toujours. Ce n'était pas forcément la vision la plus rassurante, surtout en cette période où les Mangemorts montraient de plus en plus leur masque... mais nous ne pouvions pas nous permettre de dévoiler nos identités.
 
-         Qui êtes-vous ? demanda la femme avec méfiance en conservant ses distances.
-         Ça n'a aucune importance, répondis-je. Venez plutôt récupérer votre fille.
 
La mère ne sembla pas pouvoir résister plus longtemps. Elle leva les protections qui verrouillaient le portail et se précipita à l'encontre de sa fille. Elle la prit dans ses bras avec une joie sans borne imprégnée sur le visage. La mère pleurait de joie, répétant sans cesse à quel point elle était heureuse de la revoir.
 
-         Où étais-tu ma chérie ?! demanda-t-elle en pleurant de joie. Nous t'avons cherchée partout !
 
Je pris les devants pour ne pas laisser le temps à Gaby de répondre.
 
-         Votre fille a été... enlevée. Je ne peux pas vous dévoiler où est-ce qu'elle  était retenue. Il vaut mieux pour tout le monde que ça reste secret, dis-je.
 
Personne ne devait savoir qu'un tel camp avait existé. Pas lors d'une guerre raciste... ça servirait d'excuse à trop de barges pour justifier la folie de leurs actes. Des enfants sorciers avaient été maltraités par des moldus... une telle nouvelle éveillerait la haine de notre communauté. Cela ne devait pas arriver. Les Mangemorts frappaient suffisamment fort, ce n'était pas la peine de leur servir un argument sur un plateau. On ne pouvait pas confondre tous les moldus avec ces quelques monstres.

-         Et les ravisseurs ?
-         Morts. C'est terminé, assura Diego.
-         Est-ce à vous que je dois son retour... ?
-         A nous deux oui.
 
La femme reposa sa fille au sol et prit Diego dans ses bras, avant d'en faire de même avec moi.
 
-         Oh merci, merci... mille fois. Soyez bénis... vous nous avez rendu notre enfant.
-         C'est... balbutiai-je.
 
Une vague d'émotions me submergea tout d'un coup. Des émotions très fortes. Trop pour être les miennes. Même si j'étais émue par la scène, ce débordement de joie était celui de la mère. Je sentais ses émotions comme si c'était les miennes. Comment diable était-ce possible de ressentir autant les sentiments des gens ?
 
-         Prenez soin d'elle, dis-je lorsqu'elle retourna auprès de Gaby.
 
Je m'accroupis à la hauteur de la petite fille, la gorge un peu serrée à l'idée de la quitter. Je ne m'étais occupée d'elle que quelques heures, et pourtant je devais bien admettre que j'avais commencé à m'y attacher.
 
-         Tu veux bien prendre soin de Choupette pour moi ? lui demandai-je en lui tendant la peluche.
-         Oh oui ! s'écria-t-elle toute contente. Tu viendras à la maison jouer avec moi ?
-         Je... je ne pourrai pas, Gaby.
-         Pourquoi ?
-        Tu dois te détacher... de tout ce qui a un lien avec ce qui t'est arrivé. Tu dois oublier.
-          Non, râla la jeune fille. Je ne veux pas t'oublier !
-          ... Pourtant il le faut, dis-je en sortant ma baguette, la gorge un peu nouée. Moi, je ne t'oublierai pas, promis-je.
 
Je plongeai dans son esprit, remontant le fil de ses souvenirs pour les effacer... jusqu'au soir de son enlèvement. Son regard se perdit dans le vide pendant mon opération qui ne dura que quelques secondes. Lorsque j'eus terminé, je me tournai vers la mère, lui recommandant de laisser le passé derrière eux.
 
-       Est-ce que je peux au moins avoir le prénom de ceux qui nous ont rendu notre fille ?
-     ... On me nomme Tracker. Et je vous souhaite sincèrement de ne plus jamais entendre ce nom.
-         Moi c'est Asesino... et à partir de là, vous comprenez mieux pourquoi vous ne nous reverrez jamais. 
 
Nous allions partir quand un homme arriva par derrière.
 
-          Qui sont ces gens ? demanda-t-il en nous regardant.
-          Ceux qui ont ramené Gaby, répondis-je.
 
Il ne fit même pas l'effort de feinter la joie à l'annonce de la nouvelle. Je plongeai dans son esprit, et me rendis compte qu'il était le parrain de la petite. Le parrain qui avait envoyé Gaby en enfer.
 
-          Je crains que vous soyez obligée de désigner un autre parrain pour votre fille, dis-je à la mère.
-          Pourquoi ?
-          Il est le responsable de la disparition de Gaby. Il va donc nous suivre.
 
Je l'agrippai par le bras et transplanai avec, Diego parvenant à me suivre en entrant en contact dans mon dos. Je jetai ce chien sur le sol de ma planque avec une haine démesurée. Il avait envoyé Gaby pour se débarrasser de cette sang-mêlée qu'elle était... et dont le comble de l'ironie avait été de devoir accepter d'être son parrain pour ne pas froisser les parents.
 
-          Où suis-je ? s'affola l'homme en voyant les armes sur les murs.
-          Dans votre tombeau.
 
Je sortis mon couteau et m'accroupis, ma lame fendant l'air pour venir s'abattre dans son c½ur. Je n'avais pas besoin de lui poser des questions... mon court voyage dans sa mémoire m'avait suffi. Je me débarrassai de son corps, et retournai au château avec Diego.

 


On ramena ainsi tous les évadés qui l'avaient souhaité chez eux. Le salon se vida un peu. Les retrouvailles étaient à chaque fois émouvantes... c'était beau de voir une famille déchirée guérir après tant d'années. C'était encore plus magnifique d'avoir la fierté d'être à l'origine de tout ça. Ces gens brisés avaient droit à une seconde chance. Ils avaient droit au bonheur, loin de la souffrance. On ne pouvait pas vraiment dire que la famille s'agrandissait, car le retour des disparus entraînait bien souvent « l'arrestation » du traître insoupçonné qui les avait envoyés en enfer. Les parents demandaient à chaque fois  des explications, qu'ils n'obtenaient jamais... tandis que j'effaçais la mémoire à chacun des évadés, tant pour conserver le secret du camp que pour les protéger de l'atrocité de leurs souvenirs. Une nouvelle vie commençait pour eux... meilleure que la précédente. Et la seule chose qui restera gravée dans chacune des familles, c'est que les deux mystérieux sauveteurs s'appelaient Asesino et Tracker.






Chapitre 5 : « Une seconde chance »
 
Coucou ! Ce chapitre s'est fait attendre, et je m'en excuse. Mais comme je vous l'avais dit, la période des examens m'a tenu loin de l'écriture pendant un long mois.
J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'année ainsi que de bonnes vacances ! Je vous renouvelle mes meilleurs voeux pour 2015... et mes excuses pour cette mini pause. La bonne nouvelle, c'est que je serai un peu plus disponible pour écrire... jusqu'aux prochains partiels.
 
Trêve de bavardages ! Comment avez-vous trouvé ce chapitre ? Dites-moi tout, votre avis et vos impressions m'intéressent (bien plus que les simples kiffs qui, seuls, ne m'éclairent pas !). Je remercie d'ailleurs ceux qui, systématiquement, aident à m'améliorer en laissant des commentaires constructifs
A très bientôt pour la suite ! Gros bisous

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Le témoignage de prudence est touchant et sa personnalité se dessine enfin.. il y a moins de brouillard autour d'elle.

  • LeMaitreDesLieux

    16/11/2015

    Beau chapitre, je ne m'attendais pas du tout à une suite comme celle-ci après le massacre du camp. Je me demande quand Remus, ou quelqu'un d'autre d'ailleurs, va se rendre compte de quelque chose. Elle disparaît si souvent sans donner de raisons très convaincaintes alors bon, j'avoue que la perspective d'une confrontation me tarde ... Je sais, je suis horrible à vouloir de telles choses ^^

  • harry-potter-8-fic

    16/02/2015

    En tout cas encore un très bon chapitre

  • harry-potter-8-fic

    16/02/2015

    C'est fou de voir que des gens peuvent amener des enfants à "la mort"

  • clochinettedu76

    25/01/2015

    J'ai trouvé ton chapitre magnifique. On voit que Prue et Diego ont un côté protecteur malgré le fait qu'ils soient des tueurs, et j'aime beaucoup ça. J'ai hâte de savoir comment ils vont gérer ceux qui n'ont pas souhaité repartir tout de suite chez eux. Vont ils devenir des tueurs ou vont ils reussir à reprendre une vie a peu pres normal apres ce qui vient d'arriver ?
    Je dois avouer que... Ca m'a fait à la fois super plaisir que Gaby retrouve sa mere, sa famille, mais aussi super triste, parce que du coup, Prue lui a enlevé peut etre les mauvais souvenirs, mais aussi tous les bons que tous les deux venaient de partager...

    J'ai hate de lire la suite ! Quand est ce que tu penses publier le prochain chapitre ?

  • MikaWolfeHP

    25/01/2015

    Yes! J'adore :) elle a fait ce qu'il fallait! Elle va jouer les mamans avec tout ceux qui sont restés au château. Hâte à la suite!

  • Visiteur

    25/01/2015

    Heu... Bonsoir ! Je viens de lire les 2 tomes et je dois dure que l'Histoire du camp me touche beaucoum... 'Fin maintenant je vais faires des cauchemars >< est ce que tu pourrais le prévenir de la sortie des prochains chapitres ? Mon compte est : Bouboudu56 ! Merci d'avance ^^

  • aSupernaturalLife

    24/01/2015

    Coucou !

    Désolée pour mon avis qui s'est fait attendre... j'ai lu ton chapitre petit à petit, et à chaque fois je me suis fait coupé dans ma lecture... je te dis pas comme ça m'a énervé ! ;)

    Bref. Je l'ai enfin lu en entier ! Je t'avoue que je me demandais comment tu allais te débrouiller, avec les sauvés du camps. Et je trouve que tu t'en es bien sorti ! J'avais hâte de voir ce qu'ils allaient devenir, comment ils allaient se comporter... tu as rendu tout ça crédible et ça n'a pas du être évident, je me trompe ?

    J'ai beaucoup aimé le coup de "téléphone" via le miroir, entre Prue et Remus. En fait ce que j'ai aimé, c'est l'interruption de Sirius :P J'y peux rien, c'est mon chouchou.♥

    Les retrouvailles entre Gaby et sa mère étaient émouvantes... j'avais eu début peur que ce soit elle qui ait envoyé sa fille au camps, mais c'est le vilain parrain. J'aurais bien aimé qu'on le torture un peu avant... mais bon, Prue et Diego avaient plein de truc à faire après, alors je comprends x)

    Vivement la suite ! Et le retour des Maraudeurs je l'espère. Ils m'ont un peu manqué dans ce chapitre mais en même temps il était si passionnant que cela ne m'a pas dérangé plus que ça.
    A bientôt, bisous :)

  • Selenba

    20/01/2015

    Oh! Tracker va faire la une de la Gazette! Une bonne action pour un tueur à gage :3 Sinon super Chapitre j'avoue que j'avais moi-même la gorge serrée lorsque Prue a dû laisser Gabby à sa famille :/

  • crucio-black

    20/01/2015

    Hey! De retour!

    Intéressant de voir ce côté plus doux et maternel/paternel de Prue et Diego. On avait vu leur fraternité entre eux, et l'amour de Prue pour Remus, mais là, c'est différent. Ironique mais touchant le discours de Prue sur l'avenir des évadés. D'après moi, elle n'aura quand même pas fini d'entendre parler de certains d'entre eux, qui risquent de tout de même vouloir se venger par eux-mêmes... J'imagine mal la tête de la famille en voyant Tracker et Asesino débarquer, leur ramener leur enfant, et repartir avec peu importe quel autre membre! J'ai bien aimé la fin, en disant que la seule chose que les parents savaient, c'était que les jeunes avaient été ramenés par "des gens nommés Tracker et Asesino". Alors que la majorité de la communauté sorcière craignent ces assassins et les associent à la mort, pour ces familles, ils sont l'espoir. J'aime! =P

    À la prochaine :)

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