Chapitre 6 : Retour à la réalité

 
« J'ai l'impression de sortir d'un rêve. Ces dernières quarante-huit heures m'ont semblé durer une éternité. Et maintenant, il est temps de revenir à la réalité. Grand temps même. Parce qu'en fait, ce n'était pas tout à fait un rêve. Même ici, en plein jour, ça continue.  »
 
Chapitre 6 : Retour à la réalité
Lieutenant Bradley Moser
 

| 24 avril 1979 - Ministère de la Magie – Division de la Brigade Magique – 8h |


J'eus la sensation de sortir d'un rêve lorsque j'entrai dans la Division Criminelle, où il régnait une ambiance pesante. En fait, j'avais l'impression qu'une éternité s'était écoulée depuis mon interrogatoire avec Alexander. Pourtant, c'était avant-hier. Je m'étais mentalement déconnectée depuis, ne pensant plus qu'à la vengeance et à m'occuper des évadés. A mes yeux, le temps s'était suspendu. Et aujourd'hui... retour à la réalité, dans le nid des chasseurs, importunés par les charognards de journalistes, pour une traque qui me touchait de très près. J'allais voir de mes propres yeux les conséquences de ces dernières quarante-huit heures, même si j'en avais déjà une petite idée.

 


Mes collègues étaient réunis devant le plus grand tableau de la Brigade réservé aux affaires en charge par de grosses équipes... un tableau contenant de maigres informations, et une simple photographie d'Alexander prise à son arrivée, juste après son arrestation. Je ne serais pas une sorcière, je n'aurais pas pu deviner que l'image était animée. Mon jeune protégé était très calme, immobile, le regard droit, tenant sa pancarte de prisonnier sans trembler.

 


Moser termina son débriefing, auquel assistait le capitaine de la Brigade, en plus de tous ceux qui bossaient sur l'affaire. Ne reconnaissant pas de nombreux policiers, je devinai qu'une autre Brigade avait rejoint l'affaire. Je restai en retrait, n'osant pas m'approcher d'une réunion à laquelle je n'étais pas invitée. La situation était suffisamment délicate pour le pays, tout comme pour moi, inutile de me faire remarquer.
Lorsque tout le monde retourna au travail, Moser se rendit compte de ma présence. Il vint vers moi, et je me préparai à jouer un rôle à la hauteur de la situation.

-          Alors Hunt, il paraît que ta famille s'est agrandie ? demanda Moser.
 
Pourquoi diable les Maraudeurs avaient jugé utiles de lui donner un détail pareil... ?

-         Oui, excusez-moi de vous avoir lâchés... Je ne pensais pas que la journée serait si dure hier. Remus m'a appris pour le prisonnier... vous avez quelque chose ?
-          Rien de concret. On n'a pas réussi à trouver quoi que ce soit sur lui.
-          Ah. Vous me laissez une chance de me faire pardonner ?
-          Tes amis ont dû te dire que je les ai tenus loin de l'enquête.

J'eus un petit rire en lui lançant un regard entendu.

-         Ce ne sont pas mes amis qui ont réussi à sortir le prisonnier de son mutisme... Ni aucun de vous d'ailleurs.

Moser haussa les sourcils devant... mon culot. J'avais pointé l'échec des expérimentés sans prendre de gants. C'était osé, mais j'avais un réel intérêt à en apprendre davantage sur l'avancée de l'enquête. Si je voulais protéger Diego, les évadés et moi-même, je devais surveiller mes collègues, même si je ne les pensais pas capables de remonter la piste. Je ne devais rien laisser au hasard.

-         Quelles sont tes hypothèses ? demanda Moser.
-         A vrai dire, je n'ai pas suffisamment de détails pour me prononcer, fis-je remarquer.
-         Justement, fais comme si tu avais eu à faire évader ce prisonnier. Mets-toi à la place de ce complice. Comment aurait-il fait pour passer la sécurité du Ministère... sans commettre la moindre effraction ?
 
Je pris le temps de réfléchir, ne pouvant m'empêcher de repenser avec ironie à cette soirée. Je n'avais pas eu de grandes difficultés à passer la sécurité étant donné que je faisais partie du Ministère. Une fois dedans, je n'avais eu qu'à me trouver un garde pour me servir de sa baguette afin de couvrir mes traces.
 
-          Si la sécurité n'a pas été touchée, ça ne laisse que peu d'options : soit le complice a été aidé par un employé du Ministère pour entrer... soit il en a contraint un de l'aider... soit il est lui-même membre du Ministère. Dans tous les cas, la clé vient forcément de l'intérieur.
 
Moser acquiesça. Il semblait au moins d'accord sur ce point.
 
-          Un gardien a effectivement été retrouvé inconscient dans les toilettes au matin de l'évasion... me dit-il.
-          Donc c'est l'option 2 : le complice s'est servi d'un employé du Ministère, contre sa volonté. Ce gardien est la clé.
-          Sauf qu'il se souvient très bien de son arrivée au Ministère. Il était seul. Il n'a perdu connaissance que lorsqu'il est entré dans les toilettes. A mon avis, le complice s'est servi de la baguette du gardien pour aller libérer le prisonnier... mais pas pour entrer dans le Ministère.
-          Ça voudrait dire que le complice est membre du Ministère.
-          C'est ce que je pense. Je ne vois pas comment c'est possible autrement. La dernière fois que le Ministère a été infiltré, il y avait eu effraction. Mais cette fois, non.
 
Si j'avais eu la patience de recommencer l'exploit de la "dernière fois", lorsque j'avais ramené le corps de l'Auror, les policiers seraient encore plus largués à l'heure actuelle. Mais très franchement, je ne m'étais pas sentie capable de prendre le temps de la jouer en finesse. Je n'avais pas réussi à prendre le temps de couvrir mes traces en simulant une intrusion. Ca aurait été trop long, et je n'avais aucune raison de le faire. Nous étions des milliers à travailler au Ministère, la liste des suspects était suffisamment grande pour me protéger.

-         Qui pourrait bien être lié à ce jeune ? demandai-je.
-         Pour répondre à cette question, il faudrait que l'on puisse enquêter sur la vie privée du prisonnier... mais on n'a même pas son nom. Son visage ne nous a pas permis de l'identifier. On marche à l'aveugle.
-          Vous avez la liste des personnes qui sont entrées en contact avec lui ?
-          Wagner, deux autres flics, son avocat, toi et moi.
-          Tout le monde est clean ?
-          A part toi, tout le monde a un alibi.
-          L'inconvénient de vivre seule.
-          Hum.
-         Je ne sais pas quoi vous dire de plus, avouai-je. Le complice peut être n'importe qui. Si c'est véritablement un membre du Ministère, il n'a peut-être même pas eu besoin d'entrer en contact avant l'évasion. L'affaire a été si médiatisée que la liste des suspects s'étend au-delà de notre Division. Le complice connaissait déjà les lieux, la sécurité, la date du procès...
-          Je suis persuadé que la réponse est dans le passé de ce jeune. C'est à cause d'un évènement de son passé qu'il a tué le militaire. Et je suis certain que c'est pour la même raison que quelqu'un est venu le faire sortir.
-          Mais c'est également une impasse. Nous ne savons rien de concret sur le passé de ce jeune.
-          Peut-être que si.
 
Je haussai les sourcils, prise au dépourvu. Comment aurait-il pu découvrir quoi que ce soit ?
 
-          Ah bon ? m'étonnai-je.
-          Que signifie le tatouage que tu portes au poignet ?
 
Mon c½ur accéléra légèrement, mais je conservai toutefois mon impassibilité habituelle. Comment mon tatouage pouvait-il l'intéresser dans un moment pareil ? Il n'avait tout de même pas réussi à faire un quelconque lien avec moi ?!
 
-          Le lien infini, répondis-je naturellement. Il symbolise la relation que j'ai avec un homme que je considère comme mon frère de c½ur. En quoi pourrait-il nous donner des éléments sur le passé de ce jeune évadé ?
-          J'ai passé la nuit à éplucher ce que nous avions sur ce jeune... et en regardant l'enregistrement de ton interrogatoire, j'ai repéré un détail : il a hésité à te serrer la main, et en zoomant, je me suis rendu compte que c'est ton tatouage qu'il fixait. Ça n'a duré qu'un instant, mais je suis sûr qu'il a reconnu cette marque.
-          Vous pensez que ça lui rappelle quelque chose, ou quelqu'un ?
-          Oui, je pense que ce symbole a une autre signification pour lui.  
-          Mais comment deviner à quoi il pensait à ce moment-là ?
-          Avons-nous vraiment besoin de deviner ?
 
A nouveau, je fis semblant de ne pas comprendre cette question. Moser semblait avoir dépassé la simple discussion avec moi. Il m'observait avec attention, avec cette lueur qu'il réservait habituellement à ses suspects. Je commençais sérieusement à me demander si je n'avais pas commis une erreur... avais-je laissé une preuve derrière moi, qui pouvait éveiller une telle suspicion ?
 
-          Vous avez une piste ? continuai-je innocemment.  
-          Oui. Toi.
 
Je n'eus pas besoin de jouer la comédie pour marquer un instant d'arrêt. Plus de doute possible, j'étais dans le collimateur. Enfin, seulement le sien, sinon les autres ne seraient pas en train de poursuivre l'enquête, et j'aurais cette discussion dans une salle d'interrogatoire. Ce qui me soulageait d'ailleurs, car cela prouvait que Moser ne faisait que suivre une intuition... et non des éléments concrets.
 
-          En quoi puis-je représenter une piste ? demandai-je en feintant l'étonnement.
-          Tu as laissé un message en montrant ton tatouage.
 
La surprise me dérouta un instant, sans que je lui montre. Son instinct était bien aiguisé, j'avais intérêt à me contrôler.
 
-          Un message ? répétai-je incrédule.
-       Je ne vois pas pourquoi tu lui aurais serré la main sinon. C'est une marque de respect que tu n'accordes jamais à tes proies. Pourtant avec lui tu l'as fait. Et la seule raison que j'ai trouvé à ça, c'est que tu voulais lui montrer ton tatouage.
 
Hum, pas mal Moser. C'était en effet la seule raison qui m'avait poussée à avoir ce geste. Pouvoir faire comprendre à Alexander qui j'étais, que je l'avais compris, et qu'il n'avait pas intérêt à parler à d'autres personnes.
 
-          Je ne le considérais pas comme une proie, fis-je remarquer.
-       Oui... parce que selon toi, « ce n'était pas le seul coupable dans cette affaire ». Dis-moi Hunt... à quoi pensais-tu en disant cela ?
-   Ce jeune a tué un militaire avec une froideur typique d'un acte de vengeance... expliquai-je. Et pour se venger de quelqu'un, il faut en avoir été victime un jour.
-          Une hypothèse en laquelle tu as cru alors que ce jeune ne t'avait donné que quelques vagues informations. N'importe qui en regardant ton interrogatoire n'a rien compris... mais toi si. Tu l'as cerné avec une facilité déconcertante. Comme si tu avais fait le rapprochement avec une histoire... que tu connaissais déjà.
 
Plus de doute possible, j'étais suspecte dans l'évasion d'Alexander. Pire que ça, Moser pensait que j'avais un lien plus profond dans cette affaire. Je ne m'attendais pas à des répercussions aussi rapides, mais c'était sans compter sur le talent incontestable de Moser. C'était vraiment un bon flic, il avait droit à mon respect pour ça.

-          Je n'ai rien compris de plus que vous, niai-je. J'avançais à l'aveugle, alors je me fiais à ses réactions pour continuer à affiner mes propositions. Mais je n'avais aucune certitude suite à cet interrogatoire. Le comportement de ce jeune me donnait la sensation qu'il avait souffert dans sa jeunesse, et c'est ce qui m'a fait penser qu'il avait une bonne raison d'en vouloir à sa victime. On ne voue pas une telle haine à une personne pour rien.
-          C'est quand même incroyable qu'en ayant « senti » ça tu aies laissé ta place aussi facilement à l'avocat, toi qui leur tiens toujours tête... Pourquoi tu n'as pas cherché à reparler avec le prisonnier dans sa cellule, toi qui ne lâches jamais rien... ? Tu n'as pas voulu confirmer si ce que tu pensais était vrai ? Tu étais prête à laisser un jeune se faire enfermer à Azkaban avec une part de vérité ? Sans parler de ta prise de congé ! A la réaction de tes amis, j'ai bien compris que c'était très inhabituel de ta part d'être absente. Et quand j'ai appris que tu avais retrouvé miraculeusement un nouveau « tatoué »... juste après l'évasion du prisonnier... j'avoue que j'ai du mal à croire à de simples coïncidences.
 
J'étais tentée de l'applaudir tellement j'étais impressionnée par la justesse de ses remarques. Il frôlait la vérité. J'avais un adversaire de taille !
 
-          Putain Moser, vous n'êtes tout de même pas en train de me soupçonner d'être la complice d'un assassin ? fis-je semblant de m'offusquer.
 
Son regard noir me servit de réponse. Il était habitué aux coupables qui jouent aux innocents... j'espérais au moins avoir été crédible sur ce coup-là.
 
-          Ok, partons du principe que c'est moi, consentis-je face à son silence, comme pour l'aider à suivre son raisonnement. Je suis votre nouvelle piste, suivez-là jusqu'au bout. Quel serait mon mobile ? Pourquoi aurais-je fait sortir ce jeune ?
-          Tu sais ce que ce jeune a vécu. C'est pour ça que tu l'as compris. Et je suis persuadé que tes retrouvailles avec un « frère », lui aussi tatoué, sont liées à l'affaire. C'est grâce au prisonnier que tu as réussi à retrouver quelqu'un ?
-         Mais Moser... Comment ce prisonnier aurait-il pu savoir où se trouvait mon frère ?
-         Parce qu'il s'était trouvé au même endroit.
-      Euh... mais si c'était le cas, le prisonnier, qu'on peut maintenant appeler l'évadé, aurait lui aussi le même tatouage, non ? Si c'était lié...
-     J'avoue que c'est la zone que je n'ai pas encore réussi à éclaircir... mais je suis convaincu que c'est lié.  En fait, je pense que tu as le même passé que ce jeune.
 
De mieux en mieux... jusqu'où le flair de Moser l'avait conduit... ? J'étais curieuse de le découvrir.

-        Vous faites des conclusions un peu hâtives, fis-je remarquer calmement. Si j'avais vécu le même passé que ce jeune, ça voudrait dire que j'ai également le même passé que mon frère... et donc que je saurais déjà où il se trouve. Je n'aurais pas eu besoin de faire évader qui que ce soit.
-        Je suis sûr qu'il existe une explication.
-      Là, c'est le moment où tout bon suspect vous demande des preuves. Qu'est-ce qui vous fait penser que nous avons le même passé ?
-          Passé intraçable. Comme ce putain d'assassin.
 
Je ricanai.
 
-        Vous ne pouvez pas corroborer votre hypothèse par l'absence de preuve, rappelai-je. Autre chose ?
-          Ne joue pas avec moi, Hunt ! s'énerva mon supérieur.
-         Hé Moser, j'essaie juste de vous aider ! répliquai-je. J'accepte de jouer votre suspecte pour essayer de faire le tri dans vos idées, mais va falloir y mettre du vôtre ! Aucun juge digne de ce nom ne vous permettra d'ouvrir une enquête sur une apprentie avec des hypothèses aussi bancales !
 
Moser soupira, se passant la main sur le visage.
 
-          Excuse-moi, dit-il.
 
Je sentais bien qu'il était fragile nerveusement. Entre les médias, ses supérieurs et l'opinion publique, il y avait de quoi avoir la pression.
 
-     Vous avez trouvé quelque chose sur la victime ? demandai-je. Un évènement, qui aurait pu avoir un lien avec ce jeune ?
-     Non, rien. Je ne vois pas à quelle occasion ils auraient pu se croiser auparavant, répondit Moser un peu dépité.
 
Ça me faisait quelque chose de le voir dans cet état. Il semblait vraiment triste en fait. Ça me paraissait bizarre. C'était un flic de grande expérience... il n'était pas à sa première affaire difficile, et même s'il prenait son travail à c½ur, je ne l'avais encore jamais vu tirer une tête pareille. Je sentais qu'il y avait autre chose. Quelque chose qui m'échappait, et qui expliquait des suppositions si justes de sa part sur mon compte.
 
-         Moser, vous êtes sûr que ça va ? m'inquiétai-je.
-       Oui, oui. Retourne à ton poste. Et excuse-moi encore. Tu as raison, je me suis laissé emporter. Ça collait si bien comme histoire que j'ai voulu y croire... je n'ai pas la moindre autre piste à suivre, alors je me suis accroché à celle-là.
-       J'aurais aimé vous aider. Vous êtes sûr que je ne peux pas me joindre à l'enquête ?
-     C'est suffisamment délicat comme ça à gérer Hunt... désolé. Même si tu es le meilleur élément parmi les apprentis, tu manques encore d'expérience.
 
Je hochai la tête, m'apprêtant à partir. En tournant le dos à Moser, je me souvins soudainement de ma première rencontre avec lui... juste après que je lui aie sauvé la vie. Il avait été troublé lui aussi en me serrant la main... j'étais quasiment persuadée à l'époque que c'était à cause de mon tatouage, mais je n'avais pas compris pourquoi. Et aujourd'hui, voilà qu'il suffisait que la scène se répète avec Alexander pour que Moser comprenne tout sur moi avec une facilité déconcertante. Que savait-il vraiment sur cette marque ? Son acharnement sur l'affaire était-il seulement lié à sa conscience professionnelle... ou était-il touché de plus près lui aussi ? Je lui fis à nouveau face. Moser n'avait pas bougé d'un poil, sans doute étonné que je m'arrête aussi nette. Après un instant d'hésitation, je choisis de me lancer. Je relevai la manche de ma cape, mettant à jour mon tatouage.
 
-          Pour vous aussi ce tatouage a une signification spéciale n'est-ce pas ? demandai-je.
 
Moser déglutit, et je vis une lueur de tristesse passer dans son regard qui me servit de réponse. Il m'invita à le suivre jusqu'à son bureau après un bref instant d'hésitation. Il ferma la porte derrière lui, me faisant asseoir dans un fauteuil.
 
-          Ma fille a été enlevée le 12 mai 1965. Nous étions partis en week-end avec ma femme, pour notre anniversaire de mariage. Nous avions laissé notre fille aux bons soins de ma s½ur. Elles s'entendaient très bien toutes les deux. La veille de notre retour, elles sont allées se promener dans le parc près de chez nous... et n'en sont jamais revenues.
 
Moser marqua une pause, le regard un peu humide.
 
-          Je les ai cherchées comme un fou pendant des années. Sept ans plus tard, le cadavre de ma fille a été retrouvé dans le parc où elle avait disparu.
 
Je baissai les yeux, n'osant imaginer l'horreur que ça avait dû être pour un père de retrouver sa fille morte après toutes ces années.
 
-          Le médecin légiste a révélé qu'elle portait de nombreuses traces de torture et de combat.
 
Plus Moser avançait dans son histoire, et plus je pensais au camp. Encore. Âge et blessures similaires obligent.
 
-         Ma fille a vécu un calvaire long de sept ans. Aucune des blessures n'a été provoquée par magie... ce qui m'a orienté sur la piste de kidnappeurs moldus. Ça me semblait surprenant, mais je ne faisais que suivre la piste des preuves. Elle portait un collier avec une plaque militaire autour du cou et un nom de section, comme si elle avait fait la guerre, mais elle est différente de celle que l'on donne aux soldats sorciers.
 
Un courant me traversa la tête... répandant en moi une puissante onde. J'avais l'impression que mes forces faiblissaient sous la violence du choc. Mon cerveau avait momentanément bloqué mon système... car si je voyais les lèvres de Moser bougeaient, le son de sa voix ne me parvenait plus. Le peu d'informations fournies par le lieutenant m'avaient suffie à comprendre pourquoi il avait était obsédé par ce tatouage, mon passé intraçable, et mes compétences au combat. Cette fille avait mon âge... elle avait donc été envoyée à la guerre à la même époque que moi. Je devinai son identité, sans vraiment y croire. 
 
-             Rien que d'imaginer ce qu'elle a vécu m'horrifie, continua Moser, me ramenant enfin à la réalité. Comment peut-on infliger ça à des gamins ?
-          En étant un monstre... soufflai-je. Un fou furieux. C'est la seule explication possible à une telle cruauté... et au sadisme.
 
Il fallait que je me reprenne, car Moser m'observait. Je ne devais pas lui montrer que j'étais troublée, même si son histoire dramatique choquerait n'importe qui.
 
-          L'enquête a piétiné pendant tout ce temps, reprit-il. L'espoir de découvrir la vérité a fini par s'envoler, mais je l'ai retrouvé avec toi en te rencontrant pour la première fois. Quand j'ai vu ton tatouage, j'ai encore pensé à ma fille... parce qu'elle portait le même, exactement au même endroit.
 
Je dus faire un effort considérable pour garder mon sang froid. Moser confirmait mes doutes. Une seule autre fille avait fait la guerre à cette époque... une seule pouvait porter ce tatouage. Celle que j'avais considéré comme ma s½ur... celle qui s'était sacrifiée pour me sauver la vie, prenant une balle qui m'était destinée. Ce terrible souvenir me fendit à nouveau le c½ur, et j'eus du mal à regarder Moser en face.
 
-         Tu avais le même âge... des compétences impressionnantes au combat... sur le coup, je me suis dit que c'était une coïncidence. Mais je voulais en être sûr, alors j'ai fait des recherches sur toi. Mais je n'ai rien trouvé. C'est comme si tu n'avais jamais existé. Je me suis demandé comment c'était possible. Et puis tu es arrivée au Ministère... et j'ai fini par accepter que tu étais une fille normale, avec des atouts incontestables, mais pas un fardeau. Si tu avais vécu le même passé que ma fille, tu en aurais porté des marques, physiques comme mentales.
-          Mais cette affaire a tout relancé dans votre esprit, terminai-je.
-          Oui. Ce jeune assassin a eu la même réaction que moi en voyant ton tatouage. Un tatouage que porte également ton frère perdu de vue, que tu as soudainement retrouvé après l'évasion d'un criminel. C'est pour ça que j'ai pensé que tu avais peut-être un lien avec elle... termina Moser. Je pensais que cet assassinat était lié à l'histoire de ma fille... à cause du tatouage.
 
J'acquiesçai lentement, essayant de me ressaisir. Le monde était vraiment petit. Où que j'aille, je parvenais toujours à retrouver des gens qui avaient appartenu à mon passé. C'était incroyable.

-          Je suis vraiment désolée pour ce qui est arrivé à votre fille, dis-je sincèrement. Je n'ose imaginer ce que vous avez traversé, vous et votre femme... mais je ne suis pas la piste que vous espérez. Je comprends votre envie de découvrir la vérité sur ce qui lui est arrivé, mais ne vous égarez pas en voulant désespérément la trouver. Rien de ce que vous découvrirez sur ce chemin ne vous apaisera. Cessez de courir après le passé et regardez devant vous.
-          Comment ? Comment lâcher prise quand des psychopathes s'en prennent à des gosses ? Ma fille n'était pas un cas isolé, d'autres enlèvements et disparitions de jeunes enfants ont secoué l'Angleterre à la même époque. Je n'ose imaginer combien de victimes ces fous ont fait... ni ce qui se cache derrière tout ça.
 
Je déglutis. Je ne m'étais pas attendue à ce que d'autres disparitions aient été signalées à l'époque. Il faudra que je me renseigne à ce sujet. En attendant, il était temps pour moi de partir. Je ne pouvais rien faire pour Moser, et j'avais la certitude désormais que même s'il me soupçonnait, il n'avait rien de compromettant. Ça me faisait de la peine pour lui de découvrir son histoire. J'étais très bien placée pour comprendre son acharnement. Pour lui, justice n'avait jamais été faite. Il ne savait pas quelle machine infernale se cachait derrière le meurtre de sa fille. Et c'était mieux ainsi. Connaître les détails le détruirait davantage. Je détenais une vérité qui aurait l'effet d'une bombe, sur lui comme sur le pays. L'existence de ce camp ne devait jamais s'apprendre. C'est pour ça que j'avais effacé la mémoire aux enfants ramenés à leur famille. J'aurais voulu faire éclater la vérité... mais il était plus sage de privilégier l'ignorance. La vengeance est un ange de l'ombre. J'étais certaine que les récents évènements apporteront très vite une part d'explications à Moser. Les actions que nous avions menées Diego et moi ne risquaient pas de passer inaperçues.
D'ailleurs, il ne fallut pas attendre plus de deux heures pour que des plaintes soient déposées en masse... au sujet de retrouvailles inespérées... et de nouveaux enlèvements.
 

| 25 avril 1979 |

 
 « Affaire des Enfants Disparus : un dénouement inattendu »
1959 a marqué le début de vagues d'enlèvements d'enfants au sein de notre communauté, dont le seul point commun était leur âge. Ils avaient tous entre cinq et dix ans. La Brigade des Disparitions et Enlèvements n'a depuis jamais cessé les recherches. Des hypothèses de trafic d'enfants avaient été émises pour justifier ces kidnappings massifs, mais aucune piste n'avait permis d'en apprendre davantage.

En 1972, le cadavre de Sophie Moser, la fille du lieutenant Moser, dévoile le terrible sort réservé aux enfants portés disparus. L'hypothèse du trafic d'enfants, déjà horrible, se transforme en une autre, bien plus effroyable. Le corps de la fillette alors âgée de douze ans laisse deviner de longues années de torture et de sous-nutrition. Quelques-unes de ses blessures ainsi qu'une plaque militaire autour de son cou prouvent que c'était une enfant soldat. Malheureusement, et malgré l'aide de l'armée, la section « Task Force 379 », dans laquelle Sophie aurait porté les armes, est une piste qui n'a jamais mené nulle part. La découverte tragique de ce corps a enlevé tout espoir aux familles des victimes de retrouver un jour leur enfant vivant. Dans le même temps, la BDE constatait un fort ralentissement des enlèvements pouvant être assimilés à cette affaire. On estime alors que le nombre de disparus a dépassé la barre des deux mille. Un nombre horrible. L'affaire a continué son cours, avec pour seul espoir qu'il n'y ait pas d'autres portés disparus similaires.

Hier, sept ans après cette effroyable découverte, l'inattendu se produit. Une nouvelle vague s'abat sur le pays, provoquant à la fois joie, incompréhension... et de nouvelles disparitions. En effet, la BDE croule sous les plaintes depuis hier. De nombreux enfants portés disparus entre 1959 et 1972 ont été rendus à leur famille. Si cette nouvelle aurait dû mettre un terme à des années d'enquête, elle n'a fait que donner un nouveau tournant. En effet, toutes les familles ayant récupéré leur enfant ont dans le même temps perdu un autre membre de leur entourage.

« Deux personnes sont venues chez moi hier après-midi » témoigne une femme. « Ils étaient habillés tout en noir et portaient un masque. Je n'étais pas très rassurée, mais ils étaient avec mon fils, qui avait disparu depuis dix ans. J'étais heureuse de le revoir en vie. Quand j'ai demandé ce qu'il s'était passé, et où il était pendant tout ce temps, les deux personnes ont simplement répondu qu'il valait mieux pour tout le monde que je ne le sache pas. Que la seule chose qui devait me préoccuper, c'est prendre soin de mon fils. Et puis, l'une des personnes a effacé la mémoire de mon fils jusqu'au jour de son enlèvement. Je ne comprenais rien à ce qu'il se passait. Ils m'ont demandé où était mon mari... et c'est là que ça a viré au cauchemar. Quand je leur ai répondu qu'il était à la maison, ils sont allés le chercher en m'ordonnant de rester dehors avec mon fils. Dix minutes après, je suis rentrée pour voir ce qu'il se passait... mais la maison était vide. Mon mari avait disparu. »
Cette histoire s'est répétée aux quatre coins du pays, avec quelques variantes. L'enlèvement d'un proche n'a pas toujours été fait au même moment du retour de l'enfant disparu. Le lien avec les deux mystérieux personnages n'a pu être fait qu'en croisant les témoignages.

« Au début, je ne pensais pas que ma s½ur serait enlevée » explique un homme d'une autre famille victime. « Ces gens ne m'inspiraient pas vraiment confiance, mais quand j'ai vu à quel point ma fille les admirait et semblait les apprécier, j'ai baissé de vigilance. Ils m'avaient ramené ma fille après tout, en m'assurant que ceux qui l'avaient kidnappée étaient morts. Ils m'ont posé quelques questions, et ma s½ur est arrivée à ce moment-là. Ils lui ont demandé de venir avec eux. J'étais loin d'imaginer que les gens qui me ramèneraient ma fille seraient les mêmes qui enlèveraient ma s½ur. Je ne comprends pas pourquoi ils ont fait ça. » 
Une incompréhension générale pour la plupart des familles concernées, mises à part quelques-unes.
 
« Quand mon père est arrivé, l'une des deux personnes masquées s'est montrée agressive », raconte encore une autre femme. « Elle sous-entendait que mon père était responsable de la disparition de ma fille. J'ai dit que c'était ridicule, et j'ai tenté de les éloigner de mon père, mais ils m'ont tenue à distance. Ma fille n'était pas encore tout à fait consciente de ce qu'il se passait, car elle venait de se faire effacer la mémoire. Ils sont partis avec mon père, et j'ai bien senti à leur colère que je ne le reverrai pas vivant. Je suis allée porter plainte, et c'est là que les policiers m'ont appris que ce n'était pas la première fois que mon histoire se produisait dans la journée. Je me suis alors mise à envisager une éventuelle implication de mon père. C'est dur à accepter, mais si ces gens se sont battus pour sauver des enfants et les ramener à leur famille, je ne vois pas pourquoi ils auraient enlevé une autre personne sans raison. »

Une information que ne fait que donner du fil à retordre aux enquêteurs. D'après ces deux personnes, les enlèvements de 1959 à 1972 auraient été commandés par un membre de l'entourage. Un tournant inattendu qui reste à ce jour incompris. Difficile d'imaginer que tant de personnes aient voulu se débarrasser d'un jeune de leur famille. Malheureusement, seuls ces deux mystérieux « sauveurs » ont emporté la vérité avec eux, visiblement bien décidés à la garder secrète. De rares familles ont quand même réussi à les convaincre de leur donner leur nom. « Tracker et Asesino ». Deux surnoms de toute évidence, qui sonnent davantage comme une identité criminelle. Mais si c'était vraiment le cas, pourquoi se mêler d'une telle affaire ?

« C'est encore trop tôt pour nous prononcer avec certitude sur ces gens », déclare le lieutenant Ford, en charge de l'affaire depuis le début.  « D'après les témoignages, nous pensons qu'ils ont été suffisamment proches de cette affaire pour désirer autant se l'approprier. En effaçant la mémoire des enfants et en enlevant ceux qu'ils tiennent pour responsables de leur disparition, ils rendent notre enquête difficile. Ce sont eux qui ont les cartes en main. Ils veulent s'occuper personnellement de cette affaire. Même s'ils n'ont jamais avoué le meurtre de kidnappeurs devant les familles, ils ont assuré qu'ils étaient morts. Ils ont sans doute réservé le même sort aux « responsables ». Ça m'a tout l'air d'une vengeance. Je pense que ces gens ont été victimes de cette affaire, et qu'ils ont voulu se faire justice. Leur surnom en est presque la preuve : ils ont traqué les kidnappeurs, sans doute pendant des années, pour finalement les assassiner. »

 


Des justiciers en quelque sorte, qui disent au monde entier qu'ils sont entrés en jeu, et que l'horreur ne frappera plus seulement les enfants désormais... mais également les ravisseurs.  Une affaire qui n'a visiblement pas fini de faire des morts, avec ces nouveaux personnages, qui ont su conserver un voile de mystère suffisamment épais pour brouiller les pistes aux yeux de la police.
 
Je reposai le journal sur la table, complètement perdue dans mes pensées. A ma sortie du camp, je n'avais pas eu l'idée de fouiller dans les archives de la presse. Idiot n'est-ce pas ? C'est vrai quoi... tant de gosses portés disparus... j'aurais dû me dire que l'affaire avait fait des vagues. L'ennui, c'est qu'à l'époque, je pensais que c'était un parent qui avait envoyé leur gosse en enfer. Alors je n'avais jamais envisagé qu'il y ait pu avoir des plaintes. C'est en ramenant les évadés que j'avais compris que les parents n'étaient pas toujours  impliqués, et que la menace pouvait venir d'un cercle plus élargi de la famille. Ma négligence m'avait sans doute sauvée... car j'aurais foncé tête baissée en apprenant que le corps de ma chère s½ur de coeur avait été dévoilé. Je comprenais mieux désormais le succès de Moser auprès de la population anglaise. Ce talentueux policier faisait lui aussi partie des victimes... alors je suppose que lorsqu'il disait que tout était mis en ½uvre pour résoudre l'enquête, les anglais ne pouvaient pas imaginer que c'étaient des paroles en l'air. 

 


Je soupirai, me rappelant la raison initiale qui m'avait poussée à lire l'article. Comme je l'avais prévu, les médias avaient répandu la nouvelle comme je le souhaitais : avec suffisamment d'informations pour que mes ennemis captent le message, mais pas assez pour aider la population anglaise à comprendre ce qu'il s'était passé. De leur côté, les flics de la Brigade des Disparitions et Enlèvements continuaient à se prendre la tête sur les témoignages déjà recueillis, pour essayer de trouver un sens à tout cela. En acceptant de divulguer certains extraits de témoignages à la presse, les flics espéraient que les familles qui n'avaient pas encore osé venir témoigner le fassent en se rendant compte que leur cas n'était pas isolé. Malheureusement pour eux, aucun nouveau témoignage ne pourra leur apporter plus d'informations. Diego et moi avions bien veillé à ne laisser paraître que ce que nous souhaitions bien transmettre aux flics... et à nos cibles.  
 

~ Point de vue général ~

 
Prue n'était pas la seule à lire le journal, et en particulier cet article. Lyall avait déjà eu droit à la version de ses collègues, bien plus complète que celle des journaux, mais il n'avait pas pu s'empêcher de lire avec la plus grande attention la Gazette dès qu'elle était arrivée. Il n'arrivait pas à croire que Tracker soit impliquée. Il avait dû faire un effort considérable pour contenir sa stupéfaction en l'apprenant de la bouche de Moser. Il lui arrivait souvent de penser à cette tueuse mystérieuse qui avait choisi l'évasion parfaite pour lui sauver la vie, aux conséquences que cela avait eu pour elle... et surtout pourquoi elle avait fait ça. Pour lui, le perfectionnisme de la tueuse n'était pas à l'origine d'un tel choix. Il y avait autre chose, mais il ne parvenait pas à imaginer quoi. Il ne la connaissait pas, mais le peu de temps qu'il avait discuté avec elle avait suffi à susciter une certaine fascination. Il n'y avait aucune admiration là-dedans bien sûr, car en tant qu'Auror, il ne pouvait avoir de telles pensées pour une tueuse réputée pour être la meilleure. Mais il aurait voulu apprendre à la connaître pour comprendre ses agissements.

 

Il avait su à l'instant où il quittait l'antre des Mangemorts grâce à elle qu'il ne la reverrait jamais. Entendre parler d'elle dans la Gazette était aussi inattendu que surréaliste. Pourquoi ce fantôme avait donné son surnom en sachant qu'il serait forcément divulgué ? Pourquoi cette criminelle payée pour ôter la vie des gens avait-elle contribué à en sauver ? C'était insensé. Tout comme le travail en équipe d'ailleurs. L'Agence grouillait de loups solitaires. Ou alors, peut-être qu'elle ne travaillait pas seulement pour l'Agence, et  qu'elle acceptait des contrats plus divers ? Peut-être que son métier ne consistait pas qu'à tuer ? 

 

Lyall relut les hypothèses de son collègue de la BDE : « Ça m'a tout l'air d'une vengeance. Je pense que ces gens ont été victimes de cette affaire, et qu'ils ont voulu se faire justice ». Et si c'était vrai ? Si Tracker, la tueuse décrite comme le plus redoutable des prédateurs humains, avait été en fait une victime ? C'était tout à fait possible après tout... n'avait-elle pas avoué elle-même que contrairement aux Mangemorts, elle avait grandi dans le sang et la violence ? Si elle avait vécu le même enfer que ces enfants, ça expliquerait beaucoup de choses.

 


Lyall soupira en se passant les mains sur le visage. Il eut une triste pensée pour ses collègues qui allaient se décarcasser pour résoudre cette enquête. Avec Tracker, il savait qu'elle rejoindrait les affaires non-classées. Un fantôme est par nature insaisissable. Calculatrice comme elle l'était, elle n'avait rien dû laisser au hasard. Elle avait même sûrement fait exprès de donner son surnom, pour adresser un message à ses ennemis.

 

 

 


A des centaines de kilomètres du Ministère, dans une maison isolée, c'est Jack qui était stupéfait par la nouvelle. Il était fier de Prue et Diego, car il savait très bien que cet article était la preuve qu'ils avaient enfin réussi à se venger. Cependant, il s'inquiétait également pour eux. C'était très imprudent de leur part d'avoir divulgué leur identité criminelle. Il reconnaissait bien là leur tempérament, à vouloir défier leurs ennemis. Par leurs agissements volontairement indiscrets, ils prévenaient leurs cibles qu'ils étaient à leurs trousses. Le premier réflexe des destinataires de cette menace sera donc d'essayer de se renseigner sur Tracker et Asesino, et la seule chose qu'ils pourront éventuellement apprendre, c'est qu'ils ont affaire à de redoutables criminels. Des fantômes qu'ils ne pourront pas espérer trouver. Avec cet article, le message était très clair : la partie ne se jouera qu'entre eux. Il n'y aura aucune aide possible, pas de flic, rien. Juste ces deux monstres de justice assoiffés de vengeance contre eux. Jack ne put s'empêcher de penser au moment redoutable où ses deux protégés découvriraient la vérité.
 

 
| 19h30 |

~ Point de vue de Prue ~

 
Le château abritait encore pas mal de monde. La majorité des évadés avait choisi de ne pas retourner dans leur famille, ne voulant pas savoir lequel de leurs proches avait voulu se débarrasser d'eux. D'autres encore avaient eu le malheur d'apprendre que leurs parents étaient morts, et qu'il ne leur restait que des membres éloignés de leur famille. Certains mineurs avaient choisi d'aller dans un foyer d'accueil, et Diego avait eu pour mission du jour de les y conduire. Cela ne représentait que quelques personnes. Résultat, les derniers encore sous mon toit étaient ceux qui devaient prendre leur vie en main. Certains étaient d'ailleurs très pressés de partir. Ce n'était pas facile de leur faire comprendre qu'avant de les laisser voler de leurs propres ailes, il leur fallait apprendre à vivre en société. Ils avaient été coupés du monde si tôt dans leur jeunesse qu'ils n'avaient pas idée de ce qui les attendait dehors.
 
-          Diego ! appelai-je en entrant.
-          On est au salon.

Je m'y rendis donc, et fus surprise de voir les évadés, tenir chacun un livre dans la main. Diego s'interrompit à mon arrivée.
 
-          Tu leur donnes des cours ? demandai-je.
-          De lecture...
 
Je saluai son initiative. Pour ceux qui avaient été enlevés dès leur plus jeune âge, ils savaient à peu près parler même si leur vocabulaire était à l'image de leur enfance. Par contre, seuls ceux qui avaient été enlevés après leurs sept ans avaient les bases de la lecture. Je me joignis donc à eux pour aider Diego dans sa tâche. C'était assez amusant de le voir dans le rôle d'un enseignant.
 
L'heure du dîner arriva, et ça se ressentit dans le manque de concentration de nos élèves. Après un bon repas tous ensemble où l'on continua à discuter et à apprendre à se connaître, je pris place dans un fauteuil, un peu fatiguée de ma journée. Je n'avais pas encore tout à fait récupéré de ma vengeance, pour le moins intense. Diego me rejoignit, aussi fatigué que moi.
  
-           Tu rentres dormir chez toi ce soir ? demanda Diego.
-          Non, je reste ici, assurai-je. Faut qu'on profite du week-end pour en avancer avec eux.
-          Tu as demandé à Jack de venir ?
-          Pas encore, je le contacterai demain. J'ai eu pas mal de boulot aujourd'hui.
-          Ils en sont où sur l'évasion ?
-          Ils pataugent. Sauf un.
-          Ah ? Qui ?
-          Moser. Sa fille fait partie de ceux qui n'ont pas survécu au camp.
-          Et ?
-          Elle portait le même tatouage que nous.
 
Diego se redressa sous l'effet de la surprise.
 
-          Sophie ?!
-         Oui. Sophie Moser. Son père me suspecte à cause du tatouage, de mes compétences au combat, et parce que j'ai réussi à cerner Alexander pendant l'interrogatoire alors que tous les autres flics ont échoué. Et puis il a remarqué qu'Alexander avait semblé surpris en voyant mon tatouage... comme si ça avait une signification pour lui. Et le lendemain, voilà que Moser découvre l'évasion du prisonnier... et ma soudaine prise de congé qui se justifie par des retrouvailles avec un autre « tatoué ».
-          Pourquoi tu lui as dit ?
-          Ce n'est pas moi qui lui ai dit. Ce sont les Maraudeurs.
-          La réalité te rattrape. Tu penses qu'il représente une menace ?
-          Non. Il n'a aucune preuve. Ses hypothèses ressembleront à des coïncidences pour n'importe quel juge. Il ne pourra jamais ouvrir d'enquête sur moi sans élément concret.
-          S'il a perdu sa fille et qu'il veut à tout prix la vérité, il ne passera pas par la filière officielle pour mener son enquête. Il faut s'assurer qu'il ne continuera pas à faire des recherches sur toi.
-          Je gère la situation Diego, rassure-toi.
 
On échangea un regard tous les deux, dans lequel je fis comprendre à Diego que je ne comptais pas toucher Moser. Je devais le surveiller de près, c'est une certitude, car j'étais dans son collimateur. Je savais que s'il avait lâché prise après avoir essayé de me faire avouer, c'était uniquement parce qu'il avait besoin de trouver un autre angle d'attaque. Même s'il représentait un potentiel danger, je ne pouvais pas me résoudre à m'en prendre au père de celle que j'avais considéré comme une s½ur, et qui avait donné sa vie pour sauver la mienne. C'était inenvisageable.
 
-          Alors elle s'appelait Moser ?
 
Je me retournai vers Roy, qui venait d'entrer dans la pièce.
 
-          Oui. Je n'aurais jamais pensé découvrir un jour son identité, avouai-je. Comme quoi, le monde est petit.
 
Je leur racontai comment elle avait été enlevée, ainsi que la découverte tragique de son cadavre.
 
-          C'est quand même bizarre qu'ils n'aient pas fait disparaître le corps, fit remarquer Diego. Ils ont laissé beaucoup d'indices sur son cadavre.
 
C'est vrai, pourquoi faire ça ? Pourquoi ne pas avoir enterré le corps de Sophie avec les autres victimes du camp, dans un endroit où personne ne pourrait le retrouver ?  Mon c½ur se serra lorsque j'imaginai Moser se rendre dans le parc, appelé suite au signalement d'un mort, comme d'habitude. Quelle déchirure pour un père de reconnaître sa fille... allongée dans le parc où elle avait disparu sept ans auparavant... le corps prouvant une enfance mutilée. Je devinai la réponse à la question de Diego en comprenant pourquoi Moser m'avait raconté l'histoire de sa fille. C'était une perche tendue, tout simplement.
 
-          Un piège, soufflai-je. Cette affaire d'enlèvements a été très médiatisée... Sophie est la seule disparue dont on sait comment elle a fini. Son corps est le seul élément concret qui a pu apporter des preuves aux flics. Le patron du camp devait se douter qu'on ferait des recherches... et qu'on finirait par découvrir l'identité de Sophie.
-          En quoi cela a de l'importance ? demanda Roy.
-       N'as-tu pas envie d'aller te recueillir sur sa tombe... maintenant que tu sais comment elle s'appelle et que son corps a été retrouvé ?
 
Diego fit une moue dégoûtée.
 
-          Tu penses que le patron du camp se serait servi de son cadavre comme appât ? conclut Diego.
-          Je ne vois pas d'autres raisons valables. Le camp doit à tout prix rester secret et pourtant, en laissant son cadavre, ils ont dévoilé le sort qui était réservé aux enfants enlevés.
-          Tu crois que la tombe est encore sous surveillance, après tout ce temps ? demanda Roy.
-          Hum, si les gens du camp se sont lassés, je suis prête à parier qu'elle est à nouveau sous surveillance.
-          Moser ? devina Diego.
-          Il est persuadé que j'ai connu sa fille, mais j'ai réussi à lui filer entre les doigts parce qu'il n'a pas de preuve. Alors il m'a raconté son histoire... il doit espérer que je me rende sur sa tombe après avoir découvert que le corps de sa fille avait refait surface.
 
On soupira presque en même temps, nous faisant sourire malgré la situation.
 
-          Alors interdiction de s'y rendre, sous peine de tomber dans le piège ? conclut Roy.
-          On pourra y aller, assura Diego. La magie offre bien des possibilités de camouflage.  
 
J'acquiesçai, approuvant sa remarque. On ira tous les trois sur la tombe de notre s½ur.
 
-          Vos sauvetages ont eu beaucoup de répercussions ? demanda Roy.
-       Plus que ce que je croyais. Une enquête était ouverte au sujet des nombreux enlèvements qu'il y a eu entre 1959 à 1972. Du coup, ça a tout relancé puisqu'ils ont dû remplacer le nom des gosses par le nom d'un membre de l'entourage, expliquai-je.
-          Ce n'est pas dangereux pour vous d'avoir fait ressurgir cette enquête ?
 
Diego ricana, et j'en fis de même.
 
-          Les flics ont toujours été à la rue concernant nos activités, assura Diego. Ils ne sont pas suffisamment équipés pour choper des prédateurs de notre taille. Regarde, même le père de Sophie, qui a de bonnes hypothèses, ne peut pas prouver l'implication de Prue.
-          Je pensais les flics plus efficaces que ça.
-          Ils le sont... c'est nous qui sommes hors catégorie, expliquai-je.
-          Comment en êtes-vous arrivés là ?
 
Je jetai un coup d'½il à Diego en soupirant.
 
-       Le soir de l'évasion... mon père nous a retrouvés, commençai-je. Il nous a ramenés chez lui. Les premières semaines, on a eu droit à du repos pour récupérer de nos années de captivité. Mais ensuite, notre formation a repris.
-          Quelle formation ?
-      Mon père m'avait envoyée dans ce qu'il croyait être une école pour que je sois éduquée comme une Sang-Pur... telle qu'il conçoit notre statut. Comme tu le sais, le camp n'a rien fait de ça. Par contre, le fait que je sois une excellente combattante et une tueuse douée a de suite suscité de l'intérêt pour mon père. Il... Il est à la tête du pire groupe d'extrémistes sorciers dont j'ai parlé l'autre soir. Il a donc voulu que je continue à me former pour que je développe des compétences exceptionnelles dans le domaine du crime. Diego, qui était avec moi, en a aussi bénéficié.
-          Et vous avez accepté ?!
-        A notre sortie du camp, nous étions déjà des tueurs. Mon père n'a fait que nous permettre de nous perfectionner. Et puis, en ce qui me concerne, je voulais devenir cette tueuse redoutable crainte de tous.
-          Mais pourquoi ?!
-          Pour être imbattable Roy. Pour pouvoir me lancer sur le chemin de la vengeance sans craindre d'y perdre la vie. Devenir un prédateur si dangereux que personne n'ose plus jamais s'en prendre en moi... et qu'aucune de mes cibles ne puisse m'échapper. Tu crois qu'on aurait pu se venger et venir vous sauver si on était sorti de l'ombre ?
-          Vous auriez pu choisir de renoncer et de profiter de votre vie.
 
Diego éclata de rire en guise de réponse avant de prendre la parole.
 
-          Renoncer ? Non, jamais. Tu ne comprends pas mon frère... Tout le monde était gagnant. Nous, on pouvait acquérir des compétences qui nous permettraient de toujours survivre... et son père pouvait utiliser nos talents pour ses projets.
-          Quoi, vous êtes de son côté ?!
-          Je l'étais, confirmai-je. En fait... à la base, je suis une tueuse à gages. Je tue sur contrat.

Roy ouvrit de grands yeux, tout étonné,  ne croyant pas mes paroles. Je savais ce qu'il pensait.

-          Je ne comprends pas... tuer pour de l'argent... ça ne te ressemble pas Prue, dit-il sombrement. Tu n'as jamais voulu tuer sur demande... l'autre soir tu disais que tu tuais des criminels.
-         C'est ce que je fais. Mes cibles ne sont jamais innocentes. Je ne tue que les monstres qui le méritent. Ça rapportait des Gallions à mon père pour ses projets... et moi ça me défoulait. En plus à l'époque, je croyais en ses idées. Aujourd'hui, je ne travaille plus pour mon père, car j'ai compris qu'il avait tort de vouloir bâtir un empire basé sur la domination absolue des sorciers.
-          Est-ce parce que tu ne pouvais pas t'en prendre aux bourreaux que tu t'es reportée sur d'autres « monstres » ?
-          Je le fais parce que j'en éprouve le besoin. Parce que je défends un idéal de justice. Quand je lis dans les journaux qu'un tueur en série échappe aux flics pendant des années... qu'un meurtrier sort d'un procès blanchi par un avocat véreux... chaque fois qu'un monstre croise ma route, je ressens l'envie de le traquer. De lui faire payer.
-          Comme lorsque tu t'en prenais aux bourreaux...
-          Mon passé a clairement influencé la personne que je suis devenue. Tout comme les valeurs que j'ai choisies de défendre. Mais aujourd'hui, même si nous nous sommes enfin vengés des bourreaux du camp... je ne rangerai pas ma lame pour autant. Tu peux trouver ça abjecte, mais je t'assure que je porte ce masque avec fierté.

Roy m'adressa un sourire entendu.

-          Je ne te juge pas Prue. Et je me doute bien que tu dois avoir des raisons d'agir comme tu le fais. Tu n'as jamais été injuste dans tes choix alors... si être Tracker fait ta fierté, c'est que ta cause vaut la peine d'être défendue. C'est juste que... lorsqu'il m'arrivait d'imaginer comment je vous retrouverais tous les deux... ce n'était pas en tant que tueurs.
-          Lorsque tu auras mis le nez dehors, et que tu sauras ce qu'il se passe... tu comprendras, assura Diego.
-          Ça ne pourra jamais être pire qu'au camp.
-          Ça c'est sûr.
-          Et sinon, vous faites quoi d'autre de votre « temps libre » si j'ose dire ? Vous ne passez pas vos journées à tuer ?
 
Je pouffai à sa façon de dire ça.
 
-          Non non... moi à part ça, je suis apprentie Auror.
-          Auror ?
-        Traqueur de mages noirs si tu préfères... les meilleurs chasseurs des pires prédateurs. Mais pour l'instant, je suis seulement flic. J'ai intégré la Brigade Criminelle depuis peu. Je travaille avec Moser justement.

Roy écarquilla les yeux.

-         Attends... Tu es à la fois une tueuse qui défend une justice extrémiste... et flic ?
-      Dans les deux cas, je sers la même cause, plaisantai-je avec un clin d'½il. Seules les méthodes changent.

Il hocha la tête, impressionné.

-           Et toi Diego ?
-          Moi, je continue à travailler pour son père. J'ai également mes petites activités en dehors. Mais contrairement à Prue, qui est entre l'ombre et la lumière, moi je n'ai pas encore trouvé ma place... au soleil.
-          Je suis certain que tu la trouveras. Mais pourquoi est-ce que tu continues à travailler pour son père ? D'après le discours de Prue l'autre soir, ce sont des extrémistes très dangereux.
  -         C'est une longue histoire Roy. Dis-toi simplement que j'ai mes raisons, et que ça ne m'amuse pas de bosser pour lui.

Je serrai la mâchoire en pensant aux paroles de Diego. Contrairement à moi, qui avais réussi à conjuguer tant bien que mal une vie normale avec celle du crime, Diego n'avait jamais réussi à sortir du monde des ténèbres. Pourquoi ne faisait-il pas l'effort de remonter vers la surface, ne serait-ce qu'en abandonnant mon père ? Pourquoi restait-il avec lui alors qu'ils se détestaient tous les deux, et qu'il se fichait des projets de mon père ? Je ne comprenais pas sa décision, et il refusait de s'expliquer chaque fois que j'essayais d'en parler.

-      Tu disais que l'amour et l'amitié pouvaient nous aider à guérir, reprit Roy en me regardant. Ça sent le vécu, non ?
-        Oui... lors d'une mission pour mon père, j'ai rencontré un groupe de garçons de mon âge, expliquai-je.
-          En fait, c'était ses cibles, précisa Diego.
-         Oui... Je devais m'en rapprocher pour gagner leur confiance, et les manipuler plus tard. Bref. Le truc, c'est que mes sentiments sont devenus sincères... je suis vraiment devenue amie avec eux... et amoureuse de l'un d'entre eux.
-           Wouah... ton père a dû être ravi dis donc !
-           C'est la raison de ma « démission ».
-            Et... comment ça se passe ?
-           Mon père m'en veut à mort. Mais je suis heureuse avec mon homme... alors ça n'a pas de prix. Il... il m'a transformée.
-          J'ai presque eu peur qu'il fasse de la louve sauvage une chienne de salon, taquina Diego avec un fond d'amertume.
-            Il sait pour toi ? demanda Roy.
-          Bien sûr que non. Il ne sait rien de la tueuse que je suis... ni de ce que j'ai vécu au camp.
-         Et la raison à ça est très simple, intervint Diego. C'est un flic lui aussi. La seule différence avec Prue... c'est que c'est un vrai.

Roy me regarda avec surprise.

-         Sacré challenge... mais n'as-tu pas peur que tes mondes finissent par se croiser ?
-         Je fais tout pour que ça n'arrive pas en tout cas.
-         Et toi Diego ? Une minette en vue ?
-      Pas une minette mon frère, mais une magnifique tigresse... l'ennui, c'est que son c½ur n'est pas libre... elle préfère être une louve.  
 
Je sentis une pointe s'enfoncer dans ma poitrine, comme à chaque fois.
 
-          Ah... ça, c'est plus embêtant. Elle sait ?
-          Oui.
 
Je baissai les yeux, le regard se perdant un peu dans le vide.
 
-          Attends une minute... il parle de toi ?! s'étonna Roy.
-          ...Oui, avouai-je.
-      J'ai commis l'erreur de partir en Italie pour découvrir la vérité sur mon passé, expliqua Diego. A mon retour, ma chère Prudence avait déjà commencé à chavirer pour sa cible. Si j'étais resté...
-          Cesse de te torturer Diego, coupai-je en me levant.
-          Où vas-tu ? demanda Roy.
-          Me coucher. J'aimerais profiter du week-end pour en avancer avec vous tous.
 
Je quittai la pièce sans m'attarder davantage, le c½ur à vif. C'était ma faute si Diego souffrait. Ça me tuait de ne pas réussir à le détourner de moi. Je pourrais bien intervenir dans son esprit pour dresser des barrières dans ses sentiments à mon égard... mais ce serait un abus de pouvoir. Je soupirai en me laissant tomber sur le lit, mais ne parvins pas à m'endormir avant un moment. Ça m'énervait d'ailleurs, car je devais absolument retrouver ma forme.

 

Alors que je fermais les yeux, me sentant enfin emportée par la fatigue, j'entendis un bruit sourd qui me ramena dans la réalité. J'avais un peu de mal à me décider à me lever maintenant que j'étais bien calée, mais la curiosité l'emporta. Je sortis donc de la chambre, et me dirigeai vers la porte sous laquelle je pouvais voir une faible lumière filtrer. Je collai mon oreille à la porte, mais n'entendis rien. Je frappai discrètement, voulant m'assurer que tout allait bien. Pas de réponse. Bizarre. Après encore un instant d'hésitation, je me décidai à entrer. Je m'arrêtai nette, frappée de voir un jeune évadé effondré au sol, dans son sang. Mes yeux restèrent figés sur les profondes entailles qu'il s'était creusées, et je pris enfin conscience... à quel point le retour à la réalité pouvait être dur pour certains d'entre eux.  Le jeune redressa la tête en me voyant. Je lus dans ses yeux le désespoir. Il secoua la tête, comme pour me demander de ne pas m'approcher. Pourtant je le fis. Je sortis enfin de ma stupeur en allant me jeter à côté de lui, sortant ma baguette pour le soigner avant qu'il ne finisse de se vider.
 
-              Ne me sauvez pas, supplia-t-il. Je ne veux plus vivre.
-          Tu as survécu à l'enfer, ce n'est pas pour mourir maintenant que tu peux être heureux.
-          Je n'ai plus rien... Je ne suis rien...
-          Je te promets que tu ne pourras plus dire ça dans quelques temps.
 
Je lui lançai un sort, malgré ses protestations désespérées. Les plaies se refermèrent alors que l'évadé n'était plus capable de parler, secoué de sanglots. Je rangeai ma baguette, essayant de faire redescendre l'adrénaline montée en flèche face à ce terrible spectacle. Je le pris dans mes bras, dans une étreinte silencieuse.

 

Cet évadé s'appelait Timothy si je ne le confondais pas. Il avait appris que ses parents étaient morts en 1972. La mère avait mis fin à ses jours à l'aide de médicaments. Le père, en la découvrant, s'était pendu. Timothy avait été sous le choc en l'apprenant, lui qui avait tant espéré revenir chez lui un jour. Mais jamais je ne me serais attendue à ce qu'il veuille déjà les rejoindre. Tous les évadés n'étaient pas comme Diego, Roy ou moi... qui avions une rage de vivre nous permettant de nous hisser au-dessus des dures épreuves de la vie. Ces jeunes n'avaient pas tous notre force mentale, ni notre détermination. Ils étaient encore fragiles. Ils devraient revenir à la réalité lentement, car elle pouvait être destructrice.

 

Je fermai momentanément les yeux en repensant à l'article de la Gazette... 1972 avait marqué l'année où la population anglaise avait découvert le sort réservé aux enfants portés disparus. Etait-ce en apprenant cette effroyable nouvelle que la mère avait cédé au désespoir ? Je craignais que ce soit le cas. Mais pas question que Timothy l'apprenne. Il était déjà suffisamment sous le choc, pas la peine qu'il se sente coupable de la mort de ses parents. L'ombre de Jeff apparut devant mon regard, me serrant la gorge. Je chassai son souvenir... ne voulant pas retourner dans cette cellule où j'avais assisté à sa mort avec impuissance. Aujourd'hui, j'avais rattrapé l'erreur commise par ce jeune. Au début il m'en voudra. Mais je jurai qu'un jour... il m'en remerciera. Je lui redonnerai goût à la vie. A lui comme aux autres, je leur prouverai que même lorsqu'on a tout perdu, la vie mérite toujours autant d'être vécue jusqu'au bout.








Chapitre 6 : Retour à la réalité
 
Hello ! Me revoilà pour le chapitre 6 !  J'espère qu'il vous a plu, parce que les chapitres sont durs à écrire en ce moment. Outre le manque de temps, c'est un passage compliqué à imaginer dans la vie des personnages.
Mes examens étant terminé, je respire un peu plus... mais j'ai quand même pas mal de boulot de manière régulière et une vie perso assez chargée en ce moment, alors je peux vous assurer que je réalise des exploits pour continuer à vous publier des chapitres aussi longs.
Bref, trêve de blablatage. Qu'avez-vous pensé de ce "retour à la réalité" ?
Bisous et à bientôt !

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.92.197.82) if someone makes a complaint.

Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    J'ai eu le grand frisson en lisant ce chapitre. J'ai cru que prudence allait être découverte..à qui au final révéra t-elle son identité si elle le fait un jour, pourra t-elle être complètement elle même ?

  • evanalinch-lunalovegood

    27/03/2015

    Trop bien. Vive les frissons. Franchement je suis contente qu'ils les aident à aller de l'avant et j'espère qu'un jour la vérité sur prue halliwell refera surface et qu'elle pourra se montrer sous son vraie nom

  • Hurricany

    17/02/2015

    Désolé d'avoir mit autant de temps pour laisser une review ! Super chapitre, la suspicion de Moser m'a vraiment fait frémir, mais je comprends le besoin de savoir ce qui est arrivé à sa fille! Vivement que l'on revoit Remus !

  • MikaWolfeHP

    16/02/2015

    Wow! Vraiment impressionnant tout ça :) cesoir derniers temps onte été chargé pour moi aussi! Mais je lis enfin ton chapitre 6. Très bon!!! Jack s'en vient :D Hâte de voir comment ils vont redonner goût à la vie à tout ces jeunes!!!

  • harry-potter-8-fic

    16/02/2015

    excellent chapitre.
    Moser est vraiment très fort

  • Selenba

    14/02/2015

    Pauvre Moser mais il m'a fait peur lorsqu'il a commencé à sous-entendre que Prue devait être dans le coup! Enfin encore un super chapitre et maintenant que le camp n'existe plus elle va pouvoir se lancer à la chasse aux bonhommes :3 Encore un super chapitre! Bisous

  • clochinettedu76

    09/02/2015

    Toujours super !
    J'ai cru pendant un instant que la véritable identité de Prue, son passé... soit découvert par Moser ! A mon avis elle va devoir sérieusement se méfier de lui car il est capable de trouver d'autres infos sur elle et son passé je le sens !
    Ca a du faire un choc à Lyall quand il a vu le nom de Tracker dans le journal, lui qui croyait qu'il ne la verrait plus ni n'entenderait plus parler d'elle, du moins officiellement !

    L'article de la gazette... Super !! Ca prouve qu'il y en a eu vraiment énormement d'enfants enlevés... Et puis l'histoire de Moser... Le monde est si petit !

    Je sens que le retour à la réalité va etre compliqué pour certains d'entre eux, notamment le petit Timothy ! Je suppose que Prue va le prendre sous son aile, un peu comme elle l'avait fait avec la petite dans le chapitre précedent !

    Voila je crois que j'ai rien oublié de dire, mis a part que c'etait vraiment super comme chapitre ! J'ai hate de lire le prochain ! D'ailleurs, il sera publié cette semaine ou la semaine prochaine ?

  • lolapoc

    07/02/2015

    Yourou!!!
    Toujours aussi super, c'est hallucinant comment le monde est petit. je sais pas depuis combien de temps je suis ton histoire mais ça fait un moment,c'est toujours aussi super bien écrit continue surtout. :-)

  • Visiteur

    05/02/2015

    Re ! C'est toujours #Bouboudu56 ;) wah /?! L'histoire du camp et des prisonniers me révolte ! J'qi juste envie de me suicider la... Mais franchement c'est déprimant ton histoire :(m'enfin j'aime quand même ! Très bon chapitre je trouve, juste un peu triste de me dire que malheureusement il y aura toujours des gens qui nous qiment pas ppir nous dénoncer... la je me situe dans l'histoire hein ! Bon sinon bonne continuation et bon courage pour la suite :*

  • crucio-black

    05/02/2015

    Hullo!

    Le retour à la réalité se fait assez brusquement, avec les soupçons de Moser. J'aime son esprit de déduction, il égale Prue, je crois! x) Comme le monde est petit, et dire que la fille de Moser était la s½ur de c½ur de Prue, Diego et Roy!

    Intéressant de voir le point de vue de Lyall sur les agissements de "sa sauveuse". Je me demande s'il va finir par découvrir que c'est l'amoureuse de son fils... Avant que les autres ne s'en rende compte, je veux dire (car j'imagine que quelqu'un va bien finir par faire le lien).

    Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais sûre qu'un des rescapés allait finir par se suicider. Ouais, je suis super optimiste dans la vie... 👍Contente que Prue ait réussi à le sauver, quand même.

    À part ça, j'ai bien aimé l'explication de Prue à Roy sur son statut de tueuse. Ça peut paraître idiot, mais ça fait une bonne synthèse de l'histoire globale, et surtout des valeurs de Tracker.

    Vivement le prochain chapitre (mais prend quand même tout le temps qu'il te faut =P), je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre pour la suite, peut-être des représailles des autres "filiales" liées au camp ou je ne sais pas trop comment les appeler... Ou encore un retour dans le décor de Voldemort... Ou une surveillance accrue de Moser (ce qui risque d'arriver en parallèle avec autre chose).

    Bref, à la prochaine!

Report abuse