Chapitre 7 : Indétournable

« Il y a deux choses qui me rendent sourde à tous conseils... l'amour et la vengeance. En leur nom, rien ne peut m'arrêter... rien ne peut me détourner de mes objectifs. En leur nom, quand je prends une décision, c'est jusqu'au bout. Quels que soient les risques ou les conséquences »
Chapitre 7 : Indétournable

 
| 26 avril 1979 |
 
Je prenais mon petit-déjeuner en solitaire, jusqu'à ce que des bruits de pas me sortent de mes sombres pensées. J'étais encore troublée par la tentative de suicide de l'un de mes protégés. Je lui avais administré un puissant somnifère pour qu'il reste tranquille jusqu'au soir. J'hésitai un moment avant de me retourner, craignant de me retrouver face à Diego. Je me sentais tellement mal par rapport à lui. C'est lâche, mais ce fut donc un soulagement de voir Roy. Je souris en remarquant qu'il s'était rasé pour se laisser une fine barbe et qu'il s'était coupé les cheveux. Moi qui l'avais toujours connu crasseux, avec des cheveux longs et la naissance d'une barbe d'adolescent, j'avais l'impression de le redécouvrir. Le tee-shirt moulant qu'il s'était mis faisait ressortir sa musculature, développée par des années de combats. Ses yeux marron clair pétillaient sur son visage doux. Cette image de lui m'émerveilla. Je me rendis compte que si je ne l'avais pas connu au camp, je n'aurais pas deviné le jeune homme brisé qu'il était. Malgré ce qu'il avait vécu, il avait toujours le sourire scotché aux lèvres. Il avait cette rage de vivre au fond de lui qui le protégeait du désespoir.
 
- Déjà réveillé ? lançai-je pour amorcer la conversation.
- Je n'ai pas encore pris l'habitude de dormir longtemps.
- Tu as l'air très en forme pourtant, dis-je en lui faisant signe de s'asseoir.
- Merci. Moi en revanche, je ne peux pas en dire autant de toi... qu'est-ce qu'il se passe ? Diego ?
- En partie, oui...
- Je t'avoue que je ne m'attendais pas à ce que cette femme rêvée soit toi. Enfin je veux dire... je pense que tu dois en faire rêver plus d'un, mais Diego et toi, à mes yeux... vous êtes frère et s½ur. C'est ce que nous nous étions dits... je n'imaginais pas que ça puisse changer un jour.
 
Je déglutis en détournant mon regard vers la fenêtre.
 
- A notre retour du camp, la barrière fraternelle est tombée progressivement, presque sans que l'on s'en rende compte, expliquai-je. Quand j'ai compris que mes sentiments pour lui avaient changé, j'ai réagi comme toi. Je n'arrivais pas à y croire. Ce n'était pas possible. Il était mon frère. Pas de sang, certes, mais c'était pareil. Il me semblait intouchable. Et puis, j'étais en train de construire... Tracker. Je me voulais froide, insensible... louve solitaire. A l'époque, je pensais qu'une tueuse redoutable ne pouvait pas accorder la moindre place aux sentiments. Diego a dû penser pareil de son côté, car on avait beau être inséparables et complices, on respectait une certaine distance.
- Mais ça a changé avec ta mission à Poudlard...
- En vrai, ça a changé avec Remus.
- Le fameux.
- Diego t'en a parlé ?
- Très peu. Il m'a juste dit que ce mec avait un pouvoir incroyable sur toi.
- Et ce dès que je l'ai vu... il est le loup-garou qui nous a sauvés lors de l'évasion.
 
Roy sursauta, étonné, me décochant le sourire. Oui, le monde était vraiment très petit. Moi-même j'avais halluciné en reconnaissant Remus pour la première fois.
 
- T'es sérieuse ?!
- Oui. Pendant des années, j'ai tenté d'enfouir mon passé, ou du moins de vivre comme si j'avais surmonté tout ça. Je ne laissais jamais rien paraître, je maîtrisais toujours tout et tout le monde. J'étais le prodige du crime. Un véritable phénomène. Aux yeux du monde criminel, j'étais le « Fantôme de la Mort ». La lame la plus tranchante du pays. Personne ne pouvait imaginer le genre d'humaine que j'avais pu être à une époque... et je l'ai oublié moi aussi. Mais avec Remus, le mythe de la tueuse insensible que j'avais crée et en lequel tout le monde croyait – même moi – est tombé d'un coup. Comme ça. Le masque s'est fissuré rien qu'en croisant son regard. Sans le savoir, il me renvoyait dans le passé en me rappelant cette terrible nuit. Et ça a fragilisé la carapace que je m'étais forgée. Je ne pouvais tout simplement pas rester imperturbable.
- Il ne t'a pas reconnue ?
- Je lui étais familière, mais il n'a pas réussi à se souvenir. Les lycanthropes – c'est ainsi qu'on appelle les loups garous – délaissent leur esprit humain lorsqu'ils sont dans la peau de l'animal.
 
J'eus un faible sourire en repensant à ma rencontre dans le train avec Remus.
 
- C'est le mystère de cette nuit qui nous a attirés au début. Lui était persuadé de m'avoir déjà vue auparavant, et moi j'étais trop perturbée pour lui faire croire le contraire. J'avais beau être une excellente comédienne, avec lui j'étais moins talentueuse. De mon côté, je me demandais pourquoi il m'avait épargnée lors de cette nuit, alors que les loups garous perdent toute conscience une fois métamorphosés. Bref, chacun avait une part de mystère pour l'autre. A partir de là, on a continué à se fréquenter comme si de rien n'était... sans jamais parvenir à nous ignorer vraiment. Il profitait de la moindre occasion pour tenter d'en savoir plus sur moi... sans jamais se lasser de se heurter au même mur. Et moi, j'étais incapable de le repousser franchement. Finalement, une sorte de jeu de provocation s'est installé entre nous, à base de « suis-moi je te fuis ». Ça me rendait dingue.
- Pourquoi ?
- Parce que j'étais censée être une manipulatrice, envoyée pour intégrer les rangs ennemis. A la place, je me suis engagée dans un jeu dangereux où j'ai fini par me perdre. Les rares fois où j'ai tenté de reprendre le contrôle ont aggravé ma situation. Alors j'ai laissé faire... et j'ai fini par oublier la véritable raison de ma présence à Poudlard. Je n'avais pas la sensation d'être en mission. Je prenais du plaisir à être dans cette école, au milieu de cibles que j'aurais dû haïr en secret. Et je me sentais mal.
- Tu te sentais mal... d'être bien ?
- Apprécier mes cibles était une haute trahison envers mon père... et avoir des sentiments pour Remus en était une envers Diego.
- Tu t'es retrouvée piégée entre deux mondes quoi.
- Exact. Et je ne savais pas lequel choisir. Le monde que j'avais toujours connu n'avait aucun secret pour moi. Le chemin était déjà tracé, je n'avais qu'à le suivre. Je maîtrisais pleinement cet avenir-là. J'avais déjà fait mes preuves... j'avais ma place, qui était destinée à monter encore. Mais au fond, je sentais que c'est l'inconnu qui m'attirait. Je ne voulais pas m'éloigner des personnes qui étaient capables de me faire vivre... normalement. Les Maraudeurs m'avaient changée... en bien. Je ne pouvais pas le nier. Et puis, les vacances d'été sont arrivées, et je suis retournée à temps plein dans le monde du crime. Je me suis rendue compte que je ne me sentais plus tellement à ma place auprès de mon père. Diego est revenu à la même période. Les choses ont changé entre nous à cause de moi. Les Maraudeurs, et Remus en particulier, avaient réussi à trouer ma carapace. Résultat, j'avais un peu délaissé ce rôle de la femme froide implacable et inaccessible. J'étais au contraire plus expressive. Alors tu imagines quand j'ai retrouvé mon frère parti pendant un an... il m'avait tellement manqué que j'ai oublié de maintenir les barrières. On s'est beaucoup rapproché.. au point de franchir les limites fraternelles.
- Tu n'étais pas déjà amoureuse de Remus ?
- Disons que je n'avais pas encore accepté mes sentiments pour lui. Il me troublait, c'est clair, et j'adorais les moments qu'on partageait ensemble... j'étais accro sans vouloir l'admettre... mais je ne savais pas trop où j'en étais. Remus pouvait être une amourette sans importance... je ne pouvais pas tout plaquer pour une relation qui n'avait que très peu d'avenir. Il fallait que je sois sûre de mes sentiments. Finalement, c'est ma courte aventure avec Diego qui m'a permis d'y voir plus clair.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai toujours eu des sentiments pour Diego. Je les refoulais par respect... mais je l'aimais, je n'arrivais pas à rester indifférente. Aujourd'hui encore, ce n'est pas le cas. Il... il y a cette part de moi qui l'aimera toujours. Seulement, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Remus... même quand j'étais avec Diego. Je n'ai pas donné suite à notre relation, mais j'avoue avoir été ambigüe par moments... parce que j'étais moi-même en pleine phase de doutes. Et puis, il y a eu une succession d'évènements très intenses qui m'ont fragilisée à la rentrée scolaire. J'ai fini par me fatiguer de me battre contre moi-même. J'avais déjà suffisamment de combats à mener ailleurs. Alors j'ai accepté de suivre mes envies... et de laisser mes sentiments s'exprimer.
- Et tu étais bien.
- Oh que oui. Je me sentais bien. Avec Remus. Avec les autres. Je ne me retenais plus de rire ou d'entrer dans leur jeu pour resserrer davantage nos liens. J'étais moi-même, et je me sentais plus légère.
- Tu oubliais le masque que tu t'étais forgé.
- C'est bien plus que ça... j'étais en train d'en forger un autre. En renouant avec la fillette que j'avais été, la louve assoiffée de sang s'est adoucie. Au début je ne l'ai pas trop accepté... je ne voulais pas m'éloigner de la Tracker que j'étais devenue. Parce que ça aurait voulu dire remettre en cause tout ce en quoi je croyais... moi y compris. Mais finalement, j'ai bien fait. En plus de me remettre en cause, ça m'a permis de rétablir l'équilibre entre humaine et tueuse. Et je trouve que cette révision du dosage entre les deux facettes m'ont finalement permis de devenir l'assassin que je voulais. Crainte et redoutable, certes... mais juste et fidèle à mes valeurs. L'ennui, c'est qu'en faisant cela, outre le fait de perdre mon père... j'ai remis brutalement une barrière entre Diego et moi, sans qu'il s'y attende. C'est surtout ça que je regrette. J'aurais dû lui avouer dès son retour dans quelle situation j'étais... ce que je pensais réellement de cette mission et de mon père... je regrette de ne pas avoir été transparente avec lui. C'est à cause de mon manque de franchise qu'il souffre encore. Ses sentiments ne se sont jamais atténués. Et je ne sais pas quoi faire pour le détourner de moi.
- Tu n'y arriveras pas. Il faudra que ça soit sa décision. Toi, tu ne peux rien faire.
- C'est lui qui t'a dit ça ?
- Non, mais je l'ai compris. Il t'aime vraiment. Alors à moins qu'il rencontre une autre femme de ta trempe... ça va être difficile de « le détourner de toi ».
- Je ferais n'importe quoi pour y parvenir pourtant.
- Maintenant que je suis là, je vais essayer de le faire sortir un peu. Moi ça me fera découvrir le monde, et lui des rencontres.
- Bonne idée.

Il m'adressa un sourire réconfortant, et je dois bien avouer que ça me faisait du bien d'en avoir parlé avec lui. Jusqu'à maintenant, Diego n'avait que moi dans sa vie. Avec le retour de Roy, il pourra peut-être partager d'autres moments, entre hommes, qui l'aideront à avoir une vie sociale.

- Tu disais que Diego n'était qu'une partie de tes soucis... qu'est-ce qu'il se passe ?
- Timothy a fait une tentative de suicide hier soir. Je l'ai sauvé in extremis.
- Tu as su pourquoi ?
- Il a appris que ses parents étaient morts... ça l'a achevé. Et ça peut se comprendre. Il espérait retrouver les personnes qui lui étaient chères en sortant de cet enfer... mais ses parents se sont tués il y a bien longtemps.
- Oh, le pauvre.
- Oui. Donc va falloir garder un ½il très attentif sur les évadés, parce que même s'ils ne le montrent pas tous, ils sont fragiles, et la moindre pensée noire peut les faire basculer lorsqu'ils se retrouvent seuls.
- Où est Timothy ?
- Dans sa chambre, je lui ai filé un somnifère.

Roy soupira, attristé.

- Ça te dit une petite balade en ville ? proposai-je pour égayer un peu notre matinée.
- Avec plaisir !

Je l'amenai donc à Pré-au-Lard après avoir failli lui faire rejeter le petit-déjeuner à cause du transplanage.

- Désolée vieux, je me suis tellement habituée à cette sensation que j'en ai oublié à quel point ça remue les tripes au début.
- C'est rien, ça va... on est où là ?
- Pré-au-Lard. C'est la seule ville 100% sorciers. Dans les autres, il y a une cohabition avec les moldus.
- Comment ça se passe ?
- Bien. Les moldus ne savent pas qu'on existe. Les propriétés sorcières sont la plupart du temps invisibles. On vit dans l'ombre.
- Ok. Et le château là-bas...?
- C'est Poudlard, l'école pour sorciers dont je t'ai parlé. J'y ai passé deux ans.
- Ça a l'air immense.
- Ça l'est. Viens, je vais te faire visiter.

Je marchai tranquillement aux côtés de Roy, parcourant Pré-au-Lard tout en discutant. Je l'amenais dans des lieux connus, je lui indiquais les bonnes adresses, et les endroits à éviter. Tout en se baladant, je lui racontais un peu l'histoire de l'Angleterre, du monde de la sorcellerie, des moldus, ainsi que de la situation actuelle du pays. Il était primordial qu'il en sache un minimum pour ne pas avoir l'air de débarquer d'un autre monde lorsqu'il sera libre.

- La guerre est inévitable alors ? me demanda-t-il.

Je venais de lui raconter les évènements touchant à l'Armée du Mal. Je lui avais parlé du Seigneur des Ténèbres, qui était aussi mon père, des Mangemorts... et de tous ces fantômes pour l'instant discrets qui menaçaient de sortir de l'ombre pour frapper fort.

- L'Angleterre ne le sait pas encore. Moi je suis au courant, parce que ce mage noir est mon père, et que j'appartiens au milieu criminel. Mais, oui, la guerre me semble inévitable. Une guerre qui sera sanglante. Il faudra que tu sois un excellent duelliste avant qu'elle éclate.
- Ouais, comme ça je pourrai leur botter le cul à ces abrutis. Même pour moi qui ai été victimes de moldus, je trouve leurs propos de « purificateur » inconcevable. Comment as-tu pu défendre cette cause ?
- J'avais la tête remplie de fausses idées. Je pensais vraiment que les nés-moldus étaient des voleurs, du coup je croyais rétablir la justice. C'est la mission à Poudlard qui m'a ouvert les yeux sur la vérité. Cela dit, doucement avec ton côté rebelle. Tu n'es plus au camp ici. Les Mangemorts ne sont pas comme nos bourreaux. Ils ne cherchent pas à plier la résistance. Ils la détruisent. Si tu t'engages dans cette voie, tu feras face à des sadiques très bien entraînés qui n'hésiteront pas à te tuer.
- Fort heureusement pour moi tu m'auras appris à me battre d'ici là, me dit-il avec un clin d'oeil.
- Et pour ça, il va te falloir une baguette !
- Je me souviens à peine de celles qu'avaient mes parents.
- Je t'apprendrai à t'en servir aussi bien que d'une arme à feu.

J'avais fait face au même problème à ma sortie du camp. J'étais douée dans le maniement des lames, des armes à feu, des explosifs... et de tout objet pouvant servir à attaquer. Il m'avait fallu du temps pour maîtriser la magie aussi bien que les armes moldues. Les réflexes n'étaient pas les mêmes, et la façon d'agir non plus.

- Tu seras un bon sorcier, ajoutai-je. J'y veillerai.

Il me sourit et je le lui rendis. Je ne le laisserai pas tomber. Je ferai en sorte qu'il puisse s'en sortir, quels que soient ses choix d'avenir.

- On va encore devoir transplaner, prévins-je.
- Il n'existe pas des moyens de déplacement moins... oppressants ?
- Tu peux voler sur un balai ou sur un animal... mais ce serait beaucoup plus long. Le transplanage est pénible, mais ça te permet de parcourir de grandes distances en quelques secondes.

Roy soupira.

- Tu t'y feras, assurai-je.

Je l'attrapai par le bras et l'amenai sur le Chemin de Traverse. Il fallut à nouveau quelques secondes à Roy pour s'en remettre.

- Si tu continues à perdre tes couleurs, on va finir par te prendre pour un Inferi, plaisantai-je.
- C'est quoi ce truc ?
- Un cadavre... animé par magie.
- Très drôle. Où sommes-nous cette fois ?
- Sur le Chemin de Traverse. Si tu as besoin d'acheter quelque chose, c'est ici que tu le trouveras à coup sûr. Il y a des boutiques de toutes sortes... que ça soit en vêtements, fournitures scolaires, et même objets maléfiques. Mais je te déconseille d'aller dans ce genre de boutique.
- Dit la sainte.
- Hé, moi je n'achète pas. Je fabrique.
- T'es sérieuse ?
- Je suis une experte, dis-je avec un clin d'½il. Non en vrai, j'ai besoin de sur-mesure. Et puis acheter, ça laisse des traces. Avec les flics, ce n'est pas prudent.
- On va laisser ce sujet de côté si tu veux bien.

Arrivés devant la devanture délabrée d'Ollivander, j'invitai Roy à me suivre à l'intérieur. Il y avait déjà une cliente, qui essayait sa baguette. Je mis mon bras devant Roy pour l'inciter à rester en retrait.

- Les baguettes sont capricieuses quand elles ne sont pas utilisées par la personne qui leur convient, dis-je tout bas.
- Tu en parles comme si elles étaient vivantes.
- Elles ont une âme. La première chose que tu apprendras, c'est que c'est la baguette qui choisit son sorcier. Chacune d'elle a une composition bien précise, qui lui confère des caractéristiques. Des caractéristiques qui doivent correspondre au sorcier. Quand j'ai voulu en acheter une, je pensais avoir une baguette en bois de rose, avec un c½ur à base de serpent ou de dragon... j'ignorais la signification des compositions alors je m'étais seulement basée sur mes goûts. Mais les baguettes correspondantes ne m'obéissaient pas totalement. Après plusieurs essais, j'ai laissé Ollivander faire son travail. C'est finalement le bois d'ébène qui me convenait le mieux.
- Ça a quoi comme caractéristiques ?
- Baguette de combat et de métamorphose.
- « Le parfait propriétaire d'une baguette d'ébène est quelqu'un qui restera toujours fidèle à ses convictions, quelle que soit la pression exercée sur lui, et ne se laissera pas détourner facilement de ses objectifs » récita Ollivander, qui avait visiblement prêté une oreille attentive à notre conversation en ramenant une boite à sa cliente.

Roy m'adressa un sourire entendu.

- Une baguette qui te va effectivement à merveille.
- J'ai hâte de savoir en quoi sera faite la tienne.

La jeune femme agita la baguette proposée, et je ne sus par quelle maladresse elle parvint à s'expulser toute seule en arrière, finissant dans une pile de boites de baguettes. Je me retins de rire, tandis que Roy regardait avec étonnement la cliente encastrée dans les boites. Il finit par sortir de sa surprise et alla l'aider à se relever, avant de revenir vers moi.

- Cet endroit me laisse perplexe, me glissa Roy.
- Ne te fie pas aux apparences. Le propriétaire a beau paraître aussi antique que sa boutique, les baguettes qui sont vendues ici sont les meilleures.

C'est sûr que la boutique avait de quoi laissait dubitatif. Sombre, étroite, des milliers de boites empilées sur des étagères couvertes de poussière... Mais ce bon vieux Ollivander connaissait mieux que quiconque les baguettes. Il était capable de dénicher celle qu'il fallait pour chaque client... après quelques tests.

- Essayez plutôt celle-là, dit Ollivander en présentant une nouvelle baguette à sa cliente ébouriffée.
- Vous êtes sûr ? demanda cette dernière, visiblement pas partante pour un nouveau décollage.

Le vieil homme haussa les épaules en ouvrant la boite, lui présentant la baguette qui était à l'intérieur. Nouveau coup de poignet... et cette fois c'est une armoire qui fut touchée. Elle commença à tomber en avant, mais je la remis en place tout en retenant les boites d'un mouvement de baguette.

- Bon réflexe Miss Hunt, salua Ollivander pas plus alarmé que ça par les expériences désastreuses de sa cliente. La plume du loup ailé rend votre baguette toujours aussi réactive.

La mémoire de ce vieil homme m'impressionnera toujours. Il était capable d'identifier le propriétaire d'une baguette à partir de ses caractéristiques.

-   Plume de loup ailé ? répéta Roy en me regardant.
- Convient aux protecteurs ayant un instinct aiguisé. Baguette très précise. Normalement, Ollivander privilégie les ingrédients issus de dragon, de licorne ou de phénix. Mais le loup ailé est vraiment ce qui me correspondait le mieux.

Au bout de la troisième tentative, la cliente trouva enfin la baguette qui l'acceptait. Elle paya donc en vitesse en remerciant le fabricant, comme si elle craignait un retournement de situation.

- Que puis-je faire pour vous ? demanda Ollivander en venant vers nous. Ce n'est certainement pas votre baguette qui vous joue des tours, n'est-ce pas ?
- Non, c'est ce jeune homme qui en a besoin.
- Oh, vous avez cassé la vôtre ? lui demanda le fabricant, ne pouvant imaginer qu'un homme de son âge n'en ait jamais tenu dans ses mains.
- Un duel un peu trop explosif, répondit Roy.
- Je vois. Bon. Vous vous souvenez de la composition ?
- Non, s'excusa Roy.
- Alors testons. Essayez celle-là. Bois de Genêt et ventricule de dragon. 20,5 cm.

Roy prit la baguette prudemment, me décochant le sourire. Il l'agita doucement, balayant les vieux livres qui recouvraient le comptoir.

- Je suis désolé, s'excusa Roy confus.
- Ce n'est rien. Voyons voir...

Le fabricant resta planté devant une haute étagère, son regard balayant les innombrables boites à mes yeux toutes semblables. Comment diable arrivait-il à les différencier ?

- Je sais ! Celle-ci devrait vous convenir. Bois de figuier et crin de licorne. 21,2 cm.

Roy prit son inspiration en la prenant, se demandant sans doute ce qu'il allait envoyer valser cette fois. Il agita la baguette, qui vibra légèrement dans ses doigts.

- Ça chauffe un peu, dit-il.
- C'est qu'elle t'adopte, informai-je. Elle te va très bien.
- Pourquoi ?
- « Le bois de figuier symbolise la volonté de survie, la générosité, la richesse naturelle, le courage, et l'intelligence », répondit Ollivander.
- Je n'aurais pas dit mieux, taquinai-je.
- Le crin de la licorne assure quant à lui une grande fidélité de la part de votre baguette. Vous bénéficierez d'une puissance stable. La pureté de cet animal vous tiendra également éloigné de la magie noire.

J'eus un faible sourire en entendant ces paroles. Le crin ou le coeur de licorne étaient des composants qui ne se mariaient pas très bien avec les grands mages noirs. A moins que le bois soit suffisamment puissant pour compenser la faiblesse de la licorne dans les pratiques obscures de la magie. La plume de loup ailé m'allait très bien, car même si le loup était associé à la protection, c'était également un animal des ténèbres. La puissance de ma baguette était donc toujours la même, quels que soient les sorts à produire.
Je réglai la baguette de Roy, contente qu'il ait trouvé facilement.

- Merci pour la baguette, me dit Roy alors que je rangeais ma bourse. Je te revaudrai ça.
- De rien, ça me fait plaisir. Je te ramène au château, j'ai une course à faire.

Deux transplanages plus tard, je me tenais devant la porte de la maison de Jack.

- Prue ? entendis-je derrière moi avant que je frappe.
- Bonjour Jack. Je te cherchais.

Il s'approcha avec le sourire.

- Tu as des choses à me raconter n'est-ce pas ?
- Oh que oui. Tu as du temps à m'accorder ?
- Bien sûr.

Alors je lui pris la main, l'emportant avec moi dans un transplanage. Jack sembla très étonné en posant ses yeux sur le château.

- Il est beau hein ? dis-je pour le sortir de ses pensées.
- Magnifique.

Jack me suivit jusqu'au château, où je lui montrai rapidement les pièces de vie au rez-de-chaussée avant de l'inviter à s'asseoir au salon.

- Je te sers quelque chose à boire ?
- Non, merci. Alors, c'est ici que tu as amené les prisonniers du camp ?
- On ne peut rien te cacher.
- Dis-moi tout. Je n'ai eu que la version de la Gazette pour l'instant.

Je lui racontai comment le meurtrier du militaire moldu, Alexander, m'avait permis de remonter la piste du camp. Je lui détaillai notre retour en enfer, nos meurtres et nos retrouvailles avec le patron, qui m'avait permis d'en apprendre sur les origines du camp. Et enfin, j'en vins au sauvetage des prisonniers et à la destruction du camp, qui avaient mis un point final à ce qui avait été notre enfer. Je lui annonçai également que Roy, notre frère de c½ur que l'on craignait de ne jamais parvenir à sauver était en vie. Et puis, bien sûr, je terminai avec le retour des évadés qui le souhaitaient dans leur famille, qui avait rimé avec le meurtre des responsables de leur calvaire.

- Je comprends mieux pourquoi je n'ai pas eu de vos nouvelles avant... vous n'avez pas chômé !
- Ce n'est rien de le dire.
- Tu ne crains pas de t'attirer les foudres de tes ennemis en agissant ainsi ?
- Non. Je veux que les responsables du camp sachent qu'ils sont menacés. S'ils mènent bien leur enquête, ils nous craindront suffisamment Diego et moi pour rester discrets. J'espère couper leur élan dans leurs projets fous en leur faisant peur d'ici à ce que je les identifie.
- Hum. C'est à double tranchant. Vous êtes connus dans le milieu criminel, vous pouvez également être pris pour cible. Et Prue... qui te dit qu'ils ne connaissent pas ta véritable identité ? Tu n'étais pas encore un fantôme quand tu te faisais appeler Tracker au camp.
- Certes, mais Prudence Blade n'existe pas... et je vis aujourd'hui sous la fausse identité de Prudence Hunt. Ils n'ont aucun moyen de faire le lien entre les deux. Ils ne me retrouveront pas.
- Et Diego ?
- Diego vit dans l'ombre. Il n'a rien à craindre.
- J'espère. C'est quoi la suite pour les autres évadés ?
- Les civiliser... leur apprendre les bases de la magie... et leur rendre leur liberté.
- Ambitieux. Et noble de votre part.
- Tout comme tu l'as été avec nous. D'ailleurs, on va avoir besoin d'aide.

Jack sourit en voyant le regard que je lui faisais.

- Quoi, tu veux que je me joigne à vous ? dit-il.
- Tu as été un excellent professeur pour nous.
-  Je veux bien vous aider, mais je ne pourrai pas vous accorder tout mon temps libre.
- Je m'en doute. On va faire des relais à trois. Et puis ça prendra le temps qu'il faut.
- Vous comptez en recruter dans vos clans Diego et toi ?
- Si certains le souhaitent, oui. Mais j'aimerais que la majorité renoue avec une vie normale.

Roy et Diego arrivèrent dans le salon, interrompant ma discussion avec Jack.

- Roy, je te présente Jack. Notre mentor. Jack... voici notre second frère de c½ur.
- Enchanté, dit Jack en se levant pour serrer la main de Roy.
- De même.
- Content que tu te joignes à nous, lança Diego.
- Je ne peux rien vous refuser.
- Comment on s'organise ? lui demanda Diego.
- Je pense que dans un premier temps, on va revenir aux bases. Leur apprendre à lire, écrire, les règles et coutumes, la vie en société, etc... Ensuite, un peu de culture et d'histoire. Quand ils sauront un peu mieux dans quel monde ils vivent et comment il faut s'y comporter, ils seront plus en confiance. On terminera par la magie. Pendant ces différentes étapes, il faudra observer leur comportement pour détecter rapidement leurs traumatismes... et surtout la manière qu'ils ont de les exprimer. Rester calme en toutes circonstances. Pas question de leur rappeler les bourreaux. Mais ça, vous le savez déjà pour être passés par là avant eux n'est-ce pas ?

On hocha la tête, nous souvenant très bien du comportement exemplaire qu'avait eu Jack pour nous. Attitude qui m'avait fait renoncer à le tuer, après avoir éliminé plusieurs de mes professeurs qui n'avaient pas saisi l'ampleur de mes traumatismes.

- La patience sera primordiale, ajouta Jack.
- Là par contre je ne garantie rien, prévint Diego.

Je ricanai, invitant mes amis à s'asseoir pour qu'on discute plus en détails du programme à appliquer, sur le week-end et les semaines à venir. Des semaines où je devrai réussir à conjuguer ce nouveau rôle de professeur avec ma vie d'avant.

| 30 avril 1979 - Cimetière – 23h42 |

Je m'arrêtai dans l'allée devant la tombe portant les inscriptions de Sophie Moser. Ma chère s½ur de c½ur défunte. J'étais venue la veille avec Roy et Diego, tous les trois dissimulés par un sortilège de Désillusion au cas où le cimetière soit surveillé. Nous étions restés un bon moment, sans dire un mot, l'estomac noué par les souvenirs. Même si je ne pouvais pas voir mes frères, invisibles à ce moment-là, j'étais certaine que des larmes silencieuses avaient coulé sur leurs joues, comme sur les miennes. Je n'avais pas pu m'empêcher de revenir, ayant besoin de me recueillir, seule.

- J'aimerais tellement que tu sois là... soufflai-je. J'aurais voulu te faire sortir en même temps que Roy... mais ces monstres t'ont tuée toi aussi et il ne me reste rien d'autre de toi que ton souvenir. Tu me manques. On aurait pu être heureux tous les quatre si l'évasion n'avait pas si mal tourné. On aurait pu se reconstruire ensemble, guérir... mais tu as eu la noblesse de me sauver la vie en condamnant la tienne. Je me suis toujours sentie coupable de ta mort... et au fond, j'ai des regrets pour toi et ta famille. J'ai rencontré ton père. Un excellent flic. Tu aurais vécu heureuse avec tes parents. Ils ne t'ont pas oubliée. Ils n'ont toujours pas guéri. Ils t'aimaient. Alors je ne peux m'empêcher de me poser la question : si ce ne sont pas tes parents qui t'ont envoyée dans cet enfer... qui ? Qui de ta famille a bien pu t'infliger ça ? Qui doit payer ?

Parler à une tombe ne m'apporterait aucune réponse, mais ça me faisait du bien. C'est dans ces moments-là que je me rendais compte à quel point ma haine avait du mal à s'apaiser. Ma soif de vengeance était intarissable. Je voulais que le monstre qui avait envoyé Sophie au camp meure de ma lame. Mais j'étais au point mort. Je ne pouvais mener aucune enquête sans éveiller les soupçons de Moser. Je soupirai en m'accroupissant pour déposer un bouquet de roses rouges sur la tombe. J'entendis des murmures dans la douce brise.

« Tu as dit toi-même à mon père qu'il faut savoir lâcher prise... »

Pendant un instant, je me demandai si ce n'était pas mon imagination qui m'avait fait entendre la voix de ma s½ur. Je regardai autour de moi par réflexe, à la recherche d'une silhouette comme c'était le cas avec Jeff. Mais aucune apparition ne se fit. La voix était seulement dans ma tête. Et j'espérai qu'elle retentisse à nouveau.

« Cesse de courir après la vengeance Prue... elle ne t'apportera pas le bonheur et n'effacera pas ton passé... par contre, elle entretient la douleur en conservant tes plaies à vif. Le temps suffit à guérir les blessures. L'humain est fait pour surmonter les obstacles. Cesse de regarder en arrière et profite de ta vie. Continue d'avancer. Sois heureuse et savoure chaque instant qui passe. Tu ne sais pas combien de temps il te reste... tu es bien placée pour savoir que tout peut basculer d'une seconde à l'autre. Alors profite des personnes que tu aimes et sois heureuse. Ce sera ta plus grande vengeance »

- Je ne peux pas lâcher prise et tu le sais... on a brisé ma famille par deux fois... je ne peux pas les pardonner... murmurai-je émue d'entendre sa voix comme lorsque je parlais avec le fantôme de Jeff.

« J'ignore qui a décidé de m'envoyer en pâture à ces monstres... et je ne veux pas le savoir. Ça ne changera rien. »

- Dans ce cas, repose en paix s½urette.

« J'aimerais que toi, tu vives en paix »

- Je le serai un jour, je te le promets. Je suis sur la bonne voie.

« Comme toujours, chercher à te convaincre est inutile. Je ne parviendrai pas à te détourner du chemin que tu as choisi. J'espère seulement qu'il ne mènera pas à ta perte. L'histoire est déjà suffisamment tragique comme ça... il serait bien dommage que tu meures dans ta tentative de rendre justice. La vengeance vaut-elle la peine de prendre tous ces risques alors que tu peux vivre paisiblement auprès des personnes qui te sont chères ? Tu as l'immense chance d'être en vie, et d'avoir surmonté les drames de ton passé. Ce n'est pas donné à tout le monde de survivre à de tels traumatismes. Timothy t'en a fourni la preuve l'autre soir. Toi, tu y es parvenue. Et tu as même fait de magnifiques rencontres. Pourquoi ne pas en profiter ? »

- Je n'arrive pas à savourer ma chance en pensant que de tels monstres sont encore en vie. Ça m'étouffe de savoir qu'ils respirent. Leur liberté est ma prison mentale. Tant qu'ils n'auront pas payé, je ne pourrai pas vivre en paix. Je n'accepterai d'oublier que lorsque justice sera faite. En attendant, ce n'est même pas la peine de penser à renoncer. Les tuer est le seul moyen d'apaiser la haine qui me consume depuis toutes ces années.

« Je n'ai plus qu'à te souhaiter bonne chance... je garde un ½il sur vous tous. »

- Toujours ?

« Tant qu'une personne se souviendra de moi, je serai là. Toujours. Il n'y a que lorsqu'on sera tous réunis que rien ne me rattachera au monde des vivants. Et je souhaite que ce moment arrive le plus tard possible »

- Ne t'en fais pas, je protège Diego et Roy... et je surveille ton père.

« Et toi, qui te protège ? »

- Diego veille sur moi... ainsi que Jack...et puis j'ai des amis, et Remus... tu dois le savoir si tu m'observes depuis ta mort.

« Oui... des personnes qui t'aiment énormément... je suis heureuse de te savoir si bien entourée »

- J'aurais voulu que tu les connaisses...

« Balaye ton chagrin petite s½ur... ne vis pas avec des regrets. La vie est parfois dure... mais elle a tant de belles choses à te faire découvrir. Promets-moi de ne pas la gâcher. J'ai donné ma vie pour toi. Ne rends pas mon sacrifice vain. »

- Je te le promets.

« Au revoir Prudence. Prends bien soin de toi et de nos frères »

Je me rendis compte que de nombreuses larmes coulaient sur mes joues. J'avais la gorge nouée par cette discussion. Rien n'arrivait à me séparer vraiment des personnes que j'avais perdues. Elles étaient toujours là... dans mon c½ur. Parler à ma s½ur m'avait fait du bien mais m'avait également donné une claque. Je ne saurais dire combien de fois j'ai risqué ma vie depuis le soir de l'évasion, sans jamais craindre de mourir. Sophie avait eu raison de me rappeler qu'elle s'était sacrifiée pour moi. Elle aurait dû retrouver ses parents et tenter d'être heureuse si elle n'avait pas pris cette maudite balle à ma place. Mes joies auraient dû être les siennes. Alors je n'avais pas le droit de jouer avec ma vie. Ce serait rendre son sacrifice vain. Même si je ne comptais pas renoncer à mes projets pour autant... même si je n'étais pas encore prête à ranger ma lame... je devais faire en sorte que la mort ne puisse pas venir effacer l'acte de bravoure de ma s½ur. Pour elle, et pour ceux que j'aimais, il fallait que je m'assure de rester maître de ma vie... et du moment où elle se finirait. J'avais trop à perdre pour laisser mon âme aux mains du hasard et de mon père. Je n'étais pas infaillible après tout. Mais ça, j'allais très vite le corriger. Et personne ne le saura jamais.

| 2 mai 1979 – Ministère de la Magie – 10h17 |

Je jetai la Gazette sur une table, après avoir profité d'une courte pause pour lire les articles qui m'intéressaient le plus. Je m'étais attendue à des indices concernant la « reprise de connaissance » des soldats sorciers jusque là sous Imperium. Mais apparemment, l'histoire était restée hors de portée du public. J'avais regardé attentivement tous les journaux depuis la destruction du camp, mais jusque-là, rien. Je ne pouvais pas m'empêcher de me demander ce qui avait bien pu se passer pour toutes ces personnes qui avaient retrouvé leur esprit, au sein de leurs ennemis. Mes sources non plus n'avaient aucune nouvelle pouvant s'y rapporter. Je soupirai en devinant des explications à cela. Les soldats devaient être maintenus prisonniers quelque part, dans un endroit secret, privés de leur baguette. Cela expliquerait pourquoi il n'y a pas eu une révolte comme je m'y attendais. La déception me mit de mauvaise humeur. Il me faudra trouver une autre solution pour essayer de démasquer mes ennemis.

 


Dans les bonnes nouvelles, il y avait les enquêtes sur les disparus et l'assassinat du général militaire, qui piétinaient de plus en plus. La pression exercée sur les deux brigades de police concernées était palpable, mais ça ne faisait pas apparaître des preuves et des témoins pour autant. Moser s'impliquait plus que jamais dans cette affaire, et ça me faisait un peu mal au c½ur de le voir se décarcasser alors qu'il avait frôlé la vérité en me questionnant. Cet épisode passait souvent dans mon esprit d'ailleurs, car j'avais bien failli vivre le moment tant redouté d'être démasquée. Heureusement, l'absence de preuves m'avait sauvé la mise pour cette fois. Il me faudra redoubler de vigilance à l'avenir, maintenant que j'étais dans son collimateur. Je savais que Moser ne cesserait pas aussi facilement d'avoir des doutes à mon sujet.

- En forme ?

Je sortis de mes pensées en reportant mon attention sur James.

- Oui, merci. Comment s'est passée l'arrestation avec Sirius ?
- Nickel. Mais ce n'était qu'un complice.
- Ah.
- La bonne nouvelle, c'est qu'on lui a mis suffisamment de pression pour qu'il craque. Il nous a donné le nom du meurtrier, et il va témoigner contre lui. Son récit nous a permis de trouver des preuves attestant de sa version. Moser et Wagner sont en route pour arrêter coupable. Affaire classée.
- Félicitations !
- Prue, James !

Je me retournai, faisant face à un Remus un peu affolé.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je.
- Prise d'otages à Gringotts. Une tentative de cambriolage qui a mal tourné.

Je fus stupéfaite de la nouvelle. Même moi je n'envisagerais pas de cambrioler Gringotts. Les chances de rester bloqué à l'intérieur étaient suffisamment élevées pour dissuader les meilleurs voleurs. Alors qui était assez fou pour faire une chose pareille ?

- Combien sont-ils ?
- Cinq selon nos informations. Peut-être plus.
- Sommes-nous invités à rejoindre la partie ?
- En simples observateurs. Il y a trop d'otages pour que les flics en charge de l'affaire doivent en plus se préoccuper de nous.

Je soupirai. Si chaque affaire délicate nous passait sous le nez, on ne progresserait jamais. En même temps, cette fois, il s'agissait de vies humaines. Les victimes étaient encore vivantes, contrairement à d'habitude. D'ailleurs, cela m'intrigua.

- Il y a eu des morts ? demandai-je.
- Non.
- Alors pourquoi la Brigade Criminelle est-elle concernée ?

Remus marqua un instant d'hésitation. J'eus un mauvais pressentiment, comprenant soudainement l'origine de sa panique.

- Attends une minute... murmurai-je. Sirius ne devait-il pas passer à la banque avant d'aller interroger un couple ?
- ...Si. Colins est avec lui.

Un silence pesant tomba d'un seul coup. Il me fallut un certain temps pour digérer la nouvelle. Sirius faisait partie des otages. Mes entrailles se nouèrent brusquement, et un éclair traversa ma poitrine sous l'effet de la peur. Si ces gens étaient assez fous pour tenter de cambrioler la forteresse qu'était Gringotts... on pouvait être sûr qu'ils n'hésiteraient pas à tuer des otages si les flics n'accédaient pas à leurs demandes. Et quoi de mieux que de tuer des policiers pour faire monter la pression ? Je passai une main un peu moite sur mon front, essayant de trouver une solution. Colins était un jeune policier de la Brigade, qui n'avait pas beaucoup d'expérience derrière lui. J'espérais de tout c½ur que ni Sirius ni lui n'ait la bonne idée de jouer aux héros inconscients. Connaissant Sirius et son tempérament, c'était presque trop rêver.

- Allons-y, dit James avec détermination.
- On ne nous laissera pas approcher, fit remarquer Remus.
- Sirius est en danger ! s'énerva James. Alors leur excuse du manque d'expérience, ils se la foutent où je pense !

Je n'aurais pas dit mieux.


| Chemin de Traverse – en face de Gringotts |


J'avais rarement vu autant de policiers rassemblés. La banque était complètement cernée, rendant impossible toute tentative de fuite. Les voleurs étaient bloqués.

- Qu'est-ce que vous faites là vous ? nous accueillit Moser.
- Vous le savez très bien, répliqua James.
- Ecoutez, je sais que votre ami est dedans... mais vous ne pouvez rien faire ok ? Un négociant est en contact avec l'un des cambrioleurs et essaie de trouver un terrain d'entente.
- Ça ne mènera à rien ! m'énervai-je. Ces mecs sont déterminés, ils ne vont pas se laisser avoir !
- L'intervention n'est pas encore envisagée. Il y a beaucoup de personnes enfermées à l'intérieur... une maladresse de notre part pourrait leur coûter la vie.
- Notre manque d'action aussi ! lança James.
- Qu'est-ce que tu proposes ? renvoya Moser.
- De les rencontrer, répondis-je.
- Quoi ?! s'étonna Remus.
- L'un d'entre nous doit aller à l'intérieur... et négocier directement.
- Mais Prue, ça risque seulement de faire un otage de plus.
- Oui. Et si cette personne porte des lentilles d'espionnage, vous pourrez savoir exactement comment ça se passe à l'intérieur, et où se trouvent les cambrioleurs. Une mine d'informations en or pour maximiser les chances de réussite d'une intervention.
- Pas bête, Hunt. Mais comme je viens de dire... l'intervention n'est pas encore envisagée.
- Tu sais très bien qu'elle le sera bientôt. Il nous faudra être prêt le moment venu. On ne va quand même pas attendre d'être au pied du mur ?! m'emportai-je.
- Ce n'est pas moi qui donne les ordres ! Nous ne sommes là qu'en support. Ce n'est pas nous qui gérons les opérations. Désolé les jeunes, il va falloir faire confiance à nos collègues.

James s'éloigna d'un pas raide, suivi de Remus qui voulait sans doute essayer de le réconforter. Moi-même, j'étais un peu sonnée par la soudaineté des évènements. Je déglutis en repensant à ma « discussion » avec Sophie. « Tu ne sais pas combien de temps il te reste... tu es bien placée pour savoir que tout peut basculer d'une seconde à l'autre. » Oui... et pour rien au monde je ne voudrais que la vie de Sirius bascule dans le drame. Ce serait une tragédie qui nous entraînerait tous dans une chute vertigineuse. Sirius, l'arrogant, le charmeur et le déconneur par excellence... piégé dans cette forteresse. Nous ne pouvions pas rester sans rien faire. Qu'il n'en déplaise à Moser et à ses négociants inutiles. J'en avais assez qu'on soit mis à l'écart.

Je jetai un coup d'½il vers Remus, qui tentait de calmer un James dans tous ses états. J'aurais voulu le serrer dans mes bras et lui dire qu'il n'avait pas de souci à se faire, que je m'en sortirais, mais je savais qu'il me retiendrait et je ne voulais pas que ça arrive. Alors, en toute discrétion, je mis en place mon plan, mettant bien en évidence le dispositif qui permettait de voir à travers les lentilles que je me mis. Je posai ma baguette dessus, ne pouvant pas l'amener à l'intérieur si je voulais me faire accepter des cambrioleurs. Après quoi je m'approchai des policiers qui empêchaient les curieux de trop s'approcher, ou les familles des otages de tenter le diable.

- Vous ne pouvez pas passer, me dit l'un des policiers.
- Je suis de la maison, fis-je remarquer en montrant mon badge à ma ceinture. Laissez-moi passer, j'ai des ordres.

Il m'adressa un signe de tête et libéra le passage. J'avançai d'un pas mesuré vers l'entrée, les mains en l'air. J'entendis de l'agitation derrière moi, et je reconnus la voix de Moser qui ordonnait aux policiers de me rattraper. Mais c'était déjà trop tard, les doubles portes de la banque s'étaient ouvertes, et un cambrioleur me tenait en respect avec sa baguette.

- T'es qui toi ? Ton collègue ne m'a pas prévenu qu'un flic se pointerait !
- Du calme, je viens juste pour discuter. Je ne demande rien en échange.
- Entre ! Dépêche-toi !

Je lui obéis, sentant mes tripes se tordre davantage en voyant tout le monde qu'il y avait dans le hall. Une bonne trentaine de personnes avec le personnel. Ils étaient tous allongés, les mains sur la tête. Je cherchai Sirius et Colins du regard, pendant que le cambrioleur me fouillait. Je finis par les localiser en troisième ligne. Et c'est tout ce dont j'avais besoin : un contact visuel. Ainsi, j'allais pouvoir entrer dans l'esprit de Sirius, et communiquer avec lui incognito.

- Qui sait celle-là ?

Je reportai mon attention sur le nouvel arrivant, masqué comme ses camarades et armé de sa baguette.

- Je suis Prudence Hunt.

Sirius tourna la tête dans ma direction en entendant ma voix, stupéfait. Il prit un sort dans le dos qui lui arracha un cri de douleur, accélérant mon rythme cardiaque.

- Qu'est-ce que tu regardes toi ?! l'engueula un autre cambrioleur. Reste tranquille !
- J'aimerais discuter avec votre chef, dis-je comme si de rien n'était.
- Vous êtes sourds vous les flics ! J'ai dit à ton collègue qu'il n'y avait rien à négocier. On veut un bus express et pas un flic à l'horizon dans moins d'une heure, sinon on tue les otages ! Fin de la discussion. Maintenant mets-toi à genoux. Tes petits camarades seront peut-être plus enclins à accéder à notre demande avec l'un des leurs en otage.

La bonne nouvelle dans tout ça, c'est que ces enfoirés ne savaient pas qu'ils avaient déjà deux flics parmi eux. Je me mis donc à genoux sans discuter, tournée vers les personnes effrayées. Il y avait des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des Gobelins... tous allongés à plat ventre sur le sol froid. J'essayai de ne pas imaginer le pire pour la suite des évènements. Je me concentrai sur Sirius afin d'entrer dans son esprit.

« Tu as l'art de te foutre dans la merde Sirius Black... » pensai-je.

Sirius sursauta légèrement en me regardant. Je lui fis un clin d'½il.

« Je m'étais promis de ne jamais entrer dans ta tête par crainte de ce que je pourrais y découvrir, mais comme quoi, il ne faut jamais dire jamais ».
« Putain Prue, c'est pas le moment de plaisanter ! Qu'est-ce que tu fous là ? »
« Petite improvisation. Moser pensait réellement qu'on resterait tranquille en te sachant ici »
« Quoi, tu es ici de ton propre chef ?! »
« Une vraie rebelle... comme toi »
« Prue, ça me touche que tu prennes des risques, mais tu t'es livrée pour rien »
« Détrompe-toi. Je porte des lentilles. Nos gars dehors voient tout ce que je vois. Ils pourront intervenir efficacement si les choses tournent mal »
« Ingénieux. Mais ces enfoirés te descendront en premier si jamais ils aperçoivent les autres approcher ».
« Je n'ai pas besoin de ma baguette pour me protéger. Si ça dérape, c'est eux qui finiront au tapis avant que nos collègues rappliquent »
« J'aimerais être aussi confiant que toi »
« Aie confiance Sirius. Je sais ce que je fais. Je ne me jette pas dans la gueule du loup sans avoir la certitude d'en ressortir »

On échangea un regard silencieux qui en disait long.

« Ça fait du bien de te savoir en vie. James et Remus sont dans tous leurs états dehors. »
« Je n'imagine pas ce que ça doit être maintenant que tu t'es rajoutée sur la liste »
« Hum, c'est pas comme s'ils n'étaient pas habitués à ce que je joue avec le feu »

Je balayai lentement le hall du regard pour transmettre d'autres informations à mes collègues, même si j'étais à peu près persuadée qu'ils n'auraient pas à s'en servir.

« Raconte-moi comment ça s'est passé » pensai-je.
« De ce que j'ai compris, l'un d'entre eux a demandé à descendre dans un coffre, comme n'importe quel client. Sauf que l'alarme s'est déclenchée quelques minutes après, et là les cinq autres ont sorti leur baguette en gueulant de tous nous mettre à terre. »
« Hum, donc une sixième personne est en bas ? »
« Ouais. Je pense qu'il a dû rester piégé dans le coffre ou un truc du genre »
« Le con ».
« Comme tu dis. En attendant, on est tous piégés avec eux. Ils ont demandé un bus express. Mais la tension n'arrête pas de monter... ils commencent à perdre leur sang-froid. »
« Classique. Ça va toi ? »
« Ouais ouais, ça va »
« On va tous ressortir de ce merdier vivant. Je te le promets »

Il m'adressa un faible sourire, et je me reportai sur les cambrioleurs, réfléchissant à un plan pour les neutraliser. Je ne comptais pas sur mes collègues à l'extérieur, car comme l'avait souligné Sirius, c'était la perte de contrôle assurée s'ils approchaient. Les cambrioleurs, en nette infériorité numérique, pourraient tuer des otages pour tenir les flics loin des portes.

« Même si je te prends toujours autant pour une tarée... ça fait du bien que tu sois là »
« Je ne pouvais pas laisser le séduisant Sirius aux mains de ces abrutis de voleurs qui n'ont rien dans la cervelle »
« Tu vas te faire taper sur les doigts pour ta désobéissance »
« Je les emmerde. Avec eux, on reste les petits nouveaux sans expérience qu'il faut surveiller de crainte qu'ils fassent des conneries »
« En même temps, tu viens d'en faire une »
« C'est une connerie si je provoque la mort d'otages... par contre, si je mets fin à cette situation délicate, je fais juste mes preuves. Et après ça, je pourrais enterrer vivant le premier qui ose dire qu'une situation est ''trop délicate pour qu'on soit de la partie'', tout en trinquant avec mon cher Sirius fraîchement sauvé »
« J'espère de tout c½ur vivre ce moment ma belle. Je ne voudrais pas qu'il t'arrive quoi que ce soit par ma faute »
« Il ne m'arrivera rien. N'oublie pas que je suis la number one »
« Comment peux-tu garder autant d'assurance, alors que tu es désarmée ? »
« Je ne suis jamais désarmée. »

Il fronça les sourcils mais j'avais suffisamment échangé avec lui pour le rassurer. Je reportai mon attention sur mes cibles, occupées à surveiller tout le monde. Je pris un coup derrière la tête.

- Arrête de regarder partout ! Allonge-toi sur le sol et ne bouge plus !

Alors ça, c'était le coup de trop. Je me retournai vivement, m'emparant de la baguette de mon ennemi en lui tordant le poignet. Je l'expulsai à l'autre bout du hall dans la foulée pour me débarrasser de lui. Les autres réagirent aussi sec en me jetant des sorts, mais je répliquai en m'engageant dans le duel. J'empêchai mes adversaires de se reporter sur les otages en ne leur offrant aucun répit dans mes attaques pour monopoliser leur attention.

- Rends-moi cette baguette ou je tue un otage, entendis-je derrière moi.

Je fis une grimace lorsque le duel s'arrêta net. J'aurais dû l'expulser plus fort, je pensais avoir assuré mes arrières. Je jetai un coup d'½il rapide vers Sirius, qui était suspendu à la scène comme tous les autres otages. Ils devaient tous se dire que ma tentative allait me coûter la vie... et peut-être la leur. Je mis lentement mes mains en l'air, et je sentis la baguette volée arrachée de mes mains.

- A genoux, ordonna le gars derrière moi.

La solution à la situation, je l'avais dès le départ... mais je craignais les conséquences si je la mettais en ½uvre. Pourtant, c'est tout ce qu'il me restait. Je n'avais plus vraiment le choix maintenant si je voulais que cette partie se termine bien.

- Dans tes rêves, répliquai-je.

D'une pensée, mes adversaires se retrouvèrent désarmés. Leurs baguettes se brisèrent en l'air, avant de retomber sur le sol. Un court moment de surprise dont je profitai pour me retourner et frapper mon adversaire le plus proche. J'entendis les autres venir en renfort, mais je mis ma main en avant, les repoussant jusqu'au mur où des liens de fer s'enroulèrent comme des serpents autour d'eux. Je me retournai juste à temps pour contrer une attaque de mon premier adversaire, revenu à la charge. Je le neutralisai d'un crochet dans la mâchoire, le mettant k.o une bonne fois pour toutes. Je le fixai quelques secondes, un peu essoufflée, avant de me retourner vers Sirius pour l'accueillir dans mes bras.

- Tu me surprendras toujours, me dit-il.
- ...Surtout quand on s'en prend aux personnes que j'aime.

Il me serra un peu plus fort contre lui, alors que les autres otages s'empressaient de sortir de cette banque qui aurait pu être leur tombeau. En voyant cette vague humaine se déferler au-dehors, mes collègues à l'extérieur s'approchèrent. Moser marqua un instant d'arrêt en voyant les cambrioleurs attachés au mur. Il me regarda quelques secondes, et je lus de l'hésitation dans son regard. Ma nouvelle performance risquait de piquer sa curiosité une fois de plus. Il ne serait sans doute pas le seul malheureusement. Enfin, ce n'était pas encore le moment de penser à ça. Je me détachai de Sirius et me tournai vers Colins, que j'étais contente de retrouver sain et sauf. C'était un brave type.

- Merci Hunt. Je n'ai pas tout compris à ce qu'il s'est passé, mais merci !
- L'important, c'est que ça se soit bien terminé.

Je me dirigeai vers un Gobelin qui époussetait son costume.

- Vous pouvez me faire descendre au coffre où l'alarme s'est déclenchée ?

Ma demande sembla l'embarrasser.

- Le cambrioleur y est toujours enfermé, me dit-il.
- Tout ira bien. Emmenez-moi, et je m'occupe du reste.
- Vous deux, allez avec elle, ordonna Moser à deux autres policiers. Et même si apparemment tu n'en as pas besoin, tiens, ta baguette.

Je remerciai Moser de m'avoir amené ma baguette. Le Gobelin passa derrière le comptoir, à la recherche de clés. Il prit un trousseau et nous fit signe de le suivre. On eut droit à une descente dans les entrailles de ce lieu mythique qui méritait amplement d'être le plus sécurisé d'Angleterre. Malgré les rares tentatives de vol essuyées par la banque, jamais encore les cambrioleurs téméraires n'avaient pu profiter de leur butin. Je n'osai imaginer ce que ce devait être de se retrouver enfermé dans un coffre rempli de Gallions et d'objets de valeur... en se disant qu'on ne pourrait pas en profiter car la porte s'ouvrirait sur des policiers. Je sortis ma baguette lorsque le wagonnet qui avait assuré notre descente sur des rails au circuit vertigineux s'arrêta. Le Gobelin hésita à ouvrir le coffre au-dessus duquel une lanterne rouge signalait un problème.

 


Je tins ma baguette plus fermement levée devant moi, m'attendant à une dernière tentative de la part du cambrioleur enfermé dedans. Le Gobelin posa sa main près de la porte et inséra une vieille clé de l'autre. J'entendis un tintement lorsque la porte s'ouvrit, et des objets tombèrent, comme si le coffre était plein à déborder.

- Ecartez-vous. Le voleur n'a apparemment pas réussi à se sortir du sortilège de Duplication.

Je m'écartai, croyant sur parole le Gobelin habitué. Une cascade d'objets et de gallions s'effondra lorsque la porte du coffre s'ouvrit complètement. Je regardai avec étonnement cet amas de richesses diverses encore fumant. Je savais que Gringotts était bien protégé, mais je ne pensais pas que les sortilèges pouvaient être aussi... dangereux. Je jetai un coup d'½il à l'intérieur du coffre, sans parvenir à trouver le moindre corps. La lanterne au-dessus du coffre s'éteignit, et le contenu du coffre redevint tel qu'il était avant ses duplications. Je pus apercevoir le corps du cambrioleur, couvert de brûlures. Je m'approchai de lui, sentant mes tripes se tordre lorsque je le retournai. Les brûlures avaient sérieusement entamé son corps. Je ne pris même pas la peine de prendre son pouls, ne voulant pas toucher ses horribles blessures. Je ressortis en vitesse, ayant un peu de mal avec l'odeur de chair brûlée.

- Je vais prévenir Moser qu'on a besoin d'un médecin légiste ici, dis-je aux deux autres flics.

Une chose était sûre, le contenu des coffres était en sécurité ici. J'avais ouvert un compte en recevant mon premier salaire du Ministère, estimant que ça ferait moins louche. Jusque-là, j'avais toujours gardé mes Gallions gagnés de mes contrats en sécurité dans ma planque et mes appartements, alors je n'avais pas jugé utile d'avoir un coffre à Gringotts. Cet épisode balaya tout doute sur la fiabilité de la banque.

 


Je remontai dans le wagonnet pour retourner dans le hall, où mes collègues avaient procédé aux arrestations des cinq cambrioleurs.

- Hunt ! aboya un homme que je ne connaissais pas.

Je m'arrêtai, le laissant venir vers moi.

- J'ignore ce qu'il vous est passé par la tête, ni comment vous avez réussi à neutraliser les voleurs, mais je ferai un rapport sur vous. Vos agissements auraient pu coûter la vie à trente-huit otages !
- Je savais exactement ce que je faisais, répliquai-je. L'ennui, c'est que je savais que mon statut de « débutante » vous aurait poussé à ne pas suivre mon plan. Alors j'ai pris les devants.
- Vous n'aviez pas à faire quoi que ce soit sans m'en parler avant !
- Pour que vous me demandiez gentiment de rester à ma place pendant que vous continuez vos négociations inutiles ? Non. J'avais deux de mes collègues dans cette banque, dont un ami cher. Alors vous pouvez écrire tout ce que vous voulez dans votre putain de rapport, du moment que les otages sont vivants, je m'en fiche !

Je plantai ce mec qui devait être le flic en charge de l'affaire et me dirigeai vers Moser, qui me regardait lui aussi avec un air réprobateur.

- Il faut toujours que tu suives tes idées, même si c'est contraire aux ordres...
- N'est-ce pas ce qui fait de moi votre meilleure apprentie ?

Il soupira, la naissance d'un sourire décrédibilisant son regard noir. Je n'aurais su dire s'il était fier ou en colère. Peu importe.

- Et le sixième voleur ?
- Mort dans le coffre. Brûlé.
- Hum. File, il y a des gens dehors qui n'attendent que ton retour.

Remus. Devinant son inquiétude, je sortis précipitamment. Il était devant la ligne de policiers qui tenaient la foule loin de la banque. Mon coeur fit des bonds en voyant son air un peu paniqué. Je me frayai un chemin rapidement jusqu'à lui pour le prendre dans mes bras.

- Je mourrai d'un ulcère avec toi.

J'éclatai de rire malgré sa remarque. C'est vrai que j'avais un peu trop tendance à lui faire peur. Je me détachai de lui, prenant son visage entre mes mains pour l'embrasser avec fougue. James s'approcha, tout guilleret, me prenant dans ses bras avec force.

- Tout le monde au Ministère va te taper dessus pour ta désobéissance... mais je t'assure que pour tous ces otages et leur entourage, tu seras une héroïne.
- Non, juste une flic qui fait bien son boulot. N'oublie pas que je suis imbattable... ce combat était gagné d'avance, il n'y a rien d'héroïque là-dedans.
- Ouais... mais ça, à part nous et Maxwell, personne ne sait à quel point t'es forte en duel.

Je souris en me détachant de lui, lui faisant un clin d'½il avant de retourner auprès de Sirius, qui faisait sa déposition. Je n'eus pas le temps de l'atteindre que des journalistes me tombèrent dessus. Je faillis faire une crise de nerfs en voyant Rita Skeeter en première ligne. Il faudra que je demande aux Gobelins de l'enfermer dans un coffre un jour.

- Je savais dès ma première interview avec vous que vous seriez une héroïne ! se réjouit-elle. Alors ! Dites-nous tout ! Il paraît que vous avez maîtrisé CINQ personnes SANS BAGUETTE ! C'est incroyable, comment avez-vous fait ça ?
- Je fais partie de ces sorciers qui maîtrisent certains sortilèges sans baguette. Rien d'extraordinaire là-dedans.
- Mais bien sûr que si ! Vous avez une fois de plus prouvé vos talents de combattante, et votre instinct protecteur ! Rien ne semble pouvoir vous arrêtez quand vous prenez une décision !
- Ça c'est bien vrai, rigolai-je en jetant un coup d'½il en direction du policier qui m'avait passé un savon.
- Vous ne semblez pas plus troublée que ça. Il y avait beaucoup d'otages en danger pourtant, fit remarquer un autre journaliste.
- En tant que flic, c'est mon boulot de savoir garder mon sang froid, surtout dans les situations délicates.
- Il paraît que vous n'étiez pas autorisée à entrer dans la banque. C'est vrai ?
- Euh, oui... j'ai agi de mon propre chef.
- Comptez sur nous pour faire pression sur vos supérieurs pour qu'ils ne touchent pas votre badge, assura Skeeter.

Probablement la seule parole venant de sa part que j'apprécierais. L'opinion publique était la seule à pouvoir me sauver face à une telle insubordination.

- Merci, mais j'assumerai pleinement les conséquences de ma décision, dis-je en mettant fin au questionnement.

Je retournai auprès des Maraudeurs, agréablement surprise de voir que Peter était là. Ça faisait un bail qu'on ne l'avait pas vu. On avait de ses nouvelles de temps en temps, mais ce n'était plus comme avant.

- Peter, ça faisait longtemps ! dis-je en arrivant.
- Oui ! Je suis venu dès que j'ai appris la nouvelle !

Sirius lui ébouriffa les cheveux, comme il le faisait souvent lorsque nous étions à Poudlard. Ça faisait du bien de tous se retrouver après cette petite frayeur. J'invitai les Maraudeurs à rentrer au bercail, profitant d'une pause pour discuter ensemble. Ça faisait longtemps que le groupe n'avait pas été au complet. Je voulais en profiter, sachant que mon répit serait de courte durée. Il y aurait forcément des conséquences. Mais c'était sans regret. Une fois de plus, j'étais allée au bout de mes idées... et sans surprise, mon instinct m'avait menée à une bonne fin. C'est tout ce qui comptait. Ils pourront me passer autant de savons qu'ils veulent, ils ne me changeront pas.
 
Chapitre 7 : Indétournable
 
Wouah, ça faisait longtemps que je n'avais pas publié un samedi, dans des heures raisonnables ^^
Bon j'ai essayé de sortir un peu des lignes sombres qui composaient les précédents chapitres... j'espère que vous avez passé un bon moment.
Vos impressions sont les bienvenues. Bisous et bon week-end ! 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Elle trouve la confiance en un autre ami

  • evanalinch-lunalovegood

    26/04/2015

    Superbe chapitre. Ça lui fait du bien d'avoir un autre ami pour la conseiller

  • MikaWolfeHP

    01/03/2015

    Yeah! Enfin j'ai pris le temps de le lire ce chapitre! Vraiment cool! Jack est revenu :3 et Prue a fait ses preuves en tant que flic xD J'ai bien hâte de lire la suite! la progression de l'apprentissage des sauvés du camp et de Roy! :D

  • Hurricany

    17/02/2015

    Petite intervention à la banque. Y'a que Sirius qui se met dans des situations pas possibles, il a vraiment le chic pour ça ! Super chapitre

  • Loulette42

    16/02/2015

    Hey! Waouh! Ce chapitre est super! Tu as joué avec le feu en écrivant la partit du cambriolage à Gringotts, parce que les fictions qui j'ai lue comprenant une partie cambriolage et otages sont pour moi pas assez détaillé ou assez lente mais la tienne est parfaite! Elle va droit au but et est détaillé suffisamment sans faire trop long. J'ai bien aimée la partie où Roy va acheter sa première baguette, c'est un moment calme et où Prudence sa confit sans aucun mal. Bref j'ai adoré ce chapitre! Bonne continuation et désolé de ne pas commenté tous tes chapitres
    Bye!

  • harry-potter-8-fic

    16/02/2015

    vivement la suite :)

  • harry-potter-8-fic

    16/02/2015

    j'ai adorer ce chapitre :)

  • aSupernaturalLife

    15/02/2015

    Alléluia, j'ai eu peur pour mon Sirius adoré ! Mais Prue est arrivée en force, imbattable, comme d'habitude.

    Mais je sens que ça va pas bien passer auprès de tout ses supérieurs... ça risque de chauffer pour son badge... même si elle a sauver les otages, elle a clairement montrer qu'elle s'en fichait un peu, des ordres. :/

    La conversation avec Roy, l'achat de sa baguette, c'était cool, j'ai beaucoup aimé l'entrée de son "frère" dans le monde de la magie. Malgré toutes les atrocités qu'il a vécu, il s'en sort plutôt bien. A moins que tout cela ne soit une façade, ce que je n'espère pas.

    Le retour de Jack ! Je ne m'y attendais pas, mais après tout qui est mieux placé pour aider les rescapés du camp à s'en sortir ? Il a su "sauver" Prue, qui est une tête dure, alors même si s'occuper de ces rescapés ne va pas être une partie de plaisir, il a vu pire, on le sait.

    Vivement la suite, j'ai hâte de voir comment vont réagir les flics à l’égare de Prue... j'ai un mauvais pressentiment :/

    A bientôt, bisous ♥

  • crucio-black

    15/02/2015

    Hullo!

    J'ai bien aimé le cambriolage de Gringotts, et surtout le sauvetage de Prue. Ça prouve qu'elle n'est pas seulement prête à se battre pour des frères de c½ur du camp, mais aussi pour ceux de Poudlard. Attention par contre, car tu dis que Prue a laissé sa baguette en dehors de la banque, que celle qu'elle a volée, elle se l'est fait reprendre, mais quand elle arrive devant le coffre fort, elle sort sa baguette. Un peu d'incohérence, mais rien de dramatique.

    Sinon, bonne idée le passage chez Ollivander, ça permet de montrer les personnalités de Pru et Roy.

    J'ai hâte d'avoir un peu plus de Remus! Là il se passe tellement de choses dans la vie de Prue qu'elle n'a plus de temps à lui accorder =P

  • clochinettedu76

    15/02/2015

    Coucou !
    Le retour de Jack tant attendu ! On l'avait pas vu depuis un moment, et ça fait du bien de savoir qu'il va tenter d'aider au mieux les rescapés avec Prue et Diego, comme il a pu le faire pour ces deux la ! Parce que Prue et Diego s'en sortent deja tres bien, mais une aide supplementaire, surtout la sienne, ne sera surement pas de trop !
    La conversation avec la fille de Moser m'a rendu triste ! C'est injuste qu'elle soit morte alors que les autres ont pu s'en sortir vivants... Mais sans son sacrifice, Prue et les autres n'auraient peut-etre pas survécu....
    Et puis tu m'as fait peur toi avec cette prise d'otage ! Pauvre Sirius : faire parti des otages et ne rien pouvoir faire n'a pas du être simple pour lui ! Et évidemment, Prue n'en a fait qu'a sa tête, mais elle a bien fait de suivre son instinct !

    Bon dimanche ;)

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