Chapitre 8 : De nouvelles étapes franchies

« S'ils pensent pouvoir me mettre une muselière, ils se trompent. Je resterai à jamais une louve. Et en parlant de loups... il est peut-être temps d'en accueillir de nouveaux dans mon clan. Ce sera la fin de l'histoire vécue avec les évadés. Même si j'adore ce rôle de professeur... ma vie à la lumière, auprès des Maraudeurs, me manque. »
 
Chapitre 8  : De nouvelles étapes franchies
 
| 3 mai 1979 – Ministère de la Magie - Département de la Justice Magique |

 
Il y avait une bonne et une mauvaise nouvelle ce matin. La bonne, c'est que le petit épisode de Gringotts me faisait faire la une de tous les journaux sorciers, et que j'avais gagné des points de notoriété auprès de l'opinion publique. Après mon double sauvetage de la jeune femme et de Moser deux ans auparavant qui m'avaient déjà fait passer pour une « jeune héroïne », je venais de confirmer mes talents aux yeux de l'Angleterre. J'avais déjà reçu de nombreuses demandes d'interview, auxquelles je ne comptais pas répondre. Certains de mes collègues m'avaient aussi félicitée, ne tenant pas compte de ma désobéissance.

 

Malheureusement, ils étaient les seuls à avoir oublié mon écart de conduite. Mes supérieurs, eux, n'avaient que ça en tête. Le problème est toujours le même ici : on ne regarde pas les intentions mais les actes en eux-mêmes. Enfin bref, j'avais reçu une convocation de la part du chef du Département de la Justice Magique. Moser m'avait fait passer que ce n'était pas très bon signe que le grand patron lui-même demande un entretien. Pour le coup, j'aurais peut-être préféré passer une demi-heure avec Skeeter. Je savais très bien que j'allais prendre un tir.
 
-          Bonne chance ma puce, me dit Remus en me déposant un baiser furtif avant de m'étreindre doucement.
 
J'aurais voulu rester dans ses bras tellement ils m'apportaient du réconfort. Mais je ne voulais surtout pas arriver en retard pour ne pas aggraver ma situation. Alors je me défis de Remus à regret, lisant de l'inquiétude dans son regard. Je n'étais pas très confiante moi non plus à vrai dire. Après tout le mal que je m'étais donné pour en arriver là, je l'aurais bien amer de me faire renvoyer pour une prise d'initiative qui avait au final dénoué une situation délicate sans faire de blessé. Mais je ne laissai rien paraître de mes craintes, caressant la joue de mon ange sauvage avec douceur en arborant un faible sourire. 
 
-          A tout à l'heure, lui dis-je avant de partir.
 
Sur le chemin, je ne pus m'empêcher de me poser une multitude de questions. J'étais de l'avis de Moser... si le grand patron perdait du temps à me recevoir pour régler une affaire interne, c'est que j'allais avoir une sanction. Je n'imaginais pas les choses autrement. La question qui se posait, c'était laquelle ? J'avais commis une faute lourde... il était en droit de me renvoyer. Mon statut d'apprentie n'excuserait pas ce qui était vu comme une « erreur ».

 


C'est donc en prenant une profonde inspiration que je frappai à la porte sur laquelle une pancarte en or était apposée, avec le nom du Directeur du Département de la Justice Magique, M. Christopher Holard, gravé avec soin et précision. La porte s'ouvrit alors que le Directeur était encore assis dans son fauteuil, derrière son immense bureau de marbre. Il se leva en m'apercevant, et je me concentrai tellement sur lui que je ne pris pas le temps de regarder autour de moi.
 
-          Bonjour Miss Hunt, me dit-il en me tendant la main.
-          Bonjour Monsieur, saluai-je d'une voix neutre en la lui serrant.
-          Asseyez-vous.
 
Honnêtement, j'étais incapable de dire s'il allait me passer un savon ou non. Holard conservait un visage indéchiffrable et un calme visiblement imperturbable. J'avais beau travailler au Ministère, je me rendis compte que je l'avais rarement croisé au final. Je ne le connaissais que de nom. Il se rassit dans son fauteuil, et je tâchai de paraître aussi calme que lui.
 
-          Les journaux ne parlent que de vous aujourd'hui, me dit-il.
 
Constat ou reproche ?
 
-          Et ce n'est pas la première fois, ajouta le Directeur. Ils vous décrivent comme une étoile montante... Une « jeune héroïne » qui continue à faire ses preuves avec ce nouvel exploit.
 
Je choisis de garder le silence, le laissant amener l'épisode de la veille. Pourtant, une question me brûlait  les lèvres... quel était son avis à lui ? Je me fichais de ce que pouvaient penser les anglais... car en ce moment, celui qui détenait l'avenir de ma carrière, c'était bien Holard.
 
-          Là où ils n'ont pas tort, c'est que vous avez effectivement un immense potentiel. Le lieutenant Moser ne m'a dit que du bien de vous. D'après lui, vous avez un excellent esprit de déduction, et un instinct digne des meilleurs flics. Vous êtes une duelliste formidable, et vous avez un caractère suffisamment fort pour tenir tête aux suspects les plus coriaces et faire votre place au sein des équipes.
 
Il marqua une courte pause, pendant laquelle je remerciai mentalement Moser de m'avoir si bien décrite auprès de notre supérieur.
 
-          L'ennui Miss Hunt... c'est qu'un adjectif revient souvent avec vous. Vous devez savoir lequel je présume ?
 
Je fouillai rapidement ma mémoire, à la recherche d'un reproche qu'on me faisait souvent. Je pensai à Moser, aux mots que Skeeter avait utilisés dans son article élogieux datant de deux ans... aux Maraudeurs. La réponse me vint comme une évidence. 
 
-          Mystérieuse, dis-je.
-        Exactement. Trop mystérieuse en fait. Vous réalisez des exploits, vous arrivez à nous surprendre... mais on ne sait jamais vraiment comment. La plupart du temps, on reproche aux nouvelles recrues de ne pas oser émettre leurs idées ou leur point de vue, d'être trop effacés lors des interventions... Mais vous, c'est tout l'inverse. Vous agissez comme bon vous semble. Vous suivez vos idées jusqu'au bout. Vous prenez la liberté de ne pas obéir, comme si vous aviez le choix, et vous rendez rarement des comptes. Et ça, c'est un problème. Parce que si vous agissez déjà ainsi alors que vous débutez à peine, vous risquez de devenir ce qu'on appelle un électron libre. Le genre ingérable.
 
Un électron libre. C'était tout moi ça. J'étais habituée à ce qu'on me donne les objectifs à atteindre... rarement les moyens. C'est ce qui faisait mon efficacité d'ailleurs.
 
-          Il y a deux ans, vous n'avez pas donné la version complète de ce qu'il s'était passé... et personne ne pouvait vous y forcer parce que vous étiez une simple étudiante. Aujourd'hui vous êtes apprentie... vous n'êtes plus indépendante. Vous devez rendre des comptes à votre hiérarchie. Alors ma question est très simple Miss Hunt : qu'est-ce qui vous est passé par la tête hier ? Et comment avez-vous réussi à maîtriser cinq hommes... alors que vous n'aviez même pas votre baguette ?
 
Nous y voilà. Le moment des explications était venu. Je pris la parole avec le plus grand calme que je pus trouver en moi.
 
-          J'ai rejoint l'équipe de Moser hier quand j'ai appris pour la prise d'otages, pour essayer d'en apprendre davantage. Deux de mes collègues étaient dedans, dont un ami proche. J'ai émis l'idée que l'un d'entre nous se propose pour négocier directement avec les ravisseurs. En portant des lentilles d'espionnage, ça aurait permis aux équipes dehors d'avoir la configuration intérieure, l'emplacement des cambrioleurs... et un troisième flic parmi les otages pour empêcher que la situation dégénère.
-          Une idée pertinente... qui a été refusée.
-          Oui. Moser m'a dit que l'intervention n'était pas encore envisagée, et qu'il fallait continuer les négociations.
-          Et c'est là que vous avez pris l'initiative d'agir quand même.
-          Exact.
-          Pourquoi ?
-          Parce que c'était une impasse. Ces gars étaient déterminés. On aurait été obligés d'accéder à leurs demandes.
-          C'est souvent comme ça que ça se termine quand les lieux ne sont pas favorables à une intervention. Comme ça une fois dehors, on peut tenter de les arrêter.
-          Raison pour laquelle ils ont demandé un bus... pour pouvoir amener les otages avec eux et s'assurer qu'on ne fasse pas ce genre de « tentative ». Si on les avait laissés sortir, la situation aurait été encore plus délicate... et le sauvetage des otages beaucoup plus incertain.
-     Parce que votre intervention n'était pas incertaine ? Vous vous êtes jetée délibérément dans la gueule du loup.
-          Ne commettez pas l'erreur de penser que je suis une débutante inconsciente, qui a agi sous un coup de sang. Je savais exactement ce que je faisais. Je n'aurais jamais mis la vie de tous ces otages en danger si je n'avais pas eu la certitude de pouvoir garder la situation sous contrôle. Ce qui m'amène à répondre à votre deuxième question : comment ai-je pu maîtriser les ravisseurs sans ma baguette ? La réponse est très simple.  Je n'ai pas forcément besoin de baguette pour produire certains sortilèges. Un atout bien utile dans ce genre de situation... que je suis la seule dans vos équipes à posséder.
-          Que dois-je comprendre ?
-          Que j'étais la seule à pouvoir exécuter ce plan.
-      Mais ça ne vous permettait pas d'agir sans autorisation. Je comprends votre raisonnement...  seulement vous n'êtes pas indépendante Miss Hunt. Vous avez des supérieurs... et les ordres qu'ils vous donnent doivent être suivis. Moser vous avait dit de ne pas bouger, parce que d'autres policiers étaient eux-mêmes en train d'opérer... vous ne pouvez pas prendre des initiatives comme ça. Vous comprenez ?
-          ...Oui, Monsieur.
-        Donc si la même situation venait à se reproduire, vous ne feriez pas le même choix ?
 
Je le regardai dans les yeux, silencieuse.
 
-          Vous connaissez la réponse, dis-je.
-          Je veux vous l'entendre dire.
 
Je soupirai.
 
-       Ce ne sont pas aux sanctions disciplinaires auxquelles je pense dans ces moments-là... mais aux vies en danger qu'il faut sauver. J'ai tenté de partager mon idée d'intervention avec mes supérieurs... mais ils ont préféré continuer les négociations alors que c'était une impasse.
-          Peut-être avaient-ils des raisons d'agir ainsi.  
-          Alors si vous voyez un troupeau de moutons foncer vers un ravin, vous les suivez aveuglément en vous disant qu'ils ont une raison de courir dans cette direction ?
 
Il haussa les sourcils, et je sentis que j'étais en train de dépasser les bornes. La discussion m'insupportait. Les règles, les procédures... ! Il fallait demander l'autorisation pour tout. C'était tellement plus rapide d'agir que de se poser trente-six mille questions !
 
-          Des moutons ? C'est un peu péjoratif pour imager vos collègues.
-          Parmi mes qualités... Moser ne vous a-t-il pas dit que j'étais réaliste ? ne pus-je m'empêcher de renvoyer.
 
Il ricana, se décollant de son fauteuil pour se rapprocher de moi, par-dessus son bureau.
 
-          Si. Il m'a également fait part de votre audace, et du soupçon d'arrogance qui viennent souvent pimenter les discussions avec ceux qui ne vont pas dans votre sens. Tout comme votre assurance, en toutes circonstances. Moser a reconnu qu'il n'arrivait pas à déterminer s'il devait considérer ça comme des défauts ou des qualités, étant donné que vous partez souvent « dans la bonne direction ».
-          Et vous... qu'en pensez-vous ? 
 
Il soupira discrètement, sans me lâcher des yeux. Je ne m'attendais pas à un miracle, qu'on se le dise. Mais avant de connaître le verdict officiel, je voulais avoir son point de vue. Je voulais savoir quel genre d'homme était à la tête de notre Département.
 
-          Je dois bien admettre qu'à la lecture de votre dossier, et après entretien avec plusieurs de vos collègues, je pense sincèrement que les journaux ont raison : vous êtes incontestablement une « étoile montante ». Malheureusement, je ne peux pas fermer les yeux sur le fait que vous ayez agi contre les ordres d'un de vos supérieurs. Vous devez apprendre que l'obéissance n'est pas une option. Vous êtes jeune et téméraire, et vous êtes douée en plus, donc je peux comprendre que vous ayez confiance en vos choix... mais n'oubliez pas que vos collègues sont plus expérimentés que vous, et qu'ils ont déjà fait face à la plupart des situations que vous rencontrerez. Hier, votre choix a mené à une bonne fin... mais il aurait tout aussi bien pu être dramatique. Si je vous laisse repartir sans rien, d'autres de vos collègues penseront qu'ils peuvent agir de leur propre chef. Vous comprendrez que les équipes deviendraient vite hors de contrôle, et ce n'est pas dans l'intérêt du Département. Et puis, en ma qualité de Directeur, je ne peux pas vous encourager à agir de manière isolée. J'ai donc le regret de vous annoncer que vous êtes mise à pied pour une durée de deux semaines. Je vais vous demander de me remettre votre badge. Vous ne pourrez pas exercer pendant cette période, ni vous rendre au Département de la Justice Magique.
 
J'acquiesçai lentement, essayant de digérer la nouvelle. Une mise à pied. C'était toujours mieux que de me faire renvoyer, mais ça entachait mon dossier, alors que j'avais sauvé la vie à une trentaine de personnes. C'était vraiment l'aspect de mon métier que je détestais : devoir rendre des comptes... être dépendante. Je n'aimais pas devoir rester sous contrôle. Mais apparemment, il faudra que je m'y fasse. Je ne portais pas mon masque... ici, ce n'était pas moi la patronne. Je me levai en décrochant mon badge, le posant sur le bureau de Holard en essayant de garder un air indifférent. Je lui serrai la main en lui souhaitant une bonne journée, me retenant bien de dire qu'il avait une bien triste manière de remercier ses équipes. Pourquoi toujours refaire le monde...? Aucun des otages n'avait été blessé, et les ravisseurs tous arrêtés... ça ne le dérangeait pas trop de se faire mousser par la presse grâce à ma « prise d'initiative ». Enfin, il ne pouvait pas revenir sur sa décision. C'était lui le patron, il ne faisait que son travail. Alors je pris congé, retournant une dernière fois voir Moser et mes amis avant que la mise à pied soit effective.
 
-          Alors ? me demanda Remus en me voyant arriver.
-          Je suis mise à pied.
-          Je m'en doutais, soupira Moser. Combien ?
-          Deux semaines.
-          Tu t'en sors bien, m'assura Wagner. Je m'attendais au moins au double.
-          Si ce crétin avait attaché plus d'importance au résultat, elle n'aurait rien dû avoir, pesta Sirius.
-          Il ne fait que son boulot, répondis-je. Il espère me faire comprendre la leçon.
-          Mais ce n'est pas le cas, pas vrai ? dit Moser.
-          Vous pensez sincèrement que ça va me transformer en chienne de salon ? Allons Moser, vous me connaissez mieux que ça.
-          Il faudra quand même que tu fasses plus attention la prochaine fois, glissa Remus.
-          Personne n'arrivera à me mettre une muselière, Remus. Surtout que je n'ai toujours pas le sentiment d'avoir commis une faute. Ok, j'ai outrepassé les ordres d'un supérieur... et alors ? C'était pour la bonne cause non ? Ce négociant à la noix n'est pas le détenteur de la vérité que je sache. A mes yeux, la véritable erreur aurait été de rester sans agir. Mais ça... le Directeur ne peut pas le cautionner. Vivement que je ne sois plus apprentie... au moins quand je dirai quelque chose, ma parole aura de la valeur.
-          Mais tu auras toujours des supérieurs, fit remarquer James.
-        Je n'ai pas souvenir que des types comme Maugrey ou ton père soient très contestés dans leurs décisions.
-          Parce qu'ils font parties des As des Aurors.
-          Exactement. Comme nous quatre dans quelques années. Au fait Moser, merci d'avoir parlé de moi en bons termes... vous m'avez sauvé la mise.
 
Il acquiesça, et j'allai récupérer mes affaires en leur souhaitant bonne chance pour les affaires en cours. Ça m'énervait d'être écartée des enquêtes, car certaines avaient l'air intéressant. Mais je ne regrettais pas mes actes. Je restais persuadée d'avoir agi comme il le fallait pour le bien des otages. Peu importe que ce négociant de merde se soit senti frustré de se faire voler la vedette par une jeunette. J'avais en horreur ces gens qui dès qu'ils avaient un peu de pouvoir prenaient la grosse tête et jouaient aux « petits chefs ». Parce que c'est tout ce qu'il était. Ce n'est pas tant ma prise d'initiative qui l'avait mis hors de lui, mais le fait que je lui désobéisse. Il s'en foutait que ça ait permis de sauver des otages. Mais je lui prouverai, à lui comme aux autres, qu'ils avaient intérêt à prêter attention à mon instinct. Pour l'instant, ils pensaient tous que je manquais trop d'expérience... alors que j'avais vécu des situations qu'ils ne pouvaient même pas imaginer. Il faudrait que je leur fasse ressentir mes compétences sans leur en dévoiler les origines. En attendant, ces deux semaines de mise à pied allaient au moins me permettre de passer plus de temps avec les évadés. Un temps précieux qui me permettrait de bien en avancer avec eux.

 
| Au Château |

 
Diego ne cacha pas sa surprise en me voyant arriver en fin de matinée... et moi la mienne de tomber sur lui. Il n'était pas censé être là aujourd'hui. On n'avait que très peu échangé depuis la discussion avec Roy. Un léger froid s'était installé entre nous. Pas parce qu'on s'en voulait bien sûr... mais parce qu'il y avait une certaine gêne.
 
-          Ton exploit d'hier t'a permis d'obtenir des vacances ? dit-il pour rompre le silence.
-        Ouais... des vacances forcées, répondis-je amèrement. J'ai été récompensée d'une belle mise à pied de deux semaines.
-          Ta « prise d'initiative » ? 
-          Oui. J'ai désobéi aux ordres. Le reste ils s'en foutent.
-          Inconvénient qu'on n'a pas dans notre monde.
-          Oui... Mais bon au moins, je vais pouvoir être davantage ici... Jack n'est pas là ?
-          Si, il donne un petit cours de self-control.
-          Ah... je vois.
 
Nous aussi on avait eu droit à ces cours à mon retour du camp. Le but consistait à parler de sujets qui pouvaient se rapporter au camp, ou à rappeler des souvenirs de ce que j'avais vécu, afin d'apprendre à dépasser mes traumatismes. Malheureusement, c'est le « cours » où j'avais toujours eu le plus de mal. Mes souvenirs éveillaient une trop grande haine qui, conjuguée à la douleur, avait le don de m'énerver. J'étais capable de rester impassible la plupart du temps maintenant... mais j'avoue n'être jamais parvenue à refouler cette vague de haine. Peut-être parce que je n'en avais pas envie. C'est cette rage qui me rendait déterminée à aller jusqu'au bout après tout.
 
-          Tu comptes t'y joindre ? me demanda Diego, me sortant de mes pensées.
-          Bop, moi, le seul self-control que j'ai, c'est en mission. Et encore, il ne faut pas que ça soit trop personnel... alors je ne pense pas avoir de conseil à donner sur le sujet.
-          J'ai dit pareil à Jack quand il m'a proposé...
 
Le silence retomba, pendant lequel on peina à se regarder dans les yeux. C'était bizarre. C'est comme si on avait tous les deux envie de revenir l'un vers l'autre, mais qu'on n'osait pas.
 
-          Tu as annulé tes projets du jour ? relançai-je.
-          Oui, il y a eu un petit changement de programme.
 
J'acquiesçai lentement, choisissant de ne pas chercher à en savoir davantage pour cette fois. Le travail de Diego était objet de discussion tendue, ce n'était pas le sujet sur lequel j'avais intérêt à m'étaler si je voulais renouer avec lui.
 
-          Je suis content que tu puisses passer plus de temps ici, me dit-il enfin.
 
Je ne pus m'empêcher de sourire, sentant un poids disparaître de mon ventre. C'était une manière comme une autre pour Diego d'exprimer sa volonté à ce qu'on reprenne comme avant.
 
-          Moi aussi, assurai-je.
 
On se sourit, tous deux soulagés de pouvoir renouer tout doucement l'un avec l'autre. Notre relation était souvent compliquée et parfois source de douleur, mais tellement indispensable qu'il me serait impossible de rester trop longtemps en froid avec lui. 

 
| 18 mai 1979 |

 
Honnêtement, je n'avais pas vu les quinze jours passer tellement j'avais été occupée. Finalement, une ou deux semaines de plus m'auraient bien arrangé. J'étais contente de la progression de nos protégés. Ils étaient en bonne voie. Leur « remise en liberté » ne serait pas encore pour demain, mais on avançait dans la bonne direction.
Moser avait organisé un petit apéritif en fin de journée pour fêter mon retour dans l'équipe. Mais franchement, je n'avais eu qu'une hâte : rentrer au manoir. Me poser. Souffler.

 


Je me laissai tomber sur le canapé après une bonne douche, où je m'étais un peu oubliée sous l'eau chaude. Je n'étais pas fatiguée. J'avais juste besoin de me détendre, car j'étais un peu à cran. Il fallait que je gère beaucoup de choses en même temps, et ça tirait pas mal sur mes nerfs, qui jouaient de plus en plus de l'accordéon. Heureusement, j'avais quand même trouvé le temps de mettre le masque de Tracker pendant ces quinze jours, ce qui m'avait permis de me défouler un peu et d'évacuer.
J'entendis Remus passer derrière moi, sans s'arrêter.
 
-          Remus ? appelai-je.
-          Hum ?
-          Tu viens ?
 
Je souris en le voyant contourner le canapé. Il se plaça devant moi, me regardant avec la tête légèrement penchée sur le côté. Je sentis mon c½ur dérailler en voyant la tendresse dans son regard. Je lui fis signe de s'asseoir près de moi, ce qu'il fit sans se faire prier. Je me blottis contre lui, savourant ce moment en sa seule compagnie. Avec mes occupations, j'avais le regret de passer moins de temps avec Remus, et il me manquait atrocement. Lui aussi d'ailleurs avait senti la prise de distance, car il me faisait des remarques bien placées pour me le faire comprendre. Je m'en voulais de prendre moins soin de lui. Je ne voudrais pour rien au monde que notre relation s'essouffle à force d'être délaissée. Mais l'équilibre entre mes deux vies était très difficile à conserver depuis la fin du camp. Je faisais tout pour le rétablir au plus vite, et ça me demandait des efforts considérables... qu'il ne pouvait voir.

C'est donc avec une joie silencieuse qu'on passa un bon moment l'un contre l'autre, à se reposer d'une journée encore bien remplie. J'étais bercée par les caresses de Remus sur mon visage, qui étaient sur le point de m'endormir tellement elles étaient apaisantes. Une sensation qui me fit bien sourire : Remus était capable de me calmer comme personne, sans même le vouloir.
Nos estomacs finirent par nous rappeler que l'heure n'avait pas fini de tourner. Je me redressai, ressourcée par ce moment de douceur et de sérénité.
 
-          Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas passé un moment rien que tous les deux, me dit Remus en souriant.
-          Oui... ça fait du bien, répondis-je en l'embrassant.
-          J'espère que le prochain ne sera pas dans quinze jours...
 
Je souris à la finesse de son sous-entendu.
 
-        Pardonne-moi Remus... j'ai bien conscience que je m'absente trop souvent ces derniers temps.
-            Oui...tout le temps.
-        Je sais qu'on se voit beaucoup moins en dehors du travail depuis que Roy est revenu dans ma vie... mais je t'assure qu'il a besoin de moi. Tout le temps que je passe avec lui est nécessaire. Je veux l'aider à se lancer dans une nouvelle vie. Quand ce sera fait... ce sera à nouveau comme avant.  
-          J'espère, soupira Remus.
 
Je me mordis la lèvre inférieure au ton de sa voix. Il n'était pas agacé, mais je sentais bien qu'il était frustré de passer moins de temps avec moi. Réaction totalement légitime, étant donné que j'avais pris mes distances depuis le retour de Roy, passant tout mon temps libre avec lui sans jamais expliquer clairement pourquoi mon frère de c½ur retrouvé avait besoin d'une telle présence. Bien sûr, quand je parlais de Roy avec Remus, je pensais à tous les évadés... mais c'était un moyen de discuter librement sans craindre qu'il sente qu'il y avait autre chose. Alors je faisais en sorte de rester vague et d'éviter les discussions, mais c'est vrai que j'avais beaucoup délaissé Remus et mes amis Maraudeurs ces derniers temps.  Je m'en rendais compte... mais comment pouvais-je faire autrement ? M'occuper des évadés était prioritaire, je ne pouvais pas les garder éternellement au château.
 
-          Pour moi aussi c'est difficile de passer moins de temps avec toi, soufflai-je. Ces moments tous les deux me manquent. Mais j'ai une responsabilité envers Roy... et quand j'en serai venue à bout, tout rentrera dans l'ordre. Je te le promets. Je serai à nouveau pleinement à toi. En attendant, s'il te plait, ne m'en veux pas.
-          Tout est toujours si mystérieux avec toi... ce serait tellement plus simple si tu me disais pourquoi Roy a tant besoin de ta présence.
-          Il a traversé une dure période... sombre et douloureuse. Il a besoin d'un guide pour retrouver le chemin vers la lumière. Ce n'est pas facile... mais je veux réussir.
 
Remus acquiesça lentement, et ça me soulagea qu'il comprenne. Je savais bien qu'il finirait par se lasser de mes absences répétées... mais je n'avais pas vraiment le choix. Je ne pouvais pas laisser les évadés. Pas encore. Diego et Jack ne pouvaient pas tout faire seuls. Ils faisaient déjà une grosse partie en assurant des permanences lorsque j'étais au travail, il fallait bien qu'on fasse des roulements pour qu'ils soufflent à leur tour. On s'était engagé dans une mission assez difficile.

 

Je ne regrettais pas bien sûr. Ça jamais. Je tenais à aider les évadés à se réinsérer dans la société. J'en faisais une affaire d'honneur. J'aimais incarner la mentor que Jack avait été pour moi. Mais Remus avait raison... cette mission, très lourde pour trois personnes, occupait totalement mon esprit. Et il me tardait que ça se finisse. C'était pesant. Être avec eux ne cessait de me rappeler mon propre retour du camp, et les difficultés que j'avais traversées pour surmonter mon passé. Etre à leur écoute me dévoilait de nouvelles histoires, toutes aussi tragiques que celle que j'avais vécue. Je partageais quelques bons moments avec, notamment lorsque j'étais dans le rôle de professeur... mais une grosse partie de mon boulot avec eux ressemblait à des séances de psy. Et c'était lourd... très lourd au quotidien d'être dans la confidence des horreurs qu'ils avaient vécues, et des répercussions sur eux. Le moral n'était pas toujours là, et il fallait le leur remonter. Ce n'était pas facile pour Diego et moi de guider tous ces jeunes brisés, alors que nous n'avions nous-mêmes jamais totalement guéri de nos profondes blessures.
 
 

| 20 juin – Château |

 
Un mois s'était écoulé pendant lequel j'avais continué ma formation, auprès de l'équipe de Moser et des Maraudeurs. J'employais le temps qui me restait à éduquer Roy et les autres évadés, avec la précieuse aide de Diego et Jack. Et quand je dis « éduquer », c'est sans aucune exagération. C'était beaucoup de travail de leur apprendre à bien se tenir pour se fondre dans la société. Avec Jack et Diego, on essayait de les aider à se reconstruire et à les préparer du mieux que l'on pouvait à démarrer une nouvelle vie. Il nous fallut y consacrer beaucoup de temps. Certains opposaient parfois de la résistance, d'autres avaient des blocages suite à des troubles post-traumatiques... ce n'était vraiment pas simple. Mais on ne lâchait rien. On voulait vraiment y arriver.

 

A force de passer tout ce temps ensemble, on avait même réussi à gagner leur confiance, et à créer une certaine complicité, plus ou moins forte selon chacun d'eux. Je les amenais souvent à l'extérieur, par petit groupe, pour leur faire découvrir le pays. Même si le château avait de quoi leur offrir de belles balades, c'était important pour eux qu'ils voient à quoi ressemblait le monde extérieur. Ça leur faisait  tellement bizarre pour eux d'être témoins de l'existence de la magie. Ils avaient passé des années avec des moldus, et beaucoup ignoraient qu'ils étaient des sorciers. Et même pour ceux qui le savaient, ils n'avaient jamais tenu de baguette entre leurs mains auparavant. On leur avait donné des cours de présentation, très théoriques. Puis, on avait profité d'une belle et rare journée ensoleillée pour les amener acheter une baguette. Leur première.

 

On leur avait donc enseigné les sortilèges de base, et on sentait le plaisir qu'ils prenaient à apprendre. Ils ne se lassaient jamais. Ils voulaient toujours aller plus loin. La magie leur procurait un sentiment de puissance qui les émerveillait. Alors on franchissait les paliers, dépassant les sorts de base. A leur âge, et avec leur motivation, ils avaient de bonnes capacités d'assimilation. Ils apprenaient vite. Leur maîtrise grandissante nous poussait à la vigilance. Pour l'instant, on enfermait les baguettes après les cours, ne voulant pas que certains fassent des expériences avec dans leur chambre. Une mesure qui en frustrait plus d'un. Ça aussi, ce n'était pas évident : tenir tout le monde tranquille. Les évadés ne réagissaient pas tous de la même manière.

 

Certains étaient des durs à cuire, qui avaient soif de combat et d'indépendance. Ils voulaient tout le temps faire des duels, pour progresser plus rapidement, ayant conscience qu'ils n'étaient pas encore au point. D'autres au contraire, plus discrets, avaient tendance à s'isoler et à se contenter des cours qu'on donnait sans chercher à aller plus loin. Seuls Roy et trois autres personnes avaient la juste mesure. Ils savaient rester calmes et posés. J'étais persuadée qu'ils seraient parmi les rares à pouvoir reprendre un cours de vie normal.

 


Le mois de juin toucha à sa fin. Après des entraînements intensifs donnés par Jack et Diego, auxquels venaient s'ajouter mes cours du soir, on estima que les évadés qui se sentaient prêts à voler de leurs propres ailes étaient prêts. Les jours qui suivirent furent donc consacrés à leur trouver un logement, et à les guider vers les métiers qui leur correspondraient le mieux. Comme lorsque nous avions ramenés les premiers évadés dans leur famille, devoir dire au revoir à ceux-là avait été un moment émouvant. Nous avions été leurs sauveurs et leurs professeurs... c'était dur pour eux comme pour nous de nous séparer. Surtout lorsque j'avais serré Timothy dans mes bras. Il m'avait remerciée je ne sais combien de fois de l'avoir empêché de se tuer. Nous avions fait ce qu'il fallait pour leur donner envie de vivre et de toujours se relever après chaque épreuve. Chacun des évadés nous avait remerciés pour notre précieuse aide et nous avaient assuré qu'ils ne nous oublieraient pas.

 

Malheureusement, c'était sans compter sur la nécessité pour Diego, Jack et moi de conserver notre identité secrète. Nous ne pouvions pas les laisser vivre avec notre visage et notre histoire dans leur mémoire. Alors j'avais dû leur faire une petite opération mentale... respectant pour ceux qui le voulaient le désir de se souvenir de leur passé... mais effaçant à jamais notre identité et notre visage de leur esprit. Pour eux désormais, ils avaient été sauvés par Tracker et Asesino, deux mystérieuses personnes qui avaient gardé leur masque en permanence et n'avaient jamais parlé de leur vie privée. Une troisième personne, toute aussi mystérieuse, s'était jointe au duo pour des mois de formation. Ils ne se souviendraient de rien d'autre. C'était la meilleure solution pour nous protéger, tout en leur permettant de conserver dans leur mémoire ce que nous avions partagé ensemble. Et pour protéger l'Angleterre, je leur avais également jeté un sort pour qu'il ne leur vienne jamais à l'idée de raconter ce qu'ils avaient vécu. Cette manipulation de l'esprit n'était pas très morale, mais nécessaire.
 

 


Au final, il ne restait plus que huit « élèves » au château. Des élèves particuliers, en lesquels nous avions détecté une bête, des aptitudes, ou tout simplement un désir à en créer une. Une bête qui aurait envie de se montrer. Après de nombreuses discussions avec chacun des concernés qui voulaient continuer à vivre dans l'ombre, j'avais finalement accepté de les guider sur ce chemin. Si c'est l'avenir qu'ils voulaient, je ne pouvais pas les en détourner. J'estimais que je les avais suffisamment mis en garde sur ce qui les attendait. Trois choisirent de rejoindre mon clan, dont Alexander, tandis que les cinq autres penchèrent pour Diego. Peut-être parce que j'avais essayé de les convaincre de ne pas nourrir leur bête, alors que Diego était clairement prêt à les aider à la lâcher.
 
Ainsi, les cours qui suivirent furent séparés. Diego s'occupait de ses nouvelles recrues, et moi des miennes. Comme toujours, je commençai par leur présenter mon clan : valeurs, objectifs, fonctionnement.
 
-          Tu dis que votre clan sert à rétablir l'équilibre... que veux-tu dire par là ? demanda Joey.
 
Joey était un jeune homme de dix-neuf ans. Il était de taille normale pour son âge et tout en muscles. Son regard d'un vert pétillant n'avait pas la moindre once d'agressivité. Il n'y avait pas vraiment une bête en lui à proprement parlé. Il m'avait un peu surpris en disant qu'il voulait me rejoindre. Je n'arrivais pas à l'imaginer en train de tuer. Peut-être que c'était une force tranquille, qui cachait bien son jeu. Ce n'était pas à exclure... les meilleurs tueurs portent des masques illusoires.
 
-          Le Bien et le Mal est un concept très abstrait... personne n'est capable d'en délimiter les contours... encore moins de situer les frontières qui les séparent. Il y a cette incroyable contradiction qui fait que l'un n'existe pas sans l'autre. L'un des membres de mon clan se plait à se demander à quoi pourrait bien servir la lumière s'il n'existait pas d'obscurité à éclairer.
-         Tu lui as répondu quoi ? 
-          Les ténèbres n'existent pas seulement pour donner une raison d'être au Bien. Il ne faut pas oublier que c'est la lumière qui fait de l'ombre. Le problème, c'est que nous n'avons pas tous les mêmes valeurs... pas tous les mêmes points de vue. J'ai le sentiment de donner plus de vie à la justice à chaque victime que je fais. Mais pour la plupart des policiers qui enquêtent sur mes meurtres... je ne suis qu'une tueuse, avec un mobile qui à leurs yeux n'excuse pas mon geste. Ce qu'il faut que vous compreniez, c'est que dans le monde "normal", c'est l'acte en lui-même qui détermine si c'est Bien ou Mal... dans mon clan, la seule chose qui compte, c'est l'intention. En fait, il n'y a pas vraiment de réponse. C'est subjectif. Tout dépend des valeurs de chacun. Et c'est clair qu'en me rejoignant, si vous ne partagez pas le même point de vue que moi, vous aurez des cas de conscience dans les missions que je vous confierai. Parce que quand je parle de rétablir l'équilibre, ça se traduit par des actes que les policiers ne peuvent pas faire.
-           C'est déjà arrivé qu'un membre de ton clan refuse une mission ?
-           Pour l'instant non... les gens qui me rejoignent savent à quoi s'attendre. S'ils viennent dans mon clan, c'est parce qu'il veulent défendre la même cause que moi. Quand on baigne dans le milieu du crime, on sait des choses que les flics ne peuvent même pas imaginer. On connait des tueurs commettant des crimes odieux, qui profitent d'une obscurité impénétrable par les policiers pour continuer leurs activités. On entend parler d'organisations bien structurées, qui vivent, tranquilles. Le pire, c'est quand les forces de l'ordre connaissent par coeur les assassins qu'ils poursuivent, mais qu'ils n'arrivent pas à les faire tomber, par manque de moyen, mais surtout d'informations. Que ça soient les policiers ou les Aurors, ils ont tous une muselière. C'est pour ça qu'être un tueur au service de la justice est à mes yeux le meilleur moyen de "rétablir l'équilibre". J'ai des compétences particulières qui font que je suis plus efficace que les flics et les juges. Et c'est parce que d'autres personnes ont la même vision de l'utilité de cette justice extrémiste que mon clan a pu se former. Chaque mission que je confie est une mission de justice.
-          Vous mettez le Mal au service du Bien.
-        Et c'est en cela que les autres "loups" pensent sincèrement,  tout comme moi, que notre cause est noble et mérite les meilleurs assassins pour la défendre. Nous, lorsqu'on identifie un tueur qui mérite de mourir, et que nous le prenons pour cible, il ne peut pas nous échapper. Notre incarnons des adversaires à la taille de ces tueurs. Contrairement aux flics, qui sont souvent pris à la rigolade par les criminels les plus redoutables... comme de simples pions... nous, nous sommes craints, car nous représentons une menace mortelle. Nous combattons à armes égales, et nous sommes capables de frapper aussi fort qu'eux. Je pense que d'ici quelques mois, vous comprendrez tous de quoi je parle en disant cela. Je vous ai parlé des Mangemorts... vous verrez à quel point notre système judiciaire est faible face à ce genre d'organisation. Les méthodes légales ne permettront pas de protéger l'Angleterre. Mais nous n'en sommes pas encore là.
 
Joey acquiesça, et je continuai mes explications, en présentant mon fonctionnement et en donnant quelques exemples de missions. Le risque n'avait pas l'air de les impressionner. En même temps, en les formant à devenir des tueurs de ma trempe, ils seraient les mieux à même de survivre. Maintenant que leur décision était prise, je ne chercherai plus à les détourner de l'ombre. Au contraire. Je leur ferai découvrir ce monde de ténèbres. Bientôt, il n'aura plus de secret pour eux. Quand j'aurai terminé de leur transmettre mes valeurs et mon savoir criminel, je confierai à quelques membres de mon clan la tâche de les former à devenir de vrais loups. D'ici quelques mois, ils se fondront dans la meute, comme s'ils étaient nés pour devenir les anges de l'ombre que nous incarnions. Ils seront bientôt les nouvelles lames de la justice criminelle.

 
| 11 juillet 1979 – Manoir Halliwell – 19h30 |

 
C'était une grande journée. Les derniers évadés avaient enfin pris leur liberté. Contrairement aux précédents, je reverrai très vite ceux-là... avec un masque. J'avais dû également intervenir dans leur mémoire, dernière étape indispensable avant leur envol. Je les avais présentés au reste de mon clan, pour qu'ils soient intégrés et pris en charge comme toutes les nouvelles recrues habituelles.

 


En définitive, seul Roy était encore parmi nous... avec ses souvenirs intacts. Il ne souhaitait pas rejoindre nos clans, mais ne s'était pas senti prêt à prendre sa liberté, estimant qu'il devait encore développer ses capacités magiques.

 


Mais aujourd'hui, il n'était pas question d'endosser le rôle de professeur. James et Lily nous avaient invités pour le repas, estimant que ça faisait trop longtemps qu'on n'avait pas passé une soirée tous ensembles. J'avais accepté avec grand plaisir, car il est vrai qu'on ne s'était pas beaucoup vus en dehors du Ministère ces derniers mois. Ce fut donc un plaisir de retrouver Sirius, déjà arrivé depuis une bonne heure, et Peter qui nous avait à peine précédés.  
 
-     Prue ! Quelle joie de te voir ! taquina Sirius. C'est un exploit d'avoir trouvé un créneau libre dans ton emploi du temps surchargé !
-        Ha ha, mais c'est qu'il n'a pas perdu son sens de l'humeur mon cher Sirius.
-        Je suis heureuse que vous soyez tous là, dit Lily en me serrant chaleureusement dans ses bras.
-          Ça faisait longtemps, avouai-je.
 
James nous accueillit à son tour, radieux, et je faillis faire une attaque en voyant qu'il avait essayé de dompter ses cheveux rebelles.
 
-          T'es belle Jamesy ! raillai-je.
 
Un clin d'½il de Sirius suffit à me faire comprendre la raison des efforts de James. Même s'il était toujours très propre sur lui et classe, il l'était encore plus ce soir. Lily avait quant à elle une robe rouge qui lui donnait du piquant. Ils formaient vraiment un beau couple tous les deux.

 


On les suivit à la salle à manger, où la table était dressée avec soin. L'apéritif laissa bien vite place à un repas succulent, spécialement préparé par James. Je n'avais pas manqué de le féliciter pour son gigot d'agneau sucré salé, tout bonnement parfait. Peter s'était lui aussi régalé, resservi plusieurs fois par une Lily qui savait lire l'envie dans ses yeux. On rit des histoires de James, qui nous raconta ses péripéties en cuisine. Lui qui n'avait pas l'habitude de préparer le repas, faire ce genre de recette relevait de l'exploit.

 


Le moment du dessert arriva enfin, et je souris en voyant James et Sirius partir en cuisine. Je pense qu'on avait tous plus ou moins deviné le but ultime de la soirée. Sauf une personne peut-être. J'espérais en tout cas, pour la surprise. J'échangeai un regard complice avec Remus lorsqu'on vit nos deux Maraudeurs revenir avec les assiettes. James nous servit Lily et moi en premier, tandis que Sirius s'occupait de Peter et Remus. Sirius retourna chercher les deux dernières assiettes manquantes, alors qu'on était tous perplexes face à nos desserts... couverts d'une cloche. Lorsqu'ils s'assirent, ils comptèrent jusqu'à trois, et les cloches se soulevèrent. Deux cris de surprise se firent entendre : celui de Peter, en extase devant un gâteau au chocolat décoré d'un coulis de framboise et de chantilly... et celui de Lily, dont l'assiette était beaucoup moins remplie que la nôtre. Une bague en or lotie dans son coffret était posé innocemment au milieu d'une fleur de Lys dessinée avec le coulis de framboise. Après un court instant d'étonnement, elle se leva en rigolant pour aller embrasser James avec passion, ce qu'on prit tous à l'unanimité comme un oui à cette demande en mariage silencieuse et originale.
 
-          Lily Evans... acceptes-tu d'être ma Fleur de Lys jusqu'à ce que la mort nous sépare ? demanda James avec le sourire jusqu'aux oreilles.
-          Oui, parvint à répondre Lily, la gorge nouée par l'émotion.
-         Je savais au fond que ce visage d'ange cachait un penchant pour le sadomasochisme, lâcha Sirius en guise de félicitations.
 
On éclata de rire, malgré le regard à la fois noir et amusé des deux tourtereaux. Un mariage dans notre bande ! Quelle merveilleuse nouvelle ! On se leva tous pour les prendre dans nos bras à tour de rôle, les félicitant et leur souhaitant tout le bonheur possible. Par les temps qui devenaient de plus en plus sombres, c'était bon d'assister à ce genre d'évènement. Je gardai James contre moi quelques secondes, lui adressant mes compliments pour sa demande. Remus vint me remplacer, prenant son frère dans ses bras avec émotion. Sirius me sauta dessus sans raison valable, sans doute sur l'impulsion de la joie provoquée par ce moment. Son cher frère se mariait !
 
-          Faudra que tu fasses mieux, entendis-je.
 
Je me retournai vers James, qui avait prononcé ces paroles à Remus. Celui-ci lui mit une tape amicale sur l'épaule en guise de réponse, et je fis mine de ne pas avoir entendu, le c½ur néanmoins en proie à des sautillements incontrôlés.   
 
 
Chapitre 8  : De nouvelles étapes franchies

 
Et voici pour ce 8ème chapitre qui, vous l'aurez compris, marque la fin de la longue série de chapitres consacrés aux évadés. J'espère que vous avez passé un bon moment à le lire :)
Bon dimanche, et à bientôt pour la suite !
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Enfin prudence révèle son identité à un membre du bien.. ❤️

  • MikaWolfeHP

    02/06/2015

    Enfin! Je l'ai lu :) je suis de retour! J'adore ce chapitre qui me donne un bon retour sur les persos et l'histoire :) hâte de lire la suite! Bientôt ;)

  • evanalinch-lunalovegood

    05/05/2015

    Contente que les jeunes s'en sortent

  • Hurricany

    28/04/2015

    Je suis vraiment désolé d'avoir mit autant de temps pour poster un commentaire, mais je dois dire que c'est dernier temps on été assez chargé.
    Magnifique chapitre, et je dois dire que c'est la fin qui m'a tout particulièrement plus. Retrouvé toute la petite troupe au complet est de plus en plus rare, donc je suis contente ! J'ai bien aimé la dernière phrase de James, et surtout la réaction de Prue !

  • clochinettedu76

    14/03/2015

    Encore un excellent chapitre ! Les évadés vont enfin pouvoir reprendre une vie plus ou moins normale, grâce à Prue, Diego et Jack :)
    Concernant la demande, c'est vraiment super ! Je me demande si ça pourrait donner des idées à Remus...
    Bon weekend ;)

  • harry-potter-8-fic

    11/03/2015

    coucou :)
    encore un excellent chapitre
    je suis vraiment contente pour le mariage :)

  • aSupernaturalLife

    09/03/2015

    Bonjour !

    Alors tout d'abord un grand désolé d'avoir mis autant de temps à venir. On m'a coupé internet pendant une semaine et je l'ai récupéré il y a 3 jours seulement. Je te dis pas la déprime... enfin bref.

    Ce chapitre marque un tournant, j'ai l'impression. Les évadés ont tous trouvés leur place et une nouvelle vie. Prue, Diego et Jack ont fait du bon travail qui n'a pas du être simple du tout... en tout cas, ils peuvent enfin souffler un peu.

    La sanction reçu par Prue a eu le mérite d'être claire : elle n'a pas intérêt à recommencer. Refuser d’exécuter les ordres ne lui a cette fois ci coûter seulement 2 semaines de suspension, mais c'est parce qu'elle a sauvé les otages... et la prochaine fois, ça risque d'être pire...

    La fin, le repas entre Maraudeurs apporte une touche de bonne humeur. J'adore les vannes de notre cher Sirius (notamment sur le visage d'ange de Lily aha, il a de ses idées lui). Et on comprend que Prue ne serait pas contre l'idée de se marier avec Remus, non ? Elle a l'air bien heureuse à la fin...

    J'ai hâte de lire la suite, à bientôt & bonne continuation !

  • Loulette42

    07/03/2015

    Hey!
    J'adore littéralement ce chapitre! Je suis contente que tout les rescapés du camp ont réussis à refaire leur vie à leur manière. Je pense que c'est un poids en moins sur les épaules de Prue. Mais le passage que j'ai le plus aimer est celui de la fin, où James dit à Remus de faire mieux pour sa demande en mariage. Je suis tellement impatiente de voir cela!! Bref voilà Bye ;)!

  • crucio-black

    05/03/2015

    Hullo!

    Prue s'est très bien occupée des évadés. Comme je te l'avais déjà dit, son côté maternel s'est fait sentir dans ces chapitres. Je crois que c'est une bonne chose que certains des évadés aient voulu et aient pu rester dans l'ombre dans les clans de Tracker et Assesino. Après ce qu'ils avaient vécu, c'aurait été impossible qu'ils retournent tous vers la lumière.

    Je me demande si le mariage de Lily et James va amener des idées dans la tête de Remus... :3

    J'ai bien hâte de voir la tournure que va prendre l'histoire maintenant que les évadés sont... partis? Le temps d'Harry approche à grands pas, et ça risque de faire des flammèches quand Prue entendra parler de la prophétie et des intentions de son papa...!

    Allez, à la prochaine!

  • laurie-slater-10

    01/03/2015

    Salut!
    Ce chapitre est très bon, j'aime la façon dont tu as mis fin à la «Série» du camp et des évadés, ils s'habituent à vivre en tant que citoyen model, j'adore. J'aime aussi la demande en mariage de James et Lily! AI-je bien compris ou Remus va fort probablement faire sa demande? Ça serait trop mignon!
    Au prochain chapitre!

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