chapitre 9 : Des moments forts

 « Je suis heureuse de retrouver ma vie d'avant... en mieux. Entourée des gens que j'aime... toujours. Je suis fière d'être à la fois cette femme guidée par les siens... et mentor de ces loups exceptionnels. »
 
chapitre 9 : Des moments forts
 
| 2 juillet 1979 |

 
Bon sang que ça faisait du bien de renouer avec un quotidien « normal ». Fini les journées à deux cent à l'heure, où je ne savais plus où donner de la tête ! Même si j'avais été honorée d'endosser le rôle de professeur pour les évadés du camp, qui avaient été mes protégés pendant des mois, j'avais retrouvé avec joie mon rythme d'avant. Il ne me restait que Roy à entraîner de temps en temps, mais ce n'était en rien comparable à l'emploi du temps de dingue que j'avais eu. Je pouvais donc me consacrer pleinement aux enquêtes, aux Maraudeurs... et à Tracker ! Remus était ravi de ressentir que j'étais à nouveau à ses côtés, sans avoir l'esprit ailleurs. Et moi, j'étais réellement heureuse de pouvoir retrouver la complicité qui m'unissait à lui, après avoir vécu l'une des périodes les plus importantes de ma vie. La page du camp était tournée, et même si ma vengeance n'était pas encore terminée, je me sentais bien plus légère.

 


Pour autant, j'avais profité que Remus ait une soirée entre « hommes » avec les Maraudeurs et deux autres de nos collègues pour inviter Diego et Roy au manoir à dîner. J'aimais passer du temps avec mes deux frères de c½ur. L'heure tourna sans que l'on s'en rende compte, car c'est la porte d'entrée qui nous ramena à la réalité.
 
-         Prue ? appela Remus.
 
J'échangeai un regard étonné avec Diego et Roy, qui s'étaient arrêtés de parler, le regard rivé en direction de l'entrée. Remus arriva dans le salon, et se figea à son tour en nous voyant. J'avais organisé le repas au dernier moment, Remus ne s'attendait donc pas à me retrouver accompagnée. Je sortis la première de ma surprise, me levant pour aller l'accueillir, chassant mes craintes de mon esprit. Remus m'avait fait entrer dans sa vie depuis longtemps, il était peut-être temps que je cesse de dresser des barrières dans la mienne.
 
-          Remus, je te présente Roy. Roy, voici Remus.
 -       Je suis ravi de rencontrer celui qui prend soin de ma petite s½ur, salua Roy en tendant sa main.
 
Remus haussa les sourcils en serrant la main de Roy.
 
-         Et moi de faire la connaissance du frère retrouvé.
 
Je souris, avant que je m'aperçoive que le visage de Diego s'était légèrement durci. Je ne voulais pas que l'arrivée de Remus lui gâche la soirée, nous avions passé un si bon moment tous ensemble...
 
-          Cela dit, je passais jute te dire bonne nuit, m'informa Remus. Je vais vous laisser en famille.
 
Ses paroles furent le déclic. Je pris sa main par réflexe alors qu'il m'embrassait sur le front.
 
-          Reste, demandai-je. Tu en fais partie toi aussi.
 
Agréablement surpris, Remus accepta de se joindre à nous pour le restant de la soirée. Nous ne pouvions pas avoir les mêmes discussions en sa présence, mais ce n'était pas plus mal au final. J'en avais marre de cloisonner ma vie. Roy et Diego étaient des êtres chers à mes yeux, il était temps que Remus apprenne à les connaître. Même s'il ne saura jamais qui ils sont vraiment et ce que nous avions vécu par le passé, tout ce qui comptait, c'est qu'à partir d'aujourd'hui, on puisse profiter du présent. Ensemble. Tout comme j'avais réussi à me trouver une place parmi les Maraudeurs tout en étant une tueuse, j'étais persuadée que Remus pouvait trouver la sienne dans mon cercle rapproché... tout en restant l'ange qu'il avait toujours été.

 


Vers minuit, Diego annonça qu'il était temps pour lui de prendre congé. J'étais contente qu'il n'y ait pas eu d'animosité entre Remus et lui. Ils avaient su se contrôler tous les deux. Je n'étais pas certaine que Diego soit partant pour renouveler ce genre de soirée, mais je me serais mal vue laisser Remus partir parce qu'il n'avait pas le sentiment d'être à sa place. Je raccompagnai mon frère de c½ur au-dehors, espérant que Remus n'en profite pas pour poser des questions à Roy.
 
-          On se revoit bientôt ? demandai-je.
 
Diego eut un faible sourire en me regardant droit dans les yeux, avec cette douceur déstabilisante dont il avait le secret.
 
-          Bien sûr.
 
Je le laissai donc partir un peu plus sereine. Ça m'avait fait un bien fou d'avoir ces trois hommes auxquels je tenais tant réunis. Je m'étais rendue compte à quel point je me sentais entière lorsque mes deux mondes se mélangeaient. De manière contrôlée évidemment.
 

~ Point de vue de Remus ~

 
Je regardai Prue sortir avec Diego, avant de me reporter sur Roy, ce jeune homme indéchiffrable un peu plus âgé que moi.
 
-         Je suis vraiment désolé pour tout le temps où je t'ai « emprunté » Prue, me dit-il.
-         Ce n'est rien, répondis-je par politesse. Prue m'a dit que tu avais eu besoin d'elle.
 
Mon regard se posa sur son tatouage au poignet lorsqu'il passa sa main dans les cheveux, ainsi que sur sa plaque militaire autour du cou.
 
-         Vous vous l'êtes fait ensemble ? demandai-je en désignant le tatouage.
-         Oui. Diego, Prue et moi étions inséparables à une époque.
-         Pourquoi vous êtes-vous perdus de vue ensuite ?
-      Nous ne pouvons suivre le même chemin de toutes les personnes que nous rencontrons. Je ne les ai pas connus très longtemps... mais j'avoue ne pas regretter ce tatouage. Aujourd'hui encore, après toutes ces années d'éloignement, il a toujours la même valeur.
-         Tu es parti à la guerre ?
 
Il porta machinalement sa main au collier militaire.
 
-         Oui, je me suis engagé à ma majorité. Mais c'est fini maintenant. Je vais faire en sorte de trouver un métier paisible.
-           Je te comprends.
 
Le silence commença à s'installer. Je compris soudainement pourquoi il avait eu besoin d'aide. Même s'il semblait bien dans sa tête, je devinai que la guerre avait dû le marquer en profondeur. Je n'osais imaginer ce qu'il avait pu vivre au front. Le retour avait dû être sacrément difficile. Je regrettais d'avoir reproché à Prue ses absences répétées.
 
-         Tu as de la chance de l'avoir tu sais, souffla Roy.
-         Hmm ?
-         Prue. Tu as de la chance. C'est vraiment une femme bien.
-         J'en ai conscience, oui.
-       Fais bien attention à elle. C'est une protectrice par nature. Elle veille sur les siens, elle est prête à tout pour le bien de ceux qu'elle aime... Mais à l'inverse... elle ne laisse pas les gens l'aider.
-          Ça j'ai remarqué ! dis-je amèrement. J'ai dû batailler plus d'un an pour entrouvrir sa carapace et essayer de la guérir de son passé.
-           Tu as réussi ?
-           Partiellement. Je vois qu'elle va mieux... mais je sens que c'est toujours présent.
-        Ça ne partira probablement jamais... la meilleure chose à faire, c'est d'aller de l'avant.
-         J'y compte bien. Mais j'espère quand même trouver un jour la vérité sur ce qui est arrivé à sa famille.
 
Roy fronça légèrement les sourcils.
 
-         Qu'est-il arrivé ? demanda-t-il.
 
J'eus une seconde de surprise. Comment pouvait-il ignorer cette histoire s'il était véritablement si proche de Prue ?
 
-         Et bien, elle a perdu sa famille dans une attaque... ici même, dans ce manoir. Sa mère et sa s½ur jumelle sont mortes, Prue a été la seule survivante. Cette soirée l'a hantée pendant des années.
 
Malgré son calme apparent, Roy ne savait pas de quoi je parlais, je le sentais. Mais alors... de quoi parlait-il, lui ?
 
-         A quoi tu pensais toi ? demandai-je.
 
Mais la porte se rouvrit, et le silence retomba entre nous, car le retour de Prue était imminent. Elle se rassit à côté de moi avec le sourire, reprenant sa discussion avec Roy. Cependant, je ne parvins pas à me concentrer dessus. Prue ne m'avait pas tout dit. Et Roy ne savait pas tout non plus. Je soupirai. La vie de Prue était un véritable puzzle.
 

 
~ Point de vue de Prue ~

 
Une heure après le départ de Diego, c'était au tour de Roy de se lever. Je le raccompagnai, devant transplaner avec lui pour le ramener dans la planque que Diego lui avait trouvée, en guise de logement temporaire. Comme il ne restait plus que lui, il n'avait pas tenu à rester seul dans l'immense château qui avait été la demeure de tous les évadés pendant plusieurs mois. Je lui souhaitai une bonne nuit, mais il me retint.
 
-         Tu ne m'as jamais dit ce qui était arrivé à ta famille, me dit-il.
-       Woaw, je ne pensais pas que cinq minutes de tête à tête avec Remus seraient suffisantes pour aborder ce sujet.
-         Disons que c'est venu tout à fait par hasard, sur un malentendu.
 
Je soupirai.
 
-         C'est une longue histoire Roy... mais pour faire court, on a été attaquées ma famille et moi le jour de mon cinquième anniversaire par un groupe d'hommes. Je suis la seule à avoir survécu. L'ennui, c'est que j'ai fini par me rendre compte que ma mémoire avait été falsifiée. Encore aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'il s'est réellement passé ce soir-là. Mais pendant douze ans, j'ai cru que j'avais tué ma mère en déviant un couteau sur elle que m'avait envoyé l'un de nos agresseurs.
-         Je suis vraiment désolé...
 
Je haussai les épaules.
 
-         Ça va maintenant, j'ai réussi à calmer la douleur de ce souvenir, même si c'est toujours à vif quand j'y pense.
-         Je te souhaite de découvrir un jour la vérité.
-         Moi aussi. Ce jour-là, je serai enfin en paix.
 
Il me prit dans ses bras avant de me laisser rentrer au manoir. Lorsque je refermai la porte derrière moi, je fus contente de voir Remus m'attendre dans l'entrée. 
 
-         Cette soirée entre mecs s'est bien passée ? demandai-je.
-         Oui. On a bien rigolé. Et j'ai passé un bon moment ici aussi.
-          Moi aussi. Ça m'a fait du bien de vous avoir réuni tous les trois.
 
Il m'enlaça avec un sourire tendre qui me rassura. Je n'étais pas la seule à avoir apprécié ce mélange spécial de mes deux vies.
 
-          Il a fallu que je rentre à l'improviste pour te le faire vivre, taquina Remus.
 
Je ris à sa remarque plutôt bien placée. C'est vrai que j'étais frileuse à l'idée de faire sortir de l'ombre les gens appartenant à ma vie obscure... je m'étais toujours arrangée pour qu'ils se rencontrent le moins possible.
 
-          C'était la dernière fois, prévins-je d'un ton un peu autoritaire.
 
Remus haussa les sourcils face à mon changement d'attitude.
 
-            Quoi, tu ne veux plus d'arrivée comme ça ?
-           Non... parce que si tu veux bien venir vivre dans ce manoir, ce ne sera plus une arrivée à l'impro, mais juste un retour chez toi. Chez nous, ajoutai-je avec un clin d'oeil.
 
Remus retrouva bien vite le sourire, conservant tout de même un peu de surprise dans le regard. Ma demande était un peu soudaine.
 
-          Tu es sûre ? Je veux dire, tu es prête ?
-        Oui. Je sais qu'on s'était dit de nous laisser du temps... mais pour ma part, j'ai envie d'essayer. De toute façon, nous n'avons pas arrêté de passer notre temps libre ensemble, un coup ici un coup chez toi. C'est vrai que j'ai été pas mal absente ces derniers temps, et qu'on s'est beaucoup moins vus... mais c'est terminé maintenant. Alors si toi aussi tu es prêt... ce manoir sera ton nouveau toit. 
 
Remus m'embrassa avec passion en guise de réponse.
 
-         Je fais mes valises demain, me dit-il.
 
Je le serrai fort contre moi, heureuse qu'il accepte. Terminé les quelques soirées où nous avions à rentrer chacun de notre côté. Nous allions enfin pouvoir être ensemble. Pour de bon.

| 12 juillet 1979 - 15h10 |

 
Je soupirai, nostalgique, en me tournant vers Roy. Nous étions dans une petite maison de campagne. Après en avoir visité pendant ces derniers jours, Roy avait fini par avoir le coup de foudre sur celle-là la veille. Il avait voulu revenir pour être sûr de son choix, mais je savais qu'il ne changerait pas d'avis. Je le voyais à la lueur dans ses yeux quand il visitait pour la énième fois. Je comprenais tout à fait son choix. La maison était jolie, confortable, bien éclairée... donnant sur un beau paysage campagnard avec un aperçu de la ville au loin. C'était calme, paisible. Je n'avais pas cessé de l'observer pendant qu'il tournait, me décochant le sourire. Après l'enfer du camp, c'était le rêve d'avoir enfin un toit. De se sentir chez soi, en sûreté.
 
-         Aller, arrête de tourner en rond, lançai-je avec le sourire. Elle t'a tapé dans l'½il celle-là !
-         C'est vrai ! Tout me plaît !
-         Alors allons chercher tes affaires et installe-toi.
-         Hé ! Je ne suis pas encore propriétaire que je sache.
-         Si, intervint Diego en arrivant dans la pièce en brandissant un parchemin roulé.
 
J'échangeai un regard complice avec Diego. Nous nous étions mis d'accord pour faire un dernier cadeau de retrouvailles à Roy.
 
-         Hein ? s'étonna Roy.
-     Tu crois que c'est pourquoi qu'on visite des baraques depuis trois jours ?! demandai-je. Pour le plaisir des yeux ?!
-         Bon sang Prue, ne me dis pas que vous avez fait ça ?! s'exclama Roy.
-         Si.
-         Tiens. C'est le titre de propriété, expliqua Diego. Garde-le précieusement.
-         Non attendez, je ne peux pas accepter. Vous avez déjà fait beaucoup pour moi ces derniers mois. Je ne peux pas vous laisser payer. C'est trop énorme !
-         Tu peux et tu vas le faire parce que je refuserai tout remboursement de ta part, répliquai-je.
-         Et puis de toute façon, tu n'as pas les moyens de te l'acheter, fit remarquer Diego.
-         Mais -
-      Ça nous fait très plaisir Roy, coupai-je. Et on peut largement se le permettre. Crois-moi.
 
Il s'avança et nous prit tous les deux dans ses bras, nous serrant avec force. Diego et moi étions vraiment contents de lui faire ce cadeau.
 
-         Merci... merci mille fois pour tout...
-         C'est normal. Nous voulons que tu sois libre maintenant. Alors tiens, dis-je en m'éloignant un peu de lui.
 
Je posai un gros sac devant lui.
 
-         Tu as de quoi tenir quelques temps avec ça. Trouve-toi un boulot, sors, rencontre des gens –
-         Ramènes-en quelques-uns dans ton lit au passage, glissa Diego avec un clin d'½il.
-      Et construis-toi, terminai-je en lançant un regard amusé à Diego. Trouve ton bonheur, ok ?
-         Profite de ta liberté, ajouta Diego.
-         Et surtout... ne fais rien d'illégal.
-         C'est toi qui dis ça ? me nargua Roy qui savait tout désormais de Tracker.
-         Oui, dis-je avec évidence. Et n'hésite pas à nous contacter en cas de besoin, on sera toujours là pour toi, ok ?
-         Merci. Vraiment.
 
On se dit bien trois fois au revoir avant de réussir à se séparer. Bon, ce n'était pas une vraie séparation puisqu'on allait se voir souvent, mais ça faisait quand même bizarre.
 
-         Il sera bien ici, me rassura Diego une fois dehors.
-         Oui...
-         Ne sois pas inquiète maman poule, taquina mon frère de c½ur.
 
Je ris au surnom. C'est vrai que j'avais pas mal materné Roy depuis son retour du camp.
 
-         Je ne suis pas inquiète c'est juste que...
-         Tu es inquiète, conclut Diego en voyant que je n'arrivais pas à finir ma phrase.
 
Je soufflai face à l'air amusé de Diego.
 
-         Ne le prends pas mal, c'est mignon de te voir comme ça.
 
Je grommelai. C'est vrai que ça me faisait quelque chose de laisser Roy dans cette maison, seul. Je m'étais tellement occupée de lui que la séparation était un peu dure.
 
-        Tout ira bien, m'assura Diego.

 
| Forêt de Dean – 19h |
 

-         Bonjour à tous ! saluai-je en arrivant.
 
Les membres de mon clan me répondirent avec le même enthousiasme.
 
-         Alors, comment vont nos jeunes louveteaux ? demandai-je.
-         Ils apprennent vite et s'en sortent plutôt pas mal, répondit celui que j'avais désigné responsable de la formation.
-         Bien. Vous serez bientôt aptes à remplir de vraies missions, dis-je aux concernés.
 
Je pris quelques nouvelles du clan, et de l'état d'avancement des missions que j'avais confiées, prenant les décisions qui s'imposaient pour certaines. A la fin de la réunion, l'un des membres de mon clan ne partit pas et ôta son masque, me permettant ainsi de reconnaître Alexander.
 
-         J'ai vraiment besoin de toi Tracker...
 
Je me rapprochai de lui, devinant ce qui le tracassait.
 
-         Tu veux savoir qui de ta famille t'a envoyé en enfer... tu veux te venger.
-         Je n'arrête pas d'y penser.
-         Je te comprends. Tu seras bientôt prêt à aller sur le terrain.
-         L'ennui c'est que je suis incapable de savoir ce que je ferais lorsque je saurais qui est le responsable... Comment as-tu fait toi ?
-         ... Ne prends pas exemple sur mon cas. Mon père ne savait pas ce que j'allais endurer. Même si ça a été très dur pour moi, j'ai fini par lui pardonner son erreur. Il n'aurait pas été juste de le tuer alors qu'il ignorait avoir commis un crime en m'envoyant là-bas.
-         Je me sens incapable de prendre une décision raisonnée... j'ai tellement envie de faire payer la personne qui m'a fait vivre ce cauchemar...
-         La vérité te donnera le chemin à suivre Alexander. En attendant, entraîne-toi.  
 
| 21 juillet 1979 |

 
Il n'avait pas fallu très longtemps à Alexander avant de se sentir prêt à faire face à son passé. Il lui restait encore beaucoup de chemin à parcourir avant de devenir un loup de la trempe des autres membres de ma meute, mais il n'avait pas besoin d'être un pro pour affronter un membre de sa famille. C'était surtout son mental qui allait être mis à l'épreuve. Alexander avait tenu à ce que je l'accompagne dans ce pénible moment, et j'avais accepté. Même si normalement, il s'agit d'une affaire personnelle qu'il aurait dû régler tout seul, je ne m'étais pas sentie capable de refuser. Alexander avait beau être un jeune homme fort, ce sujet le fragilisait. Comme nous tous d'ailleurs. Et puis il fallait que je m'assure qu'il n'y ait pas d'enquête par la suite, ce qui dépassait largement ses compétences pour l'instant.
 
Nous étions ainsi côte à côte dans une rue de Londres, attendant patiemment depuis une bonne demi-heure, silencieux.

-         Mes hommes ont dû t'apprendre que la patience est indispensable dans le métier.
-         Oui. Mais j'avoue que c'est difficile de la conserver dans une telle situation.
-         Je suppose que ce sera la première et dernière fois que tu iras sur le terrain pour une affaire personnelle. Ce sera beaucoup plus facile quand tu traqueras des étrangers.
 
Une silhouette se dessina au coin de la rue, mettant fin à notre courte discussion.
 
-         Tu es prêt ? demandai-je.
 
Alexander se mit à marcher en direction de l'individu en guise de réponse. Je le regardai attentivement, prête à intervenir. Alexander croisa sa cible comme un simple passant, et se retourna discrètement dans son dos pour suivre ses pas. Quand l'homme se présenta devant chez lui, levant temporairement la sécurité, Alexander sortit son couteau et le pointa dans le dos de sa cible. Son père.  
 
-         Avance, ordonna Alexander.
-         Qu'est-ce que vous voulez ?
-         Entre !
 
Je rattrapai Alexander pour passer le portail, restant néanmoins dans le jardin sans me faire repérer par le père. Par la fenêtre, je pus voir que la maison était richement meublée rien qu'en apercevant une partie du salon. J'ouvris très légèrement la fenêtre pour me permettre de suivre la scène à l'intérieur.
Alexander entra dans mon champ de vision avec son père, qui devait être loin de s'imaginer que son agresseur était son fils. Alexander poussa son père dans le canapé, avant d'enlever son masque.
 
-         Tu me reconnais ? demanda Alexander, le couteau toujours pointé sur son père.
-         Alex ? s'étouffa le père, stupéfait.
-        Tu ne t'attendais pas à me revoir un jour, n'est-ce pas ? C'est ce qu'ils t'avaient assurés ?
-         Attends, je peux tout expliquer.
 
Je fermai momentanément les yeux. Alexander n'avait pas eu la moindre certitude concernant la culpabilité de son père. En fait, il ne savait absolument pas qui aurait pu lui faire ça. Alors je lui avais conseillé de faire comme s'il savait, afin de pousser un membre de sa famille aux aveux. Et là, le père venait de fournir la preuve à son fils que c'était bien lui.
 
-         D'abord, dis-moi où est maman.
-         A l'étage.
-         Appelle-la.
 
Je n'avais pas besoin de voir le visage d'Alexander pour deviner l'ampleur de la rage qui le consumait. Rien que sa voix me suffisait.  
 
-         CHERIE ! appela le père.
-         Oui ?
-         Descends.
-         J'arrive. Nous avons un invité ? lança la femme en arrivant.
 
Mon c½ur rata un battement au même moment où la femme entra dans mon champ de vision, comprenant qu'il ne s'agissait pas d'un invité en voyant le couteau tenu fermement par Alexander. Elle serrait un bébé contre elle, et elle regrettait déjà d'être descendue avec. Alexander tourna la tête vers elle, et la surprise redoubla lorsque la mère reconnut son fils aîné.
 
-         Alex ? souffla la mère avec étonnement.
 
J'étais persuadée qu'elle aurait éclaté de joie si seulement son fils n'avait pas une arme pointée sur son mari. Je suivis attentivement la scène, qui prenait une tournure assez inattendue.

-         Où étais-tu ? demanda-t-elle. Et qu'est-ce que tu fais avec ce couteau ?
 
Son incompréhension me semblait sincère... j'espérais que ce soit le cas en tout cas.
 
-         Demande ça à papa, renvoya Alexander.
-         Qu'est-ce qu'il veut dire ? s'étonna la mère en se tournant vers son mari.
 
J'étais troublée par la lueur très inquiète dans les yeux de la femme.
 
-         Réponds-moi Hans ! De quoi est-ce qu'il parle ?! s'emporta la mère. Tu m'as dit qu'il avait été enlevé dans le parc !
 
Je la sentais fébrile. Le bébé se mit à pleurer, me tordant les tripes. Elle ne savait rien de ce qu'avait fait son mari... j'espérais qu'Alexander en tiendrait compte dans son jugement.
 
-         C'est le cas, dit le père.
 
J'eus un mouvement d'impatience. Alexander ne pouvait pas donner la vraie version à cause du sort que je lui avais jeté en lui laissant son indépendance. J'annulai donc temporairement cette précaution, estimant que les parents devaient entendre la vérité de sa bouche.
 
-         La vraie version maman, c'est que j'ai effectivement été enlevé, mais je l'ai été à la demande de ce monstre qui me sert de père, pour passer mon enfance dans un camp... un camp où j'ai été torturé pendant neuf longues années.  
-         Mais –  mais pourquoi ? balbutia la mère, qui ne voulait pas y croire.
-       Pour me briser. Pour que je développe une telle haine que j'en devienne un animal... un tueur redoutable... un soldat parfait.
 
Elle éclata en sanglot sous les révélations de son fils. Même si on peut se faire les pires films d'horreur lorsqu'un proche est enlevé, l'esprit doit empêcher d'imaginer de tels scénarios en guise de protection.
 
-         Hans ! Qu'as-tu fait ?! dit-elle.
 
L'homme ne répondit pas, et je vis de suite à l'attitude de la femme, et surtout à ses yeux, qu'elle ne jouait pas la comédie. Elle ignorait réellement ce qui était arrivé à son fils, et elle était scandalisée de l'apprendre. C'était en train de la briser même. Elle était tout simplement horrifiée que son mari ait pu faire une chose pareille... que son fils ait tant souffert.
 
-       Dis-lui enfoiré, ordonna Alexander. Dis-lui ce que tu as fait de du fruit de votre couple. Qu'elle puisse comprendre pourquoi je me tiens devant toi avec une arme !
-         C'était pour nous protéger, avoua le père.
-         Mais de quoi tu parles ?! cria la mère.
 
La femme recula de quelques pas, comme pour s'éloigner le plus possible de la bête qu'elle avait découverte sous son propre toit... le père de ses enfants.
 
-         Ce gosse... était voué à devenir un monstre ! défendit le père. Dès sa naissance ! C'était...
 
Un courant de haine m'irradia le corps, et je dus faire un effort surhumain pour ne pas le tuer sur le champ.
 
-         C'était ? encouragea Alexander, aussi enragé que moi.
-         Un sorcier !
 
Un nouveau courant me traversa. Alexander leva son bras armé sous l'impulsion de la colère, mais je le retins par la pensée.
 
-         Attends, ordonnai-je en passant par la fenêtre.
 
Alexander se tourna vers moi.
 
-         Pas ici, rappelai-je.
 
Sa respiration était saccadée, et sa main légèrement tremblante sous l'effet destructeur de la haine. Je savais ce qu'il ressentait, et combien c'était dur de laisser son père respirer une seconde de plus. Mais il ne devait pas agir devant sa mère.
 
-         Si vous lui aviez laissé la chance de grandir à vos côtés, vous auriez compris qu'il n'était pas un monstre, dis-je au père. Au contraire... la magie permet de faire des merveilles qui dépassent de loin la technologie moldue. Vous auriez découvert une autre facette du monde. Une facette cachée et secrète pour tous les autres. Mais vous l'avez condamné. Et en lui faisant subir toute cette souffrance... toutes ces horreurs... il a fini par devenir ce que vous redoutiez. Mais il ne l'était pas avant. Ça je peux vous l'assurer. C'est vous qui en avez fait un tueur en l'envoyant en enfer !
 
La mère avait reculé encore, secouée de sanglots. Le bébé continuait de crier, et j'avoue que je n'arrivais plus à le supporter.
 
-         Remontez, lui ordonnai-je. Allez coucher votre enfant.
 
Elle serra son bébé et s'éloigna en reculant, terrifiée. Lorsqu'elle fut à l'étage, je reportai mon attention sur le père.
 
-         Vous allez me tuer ? demanda l'homme.
-         Votre sort ne m'appartient pas.
 
Je me tournai vers Alexander, lui laissant le choix de la suite de l'histoire.
 
-         J'ai trop souffert... j'ai été trop de fois victime d'injustice et de cruauté gratuites... je n'en peux plus de savoir que des monstres de ton espèce existent. Alors oui, papa, je vais te tuer. C'est tout ce que tu mérites pour avoir ouvert les portes de l'enfer à ton propre fils.
 
Alexander prit le bras de son père et transplana. Je savais déjà où il allait. Je disparus à mon tour dans un craquement, me matérialisant sur les cendres du camp. Le paysage était toujours aussi calciné, la nature ne semblait pas parvenir à reprendre le dessus sur ce territoire détruit.
 
-       Il y avait une ancienne caserne ici, expliqua Alexander. Une caserne où de nombreux  gamins ont été brisés à cause de gens comme toi. A cause de stupides préjugés. Une caserne qui a été le tombeau de l'innocence et le berceau l'inhumanité.
 
Alexander planta sa lame dans le corps de son père.
 
-         Aujourd'hui, c'est devenu le tombeau des monstres de ton espèce.
 
Je regardai le corps s'effondrer au sol. C'était très étrange d'assister à une vengeance... en tant que spectatrice. Alexander s'accroupit auprès de sa victime, encore en vie. Il le poignarda à nouveau, s'apprêtant à réitérer son geste. J'intervins, l'éloignant du corps désormais inerte de son père. Je le pris dans mes bras alors qu'il était secoué de sanglots. Il avait tué son père... et même s'il le méritait, c'était extrêmement dur de devoir le faire. Peut-être avait-il espéré en revenant chez lui que le responsable de son drame soit un membre plus éloigné de la famille ?
 
-         C'est fini, soufflai-je. Tu es vengé.
 
Je me détachai de lui, posant mes mains sur ses épaules.
 
-         Tu as fait ce qu'il fallait.
-         Ma mère ne voudra jamais me revoir maintenant qu'elle sait ce que je suis... et en tuant mon père, je la laisse élever son bébé seule.
-         Le meurtre en lui-même n'est qu'une étape, rappelai-je. Tu dois avant tout t'assurer qu'aucun flic ne puisse jamais remonter jusqu'à toi. Tu ne dois laisser ni preuve ni témoin. Ce n'est pas le cas pour l'instant... et il va falloir réparer ça.
-         Je ne vais quand même pas tuer ma mère ?! Elle est innocente !
-         Heureusement qu'on n'a pas besoin de tuer quelqu'un pour s'assurer de son silence. Viens, retournons chez toi.
 
J'incendiai le corps du père pour le réduire en cendres sans cérémonie, avant de transplaner à nouveau. De retour chez Alexander, on découvrit sa mère assise dans le canapé, sans son bébé, les yeux rouges de trop pleurer. Elle posa un regard craintif sur nous deux en nous voyant revenir... sans son mari. Elle se leva, les jambes légèrement tremblantes.
 
-         Je te jure que je ne savais rien, dit-elle en recommençant à sangloter.
-         Je te crois, répondis Alexander d'une voix douce.
-         Je n'arrive pas à croire qu'il ait pu nous faire ça...
 
Elle se remit à pleurer. Je fis signe à Alexander de s'approcher. Hésitant, il m'obéit et s'avança vers sa mère, la prenant dans ses bras délicatement. Elle le serra avec toute la force de ses émotions.
 
-         Tu m'as tellement manqué, avoua la mère.
 
L'émotion était presque palpable tellement elle était forte.
 
-         Où est ton père ? demanda-t-elle au bout d'un moment en se détachant.
-         Parti, répondis-je. Il ne reviendra jamais dans votre famille.
 
La mère sembla comprendre ce qui se cachait derrière mes paroles, mais elle n'osa pas me demander confirmation.
 
-         Alexander, appelai-je.
-         Oui ?
-         Sors.
 
Il m'obéit, et je sortis ma baguette dès qu'il fut dehors.
 
-         Qu'allez-vous faire ?
-         Effacer les traces de cette soirée.
 
Liant le geste à la parole, j'entrepris de faire le tri dans sa mémoire, et de lui implanter de faux souvenirs, afin qu'elle pense s'être séparée de son mari suite à une violente dispute. Pour elle, comme pour les voisins, Hans aura juste changé de vie. Il n'y aura donc pas d'enquête... et la mère ne saura jamais le meurtrier qu'était devenu son fils, ni ce qu'il avait vécu. Je rejoignis Alexander dans le jardin après ma petite opération.
 
-           Je ne pourrai jamais la revoir ?
-         Bien sûr que si. Je lui ai trafiqué la mémoire pour qu'elle oublie cette soirée. Elle pense que ton père est parti suite à une violente dispute. Tu peux faire demi-tour et vivre les retrouvailles dont tu as toujours rêvé avec ta mère. Tu n'as qu'à inventer une histoire, où tu t'es évadé.
-         Merci Tracker...
-         Ne me remercie pas, je suis là pour ça.
 
Néanmoins, je profitai qu'il me tourne le dos pour le soumettre à nouveau au silence concernant son passé. J'étais obligée de réactiver le sort que j'avais lancé à tous les évadés. Toute cette histoire devra à jamais rester un tragique secret.
 
chapitre 9 : Des moments forts
 
Coucou ! J'espère que vous allez bien :)
Pour tout vous avouer, j'ai bien failli ne pas publier ce week-end, alors je suis vraiment contente d'avoir réussi à sortir ce chapitre. Qu'en pensez-vous ?

Pour votre information, je mets la fiction en pause jusqu'à la mi-avril, examens obligent !
Je vous souhaite donc une bonne continuation en attendant de vous retrouver, j'ai déjà hâte !

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Super révélations, on a l'impression de regarder un film poli avec Cette fanfic mais Il y tellement de facettes ê dans Cette fanfic, je trouve que c'est un merveilleux mélange.

  • MikaWolfeHP

    03/06/2015

    Génial chapitre! Malgré que je me dis que c'est vraiment malheureux pour la famille qu'elle soit brisé, qu'il manque désormais le père :( mais bon :P contente d'enfin prendre le temps de te lire!!!!

  • evanalinch-lunalovegood

    06/05/2015

    Superbe chapitre sur la vengeance d'une des personnes qu'elle a sauvée avec Diego

  • Hurricany

    28/04/2015

    Chapitre lourd en révélation et en émotion. Alexander a enfin plus se venger et retrouver sa famille. Et Prue se reconstruit peu à peu

  • Dark-Poudlard-92

    12/04/2015

    a mon grand regret cela fait très longtemps que je ne suis pas venue lire. Ton histoire est toujours aussi bien bravo

  • clochinettedu76

    21/03/2015

    C,'est vraiment un super chapitre ! Tout d'abord le diner entre Prue, Roy, Remus, et Diego risque de remettre Remus sur le passé de Prue... Après tout, il vient de découvrir qu'elle lui cachait encore une partie de son passé non ?
    Concernant Roy et son arrivée dans sa nouvelle maison, j'ai adoré le coté mere poule de Prue ^^
    Et concernant Alexander, ca doit lui faire du bien de s'etre vengé, enfin, et de pouvoir vivre de nouveau, avec sa mere :)

  • plumebleuetraduction

    17/03/2015

    Hullo!

    Tu m'as connue en tant que « crucio-black ». Maintenant que cette fanfiction est terminée, je commence un nouveau projet, sur ce blog. Donc, je continue à suivre ta fanfiction, mais en tant que Plume Bleue ;)

    C'était une très bonne idée de mettre ce passage avec la vengeance de Roy. Il est maintenant « libéré », en quelque sorte, et il pourra se rebâtir une vie avec sa mère, enfin j'espère.

    Remus a enfin rencontré la « famille » de Prue! C'est une bonne chose, ça fera un aspect de moins de sa vie à mentir. Elle n'aura pas besoin de se cacher pour passer du temps avec Diego et Roy... du temps « normal », je veux dire!

    Bonne chance pour tes examens! J'ai déjà hâte moi aussi =P

    Plume

  • Visiteur

    17/03/2015

    Hry ! C'est moi Bouboudu56 ! Je voulais commenter le dernier chapitre de la soirée et au passage, te re-souhaiter bonne chance pour tes exam's ;) bon sinon tes chapitres sont géniaux ! J'adore l'histoire que Tracker a vécue bien qu'elle soit triste :$ sur ce bonne nuit et bonne continuation a toi :3

  • aSupernaturalLife

    16/03/2015

    Hello :)

    Super ce chapitre. Fort en émotion, surtout. La petite soirée entre Diego, Roy, Remus et Prue était plutôt sympathique, et cela a permis à Remus de se sentir plus intégrer dans la vie de Prue et SURTOUT de vivre avec elle :D

    Le moment où Roy obtient sa propre maison, c'est un moment fort aussi. Cela doit faire tellement bizarre de pouvoir avec tout un endroit pour soit alors qu'avant il partageait une cellule avec des rats... :x

    Et Alexander... apprendre que c'était son père, je n'imagine même pas la douleur... je n'ai pas tout bien compris : Prue lui a fait oublier la douleur du camp, donc que c'était son père qui en était le responsable aussi ?

    Bon courage pour tes examens ! A bientôt, bisous :)

  • harry-potter-8-fic

    15/03/2015

    coucou :)

    super chapitre, et j'avoue que le père d'alexander a vraiment abuser.

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