Chapitre 11 : Délicate mission

« Nous montons dans l'estime de nos mentors. Les enquêtes confiées sont de plus en plus délicates. Nous ne sommes plus les jeunes bleus... nous sommes enfin des membres à part entière de l'équipe... capables de partir en mission d'infiltration. »
 
Chapitre 11 : Délicate mission
 
 | 12 août 1979 – Manoir Halliwell |
 

« Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun ne peut vivre tant que l'autre survit... celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois ... » 
 
Ces paroles résonnaient pour la énième fois dans ma tête alors que je caressais pensivement le tatouage du Basilic sur ma poitrine, plantée devant la fenêtre de mon ancienne chambre. Je n'arrêtais pas de penser à cette prophétie, et au choix que j'avais fait en essayant de changer l'avenir. J'avais manipulé mentalement trois personnes pour parvenir à mes fins... mais serait-ce suffisant ? Ah... la mémoire... j'étais bien placée pour savoir à quel point c'était important. Un souvenir pouvait tout changer, et pas seulement dans la vie d'une seule personne. Les impacts, comme dans une chute de dominos, pouvaient devenir incontrôlables... et imprévus. Quelles seraient les conséquences si j'étais parvenue à changer l'avenir ? Mis à part le fait que l'Angleterre ne saura jamais qu'une personne bien spécifique était vouée à tuer mon père... quels pouvaient être les autres impacts ?
 
Je pris une profonde inspiration, revoyant encore une fois en pensée les yeux effarés de Dumbledore en nous découvrant Rogue et moi... et puis, quelques minutes plus tard, son hésitation avant de me donner le nom des malheureuses cibles habitant les rêves de Trelawney. Pendant un instant, j'ai cru qu'il s'agissait de Remus. Que cette prophétie nous concernait tous les deux. Après tout, toute descendance d'un membre Halliwell hérite forcément de dons magiques exceptionnels. Une personne dotée de mes capacités magiques... sans l'inconvénient du lien qui m'unissait à mon père... serait une menace redoutable pour le Seigneur des Ténèbres. Oui, la prophétie aurait pu tout aussi bien être la nôtre. Et je n'aurais su dire si ce que ça voulait dire m'avait effrayée... ou émerveillée.

Un nuage voila le ciel au-dehors, me faisant apercevoir mon reflet dans le carreau de la fenêtre, sombre et imprécis. Je balayai mes pensées en songeant à Tracker. En fait, j'étais soulagée que cette prophétie ne soit pas la nôtre. Je serais bien incapable d'avoir un enfant. J'étais exceptionnellement douée pour ôter la vie... pas pour la donner. Et puis, ce serait insensé pour la louve que j'étais. Trop risqué. Tomber amoureuse était une chose... et c'était déjà suffisamment énorme pour une personne comme moi.
 
-          Hey, tout va bien ma chérie ?
 
Je me retournai pour rassurer Remus d'un simple sourire.
 
-          Oui.
-          Tu es bien pensive...
-          Je réfléchis encore à l'enquête.
-          Ah, ok.
 
Le meurtre de Judith Memphis n'avait pas encore été résolu. J'étais persuadée que c'était un coup des Mangemorts, mais rien jusque là ne prouvait que j'avais raison. Alors l'enquête suivait son cours, avec l'espoir de trouver une piste valable s'amenuisant au fil des jours.
 
-          Cette chambre te rappelle des souvenirs ? demanda Remus pour relancer la discussion.
 
Je souris à sa question, regardant autour de nous.
 
-          J'aimerais... avouai-je, mais pas vraiment non.
 
Remus se rapprocha d'un des deux lits, couvert de peluche.
 
-          Vous aimiez les peluches en tout cas, ça c'est sûr, me dit-il avec un sourire.
-          Je suis arrivée à la même conclusion la première fois que je suis revenue dans ce manoir.
 
Remus sourit de plus belle en prenant la peluche du petit loup gris.
 
-          C'est bien celle que ta mère t'a offerte le soir... de tes cinq ans ?
-          Oui. Je suis contente de l'avoir retrouvée, c'est le dernier souvenir heureux que j'ai partagé avec ma mère.
Remus marqua un instant d'arrêt.
-         Pourquoi "retrouvée" ? Tu l'avais perdue ?
-         Oui. Je l'ai retrouvée sous levier de la cuisine quand je suis revenue au manoir l'été dernier pour aménager. Je suppose que ma s½ur s'y était cachée pendant l'attaque.
-          Mais Prue, ce soir-là, c'est toi qui avais la peluche... quand tu es montée dans le grenier...
 
J'eus un instant d'arrêt. Bon sang, je n'avais jamais percuté... mais Remus avait tout à fait raison ! Je me souvenais très bien avoir serré très fort cette peluche contre moi pour me donner courage lorsque j'étais cachée dans l'armoire, alors que les hommes me cherchaient. J'étais donc redescendue avec... et si je l'avais retrouvée sous levier, c'est que...
 
-          J'ai vu ma s½ur une dernière fois avant sa mort, soufflai-je, n'y croyant pas.
 
Je levai mes yeux pleins de larmes vers le ciel et regardai les étoiles. Ma vue était trouble. Je ressentais une douleur sans nom. J'avais du mal à respirer.
-         Ce n'est pas ta faute si elle est morte. C'était un accident. Le fait est qu'elle n'est plus là. Alors maintenant, à toi de voir... ou tu viens avec moi, ou tu restes ici. Mais sache que ta mère n'ouvrira plus jamais les yeux. A toi de choisir.
Mes larmes s'étaient arrêtées de couler. Quelque chose s'était réveillé au plus profond de moi... quelque chose que je n'avais jamais ressenti auparavant. Je fis demi-tour et retournai auprès de ma mère. Je m'agenouillai et posai un bisou sur son front glacé. Mon regard se posa à nouveau sur  le couteau, et j'esquissai un faible sourire. Je jetai un dernier coup d'½il devant moi, vers la cuisine, avant d'aller rejoindre mon...père.

Je revins à la réalité après ce court flash qui m'avait ramenée au soir du drame. Je savais en rentrant au manoir que ma s½ur était cachée dans la cuisine. Comment avais-je su ça à l'époque ? Aucune idée. Mais puisque j'avais retrouvé la peluche sous levier, cela voulait dire que c'est à ce moment-là, quand j'étais venue voir ma mère une dernière fois, que j'avais donné ma peluche à Sandra.
 
Je secouai la tête avec agacement. C'était complètement incohérent ! Si j'avais effectivement revu ma s½ur vivante, nous serions parties toutes les deux avec mon père ! Je ne l'aurais jamais laissée seule au manoir, sachant que ma mère était morte ! Ça n'avait pas de sens. Je n'aurais pas pu l'abandonner. Ou alors...c'est son corps sans vie que j'avais découvert dans la cuisine... et j'avais laissé ma peluche auprès d'elle comme pour l'accompagner au-delà de la mort. Ça expliquerait pourquoi Sandra n'a jamais pu me suivre, et pourquoi j'avais laissé la peluche là où elle avait trouvé la mort.

J'entendis la voix de Dumbledore dans ma tête, faisant à nouveau tomber ma théorie à l'eau. Le sang de ma s½ur avait été retrouvé tout près de celui de ma mère. Sandra était morte après mon départ. C'est à cette conclusion que j'étais arrivée en revenant au manoir l'été dernier. C'était le plus logique. Et pourtant, cette peluche venait contredire mon scénario. Je n'arrivais pas à expliquer comment elle avait pu se retrouver là... sous ce foutu évier ! La contradiction était de taille, et je n'arrivais pas à trouver une explication cohérente.
 
-          C'est bizarre que tu aies oublié ça, me fit remarquer Remus à voix basse.
-        Pas tellement au final, murmurai-je, exaspérée de tourner en rond. Dans le souvenir que je vous ai fait partager à toi et Dumbledore... l'existence de Sandra avait été soigneusement effacée. Ma mémoire a été trafiquée de sorte à ce que je ne me souvienne pas avoir eu une jumelle... alors ce nouveau trou noir est aussi logique que le restant de mes souvenirs.
 
Remus soupira.
 
-          J'ai eu beau retourner la question dans tous les sens, je n'arrive pas à comprendre pourquoi quelqu'un s'est évertué à effacer le souvenir de ta s½ur de ta mémoire, me dit-il.
-          T'es pas le seul, avouai-je tristement.
 
C'est vrai quoi... pourquoi ma s½ur, hein ? Remus me prit dans ses bras, me déposant un baiser sur le front avec tendresse. Je lui pris la peluche des mains, pensant à ma jumelle défunte. J'aurais aimé que cette peluche soit vivante pour que je puisse plonger dans son esprit et voir la vérité au travers de ses yeux. Malheureusement, ce témoin muet et inerte ne pouvait m'apporter que la douceur de son pelage, qui me rappelait l'air tendre de ma mère au moment où elle me l'avait offerte.
 
-          Viens, allons manger, finis-je par dire en me détachant de lui.
 
Il me caressa la joue avec un sourire réconfortant avant de me suivre hors de la chambre. Avant de refermer la porte, je regardai à l'intérieur une dernière fois, mes yeux s'accrochant à la photo où ma s½ur soufflait un baiser avec cet air d'ange à fendre le c½ur.
« Je trouverai la vérité s½urette... je te le promets ».
 

| 29 août 1979 – Ministère de la Magie – Brigade Criminelle Magique |
 

-          Les jeunes, on a une affaire inédite pour vous, déclara Moser.
-          Ne le sont-elles pas toutes ? fit remarquer Sirius.
-          Il ne s'agit pas d'un meurtre ? comprit Remus.
-          Non. Mais d'un enlèvement.
-          Un enlèvement ? m'étonnai-je. Je croyais qu'une Brigade spéciale existait pour ce genre d'affaire ?
-          Et cette même Brigade est effectivement sur le coup... mais ils vont avoir besoin de notre aide. Vous connaissez tous la famille Close ?
 
Un ange passa à ce moment-là, me laissant supposer que je n'étais pas la seule à ne pas comprendre.
 
-          Ok... donc pour votre culture générale, la famille Close est une ancienne famille à la tête de la plus grande entreprise de distribution de bouffe d'Angleterre. Ne savez-vous donc pas ce que vous avez dans l'assiette ?
 
On rit de bon c½ur. Pour ma part, je fus rassurée de mon ignorance. Je ne m'intéressais pas à ce genre d'acteur national, même s'il était majeur. La nourriture n'était pas un domaine que j'avais besoin de surveiller. J'avais suffisamment d'informations à retenir, pas la peine de saturer ma mémoire avec ce genre de détails. Moser balança la Gazette sur un bureau, dévoilant la première page. Je perdis le sourire en voyant une gamine de sept ans en photo. Son sourire adorable nous calma tous. Une fillette... la vie d'une fillette était en danger. Pas question de prendre le problème à la rigolade.
 
-          Emily Close... la cadette de la famille. Sept ans. Enlevée hier dans une boutique de jouets, présenta Moser.
 
Un détail cependant attira mon attention sur le journal.
 
-          Pourquoi c'est notre Brigade qui doit être contactée... et pas celle des Disparitions et Enlèvements.
-          Parce que la donne a changé. Les ravisseurs sont entrés en contact avec le père de famille, Kevin Close. Ils réclament un million de Gallions, et le silence du père.
-          Je suppose que c'est le genre de famille blindée... accepter l'échange serait un bon moyen de tendre une embuscade aux ravisseurs, dit Sirius.
-          Kevin a effectivement accepté l'échange sur-le-champ. Le problème, c'est qu'il ne se fera pas dans un lieu public comme c'est le cas la plupart du temps... mais dans une entreprise, le soir d'un gala.
-          Ça pue l'embrouille, dit James.
-          Exact. Et nos chers collègues de la Brigade des Disparitions et Enlèvements n'ont pas de membre compétent... pour une mission d'infiltration.
-          Une mission d'infiltration ? répéta Remus.

 

Je sentis l'excitation monter. J'adorais m'infiltrer, incarnant une autre pour circuler en plein milieu de mes ennemis, utilisant les moyens les plus subtiles pour atteindre ma cible. C'était une pratique à laquelle je recourais de temps en temps... et c'était plus dur que d'enfiler ma tenue d'assassin pour atteindre l'objectif sans être vue. Là, il fallait être en contact avec les gens... en pleine lumière, sans masque. C'était une toute autre approche de la cible. 

-          Kevin se rendra à ce gala... et il est hors de question de le laisser y aller seul. Malheureusement, c'est bien évidemment une fête professionnelle privée. Il faut avoir des invitations pour entrer.
-          Et comme Kevin n'était pas censé prévenir la police pour l'échange... on ne peut pas se contenter de montrer nos badges, terminai-je.
-          Exactement. C'est aussi pour ça que nous avons donné de fausses informations aux journalistes, pour qu'ils écrivent bien qu'il s'agit d'une disparition, et non d'un enlèvement.
 
La mission semblait effectivement plus délicate que prévu. Les enlèvements ne sont jamais faciles à gérer... encore moins dans ce genre de contexte. La moindre erreur pouvait causer la mort de la fillette.
 
-          Qui est l'organisateur de la soirée ? demanda Remus.
-          Henry Blunt. C'est un concurrent à l'entreprise de Close.
-          Ce serait trop simple que ce soit lui derrière tout ça ?
-          Le responsable est forcément lié de près ou de loin à cet homme, puisque l'échange aura lieu sur son territoire. Malheureusement, sans preuve, et forcés à la discrétion, nous avons les mains liées.
 
Les autres Maraudeurs acquiescèrent, et on sentit soudain le poids de la situation nous peser. Lorsqu'on enquêtait sur des meurtres, il n'y avait pas de course contre la montre. La victime était déjà morte, on ne pouvait rien faire d'autre pour elle que d'honorer sa mémoire en arrêtant son assassin. Mais là, c'était complètement différent. La victime était encore en vie... et ça ne devait pas changer. C'était pire encore qu'une prise d'otages.
 
-          Vous vous sentez de rejoindre l'enquête ? demanda Moser.
-          Oui, répondis-je.
 
La réponse se répéta en écho auprès de mes amis, qui ne pouvaient pas laisser passer l'occasion de venir sur le terrain pour une mission aussi importante. C'était la première fois qu'on nous proposait de prendre part à une affaire sensible. C'était l'occasion ou jamais de faire nos preuves... tout en sortant cette gamine des griffes de ces monstres. Ça faisait plaisir de constater que Moser nous faisait confiance. D'habitude, nous étions écartés des missions délicates.
 
-          Qui devra s'infiltrer ? demandai-je.
-          Nous... ainsi que Wagner. La Brigade des Disparitions et Enlèvements se tiendra prête à venir en renfort.
-          Nous sommes tous plus ou moins connus en tant que flic... fit remarquer James.
-          Raison pour laquelle nous utiliserons du Polynectar pour changer d'apparence. Nous nous ferons passer pour des invités. Nous devrons nous fondre dans la masse, et localiser Emily avant que l'échange se fasse. Nous n'avons pas pour coutume de donner les rançons aux ravisseurs. Cette fois ne sera pas différente. Notre mission : sauver Emily, protéger Kevin, démasquer et arrêter les ravisseurs. Le tout, dans la discrétion la plus totale. Si nous sommes repérés avant d'avoir mis Emily et son père à l'abri, ils seront sans doute tués tous les deux. Wagner et moi allons vous briefer plus en détails toute la journée. Le gala a lieu ce soir. J'espère que vous avez des tenues à la hauteur de l'évènement.
 

 

 

| Entreprise Blunt & Co – 20h |

 
-          Ok on y est, dit Moser.
 
Nous étions sur une petite colline, avec vue sur l'entreprise. L'entrée dans l'enceinte était gardée par un groupe de personnes, chargées de l'accueil et de la vérification des invitations.
 
-          Prue, c'est à toi.
 
J'acquiesçai en me levant. Remus me retint en m'embrassant pour me souhaiter bonne chance. Je le rassurai d'un simple regard avant de prendre le chemin qui descendait sur la route.

La première partie de la mission m'était réservée. Il fallait que je trouve le moyen de me faire passer pour une invitée afin d'entrer dans l'enceinte de l'entreprise. Une fois à l'intérieur, l'étape suivante serait d'isoler cinq invités masculins pour que mes coéquipiers puissent prendre leur apparence. J'avais une puce dans l'oreille et un micro pour communiquer avec mon groupe. Je portais également des lentilles, qui permettaient à mes collègues de voir à travers mes yeux. Au début, Moser avait prévu de laisser Remus venir avec moi, mais je lui avais fait remarquer avec raison qu'il était beaucoup plus avantageux d'être célibataire si mon job était de faire tomber des hommes dans mes filets pour les isoler. Du coup, Moser avait consenti à me laisser agir seule... à mon plus grand plaisir.
 
Je me retournai en entendant un bruit sourd. Un bruit de moteur. Je levai les yeux mais ne vis rien pour autant. J'entendis quelque chose atterrir et des pneus crisser. J'étais encore hors de vue des personnes à l'entrée de l'entreprise... c'était l'occasion d'en profiter. Je me rapprochai du véhicule invisible, qui apparut l'instant d'après. Je restai dans l'ombre et attendis, ayant un bon pressentiment.
 
-          Prue, qu'est-ce que tu fais ? demanda Moser.
-          Ma mission, quoi d'autre ?
  
La femme qui sortit de la voiture n'était pas accompagnée. Elle avait une robe noire qui lui descendait au niveau des genoux, décolletée suffisamment pour attirer le regard. Derrière, la robe faisait un large U dénudé jusqu'en bas de son dos. Le tout donnait une tenue sensuelle, sans pour autant être incorrecte. Concentrant mes pensées sur elle, elle marcha dans ma direction contre sa volonté. Avant même qu'elle comprenne, elle était dans l'ombre et je l'endormis, échangeant nos tenues d'un coup de baguette. L'invitation était brodée sur la robe, au niveau de la poitrine, nécessaire pour entrer. J'eus un sourire en mettant la femme dans le coffre de sa voiture : mon contrôle mental, qui était en fait une maîtrise de l'Imperium, s'améliorait de plus en plus. Une excellente chose. Je n'aurais jamais pensé un jour pouvoir maîtriser un sortilège Impardonnable... qui demande énormément de puissance. Mais j'avais fini par me rendre compte que ma connexion à l'esprit des autres pouvait dépasser la simple remontée dans les souvenirs. Une fois dans leur tête, je pouvais les influencer à ma convenance.
 
-          Dis, tu ne veux pas te regarder dans le rétro deux secondes avant de prendre son apparence ? chambra Sirius en comprenant ce que j'avais fait.
 
Je souris en arrachant un cheveu de ma victime pour l'insérer dans ma fiole de Polynectar.
 
-          Patiente jusqu'à mon retour Patmol, je te promets de garder la robe.
-          Hmm j'imagine déjà l'apparence de femme fatale que tu dois avoir... t'es sûre que tu veux continuer la mission en solo ?
-          Vous dites si je vous gêne, intervint Remus.
-          T'es jaloux mon loulou ? Un plan à trois, c'est excitant aussi non ? répondis-je.
-          Et moi ? s'indigna James.
-          Quatre ?! Pfiou ça commence à faire ! Wagner, Moser, vous devrez attendre la prochaine tournée, on est complet.
-          Prue ? appela Remus.
-          Oui mon ange ?
-          Arrête de dériver et bosse.
-          J'aurais une récompense en retour ?
-          Je lui ai vraiment déteint dessus ! rigola Sirius.
-          A tel point que ça en devient incurable, dis-je en fermant la malle de la voiture.
-          Je vais vous demander à tous de rester concentrés sur la mission si ça ne vous dérange pas, réprimanda Moser. Prue, bien joué pour ta petite impro, mais essaye de suivre le plan  pour la suite, on n'a pas le droit à l'erreur.
-          Reçu, dis-je sans le penser vraiment.
 
Je rendis le véhicule invisible et marchai d'un pas assuré vers l'entrée de l'entreprise après avoir bu une gorgée du Polynectar au goût... assez sucré à vrai dire.
 
-           Abby ! Toujours aussi belle, me salua l'un des hommes de l'entrée avec un regard appréciateur.
 
Je lui adressai un sourire charmeur et entrai après avoir laissé une femme vérifier l'authenticité de l'invitation d'un coup de baguette. Lorsque le portail s'ouvrit, je me retrouvai sur un grand parc, séparé en deux par une allée éclairée au bout de laquelle se trouvait l'entrée du bâtiment. Le gazon était tondu comme un terrain de golf. Beaucoup d'invités discutaient par petits groupes, une coupe de champagne à la main. Ils étaient tous très classe. Je me retournai en attendant des railleries. Mon c½ur rata un battement en reconnaissant Kevin Close. Ça, c'est ce qui s'appelait un foutu imprévu ! J'étais censée avoir une heure de battement avant son arrivée pour préparer le terrain ! Que s'était-il passé ?!
 
-          Pourquoi Close arrive avec une heure d'avance ?! murmurai-je furieusement à l'adresse de mes coéquipiers.
-          Il y a eu un changement de plan... informa Moser. Les ravisseurs viennent de le contacter pour lui dire de venir sans délai.
-          Je n'ai pas vos couvertures. Et je ne peux pas laisser Close sans surveillance.
 
J'entendis Moser soupirer dans le micro. Cet imprévu nous compliquait énormément la tâche. C'était une mission prévue pour une équipe à la base.
 
-          Alors Close, venu constater la future chute de ton empire ?
-          Ferme-là et laisse-moi entrer, répondit froidement Kevin en montrant l'invitation sur son costume.
-          Oh aller, rigole un peu ! C'est pas grave, ça arrive à tout le monde de perdre.

Kevin le fusilla du regard avant d'entrer. Il portait une mallette, à l'apparence classique. En réalité, cette mallette contenait la rançon. Alors inutile de préciser qu'un sort l'avait allégée pour que Close puisse la transporter. Il s'avança sur l'allée, me dépassant sans m'adresser un regard, trop concentré.
 
-      Suis Close, finit par dire Moser. Tu es seule sur le terrain pour l'instant. Accompagne Kevin... je te donnerai des directives au fur et à mesure. Les autres vont chercher à intercepter des invités comme tu l'as fait. Je te tiens au courant si on arrive à entrer.
 
Je déglutis. Agir seule, j'adorais ça... mais je ne pouvais pas protéger Kevin et en même temps partir à la recherche d'Emily. J'avais beau être douée, je n'avais pas encore le pouvoir de me démultiplier. J'emboîtai le pas à Kevin, ma cible à protéger.
 
-          Je suis avec vous, soufflai-je une fois à sa hauteur.
 
Close tourna la tête vers moi, surpris. Je lui adressai un clin d'½il réconfortant avant de ralentir pour le laisser passer devant. Les deux hommes à l'entrée du bâtiment le laissèrent entrer, et l'un d'eux le suivit. Je pris le même chemin, me présentant devant le garde restant. Il me déshabilla du regard avec une envie clairement lisible sur son visage.
 
-          Dommage que je sois seul... j'aurais bien voulu t'accompagner.  
 
Plus de doute possible, la fameuse Abby était très « connue » de ses collègues masculins. C'était plutôt un bon point.
 
-        Je suis sûre que tu trouveras une solution pour te libérer, répondis-je sensuellement.
 
Il m'ouvrit la porte sans plus attendre. Je restai scotchée par la beauté intérieure du bâtiment. Très moderne, richement décoré avec goût et finesse. Si ce gala avait pour objectif d'en mettre plein la vue à des investisseurs... c'était réussi. La puissance économique de cette entreprise alimentaire, concurrente à celle de Close, était évidente. Je vis Close avec son accompagnant disparaître derrière une porte sur la droite. Je les suivis de suite, ne voulant pas les perdre de vue trop longtemps.
 
Je me retrouvai en haut d'un escalier étroit et sombre. Je descendis discrètement, rassurée de voir ma cible à l'autre bout du couloir. La porte du fond s'ouvrit sur une salle beaucoup plus bruyante. J'accélérai le pas pour les rattraper. Je fus surprise de découvrir que la salle était en fait... animée. Une soirée parallèle semblait se dérouler ici... bien moins classe que celle du haut. Ici, la musique était assourdissante, et des danseuses faisaient tourner la tête aux hommes appuyés au comptoir. Le gars qui accompagnait Close repartit. Je me rapprochai de Kevin, l'abordant comme une étrangère.
 
-          Alors mon beau, que fais-tu de ta soirée ? demandai-je un peu fort pour qu'il me comprenne malgré la musique.
-          J'attends le maître de cérémonie. Il doit arriver dans quinze minutes maximum.
 
J'acquiesçai en plaçant mes mains sur son torse pour me rapprocher, continuant mon jeu de provocation pour berner ceux qui nous entouraient.
 
-          Je pars en chasse vite fait et je reviens m'occuper de toi, dis-je en partant.
 
J'aperçus une porte à l'autre bout de la salle, gardée par deux hommes tenant leur baguette en main. Je me frayai un chemin jusqu'à eux, jouant la femme un peu ivre une fois hors de la foule. Je me rapprochai de l'un des hommes et fis exprès de perdre l'équilibre pour tomber dans ses bras.
 
-          Tu as un sacré coup dans le nez Abby ! rigola l'homme.
-          J'aimerais bien que tu m'en mettes un ailleurs, dis-je à son oreille.
-          Prue ! s'indigna Remus dans mon oreille.
-          A ton service, ma belle, répondit ma proie. Reste là, dit-il à l'autre, je reviens.
-          On dirait bien que c'est ton jour de chance salopard, fit remarquer l'autre.
 
Je pris la main de ma nouvelle cible alors qu'il me guidait de l'autre côté de la porte. Dans le long couloir qui s'offrait à nous, le silence régnait. Enfin presque. J'avais l'impression d'entendre Remus fulminer discrètement. Je l'imaginai observer la scène, se demandant jusqu'où mon jeu de rôle pouvait mener.
 
-          Il y a quoi ici ? demandai-je.
-          Oh, rien d'intéressant pour toi. Excepté cette porte, dit-il en l'ouvrant.
 
Une pièce remplie de cartons, avec un bureau pour seul mobilier. Quand ma cible me prit par la taille pour m'embrasser dans le cou, je lui fis une prise et sortis ma baguette pour l'endormir.
 
-          Joli coup, apprécia Moser.
-         Elle avait intérêt, maugréa Remus.
-         Mais c'est qu'il jalouse ! taquinai-je. Allons mon chéri, tu sais bien que je n'aime que toi.
 
Je sortis de la pièce sans plus attendre, la verrouillant derrière moi. J'étais certaine qu'Emily était détenue dans ce couloir. Je n'avais plus qu'à fouiller toutes les pièces. Je me rapprochai de la première porte, collant mon oreille contre le bois. La voix d'une femme d'opéra s'élevait de l'autre côté. Curieux. J'essayai d'ouvrir la porte, mais elle était verrouillée. Une bonne nouvelle... peut-être qu'Emily était à l'intérieur ?

 

Je fis basculer le verrou, avant de faire irruption dans la pièce en brandissant ma baguette... mais c'était inutile, car il n'y avait personne. Le chant provenait encore d'une autre porte, au fond. Au moment où j'allais mettre la main sur la poignée, elle s'ouvrit à la volée, me faisant tomber à la renverse. Un homme assez gros en sortit en criant comme un fou, un hachoir ensanglanté dans sa main levée.
 
-           PRUE !!! crièrent les hommes dans l'oreillette.
 
C'est à peine si je les entendis, trop concentrée sur mon assaillant. Il abattit son arme, et je roulai sur le côté pour l'esquiver de justesse. La lame se planta dans le sol, mais il n'eut aucune difficulté à l'en sortir. Je n'avais  pas fini de me relever lorsqu'il lança son arme sur moi en poussant un cri terrifiant. D'un mouvement de bras, la lame revint vers lui et se planta dans sa gorge, lui tranchant la tête à moitié. J'eus un instant d'arrêt pendant lequel mon c½ur commença à ralentir. Tout était allé si vite. Que faisait ce mec avec un hachoir... ? Je comprenais mieux pourquoi ce malade était enfermé... ça aurait pu être n'importe qui, même un membre du personnel, il aurait quand même fait sa tentative de meurtre !
 
-           Prue, ça va ?
-           ...Oui. Ennemi à terre.
 
Je passai prudemment à côté de ce barge, évitant la flaque de sang grandissante. Je retins un cri d'effroi lorsque je découvris ce qu'il y avait dans la seconde pièce... ensanglantée. Les murs étaient couverts d'empreintes de mains en sang qui avaient glissé. Il y avait des éclaboussures partout, me faisant imaginer les pires horreurs. Je vis une tâche de sang tomber devant moi, et je fermai momentanément les yeux. Je me doutais que je n'avais pas encore vu le pire. J'avais beau être une tueuse réputée pour son insensibilité... je n'aimais pas les massacres d'une telle extrême. Je levai la tête, sentant mes entrailles se tordre en voyant un corps pendant à un crochet. Il me fallut plusieurs secondes de concentration avant que mon esprit accepte de faire descendre ce corps. Lorsqu'il se retrouva à ma hauteur, j'arrêtai de le faire bouger. Je retournai le corps par télékinésie, faisant un bond de recul, un cri restant bloqué dans ma gorge.
 
-           Par Merlin... souffla quelqu'un dans l'oreillette.
 
Je fermai les yeux, ne voulant plus voir cette horreur. C'était le corps d'une jeune fille, mais même ça je n'en étais pas sûre. Elle était éventrée, éviscérée, et ses membres ne tenaient qu'à quelques lambeaux de chaire. Le tronc avait été sauvagement mutilé, et la tête menaçait de tomber. Ses paupières avaient été arrachées, laissant voir de grands yeux injectés de sang.
 
-          On arrive trop tard, soufflai-je. La fille est morte.
-          T'es sûre que c'est elle ? demanda Moser.
-          Affirmatif.
 
Je me laissai tomber à genoux, me prenant la tête entre les mains. Même si je m'étais rapidement détournée de ce cadavre effrayant, le peu que j'en avais vu me permettait d'imaginer ce qu'elle avait vécu avec une précision abjecte. J'étais tout simplement horrifiée qu'un homme puisse commettre de tels actes de cruauté. C'était un pur massacre injustifié. Aucune victime ne mérite d'être assassinée ainsi... même les pires criminels. J'avais déjà été confrontée au massacre, mais c'était dans d'autres circonstances. Et ce n'était jamais allé aussi loin. Là c'était... hors du commun. Ça allait au-delà du sadisme. C'était de la folie pure et simple. La photo de l'adorable petite Emily revint dans ma tête... m'arrachant une larme brulante. J'étais presque un ange à côté du monstre que je venais de tuer. Pourtant, j'en avais tué des gens... et pas toujours dignement.

-       Prue, appela doucement Remus dans l'oreillette.

Je rouvris les yeux, les fixant sur le sol. J'étais en proie à des tremblements incontrôlables. Je me retenais de hurler mon effroi et ma rage.

-      Je n'ose même pas imaginer ce que tu ressens face à ce spectacle... dit Moser. Mais il faut que tu te relèves. Kevin a besoin de toi.

Ses paroles ne me parvinrent pas de suite tellement j'avais l'esprit absorbé par ce que j'avais vu. Même la redoutable louve qui séjournait en moi ne pouvait que gémir, tête basse et queue entre les pattes face à de tels actes. Surtout sur un enfant. Un être sans défense. La haine s'empara de moi, gonflant mon coeur de fureur. Les ravisseurs n'avaient jamais eu l'intention de procéder à l'échange. Les Gallions ne leur suffisaient pas. Je me relevai, faisant face à la dure réalité que m'offrait la vision du cadavre... de celle que j'étais venue sauver. Je pris son visage dans mes mains tremblantes, essuyant le sang sur ses joues en promettant mentalement une terrible vengeance, à la hauteur du crime odieux qui avait été commis. Cependant, le contact de sa peau me fit bizarre. La texture ne semblait pas naturelle. Une vague d'espoir me submergea. Je lançai un sort sur le corps... me rendant compte que c'était une copie... inhumaine !
 
-          C'était un leurre, soufflai-je.

J'entendis des soupirs de soulagement dans mon oreille. Moi-même, j'eus un rire nerveux.

-          C'est une merveilleuse nouvelle... sors d'ici et retrouve-la. Il ne nous reste plus qu'un invité à intercepter... on arrive bientôt. En attendant -
-          Les mains derrière la tête, entendis-je derrière moi.
 
Je serrai la mâchoire, fermant les yeux momentanément. Grillée. J'étais grillée alors que la vraie Emily était encore en danger, et que Kevin s'apprêtait à être rejoint par le responsable de toute cette histoire. Je me retournai lentement, faisant face au second garde. Il avait dû trouver étrange de ne pas voir son collègue revenir.
 
-          Tu n'es pas Abby, n'est-ce pas ?
-          T'as trouvé ça tout seul ? narguai-je.
-          Où est Doug ?
-          Il ne s'est pas encore remis de sa petite aventure avec moi... il est bien là où il est.
 
Il s'approcha de moi et m'attrapa à la nuque brutalement, m'enfonçant sa baguette dans la joue.
 
-          Tu vas me suivre gentiment... je suis sûr que le boss saura quoi faire de toi... surtout quand il apprendra que tu as tué son frère.
-              J'ai hâte.
 
Je me laissai conduire en dehors de la pièce. Je tombai nez-à-nez sur Kevin, accompagné lui aussi. Il écarquilla les yeux en me voyant.
 
-          Tout va bien, assurai-je.
-          Tu ne diras plus ça dans deux minutes salope.
-          Toi non plus chéri, répondis-je avec un sourire ironique.
-          Arrête de provoquer, murmura Moser dans l'oreillette. Essaie de gagner du temps au contraire.
 
Moser se fatiguait pour rien. J'étais comme déconnectée de mon rôle de flic. La seule chose qui m'importait désormais, c'était d'accomplir ma mission et de mettre une bonne raclée à ces gars.

On fut amené dans une pièce non loin de là. Un homme en costume s'y trouvait déjà, entouré de cinq autres personnes. Je le reconnus de suite. Edgar Blunt. Le fils du patron. Il fumait tranquillement, regardant le tableau qui s'offrait à lui.
 
-          Pourquoi malmènes-tu notre chère Abby ? demanda-t-il.
-          Cette femme n'est pas Abby. Et elle a tué votre frère.
 
Le visage d'Edgar se durcit. Il se leva, la haine clairement lisible sur son visage.
 
-          Votre taré de frère, rectifiai-je.
 
Il m'attrapa à la gorge en serrant son emprise.
 
-        Qui es-tu ?
-        Vous ne vous posez pas les bonnes questions. Pourquoi avez-vous tendu ce piège ?
-        Pour savoir si oui ou non je devais laisser mon frère créer lui-même cette scène de crime... pour de vrai.

Il se tourna vers Kevin.

-        Je vous avais pourtant bien dit de ne pas prévenir la police. Vous en paierez le prix. Jasper, occupe-toi de son cas. Fais-la souffrir.
 
J'expulsai Edgar d'une simple pensée, et j'en fis de même avec l'homme qui me tenait fermement. Terminée la comédie. Il était temps de passer aux choses sérieuses. Je sortis ma baguette pour repousser les attaques des autres hommes présents dans la salle. Je verrouillai la porte derrière nous pour que personne ne puisse aller faire du mal à Emily. Malgré le surnombre, je n'eus aucune difficulté à leur faire face. Je renvoyais tous les sorts, protégeant Kevin en le laissant derrière moi. L'un d'entre eux parvint à passer pourtant... faisant exploser la porte. Mon attention se détourna une seconde de trop vers cette brèche... qui avait permis à l'un de mes adversaires de s'enfuir pour accomplir sa mission.
 
-          Kevin, n'y allez pas ! ordonnai-je en continuant de repousser des attaques.
 
Mais il ne m'écouta pas et sortit en courant pour rattraper l'autre. Mes autres adversaires en profitèrent pour intensifier le rythme de leurs attaques pour me monopoliser. Ainsi, je ne pouvais pas venir en aide à Kevin. Au moment où je m'apprêtais à remédier à ce détail en les envoyant tous balader, des sorts fusèrent dans le même sens que moi. Les Maraudeurs, Moser et Wagner, arrivaient à leur tour apporter leur soutien. Ils avaient mis du temps à arriver, mais ils venaient de me sauver la mise... et peut-être Emily. J'échangeai un regard avec Remus, et sans perdre une seconde, je sortis précipitamment de la pièce, laissant mes adversaires contre mes collègues. Il fallait que je rattrape Kevin.
 
Je courus dans le couloir, guidée par des cris de gamine. Mes entrailles se nouèrent en imaginant le pire. J'arrivai en trombe dans la pièce du fond, où l'un de mes adversaires se trouvait déjà, une redoutable lame placée sous la gorge d'Emily. Kevin était à quelques mètres d'eux, immobile... et impuissant.
 
-          Regarde-la bien Close... c'est par ta faute si elle meurt. Tu aurais dû suivre nos instructions à la lettre, et tout se serait bien passé.
-          Je vous en supplie, arrêtez !
 
La lame s'écarta de la gorge fragile de la petite Emily. L'homme libéra la fillette de son emprise, et il n'en fallut pas moins à Emily pour s'enfuir et courir dans les bras de son père, qui la réceptionna avec soulagement. L'homme pliait désormais son bras, rapprochant la lame de sa propre gorge. Évidemment, c'était sous mon influence mentale qu'il agissait ainsi. L'envie de lui trancher la gorge pour avoir osé poser une arme sur un enfant était quasi incontrôlable. Je voulais le tuer.
 
-          Posez votre arme !
 
La voix de Moser me déconcentra, brisant la connexion. Ma proie éloigna vivement la lame de son cou, à ma plus grande frustration. Moser était arrivé quelques secondes trop tôt.
 
-          Prue !
 
Je tentai de reprendre mes esprits, pour Remus. Je me rendis compte que Kevin serrait sa fille dans ses bras, les yeux plein d'émotions. Je souris face à cette image, bien plus plaisante que le drame mis en scène auquel j'avais failli croire dans l'antre du frère d'Edgar. Les Maraudeurs étaient là, ainsi que Moser et Wagner. Ils avaient fini par venir à bout de leur duel. C'était terminé. Mission accomplie. Remus s'avança vers moi, mais il s'arrêta lorsque Moser se tourna vers moi :
 
-          Prue, amène les Close à Sainte Mangouste, me demanda-t-il. Tu peux transplaner, les renforts ont pris la main sur le système de sécurité.
-          Ok. On se voit tout à l'heure, dis-je à l'adresse de Remus.
 
Je transplanai avec mes deux protégés, pour me matérialiser devant Sainte Mangouste. Lily vint vers moi en m'apercevant, sans doute prévenue de mon arrivée.
 
-          Bonsoir madame Potter, lui dis-je avec un clin d'½il.
 
La Fleur de Lys de James sourit à l'appellation.
 
-          Comment s'est passée la mission ?
-          Comme tu peux le voir, très bien, répondis-je en regardant Emily.
-          Et James ?
-          Aussi, rassure-toi.
 
Je me tournai vers Emily, toujours blottie contre son père. Je le contournai pour pouvoir la voir en face.
 
-           Lily va s'occuper de toi. Elle est très gentille, assurai-je.
 
La gamine me regarda en acquiesçant lentement. Elle consentit à lâcher son père lorsqu'il la posa au sol. Kevin soupira de soulagement en la voyant partir aux côtés de Lily.
 
-          Je ne sais pas comment vous remercier... vous avez été formidable tout à l'heure.
-          Merci. Je suis heureuse que tout se soit bien passé.
-          J'avoue avoir été un peu surpris qu'il la laisse partir aussi facilement... alors qu'il venait de dire que j'allais payer, avoua Kevin en faisant allusion à notre dernier adversaire. Vous y êtes pour quelque chose je présume ?
-          Oui. Je lui lancé un sort en arrivant.
 
Je sentis les effets du Polynectar s'estomper, me rendant enfin mon corps. L'homme parut surpris en me voyant.
 
-          Ça alors, Prudence Hunt ! Je ne m'attendais pas à...
-          Si jeune pour assurer votre couverture ? terminai-je avec un sourire.
-          Oui, pardonnez-moi.
-          Je n'étais pas censée être seule si vous voulez tout savoir. Malheureusement, votre arrivée prématurée m'a obligée à poursuivre la mission en solo. Mais sachez que des collègues bien plus expérimentés étaient à proximité, prêts à agir en dernier recours. J'étais en contact permanent avec eux dès le départ.
-          Je vous dois beaucoup à tous. J'étais sûr que c'était la bonne solution d'avertir la police.
-          Oui... les choses se seraient passées différemment sinon.
 
Il m'adressa un sourire, et je l'invitai à aller attendre le retour de sa fille. Pour ma part, il fallait que je retourne au Ministère.
 

| Ministère de la Magie – BCM |

 
J'avais plié mon rapport en une demi-heure. C'est le temps qu'il fallut également à mes amis pour revenir, avec toutes les personnes impliquées dans cette affaire arrêtées.
Remus me prit dans ses bras avec élan, et j'avoue que moi aussi j'étais bien contente de le retrouver.
 
-          J'ai eu si peur quand l'autre taré t'a attaquée...
-          Je vais bien, soufflai-je.
 
J'allais très bien même. Je m'étais sentie en pleine forme en découvrant que le corps mutilé était un faux. Un simple corps « d'entraînement » si je puis dire. Un simple cauchemar, dont je m'étais réveillée en touchant son visage. Le reste n'avait aucune importance du moment qu'Emily n'avait pas été massacrée... mais sauvée.
 
-          On va les laisser mariner cette nuit, nous informa Moser. On les interrogera demain matin. Rentrez chez vous, vous méritez bien un peu de repos.
 
J'allais partir quand Moser me rappela.
 
-          Prue.
-          Oui ?
-          Je peux te parler cinq minutes ?
 
Je le suivis jusque dans son bureau, me demandant ce qu'il pouvait bien me vouloir.
 
-          Tu as vraiment assuré ce soir, me dit-il en fermant la porte. Tu as fait de bonnes improvisations, et tu n'as perdu ton sang-froid à aucun moment, même quand ça a dégénéré.
-          Mais ?
-          Prue, quand tu as été attaquée au hachoir... pourquoi as-tu renvoyé l'arme sur lui... et pas ailleurs ? Tu tenais ta baguette, contrairement à lui... tu aurais pu le neutraliser.
 
Je soupirai. J'avais presque oublié que j'avais commis un meurtre ce soir.
 
-          Est-ce que vous pensez sincèrement que je réfléchis à ce genre de chose quand ma vie est menacée ?
-          Je te pose la question parce que tu y auras droit demain.
-          Demain ? 
-          Tu devras répondre à un interrogatoire de la Brigade des Affaires Internes.
-          Génial. Je vais encore être mise à pied.
-          Ça ne dépend que de toi.
-          Comment ça ? 
-          Tu n'as pas l'air très perturbé d'avoir tué un homme. Peut-être que ce n'est qu'un masque, mais je ne te sens pas troublée. Cette attitude ne passera pas demain. Je connais la Brigade des Affaires Internes... j'ai toujours eu l'impression que leur boulot était de nous faire tomber. Ils sautent sur la moindre erreur. Alors un conseil, montre-toi fragilisée, traumatisée même... s'ils te demandent de voir un psy, accepte. Ils seront plus indulgents que s'ils sont face à une femme capable de garder son sang-froid même face à un danger de mort imminent.
 
J'en avais presque oublié à quel point ce n'était pas banal de tuer quelqu'un, et que beaucoup de flics en étaient traumatisés quand ça leur arrivait. Pour le bien de ma couverture, j'avais effectivement intérêt à me montrer un peu plus perturbée. J'étais tellement sous adrénaline suite aux évènements que  j'avais du mal à me comporter "normalement".
 
-          Moser, j'ai réellement eu peur quand ce type m'a foncé dessus avec son arme. J'ai été surprise. Mais c'est allé tellement vite que je n'ai pas eu le temps de m'attarder... sur sa mort. J'ai été prise par les évènements. Quand j'ai vu le corps dans la salle d'à côté, j'étais loin d'imaginer que c'était un faux. Et par la suite, j'ai été grillée, j'ai dû faire face à plusieurs adversaires en même temps tout en protégeant Kevin, et j'ai bien cru qu'Emily était morte quand je l'ai entendue crier. Alors ne t'en fais pas. Demain, je n'aurai pas trop de mal à jouer la flic perturbée par la mission, parce que maintenant que l'adrénaline est redescendue, je sens que cette soirée restera un moment dans mon esprit.
 
Moser semblait convaincu par mon discours, ce qui me rassura. Il m'avait suffisamment à l'½il, pas question qu'il se mette à penser que tuer me laissait insensible.

Je sortis du bureau de Moser, espérant que j'arriverais à convaincre les flics des Affaires Internes demain de la même manière. J'en avais assez d'être dans le viseur de mes supérieurs, j'aimerais bien remplir une mission « proprement » un jour. Sans faire de vague.
 

| . . . |

 
Le lendemain en me réveillant, je me rendis compte que Remus m'observait déjà. Il me sourit faiblement en guise de bonjour, accompagnant un tendre baiser d'une caresse sur la joue. Un réveil agréable qui avait le don de me mettre de bonne humeur. Je me blottis davantage contre lui, savourant sa présence. Depuis qu'on habitait ensemble, nous étions encore plus fusionnels, à mon plus grand plaisir.
 
-          Que t'a dit Moser hier soir ? me demanda Remus.
-          Que j'allais être interrogée par la Brigade des Affaires Internes.
-          A cause du frère ?
-          Oui.
 
Je détournai les yeux de son regard, devinant la question qui lui brûlait les lèvres. La même question que Moser m'avait posée.
 
-          Je sais que j'aurais dû renvoyer l'arme ailleurs... et me contenter de le neutraliser. Mais ça ne m'a même pas effleuré l'esprit, avouai-je. Je ne peux pas t'expliquer pourquoi mon réflexe en cas de légitime défense est de tuer mon adversaire. Je sais juste que je n'ai pas pensé une seule seconde qu'en tant que flic, je devais me contenter de le neutraliser. Dans ma tête, il n'y avait que ce fou avec ce hachoir qui voulait ma peau... et ma vie à sauver. Rien d'autre.
 
L'explication était assez simple en fait. J'avais été formée comme ça. Quand ma vie était menacée, le seul moyen de m'en sortir était de tuer mon adversaire. J'avais essayé à une époque de « neutraliser ». Mais j'avais failli en mourir, et ça m'avait appris à ne plus épargner la vie d'une personne qui voulait me tuer. Même si elle était innocente. C'était l'un des rares cas où ça n'avait aucune importance. La légitime défense suffisait à excuser mon meurtre. Évidemment, je ne pouvais pas envisager de faire comprendre cette logique à Remus. Lui, ce n'était pas un tueur. Il n'avait pas grandi dans le combat et le sang. Il ne pouvait pas comprendre que le meilleur moyen d'échapper à la mort... c'est de pousser ses adversaires devant.
Chapitre 11 : Délicate mission
 
Et voilà pour cet assez long chapitre !  :)
Je ne peux pas vous assurer que le mot de Tracker et l'aperçu du prochain chapitre seront publiés le week-end prochain... car je compte bien profiter du long week-end qui nous attend pour aller à la mer.
Je vous dis donc à bientôt, et bonne fin de dimanche ! Bisous

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    22/12/2016

    Que s'est fait-il passé avec sa s½ur, je pense qu'il s'agit d'un truc à la paranormale activity

  • harry-potter-8-fic

    08/06/2015

    Et j'ai hâte d'en savoir encore un peu plus sur ce qui est arrivé à sa soeur et ce qui s'est passé quand elle était petite

  • harry-potter-8-fic

    08/06/2015

    Prue s'est vraiment très bien débrouillée

  • harry-potter-8-fic

    08/06/2015

    Et je suis contente que la petite soit toujours vivante

  • harry-potter-8-fic

    08/06/2015

    C'est bien qu'ils soient maintenant vraiment dans l'action

  • harry-potter-8-fic

    08/06/2015

    Coucou :)

    Encore un chapitre que j'ai adoré lire

  • MikaWolfeHP

    04/06/2015

    Wow! Très beau chapitre! J'adore lire une enquête sous le point de vue de Prue, ce qui nous fait suivre sa démarche :) jai hâte de savoir ce qui s'est passé avec sa soeur! Je lis la suite bientôt :)

  • Hurricany

    24/05/2015

    Super chapitre. J'ai adoré quand Remus c'est offusqué en entendant la réplique de Prue, mdrr. Très belle scène de crime, j'ai faillit y croire, mais tout est bien qui fini bien

  • clochinettedu76

    17/05/2015

    Coucou !
    J'ai adoré ce chapitre : plein de supens, de l'action... et une mission plus que délicate ! J'ai bien cru que la petite était morte et j'étais en train de me dire "mais c'est pas possible, Prue ne va jamais s'en remettre !" et puis là : SURPRISE !! Vraiment j'adore !
    Hate d'avoir la suite ;)

  • Dark-Poudlard-92

    17/05/2015

    Très bon chapitre comme d'habitude presse de lire la suite

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