Chapitre 16 : La lame de la justice

« Dire qu'on finit toujours par payer est faux. Il y a des gens qui arrivent à passer les mailles du filet et à rester impunis toute leur vie. Et c'est pourquoi j'ai créé Tracker... pour rétablir l'ordre quand j'en ai l'occasion »
 
 
Chapitre 16  : La lame de la justice

 
 
| 16 février 1980 – Ministère de la Magie – 11h20 |

 
Je regardais David Amilton quitter le QG des Aurors, sans savoir si je devais être satisfaite ou enragée. J'étais partagée entre la joie sauvage à l'idée de pouvoir le tuer moi-même, et la fureur de subir mon premier échec au Ministère.
 
-          Tu as encore visé juste, souffla Lyall en arrivant à côté de moi. Mais il a raison lui aussi. Sans élément concret...
-          Il reste libre, terminai-je âprement.
-          Oui. Il faut l'admettre, il a réussi à commettre ce que tout policier redoute : le meurtre parfait.
 
Je secouai la tête avec agacement, préférant partir en sens inverse pour ne pas être tentée de m'occuper de Black Blade de suite. J'aperçus Remus me faire un signe de tête, me conduisant à lui. 
 
-         Je suis désolé que tu n'aies pas réussi à le faire tomber... tu avais vu ce qui nous avait tous échappé.
-        Ouais... mais j'ai échoué.
-        Il va falloir que tu sois prudente.
 
Je ricanai.
 
-        Quoi, à cause de sa menace ? Si je meurs, il confirme qu'il est Black Blade, plus aucun flic ne le lâchera. Même s'il en meurt d'envie, il ne bougera pas, rassure-toi.
 
Il sourit faiblement en m'attirant à lui pour me déposer un baiser sur le front. Je le sentais encore perturbé.
 
-         Tu ne m'avais jamais dit que tu avais tué celui qui avait causé le suicide de ton ami... dit-il en référence à mon "aveu" pendant l'interrogatoire. 
 
Je déglutis en y repensant.
 
-        Je voulais juste qu'Amilton puisse se retrouver en moi au travers d'un passé commun pour l'amener aux aveux... ne t'en fais pas pour ça.
 
Remus semblait peu convaincu, mais je ne comptais pas lui avouer un meurtre. Je préférai partir avant qu'il ait l'idée de poser d'autres questions. Il fallait que je me replonge dans le dossier de Black Blade de toutes façons, à la recherche d'une quelconque faille.
 

| . . . |

 
Je regardai la montre d'un air désespéré. Cela faisait des heures que je récapitulais tous les éléments de l'affaire, que je regardais mes schémas et les différents visages sur les photographies de tous ceux qui avaient eu un lien avec les meurtres. Au centre, les yeux d'Amilton semblaient fixés sur moi... neutres. Il était indéchiffrable.
 
-          Hunt ?! appela une voix autoritaire.
 
Tous les Aurors présents dans le QG s'arrêtèrent dans leur discussion, se tournant vers leur supérieur : Alastor Maugrey. Moi-même, je fus surprise d'être interpellée de la sorte... cela ne présageait rien de bon.
 
-          Oui ?
-          Dans mon bureau, intima le chef des Aurors.
 
Je haussai un sourcil et jetai un coup d'½il vers mes amis avant de le suivre.
Je savais qu'il allait me parler de ce cher David. J'étais allée un peu loin dans mon enquête alors que je n'avais pas de preuve. Je fus surprise de voir Sharp qui attendait lui aussi dans le bureau de mon supérieur. Revoir ce procureur de génie dans une telle situation était pour le moins étrange. Je ne pus m'empêcher de repenser à cette soirée piégeuse qui avait failli coûter mon identité... et lui sa vie.
 
-          Tu sais pourquoi tu es ici ? commença Maugrey. 
-          J'ai suivi mon instinct au lieu des ordres... ?
-          Je ne plaisante pas Hunt !
-          Moi non plus. Je suis de la Brigade Criminelle. Je fais mon métier : je traque les criminels.
-          La présomption d'innocence te serait-elle sortie de l'esprit ? Sans preuve, tu n'as pas le droit de traiter ton suspect comme un coupable !
-          C'est bien pour ça que je cherchais à obtenir des aveux ! On a rien... ni preuve, ni témoin, rien !
-          Tu n'avais pas le droit de le soumettre à un interrogatoire ici sans avoir quoi que ce soit de valable ! Encore moins de le traiter comme tu l'as fait ! T'es consciente qu'il peut porter plainte pour harcèlement ?! J'avais donné de nouveaux ordres, tu n'étais même pas censée aller à son domicile !
-          Ah mais ça je ne le savais pas encore...
-          Tu as volontairement manqué le briefing pour suivre ton idée !
-          J'ai fait ce qu'il fallait pour identifier le coupable. Je sais désormais qui est Black Blade, et je ferai tout pour empêcher un nouveau double meurtre !
-          Sur quoi vous basez-vous pour affirmer que c'est lui le coupable ? demanda Sharp pour calmer le jeu.
 
Je sortis ma baguette et fis apparaître la bande d'enregistrement de l'interrogatoire de Black Blade.
 
-          Regardez ça, dis-je en projetant la vidéo sur le mur d'un coup de baguette.
 
Maugrey et Sharp regardèrent attentivement la vidéo.
 
-          Alors ? dis-je une fois le mur redevenu normal. Toujours convaincus de son innocence ?
-          Nous ne pouvons le juger sur un interrogatoire... même s'il parait effectivement suspect, rappela Sharp.
-          Black Blade est capable de commettre le meurtre parfait depuis des années... vous espérez l'arrêter en procédant comme avec un quelconque tueur ?
-          Qu'est-ce que vous proposez ?
-          L'année prochaine... on le surveille... on le suit... et on le prend en flagrant délit. Même si je sais qu'on n'a pas le droit de mettre quelqu'un sous surveillance sans preuve... c'est notre seul moyen de l'arrêter. 
-          Mais si ce n'est pas lui, deux victimes supplémentaires seront faites.
-          C'est toujours mieux que de rester impuissant. Au moins, si l'année prochaine on a la preuve que ce n'est pas lui, on sera fixé.
-          Nous verrons... en attendant, l'enquête continue, et je vais devoir vous retirer cette enquête. J'admire que vous vouliez à tout prix  faire tomber un tueur de la trempe de Black Blade... mais les derniers évènements m'obligent à vous sortir de l'équipe.
 
Cette phrase résonna comme un claquement de tonnerre en moi. Je serrai la mâchoire, détournant mon regard enragé de Sharp pour le braquer ailleurs. J'eus un sourire amer avant de me reporter à nouveau sur lui.
 
-          Autre chose ? demandai-je en essayant de contrôler ma colère.
-          Non, vous pouvez disposer.
 
Je tournai les talons et me dirigeai d'un pas raide vers la porte. Ne pouvant me retenir, je me retournai vers Maugrey :
 
-          Ce n'était pas la peine de nous former comme des loups pour ensuite nous tenir en laisse avec une muselière, dis-je froidement.
-        Hunt ! rappela Sharp alors que j'étais déjà dehors.
 
Je soupirai, me demandant si mes dernières paroles n'allaient pas aggraver mon cas.
 
-          Je sais ce que vous ressentez, dit-il calmement. Vous ne supportez pas qu'il vous échappe alors que vous êtes persuadée d'avoir raison... mais n'en faites pas une affaire personnelle. Ca pourrait virer à l'obsession. Ne vous perdez pas dans votre quête de la justice.
 
J'acquiesçai sans dire mot, retournant au QG.
 
-          Alors ? demanda Lyall. Qu'est-ce qu'il voulait ?
-          Me passer un savon. Et me retirer l'enquête tant qu'à faire, répondis-je avec raideur.
 
J'attrapai mon sac et me dirigeai vers les cheminées.
 
-          Où tu vas ?
-          Ailleurs.
 

| Allée des Embrumes |

 
J'avais la rage ! J'avais réussi à trouver une piste dans cette affaire, qui ramait depuis des années, et voilà comment j'étais remerciée ! C'était une sacrée blague de me faire réprimander par Maugrey et Sharp alors que je connaissais très bien leurs méthodes ! Je soupirai avec agacement, remontée contre mes supérieurs. Je leur en voulais de me priver de cette chasse qui me tenait tant à coeur. Pour ma première enquête avec les Aurors, j'attendais autre chose que d'être écartée ! Bon sang, mais ne voyaient-ils pas le tueur qu'il y avait en David ? Comment pouvait-on être aussi aveugle ?! L'expérience n'avait-elle pas appris à Maugrey à reconnaître ce genre de tueur ?
 
J'avais grand besoin de me défouler. L'allée des Embrumes était toujours aussi infestée par les gens aux mauvaises intentions. Un vrai nid de proies pour moi. Je n'avais pas forcément envie de tuer, juste de me battre, pour évacuer. Je mis mon badge en évidence, histoire de m'attirer quelques ennuis. Les forces de l'ordre n'étaient jamais les bienvenues ici. Les rares fois où les policiers étaient obligés de venir, c'était en groupe, avec des renforts prêts à intervenir. Alors une femme flic seule... autant dire que j'étais une « proie » à leurs yeux. Les insultes fusaient pendant que j'arpentais les rues, attisant ma colère.
 
-          Tu es perdue ma jolie ? demanda un homme en me barrant la route.
 
Je souris en constatant un cercle se former autour de moi. Aucune échappatoire. Neuf hommes avaient choisi de devenir mes adversaires.
 
-          Non, répondis-je en soutenant son regard qui ne promettait rien de bon.
-          Tes collègues ne viennent jamais seuls ici pourtant...
-          Je ne comprends pas pourquoi. Il n'y a rien à redouter ici.
-          Tu crois ça ?
-          Tu vois un quelconque danger ?
 
Il ricana.
 
-          Aller les gars, montrez-lui le sort qu'on réserve aux flics.
 
Je dus me faire violence pour ne pas laisser ma tenue de tueuse me recouvrir. J'avais envie de libérer la louve... pour qu'ils voient le sort que JE réservais aux gens de son espèce. Mes adversaires dégainèrent leur baguette, me décochant le sourire.
 
-          Qui devrai-je prévenir lorsque j'en aurai fini avec vous ? narguai-je.
 
Des sorts rouges furent la réponse unanime. Des sorts qui ne parvinrent à percer la bulle télékinétique qui m'entourait. Cet échec les surprit, car je n'avais toujours pas sorti ma baguette, et ces crétins de bas étage n'avaient certainement pas souvent eu l'occasion de voir un sorcier pratiquer ainsi. Seuls les puissants mages y parvenaient, et ils ne devaient pas avoir une telle connaissance dans leur entourage. En fait, je crois qu'ils ne comprenaient pas ce qu'il se passait car ils s'acharnèrent à me lancer des sortilèges. Je les regardai un à un, toujours le sourire aux lèvres.
 
-          A mon tour.
 
Je libérai l'énergie que j'avais accumulée dans mon bouclier grâce à leurs attaques. Le souffle provoqué les expulsa sans ménagement. Les rares passants s'arrêtèrent pour observer l'affrontement. Un contre neuf... les paris étaient ouverts. Je sortis enfin ma baguette et cessai de me protéger par télékinésie, pour « équilibrer » les duels. Les attaques s'enchainèrent, m'obligeant à riposter de tous côtés. Ils étaient de biens piètres combattants. Je les mis au pli rapidement, sans avoir besoin de recourir à la magie sans baguette. Mes adversaires filèrent sans demander leur reste. Hum, pas très efficace le défouloir, j'allais devoir en trouver un autre.
 
-          Tu cherches les ennuis Hunt ?
 
Je me figeai, reconnaissant cette voix. Je me retournai, voyant Orion Black à quelques mètres de moi, accompagné d'Abraxas Malefoy. Que faisaient-ils ici ? Mon père était-il dans le coin ?
 
-          Pas spécialement, répondis-je calmement, sans ranger ma baguette.
 
Orion me défia du regard, et je le soutins avec un pincement au c½ur. A une époque, il faisait partie de mon entourage proche, même s'il était détestable. Lui et moi avions vécu des moments forts auprès de mon père. Enfin... Tracker et lui plutôt.
 
-          Ce n'est pas l'impression que tu donnes... objecta Black en se rapprochant.
 
Je ne reculai pas devant son air agressif. Je connaissais par c½ur son attitude intimidante pour l'avoir de nombreuses fois observée quand il l'avait avec d'autres. Ca me faisait juste bizarre de voir son regard assassin posé sur moi. A l'époque, il m'admirait. Comme tous. Et maintenant... bon sang, je n'osai imaginer l'ampleur de leur haine à tous depuis que je les avais trahis en abandonnant leur Maître. Abraxas rejoignit son ami, pensant qu'il ferait monter la pression. Ils aimaient sentir la peur qu'ils inspiraient... ils allaient être déçus avec moi. Si un jour j'avais eu du respect pour ces hommes, aujourd'hui il n'en était plus rien.
 
-          Fais attention Hunt. Tu as la côte, tu es bonne duelliste, mais ça ne te sauvera pas face à des gens... plus dangereux.
-          Comme qui ?
 
Il eut un sourire narquois.
 
-          Tu le sais déjà.
-          Je ne me sens pas menacée.
-          Tu devrais, répliqua Abraxas. Toi et tous tes collègues. En particulier tes chers amis...
 
Je le saisis à la gorge sous l'impulsion de la colère. Orion porta la main à sa baguette, mais celle-ci vola loin derrière lui avant qu'il ait eu le temps de la sortir. Je l'expulsai à son tour contre un mur, histoire de lui remettre les idées en place pendant que je m'occupais d'Abraxas.
 
-          Tu te crois supérieur mais à mes yeux tu es comme les autres. Et si tu penses que mon badge m'empêchera de faire quoi que ce soit contre toi, tu te trompes. Si tu menaces ceux que j'aime, je te briserais. Alors un conseil, reste tranquille.
 
Je le relâchai en le poussant, refoulant mon désir de lui faire regretter ses paroles. Le désir de meurtre s'était emparé de moi à la seconde où il avait menacé les Maraudeurs.
 
-          Je te ferai payer ça Hunt.
 
Orion me fit la même promesse en se relevant péniblement de son choc. Ils s'éloignèrent, alors que les chuchotements ne cessaient pas autour de moi. Je venais de me mettre à dos deux personnes rattachées à des familles puissantes et redoutées.
 

| 21 février 1980 |

 
L'enquête m'avait été retirée mais je pensais toujours autant à David Amilton. Je savais qu'il était Black Blade et pourtant, je n'avais pas réussi à le faire tomber. C'était peut-être mon premier échec en tant que policière, mais je savais que cette erreur serait vite réparée. Il fallait que je trouve le bon moment pour le tuer. Pour l'instant je ne préférais pas agir, devant laisser passer du temps après mon altercation avec lui.  Mais il allait mourir, c'était une certitude. Je m'en étais fait la promesse en le laissant partir du Ministère. Plus aucune victime ne souffrira de sa folie. J'étais la seule à pouvoir mettre un terme à sa longue série de meurtres. Black Blade ne se fera jamais arrêter. Il fallait une bête pour en traquer une autre.
 
Si pour l'instant je n'avais pas l'intention d'agir, j'avais trouvé un excellent moyen de patienter : accepter un contrat de l'Agence. Ma proie s'appelait Laurena Miles, une empoisonneuse. Classique pour une femme. Sauf qu'elle avait fait la victime de trop à s'en prenant au frère de mon client. Celui-ci avait mis du temps à comprendre que c'était elle la tueuse, mais il avait aujourd'hui la preuve de sa culpabilité, et c'était suffisant pour que j'intervienne. Il avait préféré, comme beaucoup, faire en sorte qu'elle meure plutôt qu'elle aille en prison. Le refus de voir les coupables continuer de respirer est souvent la raison pour laquelle les tueurs à gages sont contactés. C'est tellement insupportable de savoir que la personne à l'origine de notre chagrin continue de vivre.

Localiser ma proie avait été très facile, puisqu'elle menait un train de vie normal. J'avais juste à l'intercepter pour l'éliminer. J'étais postée sur un toit, la surveillant de loin avec des jumelles. Elle prenait son petit déjeuner tranquillement, encore un peu endormie. Quelques minutes plus tard, un homme vint la rejoindre, l'embrassant au passage, ainsi que deux enfants. Lorsqu'ils eurent fini de déjeuner et que la femme s'apprêtait à partir, je vis les deux gosses se ruer sur elle pour lui dire au revoir. Elle se baissa pour les serrer fort contre elle. Ils avaient tous deux moins de dix ans.

Je me redressai lorsque la femme transplana. J'aurais dû l'éliminer avec mon fusil de précision, mais je voulais avoir une petite discussion avec elle avant. Je voulais savoir pourquoi elle avait empoisonné tous ces gens. Je transplanai à quelques mètres du laboratoire pharmaceutique où elle travaillait. Je dus attendre une dizaine de minutes avant qu'elle arrive. Elle avait pour habitude de marcher dans le parc situé non loin de là avant de se rendre au travail. Son regard croisa le mien lorsqu'elle arriva à ma hauteur, et avant qu'elle comprenne que c'est bien elle que j'attendais, je lui pris le bras et transplanai.
 

| Planque |

 
Ma proie se retrouva attachée à une chaise dès qu'on se matérialisa.
 
-          Qui êtes-vous ?! Où suis-je ? s'affola-t-elle.
-          ...Je suis Tracker. Vous êtes dans ma planque, répondis-je calmement.
-          Mais pourquoi ?! Pourquoi vous m'avez amené ici ?
-          Pour vous tuer Madame Miles.
-          Quoi ?!
 
C'est incroyable tout ce qu'on peut faire passer dans un mot... rien qu'à l'intonation, j'avais senti sa peur, sa surprise, sa rage...
 
-          Je vais vous tuer. Comme vous avez tué beaucoup de personnes.
-          Je ne vois pas de quoi vous parlez.
-          Ne me mentez pas. Je sais ce que vous êtes... une empoisonneuse. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi ?
 
Elle garda le silence quelques secondes sous l'effet de la surprise. Elle devait être en train de se demander comment elle en était arrivée là... après toutes ces années d'impunité.
 
-          Vous allez me tuer de toute façon.
-          De manière plus ou moins lente... ça ne dépend que de vous.
 
Des larmes coulèrent sur ses joues alors que de légers tremblements commençaient à la parcourir. J'arrivais à percevoir les battements de son c½ur sur son débardeur moulant.
 
-          ...Mon père.
-          Quoi votre père ?
-          Il a tué ma mère et mon frère... avec du poison. Je les ai vus agoniser pendant près d'une demi-heure avant qu'ils succombent. J'avais quatre ans.
-          ...Ca n'a pas dû être facile de vivre avec ça.
-          ...J'ai tué mon père huit ans plus tard de la même façon.
 
Je ne pus m'empêcher de penser à David et à son histoire. Cette femme étant plus coopérative, je décidai de lui poser la question qui était restée sans réponse avec lui.
 
-          Pourquoi ne pas vous arrêter là ? Pourquoi en tuer d'autres ?
-          ...C'est une pulsion incontrôlable... un besoin.  J'ai beau m'être vengée... le vide est toujours là. Un vide que seul le meurtre comble.
 
Je baissai les yeux l'espace de quelques instants en sentant mes entrailles se tordre. Etait-ce vrai ? La vengeance ne suffisait pas à apaiser... cette rage profonde ? J'avais toujours pensé que Tracker tomberait le masque après sa dernière victime... mais cette femme, qui avait pourtant une belle famille... David... eux n'avaient pas réussi à s'arrêter. Diego aussi avait remis ma parole en cause quand je lui en avais parlé. Etait-ce une fatalité ? Ne pouvait-on jamais arrêter de tuer une fois qu'on avait goûté au sang ? Je secouai la tête. Non, ce n'était qu'une question de volonté. J'arriverai à arrêter le jour où je l'aurais décidé.
 
-          Et vous... ? Pourquoi vous tuez ?
 
Vengeance, désir, contrat, nécessité... il y avait beaucoup de raisons qui me poussaient au meurtre. J'aimais ce sentiment de puissance qui s'emparait de moi lorsque j'accomplissais... ce que j'appelais « la vraie justice ».  
 
-          En ce qui vous concerne, il s'agit d'un contrat d'assassinat. Vous avez commis une erreur en empoisonnant l'une de vos victimes. Son frère a compris que c'était vous... il réclame justice lui aussi.
 
Elle acquiesça lentement. J'arrivais à voir les regrets dans ses yeux. Elle devait penser à sa famille. A tout ce qu'elle allait perdre... à cause de la cible de trop.
 
-          Faites ce que vous avez à faire. Mais faites-le vite.
 
Je me plaçai derrière elle pour sortir mon couteau et la basculai en arrière pour planter la lame dans son c½ur. Je lui fermai les yeux et la regardai quelques instants, l'esprit toujours perdu dans mes pensées.
 
-          Promets-moi de te souvenir de son histoire Prue... pour ne pas commettre la même erreur.
 
Je levai les yeux sur le fantôme de Jeff avec un sourire.
 
-          Je suis Tracker... rappelai-je.
-          Ca ne te rend pas invincible.
 

| 22 février 1980 – Londres |

 
Je me matérialisai dans une ruelle, prête pour ma nouvelle enquête en partenariat avec les Aurors. Lyall était à nouveau de la partie, mais c'est Maugrey qui avait remplacé Aaron. D'ailleurs, je trouvais ça étrange. Il devait croire l'affaire suffisamment importante pour être là... Maugrey ne partait en chasse que pour les mages noirs normalement.
 
-          Bonjour Hunt !
 
Mon c½ur dérailla en croisant le regard de Noven. Je m'étais attendue à la voir en apprenant que les Aurors seraient avec nous... mais c'était toujours la même décharge qui me traversait le c½ur quand je posais mes yeux sur elle.
 
-          Bonjour  Noven. Qu'avons-nous là ?
-          Sans doute une nouvelle victime du sniper fantôme.
 
Je baissai les yeux sur le cadavre et reconnus effectivement ma victime.
 
-          Le sniper fantôme ? répétai-je, appréciant le surnom qui m'avait été donné.
-          Un excellent tireur, ajouta Lyall.
-          Cette espèce d'enfoiré s'amuse à descendre des gens de temps en temps... et pas toujours dans des lieux isolés comme celui-ci, dit Maugrey. Il a déjà fait des victimes dans les lieux publics.
 
Je relevai les yeux sur Maugrey avec un sourire en coin.
 
-          Vu la précision de son tir, il n'y a pas de quoi redouter une balle perdue.
-          Tu connais son mobile au moins ?
-          Justice. Ce tireur n'a pris que des cibles criminelles jusqu'à maintenant... et il ne les rate jamais. A quand remonte la mort ? demandai-je en me tournant vers Noven.
-          4h du matin.
-          Bizarre, dis-je. D'habitude le sniper aime bien agir en plein jour et devant une foule autour de sa victime.
-          Il n'est pas rare qu'un tueur en série change au fil du temps. Parfois ça touche simplement au mode opératoire... ça peut aller jusqu'à ses idéologies, répondit-elle. Tes premières impressions ?
 
Je m'accroupis auprès du cadavre bien que je sache exactement comment ça s'était passé.
 
-          Une balle dans le coeur, l'autre dans la tête... La signature dirige effectivement vers le sniper fantôme...
 
Je regardai vers l'immeuble à l'autre bout de la ruelle, sans fenêtre sur cette partie-là.
 
-          Le sniper a tiré depuis un angle impossible, informa Noven comme si elle avait lu dans mes pensées.
-          Impossible s'il s'agissait d'un moldu... mais dans le monde de la sorcellerie, ça ne m'étonne pas de constater que ces balles ont pris des virages avant d'atteindre leur cible.
 
Je pris la main de ma victime avec des gants et posai ma baguette sur le bout de son index. Un petit écran translucide apparut, affichant les principales informations.
 
-          Ok, dis-je après une lecture en diagonale. Lucas Deltran, 48 ans. Soupçonné d'avoir assassiné trois femmes.
 
J'adressai un sourire à Noven.
 
-          Le sniper a peut-être changé de méthode sur ce coup-là, son critère de choix est toujours le même. Encore une affaire qui va rejoindre les non résolues.
-          Vous avez prouvé avec Black Blade que les tueurs ne peuvent commettre le crime parfait éternellement.
-          Je n'ai rien prouvé justement. Black Blade est toujours dehors.
-          Mais vous avez permis à l'enquête d'avancer d'un bond.
-          Peut-être. Mais je n'empêcherai pas un nouveau rituel l'an prochain.
-          Vous pensez qu'il va recommencer malgré l'avertissement qu'il a pris ? Ce serait très risqué non ?
-          Un tueur en série en liberté continuera de tuer tant qu'il ne se sera pas fait prendre ou exécuté.
 
Noven ne répondit rien et baissa les yeux.
 
-          Alors espérons que le sniper choisisse Black Blade comme prochaine victime, dit-elle.
 
J'eus un instant d'arrêt à l'entente de ces paroles. Je savais que Noven s'entendait bien avec Lyall, mais je ne pensais pas qu'elle puisse partager les mêmes idées.
 
-          Vous m'ôtez les mots de la bouche.
 
Mon regard s'accrocha aux siens l'espace de quelques instants, et comme toujours avec elle, je dus détourner les yeux. Pourquoi était-ce si dur de lui faire face ?
Elle affichait constamment un sourire bienveillant, et elle dégageait de la douceur sous son sérieux au travail. Et pourtant, quand je croisais son regard, je détectais une souffrance indéfinie.
 
-          Tu ne vas pas t'y mettre Noven, s'exaspéra Maugrey.
-       Ne fais pas semblant d'être un partisan des moyens légaux Alastor, répliqua la médecin légiste.
 
Le concerné se renfrogna, me clouant sur place. Je regardai Noven avec étonnement, voulant en savoir plus, mais elle me rappela avant que j'ouvre la bouche qu'il y avait un meurtre à résoudre.
 

| 26 février 1980 – Ministère de la Magie – QG des Aurors – Salle d'interrogatoire |

 
Encore une fois, j'avais été choisie par Moser pour une enquête criminelle, et une fois de plus j'avais réussi à trouver une piste alors que mes collègues ramaient. Le problème, c'est que ma piste menait à une impasse sans le témoignage de la femme de mon suspect. Toute ma théorie était bonne et tenait la route... et au fond, je savais que j'avais raison. Le léger détail, c'est que la femme affirmait que son mari n'avait pas quitté le lit de toute la nuit... le grand classique qui offrait un alibi à mon suspect et m'empêchait de l'arrêter.
 
-          Je vous le répète agent Hunt, mon mari dormait avec moi. Il ne peut pas avoir commis le meurtre dont vous l'inculper ! défendit la femme.
 
Je frappai les mains sur la table, commençant sérieusement à perdre patience. Deux heures que je n'obtenais rien. Je ne voulais pas d'un nouvel échec. Je refusais que seule Tracker soit capable de triompher dans les affaires difficiles.
 
-          Arrêtez de me mentir ! m'emportai-je. Je sais très bien que c'est votre mari le tueur ! Alors voilà ce qu'il va se passer : soit vous vous montrez coopérative et je vous oublie ; soit vous vous obstinez, et dans ce cas-là vous vous rendez coupable de complicité de meurtre...
 
Je lus la crainte dans ses yeux. Oui elle savait quel risque elle prenait. Mon regard fut attiré par la poussette.
 
-          Quel dommage pour votre fille... elle n'aura pas la joie de grandir avec ses parents. J'ai connu ça vous savez... ça laisse des marques indélébiles.
-          Je n'ai rien fait ! paniqua la femme.
-          Justement ! Vous ne faites rien pour la garder !
-          Je ne veux pas perdre ma fille... dit-elle en commençant à craquer.
-          Sachez que votre fille vous sera retirée à l'instant même où je vous accuserai de complicité de meurtre... C'est ça que vous voulez ? La voir grandir à travers des barreaux de prison, accompagnés de parents qui joueront votre rôle ?
-          Pitié...ne faites pas ça.
 
Cette fois elle pleurait vraiment. Elle avait peur, mon tour était joué.
 
-          Je n'ai pas de pitié avec les criminels... dites-moi la vérité maintenant ou faites vos adieux à votre fille.
 
Mais elle pleurait trop pour dire quoi que ce soit. J'attendis patiemment plusieurs minutes, et puis, exaspérée, je me levai d'un bond. Je m'emparai de la poussette et me dirigeai d'un pas décidé vers la porte. La gamine commença à pleurer.
 
-          MA FILLE !!! NE ME LA PRENEZ PAS !!!
 
Mais je sortis et laissai la poussette aux mains d'Aaron et Lyall. Je revins dans la salle en sortant ma baguette.
 
-          Madame Holster, je vous inculpe pour complicité de meurtre –
-          NON !! S'il vous plait ne faites pas ça ! Je suis innocente ! Rendez-moi ma fille !
 
Elle s'agrippait à mon corps avec supplication. Sa voix laissait clairement entendre le désespoir.
 
-          Alors dites-moi la vérité, dis-je fermement. C'est votre dernière chance.
 
Elle acquiesça précipitamment, le visage toujours en pleurs.
 
-          Je l'avoue... mon mari s'est absenté entre 1h et 2h20 du matin la nuit du meurtre. J'avais peur... je ne voulais pas le perdre. Nous avons trois enfants...
-          Votre mari a choisi de vous perdre en assassinant un couple de moldus, coupai-je.
 
Je permis à Holster de quitter la salle pour retrouver sa fille. Je sortis à mon tour sans même adresser un regard à mes collègues. Il ne me restait plus qu'à réciter les droits de mon suspect. J'avais gagné.
 

| . . . |

 
Quatre  jours passèrent durant lesquels je fus vivement critiquée au Ministère. La plupart de mes collègues dénonçaient des méthodes d'interrogatoire trop dures. Certains disaient même que j'avais obtenu de faux aveux, sous la contrainte.
J'appréciais que Lyall, Maugrey et même Sharp prennent ma défense dans ces moments-là. Les Maraudeurs me soutenaient aussi, mais ça ne me surprenait pas. Ils disaient que j'avais peut-être un peu fait paniquer une pauvre femme pendant un interrogatoire, mais en attendant, le coupable était derrière les barreaux.
 
-          Votre ténacité a encore payé agent Hunt, me félicita Sharp.
 
Je relevai la tête et lui affichai un sourire. J'aimais bien ce procureur, même si j'avais encore en travers qu'il m'ait retiré l'enquête sur Black Blade. Il méritait amplement son surnom, car il était aussi tranchant que ma lame lors des procès.
 
-          Merci Sharp.
-          Votre arrestation a fait des vagues au Ministère...
-          Je suis formée par les pires pitbull d'Angleterre que sont Moser et Maugrey... il ne faut pas s'étonner que je sois un peu mordante.
 
Je le fis rire en disant cela. Lui-même avait déjà fait preuve de dureté avec certains témoins.
 
-          Je crois que vous et votre fière bande allez faire des ravages... j'ai hâte de vous voir monter en grade. Au regard de vos performances, je suis sûr que ça arrivera plus vite que prévu.
 

| 10 mars 1980|

 
Nous étions dans un bar, trinquant à l'anniversaire de Remus pour patienter jusqu'au soir de faire la fête. On aimait bien se retrouver entre nous pendant la pause pour discuter un peu d'autre chose que de boulot. On parlait souvent de Poudlard... les Maraudeurs ressentaient une certaine nostalgie. Moi j'écoutais, comme à mon habitude, sans trop intervenir. Et puis la discussion bascula sur le futur enfant des Potter. Le ventre de Lily s'était arrondi. James était sur un nuage. Jamais encore je n'avais vu ses yeux aussi pétillants.
 
Alors que les Maraudeurs proposaient des noms de filles et de garçons, mon regard fut attiré au-dehors. Un homme se tenait debout devant la baie vitrée, dans notre direction. Une envie de meurtre me saisit lorsque je le reconnus. Il tourna les talons et se fraya un chemin parmi la foule. Incapable de résister à cette provocation, je me levai après avoir marmonné quelques mots à mes amis pour justifier mon départ. Ma cible se retournait régulièrement, sans parvenir à me voir. Même si David Amilton m'avait invitée à le suivre en se postant devant le restaurant, je ne voulais pas qu'il mène la danse. Il continua sa route, et moi ma filature. 

Il quitta enfin l'avenue principale pour se glisser dans une ruelle où les passants étaient moins nombreux. Ayant une vue plus dégagée, je décidai de laisser plus de distance entre nous. Et je continuai à le suivre...
Dix minutes plus tard, il s'arrêta enfin dans une ruelle sombre et sinueuse que je connaissais très bien. Il se retourna pour me faire face et souris en m'apercevant.
 
-          Je savais que vous ne pourriez pas résister à la tentation, dit-il.
-          Je vous ai manqué à ce point ? répliquai-je.
-          Vous êtes différente des autres flics... vous avez piqué ma curiosité.
-          Oh, vraiment... ?
-          Oui. Jamais jusque là je n'avais été soupçonné. Et voilà que vous, vous remontez jusqu'à moi et arrivez à me cerner avec une précision redoutable en quelques jours... Comment avez-vous fait ?
 
Je souris devant la situation. Il m'avouait qui il était vraiment alors que j'étais flic et que ses paroles suffisaient à le coffrer. Il était intelligent, et pourtant, il avouait que j'avais raison. Ce qu'il faisait était très simple : il m'avait isolée pour obtenir des explications avant de me tuer ; ce que je faisais d'habitude avec mes victimes.
 
-          C'était vraiment simple... avouai-je en entrant dans son jeu. Il suffit de bien regarder les scènes de crime, de réfléchir un peu, et de suivre le fil qui mène jusqu'à vous.
-          Dix ans que les policiers ne trouvent rien... et vous allez me faire croire que ça vous est venu tout seul ?!
-          Pas vraiment... en fait, pour être honnête, vous avez raison, je ne suis pas comme les autres. J'ai un atout qui me permet d'interpréter les scènes de crime, de comprendre au-delà des témoignages, de savoir qui est le tueur simplement en le rencontrant... et de cerner sa logique...
-          Quel est cet atout... ?
 
Je souris en le défiant du regard. J'aimais jouer avec ce genre de proie. Il pensait être le prédateur qui tournait autour de sa proie... alors que c'était tout l'inverse. 
 
-          Je suis moi-même une tueuse... l'univers du crime n'a pas de secret pour moi... je le connais avec les yeux de flic et d'assassin, ce qui me rend redoutablement efficace.
-          Je ne vous crois pas.
-          Je savais que vous diriez ça.
 
Un voile de fumée noire s'enroula autour de mon corps pour déposer ma tenue de tueuse. Je sortis mon couteau, prête à me battre.
 
-          Tu me montres le tien...Black Blade ? provoquai-je.
 
Il m'adressa un regard meurtrier et sortit effectivement un couteau tout noir d'un étui à sa taille. Un combat rapproché s'ensuivit, et malgré les nombreuses esquives et parades que je dus faire pour éviter la redoutable lame, je n'eus aucune difficulté à l'emporter. Il était visiblement plus doué à tuer qu'à se battre. Je le désarmai et le pris par le col, allant le plaquer violemment contre le mur. Je levai mon arme, prête à frapper, mais je me sentis décoller. Je me stabilisai sans problème dans les airs et atterris en douceur un peu plus loin, cherchant qui avait fait ça. J'eus un moment d'arrêt en voyant l'équipe d'Aurors avec laquelle j'étais, dont faisaient partis les Maraudeurs. Je sentis mon c½ur au ralenti en voyant James, Sirius, Maugrey, Lyall et surtout... Remus. La prudence aurait dû me pousser à fuir, mais ma proie n'était qu'à quelques mètres... le désir de le voir mort était bien plus fort que la prudence. Après tout, je lui avais dit qui j'étais, il savait que je voulais le tuer, je ne pouvais plus le laisser partir. Il devait mourir... ici et maintenant.
 
-          Mettez vos mains en évidence ! ordonna Maugrey.
 
Ils étaient une dizaine à pointer leur baguette sur moi. Heureusement que j'étais assez loin pour que Remus ne me reconnaisse pas à l'odeur. Je levai doucement mes mains, réfléchissant à un moyen de m'en sortir. Lorsque ma main gauche fut au niveau de ma baguette rangée à ma taille, je la sortis d'un geste vif, faisant fuser mon poignard sur ma cible. Immédiatement, les Aurors lancèrent des sorts, mais je fis apparaître un bouclier. Je ne devais pas me servir de la magie sans ma baguette pour ne pas éveiller de soupçons. Je sortis une fiole de sous ma cape tout en continuant à tenir les Aurors à distance et la fis rouler vers eux. Il y eut une détonation, et une épaisse fumée asphyxiante emplit la ruelle, les séparant de ma victime. Protégée par mon masque, je me ruai sur le cadavre et transplanai avec. Je le déposai dans ma planque, et après m'être assurée qu'il était bien mort, je repartis aussitôt en laissant mon couteau et tout objet qui pourrait me compromettre.
 
Je me matérialisai à quelques rues voisines, ma tenue d'assassin m'abandonnant aussitôt. Je remontai tranquillement l'avenue principale, satisfaite. Je n'avais pas prévu de tuer David dans de telles conditions... mais ça me convenait du moment que ma lame l'avait transpercé. J'avais atteint ma cible... et honoré ma promesse auprès des familles des victimes. Black Blade était mort.
 

| . . . |

 
-          PRUE ! Où étais-tu ? s'emporta Sirius en me voyant près du bar où nous étions avant mon départ.
-          C'est plutôt à moi de poser cette question ! fis-je remarquer. Je reviens au bar et plus personne ! Merci de prévenir !
-          Bon sang, tout le monde te cherche ! Il y a eu un meurtre ! Sous nos yeux !
-          ...Quoi ? Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-          Une fille a rameuté tout le monde parce que deux personnes se battaient au couteau et Remus a entendu le mouvement de panique. Quand nous sommes arrivés, il y avait une personne totalement vêtue de noire encapuchonnée et...
 
Je me sentis retournée violemment et des mains plongèrent sous ma cape, me fouillant le corps à la recherche, je le savais, du poignard.
 
-          Je peux savoir à quoi vous jouez Alastor ? demandai-je agacée.
-          Déformation professionnelle... dit-il.
 
Je le fusillai du regard.
 
-         Vous en train de m'accuser de ce meurtre uniquement parce que je n'étais pas avec vous ?!
-          Je suis en train de te soupçonner parce que l'une des personnes qui se battaient était David Amilton et que c'est lui qui est mort... curieux non ? Tu es partie sans raison quelques minutes avant le meurtre, tu as le mobile, et il me semble que tu apprécies les couteaux...
-         Vous me croyez vraiment capable de meurtre ?
 
Il ne répondit pas, me soumettant à son examen avec son ½il magique.
 
-          C'est bien toi qui as dit être une louve, non ?
 
Je ricanai.
 
-          Vous n'avez plus qu'à trouver preuve ou témoin pour m'arrêter. Vous savez, il parait que l'instinct ne suffit pas.
-          Ne joue pas à ça avec moi Hunt !
 
Je ricanai, préférant partir avant que mon orgueil me coûte une nouvelle mise à pied. Je ne voulais pas que cette journée soit entachée d'une mauvaise surprise. J'entendis quelqu'un me rattraper, et je n'eus pas besoin de tourner la tête pour savoir que c'était Remus.
 
-          Qu'est-ce qui te prend de lui parler comme ça ?!
-          Il vient de me suspecter de meurtre Remus... tu peux comprendre que je sois vexée.
-          Ce n'est pas une raison ! Prue, tu dérapes souvent ces derniers temps, qu'est-ce qui t'arrive ?
-          Rien.
-          Tu sembles oublier qu'il est inutile de me mentir.
 
Je m'arrêtai en soupirant, agacée. Remus me planta du regard en croisant ses bras, attendant que je veuille bien lui répondre.
 
-          Je veux devenir Auror. Je veux le devenir au plus vite.
-          Tu es déjà en très bonne voie, tu  n'as pas besoin de t'acharner sur les criminels.
 
Je ricanai.
 
-          Le temps presse Remus. Un violent orage se prépare... et je veux être prête quand il éclatera. La petite averse qu'on a eue n'était qu'un faible aperçu des trombes qui nous attendent.
 
Il fronça les sourcils, comprenant que je faisais allusion à l'attaque des Mangemorts, mais il n'eut pas le temps de creuser davantage le sujet : les journalistes nous avaient repérés.
 
-          Agent Hunt ! David Amilton a trouvé la mort il y a quelques minutes dans un duel avec une autre personne non identifiée... que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
-          Rien, comme d'habitude, dis-je sans en reprenant ma route en faisant signe à Remus de me suivre.
-          Agent Hunt ! tenta un autre en me suivant. Quelle est votre réaction ? Amilton était votre suspect dans une nouvelle affaire de Black Blade avant que l'enquête ne vous soit retirée.
 
Cette piqûre de rappel me fit serrer la mâchoire. Oui, j'avais échoué en tant que flic. Et c'est ainsi que les médias devaient me voir : en situation d'échec. Pas en tant que tueuse ravie d'avoir atteint sa cible. Je m'arrêtai pour faire face aux  journalistes.
 
-          Ecoutez, c'est vrai qu'Amilton était mon suspect récemment... mais je n'ai pas réussi à prouver sa culpabilité. Ni moi ni mes collègues. Aujourd'hui il est mort, et je ne peux pas vous dire que je suis satisfaite. Je regrette que mon échec ait poussé quelqu'un d'autre à commettre un meurtre pour le faire payer.
-          Vous pensez que sa remise en liberté est le mobile du tueur ?
-          J'en suis persuadée. Amilton était un homme très solitaire qui ne voyait que peu de monde... je doute qu'il ait eu des ennemis... jusqu'à ce qu'il m'échappe et que les médias s'occupent de répandre la nouvelle...
-          Vous allez prendre en charge l'enquête ?
-          Ce n'est pas moi qui gère les équipes, mais après m'être fait retirer l'enquête de son vivant, je doute que je prenne celle de sa mort. Mais quelle que soit l'équipe, l'assassin sera activement recherché.
 
J'écartai les journalistes qui s'étaient regroupés et repris mon chemin malgré leurs appels et leurs questions. N'ayant pas envie de jouer la comédie plus longtemps, je transplanai au QG des Aurors. Maugrey informait le restant de l'équipe, plaçant le tueur dans la liste des priorités. Il fallait racheter l'honneur des Aurors après cet échec monumental. Une équipe entière n'avait pas réussi à empêcher un meurtre malgré le surnombre... ça allait faire des vagues. Remus arriva à son tour à mes côtés, pestant contre Skeeter.
 
-          Prue, pour tout à l'heure, commença Alastor en venant vers moi.
-          Je suis désolée, coupai-je. Je me suis emportée.
 
Maugrey grommela.
 
-          Je passe pour cette fois. Mais c'est la dernière.
 
Il me tendit sa grosse main et je la saisis sans me faire prier. Ce n'était pas le moment de me mettre le chef des Aurors à dos. Il allait retourner au travail, mais je le retins.
 
-          Au fait, champagne ce soir... Il faut fêter la fin de Black Blade.
 
Remus me regarda avec un sourire à la fois amusé et désespéré.
 
-          Tu ne bosseras pas sur sa mort toi ! s'exclama Sirius.
-           Je préfère me concentrer sur « les vraies victimes », dis-je avec un clin d'½il en référence aux paroles qu'Amilton avait eu.
 

| . . . |

 
Je profitai d'une pause dans l'après-midi pour retourner à ma planque. Je souris en voyant le corps de Black Blade étendu dans son sang. Je pris mon couteau au passage et m'accroupis près du corps.
 
-          Je t'avais bien dit que personne ne m'échappe...
 
Je passai ma main gantée sur ses yeux pour les clore, puis j'entrepris une tâche un peu gore, à savoir lui arracher le c½ur. Après quoi, je me débarrassai du corps et me rendis au cimetière où était enterrée sa s½ur. Je ne mis pas longtemps à trouver la tombe de Kayla. Une fois devant, je fis remonter son cercueil à la surface et l'ouvris, faisant la macabre rencontre de Kayla. Son corps était parfaitement conservé. En fait, sans sa pâleur cadavérique, on aurait pu croire qu'elle dormait. C'était l'avantage d'être sorcier... la mort ne transformait pas notre corps en poussière. Je m'accroupis auprès d'elle et soulevai ses mains jointes pour y glisser le c½ur de David, complétant le récit de Black Blade. Après tout, c'est bien à ça que se résume un suicide : un acte désespéré qui consiste à fuir la dureté des épreuves de la vie en emportant avec soi le c½ur des personnes qui vous aiment.
Le cercueil retourna dans la terre, mettant un point final à l'histoire de Black Blade.
 

| Pendant ce temps... - Ministère de la Magie – QG des Aurors|

~ Point de vue général ~

 
Lyall Lupin était assis à son bureau, pensif. Il était un peu assommé par les derniers événements. Black Blade venait de se faire tuer... poignardé par une personne habillée exactement comme Tracker. Etait-ce elle ? La tenue était banale... mais cette assurance malgré le surnombre, cette précision lors du meurtre malgré la pression exercée par les Aurors... combien de tueurs étaient capables de gérer une telle situation avec une facilité aussi déconcertante ? Et puis elle avait utilisé une fiole aussi... comme « Kate » lors de la nuit où Sharp avait bien failli piéger Tracker. Sans oublier que Black Blade correspondait tout à fait à son « type de gibier ». Pour lui, il s'agissait de Tracker. Et il avait de plus en plus envie de tenter de réaliser l'idée folle qui lui avait traversé l'esprit à son sujet.
 
Chapitre 16  : La lame de la justice

 
 
Il s'est fait attendre ce chapitre, et j'en suis désolée... j'étais en pleine semaine d'entretien, j'avoue que je n'ai pas eu de temps à consacrer à l'écriture, car j'ai joué mes dernières cartes pour la rentrée...
J'espère que le retour de Tracker vous a plu, laissez vos impressions  :)
Bisous et à bientôt !

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.80.81.223) if someone makes a complaint.

Comments :

  • harry-potter-8-fic

    21/12/2015

    Mais tout le monde commence un peu à s'approcher de la piste de prue...

  • harry-potter-8-fic

    21/12/2015

    C'est bien qu'il soit mort, ça lui apprendra

  • LeMaitreDesLieux

    06/12/2015

    J'avoue que je vais te paraître sadique mais j'attends vraiment le moment où Prue sera sur le point de se faire griller ! ^^ je suis horrible je sais mais elle qui aime jouer avec le feu, ça risque d'être assez intéressant :)

  • Hurricany

    18/08/2015

    Si Lyall commence à se mettre sur l'enquête Tracker, Prue risque d'avoir du soucis à se faire.Encore un super chapitre, avec une histoire finement menée. J'ai beaucoup aimé quand Prue c'est retrouvé cernée entre les aurors et Black Blade.

  • clochinettedu76

    12/08/2015

    Salut !
    Le retour de Tracker ! ca fait du bien de la revoir ! Surtout face à un adversaire comme Black Blade!
    Je me demande bien quelle est l'idée de Lyall ? En tout cas il se rapproche de la vérité on dirait...

  • Dark-Poudlard-92

    11/08/2015

    Tu as vraiment une imagination hors du commun encore bravo pour cette histoire qui est des plus originale d'ailleurs je songe à la relire 😁

  • plumebleuetraduction

    01/08/2015

    Hello!

    Bien sûr que j'aime le retour de Tracker! Il faut bien un peu de meurtres commis, et pas résolus, de temps en temps! ;)

    Ça sera intéressant de voir la BCM enquêter (et surtout ramer!) sur un cas de Tracker. Je me demande si Prue aura un peu de sabotage à faire... ou peut-être Lyall... Mais ça m'étonnerait, avec le Sniper Fantôme comme coupable...! J'espère du moins que Prue ne fera plus partie des suspects, mais ça serait quand même intéressant comme tournure à l'histoire.

    Quant à Lyall, je me demande ce qu'il prépare... J'ai bien hâte de voir, je dois dire que pour une fois, je n'ai pas d'idée bien précise...

    À la prochaine, et ne t'en fais pas pour la publication ;)

    Plume

  • evanalinch-lunalovegood

    27/07/2015

    Pas grave c'est normal. Tes études en priorité. Si ça plait pas aux personnes pas grave.

    Encore il très beau chapitre. Cette phrase de lyal annonce des choses intéressantes pour la suite : Et il avait de plus en plus envie de tenter de réaliser l'idée folle qui lui avait traversé l'esprit à son sujet.

  • MikaWolfeHP

    27/07/2015

    Très bon chapitre!!! Elle a encore réussi son coup et à fuir les aurons, fiou! Sous les yeux des maraudeurs! C'était hyper risqué! Je crois bien que c'est Lyall qui va la démasquer le plus vite! Ou Maugrey, m'enfin, j'me demande bien en tout cas si tu vas respecter les tomes originaux ou si tu vas créer une nouvelle vie à Harry et aux Potter!

  • Selenba

    25/07/2015

    Prue commence à m'inquiéter, j'ai l'impression qu'elle agit de plus en plus impulsivement ce qui risquerait de la mettre en danger. Enfin je ne souhaite pas la fin de Tracker qui pousse les autorités à faire de leur mieux ;) Sinon Noven m'intrigue de plus en plus et ce que Lyall prépare semble être tout aussi intéressant :3 J'attends la suite avec impatience Bisous et merci pour le chapitre!

Report abuse