Chapitre 17 : Une terrible embuscade

« Mon pire cauchemar s'est réalisé... et c'est moi qui l'ai concrétisé... »
 
Chapitre 17 : Une terrible embuscade

 
 
 
| 15 mars 1980 |





 
-                     Hé, le quatuor ! appela Moser.
 
James, Sirius, Remus et moi relevâmes la tête pour savoir de quoi il s'agissait.
 
-                     Un cadavre a été signalé en ville. Au boulot !
 

 
| Impasse des Ténèbres|


 
Revenir ici me rappela des souvenirs pas si lointains que ça. C'est ici que j'avais tué un homme pour récupérer une fortune... Ce même jour où j'avais tenu tête à mon père pour la première fois depuis bien longtemps. L'impasse portait toujours aussi bien son nom, la luminosité du soleil peinant à l'éclairer normalement. Il se dégageait une atmosphère pesante... inquiétante. Tout était calme. Comme la dernière fois, j'enflammai le trottoir de chaque côté pour y voir un peu plus clair. Je vis au loin un corps au sol et on s'en approcha, baguette brandie bien qu'il n'y ait personne. En me rapprochant, je me rendis compte en voyant la cape que la victime était issue de la haute société. Le corps était étendu face contre terre, la capuche rejetée sur la tête. Je m'accroupis à ses côtés, retirant la capuche. Je sursautai en reconnaissant...
 
-                     Abraxas, soufflai-je avec surprise.
-                     Alors qui c'est ? demanda Remus.
 
J'étais tellement choquée par l'identité du mort que je ne répondis pas de suite. Abraxas était un Mangemort de haut rang auprès de mon père... pourquoi était-il venu dans un endroit pareil, seul ? Qui est-ce qui avait bien pu lui prendre sa vie ?
 
-                     Abraxas Malefoy ! finis-je par répondre.
-                     Enfin un meurtre où je n'ai pas envie de retrouver l'assassin ! fut la réponse directe de Sirius.
 
Je ricanai à sa remarque, qui était largement partagée. Aucun des Maraudeurs n'appréciait cet homme arrogant et cruel qui partageait la même passion pour la pureté du sang qu'Orion Black. Sirius ne pouvait pas le voir, pas plus que son fils, Lucius Malefoy. Il savait que tous ces chiens étaient des Mangemorts. Quant à Moser, il avait déjà essayé de faire tomber Abraxas, avant même que l'existence des Mangemorts ne soit révélée au grand jour. Ses propos extrémistes ne dataient pas du début de la guerre, mais sans preuve, il était impossible d'envoyer à Azkaban ces hommes de grande influence. Au Ministère comme ailleurs, ils avaient le bras long. Très long. Le voir sur le sol, raide mort, procurait une douce sensation de justice. Après tout ce temps à rire de nous, la Mort était venue effacer son sourire.
 
Je regardai son dos, à la recherche d'un indice. Ne voyant rien, je retournai son cadavre, l'observant avec attention pour essayer de déterminer la cause de sa mort. Il n'y avait aucune blessure visible... sa tenue était juste sale à cause de la chute... pas d'impact de sortilège, pas de déchirure à cause d'une lame... Je baissai le col qui recouvrait son cou à la recherche d'une trace d'étranglement... toujours rien. De quoi était-il mort ?
 
-                Prue, viens nous aider à sécuriser la zone, demanda Moser. Le légiste n'arrivera pas avant que le périmètre soit établi.
 
J'allais me lever lorsque mon regard s'attarda sur les yeux de la victime... tels que je l'avais toujours connus : bleus glacés. Le voile de la Mort n'avait pas assombri son regard... Je posai ma main sur son coeur... battant ! Surprise et déception m'envahirent. Pendant un instant, j'eus même envie de profiter que tout le monde soit occupé pour achever discrètement cet enfoiré. 
 
-                    Désolée de gâcher ta joie Sirius, mais Abraxas est encore en vie.
-                    Qu'est-ce que tu attends pour l'achever ?
-                    Ne me tente pas ! 
-                     PRUUUE !!!!! hurla Remus.
 
Je me retournai, paniquée par la peur audible dans la voix de Remus. Il se tenait droit au-dessus de moi, visiblement sonné. Je vis ses jambes fléchir, et je me relevai d'un bond pour le retenir dans mes bras. Mes entrailles se nouèrent en sentant un liquide chaud sur mes mains. J'en levai une et m'aperçus avec horreur qu'elle était rouge. Je regardai Remus dans les yeux et sentis mon c½ur se retourner. Il avait ce regard, à la fois surpris et désolé, qui précédait généralement une chute sans fin dans l'obscurité. 
 
-                     Remus... soufflai-je.
 
De multiples détonations claquèrent autour de moi. Je levai les yeux, me rendant compte avec effarement qu'une horde de Mangemorts nous bloquait dans cette ruelle. Le corps de Remus me semblait de plus en plus lourd. Je me reportai sur lui, l'accompagnant au sol pour l'y poser délicatement, incapable d'accorder mon attention à quoi que ce soit d'autre.
 
Je lui lançai des sortilèges de guérison pour stopper l'hémorragie. J'essayais de me concentrer, de garder mon sang-froid pour réfléchir au moyen le plus efficace de le soigner, mais c'était un champ de bataille dans ma tête. Les larmes me vinrent pendant que je lui lançai un nouveau sort. Je sentis une main sur ma joue et levai les yeux sur Remus.
 
-                     Je t'en prie accroche-toi... suppliai-je.
 
Il m'adressa un regard désolé. Je poussai un cri de douleur en sentant sa main glisser avant de retomber lourdement au sol. Non, c'était impossible que ça se termine ainsi ! Il ne pouvait pas mourir ! Je lançai à nouveau des sortilèges, désespérée de voir qu'ils n'avaient aucun effet. Je ne comprenais pas davantage pourquoi les flammes ne venaient pas faire le miracle que j'attendais. J'aimais Remus à en crever, pourquoi est-ce que le feu guérisseur ne se déclenchait pas ? Il fallait que j'agisse vite. Remus avait les yeux écarquillés, comme s'il voyait la Mort lui tendre la main au-dessus de mon épaule. 
 
-           Remus ?! Remus !! hurlai-je.
 
Les flammes bleues arrivèrent enfin, et je le redressai immédiatement pour le coller à mon corps pour tenter de le guérir et de le ramener malgré la douleur que ça me faisait. Je vis par-dessus son épaule les duels qui faisaient rage autour de nous. Moser et Wagner se battaient comme des lions auprès de Sirius et James. Ils ne résisteraient pas longtemps face au surnombre. Il fallait que j'aille les aider rapidement pour inverser la situation, mais je refusais d'abandonner Remus. Si je ne le soignais pas de suite, il risquait de ne pas survivre. Je ne pouvais pas m'y résoudre, même si j'aimais également mes amis.   

Je sentis une emprise autour de mon corps qui étouffa les flammes. Je me relevai contre mon gré, abandonnant Remus au sol. Je me retrouvai nez à nez avec Abraxas... bien vivant. Tout ceci n'était qu'un piège... une terrible embuscade. Une telle haine s'empara de moi lorsque je vis son sourire narquois que mon couteau apparut instantanément dans ma main, prêt à frapper. Mais je fus immobilisée par un courant froid qui me traversa le corps. Je baissai les yeux sur mon ventre, voyant avec surprise sa baguette pointée dessus.
 
-                     Je t'avais dit de te méfier Hunt... Tu aurais dû prendre la menace un peu plus au sérieux. Maintenant, je vais te prouver ce qu'il en coûte de nous défier.
 
J'étais incapable de riposter, complètement paralysée par ce courant qui se propageait en moi. Il enfonça un peu plus sa baguette tout en se rapprochant de mon oreille.
 
-                     Tu ne mourras pas ma chère Hunt... je veux que tu vives avec ça sur la conscience... je veux que tu te réveilles entourée des cadavres des personnes que tu aimes. Ce sera le prix de ton irrespect.
 
Le désespoir m'envahit à l'entente de cette promesse. Comme si la situation n'était pas suffisamment catastrophique, je vis des renforts ennemis arriver. Les Maraudeurs cessèrent de se battre, encerclés et désarmés. Sirius regarda alors dans ma direction, désolé de me voir prise au piège moi aussi. Il savait que les Mangemorts se feraient un réel plaisir de tous nous massacrer. Mon père aura finalement réussi à atteindre ses cibles... malgré ma présence. Je n'avais pas réussi à les protéger comme je me l'étais promis. Mon échec allait leur coûter la vie.

 


J'aurais voulu fermer les yeux lorsqu'un Mangemort s'avança vers Sirius, baguette au niveau de la tête, mais ma paralysie m'obligeait à assister à cette effroyable scène. J'allais assister avec impuissance à la mort de mes collègues et de mes amis. Remus était lui-même peut-être déjà mort, juste à côté de moi, Abraxas ayant interrompu ma tentative de guérison. C'était le pire des châtiments qu'on puisse me faire subir. J'étais en train de vivre mon pire cauchemar. Si j'avais été si longue à m'engager dans ma relation avec Remus... c'était bien par crainte que ce jour arrive. Au plus profond de moi, je craignais que mon père choisisse de me faire payer en s'en prenant aux personnes pour lesquelles je l'avais quitté au moment où je m'y attendais le moins. Mais le pire, c'est que ce n'était pas la vengeance que j'avais imaginée. Loin de là. Aujourd'hui, je payais pour mon orgueil. Je payais d'être une rebelle. Une rebelle qui avait osé tenir tête à deux familles puissantes au travers de mon duel contre Orion Black et Abraxas Malefoy. Enfin... si ça se trouve, ce n'était qu'une excuse pour donner une raison valable à mon père de réaliser le dessein de ses sombres projets. 
 
-                     On dirait bien que le temps est venu de payer pour tes affronts une bonne fois pour toutes... dit le Mangemort une fois à un mètre de Sirius.
 
De pire en pire... je reconnus sans peine la voix d'Orion Black... le père de Sirius. Il n'avait pas ôté son masque, mais je savais que c'était lui. Sirius se contenta de le regarder avec haine, le corps soulevé par une respiration difficile. Lui aussi avait reconnu son père. Ce géniteur qu'il haïssait plus que tout au monde. D'habitude, il aurait trouvé une réplique cinglante pour prouver à son père qu'il était toujours aussi rebelle... Mais la situation était déjà suffisamment dramatique, il était inutile d'envenimer les choses. Nous étions pris au piège... et je ne voyais aucun moyen d'en sortir. Nous serions morts dans moins d'une minute. Ce serait un grand coup donné par mon père pour le pays. 
 
-                     Alors bien sûr, je vais commencer par James. Ton cher frère de c½ur qui a osé t'offrir un toit alors que ta place était chez nous.
-                     Ne le touche pas ! hurla Sirius alors que son père reportait son attention sur James.
 
Je me concentrai de toutes mes forces pour essayer d'user de mes pouvoirs... mais l'emprise sur moi était trop forte. Je n'allais pas réussi à empêcher ça... je n'allais pas réussir à les sauver. Abraxas ne se laissait pas distraire par la vengeance de son ami Orion... il restait concentré sur moi, prenant bien garde à ce que j'observe la scène. 

-                    Allons Sirius... ce n'est que justice après tout. Tout le monde doit payer pour ses actes...
-                     Je rêve du jour où ce sera ton tour ! cracha Sirius.
-                     Tu ne seras plus là pour le voir.
 
J'avais le cerveau au ralenti suite aux paroles d'Orion. Justice ? Il osait appeler ça « Justice » ? Nous ne devions pas avoir la même définition... lui qui n'était que cruauté et sadisme ! Justice... Ce mot résonna en moi comme l'écho de l'espoir. Peut-être était-ce ça qui me sauverait. A ma place, certains prieraient... mais je me contentai d'appeler le miracle à venir satisfaire mon seul désir à cet instant : anéantir ces monstres, parce que c'est tout ce qu'ils méritaient.
 
-                     Quand j'en aurai fini avec vous tous, ce sera au tour de ta sale Sang-de-Bourbe, assura Orion en se rapprochant de James. Il m'a semblé comprendre qu'elle était enceinte... mais tu comprends bien que je ne peux pas laisser un tel bâtard naître.
 
Un torrent de haine m'envahit. Orion n'avait aucune limite. James plia sous la douleur du terrible Doloris. Sirius explosa contre son père, l'insultant de tous les noms. Il voulait sans doute qu'Orion se détourne de James pour s'occuper de son fils. Mais cette fois, et malgré la haine, le père Black ne céda pas. Il savait que le pire châtiment pour son fils était de voir les personnes qu'il aimait souffrir.
 
-                     Une dernière parole Traître à ton sang ? demanda Orion.
-                     Va en enfer, cracha James.
 
Tout espoir me quitta au moment où la baguette d'Orion se pointa à quelques centimètres de la tête de James. Terminé. Ils allaient tous mourir. Et je ne pouvais rien faire contre ça. Pour la première fois depuis longtemps, je redevins cette petite fille prisonnière et impuissante face à la cruauté de son sort. Je ne savais pas quoi faire. J'étais désarmée. Mon appel de détresse n'avait pas été entendu. Mes entrailles se nouèrent davantage à cette pensée. J'eus du mal à respirer... j'avais perdu ma plus belle bataille. Je n'aurais jamais dû rester dans la vie des Maraudeurs... j'aurais dû me contenter de veiller sur eux à distance. A la place... je voyais la baguette d'Orion vibrer légèrement sous la puissance du sort qui se préparait. Il se délectait de faire durer l'attente de la Mort.
 
Des éclats de verre me sortirent de ma torpeur. Une épaisse fumée se forma, plongeant la rue dans un brouillard surnaturel. Orion, Sirius, James, et une bonne partie des Mangemorts disparurent derrière ce voile. L'espoir m'envahit à l'idée que mon appel ait été entendu. Néanmoins, je n'eus pas l'occasion d'en avoir le coeur net, car le courant qui me traversait s'intensifia si violemment que je perdis connaissance.
 

| Jour, heure et lieu indéterminés|

~ Point de vue de Prue ~

 

 


Mon esprit s'était perdu en voyageant trop longtemps hors de ma tête, et lorsqu'il revint enfin, ce fut pour me donner une migraine insupportable. Mes cordes vocales semblèrent se déchirer lorsque je poussai un gémissement, comme si elles n'avaient pas vibré depuis une éternité. J'ouvris lentement les yeux, reprenant peu à peu connaissance. Je reconnus le décor de Sainte Mangouste, mais il me fallut plusieurs secondes pour me souvenir pourquoi j'étais là. L'embuscade me revint en tête, me tordant les entrailles de peur. Remus, James, Sirius, Moser, Wagner... où étaient-ils ? Comment allaient-ils ? Que s'était-il passé ? Je me souvins de James sur le point de se faire tuer avant qu'un brouillard ne s'abatte sur la ruelle. Le miracle s'était-il produit comme je l'avais demandé dans une dernière tentative désespérée ? Ou étais-je réellement l'unique survivante comme m'avait condamné Abraxas ?
 
-                     Prue... murmura une voix à mes côtés.
 
Je tournai la tête, apercevant Sirius sur une chaise. Il était en vie... il avait survécu à son père. Mon coeur fit des bonds de joie. Si Sirius était en vie, c'est que la situation s'était renversée. Il y avait encore un espoir. 
 
-                     Remus... ? soufflai-je avec espoir.
 
Sirius ne répondit pas de suite, la tristesse clairement lisible dans son regard. Un tremblement me parcourut à l'idée qu'il soit mort. Je n'osais y croire. La joie que j'avais ressentie en voyant Sirius retomba aussi sec. Tout ne s'était pas passé comme je l'espérais à en juger par son air désolé.
 
-                     Il est en vie, assura Sirius.
-                     Alors pourquoi tu fais cette tête ?
-                     Il est dans un état instable.
-                     Où il est ? Je veux le voir.
-                  Il est avec des médicomages, tu ne peux pas le voir maintenant. Personne. Il faut attendre.
 
Je déglutis péniblement, les battements de mon c½ur trahissant ma peur.
 
-                     James ?
-                     Il va bien. Il est avec Lily. Le Doloris l'a un peu secoué, mais il s'en remettra rapidement.
-                     Wagner et Moser ?
 
Sirius ne répondit pas de suite, soupirant.
 
-                     Quoi ?
-                  Wagner a été blessé. Rien de grave, il sera vite sur pied. Par contre, ils ont Moser.
 
Une pierre tomba en moi. Moser... notre mentor, le meilleur flic de la BCM... prisonnier des Mangemorts ? Il fallait qu'on le retrouve au plus vite... je ne serais pas étonnée que les Mangemorts projettent de l'exécuter pour envoyer un message aux policiers, et amplifier leur politique de terreur.

-                     Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demandai-je en essayant de retrouver ma lucidité. C'était quoi cette fumée ?
-                     Je l'ignore Prue... mais elle nous a sauvés la vie. On a profité de cette diversion pour sauter sur les Mangemorts. James et moi avons réussi à voler des baguettes, mais nous étions incapables de nous battre. Le brouillard était si épais qu'il nous était impossible de déterminer si les silhouettes étaient celles de nos ennemis ou non. Quand le brouillard s'est dissipé... il y avait des cadavres de Mangemorts tout autour de nous. Beaucoup avaient la gorge tranchée... d'autre le c½ur transpercé... et Moser n'était plus là.
 
Je sentis une décharge me parcourir lentement les nerfs à l'écoute de son récit. Je me souvins avoir entendu du verre se briser avant qu'une fumée se propage. Je n'avais aucun mal à imaginer une fiole à l'origine de ce « brouillard ». J'avais moi-même recours à cette technique de diversion... une technique que j'avais enseignée à mes loups. Et selon Sirius, leurs sauveurs avaient utilisé des couteaux... ça ne pouvait pas être une coïncidence : mon clan avait entendu mon appel de détresse. Ils étaient venus, comme je l'avais espéré, et ils étaient intervenus pour empêcher le drame, sans que je leur demande quoi que ce soit, sans même savoir où était leur Maître, ni pourquoi je les avais appelés. Ils avaient agi selon les valeurs que je leur avais dictées. Ils avaient « rétabli l'équilibre » en s'en prenant aux Mangemorts, parce que ces monstres n'avaient aucune raison recevable de tuer des policiers. Mes loups avaient défendu la justice comme je leur avais inculquée : en tuant des criminels. J'eus une bouffée de gratitude pour eux. Sans leur intervention, j'aurais perdu de nombreux êtres chers. 
 
-                     C'est très étrange en effet... soufflai-je. Vous avez identifié les Mangemorts tués ? demandai-je, tant pour changer de sujet que me remonter le moral.
-                  Aucun de connu... malheureusement. Abraxas et mon père ont dû transplaner quand ils ont vu que la situation échappait à leur contrôle. Tu penses, lâches comme ils sont, ils n'allaient pas prendre le moindre risque. 
 
Abraxas... rien que d'entendre son nom me donnait une furieuse envie de meurtre. Je voulais qu'il paie pour ce qu'il avait fait. Si cette embuscade n'était qu'une vengeance à mon égard, il allait vite se rendre compte que dans ce domaine, je pouvais être bien plus cruelle que lui. Il allait payer le prix fort. Que Remus survive ou non, Abraxas avait signé son arrêt de mort. J'enverrai un message clair aux Mangemorts... et plus particulièrement à mon père.
 
-                     Repose-toi, tu es encore faible, me dit Sirius en se levant. Je te préviendrai quand tu pourras voir Remus.
 
 
Mon esprit gambergea pendant au moins une heure. L'anxiété augmentait à chaque minute sans nouvelle. L'attente était insupportable. Je revis le regard de Remus alors que je sentais son sang couler sur mes mains... son corps se relâcher dans mes bras. L'idée de le perdre me hantait... me rongeait de l'intérieur. Je voulais savoir précisément ce qu'il avait. Les suppositions que je faisais pour justifier une telle attente ne faisaient que me torturer davantage. Je n'arrêtais pas de revivre la scène... encore et encore.

 


J'avais beau essayer de me concentrer sur autre chose, j'étais obnubilée par ce moment tragique. J'en voulais atrocement à Remus de s'être interposé. Déjà, parce que j'aurais pu y survivre sans problème, contrairement à lui. Ensuite, et surtout, parce que c'est moi qui aurais dû prendre ce sort. Il m'était destiné, parce que c'est moi et moi seule qui m'était attirée les foudres de Malefoy et de Black en les provoquant.

 


Je fermai les yeux en y repensant. J'avais été stupide de leur tenir tête. Moi qui les connaissais par c½ur, je m'étais laissée emporter par orgueil alors que je savais leur caractère. Je les avais humiliés en public, incapable de me contrôler... incapable de me rendre compte des conséquences. Devenir la cible de ces fous ne me faisait pas peur... j'étais Tracker, j'avais fait face à des monstres plus tordus qu'eux. Mais le meilleur moyen de détruire est de s'en prendre au c½ur. Et ça, être Tracker n'offrait pas l'invincibilité aux personnes que j'aimais. Je ne pouvais pas veiller sur tous. Je ne pouvais pas être partout. A moins que...

 


La porte s'ouvrit, me sortant de ma réflexion. Mon espoir d'avoir des nouvelles de Remus retomba lorsque je vis Jack et Diego entrer. J'étais contente de les voir, mais j'avoue que l'impatience devenait de plus en plus pressante. Je ne tenais plus en place. J'étais de plus en plus tentée de me lever, même par magie, pour quitter cette pièce et aller auprès de Remus.
 
-                     Comment tu te sens ma belle ? demanda Jack avec douceur en se rapprochant de mon lit.
 
Je haussai les épaules. Terriblement mal. Coupable. Blessée. Les mots ne manquaient pas pour exprimer ce que je ressentais, mais aucun n'était assez fort pour le décrire. J'avais l'impression qu'une lame était discrètement plantée dans mon ventre, et se retournait de temps en temps, histoire de me rappeler qu'elle était toujours bien là.
 
-                     Je suis partagée entre chagrin et haine. D'un côté j'aimerais pleurer l'homme que je suis peut-être en train de perdre... d'un autre j'ai envie de massacrer mes ennemis en sauvant Moser.
 
Ils s'assirent chacun d'un côté du lit, m'observant avec inquiétude.
 
-                       Tu sais qui a fait ça ? me demanda Jack.
-              Abraxas... accompagné d'une bande de Mangemorts. J'ai reconnu la voix d'Orion parmi eux. Sans surprise, ils sont toujours fourrés ensemble ces deux-là.
 
La nouvelle provoqua un silence assez lourd.
 
-                     Jusqu'à maintenant, je n'avais pas vraiment pris part à cette guerre, repris-je à voix basse. J'étais partie du principe que ce n'était pas à moi de décider de l'avenir de l'Angleterre... que je devais rester « neutre », comme l'imposait mon statut de maître-assassin... mais les choses vont changer. Même si je ne pense pas que mon père ait ordonné cette embuscade car ce n'était qu'une vengeance à mon égard... il l'a autorisée. Il l'a autorisée alors qu'il sait à quel point je tiens aux Maraudeurs. C'est une déclaration de guerre, et je compte bien riposter.
 
Jack acquiesça lentement.
 
-                     Ce n'était qu'une question de temps avant que ça arrive, fit-il remarquer.
-                     Je sais. Mon père et moi sommes destinés à nous entretuer. J'espère que tu as définitivement quitté les rangs de mon père, dis-je à l'adresse de Diego.
 
Il m'adressa un faible sourire en me prenant la main.
 
-                  Je suis de ton côté. Mais pourquoi dis-tu que c'était une vengeance ?
-                  J'ai croisé par hasard Orion et Abraxas il y a quelques temps en ville... ils m'ont provoquée verbalement... je leur ai tenu tête. Et quand ils ont menacé les personnes que j'aimais, on s'est battus. Je leur ai mis une branlée en public... l'humiliation par excellence. Surtout qu'ils ne savent pas que je suis Tracker... pour eux, ils se sont fait battre par une jeunette.
 
Je me tus en entendant quelqu'un toquer à la porte. Sirius entra et m'informa que Remus avait été ramené dans la chambre.  
 
-                     Alors... il va mieux ? demandai-je.
-                     ...Non. Il... il a reçu un sort de magie noire d'une grande puissance.
-                     ...C'est-à-dire ?
-                     Il y a quelque chose dans son corps. Quelque chose d'incontrôlable qui agit de l'intérieur.
 
"Quelque chose qui le tue"... Sirius n'osait pas le dire, lui-même n'y croyant pas, mais je savais que c'est exactement ce qu'il se passait. Les sortilèges ne magie noire étaient les plus vicieux... les plus destructeurs.
 
-                     Combien de temps... ? parvins-je à articuler.
-                     Cinq heures, dit-il la voix éraillée.
 
Et là, c'est comme si mon monde s'effondrait. Comme si mon corps se vidait de toutes ses forces. Comme si le goût que j'avais trouvé à la vie devenait amer. Remus. Mon ange... condamné à mort.

 


Je me levai péniblement, comme dans un état second. Sirius me prit dans ses bras, effondré lui aussi à l'idée de perdre l'un de ses frères. Il ne pouvait pas nous arriver pire. 
 
-                     Je vais le voir, murmurai-je au bout d'un petit moment.
 
Diego et Jack m'adressèrent un regard encourageant, mais je n'étais plus capable de ressentir quoi que ce soit d'autre que cette immense douleur qui me lancinait le corps. Dans le couloir, je me rendis compte que de nombreux policiers et Aurors s'étaient déplacés pour prendre de nos nouvelles. Une telle embuscade avait dû provoquer un raz-de-marée au Ministère. Aaron et Lyall étaient présents bien sûr, inquiets pour leur fils. Maugrey était là... même Sharp. Tous avaient la mine sombre. 
 
-                     Content de te voir debout Hunt, lança Maugrey en m'arrêtant de sa main sur mon épaule.
-                     Abraxas Malefoy... Orion Black... soufflai-je. Ces deux-là faisaient parties de l'embuscade. Ce sont des Mangemorts.
 
Je regardai Sharp, dont le visage se ferma à l'entente de mes paroles. Abraxas et Orion étaient influents au Ministère... c'était outrageux pour lui qu'ils soient des Mangemorts. Un véritable scandale.
 
-                Faites ce qu'il faut, ordonnai-je à Sharp. Parce que si je les aperçois au Ministère en train de se pavaner librement et de nous narguer... je peux vous assurer qu'aucune sanction ne me dissuadera de rendre justice.
-                     La justice est la même pour tous, assura Sharp. Fudge lui-même ne pourrait s'y soustraire.
-                     Dans un monde parfait, oui. Pas dans le nôtre, renvoyai-je sèchement.
 
Je leur passai devant, n'ayant pas envie de m'attarder davantage sur un sujet qui pouvait attendre. Si les heures de Remus étaient comptées, je voulais passer chaque seconde restante à ses côtés. 

 


Lorsque j'entrai dans la chambre, je crus qu'une épée toute entière se plantait dans ma poitrine. Le Doloris n'était rien en comparaison avec cette foudre qui me frappait le c½ur, répandant en moi une décharge si violente qu'aucun de mes nerfs n'était épargné. C'était tout simplement insupportable. La porte se verrouilla derrière moi, sans même que ça m'effleure l'esprit. Je tombai à genoux, plaquant une main contre ma bouche pour étouffer un sanglot.
Les dégâts du maléfice avaient affreusement transformé l'apparence de Remus. Tout son corps était crispé à l'extrême, à tel point qu'il était cambré sur son lit, maintenu dans cette position par une force invisible. Toutes ses veines ressortaient, noires, énormes. Un faible râle s'échappait régulièrement de sa bouche ouverte. Et ses yeux... ses yeux habituellement magnifiques étaient exorbités, injectés de sang, fixant le plafond avec terreur, comme si la Mort elle-même était penchée au-dessus de lui. Cette vision impressionnante laissait deviner l'ampleur de la force obscure qui le tuait intérieurement. Une vision qui me tua presque moi aussi. J'étais complètement abasourdie. Je ne comprenais pas ce qu'il s'était passé. Comment avait-on pu en arriver là ? Lui, allongé sur son lit de mort ; moi, le regardant avec impuissance. Ce n'était pas possible qu'il meurt. Je refusais d'envisager que cela arrive. Je ne pouvais pas le laisser partir. Il ne pouvait pas m'abandonner. Et moi non plus. La mort n'avait pas le droit de nous séparer. Pas déjà.
 
Je m'agrippai aux rebords du lit pour me redresser, vidée de mes forces. J'étais choquée de le voir dans cet état... il était en train de mourir comme un chien. Sa respiration difficile m'était insupportable à écouter. Je lui caressai le visage en lui murmurant des mots doux, mais il n'avait aucune réaction. J'avais l'impression qu'il était déjà mort.

Remus. L'homme qui m'avait rendu une part d'humanité, qui m'avait redonné le sourire et la joie de vivre. L'homme avec lequel j'aurais tant aimé construire un avenir en commun. J'avais caressé l'espoir de réaliser des projets avec lui. J'avais toujours imaginé mon avenir à ses côtés, avec les Maraudeurs, Diego, Jack... mon clan, Moser et Wagner, les As des Aurors, mon père et ses Mangemorts... j'avais imaginé de nouvelles rencontres, de nouveaux ennemis, mais jamais, jamais je n'avais pu concevoir que mon avenir se passerait de lui. Ca me semblait dénué de sens. Malgré la guerre et la menace qui pesait sur lui et ses frères de c½ur, j'étais toujours partie du principe que j'arriverais à les protéger... mais Jack avait raison. Etre le meilleur assassin ne mettait pas les personnes que l'on aime à l'abri. Il avait perdu la femme qu'il aimait... et j'étais en train de perdre l'homme que j'aimais. J'étais incapable de penser à autre chose. Ma haine contre mes ennemis s'était envolée. Mon désir de vengeance aussi. Seuls le chagrin et la douleur m'habitaient à cet instant. Rien d'autre. 
 
Je pris Remus dans mes bras, craquant à nouveau en sentant la froideur de son corps. C'était tout bonnement horrible de ressentir ça... de savoir qu'il allait mourir, et que je ne pouvais rien faire contre ça. Notre histoire avait été trop courte. Il ne méritait pas de finir ainsi. C'est moi qui devrais me retrouver étendue sur ce lit de mort.
Un courant me traversa l'esprit à cette pensée, arrêtant mes pleurs. Exactement... si une personne devait mourir... c'était moi. Pas lui.
J'avais trop perdu d'êtres chers par le passé, j'avais trop souvent assisté avec impuissance à la mort des personnes que j'aimais. Cette fois ce serait différent. Je ne voulais plus être celle qui survivait. Mon amour était là... étendu, à la proie du Mal. Il fallait que je le sauve.
« Prue ? »

 


Le fantôme de Jeff était à mes côtés... mais j'étais incapable de me détourner de Remus. Je caressai son front glacé avec douceur, plongeant mon regard dans le sien, figé de terreur. Ce n'était même pas la peine que j'essaie de faire naître la moindre flamme pour le guérir. Je savais que je n'avais pas la puissance nécessaire pour cela. Il était dans un état déjà trop critique. Peut-être que si Malefoy ne m'avait pas interrompue dans la ruelle, j'aurais réussi à empêcher le maléfice de se répandre. Mais voilà des heures que cette chose était en lui... il était trop tard désormais. Mon pouvoir n'était pas suffisant pour le ramener. J'allais devoir employer une autre méthode. Une méthode bien plus radicale. Je savais qu'il m'en voudrait le restant de ses jours si je ne réussissais pas totalement... pour l'avoir abandonné, pour avoir échangé nos places alors qu'il n'aurait voulu pour rien au monde que cela arrive. Mais à cet instant, c'était moi qui tenais les cartes en main, et lui qui était inconscient. Il s'était interposé pour prendre le sortilège à ma place, mais je refusais son sacrifice.
« Qu'est-ce que tu vas faire ? »
 
-                     Ce que je sais faire de mieux après le meurtre, soufflai-je à mon ami défunt.
 
Sans plus réfléchir, je me penchai lentement vers Remus en posant une main sur son c½ur. Un filet de fumée noire sortit de sa bouche quelques secondes plus tard, et j'entrouvris la mienne pour la laisser entrer. Elle s'intensifia au fur et à mesure qu'elle s'échappait du corps de Remus pour s'infiltrer dans le mien. Je sentais son courant glacé me parcourir les veines... j'avais l'impression qu'un voile se posait sur mes organes. C'était terrible comme sensation. Cette fumée, j'avais l'impression que c'était un esprit maléfique plein de vie, prêt à répandre la mort dans tout mon être. Mes forces m'abandonnaient au rythme de ce courant infernal. Mes nerfs s'électrisaient. Mes muscles se raidissaient. Mes yeux me brûlaient, alors je les fermai, restant concentrée sur un seul objectif : faire de mon corps le nouvel hôte de ce maléfice.
 

~ Point de vue de Diego ~

 
J'attendais dans le couloir, nerveux et impatient. Même si ce Lupin m'avait volé la femme de ma vie, je ne pouvais pas espérer sa mort... car je savais combien Prue y était attachée. La perte serait terrible. J'avais bien vu son visage perdre tout son éclat lorsque Sirius lui avait annoncé la nouvelle. Si Lupin mourrait, une grande part d'elle mourrait aussi. Chagrin et haine la consumeraient de l'intérieur, jusqu'à ce qu'elle ait accompli sa vengeance. Et après, qui sait ce qu'elle deviendrait ?  Je n'osais imaginer ce qu'elle devait ressentir à cet instant. Je trouvais la vie bien cruelle avec elle. Pourquoi fallait-il qu'elle perde toutes les personnes auxquelles elle tenait ? C'était tellement injuste. Comment pourrais-je la sortir de ce trou noir ? Elle risquait de demeurer inconsolable après ça. Elle avait tant souffert, je craignais cette fois qu'elle atteigne un point de non retour. Aujourd'hui, le pire était arrivé : l'homme qui avait changé Tracker à jamais était sur le point de mourir. Et je savais qu'une fois que ce sera fait... Prue ne sera jamais plus la même. Malgré la puissance de notre lien... mon soutien ne suffira pas. Ni celui de Jack. Ni aucun autre d'ailleurs.
 
-                     Je vais la rejoindre, murmura celui qui semblait être le père de Remus.
 
Je lançai un coup d'½il à Jack, qui avait un air triste, comme tout le monde d'ailleurs. J'eus un mauvais pressentiment en voyant que la porte ne s'ouvrait pas.
 
-                     Verrouillée... ! s'étonna Lyall.
 
La crainte s'empara de moi. Je sortis ma baguette et ouvris la porte, faisant irruption dans la pièce. Je laissai échapper un cri de surprise en découvrant Prue, étendue à côté de Remus. Je me précipitai sur elle, paniqué de voir son regard figé. Ses yeux et sa bouche étaient grands ouverts, et son corps extrêmement tendu. Etait-elle morte ? Je pris son pouls avec fébrilité et fus quelque peu rassuré de le sentir, faible mais encore régulier.
 
-                     Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! s'affola Jack.
-                     Elle a échangé les places, souffla Lyall avec effarement en regardant son fils.
-                     Quoi ? Comment est-ce possible ?! m'emportai-je.
-                     Je l'ignore. Mais Remus n'est plus crispé comme tout à l'heure...
 
Je regardai Prue avec stupéfaction. Comment avait-elle pu faire une chose pareille ?! Je sortis de la chambre en courant, alertant les médicomages.
 

| . . . |


 

Je n'avais pas les mots assez forts pour décrire ce que je ressentais. Remus avait été déplacé dans une autre chambre, prêt à se réveiller d'ici quelques heures. Il était guéri. A sa place, Prue était étendue, rongée de l'intérieur par le même maléfice. Lyall avait vu juste : elle avait transféré les effets du sort sur elle. Pour sauver la vie à Remus, elle avait donné la sienne. Et maintenant, c'est à elle qui ne restait plus que quelques heures à vivre.

 


Cela faisait un peu plus de deux heures que les médicomages étaient avec elle. Prue avait prouvé que le maléfice pouvait passer d'un corps à un autre, alors ils essayaient de sortir cette chose de son corps, sans avoir à condamner une autre vie. Depuis, j'étais dans l'attente. Cette insupportable attente. Je ne cessais de me poser des questions, je n'arrivais pas à retenir le flot d'émotions qui me submergeait, tous les souvenirs qui remontaient dans ma mémoire. Tout se mélangeait dans mon esprit. Tout était confus. Je ne comprenais pas. Pourquoi avait-elle fait une chose pareille ? Avait-elle pensé à tout ce qu'elle briserait en se sacrifiant ? Elle avait refusé la mort de Remus... mais elle obligeait les personnes qui l'aimaient à accepter la sienne. Je me sentais égoïste de penser cela... mais ce n'est pas elle qui aurait dû se retrouver entre la vie et la mort. Ce n'était pas à elle de partir aujourd'hui. Je m'en voulais terriblement de l'avoir laissée seule. J'aurais dû prévoir qu'elle était prête à tout pour Remus.
 
Je me redressai d'un bond en entendant la porte s'ouvrir. Les médicomages sortirent, un peu dépités.
 
-                     Alors ? demandai-je avec anxiété.
-                   Ca s'annonce mal. Je suis désolé, s'excusa sincèrement le docteur, mais il va falloir vous préparer au pire.
 
Je me laissai tomber sur la chaise, abasourdi... Le c½ur crevé. C'est à ce moment-là que je compris pourquoi Prue avait donné sa vie... parce qu'à cet instant, en apprenant que la femme que j'aimais était en train de mourir, j'étais prêt à tout pour empêcher que ça arrive. J'aurais aimé donner ma vie pour elle. Je tournai la tête vers Jack, qui était tombé à genoux sous la violence du choc émotionnel. Tout le monde autour de nous était effaré. James et Sirius étaient complètement sonnés. Eux non plus ne semblaient pas croire à la tournure du cauchemar. Ils allaient retrouver un frère... mais ils allaient perdre une s½ur. Une fin heureuse n'était pas envisageable... pas cette fois. Pourtant... Prue avait de nombreuses fois trompée la Mort. J'avais même vu son sang revenir dans son corps alors que je la croyais partie pour toujours. Elle avait toujours survécu... le miracle s'était toujours produit... pourquoi pas aujourd'hui ?
 
-                     Vous savez comment elle avait transféré le maléfice ? demandai-je à un médicomage.
 
Il soupira.
 
-                     Miss Hunt a eu recours à des techniques magiques inconnues.
 
Je vis dans mon champ de vision le célèbre procureur changer de position. Des techniques inconnues... cela désignait généralement de la magie noire. Une magie que Prue maitrisait aussi bien que son père. 
 
-          Est-ce que vous connaissez un autre moyen d'obtenir le même résultat ? demandai-je avec espoir.
-                     Si c'était le cas, Miss Hunt serait tirée d'affaire.
-                     Je parle de résultat sur un autre humain.
-                     M...Monsieur... Nous ne pouvons pas condamner une autre personne pour la sauver.
-                     Même si cette personne est parfaitement consentante ?
-                     Diego, arrête, intima Jack. Elle ne voudrait pas que tu fasses ça.
-                     Et moi je ne veux pas qu'elle meurt ! m'écriai-je.
-             La question ne se pose pas, tempéra le docteur. Nous n'avons pas les compétences magiques suffisantes pour reproduire ce que votre amie a fait. Je regrette sincèrement.
-                     Alors il n'y a rien à faire ? m'énervai-je.
 
Le médicomage m'adressa un regard désolé. Je frappai le poing contre le mur, emporté par le chagrin. Jack posa sa main sur mon épaule, les larmes aux yeux.
 
-                     Est-ce qu'on peut au moins aller la voir ? demanda Jack.
-                Pas de suite. L'une des nôtres est encore à l'intérieur, vous pourrez entrer quand elle sera sortie.
-                     Pourquoi elle reste si Prue est perdue ? questionna Sirius.
-              Parce qu'elle est du genre à s'acharner... et elle veut être seule dans ces moments-là. Cette femme est votre dernier espoir.

 
~ Point de vue de Prue ~






 
Un bruit sourd et régulier parvint à mes oreilles. Il semblait si lointain...
Un souffle chaud m'enveloppait le corps... doux et agréable... comme si un voile glissait sur ma peau... comme si des flammes me caressaient. Qu'est-ce qui pouvait donc bien me procurer une telle sensation ? J'ouvris lentement les yeux. La luminosité me frappa un instant si fort que je dus les refermer. La sensation de chaleur s'évanouit instantanément. Un faible bruit de respiration remplaça le battement sourd que j'entendais jusque-là. Je rouvris les yeux, comprenant que je reprenais tout simplement connaissance. Je tournai la tête et fus surprise de voir un visage familier penché au-dessus de moi.
 
-                     Maman ? murmurai-je.
 
Parler me fit mal jusque dans mon ventre. J'avais l'impression d'être déchirée de l'intérieur. Ma vue devint plus claire, et en regardant avec plus d'attention la femme qui était à mes côtés, je me rendis compte que ce n'était pas ma mère. Malgré la ressemblance, j'avais un souvenir très précis du visage de ma mère... et ce n'était pas celui que je voyais. 
 
-                     Vous êtes avec moi Prudence ?
 
Sa voix résonnait un peu dans ma tête. J'étais consciente, mais pas tout à fait de retour. J'avais un l'impression d'être dans un rêve.
 
-                     Prudence ? Serrez ma main si vous m'entendez.
 
Je refermai mes doigts autour de sa main douce. Je ne m'étais pas aperçue de son contact auparavant. Je n'avais pas encore retrouvé toutes mes sensations.
 
-                     Bien. Est-ce que vous me reconnaissez ? Vous savez qui je suis ?
-                     Julie... soufflai-je. Julie Noven.
 
J'étais essoufflée rien que d'avoir prononcé ces quelques mots.
 
-                     Est-ce que vous vous souvenez de ce qu'il s'est passé ?
 
Ce qu'il s'est passé ? Si j'étais à Sainte Mangouste, c'est qu'il m'était arrivé quelque chose... mais quoi déjà ? J'essayai de me souvenir, mais ça ne me revenait pas.
 
-                     Quel est votre dernier souvenir ? demanda Julie face à mon silence.
 
Mon dernier souvenir... ? Je fouillai dans ma mémoire... mes yeux se fermèrent, j'étais fatiguée. Une main me caressa doucement la joue. Je fis l'effort de rouvrir les yeux. Noven me regardait à la fois avec tendresse et inquiétude.
 
-                     Je sais que c'est difficile... mais essayez de vous souvenir.
-                     Ca ne me revient pas, soufflai-je.
-                     Quel est votre nom ?
 
Je la regardai dans les yeux avec surprise. Halliwell. Je m'appelais Prudence Halliwell. Arg, mais ce n'était pas mon identité officielle ça. C'était mon véritable nom bien sûr, mais ce n'est pas comme ça qu'on m'appelait. Comment était-ce déjà ? Blade ? Non... ça c'était le nom que je croyais être le mien. Tracker ! Oui c'est ça, je suis Tracker ! Deux secondes... Tracker, c'est mon identité criminelle. 
 
-                     Hunt, finis-je par répondre. Je m'appelle Prudence Hunt.
-                     Bien. Je vais vous laisser vous reposer, vous en avez grandement besoin. La mémoire sur les derniers événements devrait vous revenir très vite, ne vous inquiétez pas.
 
Elle lâcha ma main en se levant, mais je la retins.
 
-                     Que fait une médicolégiste à Sainte Mangouste ? demandai-je.
 
Elle eut un faible sourire. J'étais fatiguée, mais je n'avais pas encore perdu le nord. 
 
-                     Je n'ai pas toujours travaillé au Ministère. J'étais docteur avant.
-                     Quelle curieuse reconversion.
 
Ma remarque la fit rire.
 
-                     Reposez-vous Prudence. Vos amis ont hâte de vous retrouver.

 

~ Point de vue général ~






 
Noven sortit de la chambre, soulagée. Elle avait réussi à guérir Prudence. Il s'en était fallu de peu. 
 
-                     Julie ? s'étonna Lyall. Qu'est-ce que tu fais là ?
-                     Je n'ai pas oublié mon ancien métier, répondit-elle avec un sourire.
 
L'attention se tourna sur elle. Elle croisa le regard de Jack, qui fut surpris de la voir. Il n'était pas le seul d'ailleurs.
 
-                     Vous avez réussi ? demanda Diego.
-                    Oui, soyez sans crainte. Elle vient de reprendre connaissance. Elle est très faible, elle a besoin de repos.
 
L'atmosphère lourde jusqu'à maintenant sembla se détendre d'un seul coup. Alors c'était fini ? Ce cauchemar dont les médecins avaient assuré qu'il se terminerait mal avait finalement une bonne fin ? La nouvelle était aussi inattendue qu'inespérée. Il fallait toujours que Prue défie la médecine. 

 


Noven laissa tous ces braves gens se prendre dans les bras, rassurés. Elle sentit une douce emprise sur son poignet qui la retint. Son c½ur rata un battement en voyant qu'il s'agissait de Jack.
 
-                     Merci... de l'avoir sauvée.
 
Elle acquiesça avec un faible sourire. Cet homme semblait chamboulé par les événements... il devait beaucoup tenir à Prudence.
 
-                       Vous êtes de la famille ? demanda Noven.
-                     Son père d'adoption si je puis dire. Et vous ? Je ne connaitrais pas l'histoire de Prue, j'avoue que j'aurais juré qu'il y avait un lien de parenté entre vous.
 
Noven rit doucement en baissant les yeux sur la main de Jack, toujours autour de son poignet.
 
-                     Vous n'êtes pas le premier à me faire la remarque. Je m'appelle Julie Noven. J'ai rencontré Prudence il y a quelques mois sur une scène de crime.
 
Jack hocha la tête, confus. Il libéra le bras de celle qui avait sauvé « sa fille ». Etait-ce de la déception qu'il ressentait ? Ou tout simplement de la stupidité face à ses faux espoirs ? Il sourit faiblement en regardant à nouveau Noven dans les yeux.
 
-                       Comment avez-vous fait pour la sauver alors que tout le monde la disait perdue ?
-                     Personne n'est perdu tant que le c½ur n'a pas cessé de battre pendant plusieurs minutes.
 
Noven prit congés sur ces paroles, laissant un Jack plus que troublé.
 
-                     Je me sens revivre, avoua Jack au bout de quelques secondes.
 
Diego le crut sur parole... car jamais encore il n'avait vu son mentor criminel ôter son masque d'impassibilité en l'absence de Prue. Et pourtant, ce grand tueur était tombé à genoux à l'idée de perdre celle qu'il considérait comme sa propre fille. Diego aussi était soulagé. La peur était passée. D'ici quelques jours, Prue serait sur pieds... avec deux seules envies : sauver Moser et se venger.
 



Chapitre 17 : Une terrible embuscade

 
Et voilà pour cette "terrible embuscade" ! Votre avis après cette petite attaque surprise des Mangemorts ?
Par ailleurs, certains d'entre vous se posaient des questions sur Julie Noven... j'espère que ce chapitre va les multiplier  
 
Il vous faudra patienter pour avoir le prochain chapitre, car je serai absente les prochains jours. Reprise mi-septembre. Je vous souhaite bon courage pour la reprise. A bientôt 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • harry-potter-8-fic

    22/12/2015

    Eh ben elle est pas passée loin de la mort encore une fois, heureusement qu'elle s'en est encore sortie, c'est une battante.

  • Harry-Potter-generationx

    11/09/2015

    Hello !

    Ca faisait longtemps ! Je profite d'un petit temps libre pour te laisser un petit commentaire sur mes impressions des derniers chapitres.

    Franchement, ton histoire devient de plus en plus interressante chaque semaine et je t'avoue que j'attends toujours les prochains chapitres avec impatience.
    L'intrigue s'accélère et on rentre petit à petit dans la partie la plus interressante ! La guerre entre Prue et son père !
    CA VA CHIER DES BULLES quand elle sortira de l'hôpital xD
    j'ai vraiment hâte de lire tout ça !

    Par contre je ne comprends pas certains trucs :
    - la fumée qui est apparu quand les mangemorts allaient tuer James et Sirius, je suppose que c'est la "meute" de Prue qui l'a lancé pour les sauver, mais comment savaient-ils que Prue était en danger ? Ils sont liés par une sorte de lien ou quelque chose dans le genre ?
    - Pourquoi Jack est perturber par Julie Novell ? A cause de sa ressemblance avec Prue ? Elle lui fait penser a son amour disparue ? (Ca fait très comédie dramatique la x) )

    Breeeeeef !!! Vraiment impatiente pour la suite !

    Bis

    Camillee

  • aSupernaturalLife

    05/09/2015

    Coucou !

    J'ai -enfin- rattrapé mon retard et j'ai dévoré ces nouveaux chapitres. Franchement. Je sais même pas par où commencer.

    L'histoire de Black Blade était très bien trouvée. Prue a fait le parallèle avec elle-même, à savoir : arrivera-t-elle à s'arrêter quand vengeance sera faite ? Je suis d'avis que oui, mais... on ne sait jamais. Après, ses critères étant assez spéciaux... ça pourrait aider qu'elle ne s'arrête pas. Mais bon.

    Cette Julie m'intrigue beaucoup ! Comme tout le monde j'imagine... j'ai l'impression (peut-être que c'est n'importe quoi) que Jack sortait avec la mère de Prue. Que c'est elle la femme qu'il a perdu. C'est son "moment" avec Julie qui me fait penser ça. Il avait l'air de la connaître, mais ce n'était pas réciproque. Mais j'ai tellement envie de savoir pourquoi elle ressemble à la mère de Prue...

    Vivement la suite, vraiment. J'attends avec impatience une nouvelle confrontation entre Prue et son père, mais j'imagine que ce n'est pas pour tout de suite... comme elle l'a dit, même s'il n'a rien fait pour arrêter l'attaque contre elle et les Maraudeurs, il ne l'a pas ordonné... ce n'est peut-être pas à lui qu'elle veut s'en prendre pour le moment. Orion et sonprénomestmégacompliqué Malefoy sont sûrement les prochains sur sa liste...

    A bientôt et bon courage pour la reprise !

  • Nakwen

    29/08/2015

    Waow ! Ça c'est du chapitre ! J'ai tellement stressé 😱 J'ai vraiment cru qu'on allait perdre Remus et Prue, même si sa réaction ne m'a pas étonnée. Concernant Noven, je pense que c'est sa mère ou sa tante. Sa soeur est peu probable compte tenu de son âge.
    J'entame le chapitre suivant !

  • Hurricany

    18/08/2015

    Wahou, wahou, wahou. Un chapitre gros en rebondissement. Le sacrifice de Remus était admirable et celui de Prue également (bien qu'il fallait si attendre). La réaction de Jack et de Diego était très touchantes. Cette Julie Noven m'intrigue vraiment : peut-être que c'est la soeur de Prue ? Ou sa mère ? Si c'est souvenir ont été trafiqué il se pourrait qu'il est fait croire à Prue qu'elle avait tuer sa mère, alors que ce n'était pas le cas. Beaucoup trop de mystère. J'ai hâtes de lire la suite !

  • plumebleuetraduction

    15/08/2015

    Hello!

    Remus l'a échappé bel! J'étais pratiquement certaine que Prue n'allait pas rester là sans rien faire, et aussi, qu'elle n'allait pas succomber au maléfice.

    Pour Noven, je ne vois que trois possibilités : soit elle est sa mère, sa s½ur ou sa tante. La tante semble le plus plausible, mais j'ai hâte de voir comment ça va finir =P

    Ensuite, les Mangemorts et Voldemort ont clairement déclaré la guerre aux Maraudeurs et, surtout, à Prue. Je crois qu'ils vont en entendre parler! x)

    Prends tout le temps nécessaire pour la suite, aucun problème!

    Plume

  • MikaWolfeHP

    13/08/2015

    Yeah! C'était vrmt bon! Ayoye, j'ai vrmt cru qu'on allait perdre plusieurs de nos persos principaux!!! Ouf! Et Noven... Ouin je me demande bien qui elle est! P-e une tante ou qq un comme ça!! Ou sa soeur qui a vieilli subitement comme par miracle... Haha! Bonne fin de stage en tout cas!

  • Dark-Poudlard-92

    13/08/2015

    Oh putain j'ai presque chialé je me disais Nan meurs pas Remus puis après leurs pas Prue et ensuite ne donne pas ta place Diego franchement tellement bien écris que j'étais au bord des larmes 😭 j'aime trop ces personnages je veux pas qu'ils meurent :( je suis vraiment happé par cette histoire et c'est l'une des seule qui me fait cet effet la Bravo

  • Selenba

    12/08/2015

    J'ai au l'estomac noué du début à la fin! J'ai l'impression d'être dans des montagne russes! Bon sang... Mais c'est un super chapitre et de nouvelles questions remplacent les anciennes. Qui est réellement Noven? Et où est passé Moser? Merci pour ça chapitre j'attends la suite avec impatience :3

  • MikaWolfeHP

    11/08/2015

    Pour me faire patienter, j'ai recommencé à lire les Harry Potter, un chapitre par jour xD

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