Chapitre 18 : Une vie pour une larme

 
« Tôt ou tard, tout le monde paie. Aujourd'hui, c'est leur tour. Une vie pour une larme, tel est mon prix... leur dette de sang. »
 
Chapitre 18 : Une vie pour une larme

 
| 16 mars 1980 |
 
~ Point de vue de Remus ~

 
Une vague de murmures me ramena à la réalité. Je n'arrivais pas à les discerner, ni à déterminer leur origine. La clarté du jour m'aveugla quelques secondes. Je me rendis compte que des ombres étaient autour de moi. Les murmures cessèrent d'un seul coup, ramenant le calme dans mon esprit. Je parvins à sourire en reconnaissant l'odeur de mes frères de c½ur. Je percevais leur c½ur battre, l'inquiétude mêlée à la joie... je n'étais pas mort, j'étais de retour, entouré des personnes qui m'étaient chères. L'apaisement fut de courte durée, car le souvenir de l'embuscade me revint en mémoire, propageant une onde de choc dans tout mon corps. 
 
-          Remus ?
 
Je tournai la tête, heureux de voir James, Sirius, Peter et mon père... mais terrifié de remarquer l'absence incompréhensible de Prue. Pourquoi n'était-elle pas à mon chevet ? La seule explication qui me vint était terrible. 
 
-          Prue ? Où est-elle ?! m'affolai-je.
-          C'est marrant, elle a posé la même question pour toi à son réveil. C'est à croire que vous vous fichez de nous... plaisanta Sirius.
 
Une vague de soulagement m'envahit... Prue avait survécu elle aussi. Les Mangemorts avaient échoué dans leur tentative de nous anéantir.
 
-          Ne dis pas de bêtise, le réprimandai-je. Que s'est-il passé ?
 
Mes frères me racontèrent les détails des duels qui avaient suivi l'embuscade. La crainte me tordit les entrailles en apprenant que le père de Sirius avait tenté de tuer mes deux frères de coeur. Je le connaissais au travers de Sirius, et c'était suffisant pour savoir que ce ne serait pas sa dernière tentative de meurtre. La menace pesait sur nous... prête à s'abattre à la moindre occasion. 
 
-          Le sortilège qu'a reçu Prue a causé de graves blessures ? demandai-je.
 
Pas besoin d'être lycanthrope pour sentir le malaise qui s'installa.
 
-          Non, finit par lâcher James.
-          Pourquoi est-elle encore hospitalisée dans ce cas ?
 
James hésita à poursuivre. Sirius et mon père ne l'encourageaient pas vraiment, regardant ailleurs. Finalement, il se lança : 
 
-       Le sortilège que tu as reçu était... un maléfice destructeur. Tu étais condamné. Prue a réussi à transférer le maléfice dans son corps.
 
Je me redressai d'un bond, frappé d'horreur. Elle était condamnée pour m'avoir sauvé ?
 
-      Mais rassure-toi, ajouta précipitamment James. Elle va bien. Julie Noven l'a sauvée.
 
Je soupirai, à peine soulagé. Sur le coup, je ne compris pas ce qu'une médicolégiste venait faire dans l'histoire, mais mon père m'apprit qu'elle avait été docteur autrefois.
 
-        Comment vont Moser et Wagner ? demandai-je.
-        Wagner va bien... Moser a été capturé par les Mangemorts, m'annonça sombrement Sirius.
 
Le cauchemar n'était donc pas tout à fait terminé. Un seul regard avec mon père suffit à me faire comprendre que le temps était précieux pour le retrouver avant qu'il ne soit trop tard.
 

 
~ Point de vue de Prue ~
 

Je me réveillai avec difficulté, irradiée par la douleur à l'instant où la luminosité agressa mes yeux. Je finis par me rendre compte que j'étais dans une chambre d'hôpital. Encore. J'essayai de fouiller dans ma mémoire pour trouver la raison de ma présence ici. Je me souvins de m'être réveillée une première fois, alors que Noven était auprès de moi. Elle m'avait assuré que la mémoire finirait par me revenir, mais ce n'était visiblement pas encore le cas. C'est en croisant une paire d'yeux ambrés emplis d'inquiétude que j'eus un flash, me revoyant en train d'aspirer une fumée noire sortant du corps de Remus, qui semblait vivante... alors que mon homme, lui, avait l'air d'un cadavre pétrifié. Je secouai la tête face à cette vision d'horreur.
 
-                     Remus, soufflai-je.
-                     Je suis là ma chérie, me répondit-il doucement.
 
Je le regardai avec plus d'attention, essayant de chasser ce mauvais souvenir. Mais je ne pouvais pas m'empêcher de me poser des questions. Remus semblait avoir été frappé par de la magie noire... qui avait bien pu lui lancer un tel maléfice ? Je ne me souvenais que d'avoir échangé nos places. Pourtant, je sentais que quelque chose de grave s'était passé.
 
-                     Comment tu te sens ? me demanda Remus.
-                     Epuisée... mais tellement bien que tu sois en vie.
 
Quel soulagement. Même si je ne me souvenais plus ce qu'il s'était réellement passé, le simple fait de voir Remus auprès de moi, sain et sauf, suffisait à m'apaiser. Je souris en pensant à ce que j'avais fait. J'avais un atout non négligeable pour tromper la mort, c'est vrai, mais je n'étais pas persuadée que ce Mal ne s'en prendrait pas à mon âme... et pourtant, je n'avais pas hésité à absorber cet être destructeur.
 
-                     Ne me refais jamais un truc pareil Prue... je n'aurais jamais supporté de vivre en sachant que tu étais morte pour moi.
-                     Dit-il en ayant pris un sortilège à ma place...
 
Les mots m'avaient échappé, et je me souvins alors de la terrible crainte qui m'avait envahie en voyant Remus prendre un sortilège à ma place. Je me revis le tenir contre moi, désespérée de ne pas réussir à le guérir alors que les duels faisaient rage autour de nous. Je ne me souvenais pas d'une telle bataille... qui étaient nos ennemis ? Comment en étions arrivés à nous battre dans une ruelle ? J'avais l'impression que ma mémoire ressemblait à un puzzle.
 
-                     Tu te souviens ? s'étonna Remus.
-                     Que du moment où j'ai cru te perdre... le reste est encore vague. Qui t'a lancé ce maléfice ?
-                     Les médicomages disent que ce n'est pas une bonne idée de te rafraîchir la mémoire trop vite... surtout que tu sembles la retrouver rapidement.
 
Je soupirai, abandonnant mes questions pour le moment. Obtenir des réponses ne me servirait à rien tant que je serai bloquée à l'hôpital de toute façon.
 
-                     J'ai eu si peur, avoua Remus.
 
Je déglutis, la gorge nouée... moi aussi j'avais eu peur. Ca je m'en souvenais. Cette terreur n'avait pas pu s'effacer de ma mémoire. Je serrai la main de Remus en lui adressant un faible sourire. Lorsqu'il se pencha pour m'embrasser, je sentis l'ampleur de ses émotions à son contact. Je n'avais pas les mots pour décrire ce que je ressentais à cet instant. Pouvoir serrer contre moi la personne que j'avais failli perdre, sentir son c½ur battre, son souffle calme contre ma peau... c'était une pure joie. La vie pouvait continuer, le cauchemar était terminé. Il n'y avait plus que le soulagement désormais, la joie de se retrouver... et l'envie irrésistible de me venger. Quelle que soit la personne qui avait osé s'en prendre à Remus... elle allait payer le prix fort. Dès que je me souviendrai... les jours de mon ennemi seront comptés. D'ici là, il avait intérêt à respirer à pleins poumons, parce que ma lame viendrait bientôt aspirer son souffle de vie.
 
Pour l'heure, je savourai mes retrouvailles avec Remus. J'étais si heureuse que l'on puisse se retrouver, alors que nous avions tous deux été prêts à renoncer à la vie l'un pour l'autre. J'avais eu si peur en voyant le sang couler de son corps... de sa bouche... voir ses yeux  perdre leur éclat... et puis la vison de son corps tendu à bloc alors qu'il respirait péniblement, le regard terrifié et figé, me glaçait le sang rien que d'y songer. Je frissonnai en repensant à cette épouvantable sensation d'avaler un courant animé par le Mal incarné.
Je fermai les yeux en essayant de me concentrer sur autre chose pour chasser ces images de mon esprit. Remus avait failli mourir... et sans mes compétences en matière de magie noire... je n'aurais pas pu le sauver. Cette effroyable réalité me fit frémir.
 
-                     Prue ?
 
Il me releva le visage pour que je le regarde. Il dut lire la peur que j'avais eue dans mes yeux.
 
-                     Ça va maintenant, je suis là. Avec toi.
 
Je souris et l'embrassai, surprise de sentir une larme aussi brûlante rouler sur ma joue. Je n'aurais su dire si c'était l'émotion ou la rage profonde qui m'abritait à cet instant. Je goûtais à ses lèvres avec un plaisir renouvelé. Même si je savais depuis le début que chaque jour à ses côtés était un cadeau... je me rendis compte que notre relation était devenue acquise... qu'elle faisait partie de mon quotidien. Dans ce baiser, je me rappelai la chance que j'avais... et que tout pouvait se briser en une seconde. Un peu comme si je prenais à nouveau conscience de la valeur et de la fragilité de la vie après avoir failli perdre ce que j'avais de plus précieux.
 
-                     J'ai cru ne pas réussir à te sauver, soufflai-je.
-                     Cesse d'y penser. C'est terminé, tout va bien maintenant. Grâce à ta folie.
 
Je ris nerveusement. Remus me serra un peu plus contre lui, et je sentis quelques-unes de ses larmes couler sur moi. Je les essuyai doucement en lui caressant la joue. J'avais rarement eu aussi peur... et aussi mal. Je ne cessais de revoir ses yeux se voiler, et c'était un souvenir insupportable.
« Seras-tu aussi arrogante quand tu te réveilleras auprès du cadavre de ceux que tu aimes ? »
Je rouvris les yeux d'un coup, traversée par un courant glacial en reconnaissant la voix d'Abraxas Malefoy. C'est lui qui avait organisé l'attaque. Je me souvins avoir lu dans son regard la promesse de me faire souffrir... en guise de vengeance.
 
-          Malefoy, soufflai-je.
-          Tu te souviens ?
-          Une embuscade...
 
Oui, tout me revenait... la découverte du corps d'Abraxas... l'arrivée des Mangemorts qui avait fait basculer une journée ordinaire dans mon pire cauchemar... Remus avait pris un sort pour moi, et j'avais cru le perdre. James et Sirius étaient voués à subir la colère vengeresse d'Orion Black, avant qu'un brouillard ne s'abatte sur la ruelle, et que je m'évanouisse. Après ça, je m'étais réveillée à Sainte Mangouste... et c'est à ce moment-là que j'avais appris la terrible nouvelle pour Remus. Mon c½ur bondit furieusement en pensant aux Mangemorts... ma riposte sera à la hauteur de leur erreur. Je saurai faire prendre la mesure de la menace à mon père. Il n'allait pas s'en tirer comme ça !

 
| 20 mars 1980 |

~ Point de vue général ~

 
Les Maraudeurs avaient eu la joie de tous se retrouver après cette embuscade, qui avait failli leur coûter la vie, mais il leur était impossible de le savourer. Moser était toujours prisonnier des Mangemorts. L'espoir de le sauver s'amenuisait au fil des jours. Depuis que Prue et Remus étaient tirés d'affaire, l'inquiétude avait été balayée par un torrent de haine. Sirius et James passaient leur temps au travail, traquant Abraxas Malefoy et Orion Black avec acharnement. Remus les avait rejoints la veille dans cette dure tâche, dès sa sortie de Sainte Mangouste. Ca les rendait malades de savoir Moser entre les mains de fous furieux.

 

Pire encore, ils étaient confrontés à des réticences au Ministère. Fudge n'était pas enchanté à l'idée de lancer une enquête sur Abraxas Malefoy et Orion Black. Pour cause : ces deux hommes avaient une influence aussi grande que leur chambre forte à Gringotts. Et ça en politique, c'était un argument convaincant. Selon Fudge, les preuves n'étaient pas suffisantes. Les Mangemorts étant tous masqués pendant l'attaque, il n'y avait aucun moyen de s'assurer que c'était bien eux, sauf peut-être pour Abraxas, qui avait été identifié... et encore, cela pouvait être une autre personne sous Polynectar. Selon lui, il n'y avait vraiment rien qui puisse prouver avec certitude que ses deux plus gros investisseurs étaient des terroristes. Maugrey avait dû retenir Sirius pour l'empêcher de se jeter sur Fudge.
 
Les trois Maraudeurs étaient écoeurés, tout comme leurs collègues. Il n'y avait pas de justice quand il s'agissait de Gallions et de politique. C'est la raison pour laquelle, avec Maugrey, Wagner, Lyall et Aaron, ils se retrouvaient en cachette pour mener leur enquête de leur côté. Pas question de se laisser mettre une muselière. Il ne s'agissait pas que de justice... Moser était prisonnier, il fallait le sauver. Ils ne pouvaient pas abandonner l'un des leurs. Faisant jouer toutes leurs relations, ils avaient fini par localiser l'endroit qui pouvait servir de cachette à Malefoy. Peut-être que Moser n'y serait pas détenu... mais ils sauraient faire cracher le morceau à leur ennemi. C'était mieux que rien.

 


A maintenant deux heures de la mise en place de leur plan, ils étaient prêts. Les Maraudeurs, Aaron, Maugrey, Lyall, Wagner... ils s'étaient promis que justice serait faite comme il se doit, et elle serait faite.
Les Maraudeurs ne purent pas s'empêcher de passer voir Prue une dernière fois avant l'assaut. Elle était heureuse de tous les revoir. Ils se gardèrent bien de lui dire quoi que ce soit quant à leurs intentions : elle deviendrait incontrôlable si elle apprenait que les Maraudeurs allaient risquer leur vie. Ils auraient voulu qu'elle soit des leurs... mais elle était encore bien trop faible pour se battre. Remus resta auprès d'elle quelques minutes après que ses amis aient quitté la chambre.
 
-          Pas trop dure la reprise ? demanda Prue. Vous avez tous l'air assez fatigué.
 
Remus haussa les épaules.
 
-          L'enquête bat son plein.
 
Prue sourit faiblement en lui prenant la main.
 
-          Moser sera bientôt parmi nous... et les Mangemorts à Azkaban, assura Prue avec confiance.
 
Remus acquiesça lentement. Oui, c'était pour cette raison que lui et ses amis s'apprêtaient à commettre une folie. Il embrassa Prue tendrement, espérant que ce ne serait pas la dernière fois. A quelques heures de l'assaut, la haine envers ses ennemis commençait à laisser place à la crainte. Il savait que les Mangemorts s'attendaient à une tentative de sauvetage. D'ailleurs, c'était pour cette raison qu'ils avaient capturé Moser : pour pousser le restant de la meute à venir le récupérer, et ainsi avoir l'occasion de finir le travail. Les Aurors et policiers avaient survécu par miracle, et voilà qu'ils s'apprêtaient à remettre leur vie en péril. Remus serra les dents en pensant à ses frères, son père, et ses amis qui seraient auprès de lui. Ils avaient tous gros à perdre, mais ils ne pouvaient pas reculer. Moser comptait sur eux pour le tirer de là, et la Justice réclamait ses coupables. 
 
-          Tout va bien mon ange ? s'inquiéta Prue.
 
Remus chassa ses craintes en croisant le regard de Prue. Il devait être fort. Il ne devait pas avoir peur. 
 
-          Oui, assura Remus en sentant une vague de courage l'envahir. Je vais devoir y aller, je reviens vite.
-          A tout à l'heure mon ange.
 
Il déposa un long baiser sur son front, s'imprégnant de son odeur corporelle avant de se résoudre à quitter la chambre.
« Ce n'est pas un adieu » se persuada Remus. « Nous reviendrons tous ».
Il le fallait. Surtout lorsqu'il croisa Lily dans les couloirs de l'hôpital, le ventre bien arrondi. Ils n'avaient pas le droit de laisser ces deux femmes derrière eux. Il y avait encore trop de bonheur à savourer avant de quitter ce monde.
 

| Manoir secondaire des Malefoy |

 
L'équipe d'assaut se matérialisa devant un vaste champ, où aucune fleur ne semblait vouloir pousser. En réalité, la résidence secondaire des Malefoy se trouvait sur cette immense étendue d'herbe haute, invisible. Lyall, Aaron et Maugrey n'avaient pas besoin d'évaluer la sécurité du manoir pour savoir qu'elle était de très haut niveau. La famille Malefoy avait de quoi s'offrir ce qu'il existait de mieux, dans tous les domaines.
 
-          J'espère que vous êtes tous conscients que nous nous apprêtons à faire une folie, lança Maugrey.
-          Rien d'inédit pour des Maraudeurs, fit remarquer James avec un clin d'½il à l'adresse de ses frères.
 
Ceux-ci approuvèrent d'un hochement de tête, le regard toujours fixé sur la cible. Ce sauvetage allait à l'encontre de toutes les consignes qui avaient été données par leurs supérieurs. Quelle que soit l'issue de cet assaut, une vague de scandale allait balayer le Ministère ; mais la fine équipe s'en fichait. Ils n'avaient que deux objectifs : sauver leur ami, et arrêter les responsables de l'attaque.
 
La mission commença lorsque Lucius Malefoy, le fils d'Abraxas, se matérialisa à quelques mètres d'eux. Celui-ci marqua d'ailleurs un temps d'hésitation en reconnaissant les policiers et Aurors.
 
-          Vous vous êtes perdus ? nargua Lucius.
 
Maugrey s'approcha de lui de sa démarche lourde, en s'appuyant de sa canne. Il agrippa le fils Malefoy d'une main ferme, pointant sa baguette dans son dos pour lui faire sentir qu'il n'était pas là pour supporter ses sarcasmes. Lucius ne s'était certainement pas attendu à être pris en otage, car il n'avait pas eu le réflexe de riposter. Selon son père, les provocations avec ces chiens muselés du Ministère restaient verbales habituellement. A croire que les choses avaient changé.
 
-          Tu vas nous donner accès au manoir de ton cher père, lui dit Maugrey.
-          Même pas en rêve.
-          On parie ?
 
Lucius retint un cri dans un gémissement, fou de rage qu'on ose le traiter de la sorte. Il ne fallut pas attendre plus d'une minute avant que le manoir familial soit visible. Ce fut au tour de l'équipe d'assaut de devenir invisible grâce au sortilège de Désillusion. Maugrey ordonna à Lucius d'avancer normalement, sous peine de recevoir des sorts bien plus intenses. Ils passèrent ainsi le portail et traversèrent le jardin, sans se faire repérer. Il fallait conserver l'effet de surprise pour que Moser ne soit pas déplacé... ou pire. Lucius hésita à ouvrir la porte d'entrée, mais Maugrey le persuada bien vite de continuer son petit manège comme si de rien n'était.
 
-          Lucius ? appela une voix d'homme depuis une autre pièce.
-          Oui, papa ?
-          Nous sommes au salon.
 
Lucius tourna la tête en direction de Maugrey, bien que celui-ci soit toujours invisible.
 
-          Fais comme d'habitude, lui ordonna le chef des Aurors. Wagner, James, Sirius, Remus, cherchez Moser. Lyall et Aaron, avec moi.
 
L'équipe se sépara selon les ordres. Les policiers de la Brigade Criminelle se mirent donc à arpenter les longs couloirs du manoir, à la recherche de leur collègue. Ils furent surpris de ne pas croiser de Mangemorts. A moins qu'ils soient tous en train de boire un verre au salon, les lieux n'étaient pas farouchement gardés comme ils s'y attendaient. C'était étrange, et cela ne fit qu'augmenter l'appréhension des Maraudeurs. Soit Moser n'était pas là, soit un piège n'attendait que de se refermer sur eux.
 
Remus se servit de ses sens pour détecter le moindre indice qui pourrait le mener à Moser. C'est une odeur de souffrance qui le guida jusqu'au fond du couloir. Il mit fin à sa couverture invisible pour que ses amis puissent le voir faire des signes. Il entendit des pas le rejoindre, alors que Sirius, James et Wagner annulaient à leur tour leur camouflage. Face à une porte verrouillée, les quatre hommes se préparèrent à faire irruption. Remus avait détecté au moins deux personnes de l'autre côté. D'un signe de tête de Wagner, il déverrouilla la porte et l'ouvrit en grand, laissant entrer les trois autres. Lorsqu'il leur emboita le pas, il fut soulagé de voir Moser, vivant, attaché à des chaines contre le mur, alors que le Mangemort qui le surveillait était au sol, stupéfixé.
 
-          Moser ! appela Wagner à voix basse.
 
Le prisonnier releva la tête, épuisé, et fit des yeux ronds en voyant ses amis. Il s'agita vigoureusement, visiblement paniqué. Wagner lui ôta le foulard autour de sa bouche pour le laisser parler.
 
-          Sortez d'ici, c'est un piège !
 
Mais la porte derrière eux claqua, résonnant dans tout le manoir. Bloqués. Ils étaient bloqués ici avec Moser, et le bruit avait sans doute donné l'alerte pour le restant des Mangemorts.
 
En effet, Abraxas discutait tranquillement avec son fils, entouré de quelques-uns de ses amis, lorsque le claquement retentit. Un large sourire étira les lèvres du père Malefoy, satisfait que son piège ait fonctionné. Les Aurors en revanche, se demandaient ce qui avait bien pu provoquer un tel bruit. L'inquiétude les envahit à l'idée que le restant du groupe soit tombé dans un piège mortel.
 
-          Votre audace vous coûtera la vie, lança Abraxas à l'adresse des intrus, bien qu'il ne les voyait pas.
 
Les trois Aurors annulèrent le sortilège de Désillusion, mais ils n'avaient pas dit leur dernier mot. Maugrey pointa la baguette sur la gorge de Lucius, de sorte à ce qu'Abraxas puisse la voir. Mais le Mangemort éclata de rire en lançant un regard empli de mépris au chef des Aurors.
 
-          Tu ne feras pas ça Alastor, nous le savons tous.
-          Tu pourrais être surpris.
-          Oh mais je ne doute pas que tu sois capable de salir ton badge... je dis ça par rapport à l'évident surnombre, dit-il en écartant les bras.
 
Les Aurors se retournèrent, constatant qu'ils avaient finalement eu raison dès le départ. Abraxas avait voulu que cet assaut ait lieu, et il s'était soigneusement préparé à les accueillir.
 
-          Personne ne viendra vous sauver cette fois, ajouta Abraxas.
-          Si nous devons mourir dans tous les cas... tu te doutes bien que je vais m'accorder le plaisir d'emporter ton fils avec moi, menaça Fol ¼il.
 
Abraxas haussa les épaules, lançant lui-même le sortilège de mort à Lucius. Choqués, les Aurors regardèrent le corps inerte de Lucius, qui se transforma en quelques secondes en celui... d'un parfait inconnu. Ils s'étaient fait avoir sur toute la ligne, Abraxas savait que son fils servirait de clé en tant qu'otage... et c'est la raison pour laquelle il avait sans doute pris un être inférieur à ses yeux pour jouer la comédie et mourir à la place de Lucius.  
 
-          Crois-tu que je mettrais la vie de mon fils en péril pour abattre de misérables chiens comme vous ?
 
Les baguettes autour d'eux se levèrent, prêtes à lancer des sortilèges de Mort. Les trois Aurors avaient l'esprit en ébullition en cherchant une échappatoire. Lucius avait été dès le départ leur moyen de pression... mais ils n'avaient plus rien désormais. Leurs compétences au combat seraient insuffisantes face à un tel surnombre. Il y avait au moins vingt Mangemorts autour d'eux. Impossible de tenter quoi que ce soit sans se faire tuer sur-le-champ. Pourtant, les Aurors se jetèrent un regard éloquent ; ils étaient prêts à tenter leur chance. Resserrant leur baguette, ils s'apprêtèrent à combattre jusqu'au bout.

Comme dans la ruelle, un bruit de verre se brisant se fit entendre. Une épaisse fumée se forma instantanément, cachant les Aurors aux yeux de leurs ennemis. Ne comprenant rien, mais sautant sur l'occasion, les Aurors détalèrent. Ils bousculèrent les Mangemorts sur leur passage, ne les voyant qu'au dernier moment. Il était impossible de lancer un sort dans cette fumée. Lorsqu'ils virent à nouveau ce qui les entourait, ils étaient dans l'entrée. Les Maraudeurs attendaient sur le pas de la porte, avec Moser et Wagner. Sans plus attendre, ils sortirent en verrouillant la porte derrière eux et en la piégeant. Ils prirent la fuite, ne pouvant pas transplaner sur le domaine de Malefoy. Ils entendirent une détonation derrière eux, leur signalant que les Mangemorts avaient commis l'erreur d'ouvrir la porte. Quelques secondes plus tard, ils dépassaient le portail, et transplanèrent alors que des sorts leur passaient à côté.
La mission était incomplète, mais Moser était sauvé... et toute l'équipe saine et sauve.
 

| Hôpital Sainte Mangouste |

 
Toute la fine équipe se matérialisa devant l'hôpital, décidément trop fréquenté ces temps-ci par des représentants de l'ordre. L'adrénaline était à son maximum après avoir une fois de plus échappé à la mort.
 
-          C'est la deuxième fois que cet enfoiré d'Abraxas nous piège ! pesta Maugrey. Heureux de te revoir en vie vieux, dit-il à l'adresse de Moser.
 
Celui-ci, bien qu'épuisé, lui fit un large sourire.
 
-          Vous êtes complètement fous d'être venus... mais c'est bon de vous retrouver les gars. J'ai cru que j'allais finir dans ce trou avec ces satanés serpents. Je ne vous remercierai jamais assez. Pas de blessés ?
 
Ils s'échangèrent tous des regards, mais personne ne broncha.
 
-          Je n'arrive pas à croire que ce foutu brouillard nous ait sauvé une seconde fois, lança Lyall en s'avançant vers l'entrée de l'hôpital.
-          Sauf que cette fois, c'était nous, avoua fièrement Sirius. C'est tellement pratique comme diversion qu'on a décidé de se fournir quelques échantillons.
 
Remus et James sourirent à leur tour, heureux d'avoir réussi à s'échapper. Sirius avait déjà constaté avec le tueur de Black Blade à quel point ce genre de diversion pouvait être efficace... et l'embuscade l'avait résolu à s'en procurer. Ce n'était pas tout à fait la même, car celle-ci n'était pas asphyxiante, mais elle était suffisante pour leur sauver la mise en cas de mauvaise posture. Les Aurors le regardèrent avec à la fois étonnement et fierté : cette initiative leur avait sauvé la vie. Jamais ils n'auraient pu s'échapper sans cette intervention.
 
-          Qu'est-ce qu'il s'est passé pour vous ? demanda Aaron.
-          On s'est fait piéger dans la pièce où était Moser, répondit James. Remus a réussi à déverrouiller la porte, mais pendant un temps, nous aussi on a cru y passer.
-          On a eu chaud... reconnut Remus.
-          Je vais faire un rapport au Ministère, prévint Maugrey. Il me faut des hommes en permanence devant la chambre de Moser et Prue jusqu'à ce qu'on ait chopé cet enfoiré d'Abraxas. Vous aussi je vais essayer de vous fournir une protection... il va falloir s'attendre à des représailles.
 
Le restant du groupe acquiesça, le laissant transplaner. Ils conduisirent Moser jusqu'à l'intérieur, où il fut immédiatement pris en charge. James et Remus n'avaient plus qu'une envie désormais : serrer leur femme dans les bras.

 
| Deux heures plus tard |

~ Point de vue de Prue ~

 
J'avais trouvé Remus très fatigué à son retour. Je n'aurais su dire s'il était content ou non. Je le sentais bizarre. J'avais bien essayé de comprendre ce qui pouvait bien le tracasser, mais il s'était allongé contre moi, et je ne voulais pas le brusquer. Il finirait bien par me dire ce qu'il se passait. En attendant, je profitais d'être avec lui, tendrement câlinée.

Je fus ramenée à la réalité par la porte s'ouvrant sur un Moser souriant. Je me redressai sous l'effet de l'étonnement, à la fois heureuse de le revoir en vie, et perplexe quant à son retour. Les Maraudeurs ne se seraient quand même pas jetés dans un nid de serpents pour le récupérer ?
 
-          Moser !
-          En chair et en os. Comment va l'infirmière suicidaire ? 
-          Ca va, répondis-je. Et toi ? Je suppose que c'est un sauvetage suicidaire qui t'a sorti des griffes des Mangemorts ?
 
Je lançai un regard réprobateur à Remus. Abraxas avait prévu leur arrivée... ils auraient pu se faire massacrer. D'ailleurs, comment avaient-ils réussi à sauver Moser alors qu'ils étaient très certainement attendus de pied ferme ? Quelque chose m'échappait.
 
-         En quelque sorte, avoua Moser avec un clin d'oeil à l'adresse de Remus.
 
J'étais tout simplement scandalisée que les Maraudeurs aient pris un tel risque. Moser en valait la peine, mais il y avait des moyens plus sûrs de récupérer un otage. Et puis, une fois sur pieds, j'aurais pu moi-même "négocier" la remise en liberté de Moser avec mon père.

-        Bande de malades, vous y êtes allés alors qu'ils vous attendaient, reprochai-je.
-          Le Ministère refusait de bouger, expliqua sombrement Remus. Nous ne pouvions tout simplement pas rester sans rien faire.
-          Hmm, et Abraxas ?
-          On a privilégié le sauvetage à son arrestation. Il court toujours. 
 
J'hésitais entre féliciter Remus pour son courage, ou le secouer pour avoir risqué sa peau. Il était temps que je sorte de cette chambre, j'allais finir par perdre les Maraudeurs sans même le voir venir. Je comprenais mieux pourquoi ils avaient l'air tous tendu quand ils étaient venus me voir... ils s'apprêtaient à mener l'assaut.
 
-          Tout le monde va bien ?
-           Oui, rassure-toi, nous sommes tous sains et saufs.
-          Raconte, ordonnai-je à Remus.
 
Il me raconta en détails la résistance à laquelle ils avaient fait face au Ministère, ce qui eut le don d'augmenter ma haine. Quand il eut fini de donner le déroulement de leur sauvetage, malgré mes frayeurs, je ne pus m'empêcher d'être fière : les Maraudeurs étaient dignes de la prophétie. Leur courage était à toute épreuve.
 
-            Je suis contente que cette histoire se termine bien, avouai-je avec soulagement.
-          C'est loin d'être terminé, rectifia Moser. Les Mangemorts ne vont pas s'arrêter là.
 
Je ne leur laisserai pas le temps de songer à des représailles. Ma sortie de cet hôpital était imminente... et avec elle, le retour de Tracker.
 
-          Nous les stopperons avant, assura Remus. Fudge n'aura pas d'autre choix que de lancer un avis de recherche contre Abraxas désormais s'il veut sauver la face.
 
J'eus un rire nerveux. Il fallait que je me dépêche de sortir de là si je voulais le retrouver avant les flics. Pas question qu'Abraxas finisse à Azkaban ; sa vie m'appartenait. Il avait tenté par deux fois de tuer les personnes que j'aime... sa dette venait de doubler.
 

| 21 mars 1980 - 12h10 |

 
La porte s'ouvrit sur une médicomage, qui m'autorisa à sortir. En moins de trois minutes, mes affaires étaient rassemblées, et je sortais de la chambre. J'avais tant de retard à rattraper ! Je n'avais plus une seconde à perdre.
 
Je dus néanmoins tempérer mon impatience, car une foule de journalistes m'assaillit dès ma sortie de l'hôpital. Une multitude de flashs me fit mal aux yeux, tandis qu'une vague de questions me submergea, toutes incompréhensibles.  
 
-          Prudence Hunt !
 
Mon nom se répétait dans la foule, chacun voulant attirer mon attention. Je ne savais pas où donner de la tête, ni à quelle question répondre. Ils parlaient de l'embuscade, de mon séjour à Sainte Mangouste, du sauvetage de Moser, des rumeurs concernant les hauts rangs du Ministère... Je leur intimai le silence en faisant signe avec mes mains de se calmer, ne supportant plus tout ce bruit.
 
-          Agent Hunt, comment allez-vous ?
-          Mieux, merci.
-          Vous êtes prête à retourner au Ministère ?
-          Dès demain.
-          Des rumeurs disent que vos collègues ont agi de leur propre chef pour sauver le lieutenant Bradley Moser, c'est vrai ?
-          Je n'en ai pas la moindre idée. Au cas où vous l'auriez oublié, j'étais dans cet hôpital, rappelai-je, n'étant pas résignée à lâcher de telles informations.
-          Mais les tensions au Ministère sont bien réelles ! Vos collègues ont souvent laissé planer le doute d'une possible corruption dans la haute sphère politique.
-          Avec Abraxas Malefoy et Orion Black impliqués dans l'embuscade, rien d'étonnant.
-          Vous confirmez les avoir vus ce jour-là ?
-        Abraxas tenait sa baguette contre mon ventre, me paralysant... je l'entendais me dire que j'allais tout perdre, sans pouvoir rien faire. Je l'ai vu de mes propres yeux, et je ne crois pas à la théorie du Polynectard. Quant à Orion, il était masqué, certes, mais je ne vois pas quel homme aurait pu accuser James Potter d'avoir hébergé Sirius Black alors que "sa place était chez eux".
-          Orion Black dit avoir un alibi.
-          Tous les meurtriers que j'ai arrêtés disaient en avoir un aussi.
-          Allez-vous participer à leur traque ? demanda un autre.
-          Bien sûr. Eux et tous ceux qui ont tendu l'embuscade.
-          Vous ne craignez pas des représailles ?
 
Je fis face au journaliste qui avait osé poser cette question, le foudroyant du regard.
 
-          Si des gens deviennent des criminels en passant à l'acte, c'est parce qu'ils pensent pouvoir rester impunis. C'est pour rétablir la justice que nous existons, Aurors et policiers. Dernièrement, nos ennemis ont envoyé un message à l'Angleterre, en tentant d'éliminer des policiers et des Aurors. Ils nous disent que personne n'est à l'abri... et ils ont raison. Que l'on soit un simple citoyen, un politique farouchement protégé, un policier expérimenté... ou le plus puissant des criminels, personne n'est intouchable. Les Mangemorts, comme tous les meurtriers qui se permettent de briser des vies innocentes, ne feront pas exception. Ils ne sont pas plus à l'abri que nous. Tôt ou tard, tout le monde paie. Est-ce que je crains des représailles ? Bien sûr. Est-ce que cela va m'empêcher de riposter ? Non. Abandonner la traque ne nous sauvera pas la vie... fermer les yeux sur les ravages de la guerre ne la rendra pas moins sanglante... alors je leur ferai face, je me battrai, et si je dois mourir, au moins, j'aurais défendu la liberté et la justice jusqu'à mon dernier souffle.
 
Je mis fin à l'interview des journalistes, ayant fait passer ce que je voulais. Que les personnes qui se sentent concernées prennent bien en compte la menace... car je comptais bien la mettre à exécution. Et contrairement à eux, je ne rate jamais ma cible.
 
J'entendis des exclamations s'élever derrière moi. Les journalistes transplanaient, ce qui n'avait rien d'anormal étant donné que j'avais mis fin à leurs questions... Pourtant, je voyais à leur tête qu'un autre scoop les attendait ailleurs. Certains au contraire, revenaient vers moi.
 
-       Agent Hunt !
-       Qu'est-ce qui se passe ?
-       Le restaurant L'Arpège est attaqué en ce moment par les Mangemorts !
 
La peur me tordit le ventre, et je transplanai sur-le-champ. Il s'agissait du restaurant où nous avions l'habitude de manger le midi.
 
| . . . |
 
Je me matérialisai devant le restaurant, transformé en champ de bataille. Il y avait des duels partout, tant dehors que dedans, et déjà trop de cadavres au sol. Tout était dévasté sur un périmètre assez large. Je me ruai dans la bataille sans plus attendre, cherchant désespérément les Maraudeurs. Je tuai les Mangemorts sur mon passage, emportée par la haine. Ils s'en prenaient aux forces de l'ordre pour la dernière fois.

 

Je dus lutter contre l'envie de me recouvrir de ma tenue d'assassin et de sortir mon couteau tant j'avais soif de leur sang. J'empêchai un Mangemort d'abattre un civil tombé au combat en le provoquant en duel. Il s'effondra quelques secondes après, frappé par le sortilège de Mort qu'il avait tenté de m'envoyer. Pas question de faire des prisonniers, ils ne parleraient pas de toute façon.
Plus loin, je reconnus Sirius, qui se battait férocement contre deux Mangemorts. Je me ruai à son secours, attaquant ses assaillants par derrière.
 
-         Prue ! s'exclama Sirius.
-          Où sont les autres ?
-          Probablement à l'intérieur.
 
Je lui souhaitai bonne chance pour la suite des combats, avant d'entrer dans le restaurant. Je repérai un groupe de Mangemorts se détacher des duels, laissant un tapis de cadavres derrière eux. Ils se dirigeaient tout droit sur Remus, James et Wagner, trop occupés à se battre pour remarquer qu'ils allaient se faire attaquer par derrière. Je me frayai un chemin rapidement, m'interposant entre mes amis et mes cibles. Les Mangemorts ricanèrent en me voyant leur faire face.
 
-         Cette fois tu ne survivras pas Hunt.
 
Ils levèrent leur baguette, mais je projetai un jet de flammes sur eux. Pendant qu'ils brûlaient vifs, je me reportai sur mes amis, dont le nombre d'assaillants venait encore d'augmenter. Pour les protéger, j'usai de la télékinésie sur toutes les personnes non masquées pour les faire sortir du restaurant et le barricadai, me retrouvant seule face à une dizaine de Mangemorts. Je dessinai un rond avec ma baguette, créant un cercle enflammé autour d'eux. Ils eurent beau essayer de jeter de l'eau dessus, les flammes ne courbèrent pas, et le cercle ne fit que se restreindre petit à petit, leur arrachant des cris de douleur sous l'intensité de la brûlure.

 

Je continuai mon impitoyable ménage à l'extérieur, abattant tout ennemi sur mon chemin. Je fus stoppée par un Mangemort qui se rua sur moi, me mitraillant de sorts pour capter mon attention. Parant toutes ses attaques, je finis par l'expulser violemment contre l'un des rares murs encore debout. Un courant me traversa en reconnaissant Orion lorsque je lui enlevai son masque. Il profita de l'effet de surprise pour me mettre un coup dans le ventre et me repousser. Je contrai l'attaque suivante et le plaquai contre le mur, pointant ma baguette sur son front. Comme pour mon père, je me rendis compte que l'attachement que j'avais envers Orion autrefois ne suffisait plus à calmer mes pulsions meurtrières. J'avais tellement la haine que l'envie de tuer était quasi irrésistible.
 
-           Tu ne peux pas me tuer Hunt, provoqua Orion.
-            On parie ?
-           Regarde autour de toi... la bataille est terminée, tout le monde te regarde, il y a des journalistes... je suis désarmé et à ta merci. Dans ces conditions, ce serait un meurtre.
 
Son sourire narquois me donnait envie de déraper et de le massacrer pour lui faire payer... mais il avait raison. Je ne pouvais pas l'assassiner maintenant. J'aurais dû le tuer pendant le duel, profitant de la situation de légitime défense !
Je ne me privai pas cependant de lui cogner volontairement la tête contre la pierre en le retournant, en guise de maigre consolation. Je lui récitai ses droits tout en faisant apparaître des liens magiques autour de ses mains. J'étais tellement frustrée que j'imaginais déjà infiltrer Azkaban pour aller m'occuper de son cas.
 
-         Je sortirai... et je te ferai la peau, menaça Orion.
 
Je fermai momentanément les yeux pour me calmer, alors qu'un fourmillement me traversait le corps. Je ne devais pas céder à la tentation mortelle qu'il m'inspirait.
 
-         Si tu sors, je m'en prendrai à ta famille avant de te massacrer, promis-je dans un souffle à son oreille. Quoi que... pour ta femme, ton frère et sa pute de fille, je ne sais pas si je serais capable d'attendre pour les tuer...
-          Si tu les touches -
-          Qu'est-ce que tu feras ? coupai-je. Tu es un homme mort Orion. Si la justice ne fait pas son travail, c'est moi qui m'en chargerais.
 
Je le saisis à la nuque et le fis avancer, pointant ma baguette dans son dos. Je me dirigeai vers les journalistes, qui étaient en train de filmer en direct, pour que l'Angleterre voie bien le visage de cet odieux assassin. Je n'osai imaginer la fureur de mon père en voyant qu'en plus d'avoir perdu une trentaine d'hommes supplémentaires, il serait dorénavant privé de l'un de ses plus fidèles alliés, qui avait une grande influence au Ministère. Je laissai Orion aux mains de Maugrey et Moser, qui se firent un plaisir de l'amener au QG des Aurors.
 
Je partis à la recherche des Maraudeurs, le coeur battant à l'idée qu'il leur soit arrivé quelque chose. Les journalistes furent éloignés du champ de bataille, pour que blessés et cadavres puissent être évacués. La culpabilité qui me rongeait depuis le début de la guerre ne fit qu'augmenter en voyant le nombre de victimes innocentes qui jonchaient le sol. Tout cela n'avait plus aucun sens. Il fallait que j'y mette un terme.
 
Je fus soulagée en voyant Remus se diriger vers moi. Je le pris dans mes bras, heureuse qu'il aille bien.
 
-        Où sont James et Sirius ? demandai-je.
 
Il se sépara de moi, les larmes aux yeux. Mes entrailles se tordirent en imaginant le pire. Il me conduisit un peu plus loin sans dire un mot, pendant que mon esprit finissait de bouillir dans la peur. Lorsque je vis James et Sirius accroupis autour d'un corps, je m'arrêtai un instant, craignant pour l'identité de la personne au sol. Je me ruai vers eux pour voir de qui il s'agissait, et la rage ne fit qu'augmenter en reconnaissant Wagner, les bras en croix. Je frappai le poing sur le sol, furieuse. Un cri strident me fit lever les yeux, et une irrépressible envie de tuer m'envahit en voyant la marque des Ténèbres flotter au-dessus de nous.
 

| Forêt de Dean |

 
La nuit était tombée sur un jour sanglant. Si j'étais contente de compter trente-quatre Mangemorts parmi les morts, il y en avait autant chez les civils. La mort de Wagner était une tragédie pour nous. Il nous avait formés aux côtés de Moser depuis nos débuts. C'était quelqu'un de bien. Il serait vengé, c'était une certitude. Mais avant qu'un autre drame ne se produise, je devais prendre mes précautions. Je ne pouvais pas veiller sur toutes les personnes que j'aimais. J'avais besoin d'aide dans cette dure tâche, et c'est pourquoi ma meute était là, au complet, dans cette forêt qui nous offrait de multiples lieux de rendez-vous.
 
-          Maître... souffla l'un des miens en s'avançant. Où étais-tu ? Nous avons cherché à te contacter depuis ton dernier appel !
-          En planque... il fallait que je me soigne, j'étais trop faible pour vous voir.
-          Que s'est-il passé ?
-          J'ai été blessée lors de l'embuscade tendue aux Aurors et policiers... j'essayais de les protéger, mais je me suis fait prendre par surprise. Je ne pouvais plus rien faire pour eux. C'est pour cette raison que je vous ai appelés... je suis fière que vous soyez intervenus sans connaître les ordres. Vous avez sauvé la vie à des personnes très importantes pour l'avenir de ce pays.
-          Vous nous avez appris à tuer des monstres... les Mangemorts correspondent bien à la description. En quoi ces policiers et Aurors sont-ils importants « pour le pays » ?
-          Ils ont un rôle à jouer dans la guerre contre les Mangemorts... c'est pour ça que je les protégeais. Mais visiblement, je ne peux pas assurer cette lourde tâche toute seule. Sans votre intervention, l'histoire aurait pris une tournure dramatique. C'est pourquoi, je vais demander des volontaires, dont la seule mission sera de protéger les personnes que je vais vous désigner. Est-ce que certains d'entre vous sont partants ?
 
Bon nombre de mes hommes levèrent la main, pour ne pas dire tous, ce qui me fit sourire. Quoi que je leur demande, ils étaient toujours dévoués. Je désignai les protecteurs parmi les meilleurs.
 
-          Remus Lupin, James Potter, Sirius Black et Peter Pettigrow sont des cibles prioritaires, expliquai-je. Ce sont eux qui sont voués à jouer le rôle le plus important. Vous devez les protéger quoi qu'il advienne, surtout si un jour je venais à disparaître, est-ce que c'est clair ?
 
Ils acquiescèrent.
 
-          Bien. Ensuite, Lyall Lupin, Aaron Potter, Alastor Maugrey, Bradley Moser,  Lily Potter, et Julie Noven. Ils n'ont pas de rôle prédéfini dans la guerre à venir, mais par leur fonction ou leur lien avec les cibles prioritaires, ils doivent survivre également. Mêmes consignes pour eux : vous devrez les protéger jusqu'à nouvel ordre. A la moindre chose suspecte que vous observerez, je veux être tenue au courant. Inutile de vous préciser que vous n'avez pas le droit à l'erreur sur cette mission, bien qu'elle change énormément du travail que je vous confie habituellement.
-          Nous veillerons sur eux, soyez sans crainte.
-          Qu'en est-il de Prudence Hunt ? demanda un autre de mes loups. Elle est proche des cibles que vous nous demandez de protéger et c'est un bon élément à la crim'.
-          Prudence Hunt est sous ma protection, répondis-je. C'est moi qui veille sur elle. D'autres questions ?
-          En cas de menace directe sur eux, comme lors de l'embuscade, nous devons tuer, ou essayer de faire des prisonniers ?
-          Si vous pouvez, faites des prisonniers pour que je puisse en interroger par la suite... mais franchement, si la menace est vraiment dangereuse, ne prenez pas de risque. Je préfère ramer dans une enquête et avoir toutes les cibles saines et sauves.
-          Bien.
-          Ok. Le sujet est clos. Les autres, continuez les missions en cours. Je vous contacterai pour la prochaine réunion. N'hésitez pas à me joindre si vous avez besoin d'aide ou de conseil.
 
Mes hommes me saluèrent et commencèrent à transplaner.
 
-          Kyrian, appelai-je.
 
Le concerné se retourna et vint vers moi. J'attendis que les autres aient fini de partir pour confier ma dernière mission de protection.
 
-          Il reste une dernière personne à protéger... et j'aimerais que ce soit toi qui t'en charge.
-          De qui s'agit-il ?
-          James et Lily Potter vont bientôt avoir un enfant. J'ai fait en sorte qu'il ne soit pas personnellement impliqué dans cette guerre...  mais si la pire des situations venait à se produire, il faut qu'il soit en vie. Veille sur lui. Si j'échoue dans ma mission, ce sera lui mon successeur.
-          Je le ferai. Mais Tracker... quand tu dis que ces personnes sont « vouées » à jouer un rôle... comment peux-tu en avoir la certitude ?
-          Je le sais. Fais-moi confiance, je ne vous confie pas une telle mission sans avoir la certitude que c'est la meilleure chose à faire. L'embuscade de l'autre jour m'a prouvé que je n'étais pas apte à tous les protéger. Et si un jour il devait m'arriver quelque chose... je sais que la relève sera assurée.
-          Il ne t'arrivera rien. Tu es la Mort incarnée.
-          Et je le suis devenue en ayant en tête que personne n'est intouchable. Garde ça à l'esprit Kyrian. J'ai déjà frôlé la Mort à plusieurs reprises... et un jour, je ne parviendrai pas à lui échapper. Un jour, ce sera mon tour. Mais tout continuera. Tracker continuera de vivre au travers de cette meute, que je souhaite perpétuelle.
-          La justice aura toujours ses sanglants défenseurs... sois sans crainte. Mais que ton règne dure le plus longtemps possible.
-          Merci. J'y veillerai.
 
Je sentis un poids s'enlever lorsqu'il transplana à son tour. Quel que soit l'avenir, avec eux comme protecteurs des personnes qui étaient chères à mes yeux et importantes selon la prophétie, je pouvais être tranquille.
 
 

| Manoir Voldemort |

~ Point de vue général ~

 
Le Lord revenait dans son repère, sa fureur impossible à apaiser. Il était parti pendant quinze jours, laissant la direction de l'armée du Mal à ses plus fidèles alliés en son absence. Il avait bien dit à ses hommes de rester tranquilles, et de ne lancer aucune mission, sauf en cas d'absolue nécessité. Et voilà qu'à peine rentré, il apprenait qu'Abraxas Malefoy et Orion Black, ses deux meilleurs alliés, avaient déclaré la guerre aux forces de l'ordre pour asseoir la domination des Mangemorts, et intensifier la politique de terreur. Oh, Le Lord aurait pu les féliciter pour leur brillante initiative visant à éliminer les plus dangereuses menaces pour son armée... mais ces sombres crétins n'avaient pas toutes les cartes en main pour mesurer l'ampleur des conséquences.

 

Avoir l'ensemble des forces de l'ordre sur le dos n'était pas un problème... ça faisait partie du plan depuis le début. C'était prévu. Impossible de déclencher une guerre sans devenir l'ennemi public numéro un. Mais l'embuscade, ajoutée à l'attaque de l'Arpège, allait pousser Tracker en personne à se joindre à la bataille. Et ça, affronter la Mort incarnée ne figurait pas au programme, même après son départ de ce manoir. Jusqu'à maintenant, elle ne s'était pas impliquée dans la guerre. Le Lord savait qu'il n'avait rien à craindre tant qu'il laissait les personnes qu'elle aimait tranquille. Elle le lui avait suffisamment fait comprendre.

 

Abraxas et Orion avaient changé les règles sans même s'en rendre compte... et ils avaient entraîné bon nombre de ses hommes avec eux. Entre l'embuscade, le sauvetage, et l'attaque du restaurant, le Lord dénombrait déjà quarante-six pions de moins. La capture d'Orion et la traque d'Abraxas le privaient de ses meilleurs atouts au Ministère. Comment allait-il infiltrer les hauts rangs politique après une telle affaire ?! C'était foutu, il faudrait des années pour y parvenir de nouveau. Sans compter que les prochains mois devront être consacrés au recrutement pour compenser la perte subie dans son armée. Une prise de retard considérable ! Il en voulait énormément à ses hommes de ne pas avoir su rester en place. Il ne pouvait décidément faire confiance à personne. 
 
Afin de stopper l'avalanche de mauvaises nouvelles qui l'avait assailli à son retour, le Lord avait ordonné à ses troupes de se retrancher au manoir, pour les protéger. Non pas qu'il se souciait de leur état de santé... mais il avait besoin de son armée pour prendre le pouvoir. Il avait donc augmenté la sécurité, faisant de ce lieu une forteresse imprenable. Mais au fond de lui, il avait le pressentiment que ce ne serait pas suffisant. Quelle barrière pouvait bien arrêter le Fantôme de la Mort ? Tracker devait penser que le Lord était à l'origine de tout ça... qui d'autre que lui pourrait autoriser de tels assauts ? Elle ne pouvait pas savoir que le Seigneur des Ténèbres était bien loin de l'Angleterre au moment des faits, dont il ignorait tout. Elle avait dû prendre l'embuscade comme une déclaration de guerre, non pas aux forces de l'ordre, mais à elle. Il n'osait imaginer l'ampleur de sa riposte après cette attaque personnelle. Bien plus qu'un désir, la vengeance était un devoir chez elle, et il savait qu'elle n'y manquerait pas.

Il secoua la tête avec agacement à l'idée que sa plus redoutable ennemie soit sa fille. Ses hommes l'attendaient dans la salle de réunion. Il allait leur enfoncer dans le crâne qu'aucune initiative n'était permise. C'était lui le maître du jeu, lui qui connaissait le plan à jouer... les Mangemorts n'étaient que des pions. Il devait aussi trouver une histoire convaincante pour que les Mangemorts ne touchent pas aux Maraudeurs. Pour le bien de ses projets, il était encore trop tôt pour les tuer, même s'il en avait envie. Ce jour viendra, il fallait juste patienter encore. Il n'était pas prêt à faire payer à sa fille son amour déplacé pour des bâtards sans en subir de lourdes conséquences.
 
Lorsque le Lord ouvrit la porte de la salle de réunion, il comprit que c'était déjà trop tard. L'effarement balaya momentanément sa fureur. Une quinzaine de cadavres était alignée sur la grande table en granit noir. Il s'avança lentement, sortant sa baguette par précaution. Il marcha le long de la table, identifiant chacune des victimes, toutes tuées au couteau, leur masque de Mangemort brisé posé sur leur poitrine. Chacun de ces Mangemorts avait participé à l'embuscade ou à la captivité de Moser. Les autres avaient été tués sur le terrain, ou arrêtés comme Orion. Seul Abraxas Malefoy manquait à l'appel. Avait-il eu la chance de ne pas se trouver au manoir quand Tracker était venue se venger ? Probablement... elle ne l'aurait pas raté sinon. Un courant glacé parcourut le Lord à cette pensée... s'était-elle vraiment contentée des Mangemorts impliqués dans les attaques ? Ou avait-elle décidé de punir le Lord en le privant de son armée toute entière ?
 
Sans plus attendre, il sortit de la pièce, voulant savoir si toute son armée avait été décimée. Un tremblement de rage le parcourut en arrivant à l'étage... toutes les portes des appartements de ses serviteurs étaient ouvertes. Absolument toutes ! Une vague de colère le saisit en songeant que c'était lui qui avait rassemblé son armée dans le même lieu, facilitant la tâche à Tracker. Comment avait-il pu songer que sa protection suffirait ? Prue était capable de faire sauter n'importe quelle défense ! 
 
Nagini siffla à ses côtés, s'avançant la première pour constater l'ampleur du désastre. Le Lord la suivit, comme dans un cauchemar. Il voyait déjà ses projets tomber à l'eau. Reconstituer une armée prendrait des années. En passant devant la première porte, il se rendit compte pourtant que son habitant... dormait. Tout simplement. Il n'avait pas besoin de vérifier son pouls, sa respiration calme était visible depuis le seuil. Voldemort se retourna, constatant que c'était le cas du voisin d'en face. Le soulagement l'envahit, apaisant sa fureur envers sa fille. Prue avait beau être cruelle dans sa vengeance, elle continuait de suivre la ligne de la justice. Ces Mangemorts ne l'avaient pas blessée, elle ne les avait donc pas tués. Elle voulait juste prouver à son père qu'elle était capable de réduire son armée à néant si elle le voulait. 
« Il faut l'éliminer Maître... » lui siffla Nagini. « Elle vous menace ouvertement, et elle est capable de vous détruire. »
 
Le Lord tourna les talons sans répondre à son reptile. Il était agacé que sa fille soit capable de lui tenir tête à lui, le grand mage noir. Il ne supportait pas d'avoir un ennemi aussi redoutable. Aujourd'hui elle s'était contentée d'endormir son armée, mais elle pouvait revenir demain tout détruire.
Le Seigneur des Ténèbres arriva dans ses appartements, réfléchissant à une solution au problème « Tracker ». Il finit par se poster devant la fenêtre, serrant dans sa main le médaillon qui ne le quittait jamais. La solution, il l'avait. Il la connaissait depuis le jour où Prue était partie, après des aveux intolérables. Elle était indomptable. Incontrôlable. Le seul moyen de l'empêcher de nuire à ses projets était de la tuer.

 

Machinalement, il ouvrit le médaillon qu'il tenait. Son c½ur le trahit comme à chaque fois qu'il posait les yeux sur la photographie de Rosalie Halliwell, la seule femme pour laquelle il avait été capable d'amour. Des souvenirs de cette époque remontèrent à la surface, emportant ses pensées dans un tourbillon de flashs. Une éternité semblait s'être écoulée, et pourtant, sa mémoire avait parfaitement conservé ces moments trop rares auprès d'elle et de ses deux filles. S'il était persuadé aujourd'hui que l'amour était une ignoble faiblesse, c'est bien parce qu'après toutes ces années, ses pensées s'égaraient encore auprès de Rosalie. Lui, le Seigneur des Ténèbres, n'avait jamais oublié cette femme, qui avait choisi de disparaître de sa vie plutôt que de vivre éternellement à ses côtés, au prix de son âme. Et il se la remémorait encore plus précisément lorsqu'il se tenait devant cette fenêtre, orientée en direction du manoir des Halliwell, par-delà l'immense forêt.
 
Il redescendit bien vite sur terre en voyant le reflet imprécis d'une silhouette noire dans le carreau de la fenêtre. Il fit volte-face, mais une lame était déjà pointée sur sa gorge. Nagini était emprisonnée dans une bulle à l'autre bout de la pièce, incapable de lui venir en aide. Il n'avait rien vu venir.
 
-          Bonjour Père.
 
La rage était clairement audible dans la voix de sa fille. Une rage profonde. Si lui hésitait encore à se résigner à la tuer, elle avait visiblement fait son choix. La haine qui l'abritait semblait sans limite. Ses abrutis de Mangemorts avaient réussi à déclencher sa fureur.

-          Prue, souffla le Lord. Laisse-moi t'expliquer.
-          Il n'y a rien à expliquer ! Vous vous en êtes pris à ceux que j'aime... par trois fois. Et vous avez réussi à éliminer un membre de la meute... Vous m'avez délibérément déclaré la guerre, je vais donc agir en conséquence.
-          J'étais absent ces quinze derniers jours, je ne suis pas responsable de ce qui est arrivé. Abraxas et Orion ont agi de leur propre chef, je n'ai jamais voulu ce qui est arrivé.
-           Ce n'est pas mon problème si vous n'êtes pas capable de tenir vos chiens en laisse. Moi tout ce que je constate, c'est que les personnes qui me sont chères sont en danger, et que je vais devoir enterrer l'un de mes collègues, Wagner. Sans parler bien sûr du nombre d'innocents qui vont également terminer au cimetière par votre faute.
-          Tu as déjà eu ta vengeance... que me veux-tu ?
-          Je n'ai pas terminé ma vengeance... Abraxas court toujours.
-          Tu n'as pas besoin de moi pour le retrouver.
-     Ça c'est sûr. Mais pour me prouver que vous n'étiez pas impliqué... vous convoquerez votre armée... et c'est vous qui tuerez Abraxas devant tout le monde. Vous leur direz combien l'obéissance est nécessaire... qu'aucune action ne peut être menée sans votre approbation car vous suivez un plan strict qui ne permet aucun débordement. Vous leur direz que c'est pour cette raison que vous avez également tué les survivants de l'embuscade, et que vous n'irez pas faire évader Orion Black. Pour calmer l'incendie qui s'est déclenché, vous allez également stopper vos attaques répétées envers les forces de l'ordre. Si vous ne le faites pas, les Mangemorts que vous avez trouvés endormis pourraient bien plonger dans un sommeil éternel la prochaine fois.
-          Pourquoi veux-tu m'attribuer le meurtre de mes propres soldats ? cracha le Lord.
-         Oh, j'aurais largement préféré signer... tout comme je rêve de tuer moi-même Abraxas... Seulement je tiens à vous assurer une obéissance absolue de la part de vos chiens. Après ce soir, vos Mangemorts auront ce châtiment incrusté dans la tête. Ils n'oseront plus vous désobéir, même en croyant bien faire, redoutant une mort certaine. 
-          En quoi cela te concerne ?
 
Prue appuya davantage avec sa lame sur la gorge de sa proie.
 
-          Chaque larme versée par ceux que j'aime fera couler une mare de sang dans vos rangs. Alors si vous tuez... ou laissez tuer l'un des miens... je peux vous assurer que je m'appliquerais à réaliser la plus terrible des vengeances. N'oubliez jamais que c'est la lame de la mort qui est pointée sur vous...et que c'est moi qui décide si elle doit s'abattre ou non. Vous êtes un homme intelligent Père... vous savez qu'il existe des personnes dans ce monde que vous ne devez pas toucher, même si vous en crevez d'envie. C'est d'ailleurs pour cette raison que vous me laissez vivre en paix malgré ma trahison. Donc si vos hommes vous obéissent au doigt et à l'½il... eux non plus ne représenteront pas une menace, et nous pourrons continuer chacun de notre côté. Vous comprenez ?
-          Et si je cédais à l'envie de te punir ? provoqua le Lord.
-          L'incendie qui naîtra deviendra si incontrôlable qu'il ne restera que les cendres de votre armée à vos pieds. Pourquoi s'attirer la foudre quand on peut tout simplement la regarder s'abattre au loin ?
-          J'ai pris davantage de précautions depuis ton départ Prue... je ne te crains plus.

Prue comprit alors les quelques changements physiques qui avaient transformé son père. Il était encore plus pâle que d'habitude, avec des yeux démoniaques. Ses prunelles ressemblaient à deux fentes comme celles d'un serpent. Même son corps semblait être plus maigre. Il s'était aventuré plus loin encore sur le chemin de l'immortalité.
Prue ricana avec amertume, avant qu'un courant de haine lui impulse un désir meurtrier. Elle posa sa main sur le c½ur de son père, faisant disparaître bien vite le sourire narquois de celui-ci. Comment son père pouvait-il oser la menacer alors qu'elle venait négocier une trêve en échange du sang mérité des coupables ? Le visage du Lord se crispa, tandis que ses veines s'assombrirent. Prue se délectait d'absorber l'énergie de son père. Son âme était peut-être intouchable à l'heure actuelle, mais son corps était aussi frêle que n'importe lequel entre ses mains.
 
-          Vous avez beau être le Seigneur des Ténèbres, vous n'êtes rien face à la Mort. Rien d'autre qu'un adversaire impuissant. Vous avez pris des dispositions pour lui échapper ? Ca ne vous protégera pas. Personne ne lui échappe. Vous n'avez fait que multiplier les barrières, mais si un jour je décide de les franchir, elles tomberont misérablement une par une.
 
Prue relâcha son père d'un coup, le faisant tomber à genoux devant elle. La haine était moins forte, comme si le fait de ressentir la faiblesse de son père sous son emprise l'avait apaisée. Elle croisa son reflet dans le carreau de la fenêtre, surprise de constater que ses pupilles s'étaient incroyablement dilatées. Lorsqu'elle voulut s'en assurer, son reflet était à nouveau normal. Elle détourna alors son attention sur son père, reprenant difficilement sa respiration. Elle avait voulu lui faire ressentir le même courant glacé que celui qu'elle avait absorbé pour sauver la vie de Remus. Elle voulait que son père sache ce que ça fait de sentir la douce étreinte de la Mort lui couper le souffle et le vider de ses forces... impuissant.
 
-          N'oubliez pas... une vie... pour une larme. C'est le prix à payer, et vous m'en devez encore une. Si vous refusez de payer votre dette, c'est toute votre armée qui en subira les conséquences.
 
Il releva la tête, lui lançant un regard assassin. Prue devina qu'à cet instant, il jurait vengeance. Tous deux savaient que le lien maudit qui les unissait n'était plus aussi noué qu'auparavant. Il y avait eu trop de désaccords, trop d'affrontements. Ils représentaient chacun une menace pour l'autre, et c'est la raison pour laquelle, un jour, l'un d'entre eux se résignera à tuer l'autre.
 
~ Point de vue de Prue ~
 
Je quittai le manoir en annulant le sortilège lancé aux troupes de mon père, enragée. Mon père savait désormais que j'étais prête à le détruire si l'envie m'en prenait. Il ne pouvait plus compter sur mon attachement. Je savais qu'il paierait sa dette. Mais ce qu'il m'avait dit au sujet de son immortalité me rendait moins confiante en l'avenir. J'aurais dû le tuer tant que j'étais son unique Horcruxe. Désormais, je savais qu'il en existait d'autres, au nombre et à la forme indéterminés. Je pouvais balayer son armée, mais en l'état actuel des choses, je ne pouvais plus le tuer. Je m'en voulais de ne pas m'être résignée à l'abattre avant. La tâche serait nettement plus compliquée et longue maintenant.

 

Je soupirai en portant ma main au tatouage sur ma poitrine représentant le Basilic. Il n'était plus question d'honneur ou de famille à présent. Nous étions en guerre, tous les coups étaient permis. Mon père allait me régler sa dette. Il me croira satisfaite, et il pensera pouvoir continuer tranquillement à accomplir ses projets, tant qu'il ne touche pas aux miens... sans se douter que pendant ce temps, j'agirai dans l'ombre pour conduire sa chute.
Terminée la neutralité. Les innocentes victimes de cette guerre avaient aussi droit à leur vengeance.

 
Chapitre 18 : Une vie pour une larme

 
Hello ! J'ai enfin réussi à publier ce chapitre... après 3 versions. Ouf ! Votre avis est très attendu, j'aimerais savoir si j'ai fait les bons choix  :)
Tracker a sorti les griffes dans ce chapitre, et le lien puissant qui l'unit à Voldemort a enfin trouvé son explication : Prue est l'Horcruxe de son père ! N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de tout ça  ;)
Gros bisous, à la prochaine !

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • harry-potter-8-fic

    22/12/2015

    Ta fiction est la seule que je suit tellement elle me passionne :)

  • harry-potter-8-fic

    22/12/2015

    De rien pour l'avis sur ta fiction, c'est normal de donner de bons avis sur les bonnes fictions :)

  • harry-potter-8-fic

    22/12/2015

    J'adore quand Prue tient tête à son père comme ça.

  • MikaWolfeHP

    20/12/2015

    Jaimeeeee! Enfin jai fini ma première session d'université, jen profite pour me replonger dans ton histoire ^^ l'allusion que tu as faite sur l'enfant de James et Lily (Harry!) qui jouera hn rôle impirtant m'a fait sourire :)

  • Hurricany

    25/09/2015

    Je me doutai que Prue avait un horcruxe quelque part pour avoir survécu à autant de si mauvais sortilège. Mais de là à ce qu'elle soit l'horcruxe de son père. Choquée !! La fiction prend un tout nouveau tournant maintenant que Tracker a prit position dans la guerre. Et la chasse risque d'être longue...

  • Harry-Potter-generationx

    24/09/2015

    Coucou :D

    Oh sa mère ! Prue est un horcruxe !!!! :o Je suis sur le cul xD

    Bon je m'attendais a une vengeance un peu plus sanglante mais c'est pas grave ! J'espère au moins que nous décrira la scène ou Voldemort abat Malfoy pour assouvir le désir de vengeance de tes lecteurs ^^

    Je pense que nos maraudeurs chéris sont en sécurité maintenant que la meute de Prue les protège. Mais qu'est-ce que ca va etre drole si la meute de Prue aprend un jour que Prue Hunt et tracker ne sont qu'une sule personne !!!! :D

    Bon la meute est intervenue car Prue les a appelé mais COMMENT elle les a appelé ?! tu avais dit que tu l'expliquerai dans ce chapitre, mais tu ne l'as pas fait !!! PUBLICITE MENSONGERE !!! :o

    Bon je pense que l'histoire de Jack, on la connaitra plus tard, mais ça me perturbe tout ça maintenant ^^

    J'ai vraiment hâte de lire la suite :D

    Bis

    Camille

  • evanalinch-lunalovegood

    22/09/2015

    Wow wow wow prue un horcruxe c'est super bien pensé.
    Comme d'hab super chapitre qui montre la détermination de prue à se débarrasser de son père et des mangemorts

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