Chapitre 19 : Une trève illusoire

« Les Mangemorts ont commis un acte irréversible. Ces combats que je regardais de loin sont désormais ma préoccupation. La Mort que j'incarne avec fureur a pris position dans cette guerre devenue personnelle. Il ne s'agit pas seulement de vengeance... mais d'amour. La seule façon de protéger les personnes qui me sont chères est de détruire les menaces qui pèsent sur eux. Et pour cela, les frontières entre mes vies vont devoir s'estomper.  »
 
Chapitre 19 : Une trève illusoire
 

 

| 22 mars 1980 – Division de la Brigade Criminelle Magique – 11h|

 
J'arrivai à peine au Ministère, le c½ur gonflé de rage. La mort de Wagner nous avait tous ébranlés. Je sentis mes entrailles se serrer en passant devant son bureau, alors que des agents du Ministère le vidaient de ses affaires personnelles pour les remettre à la famille. J'essayais de ne plus penser aux émouvantes paroles de sa femme, qui lui avait rendu un magnifique hommage lors de son enterrement, ni à celles de Moser. Cela ne faisait qu'attiser ma haine, et ce n'était pas le moment de laisser des émotions aussi intenses m'envahir. J'avais une vengeance à terminer, mais pour l'heure, un meurtre avait été signalé, ouvrant une nouvelle enquête. Après l'enterrement de Wagner, j'avais grand besoin de me changer les idées.
 
A mon arrivée sur la scène de crime, j'eus l'étrange plaisir de me retrouver en compagnie de ma mystérieuse sauveuse. Nous nous étions vues de loin pendant les funérailles, sans avoir l'occasion d'échanger quoi que ce soit. 
 
-          Bonjour Noven, saluai-je à voix basse.
-          Bonjour... bien triste journée.
-          Oui, soupirai-je. Alors, où est le compagnon de notre victime ?
 
La victime était une jolie jeune femme, dont la beauté avait été gâchée par des coups multiples sur tout le corps. Elle avait été battue à mort, sans nul doute possible.
 
-          Recherché, répondit Julie en se reportant sur le cadavre. La victime a tenté de se défendre, mais elle n'a pas fait le poids face à son assassin. Il n'y a pas eu effraction, aucune empreinte ni ADN autre que ceux des habitants de cette maison, et un mari disparu... d'après ce que j'ai entendu, les voisins ont signalé des disputes régulières qui dégénéraient souvent...
-          Le mari semble être le coupable évident... autre chose qui puisse le prouver avec certitude ?
-          Pas encore, je vous tiendrai au courant.
-          Ok.
 
Je restai plantée là, à regarder Julie continuer à travailler, silencieuse. Elle avait des gestes précis et méthodiques. Elle releva la tête, m'interrogeant du regard en voyant que je ne partais pas.
 
-          Je n'ai pas encore eu l'occasion de vous remercier de m'avoir sauvée... soufflai-je.
-          Je suis soulagée d'avoir réussi à vous ramener, avoua Noven avec un faible sourire.
-          Vous êtes vraiment une guérisseuse incroyable. Pourquoi avoir quitté l'hôpital ?
-        Pour des raisons personnelles. J'ai passé ma vie à soigner des gens qui m'étaient étrangers... j'ai ressenti le besoin de me consacrer aux personnes qui me sont chères désormais. Le rythme que j'avais à l'hôpital ne me le permettait pas.
-          Je comprends. 
-         Prenez soin de vous Prudence. J'aimerais ne plus avoir à vous sauver in extremis. J'ai vu à quel point vous êtes bien entourée... profitez de cette chance.
-          J'y compte bien. Mais je ne pouvais pas laisser Remus mourir.
 
Julie acquiesça tout en me regardant avec bienveillance.
 
-          L'amour nous fait commettre de bien étranges actes, dit-elle. Du sacrifice jusqu'au meurtre, sans la moindre distinction.
 
Une étrange sensation me parcourut à l'entente de ces paroles. J'avais déjà eu ce genre de pensées, c'était assez étonnant de l'entendre dire par quelqu'un d'autre. 
 
-          C'est vrai, avouai-je. J'espère que le vôtre guérira bientôt.
 
Ce fut à son tour d'être soudainement perturbée, ce qui conforta ce que je pensais depuis le début. Julie Noven avait le c½ur blessé. Je ne savais pas encore à cause de quoi, mais l'entaille était profonde. Et bizarrement, j'avais très envie de savoir pourquoi. Cette femme m'intriguait.
 
 

| Manoir Voldemort – 21h30 |

 
J'étais de retour au manoir de mon père, pour m'assurer qu'il exécute ma volonté comme je lui avais explicitée. Déguisée en Mangemort, je n'avais eu aucun mal à me fondre dans la masse, incognito. L'armée du Mal au grand complet se trouvait dans ce manoir... j'avoue que l'envie de tout brûler continuait de me démanger. J'avais beau me répéter que cela n'arrêterait pas mon père, immortel grâce à ses Horcruxes, l'envie me saisissait face à cette occasion en or. Seulement, si j'assouvissais ma soif de sang maintenant, mon père disparaîtrait dans l'ombre... et mes loups ne seraient pas assez forts pour protéger les Maraudeurs de sa fureur. Je ne voulais pas déclencher de guerre ouverte avec mon père, car les conséquences seraient ingérables pour nous deux. Ce serait faire couler un vrai bain de sang, perdre tout ce qui nous était cher, et nous entretuer. Un avenir peu reluisant. Nous étions capables de faire des efforts tous les deux tant que nous avions quelque chose à perdre. Le jour où l'un de nous se retrouvera privé de ce qu'il avait de plus cher, il n'y aura plus de limite... ce sera un véritable carnage. Je ne pouvais pas perdre le seul moyen de pression sur lui qui me permettait de le tenir éloigné des Maraudeurs. Je préférais la jouer dans l'ombre et en finesse, comme je savais si bien le faire.
 
-          Ce soir, j'aimerais revenir sur les derniers événements, commença mon père. Comme vous le savez, j'ai dû m'absenter pendant deux semaines, période pendant laquelle j'ai confié les commandes aux plus anciens Mangemorts. J'avais néanmoins ordonné de ne mener aucune action, sauf en cas d'absolue nécessité. C'était la preuve d'une grande confiance de ma part... et j'ai été trompé.
 
Je n'aurais su dire si mon père jouait le chef frustré et enragé contre ses hommes parce qu'il savait que j'étais là, ou s'il était vraiment en colère. Il ne s'était pas assis, marchant lentement devant ses troupes, les toisant du regard sur son passage.
 
-          Abraxas Malefoy et Orion Black ont pris l'initiative de déclarer une guerre ouverte aux forces de l'ordre. Peut-être pensaient-ils me faire un cadeau... mais c'était la dernière erreur à commettre.
 
Il s'arrêta, balayant ses hommes d'un regard perçant. L'ambiance était assez tendue... les Mangemorts retenaient leur souffle, ne sachant pas ce qui les attendait. Ils ne devaient certainement pas comprendre ce que leur Maître leur reprochait.
 
-          Pourquoi ? reprit mon père. Vous devez très certainement vous poser cette question ? Pourquoi était-ce une erreur ? Après tout, nous avons déclaré la guerre à l'Angleterre, alors s'en prendre à des Aurors et des policiers devrait faire partie du plan... Et bien ceux qui pensent ça sont de parfaits crétins qui mériteraient de quitter mon armée sur-le-champ ! En vous en prenant aux forces de l'ordre, vous avez rendu cette guerre personnelle. Quand vous vous attaquez à une meute, il vous faut tuer tous les membres pour ne pas avoir à craindre la vengeance des survivants ! Cette embuscade a fait des Aurors et des policiers des victimes... qui sont devenus des héros avec leur détermination à nous affronter. En sauvant Bradley Moser, en arrêtant Orion, et en tuant de nombreux Mangemorts ces derniers jours, ils ont prouvé à toute l'Angleterre que nous n'étions pas intouchables. Des civils ont pris part aux combats devant l'Arpège, alors qu'avant, ils fuyaient. Et ça, ça s'appelle la rébellion. Pour l'instant, elle n'est évidente que chez les forces de l'ordre, qui se sont très largement soulevées... mais vous verrez que bientôt, la population anglaise aussi va s'y mettre. Malgré toute notre puissance, nous ne sommes pas aptes à faire face à un pays tout entier.
 
Mon père reprit sa marche devant ses hommes, laissant passer un silence pesant. Sa rage n'était pas qu'une comédie. Je reconnaissais le stratège en lui... car il avait très bien analysé les répercussions à venir. Un souffle de rébellion était effectivement prévisible désormais. Les Mangemorts étaient si immobiles que j'aurais pu les confondre avec des statues. Je n'arrivais même plus à voir leur poitrine se soulever tellement ils étaient en apnée.
 
-          Si je fais le bilan de ce cadeau empoisonné... j'ai perdu deux de mes plus loyaux serviteurs, qui avaient également une grande et précieuse influence au Ministère. Les forces de l'ordre, toutes brigades confondues, ont tellement envie de notre peau que je suis prêt à parier qu'ils vont durcir leurs méthodes prochainement, puisque leurs supérieurs ne sont plus capables de les tenir en laisse comme c'était le cas jusqu'à maintenant. Entre l'embuscade et l'attaque de l'Arpège, j'ai perdu près de cinquante hommes... Et me voilà ici, devant vous, en train de vous expliquer tout cela, pour que vous compreniez pourquoi notre armée va encore perdre deux hommes.
 
J'avais l'impression d'entendre des battements de c½ur tellement tous les Mangemorts étaient crispés. Ils devaient se demander qui allait mourir ce soir. Tout le monde savait que mon père avait la baguette facile, au plus grand bonheur de son immense serpent, Nagini. D'ailleurs, je fus surprise de constater son absence. Cette saloperie était là d'habitude, elle ne quittait pas mon père.
 
-          Comme certains d'entre vous ont dû s'en apercevoir, il manque des Mangemorts aujourd'hui... tous ceux qui ont participé à l'embuscade et à la capture de Moser pour être précis. Orion Black est à Azkaban, et je ne compte pas aller le chercher, pour qu'il ait le temps de mesurer l'ampleur des conséquences de son erreur. Quant à Abraxas Malefoy...
 
Il désigna la porte dissimulée dans l'ombre, qui s'ouvrit sur le responsable de tout ça... me faisant jubiler. Abraxas avança, ligoté, à visage découvert. Son sourire narquois avait définitivement disparu. Il n'y avait plus que la rage mêlée à l'incompréhension dans son regard. Lui qui pensait obtenir gloire et reconnaissance tout en se vengeant de mon affront, il allait mourir. Je souris à l'idée de lui faire sentir ce qu'était « l'injustice », lui qui l'avait répandue toute sa vie. 
 
-          J'espère ne plus jamais avoir à vous rappeler que c'est moi votre Maître... et que vous n'avez pas le droit de vous écarter du chemin que je vous trace, cracha le Lord.
 
Il se tourna vers Abraxas, prêt à frapper.
 
-          Je vous prie de me pardonner pour mon erreur, Maître, implora Abraxas. Je pensais vous servir... comme je l'ai toujours fait depuis le début.
-          Tu as été, et tu resteras, l'un de mes meilleurs serviteurs... mais tu as déclenché un incendie qui deviendrait incontrôlable si jamais je te laissais vivre.
 
Ses paroles résonnèrent presque comme des regrets à mes oreilles. Une douce mélodie que je n'étais pas prête d'oublier. Sans plus attendre, mon père lança un sortilège de Mort qui frappa Abraxas en pleine poitrine. L'effarement balaya l'assemblée ; plus personne n'osait bouger. Une immense satisfaction m'envahit en voyant le corps de ma cible s'écrouler au sol. Mon père n'avait pas osé me défier, preuve incontestable que j'avais réussi à lui intimer la crainte et le respect. Son armée toute entière avait été témoin de son inflexibilité. Désormais, si un Mangemort « s'écartait du chemin », ce serait contre mon père, pas pour lui... car en tuant celui qui avait eu le cran de s'en prendre aux forces de l'ordre, il prouvait qu'il ne valait pas la peine de mourir pour sa cause. Même les plus loyaux pouvaient se faire exécuter comme des chiens. J'avais eu ce que je voulais : pour les Mangemorts qui n'étaient pas de simples moutons, cette soirée leur aura appris qu'ils n'étaient que de vulgaires pantins entre les mains de mon père. Cette exécution, injuste à leurs yeux, restera à jamais gravée dans la mémoire des Mangemorts. Peut-être que le sentiment de révolte allait également naître au coeur de l'armée du Mal. Ce serait sûrement trop beau pour se produire, mais j'osai y croire désormais. J'avais réussi à faire coup double. Magnifique soirée. Ma vengeance était parfaite. 
 
Mon père congédia ses hommes, de mauvaise humeur. Malgré l'insensibilité qu'il tentait d'afficher, je sentais que ce meurtre était le premier à ne pas le laisser indifférent. En plus de tuer un serviteur important qui ne le méritait pas, il l'avait fait sous le chantage de sa propre fille... quel sentiment l'abritait à cet instant ? J'aurais bien voulu le savoir ! Mon père n'avait jamais été manipulé ainsi. Il n'avait jamais craint personne de la sorte pour commettre un acte contre sa volonté. En cet instant, le sentiment de puissance qui me traversait le corps était absolument exquis. Même le plus grand mage noir n'osait me contrarier.
 
Je sortis de la pièce la dernière, m'arrêtant sur le seuil pour faire face à mon père. Mon masque de Mangemort s'obscurcit pour redevenir entièrement noir. Mon père me reconnut de suite, car son regard s'assombrit davantage.
 
-          Votre dette est réglée, soufflai-je.
 
Le Lord serra les dents, choisissant de ne pas me répondre. Je partis le sourire aux lèvres, fière d'avoir lu l'impuissance dans ses yeux pour la première fois.
 
 

 
| 23 mars 1980 – Ministère de la Magie – QG des Aurors |

 
L'ambiance était tendue au Ministère. L'affaire sur Black et Malefoy avait eu l'effet d'une bombe, et l'attaque de l'Arpège n'avait fait que redoubler les retombées. Les journalistes étaient partagés entre s'en donner à coeur joie sur la haute sphère politique, ou relater la violente bataille qui avait fait de nombreux morts. Fudge et ses conseillers essayaient de contraindre Maugrey et Moser de calmer leurs troupes respectives, mais Aurors et policiers avaient soif de justice. La mort de Wagner n'avait fait qu'attiser notre haine envers nos ennemis. Pour preuve, il n'y avait pas eu le moindre Mangemort prisonnier suite à la bataille, excepté Orion. Je n'avais pas été la seule à profiter de la situation pour tuer, au lieu de neutraliser.

 

Faire des prisonniers ne servait à rien avec les Mangemorts, ils n'avaient aucune raison de parler et ne craignaient absolument pas les forces de l'ordre. Ils savaient que les moyens légaux les protégeaient de méthodes poussées. Ça me rendait malade qu'il y ait des avocats qui soient capables de prendre leur défense. Non, il valait mieux les tuer sur le champ de bataille. C'est là qu'ils méritaient de finir, et j'étais satisfaite que mes collègues soient enfin arrivés à cette même conclusion. Ils étaient bien décidées à faire face à l'ennemi, quels que soient les ordres. La mèche était enfin allumée. Dommage qu'il ait fallu attendre que les Mangemorts s'en prennent à nous pour qu'ils se réveillent.
 
Je regardai au loin Alastor et Lyall revenir au QG. Ils avaient accompagné Orion Black à la prison d'Azkaban, où il avait été condamné à y rester enfermé dans la zone la plus sécurisée jusqu'à la fin de ses jours. J'aurais pu être satisfaite en me disant qu'il recevrait très souvent la visite des Détraqueurs, les terribles gardiens d'Azkaban. Je me souvins de celui que j'avais affronté en cours de Défense Contre les Forces du Mal, alors que ce n'était qu'un Epouvantard... Ces aspirateurs de souvenirs heureux répandaient froid et désespoir par leur simple présence. Les jours d'Orion ne seraient pas agréables. Il ne tarderait pas à devenir aussi fou que les autres prisonniers, lorsque son être aura été vidé de toute joie. Il n'aura plus aucune échappatoire mentale. Toute personne ayant passé plus de six mois là-bas n'en ressortait pas indemne.

 


Pourtant, cet effroyable avenir qui était promis à Orion ne suffisait pas à me satisfaire. Malgré ses crimes, il n'avait pas été condamné à recevoir le Baiser du Détraqueur, châtiment ultime qui consistait à absorber l'âme. Cela équivalait à une peine de mort. Orion la méritait, mais il ne l'avait pas reçue. Pourquoi ? Pourquoi lui laisser la vie sauve ? Même si les jours qui lui restaient étaient maudits, il ne méritait plus de respirer. L'envie de me rendre moi-même à Azkaban pour finir le travail me taraudait depuis que la sentence avait été prononcée à la fin de son procès. Quelque chose au fond de moi me soufflait qu'il devait mourir... sans doute mon désir de vengeance.
 
Je sentis une main sur mon épaule, me sortant de mes pensées meurtrières. Lyall m'adressait un grand sourire victorieux.
 
-          Tu ne peux pas t'imaginer à quel point nous sommes heureux que tu aies arrêté ce connard prétentieux de Black !
 
L'appellation me fit ricaner. Les As des Aurors avaient pour objectif de le faire tomber depuis longtemps, mais Orion ne leur avait jamais donné l'occasion de le faire. Son arrestation avait fait des ravages dans les journaux et m'avait à nouveau propulsée à la une. Le plus satisfait de tous dans cette histoire, c'était Sirius. Depuis le temps qu'il rêvait de voir son père se faire enfermer, il avait jubilé pendant tout le procès. Il avait enfin eu droit à son jour de justice, après tout ce qu'il avait subi par la faute de ses parents.
 
-          Je partage ce sentiment, assurai-je.
-          On a senti ça pendant ton témoignage, rit Aaron en arrivant aux côtés de son ami.
 
En effet, étant donné que c'est moi qui avais arrêté Orion, j'avais été appelée lors de l'audience à la barre des témoins. Je ne m'étais pas privée pour l'enfoncer, tout en énonçant les circonstances de son arrestation. J'avais bien précisé qu'il avait essayé de me tuer pendant la bataille, et qu'il m'avait menacée de mort pour l'avoir arrêté. J'avais également fait savoir à l'assemblée du Magenmagot qu'Orion ne comptait pas rester enfermé à Azkaban, et qu'il avait suffisamment d'alliés parmi les Mangemorts pour réaliser ce souhait. Malheureusement, cette dernière affirmation n'avait pas été prise en compte, puisqu'Orion n'avait pas été condamné au Baiser du Détraqueur... le Magenmagot était persuadé que personne ne pourrait le faire sortir d'Azkaban. La prison était restée impénétrable depuis sa création. Jamais aucune évasion n'avait réussi. Ils avaient donc préféré le garder en vie, au cas où si un jour on a besoin de l'interroger. Cette pensée m'énerva. Orion n'avait pas parlé avant d'aller à Azkaban, il ne parlerait pas davantage après y avoir séjourné, à moins de conclure un accord pour le faire sortir. 
 
-          Pourquoi Maugrey nous a convoqués ? demandai-je, ne voulant plus parler de Black sous peine de perdre le contrôle sur mes pulsions.
 
Les Maraudeurs et moi-même avions reçu la demande de nous présenter au QG des Aurors après le procès d'Orion, sans motif. C'était assez curieux, car de mémoire, il y avait toujours une raison à une convocation.
 
-          Je ne sais pas, répondit Lyall d'un air absent. Peut-être qu'il souhaite vous reparler de la bataille devant l'Arpège. Avec la mort de Wagner...
 
Mais il s'interrompit, et je compris pourquoi en voyant Moser arriver. La rage était encore lisible dans les yeux du lieutenant, et je savais qu'elle y resterait tant qu'il y aura un Mangemort en vie sur cette Terre. Wagner était comme un frère pour lui. Ils avaient travaillé en duo quasiment depuis leur début à la Brigade Criminelle Magique. Le deuil serait long et pénible.
 
Le silence s'installa dans le QG lorsque Maugrey s'approcha. Tout le monde se tourna vers lui, à l'écoute. Je remarquai que bon nombres d'Aurors étaient présents, ainsi que Sharp. Je reconnus également le responsable du Département de la Justice Magique non loin de Maugrey, que j'avais rencontré lors ma suspension. Les Maraudeurs me rejoignirent, tout aussi impatients que moi de savoir ce que tout ce cirque signifiait.
 
-          Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Orion Black vient d'être condamné à perpétuité. Il passera le restant de sa vie dans la zone la plus sécurisée d'Azkaban.
 
L'annonce répandit une vague de murmures, pour la plupart enthousiastes.
 
-          L'heure n'est pourtant pas aux réjouissances. Ces derniers jours ont été marqués par une escalade de violence, contre nous. Nous sommes devenus les cibles des Mangemorts. Je vous demande donc à tous d'être extrêmement vigilants. Ne baissez jamais votre garde, l'ennemi peut se trouver partout. Orion Black et Abraxas Malefoy ont prouvé que même ici, dans la plus haute sphère politique du Ministère, on pouvait trouver des Mangemorts.
 
Le chef des Aurors marqua une pause, son ½il magique tourné brièvement sur son supérieur, qui le regardait d'un air réprobateur. Évidemment, ce genre de discours n'était pas politiquement correct, mais Alastor ne semblait pas s'en soucier.
 
-          Nous sommes en guerre, et j'ai besoin d'une vraie meute de loups. Des loups prêts à tout pour défendre nos valeurs et notre pays, quitte à aller à l'encontre des ordres. Des loups courageux, qui n'hésitent pas à combattre l'ennemi, et qui sont capables de prendre des risques pour sauver des membres de la meute. Les récents évènements ont prouvé que nous avions ce genre de profil parmi nos recrues. Remus Lupin, Sirius Black, James Potter, vous n'avez pas hésité une seule seconde à vous joindre à l'assaut pour sauver le lieutenant Moser alors que c'était une pure folie. Prudence Hunt, tu as prouvé ton goût prononcé pour la chasse des prédateurs et ton mépris pour les ordres pouvant te barrer la route dès ton arrivée dans ce Ministère. Vous formez ensemble une équipe soudée, aux compétences complémentaires, capable de résoudre les enquêtes réservées normalement à des expérimentés, et de combattre sur un champ de bataille avec férocité. Pour toutes vos qualités qui font de vous de vrais chasseurs, je vous nomme Aurors. Vous rejoindrez les rangs dès demain.
 
Je sentis une décharge se propager dans tout mon corps sous l'effet de la surprise. Pendant son discours, je pensais qu'il s'agissait de « simples » félicitations, jamais je n'aurais pensé que nous serions promus. J'échangeai un regard stupéfait avec les Maraudeurs, qui ne semblaient pas y croire plus que moi. Le grand jour était enfin arrivé ! Nous étions Auror ! C'était l'accomplissent d'un projet pour nous tous.

Les Maraudeurs se sautèrent dans les bras les uns les autres, avant que ça soit mon tour de les réceptionner avec joie. C'était une belle promotion pour notre âge, et même si elle allait davantage nous exposer à la guerre, c'était un immense honneur. J'aperçus Lyall par-dessus l'épaule de son fils que j'étais en train d'étreindre, qui me fit un clin d'½il. Il savait exactement pourquoi nous avions été convoqués, et il semblait fier, tout comme Aaron et ... Julie. Je reportai mon attention sur elle, ne m'étant pas rendue compte de sa présence auparavant. Elle souriait et applaudissait avec les autres, et je ne sus expliquer pourquoi cette vision me gonfla le c½ur de joie.
 

| . . . |

 
Jack m'avait invitée chez lui le soir-même lorsque je lui avais formulé mon désir de lui parler. J'attendais dans le salon, excitée. Entre ma vengeance et ma promotion, j'avais l'impression d'être une gamine impatiente d'annoncer une bonne note à son père. Mon mentor revint auprès de moi, une bouteille de Vodka Flamme à la main.
 
-          Ça faisait longtemps ! taquina Jack en prenant place dans un fauteuil en face de moi. Il m'a semblé comprendre que tu voulais me parler de quelque chose d'important.
-          Deux pour être précise. D'abord, je voulais te raconter la fin de l'histoire tragique qui a démarré avec l'embuscade...
-          Ah... je vois la joie briller dans ton regard... ça sent la vengeance.
-          Oh que oui.
-          J'ai vu qu'Orion Black avait été condamné... je suppose qu'Abraxas a subi ta justice personnelle ?
-          Bien mieux.
-          Raconte !
 

~ flash back ~
 
| 21 mars 1980 – Manoir Voldemort  22h50 |

 
J'étais partagée entre joie sauvage et rade profonde. Je tremblais d'impatience à l'idée de faire couler le sang de ceux qui avaient osé s'en prendre à ce que j'avais de plus cher. Je me heurtai à une protection redoublée à mon arrivée à la frontière du territoire de mon père... une protection que je brisai en moins d'une demi-heure. Même si j'avais parié que mon père aurait renforcé la sécurité pour tenter de me retenir, l'impatience continua à jouer avec mes nerfs. Ma soif de sang était telle que je n'avais pas encore décidé du sort des Mangemorts non impliqués dans l'histoire. J'étais en proie à une haine destructrice.
 
Je refermai discrètement la porte d'entrée derrière moi, observant le hall désert. A cette heure-ci, les quelques « internes » du manoir devaient dormir profondément... sans se douter qu'ils ne se réveilleraient certainement pas. Seuls les gardes trainaient... se baladant plus qu'autre chose, vouant une entière confiance en la puissance de la sécurité mise en place par mon père. Personne ne s'attendait à un intrus. Lyall avait déjà prouvé, avec mon aide, qu'il était possible de sortir, mais il n'y avait encore jamais eu d'intrusion. Du moins, de ce qu'ils savaient, car ils étaient loin de se douter que j'étais déjà revenue incognito à plusieurs reprises, pour régler quelques « affaires ».
 
Je montai les marches discrètement, baguette et couteau en mains. Tout était silencieux. Cela me rappela des souvenirs, lorsque je rentrais tard de mission. A l'époque, je faisais toujours le tour du manoir, pour m'assurer que tout allait bien, avant de terminer avec les appartements de mon père. Cette nuit, je refaisais le même circuit... avec la ferme intention de tuer. Tracker avait changé de camp. Des bruits de pas associés à une ombre projetée sur le mur du fond du couloir me sortirent de mes pensées. L'impatience redoubla lorsque je serrai un peu plus le manche de mon couteau entre mes doigts gantés... le sang allait bientôt couler. J'accélérai pour couper le virage au supposé garde, lui coupant la gorge avant de le prendre dans mes bras pour l'accompagner au sol. Un coup de lame supplémentaire dans le c½ur abrégea l'attente de la Mort. Je fis disparaître le cadavre et nettoyai le sang d'un coup de baguette, ne voulant pas prendre le risque que ma victime soit découverte trop tôt. Après quoi, je déverrouillai la porte la plus proche de moi, m'engouffrant sans bruit dans l'appartement d'un Mangemort.
J'eus un instant d'arrêt en constatant qu'il n'y avait pas une personne dans la chambre, mais une bonne dizaine. Pourquoi mon père faisait-il partager les appartements... ? Normalement, seuls quelques Mangemorts restaient sur place, et rarement en permanence. Seules des exceptions comme Diego et moi, qui n'avions nulle part où aller, pouvaient rester. Les autres faisaient un roulement, la plupart du temps à cause des missions confiées, ou comme Jack, parce qu'ils étaient souvent au manoir. Dans tous les cas, cela représentait si peu de personnes que chacun avait son appartement. Il restait même de la place en général.

Interloquée, je verrouillai la porte derrière moi et insonorisai les lieux. Je comptais bien obtenir des réponses avant de continuer ma vengeance. Il semblait y avoir bien plus de personnes que prévu dans ce manoir. Je pris une poignée de poudre dans ma poche, la lançant sur les Mangemorts pour les endormir encore plus profondément. Seul un n'en reçut pas, celui que je comptais interroger. Je m'accroupis à ses côtés, le réveillant à plaçant ma main sur sa bouche. Bien qu'inutile puisque j'avais insonorisé la pièce, c'était un excellent moyen de mettre la frousse à ma cible. Et pour augmenter la pression, je plaçai ma lame sous sa gorge dès qu'il ouvrit les yeux. La stupéfaction et l'incompréhension dilatèrent ses pupilles quelques instants. Il devait se demander ce qui lui arrivait.
 
-          Inutile de crier, prévins-je, tes copains ne se réveilleront pas.
 
La peur s'insinua dans ses yeux. Peut-être m'avait-il reconnu ? J'ôtai ma main gantée de sa bouche pour le laisser parler.
 
-          Pourquoi êtes-vous si nombreux ? demandai-je.
-          Tracker ?
-          Répond à ma question, intimai-je.
-          Pourquoi es-tu revenue ?
 
J'appuyai un peu plus ma lame sur sa gorge, pour qu'il comprenne que c'était moi qui posais les questions.
 
-          Le Maître nous a tous convoqués et nous a dit qu'il était préférable qu'on reste tous ici pour des raisons de sécurité, répondit rapidement ma proie.
-          Des raisons de sécurité ? m'étonnai-je.
-          Je crois que c'est à cause de l'affaire avec les Aurors...
 
Ainsi donc, mon père avait agi en connaissance de cause... cette pensée ne fit qu'amplifier ma haine. Pensait-il pouvoir m'échapper ?
 
-          Dois-je en déduire que tous les Mangemorts sont ici ?
-          Pour la plus grande majorité, oui. Certains sont en mission.
 
Un frisson me fit frémir. La quasi-totalité de l'armée était là... L'envie de la détruire pour châtier mon père était plus que tentante. C'était le pire moyen de le mettre en échec, sans avoir besoin de le tuer. C'était la pire vengeance que je pouvais accomplir après ce qu'il avait tenté de me faire. Et le désir de la réaliser me démangeait sérieusement...
Je laissai ma lame glisser sur la gorge de ma cible alors que je continuais de réfléchir.
 
J'allai me poster devant la fenêtre, regardant le vaste domaine de mon père s'étendre au loin, limité par la forêt. Mon corps tout entier était parcouru par de vifs lancements propulsés par un courant de rage. La louve réclamait son tribu de sang... et tout ce gibier me faisait perdre les pédales. Mes pulsions n'allaient plus tarder à devenir incontrôlables. Les souvenirs de l'embuscade me revinrent en tête, avec tout ce qui avait suivi... le corps paralysé de Remus, la capture de Moser, la bataille de l'Arpège, la mort de Wagner, les menaces contre les personnes qui m'étaient chères... Mon père méritait une bonne leçon pour avoir commis une si grave erreur. Il la méritait amplement.
 
Je me détournai de la fenêtre, balayant mon regard sur chacun des Mangemorts présents dans cette pièce. Mes mains tremblèrent légèrement sous l'ampleur de la colère que j'essayais de refouler. Et puis, un par un, je réveillai mes cibles, cherchant parmi elles celles qui avaient participé aux attaques contre mon entourage. Cela me demanda parfois de jouer un peu de ma lame pour délier certaines langues... mais lorsque je sortis, c'était accompagnée de mes cibles et de ma victime... que je conduisis dans le plus grand silence dans la salle de réunion d'en bas, abattant les quelques gardes sur notre passage. J'enfermai les coupables dans la salle, les laissant sans arme, et avec une multitude de questions. Certains m'avaient reconnu, et je devinai qu'ils allaient prendre soin de me présenter aux autres en mon absence. Pendant qu'ils mijotaient, je partis à la recherche de mes autres cibles. Il me fallut une heure supplémentaire pour fouiller tout le manoir et rassembler mes proies. J'étais frustrée de constater l'absence d'Abraxas Malefoy... car j'aurais adoré assassiner ses alliés sous ses yeux avant de m'occuper de son cas. Tant pis, je lui réserverai une sentence encore plus cruelle pour l'attente supplémentaire.
 
A mon retour dans la salle de réunion, mes proies se jetèrent sur moi pour essayer de me maîtriser. Tous les Mangemorts se retrouvèrent en ligne devant moi, immobilisés de force, sans que j'ai besoin de me servir de ma baguette.
 
-          Qu'est-ce que fais là Tracker ? A quoi ça rime tout ça ? demanda l'un des Mangemorts en première ligne.
-          Si tu me connais, tu devrais savoir que je ne me déplace... que pour tuer.
 
La terreur balaya les visages. Je me délectai de sentir cette atmosphère si pesante liée à la peur.
 
-          Pourquoi ? demanda-t-il.
-          Parce que vous le méritez, répondis-je simplement sur un ton d'évidence.
 
Ils tombèrent tous à genoux sous mon influence. Mon couteau se démultiplia, pour que chacune de mes victimes se retrouve avec une lame sous la gorge. Je pris un réel plaisir à poser mon regard sur eux, lisant à la fois supplication et incompréhension. La Mort allait les frapper avec soudaineté, sans qu'ils ne l'aient vu venir. Je ne me délectai pas de leur peur bien longtemps, l'impatience me poussant à passer à l'acte. D'un même mouvement, toutes les lames glissèrent sur les gorges de mes victimes, leur arrachant des gargouillements pendant qu'ils se vidaient, formant un véritable bain de sang. J'inspirai lentement, ma colère apaisée, mais ma soif toujours insatisfaite. Ma vengeance n'était pas encore terminée. Je disposai mes victimes sur la grande table en granit noir et nettoyai le sang d'un coup de baguette. Je quittai les lieux, laissant derrière moi une scène aussi propre qu'effroyable. Mon père ne mettrait pas longtemps à découvrir mon spectacle... et je serai là pour lui offrir le grand final.
 
 

~ Retour au présent ~

 
-          Bilan, tous ceux qui ont été impliqués sont morts... sauf Orion, résumai-je.
-          Et ton père.
-          Mon père n'a jamais ordonné l'embuscade. Il m'a dit qu'il avait quitté l'Angleterre depuis plusieurs semaines, et que ses hommes avaient agi de leur propre chef.
-          Hum... la guerre n'est donc pas officiellement ouverte entre vous deux.
 
Pour moi, elle l'était largement. Je ne comptais pas en rester là avec mon père. Je racontai à Jack comment j'avais fait à mon père la pire frayeur concernant son armée. Mon mentor ouvrit de grands yeux à la fin de mon récit, me décochant le sourire.
 
-          Il sait désormais que je suis capable de réduire ses projets en miettes, déclarai-je.
-          Ça devrait le calmer. Qu'as-tu réservé à Abraxas ?
-          Tué par son propre Maître... à ma demande. Après mon petit carnage, c'était le prix qu'il restait à payer à mon père pour l'erreur de ses hommes. Une exécution sous forme de châtiment pour désobéissance, qui restera à coup sûr gravée dans la mémoire des autres Mangemorts.
-          Je n'ose imaginer la fureur de ton père.
-          Apparemment, c'est lui qui n'ose pas imaginer la mienne ! 
 
Jack haussa les sourcils avec étonnement.
 
-          Tu penses qu'il ne va pas tenter de lourdes représailles après ça ? demanda Jack au bout de quelques secondes.
-          Des représailles ? Sur qui ? Il sait très bien qu'il n'a aucun intérêt à s'en prendre aux personnes que j'aime... parce que le jour où ça arrive, je n'aurai plus aucune limite et je l'anéantirai.
-          Pourquoi ne le mets-tu pas hors d'état de nuire maintenant ? Je sais que tu continues à lui vouer un certain attachement au fond de toi mais -
-           Je ne ressens plus que de la haine et du mépris, coupai-je. Je comptais m'occuper de son cas figure-toi, seulement il m'a bien fait comprendre qu'il était allé encore plus loin sur le chemin de l'immortalité. Je veux bien le croire, car j'ai effectivement remarqué des transformations physiques liées à la mutilation de son âme. Je ne peux pas le tuer pour l'instant, je dois d'abord m'occuper de ses Horcruxes.
-          Comment ?
-          ... Je les trouverai... je détruirai mon père petit à petit, dans l'ombre, sans qu'il s'en rende compte. Ma neutralité dans cette guerre ne sera qu'une illusion donnée à mon père pour que je puisse ½uvrer tranquillement contre lui, sans mettre en danger les Maraudeurs.
-          Et le jour où il sera devenu mortel... ? Comment comptes-tu survivre à son assassinat ?
-          La Mort est invincible, répliquai-je d'un ton énigmatique avec un clin d'½il. Maintenant, passons à la deuxième nouvelle !
 
Je détachai mon badge d'Auror de la ceinture et le tendit à Jack, qui écarquilla les yeux en le reconnaissant.
 
-          Bon sang, tu es devenue Auror ?! s'exclama Jack.
-          Oui, j'ai été promue tout à l'heure, avec les Maraudeurs. On prend nos fonctions dès demain.
-          Et bien ! Félicitations ! Je ne m'attendais pas à ce que ça arrive avant plusieurs années !
-            Tu sais, avec la guerre, on commence à manquer d'effectifs... Maugrey sait depuis le départ qu'on meurt d'envie de devenir Aurors, et on a fait nos preuves de nombreuses fois, alors il n'a plus aucune raison d'attendre. On a besoin de tout le monde.
 
Jack rit en me le rendant.
 
-          Je serai toujours aussi étonné que tueuse et policière cohabitent dans le même corps, me dit-il avec le sourire.
-          Je défends la même cause dans les deux cas... aux méthodes près.
-          Un léger détail.
 
Je pouffai en remettant le badge à ma ceinture. C'est justement cette cohabitation qui me rendait fière. J'avais l'impression que ce badge était la preuve du camp auquel était rattachée Tracker.
 
-          Au fait, en parlant de tueur, se rappela Jack, cela me fait penser que tu ne m'as pas expliqué le coup avec ton clan le jour de l'embuscade.
-          Je me suis inspirée de la connexion qui existe entre mon père et ses Mangemorts pour faire de même entre mes hommes et moi.
-             Le tatouage sur ton ventre ?
-          C'est bien plus qu'un tatouage. C'est une marque, comme celle des Mangemorts. Normalement, il faut la toucher en pensant à ceux que l'on veut contacter. Lorsque la marque est activée, elle permet à la personne qui reçoit l'appel de localiser « l'émetteur ». Ça, c'est la procédure pour une prise de contact normale. Moi, j'étais paralysée le jour de l'embuscade, j'ai fait un appel de détresse. Il suffit de penser très fort au restant de la meute pour que les autres soient alertés et sachent où se rendre. Ça demande une plus grande volonté, et accessoirement d'être réellement dans la merde.
-          Efficace.
-      Oui, je leur dois la vie des Maraudeurs. Sans l'intervention de mes hommes, l'embuscade se serait soldée par notre massacre, et non celui des Mangemorts.
 
Jack but une gorgée de son verre, pensif.
 
-          J'ai vraiment cru te perdre cette fois, m'avoua Jack.
-          Je sais, soufflai-je en baissant les yeux. Je suis désolée de vous avoir fait subir ça. Mais je ne pouvais pas vivre avec la mort de Remus sur la conscience.
-          Et je te comprends. Heureusement que cette Julie Noven t'a sauvée.
-          Oh, tu l'as rencontrée.
-          J'étais là quand... les médicomages ont annoncé qu'il te restait peu de chance de t'en sortir. Et puis, cette femme est sortie de ta chambre au bout d'un temps interminable, et elle nous a tous rassurés en disant que tu étais tirée d'affaire. 
-          Une sacrée guérisseuse, soufflai-je en pensant à elle avec le sourire.
-          Une sacrée femme oui...
 
Je relevai les yeux sur Jack avec une certaine surprise.
 
-          Je rêve ou elle t'a tapé dans l'½il ?! taquinai-je.
-          Ne dis pas de bêtise, réprimanda Jack en reprenant un air impassible, sans parvenir à effacer la lueur amusée de ses yeux.
-          Je peux provoquer une rencontre, tu sais, tentai-je. Je vais travailler tous les jours avec elle désormais... en devenant Auror, elle est notre légiste de référence...
 
Jack ricana, détournant les yeux vers la fenêtre.
 
-          Je ne pense pas que ça soit une bonne idée, finit-il par dire.
-          Pourquoi ? demandai-je en reprenant mon sérieux.
-          Tu sais qui je suis.
-          Pff, tu veux qu'on en parle ?! Si mes souvenirs sont bons, c'est toi qui m'as poussée à m'ouvrir. Pourquoi resterais-tu fermé ?
-          J'ai déjà joué à ce jeu-là... et j'ai perdu gros.
-          Ça ne veut pas dire que tu perdras systématiquement, fis-je remarquer.
-          Tu veux à tout prix me caser ou quoi ? pouffa Jack.
-          Je veux que tu sois bien.
 
Il m'adressa un franc sourire, reposant le verre sur la table basse devant lui. Je me rendis compte d'une étrange coïncidence.
 
-          Tu aurais vraiment pu être mon père en fait, lâchai-je.
-          Quoi ?
-          Tous ceux qui connaissent Noven disent qu'elle me ressemble...Mais lorsque je l'ai vue la première fois, j'ai trouvé qu'elle ressemblait plutôt à ma mère. Tu serais tombé raide devant elle.
 
Jack rit doucement à ma remarque.
 
-          J'aurais aimé tenir ce rôle, avoua mon mentor.
 
Mon regard se perdit dans le vide momentanément, l'esprit vagabondant au fil de ce rêve en imaginant Jack avec ma mère, prenant soin de Sandra et moi. Lui n'aurait pas abandonné sa famille pour partir à la conquête de l'immortalité. Lui, il serait resté avec nous. Et avec ses talents de tueur, il nous aurait protégées le soir de mes cinq ans. Je soupirai en chassant ces images de mon esprit ; inutile de refaire l'histoire, Jack n'était que mon père de c½ur.
 
-          Avec tout ça, j'ai failli oublier que j'avais également une nouvelle à t'annoncer, relança Jack.
-          Ah ? De quoi s'agit-il ?
-          L'un des membres de la Brigade Secrète voudrait te rencontrer.
 
Malgré l'alliance qui unissait la fameuse brigade extrémiste à l'Agence, je n'étais pas très enthousiaste à l'idée de rencontrer quelqu'un.
 
-          La dernière fois que j'ai failli à mes règles en rencontrant un client, c'était un piège, rappelai-je. Pourquoi l'intermédiaire de la Renarde ne suffit pas ?
-          Parce qu'ils veulent te proposer un marché, et je pense que tu devrais écouter ce qu'ils ont à te dire.
-          Qui souhaite me rencontrer ?
-          Lyall Lupin. Il sera seul et représentera la Brigade. C'est à toi de fixer la date et le lieu du rendez-vous, si tu acceptes bien sûr.
 
Lyall... je lui avais sauvé la vie quand il était prisonnier des Mangemorts, et il avait tenté de me prévenir du coup monté par Sharp contre moi... il y avait peu de chances qu'il me tende un piège.
 
-          J'accepte de le rencontrer. Demain, 22h, à l'entrée nord de Pré-au-Lard.
 

| 24 mars 1980 – Pré-au-Lard – 22h |

 
J'étais postée sur le toit d'un vieux bâtiment, observant les passants au-dessous de moi pour localiser Lyall. Je crevais d'impatience à vrai dire. Je me demandais bien ce que la Brigade pouvait avoir à me proposer de si spécial pour organiser une rencontre. Je jetai un ½il à la grosse horloge avec nervosité. Les dix coups avaient fini de retentir depuis trois minutes déjà. Que faisait-il ?
Il me fallut attendre 22h05 pour le repérer, marchant tout en regardant autour de lui, sans doute à ma recherche. Je quittai mon observatoire en me laissant tomber dans le vide, atterrissant juste derrière lui. Je l'emportai dans un transplanage avant qu'il ait eu le temps de se retourner.
 
Je l'amenai dans un hangar isolé que j'avais préparé pour l'occasion. Je l'avais insonorisé et rendu invisible pour que nous soyons tranquilles. Une table se trouvait en son centre, avec deux chaises.
 
-          Vous avez cinq minutes de retard, reprochai-je en poussant Lyall vers la table.
-          Mes excuses... marmonna Lyall.
 
Je l'invitai à prendre place sur une chaise, tandis que je m'assis dans l'autre. Lyall ne savait pas trop s'il pouvait se détendre ou non, et je ne fis rien pour l'aider à choisir. Je préférais garder une certaine distance. Lyall était le père de l'homme que j'aimais, et c'était également un collègue de travail... je devais faire attention à ne rien faire ou dire qui lui permette de faire le lien avec la Prudence Hunt qu'il connaissait.
 
-          Il paraît que vous avez une proposition à me faire... lançai-je.
-          Oui. J'ai réussi à négocier avec le restant de la Brigade que l'on vous... embauche, si je puis dire.
-          Je travaille déjà pour vous.
-          Par l'intermédiaire de l'Agence. Moi je vous parle de vous rendre un peu plus disponible pour nous, afin de nous rendre divers services.
-          Soyez plus clair.
-          Vous savez déjà dans quelle crise est dans le pays avec les Mangemorts... et vous savez aussi que l'on ne gagnera pas avec les méthodes habituelles. Nous avons besoin de quelqu'un comme vous, qui connaisse le milieu et qui sache comment s'y prendre. Nous ne sommes pas craints comme vous... les quelques prisonniers que nous faisons ne nous donnent pas d'infos. Orion Black en a été la preuve en restant muet, sauf pour se foutre de nous. Je suis sûr que ce genre d'individu serait plus bavard avec vous.
-          En clair, vous voulez que je fasse en sorte que vos mains restent propres... ?
-          Nous voulons votre aide. Vous feriez également une excellente chasseuse de prime. On vous donne une cible, vous nous la ramenez et on vous paie pour sa capture. Ça ne changera pas votre travail habituel.
-          Mes cibles meurent en général, je ne les ramène pas, fis-je remarquer.
-          Je pense que nous aurons l'occasion de vous désigner quelques cibles à abattre. D'ailleurs, votre première mission sera un assassinat.
 
Je restai silencieuse quelques secondes. J'étais assez étonnée par cette offre à vrai dire. J'avais déjà été surprise à l'époque d'apprendre l'existence d'une telle brigade, qui travaillait en collaboration avec l'Agence par surcroît...  mais là, si j'acceptais, je devenais carrément un membre de la Brigade. Comment des Aurors et policiers extrémistes pouvaient-ils accepter une tueuse dans leur rang ?! Comment pouvaient-ils supporter une partenaire telle que moi ?
 
-           Qu'est-ce qui vous fait penser qu'une tueuse à gages accepterait de vous aider ?
-          ...Vous n'êtes pas que ça Tracker, je le sais. C'est pour ça que nous vous voulons et pas un autre. Vous ne tuez pas pour l'argent, vous tuez avant tout pour la justice. N'est-ce pas la raison pour laquelle vos cibles sont toujours coupables ?
 
Je réfléchis pendant un moment. Accepter était très risqué pour ma couverture, car je me rajoutais un nouveau tableau sur lequel j'allais devoir jouer. D'un autre côté... c'était l'occasion d'aider les forces de l'ordre à lutter contre mon père, en secret.
 
-          Ok Lupin, j'accepte.
Chapitre 19 : Une trève illusoire
Il arrive en retard ce chapitre, et j'en suis désolée, mais j'avoue que le fait d'avoir cours le samedi rend le rythme plus difficile à tenir...  =/
En tout cas, j'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à donner votre avis, c'est vraiment super important. Les kiffs font plaisir mais ne me disent pas ce que vous pensez, ne l'oubliez pas.
Le mot de Tracker est également en ligne. 
Je vous souhaite une bonne semaine, et à bientôt pour la suite !
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • clochinettedu76

    02/04/2016

    J'adore toujours autant ! Je ne m'attendais pas à la proposition de Lyall, mais c'est génial ! Et surtout très risqué pour Tracker d'accepter, mais j'ai hate de voir ce que ca va donner ! Je lis la suite dès maintenant, parce qu'avec mon absence, j'ai pas mal de chapitres à rattraper !

  • harry-potter-8-fic

    22/12/2015

    Ca faisait un petit moment qu'il n'y avait plus eu de flash back, j'ai beaucoup aimé :)

  • MikaWolfeHP

    21/12/2015

    J'adore! Beau chapitre bien rythmé, je me demande bien si son entourage va finir par découvrir que Tracker et Prue ne sont qu'une seule et même personne!
    Et dis, aurais tu fait une erreur à la fin de ce chapitre dans la réplique de Lyall : "n'est-ce pas la raison pour laquelle vos cibles sont tjrs innoncentes."
    Ne voulais-tu pas plutot dire "...coupable."? :)

  • Hurricany

    26/10/2015

    Super chapitre. Plein de rebondissement. J'adore les altercations entre Voldemort et Tracker et sa rencontre avec Lupin père devient intéressante. Je m'en vais lire la suite.

  • laurie-slater-10

    06/10/2015

    J'adore! Premièrement le fait que nous voyons deux point de vue lorsque Tracker à saccager le manoir celui du Lord et celui de Tracker. Les maraudeurs enfin aurors c'est merveilleux, mais je sens que la mort de James et Lily arrivent se qui me stresse. Noven m'intrigue beaucoup j'ignore quoi penser d'elle ni qui elle est une petite voix me dit qu'elle est peut être dans la famille de Prue, mais bon. Enfin Tracker et la brigade un mélange ma foi assez étrange et comme le dit si bien Prue risqué. Ce chapitre ainsi que le chapitre 18 était excellent! Une question s'impose combien de chapitre reste t'il avant la fin du tome 2?

  • evanalinch-lunalovegood

    05/10/2015

    Pas grave c'est compréhensible ma belle.

    En attendant super chapitre avec de supers rebondissements. C'était bien pensé de les faire rentrer chez les aurors

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