Chapitre 20 : Trahison

« Et dire que je n'ai rien vu venir pendant tout ce temps. Je côtoie un traître depuis des années, sans même m'en douter. Il m'aura fallu attendre aujourd'hui pour le démasquer. »
 
Chapitre 20 : Trahison

 

|25 mars 1980 |

 
Je retrouvai les Maraudeurs au QG des Aurors, plus excités que jamais. Même si officiellement nous étions Aurors depuis la veille, nous avions passé la journée au Ministère à nous faire briefer sur nos nouvelles fonctions et procédures associées. Nous étions désormais soumis au secret défense. Lily et Peter n'auraient plus le loisir d'écouter nos anecdotes. Nous entrions dans une cour bien plus vaste et sombre. 

 


Aujourd'hui constituait donc notre réelle première journée sur le terrain en tant que chasseurs de mage noir. J'avoue que j'étais moi aussi très excitée... et en même temps tendue. Avec la guerre, les Mangemorts étaient la priorité des Aurors. J'allais donc enquêter sur un terrain connu, ce qui allait me demander de la prudence pour préserver mon masque. Je ne devais pas me trahir en laissant deviner que j'en savais bien plus que les autres sur le sujet. 
 
-          Bon les jeunes, ce matin nous allons vous parler des Mangemorts, annonça Lyall.
-          Que savons-nous sur eux ? demandai-je.
-          Comme vous le savez déjà, ils sont commandés par un homme qui se fait appeler « Le Seigneur des Ténèbres » par ses troupes... ou Lord Voldemort. Nous n'avons jamais vu son visage. La seule chose que nous savons sur lui, c'est qu'il est impitoyable, et capable de véritables prouesses magiques. C'est le mage noir le plus puissant que nous ayons eu à combattre. Cependant, il préfère rester dans l'ombre et tirer les ficelles de loin. Il se sert de ses Mangemorts les plus fidèles pour diriger ses troupes. Les autres ne sont que des pions, sans grande importance à ses yeux. Les plus loyaux Mangemorts que nous connaissons sont Orion Black, Abraxas Malefoy, Lucius Malefoy, Bellatrix et Rodolphus Lestrange et Fenrir Greyback.
 
Je remarquai Remus frémir à côté de moi. Greyback était le loup-garou qui avait mordu Remus dans son jeune âge. Mon compagnon devait rêver d'être celui qui attraperait ce monstre. Un détail me chiffonnait dans le discours de Lyall... comment les Aurors pouvaient-ils connaître le nom de ces Mangemorts ? Même si Lyall avait infiltré les rangs à l'époque, il n'était pas resté assez longtemps pour avoir le plaisir d'assister à des réunions... sans masque. Etait-ce Rogue qui renseignait les Aurors ? Dumbledore avait-il estimé préférable qu'une source aussi précieuse ne serve pas qu'à l'Ordre du Phénix ? Etonnant... et si c'était vraiment le cas, ce n'était pas bon pour la couverture de Rogue. 
 
-          Seul Orion Black est désormais hors-jeu. Il nous faut faire tomber les autres. Si on prive Voldemort de ses lieutenants, on désorganise son armée, et on gagne du temps. Sans compter qu'on se débarrasse des assassins les plus dangereux qu'il ait avec lui. Son armée est grande et redoutable, mais les lieutenants sont capables de faire énormément de dégâts à eux seuls.
-           On connait la taille approximative de leur armée ? demanda Sirius. J'ai l'impression qu'on a beau en tuer sur le champ de bataille, ils sont toujours aussi nombreux.
-          Ils seraient plus de quatre cent. Sans parler des créatures qu'ils ont réussi à rallier à leur cause.
-          Quel genre ?
-          Des loup-garou, c'est sûr, avec Greyback parmi les lieutenants. Pour le reste, on ne sait pas encore, il nous faudra le découvrir. Mais avec un puissant mage noir, il faut s'attendre au pire.
 
Oh que oui. Inferi et autres créatures des Ténèbres devaient déjà être à la botte de mon père... sans parler des alliances avec d'autres mercenaires, dont les Aurors ignoraient tout. Je frissonnai en pensant aux jeunes assassins qui avaient été formés en même temps que moi... eux aussi pouvaient faire beaucoup de dégâts, et sans que personne ne s'en rende compte. J'espérais que Rogue soit toujours dans les bonnes grâces de mon père... son aide nous sera utile. Il était le seul à pouvoir nous renseigner désormais... je n'avais plus aucun autre informateur dans les rangs. 
 
-          Aucune chance de savoir où se trouve le QG ? tenta Remus.
-      Nous le cherchons... mais le plus simple serait de capturer un Mangemort important... un Mangemort qu'on arrive à faire parler.
-          Je peux m'occuper de délier la langue d'Orion si vous voulez, proposai-je.
-          Nous avons déjà essayé. Il se fout pas mal de nous.
-          Lui avez-vous parlé sur un autre ton ?
-          Tu n'écoutais pas hier quand nous avons parlé du traitement des prisonniers ?
-          Je devais avoir l'esprit ailleurs...
-          Même si c'est tentant, nous sommes soumis à des règles, et nous devons les respecter. La Brigade des Affaires Internes n'attend qu'un faux pas de notre part pour nous suspendre. Notre comportement des dernières semaines, à faire l'exact contraire de ce que Fudge nous ordonnait, n'a pas été très apprécié. Seule la forte médiatisation de l'affaire nous a sauvés, mais nous ne pourrons pas y compter à chaque fois.
 
Je soupirai avec agacement. Cela ne servait à rien d'attraper les Mangemorts importants si on n'utilisait pas les méthodes adéquates pour les faire parler. Nous étions en guerre... il fallait agir en conséquence. 
 
-          Alors faisons l'inverse, lançai-je. Attrapons des bleus. Encore nouveaux, ils auront peut-être la langue un peu plus pendue.
-          Et c'est la raison pour laquelle un prisonnier vous attend bien sagement dans la salle n°2. Prue, c'est toi qui as eu les meilleurs résultats en salle d'interrogatoire jusqu'à maintenant... alors éblouis-nous.
-          Avec grand plaisir. Qui est le prisonnier ?
-          A toi de le découvrir, il est resté muet. Nous l'avons récupéré sur le champ de bataille de l'Arpège, gravement blessé.
 
Une minute plus tard, j'étais dans la salle n°2, regardant mon adversaire inconnu à travers la vitre teintée. J'entrai dans la salle sous les encouragements de mes amis. Je vis une lueur dans les yeux du prisonnier lorsqu'il les posa sur moi. Je fus presque troublée de lire une telle rage dans son regard. Pourquoi me haïr autant ? J'étais une Auror, certes, mais tout de même.
 
-          T'as intérêt à me faire des yeux plus doux si tu ne veux pas en prendre une, prévins-je.
 
Sa respiration accéléra légèrement sous l'effet de la haine. Ce n'était jamais agréable de se faire capturer par l'ennemi... mais je sentais que sa colère n'avait rien à voir avec ça.
 
-          Pourquoi tant de rage dans tes yeux... on ne se connait pas encore que je sache ?
 
Il ne répondit pas, mais je compris qu'il m'en voulait. Et il n'y avait pas trente-six raisons possibles.
 
-          Ok... soit tu es un ami intime d'Orion Black... soit j'ai cramé quelqu'un qui t'étais cher pendant la bataille de l'Arpège...
-          Tu as tué mon frère ! hurla le prisonnier fou de rage.
-          Ce sont des choses qui arrivent lorsqu'on fait la guerre... répondis-je avec indifférence.
 
Il fulminait. La bonne nouvelle dans l'histoire, c'est que ma simple rencontre lui avait délié la langue. 
 
-          Tu ne t'es pas contentée de le tuer ! Tu l'as brûlé vif ! J'entendais ses cris d'agonie alors que tu le laissais crever !
 
Je me penchai un peu plus vers lui, le visage arborant un sourire cruel.
 
-          Je me suis délectée de chaque seconde de souffrance infligée aux monstres qui portent la Marque des Ténèbres. Vous êtes capables des pires horreurs... alors je t'interdis de m'en vouloir d'avoir rendu justice aux innombrables victimes innocentes que vous avez faites. Ton frère méritait de crever comme le misérable chien galeux qu'il était. Et tu vas bientôt le rejoindre... quand le Magenmagot t'aura condamné à mort. Mais avant ça, tu vas me dire tout ce que je veux entendre, sinon, s'il te reste encore une seule personne sur cette terre à laquelle tu tiens... tu peux être sûr que je m'en occuperais.
 
Il se débattit sur sa chaise en poussant des cris de rage, impuissant. On aurait dit un animal affamé rendu fou par une proie inaccessible. Je conservai mon plus grand calme, un sourire toujours dessiné sur mes lèvres. J'aimais jouer ce rôle. 
 
-          Vous n'avez pas le droit, dit-il, la voix tremblante de rage.
-          Nous sommes en guerre, rappelai-je. Tout ce qui importe le Ministre, c'est de ramener la paix pendant son mandat, pour être réélu la prochaine fois. Alors tu te doutes que ton sort... n'intéresse personne. Et comme je voue une haine particulièrement viscérale aux gens de ton espèce, tu comprends bien que je ne vais pas me gêner pour venger les victimes des Mangemorts.
 
Je le contournai pour me mettre dans son dos, adressant un clin d'oeil à mes amis par-delà la vitre. Je me penchai vers ma proie, murmurant à son oreille :
 
-           Tu n'as pas idée de la soif de sang que j'ai depuis le début de la guerre... j'ai vu des familles se faire massacrer... des collègues tomber au combat... je suis lassée d'assister à tout cela avec impuissance. C'est pour ça que j'ai tué beaucoup de Mangemorts ce jour-là... et que si les journalistes n'avaient pas été là, j'aurais également tué Orion Black. Toi, tu es tout seul. Les membres de ta famille ne se doutent pas qu'ils sont en danger. Quand j'irai les voir, ils ne se méfieront pas d'une jeune Auror... ils ne pourront pas se douter que je viens pour les tuer. Et quand je l'aurai fait... je classerai l'enquête non-résolue. Personne ne viendra poser de questions... et on vous oubliera. Ce ne sera que justice.
-           Mon Maître vous tuera.
 
J'éclatai de rire en me redressant, m'infiltrant dans cette nouvelle faille pour continuer de le briser mentalement. C'était si simple de manipuler les gens comme lui. Si naïf.
 
-          Ton Maître ne bougera pas le petit doigt pour toi. Il ne l'a pas fait pour Orion Black, qui était l'un de ses Mangemorts les plus importants... alors autant dire que toi, tu ne comptes pas le moins du monde. Il ne vengera pas ton frère, ni aucun autre Mangemort tombé au combat pour lui. Il ne viendra pas te chercher. D'ailleurs, je me demande même s'il a remarqué ta capture. Vous n'êtes que des pions pour lui... alors un de moins, ça passe inaperçu.
-          TAIS-TOI !!!
-          Ouh, j'ai pincé la corde sensible, narguai-je. Tu sais très bien que j'ai raison, n'est-ce pas ? Tu t'es enrôlé auprès du Seigneur des Ténèbres... je suis sûre que tu t'es vaillamment battu pour lui... comme tous les autres Mangemorts... mais lui, il n'a jamais rien fait pour vous. Alors je vais te poser une simple question : suis-je vraiment la personne que tu dois haïr ?
 
Je me remis en face de lui, le regardant avec une lueur de défi. J'optai pour un regard plus dur, et un ton plus froid. 
 
-          Où était ton Maître chaque fois qu'il lançait une attaque ? Où était-il pendant que la bataille de l'Arpège tournait au carnage pour vous ? Tu pleures la mort de ton frère, mais combien de Mangemorts ont péri pendant cette bataille ? Une trentaine ? Tous les médias retransmettaient les images en direct. Même si ton Maître ne voulait pas courir le risque de se déplacer, il aurait pu vous envoyer des renforts... Mais il n'a rien fait de tel. Il vous a laissés tomber. Il se proclame le mage noir le plus puissant de l'Histoire, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir assisté à ses prouesses sur le terrain. C'est pourtant bien là qu'il serait le plus utile, non ? Auprès de vous. Mais il n'est pas là. Il n'est jamais là. Alors si tu dois détester une personne, c'est lui, pas moi !
 
Je pris place sur la chaise en face de lui, le regardant sans ciller. Il me lançait toujours un regard noir, seulement mes paroles avaient fait du chemin. Je savais que je lui avais fait mal en lui rappelant à quel point son Maître se fichait de lui, comme des autres. Je lui ouvrais les yeux sur l'homme pour lequel il risquait inutilement sa vie. 
 
-          Maintenant, tu vas me dire qui tu es, intimai-je. Une fois que les présentations seront faites, tu me parleras un peu de ton Maître et de tes copains Mangemorts. Si tu refuses, je ne lèverais pas le petit doigt quand tu seras livré aux Détraqueurs. Contrairement à Orion, qui peut éventuellement nous servir plus tard, toi, si tu ne prouves pas ta valeur aujourd'hui, tu n'auras pas d'autres occasions de le faire. Tu as compris ?
 
Je n'attendis pas de réponse de sa part pour commencer mon interrogatoire. J'avais réussi à incarner le rôle de l'Auror ripou et dangereuse. Bien sûr, je n'avais pas eu trop besoin de forcer...
 
-          Décline ton identité, commençai-je.
-          Fabian Smet.
-          Que fais-tu dans la vie ?
-          ...Je sers le Seigneur des Ténèbres.
-          Depuis combien de temps ?
-          Bientôt huit mois.
-          Quels sont les plans de Voldemort ?
-          Ne prononce pas son nom ! rugit Smet.
-          Réponse ?
-          Je n'en sais rien ! Les nouvelles recrues n'ont pas accès à ce genre d'informations. Nous recevons les ordres au fur et à mesure.
-          Dans ce cas, je veux des noms. Qui peut nous renseigner ?
-          A part le Seigneur des Ténèbres lui-même, je doute qu'un Mangemort puisse vous satisfaire.
-          Où se trouve le QG ?
-          Impossible de le situer. Le Maître nous appelle et on transplane directement sans savoir. Tout ce que je sais, c'est que c'est un manoir. Un immense manoir, limite un petit château. Il y a trois étages, et des souterrains. Il y a une forêt pas loin. C'est tout ce que je sais.
-          Ok. Qu'est-ce que tu entends par on vous « appelle » ?
-          Les recrues sont testées pendant un certain temps. Quand on est accepté dans les rangs des Mangemorts, on nous fait une marque sur le bras gauche. Lorsque le Maître appuie sur cette marque, elle brûle. C'est comme un lien de connexion avec le Maître. On ne sait pas où il est, mais on peut quand même le rejoindre.
-          Montre.
 
Le prisonnier me dévoila la Marque des Ténèbres que j'avais bien failli porter. Je sentis mon tatouage du Basilic me picoter la poitrine en la regardant. Un courant de haine et de mépris me saisit. Je revis la marque flotter au-dessus des champs de bataille, où les cadavres d'innocents jonchaient le sol. Cette marque était le symbole de la cruauté et de l'injustice par excellence. J'avais envie de planter ma lame dans le crâne tatoué sur l'impulsion de la colère. 
 
-          Que peux-tu me dire sur Voldemort ? repris-je.
-          Il -
 
Le prisonnier s'interrompit brusquement en écarquillant les yeux. Il s'arqua de douleur et se mit à hurler à la mort. Des flammes noires l'enveloppèrent tout entier. Je me redressai d'un bond, stupéfaite, ne sachant pas ce qu'il se passait. Je sortis ma baguette et l'inondait d'eau par réflexe. Maugrey entra comme une furie dans la pièce, tentant à son tour de sauver le prisonnier. Nos efforts furent vains, car Smet se consuma en quelques secondes sous nos yeux. Il ne restait plus qu'un petit tas de cendres posé sur la chaise. J'échangeai un regard interloqué avec mon chef.
 
-          C'est pas moi, anticipai-je devant son regard interrogateur. J'aurais au moins attendu la fin de l'interrogatoire.
-           Ce n'est pas drôle Hunt, maugréa mon supérieur en se reportant sur le tas de cendres.
 
Les Maraudeurs entrèrent silencieusement dans la pièce, aussi effarés que nous.
 
-        Vous croyez c'est le prix à payer pour sa trahison ? demanda James.
 
Je regardai à nouveau les cendres.
 
-          Ça ne fait pas l'ombre d'un doute, soufflai-je.
-          Un mort pendant un interrogatoire... Fudge va être invivable, soupira Sirius.
-          Compte sur lui pour étouffer l'affaire, assura Alastor. Si les gens apprennent que Voldemort est capable de tuer à distance, ça va augmenter la panique qui règne déjà.
 
J'avoue que je n'imaginais pas que mon père ait pu mettre un tel système de sécurité en place contre les traîtres. Pourrait-il m'arriver la même chose si un jour je dévoilais quoi que ce soit sur lui à un représentant de l'ordre ? Un frisson me parcourut à l'idée de me faire brûler par un maléfice. Ce serait vraiment trop bête. 
 
-          Voldemort mérite amplement son titre du mage noir le plus puissant, dis-je en quittant la salle.
 
Les Maraudeurs ne décrochaient pas des cendres du prisonnier. J'échangeai un regard avec Lyall, qui semblait ne jamais avoir vu un tel phénomène magique de sa vie. Pour tout avouer, moi non plus je n'avais jamais rien vu de tel.

 
| QG de la Brigade Secrète – 21h |

 
Pourquoi fallait-il toujours que les réunions tombent à l'heure du repas ? C'était la même chose avec mon père... aucun respect pour la vie privée. 
Avec l'incident qui avait eu lieu avec Fabian Smet, j'avais passé le restant de la journée avec un membre de la Brigade des Affaires Internes, à répondre à un interrogatoire, et à rédiger un rapport. Même si personne n'avait osé me demander si j'étais responsable de la mort du prisonnier, la lourdeur de la procédure m'avait donné l'impression d'être coupable. Sentiment qui avait failli m'envahir en sentant mon bipper vibrer contre moi, caché dans ma cape. Par chance, Remus ne se trouvait pas à proximité à ce moment-là. Je n'osais imaginer s'il m'avait demandé l'origine de ce vibreur, avec son père dans les parages qui savait très bien que Tracker avait un bipper. D'ailleurs, la Renarde m'avait transmis un message de lui, pour me donner rendez-vous le soir-même avec le restant de la Brigade Secrète. Excitée, j'avais accepté, mais adieu le dîner.
 
Ma curiosité avait néanmoins vite été refroidie par l'attitude de Lyall. Dès mon arrivée, je l'avais senti tendu, et il ne s'était pas déridé depuis qu'il me guidait dans les couloirs d'un immeuble déserté. Si j'étais pressée de découvrir la Brigade Secrète, je ne pouvais m'empêcher de me dire que tout cela pouvait être un piège. Le courant électrique qui me traversait trahissait ma tension ; mon couteau était prêt à apparaitre à la moindre chose suspecte. Je serais réellement stupéfaite que Lyall puisse me trahir, mais ce n'était pas à exclure. Après tout, je restais une tueuse à ses yeux. 
Lyall me fit monter en haut du bâtiment qui semblait avoir été un hôtel autrefois.
 
-          Je vous préviens Lupin, si c'est un coup foireux, vous comprendrez pourquoi on m'appelle le Fantôme de la Mort.
-          Il n'en est rien, assura Lyall.
 
 Il s'arrêta devant une porte et m'adressa un dernier regard.
 
-          Les membres de la Brigade risquent de vous témoigner un peu de méfiance au début... prévint Lyall.
-            Sans rancune, c'est réciproque.
 
Lyall se racla la gorge et entra le premier. Je lui emboîtai le pas, découvrant huit personnes alignées au centre de la pièce, baguette en main. Je m'arrêtai nette, appréciant moyennement cet accueil. Je fus choquée de découvrir Maugrey parmi les membres de la Brigade. J'étais un peu tendue à l'idée de bosser dans l'ombre avec deux de mes collègues de travail... qui étaient d'excellents Aurors. Mes vies commençaient sérieusement à se mêler, le risque d'être démasquée venait encore d'augmenter. Je regardai les autres avec attention, me rendant compte que leur visage m'était familier. Sans doute des flics, ou d'autres Aurors, que j'avais eu l'occasion de croiser au Ministère.
 
-          Comme promis, je vous présente la plus redoutable des justicières... Tracker, présenta Lyall en me désignant.
 
Je saluai Lyall d'avoir eu la délicatesse de remplacer "tueuse à gages" par "justicière"... l'ambiance était suffisamment tendue comme ça, pas la peine d'en rajouter. Cependant, je remarquai Maugrey sursauter, me lançant un regard encore plus suspicieux en braquant son oeil magique sur moi.
 
-          Tracker... n'est-ce pas le surnom de l'un des assassins impliqués dans l'affaire des Enfants Disparus ? demanda le chef des Aurors.
-          Si, confirmai-je. Mais je dois vous prévenir Maugrey... il est inutile de me poser des questions sans rapport direct avec mon travail dans cette Brigade. Je ne suis pas là pour vous parler de moi.
-          Je ne me souviens pas m'être présenté.
-          Votre visage ne peut m'être inconnu... étant donné que la prison d'Azkaban vous doit près de la moitié de ses prisonniers.
 
Malgré la référence à mon intervention dans une affaire de manière « noble », tous les membres de la Brigade ne semblaient pas rassurés par ma présence. Certains serraient leur baguette, comme s'ils s'attendaient à parer une attaque à tout moment. Ils avaient tous des traits assez durs, révélant une vie de combats acharnés contre les obstacles sur leur chemin. Il n'y avait pas de chien apeuré ; que des hommes déterminés. Je pris soin de mémoriser leur visage, pour faire des recherches plus tard sur eux. Si je devais bosser avec la Brigade, je voulais savoir à qui j'avais affaire. Pas question de me faire prendre à revers. Pour l'heure, j'avais plutôt intérêt à calmer le jeu si je voulais que la réunion soit constructive. 
 
-          J'ignore ce que vous a dit Mr Lupin pour vous convaincre de me faire venir ici... mais il y a certaines choses que vous devez savoir avant d'envisager... une alliance. Il y a différentes catégories de personnes qui connaissent mon nom. Certains disent que je suis une tueuse à gages... d'autres une louve assoiffée de sang qui se fiche pas mal de la récompense... d'autres encore vous diront que je suis dotée d'une conscience qui m'impose un code de conduite. Quoi que les gens pensent de moi, ils ont tous en commun l'image de la mort quand ils entendent mon nom. Alors qui suis-je réellement ? Quel genre de tueuse venez-vous de faire entrer dans votre cercle ? Sachez que les trois réponses sont justes. Je suis une louve assoiffée du sang des prédateurs qui s'en prennent aux innocents... je tue sur contrat des cibles coupables de crime en échange de Gallions qui ne m'intéressent pas... et tout cela, pour défendre la justice la plus extrême et la plus impitoyable qui soit : la vengeance. Alors vous pouvez ranger vos baguettes, parce qu'à moins d'avoir un meurtre sur la conscience ou l'envie de me tendre un piège, vous n'avez rien à craindre de moi.
-          Vous voudriez qu'on avale ça... alors que vous avez travaillé pour Voldemort ?! s'offusqua l'un des membres de la Brigade.
 
J'étais persuadée que mon ancienne allégeance reviendrait sur le tapis. Evidemment... difficile de faire confiance à une personne ayant contribué à la montée en puissance du Lord.

-          Aussi invraisemblable que ça puisse vous paraître... je pensais défendre une noble cause lorsque j'étais au service de Voldemort. C'était une grave erreur, je l'admets, et je le regrette profondément. Moi qui ne connaissais que le monde des Ténèbres, j'étais ignorante concernant... le monde normal. Quand j'ai découvert que Voldemort avait tort sur toute la ligne... quand j'ai enfin ouvert les yeux sur la réalité, j'ai quitté l'Armée du Mal. Aujourd'hui, si je suis parmi vous, c'est pour vous aider à la combattre. Je pense avoir prouvé au moins à l'un d'entre vous quel genre de force du Mal je suis.
 
Je me tournai vers Lyall pour l'encourager à m'aider dans ma plaidoirie. 
 
-           Une créature des Ténèbres exceptionnellement efficace, au service du Bien, souffla Lupin.
-             Etes-vous aussi puissante que Voldemort ? demanda Maugrey. 
-             J'ai déjà défié le Lord... je suis de taille à rivaliser, et même à prendre le dessus sur lui. Malheureusement, la puissance seule ne suffit pas pour gagner une guerre.
-             Si nous vous demandions de tuer Voldemort... vous le feriez ?
-          Vous n'aurez probablement pas besoin de me le demander, répondis-je sans parvenir à masquer mon amertume.
 
Lyall haussa les sourcil, ne comprenant pas mes paroles.
 
-          Je l'ai trahi je vous rappelle, expliquai-je. A l'instant où j'ai quitté les rangs, je suis devenue sa cible. Un jour, nous devrons régler nos comptes.
-          Pourquoi ne l'a-t-il pas déjà fait ? s'étonna Maugrey.
-          Croyez-vous qu'il serait assez fou pour s'en prendre à l'incarnation de la Mort ? ricanai-je. Le Lord connait mes compétences, et c'est suffisant pour le dissuader de tenter quoi que ce soit contre moi... pour l'instant. Il ne se sent pas prêt, et puis il a d'autres priorités.
-          Etes-vous en train de dire... qu'il vous craint ? souffla Lyall.
-          Les gens qui ne connaissent que mon nom me craignent... alors imaginez le Lord, qui a eu l'occasion de me voir agir...
 
Les membres de la Brigade se regardèrent, trouvant soudain un immense intérêt à m'avoir à leurs côtés. C'était le but de mon speech... qu'ils comprennent que je pouvais être un atout considérable pour faire pencher la balance en leur faveur.

-          Que pouvez-vous nous apprendre sur lui que nous ne sachions pas déjà ? demanda Maugrey.
Un frisson me parcourut en revoyant Fabian Smet réduit en cendres en moins de dix secondes. Etais-je frappée du même sort ? Allais-je terminer comme lui si jamais je divulguais des informations sur mon père ? J'eus un faible sourire sous mon masque.
« De quoi t'as peur ? » pensai-je avec défi.

-          Les Mangemorts veulent faire régner les sorciers de Sang-Pur sur le reste de l'Angleterre. Les Sang-de-Bourbe sont des voleurs de magie à leurs yeux, des gens qui n'auraient pas dû appartenir à notre monde. C'est pourquoi ils sont considérés comme des êtres inférieurs. Quant aux Moldus... le Lord estime que nous ne devrions pas avoir à vivre cachés d'eux. Puissance, élitisme, domination... telles sont les valeurs que le Lord imposera si jamais il renverse le gouvernement. Et vous savez tous qu'il a les moyens d'y parvenir, sinon je ne serais pas ici ce soir. Voldemort est un grand stratège. Il prépare ses coups longtemps à l'avance. Je ne peux rien vous dire de ses plans, car je l'ai quitté il y a près de deux ans, je ne suis plus à la page... mais je sais qu'il a défini les grandes lignes des actions à mener depuis des années. Avant même d'avoir une armée. Tout est programmé avec précision. La politique de terreur qu'il applique n'est que la face publique de ses activités. Il a infiltré des agents dans les points les plus stratégiques dès le départ, pour qu'ils acquièrent de l'expérience ou qu'ils aient le temps de tisser des liens de confiance pour s'en servir le moment venu, avant même que la guerre soit déclarée. Il est très intelligent... et d'une rare cruauté.
-          Comment le combattre ?
-          A arme égale. S'il frappe, il ne faut pas se courber, pleurer ou chercher à fuir. Il faut se relever et frapper à votre tour. Un dominateur déteste la rébellion par-dessus tout. Il faut lui rendre la tâche difficile. Réduire son armée aussi... il a beau être puissant à lui tout seul, ses projets sont trop ambitieux pour être menés par un seul homme. Il a besoin de ses pions. Et quand vous l'en privait, c'est long pour lui d'en recruter de nouveaux, car il sait qu'il a les forces de l'ordre sur son dos depuis qu'il est passé aux attaques publiques.
-          Quel est son point faible ?
-          Il a un orgueil épouvantable. C'est compréhensible bien sûr... il est d'une grande intelligence, et il a acquis des connaissances magiques qui font de lui le mage noir le plus redoutable. Seulement, il se croit tellement supérieur qu'il ne voue pas plus de respect à ses hommes qu'à ses victimes. Il n'a pas la moindre considération pour eux. C'est un tort qui finira par lui coûter cher. Vous appelez les Mangemorts ses « fidèles », mais c'est faux. Leur loyauté n'est qu'une illusion. En vrai, ils le craignent plus que tout, mais ils savent aussi qu'il peut leur offrir pouvoir et protection s'ils le servent bien, alors ils obéissent.
-          Par loyauté ou crainte, le résultat est le même, pesta Maugrey. Ils ne disent rien quand on les attrape, et ils sont prêts à mourir au combat !
-          Parce qu'ils sont encore en position de force. Ils répandent la terreur sur leur passage par le simple fait de montrer leur masque. Rien que le fait de prononcer le nom de leur Maître évoque l'effroi. Maintenant, imaginez qu'on parvienne à les faire douter... ou mieux, à remettre en question la puissance de leur Maître... seront-ils aussi persévérants dans la défaite ? Permettez-moi d'en douter. Je dois reconnaître aux Mangemorts des capacités magiques impressionnantes, et pour certains, une cruauté époustouflante... mais le courage n'a jamais été leur point fort. Ils rient face aux faibles, quand ils sont en groupe... inversez les rôles, et vous verrez qui déguerpira en premier. Le principal problème des anglais lors des attaques terroristes, c'est qu'ils cherchent à s'enfuir sans même songer à se battre. Je serais curieuse de voir la réaction des Mangemorts face à des villages entiers ligués contre eux.
-          Ça changerait la donne... nous ne serions plus en infériorité numérique, souffla Lyall.
-          Exactement... Il faut que vous parveniez à insuffler du courage à la population. Il faut que les gens comprennent que leur seule chance de survivre est de se battre. La bataille de l'Arpège était excellente pour vous. Voldemort a perdu beaucoup de ses hommes... l'Angleterre a constaté ce jour-là que les Mangemorts n'étaient pas intouchables. Répétez ce genre de bataille, et vous verrez que les Mangemorts commenceront à douter.
-       Ce sera difficile, fit sombrement remarquer Lyall. Rares sont les sorciers capables de faire face aux Mangemorts... ce sont de redoutables duellistes. J'ignore comment nous avons réussi à gagner la dernière fois.
-       Il est clair que les Mangemorts sont très bien entraînés... bien mieux que les Aurors, si je peux me permettre. Vous devez remédier à ça. Vous pourriez mettre en place des sessions d'entraînement, à commencer pour les forces de l'ordre. Vous n'êtes pas suffisamment formés pour rivaliser avec les Forces du Mal. Je peux vous aider, et vous donner quelques astuces de survie. Ce serait bien que les étudiants de Poudlard aussi s'entraînent davantage pendant leur cours de Défense Contre les Forces du Mal. La guerre peut les frapper eux aussi, et il serait regrettable qu'ils ne puissent pas défendre leur jeune vie. Il n'y a rien de pire que l'impuissance face au danger de mort.
 
Je marquai un instant d'arrêt.
 
-          En fait si, le pire, c'est que le gouvernement reste aussi passif. Je crois que c'est véritablement ce qui pourrait tuer le pays. Fudge n'est absolument pas craint. Et il est influençable en plus... très grosse faille, que Voldemort exploite sans modération. Les Mangemorts n'ont pas de limite, alors que vous si. Vous êtes bridés. Vous en êtes réduits à faire des équipes secrètes comme cette Brigade pour prendre vraiment les choses en main. C'est dommage messieurs, car vous n'êtes pas assez nombreux pour faire la différence à vous seuls. Il faudrait que toutes les forces de l'ordre soient unies.
-          C'est pas faute d'essayer, maugréa Alastor. Notre crétin de Directeur n'y pompe rien, il fait de la politique maintenant, il a oublié ce qu'était le terrain.
-          Vous ne pourrez pas gagner avec votre système actuel.
 
Le silence tomba quelques secondes lorsque je marquai une pause.

-            Autre remarque ? encouragea Lyall.
-          Pas pour l'instant. Si mes souvenirs sont bons, vous m'avez parlé d'une mission d'assassinat pour commencer notre partenariat... qui doit mourir ? 
-          Abraxas Malefoy.
-          Ah... voilà qui devrait être rapide.
-          Pourquoi ? Vous savez où il se cache ? demanda Maugrey.
-          Il est mort.
-          Quoi ?! s'étonnèrent les membres de la Brigade d'une même voix.
-          Il a été assassiné récemment, par Lord Voldemort lui-même.
-          Comment savez-vous ça ?
-      Il faut mieux placer vos sources Maugrey... répliquai-je. Cette histoire a fait énormément vagues. Je suis étonnée que vous ne soyez pas déjà au courant. Encore un point faible dans votre stratégie... mais vous êtes sur la bonne voie. Après avoir engagé une tueuse comme moi, votre conscience ne peut pas être atteinte en corrompant quelques voyous bien placés, et bavards. Je pourrais vous conseiller sur le moyen d'obtenir de bons indic'. Les sources, c'est primordial dans une guerre. Une information peut vous permettre d'infliger des dégâts bien plus graves à vos ennemis qu'un maléfice.
-          Pourquoi Voldemort a tué Malefoy ? C'était incompréhensible ! s'étonna Lyall.
-        Je n'ai pas les détails de l'histoire... mais l'embuscade tendue, en plus d'avoir échoué, a causé beaucoup de morts parmi les Mangemorts. Le Lord n'est pas du genre à apprécier l'échec, et la clémence n'a jamais appartenu à son dictionnaire. Avec lui, le moindre pas de travers entraîne une intense torture, ou la mort. Il est impitoyable en toutes circonstances, et avec n'importe qui.
 
Je vis Lyall changer de position avec impatience. Il avait eu affaire à mon père... il savait la douleur qu'il était capable d'infliger. J'entendis une horloge au loin sonner 22h. Si les membres de la brigade n'avaient pas de mission à me donner, je ne voyais pas l'intérêt de rester plus longtemps. J'avais toujours aussi faim.
 
-          Vous avez un autre travail à me confier ? demandai-je.
-          Vous pensez pouvoir retourner auprès de Voldemort... en tant qu'agent double ? demanda Maugrey.
-          Non. Mes actions avaient de l'impact ; bien plus que celles menées par les Mangemorts. Même en admettant que Voldemort me pardonne pour ma trahison et ne sente pas le coup monté, je serais obligée de m'impliquer dans cette guerre pour rester crédible... et je conduirais inévitablement à votre défaite. Voldemort me confierait des missions d'assassinat, que je serais obligée de remplir. Si je reviens auprès de lui, vous serez mes cibles, comme les meilleurs Aurors et policiers, Fudge, ainsi que tous ceux qui opposeront de la résistance. Un prix trop élevé, qui ne me permettrait pas de le faire tomber de toute façon. Voldemort ne communique pas ses intentions, même aux Mangemorts de confiance. Il donne les ordres, point.
-          Mais vous pourriez le tuer.
-          Je n'ai pas besoin de faire une mission d'infiltration pour le tuer.
-          Alors pourquoi vous ne le faites pas ? Pourquoi vous ne l'avez pas déjà fait ? demanda un autre membre.
 
Je ressentis une vive brûlure au niveau du ventre, à l'endroit où je portais la marque de mon clan. Je me retins de gémir sous la douleur, esquissant un mouvement de main vers mon ventre. L'un de mes hommes était peut-être en danger, il fallait que je parte.
 
-          Tracker ? appela Lyall. Vous allez bien ?
-          Veuillez m'excuser, je dois partir. Une urgence requiert ma présence ailleurs.
 
Je disparus dans un craquement sonore avant qu'ils aient eu le temps de dire quoi que ce soit.
La forêt de Dean apparut devant mon regard lorsque je me matérialisai. Je cherchai une silhouette noire à travers les arbres, me demandant pourquoi il y aurait une urgence...ici ? La forêt de Dean n'était qu'un lieu de réunion pour nous. Je sortis ma baguette par précaution, et posai une main sur mon ventre pour calmer la brûlure. Je vis un membre de mon clan apparaître un peu plus loin, et se hâter dans ma direction.
 
-          Tracker !
 
Il se rua vers moi, augmentant mon inquiétude. Bon sang, mais pourquoi était-il dans cet état ?!
 
-          Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je, la voix trahissant mes craintes.
-          C'est Peter Pettigrow, commença mon partenaire.
 
Mon c½ur accéléra momentanément à l'idée d'apprendre une terrible nouvelle. Pourquoi le protecteur désigné pour veiller sur Peter était là, en face de moi... ? Peter n'était tout de même pas...
 
-          C'est un traître, termina le gardien. Je l'ai vu avec deux Mangemorts.
 
Il me fallut un certain temps pour assimiler la nouvelle. Je me répétai plusieurs fois la phrase mentalement, pour essayer de la digérer. C'est un traître... je l'ai vu avec deux Mangemorts...
 Je fermai momentanément les yeux, la surprise laissant place à une fureur grandissante. Peter, l'un des frères de la bande... un traître ?! Mais comment -
 
-          Tu es bien sûr de toi ? demandai-je.
-          Affirmatif. Ce n'était pas une mauvaise rencontre, c'était vraiment prévu... ils ont discuté un bon moment ensemble.
 
Le courant de haine s'intensifia dans mon corps. J'avais du mal à rester en place. La nouvelle était pour le moins inattendue. Jamais je n'aurais pu imaginer, que parmi toutes les menaces qui pouvaient peser sur les Maraudeurs, l'une d'elles viendrait de l'intérieur. Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Peter trahissait les Maraudeurs sous mon nez depuis... depuis combien de temps d'ailleurs ?
 
-          Ramène-moi Peter, ordonnai-je.
-          Tout de suite, Maître, dit-il en disparaissant dans un crac sonore.
 
J'avais l'impression qu'un vide balayait mon esprit tellement j'étais en colère. J'avais toujours pensé des Maraudeurs qu'ils étaient une famille soudée, chaque membre étant prêt à mourir pour sauver les autres. J'avais eu tord. La vraie bande des Maraudeurs ne comptait pas Peter. Ce sale rat !

 

Je me souvins alors de la prophétie visant un enfant à naître en juillet, et voué à affronter mon père. Selon Trelawney, il ne pouvait s'agir que des Londubat ou des Potter... et je savais au fond de moi que c'étaient Lily et James les cibles. En découvrant cette prophétie, je m'étais demandée comment mon père aurait pu faire du mal à mes amis malgré ma présence ? Comment aurait-il pu les atteindre alors que j'étais là pour les protéger ? La réponse était là, juste sous mon nez : Peter, le mouton qui n'avait jamais retenu mon attention. Il était la clé... la faille. Si je n'étais pas intervenue à temps pour empêcher Rogue de dévoiler la prophétie à mon père... c'est Peter qui aurait pu rendre la mort des Potter possible. En fournissant de précieuses informations à mon père... et en faisant sauter la sécurité de l'intérieur au moment propice pour servir ses propres amis en pâture aux Mangemorts. Je n'arrivais pas à le croire. Comment avait-il pu trahir ses frères ? Comment pouvait-il les regarder en face ?

Un nouveau craquement sec me sortit de mes pensées. Il était temps d'avoir des réponses à mes questions, car mon brave loup m'avait ramené le traître. Le dégoût m'envahit lorsque je posai mes yeux sur lui. Il sembla encore plus terrifié en me voyant.
 
-          Merci pour ta rapidité, soufflai-je. Tu peux vaquer à tes occupations, ta mission est terminée.
-          Qui êtes-vous ? demanda Peter d'une voix tremblante.

J'agrippai son bras et transplanai.
 

| Planque de Tracker |

 
Je jetai Peter sur une chaise métallique à notre arrivée dans ma planque. Des chaînes s'enroulèrent autour de lui pour l'immobiliser. Il ne cessait de crier, me demandant qui j'étais et pourquoi il était là.  J'ôtai mon masque avec rage, pour qu'il sache qu'il n'allait pas mourir par hasard. Peter écarquilla les yeux, et ne dit plus un mot tellement il était choqué. Il semblait avoir autant de mal à croire ce qu'il voyait, que moi à sa trahison.
 
-          Prudence, souffla Peter d'une voix blanche.
-          Tracker, rectifiai-je avec hargne.
 
Mon nom lui déclencha des tremblements, ce qui augmenta ma haine. Ainsi donc, il me connaissait ? Je relevai la manche de son bras gauche, dénué de marque. Je posai ma baguette sur sa peau, lui arrachant un cri de douleur. Lentement, la marque des Ténèbres apparut, m'apportant la preuve irrévocable qu'il était un traître. Je dus lutter intérieurement pour résister au désir de meurtre.
 
-          Depuis quand ? m'énervai-je. Depuis quand est-ce que tu travailles pour Voldemort ?! Depuis quand tu trahis tes amis ?!
 
Des larmes coulaient sur les joues de Peter. Je le frappai au visage de toutes mes forces. J'avais la rage. Je n'avais jamais eu la moindre affection pour lui, je ne lui avais jamais porté le moindre intérêt... mais par respect pour le lien qui l'unissait aux autres Maraudeurs, je le considérais comme un membre à part entière de la bande. Il était l'un de leurs frères, ils auraient été capable de tout pour lui. Et lui... il les trahissait. Quand je pense que je lui avais offert ma protection... j'en avais la nausée. Il aurait pu provoquer leur mort sans même que je le voie venir. Ce maudit traître !
 
-          REPONDS ! DEPUIS QUAND ?
-          Juin... 1978.
 
Je me figeai d'horreur. Presque deux ans ! Deux ans qu'il nous trahissait ! Le sortilège Doloris sortit presque tout seul de ma baguette. J'étais sur le point de perdre le contrôle tellement j'avais envie de lui faire payer. 1978... l'année où j'avais quitté mon père. Etait-ce pour me remplacer qu'il avait engagé Peter ? Pour ne pas perdre sa source d'informations auprès des Maraudeurs ?! Un courant glacé me parcourut les veines en songeant à mon père. Il n'avait jamais renoncé aux Maraudeurs. Quelques mois lui avaient suffi à trouver une autre source. Je devais le féliciter... je n'avais rien vu venir. Peter avait été un excellent comédien. 
 
-          Pourquoi ? sifflai-je. Pourquoi as-tu fait une chose pareille ?!
-          Je ne voulais pas... mais il a torturé mes parents sous mes yeux... il a tué mon père, et il m'a dit qu'il tuerait ma mère si je n'acceptais pas. Je ne pouvais pas la regarder mourir...
J'étais trop enragée pour être capable de me montrer compréhensive, encore moins pour faire preuve de pitié. 

-          Tu aurais dû nous le dire ! dis-je durement.
-          Tu sais de quoi le Seigneur des Ténèbres est capable ! Je n'aurais pas réussi à lui échapper ! J'étais condamné si je refusais, et je condamnais ma mère ! Je ne pouvais pas faire ça... 
-          Alors tu as préféré trahir tes amis... crachai-je. Tu me dégoûtes ! 
-          Je n'avais pas le choix... s'il te plait, aide-moi. Tu es Tracker... tu peux faire quelque chose.
 
Je lus de l'espoir dans ses yeux posés sur moi. L'aider ? Pourquoi ? S'il nous en avait parlé dès le départ... oui, je l'aurais sans doute aidé. Par égard pour les Maraudeurs, j'aurais pu faire preuve de clémence. Mais pas aujourd'hui. Pas après deux ans de trahison. Et puis de toute façon, si je voulais changer l'histoire une bonne fois pour toutes, je devais le tuer. J'avais réussi à enterrer le secret de la prophétie... je devais désormais combler la faille qui aurait permis sa réalisation.
Je levai ma baguette sur Peter, visant sa poitrine.
 
-          Qu'est-ce que tu fais ?! s'horrifia Peter. Prue, s'il te plait, ne fais pas ça ! Je regrette ! Je regrette vraiment ! S'il te plait !
-          Je ne peux pas te laisser continuer à trahir les Maraudeurs... et tu ne peux pas quitter Voldemort sans en mourir toi-même... Tu aurais dû savoir que tu étais condamné dans tous les cas.
 
Ce ne sont pas les cris de Peter qui me déchirèrent le plus à cet instant, mais bien le fait de penser à la douleur que j'allais infliger aux Maraudeurs. Une lumière d'un noir de jet sortit de ma baguette et frappa Peter de plein fouet, le faisant définitivement taire. Une dernière larme coula sur ses joues, tandis que mon bras, parcouru d'un étrange fourmillement, retomba lourdement. Je m'approchai de ma victime, et passai une main sur ses yeux pour les clore à jamais. Je venais de tuer un Maraudeur. C'était un choc, mais j'étais certaine d'avoir pris la bonne décision.
Que faire du cadavre maintenant ? Le laisser dans un endroit où il sera découvert par les policiers... sur une scène de crime créée pour le faire passer en traître, ou en victime ? Ou alors tout simplement le faire disparaître ?

Je restai un long moment à réfléchir aux côtés de ma victime. Si je dévoilais sa traîtrise, les Maraudeurs en souffriraient davantage. Si j'en faisais une victime des Mangemorts, j'attisais leur haine envers l'Armée du Mal, mais mon père saurait que c'est un coup monté car aucun de ses hommes n'aurait pu tuer une source aussi précieuse. Mieux valait le faire disparaître. Les Maraudeurs penseront ce qu'ils veulent... peut-être que la disparition sera assimilée aux nombreuses autres qui se sont produites depuis le début de la guerre. Avec les récentes tentatives de meurtre des Mangemorts contre nous, c'était crédible. De son côté, mon père pensera que Peter a tout simplement pris la fuite pour ne plus avoir à accomplir sa mission. De rage, il tuera probablement la mère... mais elle était condamnée dans tous les cas. Je ne pouvais rien faire pour elle. Un Mangemort sera affecté à retrouver le déserteur, mais personne ne retrouvera jamais son corps. Un nouveau secret à enterrer soigneusement.
 
 
Chapitre 20 : Trahison

 
Hello ! :) Voici le 20ème chapitre. Prue a fait une première journée en tant qu'Auror pour le moins mouvementée, et une rencontre diplomate avec la Brigade Secrète... qu'en avez-vous pensé ? Sans oublier, bien sûr, la révélation du traître... bien plus tôt que dans l'oeuvre originale ;)
Je souhaite de bonnes vacances à ceux qui en ont, bon courage aux autres.
Gros bisous, à bientôt.
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    Je suis fascinée de savoir comment prudence arrive cerner son lage noire de père et le faite qu'elle soie devenue son ennemie..je crois bien que voldemort est fichu si il l'a a ses trousses..

  • clochinettedu76

    02/04/2016

    Et bah dis, si je m'attendais à tout cela dans ce chapitre ! J'aime toujours autant ton histoire, et ton style d'écriture qui me plait bien ! Je me mets à la suite dès maintenant !

  • harry-potter-8-fic

    22/12/2015

    Encore un excellent chapitre, mais je dois bien avouer que Peter a ce qu'i mérite

  • MikaWolfeHP

    22/12/2015

    Jaime tjrs autant ton histoire! En effet, chapitre très mouvementé tjrs pleine de révélations. J'espérais que le traitre soit bien Peter et non hn autre personnage auquel on ze serakt plus attaché! Fiou! Et je me demande bien comment va se passer sa collaboration en tant que Tracker avec de ses collègues! Vont ils la reconnaître? Et sa voix, comment se fait-il qu'ils ne la reconnaissent pas justement? :o :)

  • SkyStories

    28/11/2015

    Je ne sais pas si je te l'ai déjà dit, mais je n'ai jamais vraiment été fan des fanfictions avec un enfant de Voldemort. Pour moi cet homme (si on peut l'appeler ainsi) est incapable d'aimer quelque chose assez pour avoir un enfant. Quoique si l'on y réfléchit bien, ce serait logique 1enfant = 1 successeur.
    Cependant, dans ta fiction, j'ai appris à aimer Prie ^^ Tu as une imagination débordante pour inventer à chaque chapitre un crime différent. Et tous sont bien monté.
    J'ai apprécié que tu fasses un appel aux livres comme ça, avec la trahison de Peter. Cela nous permet de ne pas oublier que même si tu as ton univers, cela reste Harry Potter.
    Prue risque d'avoir de plus en plus de mal à garder ses masques et j'appréhende grandement la confrontation qui suivra la vérité. En réalité, j'ai peur que Prue ne finisse par retomber entièrement dans le Mal si elle perd ses amis. Quel scandale ça ferait au ministère ! ^^
    En bref, encore de très bons chapitres, et une très belle écriture ^^
    Bisous :*
    Lily

  • Hurricany

    22/11/2015

    Wahou ! C'était un chapitre très poignant ! La mort de Peter m'a quand même affecté... Sa raison était valable. Je file au chapitre suivant !

  • Nakwen

    25/10/2015

    Salut ! Encore un chapitre de folie ! La couverture de Prue deviens de plus en plus mince, et je me demande si elle va pouvoir tenir encore bien longtemps.. J'ai bien aimé le rapprochement aux vrais livres avec la trahison de Peter ! Et à quelle point aura t elle impactée ?
    J'attends la suite avec impatience, à la prochaine ! ;)

  • evanalinch-lunalovegood

    19/10/2015

    Superbe chapitre. Bien pensé le fait de la trahison de Peter et j'adore les questions de la brigade

  • Selenba

    19/10/2015

    J'ai pris un peu de retard dans ma lecture et ai donc lu les trois derniers chapitres en un coup... Un véritable marathon! L'histoire s'accélère, j'ai le coeur qui bat à cent à l'heure et des pensées plein la tête à la fin de chaque chapitre. La position de Prue/Tracker devient plus précise mais mille fois plus dangereuse, une erreur est tout le monde saura qui elle est :s J'ai bien aimé les scènes sur Voldemort et j'ai la vague impression que Lyall va griller Prue x) Elle est en train de prendre de plus en plus de risque :s Enfin! Faire une pause et rattraper aussi vite mon retard m'a fait du bien :3 Tu me tiens en haleine et j'ai hâte de lire la suite! On passe à la vitesse supérieure! Biz :3 et à la prochaine

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