Chapitre 21 : Sur les traces de Tom Jedusor

« J'ai volontairement déclenché la traque la plus difficile de ma vie... celle de mon père. Marcher sur les traces de son passé dans le but de le détruire n'est pas ce qui me fait le plus mal... c'est plutôt le fait de savoir que ces mêmes traces vont inévitablement mener jusqu'à moi... et à ma propre destruction. »
 
Chapitre 21 : Sur les traces de Tom Jedusor

 

| 26 mars 1980 – Ministère de la Magie – Département de la Justice Magique – 18h |
 

Je rentrais d'une scène de crime, encore plus éc½urée des Mangemorts qu'auparavant. Mon esprit ne parvenait pas à se défaire de l'emprise des images du cadavre, témoignant une cruauté sans égale. Ma haine ne faisait qu'augmenter au fil des jours. J'avais l'impression d'être une bombe, dont la pression exercée par toutes ces atrocités n'allait pas tarder à me faire exploser. Je voulais faire couler le sang de ces monstres. Je voulais les massacrer. 

Les Maraudeurs m'avaient accompagnée sur cette enquête, et étaient profondément dégoûtés. Le choc de la scène de crime les avait les marqués. J'eus un mouvement d'impatience en croisant le Directeur du Département de la Justice Magique. J'avais envie de le cogner, pour m'assurer qu'il était capable de réagir, car jusqu'à maintenant, face à la menace terroriste, j'avais des doutes. C'était un minable, incapable de prendre les décisions adéquates. 

-          Comment – commença mon supérieur.

Je lui passai à côté sans même m'arrêter, n'étant absolument pas d'humeur à jouer la comédie. Plutôt que de prendre le risque de me faire renvoyer à cause d'un comportement déplacé, je préférai continuer ma route, écartant les quelques journalistes qui se jetaient sur mon chemin.

-          Prue, appela doucement Remus lorsqu'on arriva dans notre quartier général, à l'abri des rapaces.
 
Je fus contrainte de m'arrêter, ne pouvant ignorer Remus. Il me prit dans ses bras, silencieux, et je sentis qu'il avait besoin de réconfort autant que j'avais besoin de me défouler. Contrairement aux Maraudeurs, ce n'était pas la tristesse ou le dégoût qui m'envahissaient quand nous étions témoins d'un drame, mais la haine et la révolte. Surtout la haine. Elle resserrait son emprise sur moi avec une telle force, qu'il m'était impossible de m'en défaire, à moins de me livrer à une chasse bien sanglante. Il n'y avait que ça pour me calmer. Venger ces pauvres victimes d'une guerre qui nous dépassait tous.
 

|  . . . |

 
Je rentrai tard ce soir-là, une fois de plus. J'avais du mal à me détacher de l'enquête. Je voulais savoir quels étaient les Mangemorts impliqués dans ce meurtre. Remus avait fini par me convaincre de lâcher prise pour ce soir, mais j'avais du mal à ne plus y penser. 

 

Alors que je réfléchissais sur le canapé pendant que Remus était sous la douche, je sentis mon bipper vibrer. L'éventualité d'une nouvelle chasse me fit frémir, car c'est exactement ce dont j'avais besoin en ce moment. Je fis donc apparaître le parchemin vierge me servant de liaison avec l'Agence, ainsi qu'une plume.
 
« Ici Tracker » écrivis-je.
« Bonsoir Tracker. Lyall Lupin souhaiterait vous rencontrer à nouveau »
 
La nouvelle me surprit, car j'avais rencontré la Brigade Secrète pas plus tard qu'hier. Je ne m'attendais pas à être recontactée aussi vite. Peut-être que le massacre d'aujourd'hui par les Mangemorts avait poussé les Aurors à faire appel à mes services ?
 
« Quand ? »
« Ce soir »
« J'y serai. »
 

| QG de la Brigade Secrète |

 
Seul Lyall était présent au QG lorsque j'arrivai.
 
-          Bonsoir Tracker, salua Lyall.
-          Bonsoir, répondis-je d'une voix neutre.
-          Je suis soulagé de vous voir en pleine forme.
-          ...Pourquoi en serait-il autrement ?
-          Vous êtes partie très vite hier, alors que nous étions en train de parler de Voldemort. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais après la bataille de l'Arpège-
-          Un Mangemort que vous aviez capturé est mort, frappé par un maléfice de pure magie noire, terminai-je.
-          ...Comment savez-vous ça ? Nous avons pris le soin d'étouffer l'affaire...
-          Vous comprenez mieux l'importance de bien placer ses sources ? raillai-je.
 
Je ricanai devant la surprise de Lyall.
 
-          J'avoue avoir été étonnée d'apprendre l'existence d'une telle punition magique... repris-je, mais je pense que cette disposition a été prise après mon départ, car comme vous pouvez le voir, j'ai pu vous parler librement du Lord.
 
Lyall resta silencieux quelques instants. Il semblait préoccupé.
 
-          Quelle impression ai-je laissé aux autres membres de la Brigade ? demandai-je.
-          Ils sont assez contents d'avoir trouvé une personne capable d'inspirer la crainte à Voldemort, mais ils ont encore un avis réservé sur votre camp...
-          Et vous aussi à en juger par votre tête.
-          Je sais que nous pouvons vous faire confiance. Vous avez le sens de l'honneur, votre parole me suffit. Mais j'avoue ne pas comprendre... vous dites vous-même que vous êtes l'incarnation de la Mort, et que vous êtes même capable d'avoir le dessus sur Voldemort...
-          Alors pourquoi ne l'ai-je pas déjà tué ? terminai-je d'un ton d'évidence.
 
Je me détournai de Lyall, me postant à la fenêtre pour regarder le quartier éteint et désert. J'hésitai à me lancer dans un récit... aussi délicat. D'un autre côté, je ne pouvais pas rester éternellement la gardienne de ce secret. Si je voulais réellement les aider à gagner la guerre, j'étais obligée de passer aux aveux. J'étais obligée de partager cette traque.
 
-          La vérité Lupin... c'est qu'aucune arme n'aurait d'effet sur lui... pour l'instant.
-          Que voulez-vous dire ?
-          Que savez-vous des Horcruxes ?
 
Je n'eus pas besoin de me retourner pour deviner l'effarement qui devait balayer le visage de Lyall à cet instant ; le silence pesant qui s'installa était suffisant. Pour ma part, j'eus l'impression que mon c½ur s'alourdissait en dévoilant le secret de mon père.
 
-          Il... Il a réussi à en créer ? demanda Lyall.
-          Oh oui, assurai-je avec amertume. Plusieurs.
-          Combien ?
-          Précisément, je l'ignore... mais la logique me pousserait à dire six.
-          Six ?! s'étouffa Lyall.
-        Voldemort attache de l'importance à la symbolique. En admettant qu'il crée six Horcruxes, son âme serait divisée en sept parties. Sept... le chiffre de la puissance magique. Sans compter que cela diminue considérablement les chances de parvenir à le tuer.
-          Mais ça peut être n'importe quoi ! Et ils peuvent être cachés n'importe où ! Comment les trouver ?
 
Je me tournai vers Lyall, qui semblait désespéré.
 
-          Ne m'avez-vous donc pas écoutée ? renvoyai-je. Je viens de vous dire que Voldemort accordait de l'importance à la symbolique... et pas plus tard qu'hier, je vous ai également dit qu'il était orgueilleux. Croyez-vous que le Seigneur des Ténèbres ait enfermé les précieux fragments de son âme dans « n'importe quoi » ?
-          Vous avez une idée ?
-          Ce ne seront que des objets, ou êtres vivants, à valeur historique... ou personnelle.
-          Des êtres vivants ?! s'étonna Lyall.
-          Il s'agit d'âme après tout, répondis-je en haussant les épaules. Un fragment d'âme pourrait très bien survivre dans un corps.
-          Qui serait assez fou pour accepter d'héberger l'âme d'un autre ? Et à qui pourrait-il faire suffisamment confiance ?
-          ...Ça peut aussi être un animal, fis-je remarquer.
-          Un animal ? C'est un peu incertain pour –
 
Lupin s'interrompit, le regard soudain illuminé.
 
-          Son serpent !
-          Bravo Lupin, je pense effectivement que ce reptile figure sur la liste.
-          Bon sang, si j'avais su... !
-          Vous auriez profité d'avoir infiltré le rang des Mangemorts à l'époque pour vous en débarrasser ? ricanai-je. En admettant que vous soyez parvenu à atteindre le serpent, qui au passage ne quitte jamais son Maître... comment l'auriez-vous détruit ?
-          Le tuer ne suffit pas ?
-          Un sortilège de Mort pourrait peut-être suffire... mais dans le doute, il vaut mieux le détruire.
-          Comment ?
-          A ma connaissance, seul un feu d'une extrême puissance peut y parvenir. Un feu classique ne suffirait pas. Voyez-vous, un Horcruxe a besoin que son contenant soit intact. Cependant, il s'agit du fruit d'une pure magie noire... un Horcruxe est capable de se reconstituer. Il faut donc lui infliger des dégâts tels qu'il soit incapable de se réparer, dans le cas d'un objet, ou de se soigner, dans le cas d'un être vivant.
-          Un Horcruxe confère à un être vivant la capacité de se soigner tout seul ? s'étonna Lyall. Même des blessures les plus graves ?
-          Même de la mort elle-même. Si le corps n'a pas été détruit, s'il est encore capable d'assurer la survie de l'âme, alors oui, l'être vivant peut, en quelque sorte, ressusciter par lui-même, grâce à l'Horcruxe.
 
Lyall était de plus en plus stupéfait, et en même temps, je le sentais préoccupé.
 
-          Vous avez une idée pour les autres Horcruxes ?
 
Si j'étais prête à lui révéler l'existence des Horcruxes, je ne voulais pas encore lui annoncer... que j'en étais un. 
 
-          Je crains que non. La véritable question est : où sont-ils ? Il me parait évident qu'ils ne se trouvent pas tous au même endroit, pour plus de sécurité. Je pense qu'il faut avant tout trouver les lieux étroitement rattachés au Lord. Contrairement au serpent, qui est sous sa protection, les autres Horcruxes sont dispersés. Ils ont donc besoin de puissants enchantements pour les protéger. Si on trouve les lieux, la magie sera palpable par les sorciers capables de la sentir... et il ne vous restera plus qu'à passer la sécurité, à la recherche d'un objet de grande valeur aux yeux du Lord.
-          Comment trouver de tels lieux ? soupira Lyall. Il faudrait pour cela connaître son passé, et connaître sa vie privée ! Nous ne savons même pas à quoi il ressemble, encore moins son nom !
-          ...Tom Jedusor.
 
Lyall eut un instant d'arrêt. Pour ma part, ces mots semblèrent m'écorcher en sortant.
 
-          C'est impossible... Jedusor... n'est-ce pas le nom de la famille moldue qui a été assassinée à Little Hangleton ?
-          Si.
-         Je ne comprends pas. Voldemort prône la pureté du sang... alors qu'il est lui-même Sang-Mêlé ?!
-          Exact. Et s'il a créé le masque de Voldemort, c'est bien pour renier à jamais le nom de son sale moldu de père.
-          C'est inattendu, avoua Lyall.
-          Lord Voldemort est un personnage fascinant à découvrir... vous vous en rendrez vite compte.
-          Par où commencer ?
-          Par un entretien avec Albus Dumbledore.
-          ...Je vous demande pardon ?
-          Lord Voldemort est passé par Poudlard, dans les années 40 environ. Je ne peux pas imaginer qu'un élève tel que lui, même s'il n'était pas déjà un tueur à l'époque, ait réussi à ne pas attirer l'attention. Dumbledore n'a jamais été qu'un simple directeur d'école... Vous devriez vous tourner vers lui pour chercher à en apprendre plus. Je suis persuadée qu'il pourra vous aider. Allez le voir, dites-lui qui est véritablement Voldemort, et qu'il a réussi à créer des Horcruxes.  
-          Je ne peux mêler Dumbledore à cette enquête.
-          Dumbledore est l'un des rares sorciers à la fois suffisamment intelligent et puissant pour se mesurer au Lord. Vous auriez tort de le maintenir en dehors de cette quête. Vous aurez besoin d'un sorcier de sa trempe pour réussir, d'autant plus que vous ne pourrez pas compter sur les autres membres de la Brigade.
-          Que voulez-vous dire ?
-          Voldemort est capable d'infiltrer des taupes partout... réfléchissez bien avant de répéter ce que je vous ai appris ce soir. Si jamais le Lord apprend que ses Horcruxes ne sont plus en sûreté, l'effet de surprise sera perdu, tout comme votre espoir d'en venir à bout un jour.
-          ...Je suivrai votre conseil. Merci Tracker.
 
Je saluai Lyall d'un signe de tête, estimant que je lui en avais suffisamment dit pour ce soir.
 
-          Participerez-vous à la quête de ces objets maudits ? me retint Lyall.
 
Malgré ma détermination, une pointe s'enfonça dans ma poitrine en pensant à cela. J'avais l'impression que la marque du Basilic me chauffait, comme à chaque fois que j'avais une pensée néfaste pour mon père. Même ma vieille blessure semblait se réveiller, comme pour me rappeler ce que j'enfermais dans mon propre corps. J'eus un faible sourire en songeant qu'un Horcruxe avait effectivement un grand pouvoir pour se protéger : alors que je désirais conduire la chute du Lord... la culpabilité tentait de me retenir. Le sentiment de trahison grandissait, comme pour me faire reculer. Pour être franche, je n'avais pas la certitude que l'Horcruxe en moi soit réellement à l'origine de cette soudaine réticence. Mais en me rappelant tout le mal qu'avait fait mon père, à moi comme à l'Angleterre, je me dis que ça ne pouvait pas être l'amour. Il n'avait jamais été mon père. Et même s'il l'avait été... le chemin que j'avais choisi de suivre me poussait inévitablement à le combattre. Alors...
 
-          ...Oui, répondis-je fermement sans me retourner. Vous pouvez compter sur moi. Je vous aiderai à rendre Voldemort mortel.
 
Aucun Horcruxe ne pourrait être suffisamment puissant pour me pousser à épargner mon père... ce monstre qui représentait une menace aussi grande pour ma vie que pour le pays. La louve qui séjournait en moi était plus forte que cet ignoble maléfice. 
 
Pourtant, cette confiance retomba lorsque je fus de retour au manoir familial. Je ne parvins à trouver le sommeil lorsque je me couchai auprès de Remus. Mon compagnon, profondément endormi par mes soins avant que je parte retrouver Lyall, ne pouvait sentir les émotions mitigées qui me traversaient.
D'un côté, j'étais soulagée d'avoir avoué à Lyall le secret de mon père... d'un autre, je redoutais jusqu'où les traces de mon père pouvaient les mener, lui et Dumbledore. Le directeur de Poudlard  m'avait déjà prouvé ses talents d'enquêteur, avec presque rien comme information de départ. Il avait déjà réussi à me démasquer une fois... s'il s'aventurait trop sur le passé de mon père, il se rapprocherait à nouveau de moi.
 
J'appuyai ma tête contre le mur, soupirant profondément. J'avais choisi de m'impliquer dans cette guerre... de contribuer à la chute de mon père... ce qui augmentait inévitablement le risque d'être démasquée. Après tout, je faisais moi-même partie des barrières qui protégeaient mon père, même si c'était contre ma volonté. J'essayai de ne pas imaginer ce qui se passerait si jamais Lyall et Dumbledore apprenaient qui j'étais vraiment. Je passai mes doigts dans les cheveux de Remus avec douceur, le c½ur gonflé à cette idée de perdre celui que j'aimais si jamais il découvrait la vérité. J'avais la terrible impression que ce moment tant redouté était inévitable, malgré tous mes efforts.

 
| 27 mars 1980 – Poudlard – 8h |
 
~ Point de vue général ~

 
Lyall Lupin arriva à la première heure à l'école de sorcellerie, bien décidé à s'entretenir avec Dumbledore comme le lui avait conseillée Tracker. Il n'avait quasiment pas dormi de la nuit, sa discussion avec sa partenaire se répétant inlassablement dans sa tête. Elle leur était d'une immense utilité en lui transmettant une information aussi cruciale. Il avait vu juste la concernant, il savait qu'il pouvait lui faire confiance, et ce sentiment avait augmenté la veille. Pourtant, même s'il avait l'impression d'avoir fait un bond en avant en découvrant le secret de l'ennemi de l'Angleterre, le chemin qui s'ensuivait semblait être plongé dans les ténèbres.
 
 
La gargouille gardant le bureau directorial laissa le passage à l'Auror, qui était attendu. Dumbledore l'accueillit à bras ouverts, content de le revoir. Après s'être échangés les quelques nouvelles du Ministère et de l'école, Lyall demanda à Dumbledore de prendre des mesures pour que la suite de leur discussion reste entre eux. Les personnages des tableaux furent donc congédiés temporairement, et un sortilège d'insonorisation lancé pour isoler la pièce d'éventuels espions.
 
-          Que se passe-t-il Lyall ? demanda Dumbledore avec inquiétude.
-          Le combat contre Voldemort sera encore plus dur que ce que nous avions imaginé Albus... bien plus long. Il a créé des Horcruxes...
 
Le directeur fut incapable de réagir pendant plusieurs secondes tellement il était abasourdi par la nouvelle. Cette révélation était un choc, car comme l'avait annoncé Lyall... la suite de l'histoire s'annonçait bien plus longue désormais et incertaine.
 
-          Comment peux-tu en être sûr ? interrogea le directeur en sortant de sa léthargie. Rogue lui-même ne m'a jamais fait part d'une telle information !
-          C'est probablement parce qu'aucun Mangemort ne le sait. Disons que j'ai une source... très fiable, qui me l'a annoncé hier soir. Je suis aussi désemparé que vous.
-          Je serais curieux de connaître l'identité de ta source. Comment peut-elle savoir ?
 
Lyall hésita quelques instants à lui parler de Tracker. D'un autre côté, s'il voulait mêler Dumbledore à cette sombre enquête, il ne pouvait pas le maintenir dans l'ignorance.
 
-          Ma source a travaillé pour le compte de Voldemort pendant des années avant de se retourner contre lui.
 
Dumbledore eut du mal à contenir sa surprise. L'existence d'une telle personne était aussi improbable qu'excitante. Qui que ce soit, elle pouvait constituer un atout décisif dans la lutte contre le Lord. Dumbledore voulait à tout prix en savoir plus.
 
-          Une chance qu'elle ait accepté de t'aider, dit Albus, songeur. Qu'a-t-elle dit d'autre à ce sujet ?
 
Lyall lui raconta tout ce que Tracker lui avait appris sur les Horcruxes. Dumbledore l'écouta attentivement, troublé.
 
-          Albus... ma source m'a également fait part que Voldemort était passé par Poudlard dans les années 40... selon elle, il s'appellerait en vérité –
-          Tom Jedusor, souffla Dumbledore.
 
 
L'étonnement de Lyall suffit à prouver au directeur qu'il avait raison. Il se mit à marcher de long en large dans son bureau, l'esprit en ébullition. Lyall brûlait d'impatience ; Tracker avait eu raison jusqu'au bout : Dumbledore s'était intéressé de très près à Tom Jedusor pour être capable de savoir qu'il était Voldemort.
 
En vérité, Dumbledore avait toujours été intrigué par Tom Jedusor, cet orphelin capable de maîtriser ses pouvoirs et se s'en servir volontairement, avant même d'entrer à Poudlard. Le penchant de Jedusor pour la cruauté et la domination avait frappé le directeur lorsqu'il avait entendu le récit des incidents qui s'étaient déroulés à l'orphelinat. Raison pour laquelle il avait toujours gardé un ½il très attentif sur lui.
 
Par la suite, il s'est révélé que Jedusor était un élève brillant. L'un des meilleurs que Poudlard ait connu même. Cependant, Dumbledore n'avait jamais réussi à porter l'admiration ou la sympathie que les autres professeurs lui accordaient. Oui, cet orphelin avait su se construire, briller, et toujours garder la tête haute malgré son passé. Il était d'une grande intelligence. Seulement, Dumbledore n'avait jamais réussi à chasser l'image de l'enfant cruel, qui jouissait de son pouvoir sur les autres pour les manipuler et leur faire du mal "quand il le voulait". Ce sont les mots que le jeune Jedusor avait employé lors de sa rencontre avec le directeur à l'orphelinat. Dumbledore était venu lui apprendre qu'il était un sorcier, et qu'il avait de ce fait sa place à Poudlard. Jedusor, heureux d'apprendre qu'il était exceptionnel, lui avait alors parlé de sa maîtrise de certaines formes de magie. Ce gamin était capable de contrôler les animaux ou les autres enfants, de parler aux serpents, et de faire du mal s'il le souhaitait. Ces dernières paroles avaient frappé Dumbledore, car la plupart des enfants n'avaient pas la maîtrise de leur pouvoir à cet âge. Certainement pas pour faire de mauvaises choses. Dumbledore avait alors su qu'il y avait quelque chose d'enfoui dans ce jeune garçon... quelque chose de sombre. Lors de sa scolarisation, le directeur avait toujours été persuadé que ce gamin était toujours bien là... réfugié dans le jeune homme qu'était devenu Jedusor... mais caché par un masque.  Dumbledore n'avait jamais réussi à le cerner. D'ailleurs, c'était l'une des raisons pour laquelle il lui avait refusé le poste de Défense Contre les Forces du Mal, quelques années après la fin de ses études.
 
-          Vous le saviez ? relança Lyall pour sortir le directeur de ses souvenirs.
-          J'avais des hypothèses... mais jamais de preuves. Lorsque la Chambre des Secrets a été ouverte... je me suis mis à porter un intérêt plus particulier à Tom Jedusor. Je me suis lancé sur les traces de son passé, et il ne m'a fallu pas moins d'un an pour me rendre compte qu'il était un descendant de Salazar Serpentard. J'avoue que la coïncidence m'avait laissé perplexe à l'époque.
-          Vraiment ?!
-          Oui. Fils de Merope Gaunt, l'une des dernières descendantes de Serpentard, qui vivait une vie de misère avec son frère et son père ... et de Tom Jedusor, ce jeune homme moldu richissime de Little Hangleton. Le père a abandonné Merope alors qu'elle était enceinte, et celle-ci est morte en mettant son fils au monde. Comme tu le sais, la famille Jedusor a été assassinée plus tard, et il n'est pas difficile de deviner par qui.
 
Descendant de Salazar Serpentard lui-même... Lyall était de plus en plus sonné par les révélations sur Voldemort.
 
-        Il va falloir fouiller le passé de Jedusor pour trouver les lieux et objets qui pourraient nous mener sur la piste, reprit Lyall avec détermination.
-          Je pense que l'orphelinat sera un bon point de départ. C'est là qu'il a appris qu'il était un sorcier... un être exceptionnel et différent des autres. Ce doit être un souvenir cher à ses yeux. La Chambre des Secrets serait également l'endroit idéal, si seulement j'avais la moindre idée de son emplacement. En tout cas, Poudlard figure sur la liste, c'est sûr. Jedusor a considéré l'école comme sa maison, et il y vouait un attachement particulier.
 
Lyall acquiesça vivement, retrouvant espoir malgré la difficulté de la tâche. Les pièces commençaient déjà à s'emboiter. Entre Dumbledore et Tracker, il ne pouvait espérer trouver de meilleurs alliés dans cette quête.
 
-          Ta source a-t-elle suggéré des objets qui pourraient être candidats ?
-          Un animal en fait, rectifia Lyall. Le serpent de Voldemort.
-          Choix risqué... mais puisqu'il est l'héritier de Serpentard, cela ne fait que renforcer le mythe de ses origines.
-          Ma source m'a appris... qu'un Horcruxe était capable de régénérer si on ne lui infligeait pas de dégâts suffisants. Et que c'était aussi valable pour les Horcruxes « vivants ».
 
Dumbledore se détourna de Lyall pour cacher son trouble. Les souvenirs de l'agression de Prudence Halliwell lui revinrent en tête malgré lui, comme une évidence. Il avait toujours été troublé qu'elle parvienne à survivre quand tout la condamnait. Le directeur continuait de garder un ½il très attentif sur Prudence, comme il l'avait fait avec Jedusor. Il n'avait pas renoncé à l'enquête sur elle, d'autant plus qu'il était persuadé qu'elle lui avait trafiqué la mémoire. Il avait toujours cette sensation de frôler la vérité... de voir au-delà de son masque. Mais à chaque fois, le fil de ses idées lui échappait. Et là encore, Lyall venait de lui faire penser à Prue. Cette jeune femme qui avait réussi à se soigner d'elle-même quand son propre c½ur lâchait prise. Cette force invisible et indépendante, capable de la ramener quand tout espoir est perdu... était-ce un Horcruxe ? Et si oui... qu'est-ce que ça voulait dire ? Etait-elle un Horcruxe ? Ou avait-elle fait un Horcruxe ? Dans les deux cas, cela voudrait dire qu'elle était très profondément ancrée dans le Mal... et pourtant, sa détermination en tant qu'Auror à traquer les criminels n'était pas une illusion. C'était une acharnée, aussi mordante et déterminée que Maugrey.

 

Dumbledore secoua la tête, agacé de se disperser de la sorte. Ce n'était pas le moment de songer à Prue ! Le drame des Halliwell n'avait pas été résolu jusqu'à maintenant, il pouvait attendre encore ! Stopper la folie assassine des Mangemorts et mettre un terme à la guerre en provoquant la chute de Voldemort était bien plus urgent !
 
-          Je suis aussi étonné que toi par ce pouvoir... mais il s'agit de Horcruxe après tout... de la magie noire la plus pure.


Dumbledore réfléchit encore un peu aux dernières révélation, avant de reprendre : 
 
-         Ta source me semble très bien connaître le domaine du Mal... et Voldemort. J'ignore ce qu'elle représente pour lui, mais elle n'était certainement pas une simple Mangemort.
-          Elle n'a jamais été une Mangemort, affirma Lyall.
-          Alors quel rôle avait-elle ?
-          Tueuse à gages.
 
Dumbledore se retourna vivement vers Lyall, s'attendant à tout sauf à ça. L'Auror se rendit compte que ses paroles, hors contexte, pouvaient être graves.
 
-          Nous ne pouvons accorder notre confiance à une criminelle qui se fait payer ! s'emporta Dumbledore. Qui te dit que ta source n'essaie pas de nous mener sur de fausses pistes pour nous embrouiller et nous faire perdre du temps ?! Qui te dit qu'elle ne travaille effectivement plus pour Voldemort ?!
-          Elle n'est pas qu'une simple tueuse à gages, rétorqua fermement Lyall. Et je lui accorde ma confiance. C'est elle qui m'a permis de m'évader de l'antre des Mangemorts quand j'étais leur prisonnier... j'ai la nausée en imaginant le châtiment qu'elle a dû endurer pour son choix. Elle n'accorde aucune valeur aux Gallions... ce sont les cibles qui l'intéressent. Elle combat le crime par le crime, elle répond à la violence par la violence... sa justice n'est autre que la vengeance. Je sais que ses méthodes vont à l'encontre de nos valeurs... et de tout ce que nous défendons. Je sais qu'elle est extrémiste. Mais elle est incroyablement efficace, ne rate jamais sa cible, et inspire la crainte dans le milieu criminel. Voldemort lui-même la redoute. Elle a bossé pour lui, et elle le connait mieux que n'importe quel Mangemort. Alors vous m'excuserez Albus, mais vu l'aide qu'elle est capable de nous apporter, je suis prêt à fermer les yeux le temps qu'on gagne cette guerre.
 
Dumbledore se remit marcher dans son bureau, d'un pas bien plus énergique. Lyall était un Auror qui méritait de figurer parmi les meilleurs. Il combattait les Forces du Mal depuis des années... alors s'il disait que cette tueuse était digne de confiance...
 
-          Comment as-tu pu trouver une telle alliée ? ne put s'empêcher de demander Dumbledore.
-          J'ai réussi à entrer en contact avec elle il y a quelques temps, et elle a accepté de m'aider. Ça ne change pas des indic' que nous avons l'habitude de recruter. La différence... c'est qu'en plus de nous donner des informations, elle peut prendre part à la lutte.
 
Le directeur et l'Auror échangèrent un regard silencieux. Dumbledore était clairement partagé entre la tentation d'abréger la guerre, et le respect des valeurs qui lui semblaient essentielles. D'un autre côté... combien de temps aurait-il fallu pour qu'il se rende compte que Voldemort avait des Horcruxes ? A moins d'assister à sa mort et de le voir réapparaître, bien en vie, rien n'aurait pu le mettre sur la piste si Lyall n'était pas venu lui apprendre. Il devait bien admettre que cette tueuse à gages leur avait offert une information cruciale, sans laquelle la victoire n'était pas envisageable.
 
-          Alors on commence par Little Hangleton ? reprit Lyall.
-          Oui. Ta source sera-t-elle des nôtres ?
-          Très certainement.
 

| Planque de Tracker |
 
~ Point de vue de Prue ~

 
Je m'assis lourdement dans le fauteuil, comme dans un état second. Lyall était à nouveau entré en contact avec moi pour m'annoncer qu'il avait suivi mon conseil... et que la recherche des Horcruxes commencerait avec Dumbledore, à l'orphelinat où mon père avait grandi. J'avais du mal à prendre conscience que la machine était lancée. Il ne s'agissait plus de saboter des plans, de combattre les Mangemorts, ou d'empêcher mon père d'avoir accès à des informations précieuses telles que la prophétie. Désormais, mon implication prenait une toute autre forme. Celle d'une traque. Probablement la pire de ma vie.

 

Je levai les yeux sur la statue qui portait ma tenue d'assassin, ne sachant déterminer ce que je ressentais à cet instant. J'avais considéré mon père de bien des manières différentes... mais à partir d'aujourd'hui, il devenait officiellement ma proie. Serais-je à la hauteur de ma réputation ? Ma tenue délaissa la statue pour recouvrir lentement mon corps. Jamais encore une cible ne m'avait échappée... toutes mes traques s'étaient soldées par la mort de ma proie, comme une évidence, inévitable. Cette fois plus que jamais, je n'avais pas le droit à l'erreur, car j'affrontais un prédateur tout aussi exceptionnel que moi. Seulement... j'étais également un obstacle à cet assassinat, ce qui était tout à fait inédit.
 

| Little Hangleton |

 
Je me matérialisai devant l'orphelinat, car c'est là que Lyall m'avait donné rendez-vous. Même si m'y attendais, la présence de Dumbledore accéléra les battements de mon c½ur. Je savais qu'il était indispensable à cette quête et c'est pour cette raison que j'avais conseillé à Lyall d'aller le voir... mais j'avoue que je m'en serais bien passé.
 
-          Bonjour – commença Lyall.
-          Ne prononcez pas mon nom, coupai-je.
 
Dumbledore m'observait, intrigué. Je n'aurais su dire si c'était de la méfiance ou de la curiosité. Sans doute les deux.
 
-          Ok... euh, alors je ne pense pas avoir besoin de vous présenter Albus Dumbledore... Albus, voici ma... « partenaire » ?
 
J'approuvai le surnom de la main, tandis que Dumbledore m'adressait un signe de tête poli. Je me tournai vers le vieux bâtiment ayant servi de foyer à mon père dans sa jeunesse, un peu déçue par le choix de mes partenaires.
 
-          Vraiment ? lâchai-je.
-          Qu'y a-t-il ? demanda Lyall.
-          Vous pensez sincèrement qu'il aurait caché quoi que ce soit ici ?
-          C'est ici, commença Dumbledore.
-          Qu'il a grandi, dans la solitude, prisonnier de ces murs... ici qu'il devait respecter un minimum de règles... ici qu'il est resté, dépendant. Sa présence dans cet endroit lui rappelait que sa mère était morte, et que son père n'existait pas.
-          C'est ici qu'il a appris qu'il était exceptionnel, termina calmement Dumbledore.
 
Je ricanai.
 
-          Croyez-moi, il en était déjà persuadé avant votre venue, assurai-je. Vous lui avez ouvert les portes de Poudlard, mais ce souvenir n'est pas relié à l'orphelinat.
-          Il faut bien commencer quelque part, fit remarquer Lyall. Et puis, nous aurons peut-être l'occasion d'en découvrir un peu plus.
 
Je soupirai, laissant ces deux hommes aller au bout de leur idée, même s'il était clair pour moi qu'elle ne mènerait à rien. Mon père avait pris soin d'effacer ses traces, j'en étais persuadée.
 
-          Je sais que votre anonymat est important pour vous, mais votre tenue risque de faire peur, me dit Dumbledore.
 
Ma tenue se volatilisa, laissant découvrir non pas mon vrai visage, mais celui que j'avais utilisé pour prendre l'identité de « Kate ». Cela me rappela rapidement cette fameuse mission, où je devais tuer le procureur Karl Conan, mais qui avait pris une bien étrange tournure. Lyall et Dumbledore affichèrent leur plus grande surprise, ne s'étant sans doute pas attendus à ce que j'ôte mon masque.
 
-          Le visage que j'ai pris n'appartient à personne, prévins-je.
 
J'ouvris la marche vers l'orphelinat, voulant au plus vite leur prouver qu'ils s'étaient trompés de chemin. Je ne comptais pas passer ma journée à suivre des pistes menant à des impasses. Connaissant mon père, le jour où il avait atteint l'âge de quitter cet endroit, il avait dû le faire avec le plus grand plaisir, en se promettant de ne jamais y remettre les pieds.
 
La gérante nous accueillit tous les trois, et s'étonna de l'objet de notre visite lorsqu'on lui dit que nous voulions en savoir plus sur Tom Jedusor. Elle se souvenait très bien de ce garçon, bizarre, qui avait un don pour effrayer les autres. Elle le soupçonnait d'être l'auteur de méfaits, comme la pendaison du lapin d'un autre enfant, ou encore le vol de nombreux objets. Dumbledore nous glissa discrètement que le jour de sa rencontre avec Jedusor, l'armoire était effectivement pleine d'objets volés. Les paroles de la gérante me laissèrent penser que mon père avait toujours eu quelque chose de mauvais en lui. Pourtant, j'étais la première à affirmer qu'être tueur n'était pas inné... à moins d'être fou. J'eus un faible sourire en pensant cela : osais-je encore croire que mon père ne l'était pas ? Il était de ces psychopathes, dont la folie n'avait d'égale que leur terrible intelligence. Alors oui, bien sûr que c'était inné chez lui.

Je sortis de mes pensées en voyant Dumbledore serrer la main à la gérante. Son témoignage ne nous avait guère avancé. Une fois dehors, je lançai un regard entendu à Lyall, qui soupira.
 
-          Que proposez-vous ? me demanda-t-il.
-          Si vous avez écouté ce que je vous ai dit lors de notre dernière rencontre, vous devriez avoir une idée...
 
Lyall échangea un regard avec Dumbledore, qui semblait savoir où je venais en venir.
 
-          La maison de sa mère, souffla Albus.
-        La dernière demeure des descendants de Serpentard, précisai-je. Avant la sienne bien sûr.
-          A ce sujet, quelle est la demeure de Jedusor ? interrogea Dumbledore.
-          Un manoir digne de son ancêtre, me contentai-je de répondre.
 
Je transplanai jusqu'à la maison des Gaunt, vieille ruine dans les bois. Dumbledore et Lyall ne tardèrent pas à se matérialiser à mes côtés.
 
-         Euh... Voldemort aurait mis un Horcruxe dans un endroit en ruine ? s'étonna Lyall.
-          Evidemment. De leur vivant, les Gaunt effrayaient déjà la population... tout le monde évitait soigneusement de les approcher. A leur disparition... qui serait venu entretenir ce taudis ? Personne. Les ruines sont plus crédibles et attirent moins l'attention. Enfin ça, c'est ce que Voldemort laisse voir de l'extérieur.
-          Que voulez-vous dire ?
 
Je ne répondis pas, m'approchant du périmètre de sécurité que je parvenais à sentir. La puissance des sortilèges qui protégeaient ces lieux était encore supérieure à celle du manoir de mon père. Il allait me falloir du temps pour trouver la faille. Je sortis ma baguette, et entrepris alors de chercher à faire sauter la sécurité.
Après une demi-heure éprouvante, je finis par avoir raison de la magie noire qui cerclait ces lieux. La maison des Gaunt apparut alors sous un autre jour, sans doute en bien meilleur état qu'elle ne l'était du temps de ses habitants. Je m'approchai de la porte, où un serpent sculpté me regardait dans les yeux. Ça, c'était une touche de mon père. J'ouvris la porte en essayant de ne pas penser à lui.
 
-          Je commençais à croire que nous allions restés dehors, taquina Lyall en emboîtant le pas.
-          Je pourrais cambrioler Gringotts si je le voulais, répliquai-je en regardant à l'intérieur, baguette levée.
 
Même si mon père était capable de croire que personne ne serait assez puissant pour duper la sécurité, j'étais persuadée que par précaution, d'autres épreuves nous attendaient sagement. Sur nos gardes, on se rendit dans les trois uniques pièces de la maison, qui étaient toutes dans un état impeccable. Je doute qu'elle fut comme ça un jour avant que mon père en prenne possession. D'après ce que je savais des Gaunt, ils étaient plutôt du genre sale.
Attirée par l'aura d'une puissance magie, je retournai sur mes pas dans la pièce principale. Dumbledore était devant un vieux bureau, faisant des gestes lents en prononçant des incantations dans un murmure. Lyall me fit signe de ne pas faire de bruit pour ne pas le déranger. Patiente, j'attendis qu'il ait fini. Je remarquai alors sur quoi agissait Dumbledore : un petit coffret, ressemblant étrangement à celui d'une bague.

 

Le coffret finit par s'ouvrir, et je m'avançai d'un même mouvement avec Lyall. Comme je l'avais deviné, il s'agissait bien d'une bague. Au passage, elle était affreuse. Elle était sertie d'une pierre noire un peu grossière, frappée d'un triangle contenant un rond et un trait vertical. Etrange symbole, qui ne m'évoquait rien. Il me sembla entendre Dumbledore dire « Impossible », mais j'étais incapable de me détacher de cet objet. Je remarquai qu'avec un peu d'imagination, l'anneau de la bague prenait la forme d'une bouche de serpent ouverte, des deux côtés de la pierre. Si cette bague était liée à Serpentard, elle était un Horcruxe de choix.
 
-          On ne doit sans doute pas pouvoir la toucher sans danger, souffla Lyall, tout aussi fasciné que nous.
 
Dumbledore fit alors léviter la bague. J'avoue que j'avais du mal à croire que nous avions réussi à trouver un Horcruxe aussi vite. L'un des héritages de mon ancêtre flottait juste devant moi, comportant sans doute possible un fragment de l'âme de mon père. Troublée et à la fois fascinée, mes mains se recouvrirent de mes gants en cuir pour me permettre de m'emparer de la bague.
 
-          Enfile cette bague.
 
Je sursautai en reconnaissant la voix de Jeff, bien qu'un peu plus sèche que d'habitude. Je le cherchai du regard, et parvins à voir son fantôme, à quelques mètres de moi. Non... c'était plus qu'un fantôme. Bien que flou, son apparence me semblait plus... réelle.
 
-          Enfile cette bague, et nous pourrons nous retrouver. Cette pierre en a le pouvoir. Tu pourras ramener tous ceux que tu aimes, et que tu as perdus.
 
J'étais complètement figée devant cette apparition, plus que trompeuse. Jeff devenait de plus en plus consistant, comme s'il revenait à la vie. Etait-ce possible ? Cette pierre avait-elle le pouvoir de résurrection ?
 
-          Aucune magie ne peut ramener les morts, soufflai-je.
-          Comme tu pensais qu'aucune magie ne pouvait donner l'immortalité, avant de découvrir ce que veut dire « Horcruxe ». La magie peut tromper la mort. Tu en es la preuve vivante. Aie confiance.
 
J'acquiesçai lentement. Mon regard s'aimanta à la bague. S'il pouvait exister une seule chance de ramener ceux que j'avais perdus trop tôt...
 
-          C'est ce dont tu as toujours rêvé, continua Jeff. N'aimerais-tu pas revoir ta mère et ta s½ur ? Sophie ? Moi ?
-          Plus que tout au monde.
-          Alors fais-le. De quoi tu as peur ? me défia mon ancien compagnon.
 
 
Jeff ne m'avait jamais menée à l'échec. Au contraire, tout au long de ma vie, il avait été mon moteur dans les situations les plus extrêmes, pour que je n'abandonne jamais. Il m'avait toujours apporté soutien et réconfort. Il m'avait toujours accompagnée, comme une bonne étoile que je pouvais suivre sans crainte. Pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui ? Je pris la bague au creux de ma main, ôtant le gant de l'autre pour pouvoir la passer.
 
-          Ne la touchez pas ! ordonna Lyall.
 
J'eus l'impression de sortir d'un rêve. Lyall me tenait fermement les poignets, m'empêchant de continuer. Dumbledore semblait lui aussi très intrigué. C'est bizarre, pendant quelques secondes, j'avais complètement oublié leur présence à mes côtés.
 
-          Ne le laisse pas te barrer la route ! reprit Jeff plus férocement. Il veut t'empêcher de réaliser ce que personne encore n'a pu faire : ramener un mort à la vie !
 
Je secouai la tête, un peu égarée. Jamais Jeff ne m'avait menée en bateau. D'un autre côté, j'avoue que la situation était étrange.
 
-          On ne sait pas ce que renferme cet objet, me dit Lyall. Qui sait quel sort réserve cet Horcruxe à quiconque ose s'en emparer ?
 
Je reportai mon attention sur la bague, retrouvant ma lucidité. Je félicitai Lyall intérieurement d'avoir gardé la tête froide... ainsi que mon père d'avoir réussi à mettre au point la plus efficace des protections. Je savais pourtant que les Horcruxes étaient capables d'influer sur les âmes alentours... mais ça m'avait complètement échappé. Ce fragment d'âme avait utilisé une faille émotionnelle pour me pousser à la faute. J'étais désormais persuadée, tout comme Lyall, qu'un contact direct avec cette bague serait mortel. Le fantôme de Jeff n'était pas celui qui m'accompagnait habituellement. C'est l'Horcruxe qui avait crée cette projection, en se servant sans doute de mes souvenirs.
 
-          Merci de m'avoir ramenée sur terre, dis-je à Lyall en refermant ma main gantée sur la bague.
-        Qu'avez-vous vu ? demanda Dumbledore. Vous ne sembliez plus avec nous pendant quelques instants.
-          ...Un mort.
-          Comment était-il ?
-          Un peu plus consistant qu'un fantôme habituel.
-          Il vous parlait ?
 
Dumbledore semblait étonnamment intéressé par les effets de cette bague.
 
-          Oui. Il voulait que je mette la bague. La dernière protection de Voldemort est incontestablement la plus dangereuse... l'Horcruxe est capable d'entrer en résonance avec l'âme des personnes qui l'entoure, et ainsi de les manipuler en conséquence du passé, des failles, des émotions... je n'ai jamais rien vu de tel.
-          Comment le détruire maintenant ? demanda Lyall. Vous m'avez dit que nous avions besoin de lui infliger un dégât l'empêchant de se réparer.
-          Oui, et je vous ai aussi dit que le feu était une bonne solution. Un feu très puissant.
 
Dumbledore échangea un regard avec Lyall :
 
-          Prudence Hunt, souffla le directeur.
 
Je me retins de sourire, contente de les voir suivre la piste que je leur traçais.
 
-          C'est ici que je vous quitte, annonçai-je avant de transplaner.
 
 

| Manoir Halliwell |

 
Je rentrai au manoir, un peu chamboulée par la découverte de l'Horcruxe. Remus était visiblement parti plus tôt que prévu chez Sirius. C'était une bonne chose, j'avais vraiment besoin d'être seule, même si je me doutais que mon répit serait de courte durée.
J'eus à peine le temps de me reposer une demi-heure sur le canapé avant l'arrivée de Lyall.
 
-          Bonjour Prue, excuse-moi de te déranger le week-end.
-          Aucun problème, entre, invitai-je. Tu veux boire quelque chose ? J'allais justement me préparer une boisson chaude.
-          Je veux bien un peu de thé.
 
On s'installa au salon, pendant que la cuisine prenait vie pour nous préparer le goûter.
 
-          Remus n'est pas là ? s'étonna Lyall.
-          Il est chez Sirius. Petite après-midi entre hommes.
-          Je vois. Ce n'est pas plus mal.
-          Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
-          J'ai un service à te demander... mais je ne pourrai répondre à aucune question.
 
Je fis semblant d'être à la fois surprise et intriguée.
 
-          Je veux bien t'aider, mais si tu as des problèmes, ce serait peut-être mieux que tu en parles...
-          Ça ne me concerne pas, rassura Lyall. Tout va bien, j'ai juste besoin d'une de tes compétences magiques.
-          Laquelle ?
-          Le feu.
-          Tu as oublié le sortilège pouvant en produire ? taquinai-je.
-          C'est plus qu'un simple feu dont j'ai besoin, reprit Lyall d'un ton un peu grave.
-          Et si tu me disais ce que tu veux incendier ?
 
Lyall sortit avec précaution une boite en bois, qui n'avait rien à voir avec le coffret d'origine que j'avais pu voir à la maison des Gaunt. Il ouvrit la boite, laissant apparaître la fameuse bague.
 
-          Une bague ?! m'étonnai-je. Mais qu'est-ce que tu as contre ce bijou, mis à part le fait qu'il soit horriblement moche... ?
-          Il renferme un puissant maléfice. Cette bague est dangereuse, crois-moi... il faut la détruire.
 
Je regardai Lyall avec intensité, feintant la perplexité.
 
-          Ok, si tu le dis, je vais la détruire. Recule un peu.
 
Je tendis ma main au-dessus de la boite, qui prit feu instantanément, sans brûler la table. Les flammes, concentrées sur le coffret, ne tardèrent pas à prendre de l'ampleur et à virer au noir. Un cri strident retentit, alors que je crus voir un spectre portant le visage de mon père au milieu du feu. Les flammes disparurent tout à coup, laissant un tas de cendres à la place de la boite... et de la bague. Je fus incapable de m'en détacher pendant plusieurs secondes, m'attendant presque à voir la bague se reconstituer. Je me sentais étrange à vrai dire... je venais de détruire l'un des Horcruxes de mon père... l'un des fragments de son âme. C'est comme si j'avais commencé à le tuer.
 
-          Je crois que tu as réussi, souffla Lyall en s'approchant à nouveau.
-          C'était quoi ce cri ?
-          Aucune idée.
-          Lyall, je ne sais pas d'où tu sors cet objet, mais fais très attention. Les flammes que je produis ne sont pas censées devenir noires... le maléfice qui était enfermé là-dedans devait vraiment être issu de la magie noire la plus absolue.
 
Le père de mon compagnon acquiesça.
 
-          Je crains que ça soit le cas, dit-il.
-          Tu es sûr de ne pas vouloir en parler ? Tu sais, s'il s'agit de chasser des mages noirs d'un plus haut niveau encore que d'habitude, je suis partante.
-          Ce ne sera pas nécessaire. En revanche, j'aurai certainement besoin de toi pour en détruire d'autres, du même type.
 
Je haussai les épaules.
 
-          Je n'y vois pas d'inconvénient, du moment que tu me promets de rester prudent.
-          Je ne suis pas seul, t'en fais pas.
 
Lyall me remercia, avant de prendre congés. En partant, il me demanda de ne pas raconter ce petit épisode à Remus, pour ne pas l'inquiéter, ce que je lui promis. Remus ne devait pas être mêlé à cette sombre traque, qui avait de grandes chances de nous mener à un drame. En ce qui me concerne en tout cas, c'était certain.
 
Chapitre 21 : Sur les traces de Tom Jedusor

 
Bonjour à tous ! Contente d'avoir enfin publié ce chapitre ! Je suis vraiment désolée pour la pause, mais entre les examens et les projets, je n'ai pas pu écrire pendant des semaines.
J'attends donc votre avis avec impatience sur ce chapitre, qui marque le début d'une traque très personnelle pour Prue, et vitale pour l'Angleterre.
 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    tout se met en place au bon moment et enfin ils se lancent sur la quête des horcruxes, ca veux donc dire que quand harry va vaincre voldemort il le tuera définitivement ?

  • clochinettedu76

    02/04/2016

    Et bah dis ! La quête des horcruxes commence déjà ! Je ne m'attendais pas à ce que ce soit dès maintenant, je pensais qu'il y aurait un chapitre entre le moment ou Lyall et Dumbledore apprennent l'existence des horcruxes, et le moment ou ils commenceraient réellement à les chercher... Mais c'est une excellente surprise !

  • MikaWolfeHP

    22/12/2015

    Jadore! Vraiment , cest veritablement interessantet passionnant. Tu es pleine dimagination qui font qhe ton histoire se rapproche bien de l'original, tout en restant unique. Je lis la suite bientot!

  • harry-potter-8-fic

    22/12/2015

    Ah je sent que la chasse aux horcruxes va être facinante

  • LeMaitreDesLieux

    07/12/2015

    Coucou,
    Alors déjà j'ai fini de tout lire quelle joie ! :D donc maintenant tu pourras me prévenir du prochain chapitre :) sinon je pense que Prue joue un peu beaucoup sur différents tableaux, ce n'est qu'une question de temps. Concernant son père ... la quête commence et je me demande bien si il va se rendre compte qu'un Horcruxe a déjà été détruit. Comme d'hab, c'est un super chapitre qui nous rapproche toujours un peu plus de l'inévitable guerre ! A très vite ;)

  • assassin-maraudeurs

    07/12/2015

    Visiteur wrote: "Coucou !!! J'ai un blog moi aussi mais la flemme de me connecter alors je suis visiteuse ;) bref, on s'en fout de ma vie !! Moi je ne suis pas ici depuis longtemps en fait ça ne fait qu'une petite semaine que je te lis et tu vois ça m'a tellement passionné que j'en suis là !! En fait j'ai eu un certain apriori sur ta fiction et puis petit à petit c'était de moins en moins prévisible de mieux en mieux ficelé, je t'avoue que maintenant j'adore Prue et son courage !
    Bon voilà donc c'est juste un petit coucou pour te dire de continuer que je suis vraiment à fond avec toi tu as un vrai talent et tu transportes vraiment les gens dans ton histoire !!
    Bizou et bonne chance pour le projet chapitre !
    Léa ❤
    "

    Hello ! merci beaucoup pour ton avis :)
    Je suis contente que ma fiction ait réussi à te convaincre de la lire jusqu'au bout ;) c'est vrai qu'il y a de quoi être perplexe au début, avec ce nouveau personnage qui apparaît sous un jour détestable, et qui est en plus la fille de Voldemort (ce qui est difficile à concevoir de base).
    Merci pour tes encouragements, et n'hésite pas à donner ton avis sur les prochains chapitres ;) Si tu veux être prévenue, tu peux me laisser ton pseudo skyrock ou ton email.
    A bientôt

  • Visiteur

    02/12/2015

    Coucou !!! J'ai un blog moi aussi mais la flemme de me connecter alors je suis visiteuse ;) bref, on s'en fout de ma vie !! Moi je ne suis pas ici depuis longtemps en fait ça ne fait qu'une petite semaine que je te lis et tu vois ça m'a tellement passionné que j'en suis là !! En fait j'ai eu un certain apriori sur ta fiction et puis petit à petit c'était de moins en moins prévisible de mieux en mieux ficelé, je t'avoue que maintenant j'adore Prue et son courage !
    Bon voilà donc c'est juste un petit coucou pour te dire de continuer que je suis vraiment à fond avec toi tu as un vrai talent et tu transportes vraiment les gens dans ton histoire !!
    Bizou et bonne chance pour le projet chapitre !
    Léa ❤

  • Hurricany

    01/12/2015

    J'ai adoré ce chapitre ! La traque est des plus intéressante, tout comme le décryptage des pensées de Pure. Ça l'affecte au fond d'elle même. Un horcruxe de détruit... J'ai hâtes de voir comment va se dérouler la suite des événements avec l'horcruxe qui est en Prue.
    Bisous à bientôt

  • laurie-slater-10

    01/12/2015

    Ce chapitre était attendu depuis un certain temps et il a surpassé toute mes attentes! J'attendais impatiemment le commencement de la chasse aux horcruxes je suis étonner qu'ils aient trouver un horcruxe aussi rapidement, mais j'ai hate de voir comment ils trouveront comment détruire ceux-ci! J'aime aussi les talents d'actrice de Prue avec Dumbeldore et Lyall. Une question que je me pose l'horcruxe est-il vraiment détruit? Merci d'avoir publié se chapitre et j'espère que tout ira bien dans tes projets et exam! À quand le prochain chapitre? À la prochaine!

  • Selenba

    30/11/2015

    Erf, je n'aime pas trop que Dumbledore soit de nouveau mêlé à Prue... Il est trop intelligent pour sa propre santé...
    Outre ce vieux gênant... Prue! Un horcruxe?! C'est une condamnation :o! Et c'est un tournant auquel je ne m'attendais pas... Cependant ceci explique cela...
    En bref, ça fait du bien de te voir de retour avec notre chère tueuse à gage ;) et j'ai adoré lire ce chapitre :3
    (Pour les exam ne t'inquiète pas, Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom a toujours attendu la fin de l'année scolaire de Harry pour tenter de le tuer :3) À plush!

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