Chapitre 23 : « Mon clan, une meute ? »

« Chez les loups, l'autorité de l'alpha n'est pas immuable. Elle peut être remise en cause lors d'un affrontement, et c'est le vainqueur qui prend le poste de chef. Il est temps de savoir si je mérite toujours d'être l'alpha. »
 
Chapitre 23 : « Mon clan, une meute ? »
 
 
| 11 avril 1980 |
 
 
J'étais complètement sonnée. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait. Découvrir que l'un de mes loups s'était retourné contre moi me donnait la nausée. Je n'arrivais pas à trouver du sens à cet acte. Tous les membres de mon clan savaient les causes qu'ils auraient à défendre avant même d'entrer ; personne n'était pris au piège, pas de mensonge. Une fois qu'ils entraient dans le clan, je les prenais sous mon aile, j'en prenais soin. Je ne les forçais à rien. Je les payais bien. Je les prenais en considération. Je les protégeais. Alors il était où le problème ?

 

Je pourrais comprendre que l'un des plus jeunes loups ait envie de se retourner contre moi pour me renverser... prendre le pouvoir... mais cette série de meurtres et ces messages allaient encore plus loin. C'était plus qu'un défi... Il y avait la volonté de me détruire. Deux des règles les plus fondamentales de mon clan étaient de ne jamais tuer d'innocent ; de ne jamais mettre en péril les autres membres. Le tueur allait volontairement à l'encontre de ma loi : en plus de me trahir, il tuait sans raison, et mettait en péril notre clan en attirant ainsi l'attention des forces de l'ordre sur lui. Sur nous tous. Il ne voyait plus en moi son Maître, mais un adversaire, qui pourrait lui barrer la route sur le chemin qu'il a choisi. Je savais que cette partie mènerait inexorablement à une tentative de meurtre sur ma personne. J'étais devenue sa proie, mais avant de me mettre à mort, il voulait jouer un peu.

 

Qu'avais-je donc fait pour qu'on en arrive là ? Pour déclencher une telle haine ? Avais-je délaissé l'un des miens ? Etait-il possible que je n'aie pas senti un malaise... ? J'essayais de me remémorer à quel moment j'aurais pu être fautive pour déclencher un tel retournement, mais ça ne me venait pas. J'avais le cerveau brouillé et le c½ur déchiré par cette odieuse rébellion. La femme que je serrais dans mes bras était morte pour rien. Pour rien ! Et ça me rongeait d'autant plus de savoir que c'était l'un de mes louveteaux qui avait osé faire ça.
 
J'étais choquée qu'une telle chose ait pu se produire. Je veillais toujours à la santé mentale des potentiels candidats avant de songer à les intégrer dans mon clan, et je les analysais suffisamment pour m'assurer qu'ils étaient en accord avec mes valeurs, et qu'elles étaient trop profondément ancrées pour qu'ils n'aient pas l'idée de s'en détourner. Je ne prenais jamais le recrutement à la légère car ma formation leur permettait ensuite de devenir des tueurs de mon niveau. J'avais bien pris soin de transmettre des consignes très claires à mes recruteurs et à mes formateurs, pour que tout risque de trahison soit détecté suffisamment à l'avance. Il n'avait jamais été question de transmettre mes compétences criminelles à des gens qui en feraient mauvais usage. Cet héritage n'était pas à léguer à n'importe qui.

 

Pourtant, c'était arrivé. Sans m'en rendre compte, j'avais fourni à un dangereux individu les moyens d'être aussi redoutable que moi, non pas pour servir la justice, mais ses propres intérêts. Il voulait me prouver qu'il était meilleur que le Maître que j'incarnais. « Tu es l'ange de la Mort... je suis ton démon ». La volonté de me surpasser ne pouvait pas être plus claire. Jamais encore mon autorité n'avait été remise en cause. Tracker était demeurée jusque-là l'incarnation de la Mort, que personne n'était suffisamment fou pour défier. Mais le tueur connaissait la véritable identité de Tracker. Il savait qui j'étais... et surtout quelles personnes m'étaient chères. Me battre était tout simplement impossible, car ma puissance magique me mettait hors d'atteinte. Par contre, me mettre à genoux en s'en prenant aux personnes que j'aimais... c'était possible. Et c'est l'unique raison pour laquelle cette rébellion était née : le tueur savait comment s'en prendre à mon c½ur ; il avait trouvé ma faille. Dans ces conditions, ma victoire sur lui n'était plus aussi sûre, car moi en revanche, je n'avais aucun moyen de pression sur ce fantôme.
 
Un bref tremblement me parcourut lorsque je posai mes yeux sur la victime pour la énième fois. Je me sentais mal. Très mal. Elle était morte par ma faute. J'étais entièrement responsable de ce qui venait de se passer... et des prochaines victimes que je ne parviendrais pas à sauver. Mon c½ur remonta dans la gorge en songeant qu'un tueur aussi redoutable était en liberté, hors de contrôle. Il ne s'agissait pas d'un petit nouveau qui avait encore beaucoup à apprendre... celui-là m'avait prouvé dans ses précédents meurtres qu'il avait bien appris mes leçons. A l'exception de celles dictant une bonne conduite bien sûr. Cependant, même si je savais désormais que le tueur était un membre de mon clan... je n'étais toujours pas apte à le reconnaître. J'avais beau repenser à ses précédents meurtres, il n'avait fait appel à aucune compétence qui sorte de l'ordinaire. Je leur apprenais à tous à commettre le meurtre parfait... sans laisser une empreinte particulière derrière eux. Même pour moi qui étais le mentor de ce criminel, je ne pouvais pas le reconnaître au travers de ses actes, car c'était justement son anonymat qui me prouvait qu'il avait bien appliqué mes conseils.
 
Des pas précipités me ramenèrent à la réalité. J'avais presque oublié que j'étais ici dans le cadre d'une enquête avec les Aurors. La frontière entre mes deux mondes était brisée... je ne savais plus où j'en étais. 
 
-          Prue ! appela Remus. Qu'est-ce qui s'est passé ?
 
Je fus incapable de lui répondre... comme si je n'avais pas assez de souffle pour ça. Il s'accroupit auprès de moi, et j'eus tout le mal du monde à le regarder dans les yeux. Le remord avait commencé à me ronger à l'instant où la victime avait rendu son dernier soupir. 
 
-          Hunt, aboya Maugrey. C'est quoi cette histoire ? C'est toi la cible du -
 
Il s'interrompit en arrivant dans mon dos, découvrant le corps de la victime.
 
-          Hunt, qu'est-ce qui s'est passé ? reprit mon chef d'une voix blanche.
-          J'ai échoué, soufflai-je.
 
Un silence s'ensuivit, avant que Maugrey demande à Remus de me ramener au QG, et à Lyall de faire venir Noven. Remus dut me soutenir tant mes jambes avaient du mal à me supporter. Je faillis m'évanouir en transplanant au Ministère. C'est comme si je n'avais plus de force tout à coup. Remus m'amena dans notre bureau et ferma pour qu'on soit tranquille. J'étais prise de vertiges à en être malade. Je m'en voulais terriblement. 
 
-          Tu veux boire quelque chose ? me proposa Remus avec inquiétude.
 
Je secouai négativement la tête, ma gorge étant trop nouée pour laisser passer quoi que ce soit.
 
-          Prue - 
-          J'ai besoin d'être seule, coupai-je.
 
Je me tournai vers le mur pour cacher une larme qui m'avait échappée. La douleur qui me traversait la poitrine était intense... cuisante. Et en même temps, la vivacité de cette brûlure interne me donnait envie de hurler, de tout ravager sur mon passage. Il fallut plusieurs secondes avant que Remus obéisse et me laisse seule. Dès que la porte fut refermée, je la verrouillai et insonorisai la pièce, avant de tout dévaster dans le bureau, à l'image de ce que je ressentais. Moins d'une minute suffit à tout détruire. Vidée, je m'appuyai contre le mur, déchirée entre le chagrin et la rage. Je m'en voulais. Je m'en voulais terriblement, et ça faisait bien longtemps que le remord ne m'avait pas autant fait mal. Ce nouveau drame venait s'ajouter à ma liste noire. 
 
Quelqu'un essaya d'ouvrir la porte. Je fermai les yeux, suppliant silencieusement la personne de l'autre côté de ne pas insister. C'était trop tôt encore. Je n'étais pas prête à rendre des comptes. J'avais besoin de me ressaisir. Mais la voix de Maugrey me fit changer d'avis. Je ne pouvais pas fuir mes responsabilités.

 

Je déverrouillai la porte d'une pensée, sans même prendre la peine de me lever. J'essayai de reprendre le contrôle sur ma respiration pour retrouver le calme. En vain. Maugrey n'avança pas de suite dans la pièce, sans doute trop surpris de voir que tout était détruit. Je n'avais rien épargné. Chaque objet, chaque parcelle avaient subi coups ou sortilèges de ma part. 
 
-          Prudence ? appela Maugrey.
 
Un frisson me parcourut à son approche. Rares étaient les fois où Maugrey me regardait avec le peu de douceur dont il était capable. La dernière fois, c'était après l'embuscade. 
 
-          Comment tu te sens ?
-          Comme quelqu'un qui vient de tuer une innocente, répliquai-je froidement.
-          Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
 
Je lui racontai comment la femme était morte à mon approche, en prenant soin d'omettre le moment compromettant où le tueur s'était adressé à moi au travers des flammes. Raconter cet événement ne fit qu'augmenter mon malaise. J'étais partagée entre fureur et incompréhension. J'avais envie de tuer le traître pour ses actes, mais d'un autre côté, cette perspective me refroidissait. Contrairement à mon père, mes hommes comptaient à mes yeux. Maugrey semblait sonné lui aussi lorsque j'eus terminé mon rapport. 
 
-          C'est normal que tu te sentes coupable, reprit mon chef, c'est ce que le tueur veut. Ne perd pas de vue que c'est lui le responsable.
 
Non, j'étais la responsable. C'est moi qui avais perdu le contrôle sur le tueur. Moi qui lui avais appris à devenir un redoutable prédateur. Et le pire, c'est que même si ce tueur n'avait aucun rapport avec moi, j'aurais quand même été fautive, car j'étais tombée dans le piège qui avait déclenché la mort de la victime. 
 
-          J'aurais dû déjouer le piège ! répliquai-je vivement. J'aurais dû voir au-delà de la mise en scène !
-          Hunt, écoute, on a déjà eu affaire à ce genre de criminel par le passé. Crois-moi, tu n'aurais pas pu déjouer le piège. La victime n'avait aucune chance. Le tueur voulait t'atteindre en te mettant en situation d'échec, mais elle serait morte dans tous les cas. Il n'aurait pas pu te laisser l'occasion de la sauver. Ces criminels aiment dominer et dicter le jeu. Le tueur t'a laissé croire et espéré que tu pouvais la sauver, mais elle serait morte de toutes façons.
-          Pas si j'avais neutralisé le piège avant d'approcher !
-          Tu ne pouvais pas deviner que ce piège était là !
-          JE SENS LA MAGIE !! m'emportai-je.
 
Maugrey marqua un instant d'arrêt.
 
-                Quoi ?
-          La magie laisse toujours des traces ! Comment crois-tu que j'ai deviné qu'un maléfice était jeté aux victimes en complément du coup de couteau avant que Noven me le dise ?! Comment crois-tu que je détecte toujours les failles dans la sécurité des lieux avant que les spécialistes arrivent ?! Là encore, de la magie noire a été utilisée pour faire le piège, si j'avais été plus attentive, j'aurais pu la détecter. Seulement j'étais aveuglée par la mise en scène ! J'ai agi comme un pantin !
-          Tu es sous le choc. Accorde-toi un peu de temps pour souffler... on en reparlera plus tard, okay ?
 
Je soupirai et le regardai partir, regrettant amèrement de ne pas pouvoir quitter cet endroit. J'avais l'impression d'étouffer ici. De ne pas avoir ma place. Mes collègues ne pouvaient pas comprendre ce que je ressentais. 
 
Remus entra quelques minutes après le départ de Maugrey, alors que j'avais entrepris de réparer le bureau. Il ne dit rien pendant un moment, me laissant à mon travail. Quand j'eus terminé, il vient me prendre dans ses bras, me déposant un tendre baiser dans le cou. Je le remerciai de garder le silence, car je n'avais pas envie de parler de ce meurtre. Devoir cacher une partie de la vérité pour ne pas me mouiller, alors que j'avais tué une innocente, était de plus en plus difficile à supporter. Je me sentais souillée.
 
-          Viens, allons prendre l'air, tu en as besoin, me dit Remus au bout de quelques minutes.
 
L'idée n'était pas pour me déplaire. Mais en passant par le QG, je vis Lyall sortir d'une salle d'interrogatoire, accompagné d'un homme à la mine défaite. Je devinai qu'il s'agissait du compagnon de la victime. Mon c½ur s'alourdit en le voyant rejoindre d'autres personnes, plus âgées que lui, sans doute ses beaux-parents... et ce fut pire en voyant un petit garçon qui l'attendait sagement, sans comprendre ce qu'il se passait. Mes remords firent couler un acide dans mes veines. Si un drame frappait cette famille aujourd'hui... c'était ma faute. J'étais à l'origine de tout ça. Je n'avais pas su voir un détraqué parmi les miens, et je n'avais même pas réussi à rattraper mon erreur en l'empêchant de tuer cette pauvre femme. Je n'avais même pas été capable de déjouer ce piège mortel. J'avais foiré sur toute la ligne. J'étais incapable de me détacher de la famille que je venais de briser. Tout sentiment me quitta... à l'exception de la culpabilité. Je me sentais vidée. Plus capable de réfléchir à quoi que ce soit. Des images se succédaient dans ma tête : j'imaginais la victime embrasser son mari et son fils pour la dernière fois... puis le mari apprenant la terrible nouvelle... et enfin ce petit garçon, qui ne comprendrait sans doute pas pourquoi sa mère ne reviendrait jamais à la maison. Et malgré cette tragédie, ce père devra continuer à être fort pour son fils... à lui apporter ce dont il avait besoin, tout en gardant à vif le souvenir de sa défunte femme.

 

Je connaissais pertinemment les conséquences d'un meurtre depuis le début... mais ma conscience était toujours restée indemne grâce au choix de mes cibles, qui méritaient toutes leur sort. Aujourd'hui, le poids était lourd. Ecrasant. Ce drame n'aurait jamais dû se produire. C'était injuste à en crever. Comment avais-je pu faire ça ? 
Remus me prit par la main pour me faire quitter la pièce, mais je refusai de bouger. Je me rendis compte que des larmes silencieuses coulaient sur mes joues lorsque Remus les essuya doucement.
 
Une voix grave finit par me détourner de la famille de la victime. Je ne m'étais pas rendue compte que Maugrey était en train de me parler.
 
-          Hunt, je ne peux pas te laisser sur cette enquête... tu es trop affectée par les événements, et je ne peux pas t'en vouloir. N'importe lequel d'entre nous le vivrait mal. Rentre chez toi pour aujourd'hui, tu as besoin de te reposer.
 
En temps normal, j'aurais cherché à convaincre Maugrey qu'il avait tort, que ma place était sur le terrain, que je ne pouvais pas abandonner parce que cette traque était la mienne, mais j'étais trop abattue pour riposter. De toute façon, je ne comptais pas en rester là... comme avec Black Blade, même si l'Auror venait d'échouer lamentablement, Tracker ferait tout pour rétablir l'ordre. Cette journée de liberté allait me permettre de me ressaisir, et de planifier la traque du traître.
 
-          Prue doit rester sur cette enquête.
 
Je levai les yeux sur Lyall, dont la présence était jusque-là passée inaperçue. Il avait parlé d'une voix assez ferme.
 
-          C'est Prue que le tueur vise, expliqua Lyall. C'est avec elle qu'il a envie de jouer. Pas avec nous. Si Prue quitte l'enquête, il prendra ça comme une fuite... un abandon face au défi qu'il lui lance. Ça ne fera qu'empirer la situation.
 
Je déglutis face à l'évidente vérité. Lyall avait raison... je devais rester sur l'enquête. Encore une fois, mon double jeu commençait à devenir difficile, car je savais pertinemment que je n'avais aucune chance de l'attraper au grand jour. Il fallait que je retourne dans l'ombre, et que je le traque en tant que Maître, pas en tant qu'Auror. Malheureusement, je n'avais aucune raison valable à opposer à Lyall. Je ne pouvais pas leur expliquer qu'il fallait à tout prix me laisser du temps hors du Ministère... je n'avais aucune histoire crédible à inventer pour justifier un départ anticipé. Il fallait que je protège ma couverture. Le traître m'avait affectée en me poussant à l'erreur, il n'allait pas en plus briser mon masque. Sinon, je perdais tout.
 
-          Okay, soupira Maugrey. Elle doit quand même se reposer pour aujourd'hui.
 
Lyall acquiesça, et j'acceptai le verdict. C'était toujours un jour de gagné.
 
-          Je te ramène au manoir, dit doucement Remus.
-          Non... reste là. Continue l'enquête. On se retrouve ce soir.
 
Il me prit une dernière fois dans ses bras avant de consentir à me laisser partir seule.
 
 
| Manoir Halliwell |
 
 
Assise dans le fauteuil, le regard dans le vide, je réfléchissais à toute cette histoire. Une luminosité verte me sortit de mes pensées, et je fus soulagée de voir Jack sortir de la cheminée. Je lui avais fait appel, ayant grand besoin de lui parler avant de faire quoi que ce soit. Il était le seul à pouvoir comprendre ce que je ressentais en cet instant. 
 
-          Qu'est-ce qu'il se passe Prue ? demanda Jack avec inquiétude. Tu n'as pas l'air bien.
-          Assieds-toi.
 
J'entrepris alors de lui raconter la vérité sur ce qu'il venait de se passer, sans détour. Stupéfait, Jack garda le silence quelques secondes lorsque j'eus fini.
 
-          Tu es bien certaine que c'est l'un des tiens ?
-          Le doute n'est pas permis.
-          Ca voudrait dire qu'il t'a démasquée. Comment aurait-il pu réussir ?
-          J'ai confié récemment une mission un peu spéciale à certains de mes loups... ça aurait pu le mettre sur la piste. Mais la question n'est pas là Jack... cet événement est la preuve que mon clan peut représenter une dangereuse menace. Je n'ai perdu le contrôle que sur un seul, et voie ce qu'il est capable de faire. Imagine si mon clan tout entier changeait de camp et basculait ! Ce serait pire que les Mangemorts... car eux seraient capables de rester impunis et insaisissables.
-          Tu ne peux pas remettre en cause tous les hommes de ton clan à cause d'un seul. Ils ont toujours été loyaux envers toi. Cette situation est inédite.
-          Mais elle existe ! Les hommes et les femmes que je recrute, moi-même ou par l'intermédiaire de loups plus expérimentés, ont toujours partagé mes valeurs. Je n'ai jamais eu besoin de les « convertir » à mon credo. Je leur expliquais ma vision des choses... mon code de conduite... et ils étaient d'accord. Il est arrivé qu'un ou deux ne le soient pas, et ceux-là n'ont pas rejoint mon clan. J'ai toujours accordé une immense importance au recrutement, car je sais qu'après, ma formation leur offre mes compétences, et que ce n'est pas à prendre à la légère ! 
-          Prue, je comprends que cette situation te fasse douter, mais je pense sincèrement que tu devrais te laisser du temps avant de prendre une décision. Tu as mené ton clan au sommet en seulement quelques années... tu as réussi à mettre en place une certaine harmonie. Aujourd'hui elle a été bafouée, mais n'oublie pas tout ce que tu as accompli avec tes hommes. Ceux qui te sont encore fidèles méritent ta confiance. 
 
Je me pris le visage entre les mains en soupirant. J'avais l'impression de tenir une bombe... jusqu'à maintenant, je l'avais toujours gardée sous contrôle, mais elle pouvait exploser à tout moment sans que je le voie venir. En même temps, plus je pensais à tout ce que j'avais traversé avec mon clan, et tout ce que je projetais... et plus j'avais du mal à me positionner. Comme avec le traître, je me retrouvais complètement partagée entre deux extrêmes : le risque d'une perte de contrôle sur l'ensemble du clan me donnait envie de le dissoudre et de faire en sorte que ces dangereux assassins ne soient pas en mesure de nuire au pays. Mais la maturité de mon clan ouvrait des perspectives ambitieuses pour les années à venir... j'avais réussi à former un solide noyau de tueurs expérimentés désormais, et j'avais donc lancé un large recrutement depuis quelques temps. Mon clan était en pleine expansion. Nous avions les capacités d'aller loin. De faire de grandes choses dans l'ombre, dans la plus grande discrétion, pour que la lumière brille davantage sur le reste de la population. Il y avait tant de combats à mener. Reculer serait une immense perte. Pour continuer, je devais garder le contrôle sur mon clan... asseoir ma légitimité et mon autorité pour qu'aucun autre loup n'ait la moindre envie de suivre les traces du traître. Ce serait catastrophique. Ils étaient devenus des armes aussi redoutables que moi, qu'il fallait à tout prix utiliser à de bonnes fins.
 
-          Arrête de te sentir coupable, ajouta Jack.
-          C'est moi qui l'ai formé, rappelai-je les dents serrées.
-          Il n'avait aucunement besoin de ta formation pour perpétrer ces meurtres. Il veut ta place... ou prouver qu'il est plus fort que toi. Ou les deux. Peu importe, quelles que soient ses motivations, elles n'appartiennent qu'à lui. Tu ne l'as pas formé pour qu'il devienne un monstre... tu lui as donné les outils nécessaires pour défendre ta cause, et c'est lui qui a choisi de s'en servir différemment, pour son propre compte. Ce sont des choses qui peuvent arriver... et elles sont imprévisibles. Tu en es la preuve.
 
Je lançai un regard interrogateur à Jack. Je ne voyais pas le rapport entre cet enfoiré de traître et moi ! 
 
-          Tu penses vraiment que ton père se sent responsable de ton départ ? reprit Jack. Il ne peut que le regretter, mais ce n'est pas lui qui t'a poussée sur un autre chemin, c'est toi qui as pris cette décision toute seule. Et la raison, c'est que vous aviez des visions et des projets divergents.
-          Il m'a largement aidée à choisir en se comportant mal avec moi et en me confiant une mission qui ne me convenait pas ! rétorquai-je. Mes hommes ne sont pas confrontés à cette situation ! Ils sont libres d'accepter ou de refuser le travail que je leur propose, sans en subir la moindre conséquence ! Je ne me suis jamais mal comportée avec eux ! Tu ne peux pas me comparer à mon père, qui prend ses Mangemorts comme des serviteurs !
-          Cela ne change rien au fait que le loup qui s'est retourné contre toi ne partage plus tes valeurs. D'ailleurs, peut-être qu'il ne les a jamais partagées et qu'il n'a vu en toi que le moyen d'acquérir des compétences criminelles.
-          Alors pourquoi ne pas tout simplement quitter le clan ? Pourquoi m'affronter ? Pourquoi vouloir me faire du mal ? Je ne pense pas avoir fait quoi que ce soit qui puisse le motiver à agir ainsi contre moi. 
-          Tu prends les choses trop à c½ur, répondit Jack avec un faible sourire. Tu vois une punition dans les actes du traître... mais Prue, pour « jouer » avec toi, malgré tes compétences, il faut être dérangé. Peut-être qu'il pense que te battre est nécessaire pour atteindre son apogée criminelle... pour devenir un Maître Assassin comme toi. Peut-être qu'il pense que sa dernière étape est de te battre, pour ne plus avoir personne au-dessus de lui. Même si tu as toujours été bienveillante envers ton clan, tu restes supérieure à eux. C'est toi le chef. C'est toi qui donnes les ordres. Le traître veut tout simplement devenir le nouveau Maître incontesté. Et quel meilleur moyen de s'affirmer que de surpasser son mentor ?
 
Je comprenais ce que voulait dire Jack, mais c'était aberrant à mes yeux. On n'avait pas besoin de tuer un mentor pour être un Maître Assassin. Heureusement d'ailleurs, sinon je n'aurais jamais pu le devenir. Jack incarnait au contraire l'exemple que j'avais pris soin de suivre, pour apprendre, évoluer, avant de devenir indépendante. Il était désormais mon égal. A mes yeux, il n'y avait pas de plus grande récompense pour un tueur.
 
-          Je lui demanderai lorsque je l'aurai arrêté, répondis-je.
 
Jack acquiesça.
 
-          J'aime mieux ce genre de discours. Je vais annuler certaines missions pour -
-          Non, coupai-je fermement. Je te remercie pour tes conseils et ton réconfort... mais cette histoire doit se régler avec les membres de mon clan.
 
Je vis clairement l'hésitation dans les yeux de mon Maître. Savoir que j'étais en danger sans pouvoir me protéger ne devait pas être une situation facile à accepter pour lui... mais je refusais qu'il s'en mêle. C'était à la meute que nous représentions de résoudre ce conflit.  
 
-          Comment tu voudras, soupira Jack. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m'appelles. N'importe quand, compris ?
-          Oui. Merci d'être passé aussi vite.
 
Il me prit dans ses bras affectueusement, et je le serrai contre moi, me préparant à cette nouvelle épreuve.
 
-          N'oublie pas la raison d'être de ton clan, dit-il. Et que s'il t'arrive quoi que ce soit, il risque d'y avoir une guerre sanglante entre mes propres hommes et les tiens.
 
J'eus un rire nerveux.
 
-          Il ne m'arrivera rien. Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète.
-          Les Maraudeurs ?
-          Oui... ils sont protégés par d'autres loups, seulement...
-          Tu ne sais plus en qui avoir confiance.
 
Je soupirai.
 
-          Moi je suis sûr que les autres te sont toujours aussi dévoués, rassura Jack.
-          Je l'espère.
 
Jack m'embrassa sur le front et m'adressa un dernier regard confiant avant de disparaitre dans les flammes vertes dans la cheminée. Je restai là, à réfléchir à cette discussion avec mon mentor. Il avait raison, je devais laisser passer le coup de l'émotion pour prendre une décision raisonnable quant à mon clan.
Pourtant, j'allais devoir agir rapidement, car je sentis la marque me brûler le ventre. Il y avait une urgence... je devais répondre à l'appel, même si à mon goût, il était encore un peu tôt pour que je remette mon masque. L'idée d'une embuscade me traversa l'esprit lorsque je transplanai. Je pouvais tout à fait faire l'objet d'un piège moi aussi...
 
 
 
| Forêt de Dean |
 
 
Mes doutes se dissipèrent en me matérialisant face à un seul assassin. Etait-ce le traître qui se tenait devant moi ?
 
-          Tracker, j'ai profité que Remus Lupin envisage de continuer son travail au Ministère aujourd'hui pour venir te voir.
 
Ah non, c'était le gardien de Remus... Ça ne me plaisait pas trop qu'il perde de vue Remus, car le Ministère n'était pas infaillible. Je l'avais prouvé plus d'une fois.
 
-          Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je.
-          Prudence Hunt, sa compagne, court un grand danger. Elle est prise pour cible par un criminel. Je sais que c'est toi qui es censée assurer sa sécurité et que tu dois certainement avoir la situation sous contrôle... mais ne penses-tu pas qu'il faudrait intervenir de manière plus... directe ?  
-          Je suis au courant de sa situation oui... seulement l'intervention est délicate.
-          Pourquoi ?
-          ...Tu étais là pendant l'enquête sur le terrain, sur les scènes de crime ?
-          Bien sûr, je ne quitte Remus Lupin que lorsqu'il est chez lui, car il est protégé par de puissants sortilèges... le reste du temps, je le suis.
-          Tu n'as pas vu le tueur de loin, quand il était sur un toit près des scènes de crime ?
-          Euh... j'ai déjà aperçu un autre membre du clan oui... mais j'ai supposé que c'était un autre gardien. Nous nous retrouvons souvent dans la journée puisque les cibles sont quasiment toutes collègues.
 
Evidemment... le traître pouvait profiter de cette mission pour se montrer auprès des autres sans même avoir besoin de se cacher. La couverture parfaite. 
 
-          Il n'y en a jamais eu un en trop ? demandai-je.
-      Je n'ai pas fait attention, avoua mon loup un peu surpris. Pourquoi tu me demandes ça ?
 
Je déglutis péniblement, car j'étais sur le point de m'engager sur un chemin délicat.
 
-          Parce qu'il y a un traître parmi nous, finis-je par lâcher d'une traite. Le tueur qui menace Prudence Hunt est l'un des nôtres.
 
Un long silence s'ensuivit, pendant lequel j'observai mon interlocuteur avec attention.
 
-          Je ne comprends pas... comment c'est possible ? Et comment peux-tu en être aussi sûre ?
-          Le dernier meurtre qu'il a commis ne laisse pas de place au doute, dis-je avec dépit. Malheureusement.
-          Il faut l'identifier et lui faire payer ! rétorqua vivement le loup.
 
Une vague de soulagement me submergea en attendant sa voix scandalisée. Cette réaction spontanée visiblement sincère m'avait fait du bien, car il y avait au moins l'un des miens qui était toujours aussi loyal.
 
-          Comment ? soupirai-je. Vous êtes tous toujours masqués... et vos voix sont modifiées, tout comme pour moi. La règle de l'anonymat a fini par se retourner contre moi.
 
Nous étions tous anonymes les uns pour les autres. A l'instant où un loup est accepté dans la meute, seule son identité criminelle est connue du clan. Le seul moyen serait de replonger dans mes souvenirs, pour faire le lien entre mes rencontres avec un candidat avant l'intégration et le surnom choisi après. Cependant, peu de personnes étaient concernées par cette situation, car je recrutais souvent plusieurs candidats en même temps, justement pour que je ne puisse pas associer un nom à un visage. Je formais des assassins fantômes... ils devaient l'être pour tout le monde, moi y compris. Cet anonymat était nécessaire pour nous qui aspirions à demeurer des fantômes. Les surnoms me permettaient de savoir à qui je m'adressais, mais la seule chose que je pouvais savoir d'eux était leur niveau, leurs missions effectuées, le stade de leur formation... leur vie privée ne me regardait pas. Rares sont ceux qui m'avaient demandé de l'aide en dehors du clan, comme Alexander. Leur identification m'était donc très difficile. Et puis de toute façon, cela faisait quelques temps que j'avais délégué le recrutement à deux autres loups expérimentés, ce qui réduisait mes chances d'identifier le traître rapidement.
 
-          Appelle le restant de la meute, suggéra mon partenaire. S'il en manque un à l'appel, tu pourras le savoir. Et si nous sommes au complet, tu n'auras qu'à parcourir l'esprit de chacun pour démasquer le criminel. Tu m'as déjà prouvé tes talents de legilimens, ça ne devrait pas être trop difficile pour toi.
 
L'idée était bonne, mais je n'étais pas très emballée à l'idée de convoquer la meute au grand complet. Certains étaient sur des missions importantes, et les autres gardiens ne pouvaient peut-être pas laisser les cibles confiées en toute sécurité. D'autant plus que si je devais vraiment en arriver à l'examen mental, ça pouvait me prendre beaucoup de temps. A nouveau, l'odeur du danger planant au-dessus de mon clan me saisit. C'était risqué de tous nous rassembler. Je le faisais que très rarement. D'un autre côté...
 
-          Je vais suivre ton conseil, finis-je par dire en posant ma main gantée sur mon ventre.
 
Jamais encore je n'avais recouru à un appel de ce genre. Ils devaient tous venir sans exception, quelle que soit la mission en cours. Dans la minute qui suivit, je les avais tous devant moi, impatients et curieux de connaître l'origine d'un tel rassemblement. Tous ? C'est ce que nous allions vite savoir, car je savais le nombre exact de loups composant ma meute... ainsi que leur surnom. Ils étaient tous obligés de choisir une identité criminelle.
A nouveau, le poids de la révélation me pesa. J'appréhendais leur réaction. Verraient-ils l'occasion de me renverser ? Ou seraient-ils tous aussi scandalisés que le gardien de Remus ? C'était le moment d'avoir le c½ur net sur la loyauté de mes loups, en lesquels j'avais toujours eu confiance.
 
-          Bonjour à tous. Je suis vraiment navrée d'avoir interrompu certains d'entre vous en plein travail. Aussi, je vais faire en sorte d'être brève.
 
Encore une fraction d'hésitation me coupa momentanément la voix. Et puis enfin, je pris une grande inspiration et me lançai, en faisant en sorte de conserver une voix calme. Je ne devais pas leur montrer dans quel état j'étais. Il fallait que je reste fidèle à mon image et que je me comporte comme un maître assassin.
 
-          J'ai malheureusement appris qu'un traître était parmi nous.
 
Une vague de murmures effarés balaya l'assemblée.
 
-          Je dois l'identifier, repris-je fermement pour ramener le calme. Je vais donc vous demander d'inscrire votre nom sur la liste.
 
Je fis apparaître un gros rouleau de parchemin devant moi qui se déplia. S'il y avait un absent, ou des doublons... je saurais rapidement le nom du traître. Je vis les baguettes se lever en l'air, presque dans un même mouvement. Les noms s'inscrivirent magiquement sur le parchemin, qui se remplit en quelques secondes. Je tapai ma baguette dessus, et me rendis compte qu'il y avait effectivement un absent. Même si la scène de crime ne m'avait pas laissé de doute possible... j'avoue que cette confirmation retourna lentement la lame dans ma poitrine. Deuxième sort sur le parchemin, et le nom de l'absent apparut : Karmador. Je ne pus empêcher un frisson de me parcourir le dos. Celui-là avait terminé sa formation depuis six mois, ce qui faisait de lui un tueur redoutable.
 
-          Karmador est le traître, annonçai-je.
 
A nouveau, il y eut une vague de murmures indignés. Il me fallut plusieurs secondes pour reprendre mes esprits et réclamer le silence :
 
-          Il est dangereux, et je ne sais pas quelles sont ses motivations, alors je ne veux pas que vous tentiez d'entrer en contact avec lui de votre propre chef. Je vais désigner une équipe pour m'aider dans sa traque... et nous le jugerons ensemble quand nous l'aurons attrapé. Ceux qui ont déjà une mission affectée peuvent repartir, tout comme ceux qui n'ont pas encore fini leur formation.
 
Il y eut quelques protestations, mais je n'aurais su en déterminer la cause, car ils obéirent dans les secondes qui suivirent. Très vite, il ne resta plus que huit loups devant moi.
 
-          Le risque qu'une telle chose se produise a toujours existé... dis-je à voix basse. Mais j'espérais de tout c½ur que ce moment n'arrive jamais. Votre mission est de retrouver le traître, et de me le ramener en vie, à moins que la situation exige sa mort. Je vous demande la plus grande prudence. Karmador a fini sa formation, et il a déjà fait ses preuves lors de missions difficiles, comme vous. Il ne se laissera pas attraper facilement. Tenez-moi informée dès que vous avez du nouveau.
-          A vos ordres.
-          Quel sort lui réserveras-tu ? me demanda l'un des huit traqueurs.
-          Tout dépendra de ses intentions, répondis-je. Mais au vu de ses agissements, c'est très mal engagé pour que cette histoire mène à une bonne fin, je le crains.
-          Nous te soutiendrons, quelle que soit ta décision... tu le sais.
 
Non justement. Je ne savais plus. Karmador était un excellent élément. Je lui faisais confiance comme à tous les membres de mon clan. Ils étaient tous « mes louveteaux », que j'avais éduqués et protégés jusqu'à maintenant. Pourtant, du jour au lendemain, inexplicablement, l'un d'entre eux s'était retourné contre moi. Que devais-je en conclure ?
 
-          Bonne chasse, dis-je pour couper court.
 
 
| 12 avril 1980 – Ministère de la Magie |
 
 
J'avais l'impression que mes entrailles s'étaient nouées à la mort de la jeune femme, et ne se détendraient pas avant la fin de cette histoire. J'avais passé la nuit à réfléchir à l'enquête, à mon clan... sans parler de la famille de la victime, qui me hantait. Un poids me pesait sur la conscience, et je savais que même l'arrestation de Karmador ne pourrait l'alléger. Remus était resté éveillé longuement auprès de moi, m'apportant du réconfort par ses mots ou ses gestes, pour tenter d'apaiser la douleur qui me déchirait la poitrine. Je lui étais reconnaissante pour tout ce qu'il faisait pour moi, malgré mon comportement évasif. Une fois de plus, il savait prendre sur lui pour faire abstraction de mon mur, ou de mes réactions parfois injustifiées. 
 
Au matin, je me rendis compte que les journaux avaient fini par avoir vent de l'affaire avec suffisamment d'informations pour écrire un article. Premier choc qui faisait exploser les ventes : le fait que la jeune Auror que j'étais soit prise pour cible par un serial killer pour une raison inconnue. Deuxième choc, et le plus douloureux pour moi : la bavure. Tout comme je le pensais, les journalistes mettaient bien en avant le fait que j'aurais dû être capable d'éviter le piège. Après tout, et ils avaient raison, seule l'élite composait l'équipe des Aurors. Certains allaient jusqu'à remettre en cause mon intégration, disant qu'elle était trop prématurée. « Prudence Hunt a fait ses preuves en tant que limier chez les policiers, et en tant que soldat à la guerre, mais elle n'a peut-être pas la subtilité requise pour faire face aux mages noirs. Il ne s'agit pas de foncer tête baissée, comme elle a l'habitude de faire si souvent » commentait l'un d'entre eux. C'était le genre de remarque qui fusait dans quasiment tous les articles qui parlaient de l'affaire. J'étais passée du statut « jeune héroïne », qui m'avait collé avant même que j'entre au Ministère, à celui de « tâche au sein des Aurors ». Ils allaient trop loin bien sûr... ils ne savaient pas de quoi ils parlaient, mais au fond, je me disais que je méritais ce qu'ils me renvoyaient à la tête. Il s'agissait d'une vie après tout... une vie que je n'avais pas réussi à sauver. Que diraient-ils s'ils connaissaient la vérité ? Ce serait pire que tout.
 
De retour au Ministère, je dus jouer de mes compétences en infiltration pour ne pas me faire remarquer. Je n'avais pas envie de me faire piéger par la horde de journalistes qui n'attendait que mon retour pour me sauter dessus. Ils voulaient ma version des faits, je le savais, mais je n'étais pas prête à témoigner. Je n'avais pas le temps pour discuter, il fallait arrêter ce tueur qui me rendait dingue.
La pression augmenta lorsque j'arrivai au QG, craignant un nouveau meurtre. Mais Lyall ne m'apprit rien de tel, et je ne reçus aucun message. Je continuai donc l'enquête, décidant de retourner sur les lieux où j'avais déclenché le piège mortel. Il fallait que je reprenne là où je m'étais arrêtée la veille.
 
Mon c½ur accéléra lorsque j'entrai dans la vieille boutique déserte. Il n'y avait plus que les traces de l'enquête qui étaient visibles sur la scène. Je levai les yeux vers le lien qui avait retenu la victime suspendue. Je fermai les yeux pour me remémorer le terrible moment de sa mort. Je me souvenais de cette sensation de traverser un voile, qui avait ensuite déclenché le piège. C'était de la magie noire très bien appliquée. Jusqu'à maintenant, Karmador avait pris soin d'augmenter le niveau de ses actes, comme pour me prouver qu'il était à la hauteur de la formation qu'il avait reçue, et qu'il en maitrisait toutes les subtilités. Qu'est-ce qu'il pouvait bien chercher au travers de toutes ces démonstrations ? M'impressionner ?
 
La porte grinça dans mon dos, et je dégainai ma baguette sous l'effet de la surprise en me retournant. Je me calmai en voyant Remus lever innocemment les mains en l'air. J'aurais dû me douter qu'il cèderait à la tentation de m'accompagner, alors que je lui avais dit de poursuivre l'enquête avec son père. Une lueur en hauteur provenant de l'extérieur brilla avec la clarté du soleil, m'éblouissant brièvement. Par réflexe, j'agrippai Remus par le col de son manteau et le tirai violemment en le poussant sur le côté. Je restai figée en regardant le mur au fond de la pièce, impacté d'une balle.
 
-          C'était quoi ça ?! s'écria Remus.
 
Quelqu'un avait essayé de tirer sur Remus, et je savais au fond de moi qui était le sniper. Ma peine suite à la trahison de l'un des miens s'envola immédiatement, remplacée par la haine, et un violent désir de meurtre. Il fallait que j'anéantisse cette menace !
 
-          Un sniper, soufflai-je la rage au ventre.
-          Je croyais que le sniper fantôme ne s'en prenait qu'aux criminels ?!
-          C'est peut-être pas le même.
 
Remus sortit sa baguette et tenta de me passer devant, mais je le plaquai contre le mur pour le retenir.
 
-          Ne bouge pas, ordonnai-je. Il n'attend qu'une occasion pour ajuster son tir, ne lui accorde pas !
 
Je lançai un sort au mur pour le rendre impénétrable afin de nous protéger tous les deux. Même une lunette moldue permettrait de voir à travers le mur grâce à la température de nos corps. Alors avec Karmador de l'autre côté, équipé d'une arme magique... je savais que le prochain tir serait bien plus précis. 
 
-          Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Remus.
 
Je donnerais cher pour que Remus transplane, me laissant le champ libre pour me recouvrir de la tenue de Tracker. J'avais très envie de sortir affronter Karmador, mais Remus allait forcément me suivre, et je ne pouvais pas donner une seconde chance à Karmador d'atteindre sa cible. J'espérai de tout c½ur que le gardien de Remus soit toujours en vie... car si c'était le cas, il devait être en train de chercher l'origine du tir lui aussi. Je métamorphosai une planche en mannequin et le jetai devant la porte. Comme je m'y attendais, Karmador attendait le moindre mouvement pour tirer, car mon leurre se fit transpercer sur-le-champ. Je ne pus m'empêcher de sourire en imaginant la frustration de mon adversaire de s'être fait avoir de la sorte. Il n'était plus le seul à jouer désormais.
 
-          Reste là, dis-je à Remus.
-          Où tu vas ?! Il tire sur tout ce qui bouge, tu ne vas pas te montrer quand même ?!
-          Je vais m'enfermer dans une bulle télékinétique... les balles ne pourront pas m'atteindre. Reste là, ne te montre surtout pas. Il faut que je le débusque.
 
Je vis dans ses yeux qu'il n'était pas emballé par mon idée, mais je lui assurai que je ne craignais rien. Je me montrai dans l'encadrement de la porte, cherchant un indice me permettant de localiser le tireur. Comme je m'y attendais, Karmador ne tira pas. Ce n'était pas moi qu'il voulait, du moins pas encore. La partie n'était pas terminée. Pour moi, elle venait de prendre un brusque tournant, car en s'en prenant à Remus, il venait de s'engager sur un chemin miné où je me ferais une joie sauvage de l'exploser.
 
-          Montre-toi ! criai-je, m'attirant des regards interloqués des gens autour de moi, qui ne soupçonnaient pas ce qu'il se passait. Si tu veux vraiment me prouver ta supériorité, viens te battre !
 
Une balle fusa près de moi, faisant exploser un pot en terre, mais je ne bougeai pas. Sa menace m'avait permis de le localiser. Je regardai dans sa direction, écartant les bras comme pour l'inviter à me tirer dessus. Je voulais lui montrer qu'il ne me ferait pas fuir. Qu'il ne m'impressionnait pas. Ça n'allait certainement pas arranger les choses, mais j'étais condamnée à subir son jeu... alors que je préférais entrer dans la partie la tête haute et les armes à la main plutôt que de courber l'échine face à ses frappes. Jusqu'à maintenant, suivre son jeu ne m'avait menée à rien. Il fallait que je change les règles, et que je sois aussi imprévisible que lui. Ma provocation n'eut pas l'effet escompté cependant, car le calme revint. J'eus beau être à l'affût du moindre mouvement, je ne vis rien. Karmador ne comptait pas quitter l'abri de son repère. Il n'était pas suffisamment fou pour m'affronter de face.
 
Je me fis alors léviter vers la fenêtre du bâtiment qui m'avait semblé être l'emplacement du tireur. J'entendis un gargouillement provenant de l'intérieur. Mon c½ur se souleva en voyant que l'un de mes loups était à terre, contre le mur, se vidant de son sang. Ca ne pouvait pas être le traître, sinon il serait mort, et je l'aurais su à la seconde. Or, ma marque ne brûlait pas. Malgré l'urgence de la situation, je fis attention à l'éventuelle présence de magie dans la pièce, m'attendant à un nouveau piège. J'étais étonnée que Karmador laisse une victime à l'agonie de la sorte. Avait-il peur d'une confrontation avec moi ? Avait-il été pris par surprise pour fuir de la sorte ? 
Je m'accroupis aux côtés de mon loup, le c½ur battant, et entrepris de le soigner. Du sang s'écoulait de son col tranché ; il avait pris un coup de couteau à la gorge au cours d'un évident duel vu l'état de la pièce. Le sang cessa de s'écouler, et mon partenaire put respirer plus facilement. Je regardai quelques instants sous sa capuche, sans espérer voir ses yeux. Tout comme pour moi, le masque sous la capuche était dissimulé par une obscurité artificielle.
 
-          Merci, dit-il dans un souffle en se passant sa main gantée sur la gorge.
-          Merci à vous.
 
Il transplana sans me laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit concernant ce qu'il venait de se passer. Une décharge me parcourut violemment le corps en percutant que si le gardien de Remus était blessé, cela voulait dire que mon compagnon était sans surveillance... alors que Karmador était hors de vue. J'étais à nouveau tombée dans le panneau ! Il avait le champ libre maintenant ! Je me ruai à la fenêtre et sautai sans réfléchir, me ralentissant magiquement pour adoucir ma chute.
 
-          Remus ! appelai-je en courant vers la boutique.
 
Je fus heureuse de le voir sortir, l'air inquiet, mais sain et sauf. Karmador n'avait pas profité de mon éloignement pour s'en prendre à Remus. 
 
-          Alors ?
-          Enfui. Viens, rentrons, avant qu'on tente encore de nous tuer.
 
Je sentais la menace continuer de peser sur nous, et c'était insupportable d'observer le calme des alentours en sachant pertinemment qu'un prédateur rôdait et n'attendait qu'un nouveau moment d'inattention pour attaquer. Au moins désormais, je savais à qui j'avais affaire. Et il savait aussi que je l'avais enfin reconnu. Quelle serait la prochaine étape ? 
 
 
| Ministère de la Magie |
 
 
Arriver dans le hall du Ministère ne fit pas retomber la pression. Je restai près de Remus, regardant alternativement chaque personne autour de nous, à l'affût du moindre mouvement suspect. J'étais en train de devenir parano. La peur de perdre Remus rivalisait avec ma haine envers Karmador. Et pour cause, je savais de quoi un tueur de son niveau était capable.
 
J'allai trouver Maugrey pour lui faire un rapport avec Remus sur ce qu'il venait de se passer. Notre chef ne cacha pas sa mauvaise humeur suite à cette tentative de meurtre.
 
-          Vous avez eu beaucoup de chance de vous en sortir. Je vais essayer de vous obtenir une protection... ainsi qu'aux autres Aurors impliqués dans l'affaire. Ce tueur est complètement cinglé.
 
Il m'était difficile de voir mes collègues se démener alors que je savais très bien que toutes leurs actions seraient vaines. Mes tueurs n'avaient que faire des protections mises en place... je leur avais appris à les déjouer. Seuls des moyens magiques colossaux pouvaient les retenir, comme la sécurité de mon manoir.  
 
Lyall arriva, la mine sombre. Il me tendit un bout de parchemin avec lassitude :
 
-          J'espère que tu pourras nous éclairer, me dit-il. Noven vient de trouver ce message sur une nouvelle scène de crime.
 
Je baissai les yeux sur le bout de parchemin, le n½ud à l'estomac se resserrant davantage.
 
-          « Tu m'as privé d'une vie, j'en ai volé une à quelqu'un d'autre », lus-je à demi voix.
 
J'échangeai un regard triste avec Remus.
 
-          Prue a empêché le tueur de me tirer dessus, expliqua Remus.
 
Je déglutis péniblement en croisant le regard effaré de Lyall. Je lui expliquai rapidement ce qu'il s'était passé.
 
-          Une chance que tu aies vu la lueur, dit-il dans un souffle, sous le choc d'apprendre que son fils avait bien failli y passer.
 
Une chance que j'ai identifié son origine surtout. Avant que je devienne moi-même sniper, j'avais eu l'occasion de voir certains de mes frères d'armes utiliser des fusils de précision, camouflés... et donc de repérer cette lueur aussi brève qu'aveuglante, lorsque les rayons du soleil tapent dans la lunette de l'arme.
 
-          Comment la victime est-elle morte ? demandai-je.
-          Une balle dans le c½ur.
 
J'acquiesçai lentement. Jack avait raison, Karmador était atteint mentalement. De rage de n'avoir pu atteindre sa cible initiale, il avait tiré sur une autre, comme pour rétablir un équilibre. C'était aussi cruel qu'insensé. A moins qu'il ne cherche à alourdir davantage le poids de la culpabilité... ce qui était réussi. 
 
-          Alastor, dans mon bureau, ordonna une voix sèche derrière nous.
 
Je jetai un coup d'½il derrière moi et vis Croupton. Contrairement à notre ancien directeur, je sentis que celui-ci allait très vite nous fournir les moyens nécessaires pour arrêter ce nouveau tueur en série qui se permettait de jouer avec les Aurors.
 
-          Allez sur la scène de crime, nous ordonna Alastor avant de suivre Croupton. Et toi Hunt, pas un mot aux journalistes.
-          Pas Remus, dis-je.
-          Ça va Prue, assura Remus.
-          Non ça ne va pas ! m'emportai-je. Ce tueur veut ta peau !
 
Je me rendis compte que j'étais au bout de la crise de nerfs. J'avais conscience que seul mon manoir pouvait mettre Remus à l'abri de ce prédateur en liberté.
 
-          Des renforts seront avec vous, informa Croupton. Si vous voulez que Mr Lupin soit à l'abri, faites votre job pour arrêter ce monstre.
 
Si je ne répliquai pas, c'est uniquement pour ne pas prendre le risque d'être mise à pied. Karmador venait de me prouver qu'avoir assigné des gardiens pour protéger les personnes qui m'étaient chères n'était pas suffisant. Alors il n'était plus question que je lâche Remus d'une semelle.
 
Lyall nous amena sur la scène de crime, située à quelques kilomètres de la boutique où il avait tenté de tuer Remus. Julie Noven se trouvait encore sur les lieux. Mon regard s'accrocha au cadavre de la victime, morte seulement pour soulager la frustration d'un demeuré. Il s'agissait d'un homme d'une quarantaine d'années.
 
-          Bonjour Prudence... m'accueillit Noven.
-          Bonjour, répondis-je d'une voix morne. Quelles sont tes impressions ?
 
Elle haussa les épaules en soupirant.
 
-          Mis à part le choix de l'arme, qui est très inhabituel dans notre monde, il n'y a rien de spécial à signaler. La victime est morte sur le coup, d'une balle dans le c½ur.
 
J'acquiesçai lentement.
 
-          La balle est toujours dans le corps ? demandai-je.
-          Je l'ignore. Le corps va être amené au Ministère pour que je fasse plus d'analyses. Je vous tiendrai au courant.
 
En regardant un peu mieux la position de la victime ainsi que sa blessure mortelle, j'en déduis que la balle avait été tirée de l'hôtel miteux qui se situait tout près de nous. Du toit, plus précisément.
 
-          Tu tiens le coup ? demanda Noven avec douceur.
-          Oui.
 
Je me rendis compte que ma voix était tout sauf convaincante. Noven me mit la main sur l'épaule avec compassion.
 
-          Vous allez l'attraper. Toi et les autres.
-          Combien de morts aura-t-il fait d'ici-là... ?
 
Ça me hantait. Je n'arrivais pas à trouver du sens à toute cette histoire, encore moins venant de la part d'un de mes loups. C'est comme si demain je décidais de tuer les Maraudeurs, alors que je m'évertuais à les protéger. Comment Karmador avait-il pu autant s'écarter du chemin qui l'avait amené à rejoindre mon clan ?
 
Je demandai à Remus de m'accompagner sur le toit où le tir avait été effectué, même si je n'espérais pas découvrir le moindre indice. Une fois sur le toit, je marchai en bordure, l'esprit ailleurs. Je repérai un emplacement où la saleté semblait avoir été enlevée : là où s'était tenu Karmador. Je n'eus aucun mal à l'imaginer allongé, l'½il à la lunette, attendant qu'une cible passe, le doigt prêt à appuyer sur la détente. Il avait pu bénéficier d'une vue dégagée. Le tir n'avait pas été difficile à réaliser dans ces conditions. C'était assez surprenant d'ailleurs. Jusqu'à maintenant, il avait cherché à m'impressionner. Là, c'est comme si son échec lui avait fait perdre le goût du défi. Il avait sans doute agi sous le coup de la colère, sans réfléchir.
 
-          C'est vraiment horrible... souffla Remus. On ne voit même pas la mort arriver.
-          C'est le principe d'un sniper : être un tireur fantôme.
-          J'ai vraiment hâte de l'attraper et de connaître le fin mot de l'histoire.
 
Moi aussi j'avais hâte de mettre un terme à cette partie et de comprendre les agissements du traître... avant de planter ma lame dans son c½ur pour avoir osé s'en prendre à ce que j'avais de plus cher en ce monde.
 
 
| QG de la Brigade Secrète – 19h |
 
 
S'il y avait bien une chose pour laquelle je n'avais pas le temps en ce moment, c'était la Brigade Secrète. Cependant, Lyall était entré en contact avec moi, et avait insisté pour me voir en urgence. J'avais donc accepté, en lui précisant que je n'avais pas beaucoup de temps à lui accorder. Remus était rentré au manoir et n'avait pas prévu d'en sortir, j'étais tranquille de ce côté-là.
 
-          Bonsoir Tracker, salua Lyall à mon arrivée dans la pièce.
 
Croupton et Maugrey étaient là eux aussi. D'ailleurs, nous n'étions que tous les quatre.
 
-          Bonsoir, répondis-je. Soyez brefs je vous prie.
-          Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais un tueur en série sévit depuis quelques jours, commença Lyall. Il menace Prudence Hunt, l'une de nos collègues. La situation ne peut plus durer, il a déjà failli tuer mon fils.
 
Je fus soulagée que la mission rejoigne mes intérêts. J'allais pouvoir faire une pierre deux coups, puisque la traque était déjà lancée.
 
-          Ok, je m'en occupe, assurai-je en me dirigeant déjà vers la porte.
-          Tracker, rappela Maugrey. On le veut vif pour l'interroger. Sinon pas de prime.
 
S'il savait que ramener le tueur en vie pouvait dévoiler ma véritable identité, il ne me parlerait même pas de prime.
 
 
 
| Ministère de la Magie – 21h30 |
 
 
Je n'arrivais pas à lâcher prise. Le Ministère s'était largement vidé, mais je ne parvenais pas à me décider d'arrêter pour aujourd'hui. Les loups que j'avais désignés pour traquer Karmador n'avaient toujours pas donné la moindre nouvelle. Cela n'avait rien d'étonnant bien sûr, ça aussi ça faisait partie de la formation. C'était à devenir dingue... car si aujourd'hui j'avais tant de mal à arrêter ce traître, c'est parce que ma formation avait été efficace. Il avait cerné toutes les dimensions : le meurtre, l'infiltration, la traque, la discrétion, la précision... il maitrisait tout ce qu'il fallait pour rester insaisissable tout en étant redoutable. Pourtant il fallait qu'il commette une erreur. C'était obligé, je ne pourrai pas supporter longtemps d'apprendre chaque jour un nouveau meurtre à cause de lui, encore moins de vivre dans la peur de perdre les gens que j'aimais plus que tout. Il fallait que cela cesse.
 
Remus m'avait rejoint en voyant que je ne rentrais pas au manoir. Depuis, il était resté à mes côtés, épluchant avec moi le dossier que l'on avait constitué. James et Sirius s'étaient joints à nous eux aussi, ayant terminé l'enquête qui les avait occupés ces derniers jours. Malheureusement, ils n'avaient pas de meilleure idée que nous pour attraper le serial killer. Le choix des cibles était trop imprévisible. D'ailleurs, après avoir été confronté à l'un de mes gardiens, il avait dû renoncer à s'en prendre à mon cercle rapproché. A moins que cette difficulté supplémentaire soit son nouveau challenge pour me prouver qu'il était meilleur que les autres. Un frisson me parcourut à l'idée de retrouver le cadavre de Remus ou d'un autre être cher, ainsi que celui du gardien censé le protéger. En quelques secondes, peur et rage se mêlèrent. Je sentais l'ombre de la mort planer au-dessus de mon monde... je me sentais impuissante, et cela m'enrageait, car cette espèce d'enfoiré avait réussi à réveiller mes peurs les plus profondes. 
 
Des bruits de talons brisèrent le silence pesant qui s'était installé depuis plus d'une heure au quartier général des Aurors. Vu la fréquence du bruit, la femme en question était en train de courir. Je trouvais très bizarre qu'il y ait encore quelqu'un d'autre que nous au Ministère, surtout avec un tel comportement. Je fus d'autant plus stupéfaite de voir Noven débarquer, essoufflée, et affolée. Je compris alors que la nuit allait être longue.
 
-          Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je en me levant d'un bond.
-          Ma fille ! Ma fille a disparu !
-          Quoi ?!
 
Mon c½ur bondit furieusement car c'était forcément lié à l'affaire en cours. Ça ne pouvait pas être autrement. J'avais désigné un gardien pour veiller sur Julie Noven... mais pas sur sa fille. Voilà une cible qui était à la fois proche... mais pas assez pour avoir ma protection. Karmador avait bien vite rebondi suite à son précédent échec.
 
-          Où était-elle ?! demanda Remus.
-          Chez moi. C'était sa journée de repos. On devait se retrouver au restaurant ce soir, mais elle n'est jamais arrivée !
-          Emmenez-nous chez vous, dit Remus. James, prévient Maugrey, mon père, et le tien.
 
| Maison des Noven |
 
J'aurais pu prendre le temps d'apprécier la décoration chaleureuse de la maison des Noven dans d'autres circonstances, mais j'avais trop l'esprit en ébullition pour m'attarder là-dessus. J'allai dans toutes les pièces de la maison, baguette à la main, cherchant avec frénésie des indices sur cette disparition. Je savais au fond de moi que Karmador était à l'origine de tout ça, et que le temps m'était compté. Cependant, il n'y avait aucune trace de lutte, ni même d'effraction. Je me demandais même si l'enlèvement avait eu lieu à l'intérieur de la maison, car le niveau de sécurité était très haut ; bien plus haut qu'un foyer ordinaire à vrai dire. J'étais assez impressionnée par les dispositifs qui étaient mis en place. Je revins dans le salon, bredouille. Ce n'était pas le cas de Sirius, qui tenait un bout de parchemin dans la main avec effarement. Il me le tendit à mon approche.
 
-          C'était dans la boite aux lettres, me dit-il.
 
Ainsi donc, Karmador s'était avoué vaincu face à la sécurité de cette maison. L'enlèvement avait bien eu lieu à l'extérieur... peut-être au moment où la fille de Julie s'    apprêtait à entrer dans le restaurant.
 
-          « Hélène Noven est détenue dans un vieil hôtel désaffecté, fermé il y a plus de cinq ans. Tu as une heure pour la retrouver et la sauver. Si tu reçois la moindre aide dans ta quête, tu seras responsable de la mort d'une nouvelle innocente », lus-je à voix basse.
 
Le cauchemar continuait. La partie devait se terminer aujourd'hui... avec ma victoire. Je ne saurais supporter un nouveau meurtre. Il fallait que je sauve la fille de Noven, sinon je ne me le pardonnerais jamais. J'admirai le sang-froid de Julie malgré l'expression de terreur imprégnée sur son visage.
 
-          Je vous promets de la ramener saine et sauve, dis-je à Julie. Restez ici vous tous.
-          N'y compte même pas, intervint Sirius.
-          Tu as lu la même chose que moi Sirius. Le tueur veut que j'agisse seul. C'est notre duel, personne ne doit s'inviter. Je refuse de prendre le risque de désobéir.
 
Je regardai vers Remus, en quête d'un quelconque soutien. Il était calme et silencieux, sachant tout comme moi que je n'avais pas le choix.
 
-          Que vas-tu faire ? me demanda-t-il.
-          Je vais me rendre aux archives pour localiser l'hôtel. Ensuite... je me rendrai sur place, et j'agirai en conséquence.
 
Il acquiesça lentement avant de me prendre dans ses bras avec force.
 
-          Sois prudente ma chérie.
-          Je te le promets.
 
Ils me souhaitèrent tous bonne chance, et j'assurai une nouvelle fois à Julie que je ferai tout pour ramener sa fille saine et sauve. Une fois dehors, je fis appel à Jack, qui arriva dans la minute devant la maison.
 
-          Prue ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Où sommes-nous ?
-          Devant la maison de Julie Noven...
-          Qui ?
-          La femme qui m'a sauvé la vie.
-          Ah oui. Et ?
-          Le traître a enlevé sa fille et me met au défi de la sauver, seule. Les Maraudeurs et Julie sont à l'intérieur. Je veux que tu restes avec eux, au cas où cet enlèvement ne serait qu'un prétexte pour m'éloigner. D'autres membres de mon clan sont dans les parages, mais je serai plus rassurée en te sachant là.
-          Je veillerai sur eux en ton absence. Et toi, que comptes-tu faire ?
-          Sauver Hélène Noven, et tuer le traître.
-          Ne te laisse pas aveugler par tes sentiments Prue... agis comme tu as l'habitude de faire, et tu réussiras. Bonne chasse.
 
 
| ... |
 
 
Il m'avait fallu vingt minutes aux archives pour avoir une adresse. J'avais prévenu mes loups que le tueur avait mis en place un nouveau jeu mortel avec Prudence Hunt. Karmador serait forcément dans les environs, pour me voir progresser dans son épreuve. Ils auraient alors une chance de le repérer... et de le capturer.
 
J'entrai dans l'hôtel lentement, baguette tendue, concentrée comme jamais sur ce qui m'entourait. J'étais persuadée qu'il y avait des pièges invisibles qui pouvaient déclencher la mort d'Hélène. J'ignorai dans quelle pièce elle se trouvait, ce qui allait sacrément me ralentir. J'avais vu le plan de l'hôtel dans la salle des archives : il y avait trois étages, pas moins de deux cent chambres, sans parler des autres pièces liées aux services. C'était trop pour une seule personne à vrai dire. Ce devait être pour cette raison que Karmador m'avait imposé de venir seule. Ainsi, j'allais être plus longue à trouver Hélène. Le temps jouait contre moi.
 
-          Je suis heureux que tu aies répondu à l'appel Prudence, entendis-je dans mon dos.
 
Je fis volte-face, mais il n'y avait personne.
 
-          Je n'avais pas vraiment le choix n'est-ce pas ? répondis-je d'une voix forte tout en continuant ma progression.
-          Bien sûr que si. On a toujours le choix, c'est toi qui nous l'a appris.
-          Oui bien sûr, j'ai le choix de laisser mourir une nouvelle innocente...
-          Ça reste une option.
-          Pourquoi tu fais tout ça ? A quoi tu joues ?
-          Je suis sûr que tu as une petite idée de la réponse.
-          Tu cherches à m'impressionner ? A prouver que tu es meilleur que moi ?
-          Ton nom à lui seul suffit à inspirer la crainte, le respect et l'admiration. Si je bats la déesse du crime que tu es, je deviendrais le nouveau grand Maître Assassin de l'histoire.
-          Tu peux atteindre ton apogée sans me tuer, tu le sais ça ?
-          Tu m'empêcherais d'y parvenir.
-          Tu as donc dans l'idée de servir des causes contraires aux miennes. Des causes qui me pousseraient à t'arrêter.
-          Que veux-tu, je ne pouvais pas rester dans ton sillage plus longtemps. J'aspire à des projets bien plus ambitieux que les tiens.
-          Ainsi, tu n'as rejoint mon clan que dans l'unique but d'acquérir les compétences nécessaires pour assouvir tes désirs ?
-          Ne sois pas aussi contrariée... voie les choses positivement, j'ai bien appris tes leçons.
 
La haine s'insinuait lentement en moi. J'aurais eu envie de le provoquer pour le pousser à se montrer, mais je craignais de mettre la vie d'Hélène en péril en me montrant trop agressive. Karmador tenait les cartes en main en ayant un moyen de pression sur moi, tout en restant hors de vue. Je ne pouvais pas l'affronter ou le manipuler mentalement sans contact visuel.
 
-          Nous allons vite nous en rendre compte, répondis-je en laissant planer le doute.
 
Je parvins à sentir la présence d'un enchantement tout près de moi. Analysant ce qui m'entourait, je finis par révéler un fil jusque-là invisible, que j'aurais sans doute rompu si j'étais passée trop vite. Je l'enjambai prudemment, continuant ma route en redoublant d'attention.
 
-          Pas mal. Mais je n'en attendais pas moins de toi, lança Karmador.
 
J'accédai au premier étage sans trop de difficultés supplémentaires. Je m'engageai dans le couloir, lançant des sorts à la fois pour révéler d'éventuels pièges, mais aussi pour déceler une présence. Malheureusement, après avoir découvert plusieurs fois des animaux en cage dans des chambres, je renonçai à me servir de la magie pour localiser Hélène. Karmador avait mis en place les dispositifs nécessaires pour que la magie ne puisse pas me faciliter la tâche.
 
-          Comment as-tu su que Prudence Hunt et Tracker ne faisaient qu'une ? demandai-je au bout d'un moment de silence.
-          C'était très simple. Tu as récemment mis en place un système de protection prestigieux pour des personnes... un peu spéciales. J'ai été très étonné que tu accordes une si grande importance à des personnes rattachées de près ou de loin aux forces de l'ordre. Mais bon, tu t'es justifiée en disant que ces gens auraient un rôle dans la guerre, alors c'était crédible comme explication. Par contre, le fait que tu protèges toi-même une cible... c'était assez louche. Là encore, je pouvais l'expliquer : Prudence Hunt aurait pu être une proche, ou avoir un intérêt si grand que tu ne pouvais pas confier la tâche à quelqu'un d'autre. Ce qui te désigne réellement et sans le moindre doute possible, c'est l'embuscade des Mangemorts. Comment Prudence Hunt aurait-elle pu être blessée si Tracker en personne veillait sur elle ? Sans parler de ton absence qui s'est ensuivie, comme par hasard le temps où Hunt était à l'hôpital. Tu as dit avoir été blessée, mais je ne voyais pas comment ça aurait pu se produire, étant donné que les Mangemorts ne se doutaient pas de ta présence. Et d'ailleurs, même si l'un d'eux t'avait repérée, je ne doute pas en tes capacités pour le réduire au silence.
 
Toujours pas de surprise. Jusque-là, j'avais vu juste. J'ouvris une porte sur ma droite, où j'avais détecté une présence de l'autre côté. Je me figeai devant un corps inerte allongé sur le sol. Ce n'était pas Hélène, mais il y avait quand même un cadavre dans cette chambre.
 
-          Qui est-ce ? questionnai-je.
-          Un passant trop curieux qui trainait. Je ne voulais pas qu'il gâche ma petite soirée. Et puis comme ça, ça ajoute un peu de piment à tes recherches.
 
Je fermai momentanément les yeux, inspirant profondément pour essayer de garder mon calme. Il fallait que je me contrôle tant qu'Hélène n'était pas en sécurité. Réprimant ma colère, je sortis de la pièce et continuai mes recherches. Il me restait moins de vingt minutes pour retrouver Hélène. Délaissant le premier étage, je pris les escaliers pour monter. Je dus sauter par-dessus plusieurs marches piégées. C'est dans ces moments-là que je me félicitais de ma puissance magique, sans laquelle j'aurais déjà perdu depuis longtemps.
 
-          Je ne pensais pas que tu atteindrais le deuxième étage, nargua Karmador.
-          N'oublie pas à qui tu t'adresses, renvoyai-je sèchement.
 
Je restai silencieuse plusieurs minutes, le c½ur battant de plus en plus vite. J'avais envie de courir, mais la multitude de pièges m'imposait la plus grande précaution. La crainte d'arriver trop tard me nouait l'estomac.
 
-          Pourquoi t'en prendre à moi indirectement ? demandai-je.
-          C'est le seul moyen de t'atteindre. Tant que je ne connaissais pas ton identité, la tâche de t'anéantir était vraiment très difficile à prévoir. Quand tu portes ton masque, tu es un véritable fantôme. Découvrir ton vrai visage m'a ouvert de nouvelles possibilités. J'avoue avoir été surpris au début d'apprendre que tu étais cette jeune Auror... mais cela m'a désigné tant de cibles... Autant de moyens de te toucher en plein c½ur pour te pousser à la faute !
 
A la faute, hein ? Que me réservait-il encore ? Ce jeu commençait sérieusement à me taper sur le système. J'avançais à l'aveugle. Je n'étais maître de rien, et c'était insupportable. Surtout en sachant que c'était l'un de mes propres élèves qui se permettait de me défier.
 
-          Plus que cinq minutes, susurra Karmador. Dommage... tu avais l'air de bien t'entendre avec la mère Noven. Je crains qu'elle ne te pardonne pas cet échec.
-          Je n'ai pas encore perdu.
-          J'admire ta persévérance, mais sois réaliste... tu ne peux pas gagner à chaque fois. On dirait bien que tu t'es trouvée un maître.
-          Je n'en ai qu'un, et ce n'est certainement pas toi.
-          Tu me fends le c½ur... nargua Karmador.
 
Trois minutes. Trois minutes, et les portes que j'ouvrais me dévoilaient des chambres vides. Jusqu'à ce que...
 
-          Hélène !
 
Mon c½ur rata un battement en découvrant Hélène Noven, bâillonnée sur une chaise, inconsciente. Je retins mon élan vers elle et analysai plutôt ce qui nous entourait. Il ne fallait pas que je me laisse emporter comme la dernière fois. Je lançai un sort qui fit apparaître un cercle rouge de fumée autour de la chaise où était Hélène. Cette barrière me laissa perplexe. Il fallait que je la fasse disparaitre si je ne voulais pas risquer de déclencher un nouveau piège.
 
-          Le temps joue contre toi Prudence... il ne te reste plus qu'une minute.
 
La pression augmenta davantage. Les idées fusaient dans mon esprit, mais je savais que je n'arriverai pas à faire sauter cette sécurité assassine dans le temps imparti. Je reculai de quelques pas, l'esprit soudain très clair sur ce que je devais faire.
 
-          Tu t'avoues vaincue ? espéra Karmador.
-          Jamais.
 
Je courus et sautai alors la barrière de fumée, atterrissant à califourchon sur les genoux d'Hélène tout en la prenant contre moi. Je nous protégeai dans une bulle télékinétique pour repousser tout ce qui pourrait tenter de nous atteindre. La précaution ne fut pas inutile, car je sentis des impacts sur mon bouclier, comme si des armes invisibles venaient se heurter dessus. Un claquement attira mon attention sur un mur de la pièce, où je repérai un impact de balle. Karmador jouait à nouveau au sniper.

 

Je redoublai de concentration, pour maintenir mon rejet circulaire. Je déliai les mains d'Hélène et la soulevai, la soutenant vers la sortie de la chambre. Karmador tira deux nouvelles balles pour nous retenir, ne comprenant sans doute pas pourquoi il ne pouvait nous atteindre. J'espérais que ses tentatives permettent aux autres loups de le localiser et de le stopper. L'adrénaline était à son maximum, car la moindre défaillance mentale de ma part briserait la protection. C'était la première fois que je créais une bulle pour deux, et c'était bien plus éprouvant.

 

Je descendis les étages avec Hélène, toujours inconsciente, aussi vite que je pus, me souvenant de l'emplacement de chacun des pièges. Je m'attendais à voir apparaître Karmador à chaque instant. Il ne pouvait tout simplement pas nous laisser filer ainsi. Il ne pouvait pas accepter sa défaite. Il allait forcément surgir pour m'affronter et tenter de me vaincre une bonne fois pour toutes. Pourtant, je parvins à quitter l'hôtel. Je craignais de transplaner avec Hélène dans cet état. Je fis alors venir ma moto, ensorcelai Hélène pour qu'elle puisse tenir en place à l'arrière, et décollai en mettant les gaz vers l'hôpital Sainte Mangouste, toujours sous haute protection magique.
 
 
| Hôpital Sainte Mangouste |
 
 
Dès mon arrivée à l'hôpital, je demandai Lily Potter à l'accueil, précisant que j'étais Auror et qu'il s'agissait d'une affaire urgente. Par chance, elle était de garde cette nuit. Je ne voulais personne d'autre pour s'occuper d'Hélène. Karmador pouvait arriver d'un moment à l'autre pour essayer de terminer le travail, il fallait que je m'entoure de personnes de confiance.
 
-          Prue ! Qui est-ce ? s'étonna Lily en arrivant.
-          La fille d'une collègue. Tu as certainement entendu parler de Julie Noven, notre médecin légiste ?
-          Vaguement. Que lui est-il arrivé ? James ne m'a pas donné les détails, mais ça semblait urgent, dit-elle en me guidant vers l'escalier.
-          Elle a été enlevée par le tueur qui m'a prise pour cible... je ne sais pas ce qu'il lui a fait. Elle était inconsciente quand je suis allée la chercher, et je n'ai pas eu le temps de m'occuper d'elle ; le tueur rôdait près de nous.
 
Lily m'arrêta devant une chambre et me fit déposer Hélène sur le lit avec précaution. Deux autres médicomages arrivèrent pour l'aider dans sa tâche.
 
-          Prue, tu peux nous attendre dehors, elle est entre de bonnes mains maintenant, m'assura Lily.
-          Désolée, il faut que j'assure sa sécurité.
 
Elle acquiesça et se mit au travail avec ses collègues. La boule dans mon estomac ne s'était toujours pas dénouée, malgré le sauvetage d'Hélène. Je ne savais pas si elle allait s'en sortir... par contre j'étais persuadée que Karmador préparait déjà des représailles à la hauteur de son échec. C'était la deuxième fois que je le privais d'une cible.

 

Je sortis de mes pensées angoissantes, réalisant qu'il fallait prévenir mes collègues de la situation, et surtout Julie, qui devait se faire un sang d'encre. J'avais complètement oublié. J'avais l'impression de redescendre sur terre soudainement.
 
Au bout de quelques minutes qui me parurent longues, Lily se tourna vers moi avec un sourire rassurant.
 
-          Elle est en bonne santé ; son ravisseur l'avait juste mis sous sédatif. Elle ne devrait plus tarder à se réveiller maintenant.
 
Pour la première fois depuis le basculement de l'enquête, je fus soulagée. Peu importe ce que Karmador me réservait... pour l'instant, je pouvais savourer le sauvetage d'une innocente. Les médicomages quittèrent la chambre, me laissant seule avec ma protégée. J'allai m'asseoir dans la chaise à côté du lit, me passant les mains sur le visage sous la fatigue qui s'était accumulée ces derniers jours. Entre mes nuits perturbées et l'intensité de mes journées sous le stress, j'étais vraiment épuisée.
 
-          Je ne pensais pas qu'on se reverrait un jour.
 
Je sursautai en regardant vers Hélène, réveillée. Elle semblait très affaiblie mais arborait tout de même un sourire aussi doux que celui de sa mère. En l'observant avec plus d'attention, je me rendis compte qu'elle ressemblait à Julie. Elle avait les mêmes yeux, le même regard, la même couleur de cheveux. Elle avait cependant une coupe plus courte que sa mère.
 
-          Comment vous sentez-vous ? demandai-je.
-          Mieux. Je ne pensais pas me réveiller un jour.
-    Je suis désolée de vous demander ça maintenant... mais j'ai besoin de votre témoignage.
-          Je n'ai que de vagues souvenirs. Je me souviens avoir transplané par surprise alors que je rejoignais ma mère au restaurant... j'ai à peine eu le temps de voir une pièce aux aspects miteux et une chaise en son centre avant de perdre connaissance.
 
Une dernière vision pour le moins terrifiante, qui ne laissait rien présager de bon. La bonne nouvelle au moins, c'est qu'elle n'avait pas eu affaire à Karmador pendant tout ce temps. Elle n'avait pas été torturée, car j'avais craint de la découvrir dans un bien pire état.

 

La porte s'ouvrit à volée sur Julie Noven. Je me levai à son approche pour lui laisser la place auprès de sa fille. Elle la prit dans ses bras, des larmes de joie silencieuses coulant sur ses joues, et un sourire imprégné de bonheur. Cette vision me gonfla le c½ur de joie à moi aussi. J'avais réussi à rassembler mère et fille. Je sortis de la pièce, retrouvant Jack dans le couloir. Il me félicita, et j'entrepris de lui raconter rapidement ce que Karmador m'avait réservé pour cette épreuve.
 
-          Il ne comptait pas te laisser gagner, quelles que soient tes performances, dit-il avec colère lorsque je lui appris qu'il nous avait tiré dessus.
-          Oui... mais il ne pouvait pas deviner que mes compétences magiques dépassaient de très loin ce que j'ai pu montrer à mon clan. Une chance qu'il ne m'ait pas observée sur une plus longue période sans mon masque.
 
Les Maraudeurs arrivèrent, accompagnés de Lyall, Maugrey et Aaron. Remus me prit dans ses bras avec élan, le sourire aux lèvres.
 
-          Je savais que tu réussirais, me dit-il avec fierté.
-          Hunt, raconte-nous, me demanda Maugrey.
 
Je leur fis un rapport des évènements de la soirée. Avant que mon chef ait eu le temps de me dire quoi que ce soit suite à mon récit, je portai vivement ma main au ventre en retenant un gémissement.
 
-          Qu'est-ce que tu as ? s'étonna Remus.
-          Une crampe... ça va, dis-je les dents serrées.
 
Bon sang, il fallait vraiment que j'abaisse l'intensité des appels d'urgence !
 
-          Je vais... je vais grignoter quelque chose, ajoutai-je. Restez avec les Noven... le tueur pourrait avoir envie de terminer le travail.
 
Je croisai le regard de Lyall, qui m'observait étrangement. Néanmoins, il ne dit rien et entra dans la chambre après avoir frappé. Quant à moi, je filai au plus vite, pressée de savoir ce que mes hommes avaient à dire.
 
 
| Forêt de Dean |
 
 
Je me matérialisai face à un cercle de tueurs. Certains se retournèrent en m'entendant arriver. Ils avaient tous leur baguette pointée au centre du cercle. En m'approchant, je pus voir un autre assassin, à genoux. Une joie sauvage m'envahit. Le traître était enfin sous contrôle. Voilà pourquoi il n'avait pu me retenir tout à l'heure : il s'était fait capturer par les autres membres du clan.
 
-          Excellent travail, dis-je à l'adresse des traqueurs.
 
Cette partie insensée allait se terminer ce soir. Je fis appel au restant de la meute, pour procéder au jugement du traître. C'était une situation totalement inédite, et j'avoue que je ne savais pas comment procéder. Mes braves loups ne mirent pas longtemps à répondre à l'appel. Je fis signe aux traqueurs de s'écarter pour que Karmador soit bien visible de tous. Je lançai des sorts anti-transplanage, pour empêcher toute fuite. Personne ne quitterait cet endroit avant que je l'ai décidé.
 
-          Bonsoir à tous. Merci d'être venus aussi vite. Comme vous pouvez le voir, Karmador a été attrapé.
 
Je me tournai vers lui.
 
-          Il s'est rendu coupable de haute trahison en manquant de respect aux règles les plus fondamentales de notre clan : il a fait couler du sang innocent, et s'est retourné contre moi... contre nous tous.
 
Je marquai une courte pause, me rapprochant du traître.
 
-          Dis-leur ! Dis-leur à tous pourquoi tu as agi ainsi !
 
Karmador leva un regard haineux sur moi.
 
-          Pour me débarrasser de toi... afin de pouvoir suivre ma propre voie, et d'affirmer ma puissance en te surpassant.
 
J'eus l'impression que le restant de ma meute propageait des ondes de haine. Il y eut des protestations adressées au traître, clamant l'aberration de ses actes. Et puis quelques secondes après, je n'entendais plus que des demandes de mise à mort. Même si pour rien au monde je n'aurais voulu en arriver un jour à ce moment précis, où je m'apprêtais à exécuter l'un de mes louveteaux... j'étais soulagée. Soulagée d'entendre la haine gronder dans la voix des autres membres. Soulagée qu'ils veuillent à l'unanimité la mort du traître. C'était la preuve qu'ils m'étaient toujours fidèles, et leur loyauté était un bien précieux à mes yeux. Ils me considéraient toujours comme leur chef, et ne comptaient pas profiter de cette rébellion pour me remettre en cause. J'avais toujours leur soutien, et ça faisait du bien après cette folle histoire.
 
-          Finissons-en Tracker, me dit Karmador.
 
Oui, cette partie devait effectivement se terminer ce soir... mais pas avec une exécution.
 
-          Tu as souhaité suivre un chemin qui mènerait à notre affrontement... rappelai-je, et tu as pensé que tu pourrais me battre le moment venu. Nous allons voir si tu as eu raison de le croire. Lève-toi.
 
Je fis signe à mes hommes de s'écarter de lui. L'un d'entre eux rendit la baguette au traître, avec une fraction d'hésitation. Je dessinai un cercle autour de nous, afin que personne ne puisse intervenir.
 
-          Ce duel ne se finira que lorsque l'un d'entre nous sera mort, prévins-je.
 
Sans s'incliner ni prévenir, il lança son premier sort, que je parai aisément. Je déjouai chacune des attaques qui suivirent, me contentant de me défendre pour qu'il me montre ce qu'il savait faire. Une fois de plus, ma formation avait été efficace, car il était redoutable. L'écart entre nous était principalement dû à ma longue expérience en matière de combat, qui me permettait d'anticiper, et à ma puissance magique.
 
Lorsque Karmador commença à ne plus savoir comment s'y prendre pour me déstabiliser, j'entamai une série d'attaques. Il se défendit bien, je devais lui reconnaître. Pourtant, je ne fus pas longue à le désarmer. Je rangeai donc ma baguette, estimant que ce combat devait être mené à armes égales. Je me mis à tourner autour de lui, attendant patiemment qu'il perde son calme.
Il attaqua le premier, et je le contrai. Je lui décochai un coup à la tête dans la foulée, avant de me remettre à tourner autour de lui. Nouvelle attaque de sa part, nouvelle riposte, et cette fois je frappai à la gorge pour lui couper le souffle. Il se plia étrangement avant de se redresser vivement, un couteau à la main. J'esquivai son coup de justesse, sous les protestations furieuses des autres membres du clan. Contrairement à moi, Karmador ne se battait pas à la loyale, car je n'avais pas sorti mon couteau. Il enchaina feinte et tentative de coups. Je contrai toutes ses attaques, sans écoper de la moindre entaille. J'agrippai son poignet tenant l'arme lors d'une énième attaque et lui fis une prise pour retourner le couteau contre lui. La lame transperça sa poitrine, lui crevant le c½ur. Je retins son corps dans mes bras quelques instants, avant de l'accompagner lentement au sol. Je passai mes mains gantées sur ses yeux et retirai la lame. Le cercle que j'avais dessiné pour délimiter le périmètre du duel disparut. Les autres membres du clan restèrent silencieux par respect pour le mort que je venais de faire. Le traître avait payé. Je me sentais étrange en regardant son cadavre. J'avais l'impression que ce mort laisserait des traces indélébiles en moi.
 
-       Si certains d'entre vous ne sont plus en accord avec la cause, dis-je d'une voix forte, si certains d'entre vous ont quelque chose à redire, ou souhaitent remettre en question ma place de leader, je préfèrerais régler ça par la parole, et non en arriver à un combat à mort. Sachez que je peux me montrer compréhensive, et accepter que vous ne trouviez plus d'intérêt à rester. N'oubliez pas que l'appellation "Maître" fait de vous mes élèves, pas mes serviteurs.
 
Personne ne répondit à mes paroles. Je vis une baguette se lever en l'air, pointée vers le ciel. Une lueur orangée en sortit et s'éleva très haut au-dessus des arbres. Une espèce d'oeil enflammé se dessina. D'autres membres du clan en firent de même. Peu à peu, le symbole de notre clan se forma dans le ciel obscur. Ce geste me noua la gorge, car au final, tous avaient levé leur baguette pour me prouver que leur sentiment d'appartenance au groupe n'avait pas changé, et que nous étions unis. Je remarquai qu'il manquait une pointe de flamme à droite de la tête de loup et levai à mon tour ma baguette pour finaliser la reproduction de notre marque, une larme d'émotions coulant silencieusement sous mon masque. Mon clan était toujours une meute, dont je restais l'alpha.
 
 
| QG de la Brigade Secrète |
 
 
Seul Lyall avait répondu à mon appel. Après avoir tué Karmador, j'avais choisi de ne pas faire disparaître son corps, profitant de la situation pour le ramener à la Brigade Secrète. J'avais cependant pris la peine d'effacer la marque de mon clan de l'épaule du traître.
 
-          Je n'ai pas pu le ramener en vie, devançai-je. Deux personnes étaient en danger de mort immédiat lorsque je l'ai localisé, dont l'une était Prudence Hunt.
 
Lyall acquiesça lentement, mais je le sentais perturbé. Il avait clairement l'esprit ailleurs.
 
-          Comment avez-vous réussi à le retrouver ? s'intéressa Lyall.
-          C'est simple, il suffisait de suivre Hunt. C'était elle la cible.
-          ...Merci pour votre intervention.
 
J'inclinai la tête avant de me détourner.
 
-          Que pensez-vous de Prudence Hunt ? retint Lyall.
 
Une décharge me parcourut le corps sous l'effet de surprise. Pourquoi est-ce qu'il me demandait ça soudainement ? Surtout après de tels événements ?! 
 
-          Que voulez-vous dire ? demandai-je d'une voix neutre.
-          Elle n'a jamais retenu votre attention ? Vous dites que vous vous tenez informée des principaux acteurs de ce pays... Prudence est une étoile montante dans nos rangs.
-          Je me suis effectivement renseignée sur elle... mais tant qu'elle ne s'intéresse pas à moi ou à mes activités, je n'ai pas de raison de pousser mes recherches. Pourquoi ?  
 
Lyall ne répondit pas, toujours perturbé.
 
-          Que vous arrive-t-il Lupin ? Je vous sens préoccupé.
-          Je me demande juste si... si nous la connaissons réellement.
 
Ce fut à mon tour de garder le silence, observant mon interlocuteur. Après Dumbledore, Moser, Remus... c'était au tour de Lyall de s'intéresser de très près à Prudence Hunt. Combien de temps mon masque allait-il tenir en place avec tous ces enquêteurs autour de moi ?
 
-          Ne vous posez pas de question sur qui elle est, observez plutôt ce qu'elle fait. Ce sont nos actes et nos valeurs qui comptent vraiment. D'ailleurs, n'est-ce pas la raison pour laquelle vous m'avez intégrée à la Brigade ? Vous ne savez rien de moi. Rien d'autre que ce que je veux bien vous dire. Vous savez de quoi je suis capable... et pourtant vous me faites confiance. Alors pourquoi douter de Hunt ? Vous la connaissez mieux que moi, non ?
-          Parce qu'elle semble avoir des ennemis dangereux... ce n'est pas la première fois qu'elle est prise pour cible. Elle est avec mon fils, vous comprenez...
-          ...Oui. Je comprends tout à fait.
 
Contrairement à ses prédécesseurs, Lyall ne s'inquiétait pas de qui j'étais, mais plutôt des conséquences que ça pourrait avoir pour Remus. Ce n'était pas forcément une meilleure situation, car il pourrait chercher à déterminer si oui ou non je représente un danger pour son fils.
 
-          Il y a beaucoup de mystères qui planent autour d'elle, reprit Lyall. Et je suis sûr qu'ils cachent quelque chose qui nous dépasse... quelque chose d'énorme.
 
Je ne dis plus rien, préoccupée moi aussi par les paroles de Lyall. J'ignorais ce qui pouvait bien l'amener à de telles conclusions, mais je ne voulais pas entretenir sa curiosité en creusant le sujet. Après tout, la Tracker qu'il connaissait n'avait que faire d'une jeune Auror. Mais lorsque je pris congés, j'étais très déstabilisée à l'idée que Lyall Lupin se penche sur mon cas.
 
 
| Hôpital Sainte Mangouste |
 
 
Je revins aussi vite que possible devant la chambre d'Hélène Noven. Remus m'accueillit tendrement, et je fus heureuse de pouvoir le serrer dans mes bras en sachant que plus aucune menace incontrôlable ne posait sur lui.
 
-          Ça va mieux ?
-          Oui, assurai-je.
 
Lyall n'était pas encore revenu, ce qui était une bonne chose. Moi qui aimais sa compagnie d'habitude, là, j'étais un peu refroidie. Je discutai avec les Maraudeurs des derniers évènements, faisant comme si je m'attendais à ce que la partie continue. Mais le père de Remus finit par arriver, avec un grand sourire victorieux. Il avait eu vite fait de mettre ce masque de joie pour cacher ce qui le préoccupait. Lui aussi était doué pour jouer sur plusieurs tableaux.
 
-          Le corps du tueur a été trouvé dans le bâtiment en face de l'hôtel, annonça Lyall avec joie. C'est terminé.
 
Tout le monde en fut aussi soulagé qu'étonné, moi la première, même si je jouais la comédie. Lyall nous expliqua vaguement que le tueur avait reçu un coup de couteau dans le c½ur. La question qui se posait était donc : qui l'avait tué ? Et pourquoi ? Nous étions trois à savoir que la réponse ne serait jamais donnée officiellement. Jack échangeant d'ailleurs un bref regard dans ma direction, esquissant un faible sourire. Moi, je n'étais pas du tout d'humeur légère malgré les bonnes nouvelles. J'avais l'impression qu'une ombre planait toujours au-dessus de moi à cause de Lyall.
Julie Noven sortit de la chambre, mettant un terme à nos discussions enjouées suite à la fin officielle de cette série de meurtres. Elle me prit chaleureusement dans ses bras, avec un élan qui me noua la gorge.
 
-          Merci, me dit-elle. Merci de l'avoir sauvée.
 
Mes soucis s'évanouirent avec cette étreinte, que je resserrai avec plaisir. Une bouffée de joie me saisit enfin, intense, et je parvins à savourer ma victoire. J'aurai le temps de m'inquiéter de Lyall... plus tard.
 
 
Chapitre 23 : « Mon clan, une meute ? »
 
 
Bonsoir ! Ca faisait longtemps que je n'avais pas publié, et j'en suis vraiment désolée. Seulement entre les révisions, puis les examens, puis le permis, sachant que la vie continue malgré tout à côté... j'ai eu une fin d'année 2015 et un début 2016 plus que chargée ! 
Pour me faire pardonner mon absence prolongée, j'espère que vous aurez remarqué que ce chapitre... en contient en fait deux, puisqu'il fait le double de longueur d'un chapitre normal.
J'attends votre avis, car il s'agit bien sûr d'un chapitre assez particulier pour Prue, et j'aimerais savoir si j'ai réussi à vous transmettre la dureté de cette épreuve, et tout ce qui gravite autour. Alors n'hésitez pas à donner vos impressions à la suite de votre lecture, sur ce qui vous a plu et moins plu ;)
Un nouveau mot de Tracker a été publié, intitulé "Mon combat, mon héritage".
 
Pour la suite, je devrai réussir à reprendre un rythme normal, à savoir une publication tous les 15 jours.
 
En tout cas, je suis vraiment contente de pouvoir écrire à nouveau et de reprendre l'aventure avec vous ! A bientôt :)

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    Prue est enfin délivrée mais ca n'en resteras pas ici, pas vrais. ?

  • clochinettedu76

    04/04/2016

    Prue/Tracker en a enfin fini avec le tueur ! On peut dire qu'il lui aura donné du fil à retordre celui là !!

  • harry-potter-8-fic

    03/04/2016

    j'ai hâte de savoir ce qui va se passer par rapport au doute du père de lupin

  • harry-potter-8-fic

    03/04/2016

    il était coriace cet adversaire mais elle a réussi à le vaincre

  • MikaWolfeHP

    23/02/2016

    Génial! Tu as fait surgir des émotions fortes! J'ai vraiment adoré :) Je sentais bien l'action et pouvais si bien m'imaginer dans l'action! Continue! Lâche pas!
    Je me demande bien combien de temps encore son masque va tenir, coudonc! C'est sur que sa tombé s'en vient avec tous ces doutes!

  • Selenba

    18/02/2016

    Hellow! Je reprends avec un peu de retard l'histoire pour finalement tomber sur un pur chapitre d'action et de suspense! Un vrai délice! :D J'ai adoré la manière dont tu as mené le tout, le lien que Tracker partage avec son meute est si fort s'en est surprenant. Je me suis trouvée idiote à sourire toute seule devant mon écran durant cette scène.
    Mais il y a bien une chose qui m'inquiète... La frontière que Prue a fermement maintenu entre son côté ombre et sa vie de tous les jours. Cette ligne s’amoindrit de plus en plus et je commence déjà à m'inquiéter des répercussions que cela aura sur son futur, l'histoire avec le traître est un peu comme un avant-goût de ce qui pourrait arriver par la suite :s
    Magnifique travail et je m'élance dans la lecture du suivant sans attendre!

  • Nakwen

    08/02/2016

    Coucou !
    Et bien ce chapitre valait la peine d'attendre ! J'ai beaucoup aimé la façon dont tu as montré les émotions de Prue, ses peurs, ses doutes... Malgré tout ce qu'il lui arrive, elle reste égale à elle même et à ses valeurs.
    Je ne m'attendais pas à une telle fin, je voyais plus Prue en finir sous le coup de la rage. Mais cette idée de duel lui ressemble plus !
    Merci pour ce chapitre, j'attend le prochain ! ;)

  • Hurricany

    05/02/2016

    Tout est bien qui se finit bien. Helene a bien faillit passer à la casserole. J'aurai bien aimé découvrir la véritable identité du traitre, histoire de savoir si c'était quelqu'un que Prue cotoyé ou pas. Très bon chapitre et vivement le suivant. :)

  • LeMaitreDesLieux

    01/02/2016

    Coucou,
    Je me doute bien que si tu n'avais pas posté ou que tu n'avais pas encore lu mes chapitres, c'est que tu n'avais pas eu le temps. Ne t'en fais pas, prends ton temps ;)

    Concernant ce chapitre, j'avoue que tu es totalement pardonnée ! La longueur et le contenu m'ont tellement ravi que je l'ai dévoré et que j'en veux toujours plus ! ^^

    Tu as parfaitement fait ressortir les pensées de Prue, sa rage, sa haine, sa peur. J'ai senti à quel point cette situation la déstabilisait beaucoup et qu'elle ne comprenait pas comment elle a pu en arriver là. Vraiment, c'était tellement bien écrit sur ça que j'ai pu percevoir tous les états dans lesquels elle était passée.

    Remus est toujours égal à lui, discret. Il ne la questionne jamais mais je me demande s'il ne va pas, un jour, essayer de voir plus loin que ce que Prue lui montre. Il l'aime, il veut la protéger et il veut être heureux mais je pense qu'il va commencer à se poser encore d'autres questions. D'ailleurs, je pense que la préoccupation de Lylla à ce sujet va pousser le père et le fils à faire des recherches ensembles sur le passé de Prue. Je pense que la traque sur ce côté-là ne fait que commencer ! :)

    Tu montres toujours une Prue loyal à son code et à son meute. La mise en mort par duel était vraiment digne d'elle et de ses valeurs. Au début, j'aurais pensé qu'elle l'aurait simplement exécuté comme le voulait ses "louveteaux" mais finalement, quand elle décide d'un duel, j'ai apprécié. Ca lui ressemble après tout ! Quand ils lèvent tous leur baguette pour former le signe de leur clan, j'avais les larmes aux bords des yeux, tout comme Prue. Tu y a mis tellement d'émotions que mes propres émotions m'ont envahies ...

    J'ai apprécié ton retour avec ce chapitre et ses multiples rebondissements. J'attends la suite pour voir jusqu'à quand Prue sera capable de jouer sur les deux tableaux sans que peronne n'y soit au courant. J'attends aussi le retour de Voldemort car on ne sait pas vraiment où il en est. Bref, j'attends la suite de l'histoire de mon assassin préféré ! :D

  • Ashley-Stones

    01/02/2016

    J'ai beaucoup aimé ce chapitre, je me demande si Lyall ne se doute pas un peu, où ne va pas tarder à découvrir la véritable identité de Prue. Malgré tout je pense que même s'il le dévouvre, il gardera ce lourd secret pour lui m, mais sera contre la relation qu'elle a avec son fils, ce qui pourrait amener à une description plus détaillé de la relation entre Remus et Prue ou aux sentiments de cette dernière qu'elle dévoilera un peu plus pour le loup-garou. Ou peut-être que je me trompe totalement 🙄. En tout cas très bon chapitre :).

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