Chapitre 24 : Une courte pause

« Le calme est enfin de retour après une période intense. Il faut profiter de ces rares moments de répit, car dehors, la paix n'est pas rétablie, et tout peut basculer d'un moment à l'autre. C'est comme si un timide rayon de soleil était parvenu à percer momentanément le ciel noir, pour une durée que tout le monde sait courte. »
Chapitre 24 : Une courte pause





| 13 avril 1980 – Ministère de la Magie – 8h |
 
J'arrivai au Ministère aux côtés de Remus, détendue pour la première fois depuis le début de l'affaire Karmador. Oh, ma conscience me pesait toujours autant concernant mes erreurs lors de cette enquête, et je n'étais pas très heureuse à l'idée d'avoir tué l'un de mes louveteaux... mais au moins, je n'aurai pas de course contre la montre à faire aujourd'hui, après avoir découvert un message alarmant me mettant au défi d'accomplir des épreuves insensées. Je pouvais enfin envisager de reprendre mon quotidien infernal qui consistait à jongler avec de nombreux masques, dans le but de gagner la guerre contre mon père. Même si ce n'était pas une promenade de santé, au moins, c'était un terrain que je maîtrisais.
 
Les journalistes avaient salué mon sauvetage de la veille pour la première édition de la Gazette. Certains témoignages disaient maintenant qu'il n'y avait pas lieu de douter de moi. Changement de son de cloche. Avec eux, c'était toujours pareil : lorsqu'on gagnait, ils nous jetaient des fleurs ; lorsqu'on perdait, ils nous crachaient dessus. Le tout, c'était de vendre le papier. Cette attitude m'exaspérant au plus haut point, je ne me privais pas d'envoyer balader tous les journalistes qui tentaient de m'approcher pour obtenir un bout d'interview avec moi. Même si l'enquête se terminait sur la victoire des Aurors sur ce serial killer, je n'avais aucune envie de faire la fête. Je ne ressentais aucune fierté à l'issue de cet affrontement. J'étais juste contente que ça soit enfin terminé. J'étais certaine que mon attitude à l'égard des journalistes me vaudrait quelques remarques cinglantes couchées sur le papier dès demain. Je m'en fichais. 
 
-          En forme Hunt ? m'accueillit Maugrey.
-          Oui.
 
Ce n'était pas tout à fait vrai étant donné que j'avais passé une grosse partie de la nuit dehors entre le sauvetage d'Hélène et le règlement de compte avec ma meute, mais j'avais très envie de retourner sur le terrain.
 
-          Tu as un petit rendez-vous avec la Brigade des Affaires Internes. Ils veulent avoir le récit détaillé de ce qu'il s'est passé.
 
Bon sang, je crois bien que je détenais le record d'interrogatoire avec la Brigade des Affaires Internes ! J'en avais assez de les avoir sur le dos. Je leur avais fait passer mon rapport écrit et détaillé, que voulaient-ils de plus ? Des fois, je me demandais vraiment dans quel camp ils étaient. C'est comme s'ils cherchaient le moindre prétexte pour nous tomber dessus. Il n'y avait rien de plus agaçant !
 
-          Croupton sera avec toi, précisa mon supérieur.
 
Je lui adressai un regard surpris et interrogateur. Pourquoi le directeur du bureau des Aurors serait présent ?
 
-          Ah ? Pourquoi ?
-          Tu verras.
 
Je n'insistai pas, mais je remarquai Lyall esquisser un sourire avec Maugrey. Quelle que soit la raison de la participation surprise de Croupton à mon interrogatoire, ce ne serait visiblement pas en ma défaveur. Sans plus attendre, je pris donc le chemin que je connaissais par c½ur vers le bureau des Affaires Internes, espérant que j'en ressortirai avec mon badge.
 
A mon arrivée, je n'eus pas le temps de frapper à la porte qu'elle s'ouvrit sur la femme qui m'avait déjà interrogée la dernière fois.
 
-          Bonjour Miss Hunt, me dit-elle d'un ton assez sec.
-          Bonjour, répondis-je d'une voix neutre.
-          Entrez je vous prie.
 
Croupton était effectivement dans la pièce, confortablement installé dans un fauteuil en train de fumer une pipe. L'enquêtrice me fit asseoir à côté de mon grand patron, auquel j'adressai un bref signe de tête en guise de salut silencieux. Il répondit du même geste, le regard droit.
 
-          Vous êtes ici aujourd'hui pour témoigner sur votre intervention d'hier dans l'enquête sur le tueur en série, commença l'enquêtrice.
-          Vous n'avez pas reçu mon rapport ? demandai-je en essayant de conserver un ton poli.
-          Cette chère madame souhaite évaluer si vous avez appris une leçon, ou si vous êtes sincère, expliqua Croupton sans prendre de gants.
 
Croupton ne parlait pas sur le ton de l'amusement, ni même de la provocation. Je sentais que ça l'énervait énormément d'être ici, et que cet interrogatoire ne représentait qu'une insulte envers son service, et une perte de temps.
 
-          Ne déformez pas mes propos, rétorqua notre interlocutrice les lèvres pincées.
-          Alors pourquoi faire perdre du temps à une Auror pour qu'elle récite ce qu'elle a déjà écrit ?
-          C'est la procédure Mr Croupton ! dit-elle d'un ton tranchant. Maintenant, si vous voulez en finir au plus vite avec cette formalité, je vous demande de laisser parler Miss Hunt.
 
J'aimais voir l'amour qui pouvait régner entre certains de nos services. Je racontai donc exactement ce que j'avais écrit sur mon rapport, du moment où Noven nous avait appris la nouvelle, jusqu'au sauvetage. Je passai sous silence la partie concernant mes loups bien sûr.
 
-          Vous avez besoin d'autre chose ? demandai-je en laissant comprendre dans ma voix que je n'avais pas que ça à faire.
-          Avez-vous vu quoi que ce soit pendant que vous preniez la fuite avec Hélène Noven ?
-          J'étais trop occupée à éviter les pièges pour m'intéresser au reste. Pourquoi ?
-          Je ne vais pas vous le cacher, mon supérieur trouve très étrange que l'assassin ait été tué par un inconnu pendant cette opération.
-          Nous essayons de comprendre nous aussi, rappela Croupton.
-          Allez au bout de votre pensée, ordonnai-je à l'enquêtrice, qui ne cessait de me fixer.
 
Elle soupira, jetant un coup d'oeil furtif à Croupton comme si elle surveillait un suspect instable qui pouvait lui bondir dessus à tout moment.
 
-          Ce n'est pas la première fois que l'on se rencontre Miss Hunt. Votre carrière pourtant courte dénote déjà votre tempérament explosif, votre mépris des règles, et vos méthodes parfois déplacées.
-          Vous insinuez que c'est moi qui ai tué le serial killer ? résumai-je calmement.
 
Je ricanai. Oui, je l'avais tué... mais pas au moment où elle le pensait. C'était impossible, je ne pouvais pas être à deux endroits à la fois.
 
-          Mettez-vous à notre place. Il est difficile de comprendre qui a bien pu tuer le serial killer. Vous étiez seule pendant l'opération... alors qui aurait bien pu s'en prendre à votre ennemi ?
-          Je n'ai malheureusement aucun alibi à vous fournir. Comme je l'ai déjà dit, Hélène était inconsciente quand je l'ai sauvée. Je ne peux pas vous prouver que je n'ai pas commis ce meurtre. Je m'en remets à votre bon sens pour en arriver à cette conclusion. Mes collègues et moi-même continuons d'enquêter pour résoudre ce mystère. Nous vous tiendrons au courant dès qu'on aura trouvé une piste.
 
Elle soupira à nouveau.
 
-          Je ne pense pas que ça arrivera, dit-elle en regardant Croupton.
 
Mon supérieur ne cilla pas et se leva pour lui serrer la main. Une fois hors du bureau, je suivis Croupton vers le QG des Aurors, dans un silence pesant.
 
-          Pourquoi étiez-vous là monsieur ? finis-je par demander.
-          Pour empêcher le Bureau des Affaires Internes de se mettre en travers de notre chemin.
 
Croupton me guida vers le bureau de Maugrey, où celui-ci semblait nous attendre.
 
-          Alors ? demanda Maugrey à l'adresse de Croupton.
-          Ils ne vont pas lâcher l'affaire comme ça, mais ça n'a aucune importance. Ils ne trouveront rien.
-          De quoi parlez-vous ? demandai-je.
-       Disons que le Bureau des Affaires Internes a raison d'avoir des doutes sur ce coup-là. Tu as bénéficié d'une aide pendant l'opération, expliqua Maugrey. Une aide extérieure, qui avait pour seul but de repérer le tueur pour l'éliminer.
 
Voilà donc la raison qui mettait Maugrey et Croupton à fleur de peau : ils craignaient qu'une enquête trop approfondie révèle l'implication... d'une tueuse à gages. C'était très amusant d'avoir ce double rôle.
 
-          Vous avez engagé un tueur ? m'étonnai-je.
-          Un chasseur de primes serait plus exact, rectifia Maugrey. La situation devenait trop dangereuse.
-          Nous vous donnons cette information pour que vous compreniez à quel point il est important qu'aucune enquête n'aboutisse, intervint Croupton. Vous allez retourner sur le terrain avec vos collègues... et faire en sorte d'être la première à trouver les preuves compromettantes pour les détruire. Et s'il existe un témoin... vous nous donnerez son nom. Je veux être tenu informé du moindre événement pouvant nous impliquer. 
-          Vous me demandez de jouer l'espionne avec mes propres collègues, et de saboter une enquête ?
-          Oui. Il est peu probable que vous ayez à intervenir... mais si ça devait être nécessaire, je préfère que vous soyez au courant.
-          Merci pour votre confiance.
 
Ce petit évènement était très enrichissant. D'une part, j'apprenais que la Brigade Secrète avait encore des doutes sur les performances de Tracker, puisque Croupton craignait que j'aie laissé des traces... et d'autre part, le secret m'était confié. J'étais très honorée à vrai dire que mes supérieurs m'accordent tant de confiance. Ils auraient très bien pu se contenter de confier cette tâche à Lyall, qui était également sur les deux tableaux, mais ils avaient fait le choix de me mettre au courant à moi aussi. 
 
 
| 14 avril 1980 – Hôpital Sainte Mangouste – 19h |
 
 
Hélène Noven n'était pas encore sortie de l'hôpital, bien que sa santé ne soit pas en péril. Lily préférait la garder en observation, le temps qu'elle se remette de cet évènement traumatisant. Un suivi psychologique avait été mis en place pour elle, qui ne serait sans doute pas de trop.
Je frappai à la porte de la chambre et entrai après avoir reçu l'autorisation d'Hélène. Julie était là également, le sourire aux lèvres. Elle m'accueillit à bras ouverts, et je ne me fis pas prier pour la prendre contre moi. J'ignorais pourquoi et comment je me sentais bien en sa présence, mais j'en profitais. Le sauvetage d'Hélène nous avait rapproché toutes les deux, et je ne pouvais pas m'en plaindre.
 
-          Alors, comment allez-vous aujourd'hui ? demandai-je à Hélène.
-          Très bien. Votre amie docteur m'a dit que je pourrai sortir demain matin, après une dernière séance avec la psy.
-          Bonne nouvelle !
-          Oui ! Et vous, comment allez-vous ? Ma mère m'a dit que vous aviez déjà repris le travail.
-          Oui, j'ai préféré ne pas me faire arrêter.
-          Vous êtes toujours sur l'enquête ?
-          Nous essayons de déterminer comment votre ravisseur a été tué. La justice a besoin de la vérité.
-          Vous avez des pistes ?
-          Aucune. La personne qui a fait ça n'a laissé aucune trace. Pas de preuve, pas de témoin, rien.
-          Ce n'est pas trop difficile de travailler sur le meurtre d'une personne que vous vouliez voir morte ?
-          ...Disons que ça ne me coûte pas de rentrer bredouille.
-          Assieds-toi Prue, m'invita Julie en me tendant une chaise.
-          Merci.
 
Je pris place à côté d'elle, et on discuta pendant un bon moment toutes les trois. Je m'entendais presque aussi bien avec la fille qu'avec la mère.
 
-          Au fait maman, qui était le bel homme qui t'a offert des fleurs ce matin ? demanda Hélène avec un sourire en coin.
-          C'est Jack, un ami de Prue.
 
La nouvelle me décocha un large sourire. Ainsi donc, Jack avait cédé à la tentation de revenir voir Julie ? Je n'étais pas mécontente de l'avoir choisi comme « ange gardien » d'un soir pendant l'opération de sauvetage. J'étais persuadée que ce moment partagé avec Julie allait les rapprocher. Il s'était bien gardé de me raconter quoi que ce soit quant à cette soirée. Pourtant, je n'avais aucun mal à l'imaginer en train de rassurer tout le monde sur le bon déroulement du sauvetage.
 
-          Ça fait longtemps que vous le connaissez ? me demanda Hélène.
-          Oh, ça doit bien faire huit ans maintenant.
-          Pas plus ? s'étonna Hélène.
 
Je refis rapidement le calcul. Je l'avais connu quelques mois après mon retour du camp, où il était alors devenu mon mentor. C'était en 1972, ça faisait bien huit ans. Bon sang... huit ans que j'étais sortie du camp... le temps passait vite, et en même temps, j'avais l'impression qu'une éternité s'était écoulée. Il s'en était tant passé depuis.
 
-          Non. Pourquoi ?
-          Je croyais qu'il était votre père adoptif à vrai dire... alors je pensais que vous le connaissiez depuis plus longtemps, expliqua Hélène.
-        C'est effectivement ce qu'il représente à mes yeux, mais il ne l'est pas officiellement. Je n'ai pas eu le plaisir de le rencontrer avant.
 
Hélène acquiesça lentement, le regard légèrement perdu dans le vide. Je jetai un coup d'½il à Julie, qui m'adressa un sourire apaisant.
 
-          C'est dommage, dit-elle.
-          Oui, confirmai-je. C'est vraiment l'incarnation de mon idéal paternel... j'aurais aimé grandir à ses côtés.
-          Vous avez grandi où du coup ? s'intéressa Hélène.
 
Arf, évidemment.
 
-          Dans un orphelinat.
-          Oh, vous avez perdu vos parents...
-          Oui, soufflai-je.
 
Et une jumelle. Hélène baissa les yeux.
 
-          Je suis vraiment désolée, dit-elle.
-          Vous n'avez pas à l'être, assurai-je. Seuls ceux qui m'ont privé de ma famille le seront quand je les aurai retrouvés.
-          Qu'est-ce qu'il s'est passé si ce n'est pas indiscret ? demanda Julie.
 
Je tournai la tête vers elle, et à nouveau, l'image de ma mère s'imposa dans mon esprit, superposée à la réalité. Je détournai le regard.
 
-          Ma mémoire ne détient pas la vérité. Je sais juste qu'une bande de salopards a pris la maison d'assaut, et que j'ai perdu ma mère et ma s½ur ce soir-là.
 
Quelques secondes de silence s'écoulèrent. Je me rendis compte à quel point j'arrivais à en parler plus librement que d'habitude, même si la pointe était toujours très profondément enfoncée dans mon c½ur. C'est comme si j'étais persuadée au fond de moi qu'un jour, la vérité éclatera. Même si aujourd'hui je ne savais pas dans quelle direction aller, même si je ne connaissais pas les responsables... j'avais cette assurance que vengeance serait faite.
 
-          Et votre père ? me demanda Hélène.
 
Je déglutis malgré moi.
 
-          Mes parents étaient séparés avant que ça se produise.
 
Mère et fille échangèrent un regard, et je compris que Julie demandait silencieusement à Hélène d'arrêter de relancer le sujet en posant des questions. L'heure me rappela à l'ordre.
 
-          J'ai passé un bon moment en votre compagnie, dis-je en me levant. Hélène, j'espère que cet épisode avec un serial killer ne troublera pas trop votre vie. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, votre mère sait où me trouver.
-          Merci pour tout, dit-elle.
 
Je lui souris avant de me tourner vers Julie.
 
-          A demain ? demandai-je.
-          A demain, confirma ma collègue.
 
Je pris congés, l'esprit encore perdu dans le fil de notre discussion. Je me rendais compte que j'en savais bien moins sur elles que l'inverse. J'espérais avoir l'occasion d'orienter la conversion sur leur vie la prochaine fois. J'avais envie de les connaître.
 
 
| Manoir des Halliwell |
 
 
Mon c½ur rata un battement en entendant la voix de Lyall lorsque j'ouvris la porte, en conversation avec Remus. Je les trouvai au salon, mais la discussion visiblement sérieuse dans laquelle ils étaient engagés prit fin avec mon arrivée. Un court silence passa, pendant lequel on se regarda tous. Remus et Lyall ne s'attendaient peut-être pas à mon retour de suite... et moi, je craignais que Lyall partage ses doutes à mon sujet avec Remus. Je trouverais dommage qu'il relance son fils dans une enquête sur moi, alors que j'avais réussi à le détourner quand j'avais découvert ce que mijotait Dumbledore. Remus avait cessé depuis d'essayer de creuser mon passé, et il ne posait plus autant de questions même lorsque des évènements inhabituels se posaient. L'affaire avec Karmador en avait été la preuve. Remus s'était contenté de me soutenir et de me réconforter, sans me harceler de question sur cette nouvelle chasse entre un tueur et moi.
 
-        Bonsoir, dis-je d'un ton qui se voulait dégagé. Désolée d'interrompre une discussion entre père et fils, je vous laisse.
-          Ce n'est pas la peine Prue, retint Lyall. Nous avions terminé.
-          Okay... tu restes manger ce soir ? Il y a une belle canette qui nous attend dans le four.
-          Merci Prue, je suis déjà convié, dit-il en se levant. On se voit demain.
 
Il se dirigea vers la cheminée et disparut dans des flammes vertes après nous avoir souhaité un bon appétit à tous les deux. Je trouvai Remus assez étrange à vrai dire, ce qui ne faisait que renforcer mes craintes sur le sujet de leur discussion.
 
-          Tout va bien mon chéri ? demandai-je en allant m'asseoir à ses côtés.
-          Oui, assura Remus.
 
Je le pris dans mes bras, lui déposant un baiser dans le cou avec douceur. Je savais qu'il était troublé, mais s'il ne souhaitait pas en parler, je ne pouvais pas insister. J'entrepris donc de le câliner en silence, comme il savait si bien le faire pour moi.
 
 
 
| 25 avril 1980 – QG de la Brigade Secrète – 21h |
 
 
J'arrivai au QG de la Brigade Secrète, un peu excitée je devais bien l'admettre. Le quotidien avait repris depuis la mort de Karmador... et même s'il était peu joyeux à cause de la guerre, au moins, je n'avais pas eu de raison de remettre mon masque d'assassin. Ce soir pourtant, j'étais convoquée, et je ne pouvais m'empêcher de me demander quel genre de mission on allait me confier. Etait-ce en rapport avec les Mangemorts ? Ou alors, il n'y aurait que Lyall, et il me parlerait d'une nouvelle piste sur les Horcruxes ? J'écartai cette supposition en ouvrant la porte, car Croupton, Maugrey et Lyall étaient présents.
 
-          Bonsoir, saluai-je platement. Que me vaut le plaisir de cette convocation ?
-          Nous avons une requête à vous soumettre, expliqua Lyall. Vous nous avez donné comme conseil de nous entraîner de manière plus intense pour combattre les Mangemorts... pourriez-vous être notre... professeur ?
 
Hmm, pas d'adrénaline en perspective donc. Cependant, j'étais contente que les membres de la Brigade suivent mes conseils... j'espérais leur apporter une aide précieuse en leur apprenant quelques techniques primordiales du duel... à mort.
 
-          Ok, acceptai-je. Avant, petit cours magistral. Vous vous êtes certainement déjà rendus compte que les plus redoutables prédateurs qui rôdent dehors ne respectent pas de code. Les duellistes qui se battent avec honneur sont rares. Alors, s'il vous plait, quand vous vous engagez dans un duel avec eux... n'allez surtout pas vous imaginer qu'ils se battront à la loyale. Il s'agit de vivre ou de mourir... alors dégainez votre baguette, et défendez votre peau.
 
Je sortis ma baguette et lançai un sortilège à Lyall, qui le contra de justesse, ne s'attendant pas à ce que je lie le geste à la parole. Un duel s'engagea entre nous, alors que les autres s'écartaient pour nous laisser un peu plus de place. Lyall était un formidable duelliste. Il avait une excellente lecture du combat qui lui permettait d'anticiper, et il se déplaçait rapidement. Ses défenses étaient assez solides, mais pas infaillibles. Je parvins à le désarmer, et enchainai en lui lançant un sort pour l'envoyer contre le mur.
 
-          Vous n'êtes pas d'un très grand secours, lançai-je aux autres. Je vous ai dit qu'il s'agissait de vie ou de mort... dois-je tuer Lyall Lupin pour vous convaincre de m'attaquer à plusieurs ?
 
Je pointai ma baguette sur Lyall :
 
-          Avada –
 
Je fus percutée de plein fouet par Maugrey, qui m'empêcha de terminer mon incantation, bien que je n'eus à aucun moment compté tuer le père de Remus. Je me dégageai en l'expulsant à son tour, mais il se retint magiquement dans les airs. Les autres se joignirent enfin au duel, et je me retrouvai au centre de ce triangle de chiens muselés.
 
-          Allez, on sort les griffes, narguai-je. Montrez-moi ce que vous valez.
 
Les sorts fusèrent quasiment en même temps. Ce duel m'offrit finalement la dose d'adrénaline attendue, car les trois puissants sorciers attaquaient sans relâche. J'arrivais à enchainer les contres et les ripostes en une seconde, pour ne pas me contenter de défendre. Je me déplaçais aussi, pour voir comment ils bougeaient. Ils faisaient en sorte de ne pas rompre le triangle, pour que je reste dans cette position délicate qui m'obligeait à défendre de tous côtés. Lorsqu'ils combinèrent une attaque, j'en profitai pour créer un bouclier d'énergie autour de moi, dont la puissance augmenta grâce à celle des sorts lancés. Je n'eus qu'à laisser cette petite bombe exploser pour projeter mes adversaires à trois coins de la pièce. J'immobilisai Maugrey et Croupton au mur avec des chaines, tandis que je me dirigeai vers Lupin pour continuer le combat.
 
-          Vous êtes tout seul maintenant... et en plus de devoir accomplir le miracle de me battre... vous n'avez que quelques minutes avant que les chaines autour de vos collègues ne finissent par les étrangler.
-          Vous êtes malade ou quoi ?!
 
Je recommençai à l'attaquer, en augmentant la cadence d'un cran. Je ne retenais plus mes coups, ni ma puissance. Lyall ne tint pas deux minutes face à mon changement de rythme. A l'évidence, il n'était pas apte à se battre contre l'incarnation de la Mort. Voyant que les chaines commençaient à serrer le cou des deux autres, je désarmai Lyall et lui fis une prise. Je le mis à genoux, couteau sous la gorge, face à ses amis.
 
-          Si je n'étais pas votre alliée, vous seriez morts tous les trois alors que vous avez été en surnombre pendant toute la première partie du combat. Personnellement, je ne trouve pas ça normal.
 
Je m'écartai pour le laisser se relever, et je libérai les deux autres.
 
-          Vous commettez l'erreur de vous embarquer dans un bras de fer, expliquai-je. Vous avez pu constater que ni la puissance magique, ni la rapidité de vos attaques n'avaient pour effet de me déstabiliser. Il faut donc changer de méthode. Adaptez-vous à votre adversaire... observez... variez les attaques pour l'obliger à dévoiler sa façon de se battre...  vous finirez par trouver la faille et vous n'aurez plus qu'à l'exploiter.
 
Ils acquiescèrent, encore essoufflés.
 
-          Il faut que vous vous mettiez en situation de danger de mort, repris-je. Mettez-vous en tête que vous vivez peut-être vos derniers instants... et si vous voulez survivre, vous devez impérativement gagner ce combat. Battez-vous contre une mort imminente. Apprenez à garder la tête froide dans les situations les plus extrêmes. Ayez en vous cette rage de vaincre et cette volonté de survivre. Chaque duel gagné est un report de l'échéance, pour vous, ou pour toute autre personne en danger que vous pourriez avoir à défendre.  
 
L'entrainement reprit, et je m'appliquai cette fois à leur enseigner quelques techniques et sortilèges, pour améliorer leurs performances. Je les laissai se battre entre eux aussi, pour que ça soit plus équilibré. A la fin, ils s'allièrent à nouveau à trois contre moi, mais ne parvinrent pas davantage à me désarmer. A minuit, j'estimai qu'il était temps de mettre fin à la séance. C'était suffisant pour aujourd'hui. Croupton et Maugrey partirent les premiers, avec quelques blessures mineures à soigner. Comme d'habitude, Lyall resta, sans doute avec une question à me poser.
 
-          Comment se fait-il que nous n'arrivions même pas à vous faire douter à trois contre un ? demanda Lyall.
-          ...Je vous l'ai dit. Il ne faut pas se contenter de se battre pour vivre... il faut gagner. Chaque fois que je me lance dans un duel, c'est dans cet état d'esprit.
-          Il ne suffit pas de le vouloir pour y parvenir.
-        Vous ne pouvez pas vous comparer à moi Lupin. J'ai reçu une formation extrême... qui fait de moi une duelliste quasiment imbattable. Heureusement pour vous, peu de personnes dans ce monde ont reçu un tel niveau d'entraînement.
-          Qu'entendez-vous par là ?
-          Là où j'ai appris à me battre... on ne faisait pas semblant de me menacer de mort, moi ou quelqu'un de proche. C'était réel. L'échec était toujours cuisant. J'ai passé des années à défendre ma vie contre une mort qui semblait toujours sur le point de me saisir. Et même quand ce jeu infernal a pris fin, une autre formation a repris. Elle n'était pas douloureuse... je ne risquais pas ma vie... mais j'avais déjà adopté la mentalité d'une survivante, et les années qui ont suivi m'ont perfectionnée. Alors n'espérez pas me battre au bout de la première séance. Il vous faudra du temps pour intégrer mes techniques... mais sachez que même lorsque vous les maitriserez, ce ne sera pas suffisant pour me battre.
 
Lyall garda le silence quelques instants, semblant réfléchir.
 
-          Vous savez, j'ai beau essayer de comprendre ce qui a pu vous arriver par le passé... ou essayer de saisir l'intérêt de cette « formation » que vous avez reçue... je n'arrive à trouver. Quand j'étais prisonnier, vous avez laissé entendre que vous connaissiez les instruments de torture... en tant que victime. Vous dites aujourd'hui que vous avez été formée au combat pendant des années... j'avoue que j'ai du mal à trouver le sens de tout ça.
-          N'essayez pas de comprendre Lupin, cette histoire vous dépasse. C'est un jeu d'ombre qui se passe au coeur de la noirceur de l'humanité. Ce n'est pas votre rôle d'intervenir, j'en ai fait le mien, et je l'assumerai jusqu'au bout.
 
Cette fois il était temps de partir, car Lyall s'intéressait à nouveau trop à moi.
 
-         Tracker, une dernière question...
-         Oui ?
-        Je repense à votre première venue ici... quand vous avez dû partir précipitamment... je me souviens vous avoir vu porter votre main au ventre. C'était dû à quoi ? Est-ce que vous avez une sorte d'enchantement, comme les Mangemorts ont la Marque ?
-          En quoi ça vous intéresse ?
-          Simple curiosité.
-          Je ne peux malheureusement pas tout vous dévoiler Lupin. Bonne nuit.
 
 
~ Point de vue général ~
 
 
Tracker quitta la pièce sur ces paroles, laissant un Lyall Lupin perplexe. Tracker avait un don pour susciter la fascination par le mystère qui l'entourait... et de la gêne. Cette crainte. Ce sentiment que cette louve n'aurait jamais dû être aussi redoutable. Cette tristesse en comprenant qu'elle avait vécu l'enfer pour être celle qu'elle était aujourd'hui. Lyall éprouvait ce mélange contradictoire de sentiments envers cette jeune femme, qui était effectivement l'incarnation de la Mort. Et en même temps... elle n'était pas restée sous le joug de ses créateurs... elle n'avait pas choisi de continuer à se battre pour le Mal. Elle était à la fois dure et inflexible... mais il savait qu'elle n'était pas insensible et avait un sens de l'honneur incroyable. Il pensait souvent au moment où elle lui avait annoncé qu'elle l'aiderait à sortir de l'antre des Mangemorts... il savait très bien qu'elle avait payé le prix fort pour ça. Pourquoi ? Pourquoi ce sacrifice ? Quand il lui avait proposé de rejoindre la Brigade, il n'aurait jamais pensé qu'elle accepterait aussi facilement. Là encore, il était resté perplexe. Tracker était difficile à cerner.  
Ce soir, elle leur avait fait une démonstration de son incroyable puissance. Elle était parvenue à remporter un combat l'opposant à trois sorciers parmi les meilleurs du pays en termes de maitrise magique. A aucun moment ils n'avaient réussi à la déborder. Lyall avait effectivement eu l'impression de se battre contre une machine. Une machine infernale, inépuisable, qui l'aurait écrasée s'il ne s'agissait pas d'un simple entrainement. 
 
Lyall ne put s'empêcher de penser à nouveau à Prudence Hunt... qui était elle aussi demeurée invaincue, depuis son entrée à Poudlard jusqu'à son intégration chez les Aurors. Aucun élève de son âge, aucun professeur, aucun policier ni Auror, pas même les Mangemorts sur le champ de bataille, n'avaient réussi à la surpasser. Elle aussi était capable de prouesses magiques. Elle aussi était capable de gagner malgré le surnombre. Elle avait cette rage de vaincre dont parlait Tracker. Cette force en elle qui en faisait une survivante. Coïncidence ? Il y avait matière à réfléchir.
Les talents de Prue au combat avaient toujours impressionné tous ceux qui en étaient témoins... et pourtant, ils étaient restés inexpliqués. Avait-elle reçu, comme Tracker, un entraînement intensif dans sa jeunesse ? C'était plausible... et ça expliquerait pourquoi elle s'évertuait à conserver le secret sur son passé... pour garder enfoui cette vérité si énorme que même la plus redoutable tueuse d'Angleterre n'osait la révéler au grand jour.

 

Le problème, c'est que tout ceci n'était que conjecture. Il faudra bien plus d'éléments concrets à Lyall pour parvenir un jour à comprendre ces deux personnes, aussi mystérieuses que complexes. La seule piste qu'il avait pour l'instant, c'était ce geste commun entre Prue et Tracker : cette main portée vivement au ventre, comme si une soudaine et violente douleur les saisissait, avant qu'elles soient obligées de partir précipitamment. Là encore, Lyall avait conscience que ça pouvait être une simple coïncidence et qu'il se faisait peut-être des films. Mais il avait été frappé par le geste de Prue à l'hôpital, si similaire à celui qu'avait eu Tracker. Prue avait justifié cette réaction suite à une crampe à l'estomac... Lyall trouvait qu'elle avait été meilleure actrice en d'autres circonstances. Il ne l'avait pas crue. Tracker n'avait pas non plus donné d'explication. Alors qu'est-ce qui pouvait bien se cacher sur leur ventre ? Quelque chose qui servait à les alerter ? 
Il brûlait d'envie de demander à Remus, qui devait bien sûr connaître le corps de Prue par c½ur... mais il ne voyait pas comment poser une telle question à son fils, sans éveiller de soupçons. Remus lui avait fait part de ses projets l'autre soir... il aimait Prue, et elle l'aimait, c'était une certitude. Lyall n'osait laisser sa curiosité d'enquêteur créer des tensions au sein du couple. Pour rien au monde il ne voudrait gâcher le bonheur de son fils. Malgré tous les mystères de Prue et les doutes qu'il pouvait avoir à son égard, jamais Lyall n'avait vu Remus aussi heureux. Elle acceptait sa condition, elle prenait soin de lui, et elle avait prouvé à plusieurs reprises qu'elle était prête à mourir pour lui. Quel que soit le secret qu'elle cache, Lyall savait que le lien qui les unissait tous les deux était solide et fort. Prue avait peut-être un double jeu, mais pas avec Remus. 
 
 
| 02 mai 1980 – Londres – 20h|
 
~ Point de vue de Prue ~
 
 
Diego avait tenu à me voir ce soir, au restaurant, et je ne m'étais pas fait prier pour accepter l'invitation. La dernière fois que nous nous étions vus, c'était lors de mon séjour à l'hôpital. J'avais l'impression que ça faisait longtemps que cette embuscade avait eu lieu, entraînant avec elle les représailles contre mon père... mais seulement quelques semaines s'étaient écoulées.

 

J'aperçus mon frère de c½ur assis dans un coin de la salle, regardant pensivement au-dehors par la baie vitrée. Et puis il tourna son regard dans ma direction, comme s'il m'avait sentie venir. On se sourit en même temps, contents de nous retrouver. Il se leva à mon approche pour me faire la bise, avec toujours la même douceur dans ses gestes.
 
-          Quelle élégance, me dit-il d'un ton appréciateur.
-          Tu n'es pas mal non plus, retournai-je avec un clin d'½il.
 
Diego portait un costume bleu nuit qui se mariait à merveille avec ses yeux. Il avait fière allure, comme à son habitude. Pour ma part, j'avais opté pour une robe noire moulante, sobre.
 
-          Ça me fait plaisir de te revoir après ce silence... dis-je en m'installant.
-          Tu sais comment sont les affaires... certaines nous amènent parfois un peu loin du territoire.
-          Essaie de me prévenir la prochaine fois, pour m'éviter de me faire du souci.
-          T'es mignonne quand tu t'inquiètes, taquina Diego en se foutant de moi.
-           Comment ça s'est passé ? demandai-je en ignorant sa vanne.
-          Mission accomplie, comme toujours. Et toi ? Jack m'a appris une bien étonnante nouvelle.
-          Oui... soupirai-je en repensant à Karmador.
-          Je ne pensais pas que ça t'arriverait un jour... le lien qui t'unit à ton clan semble si fort...
-          Ce n'est pas le cas pour tous apparemment.
-          Je suis désolé... en plus je n'étais pas auprès de toi pour traverser cette épreuve... vraiment, je m'excuse. J'aurais aimé t'apporter mon soutien.
-          Ne t'en fais pas Diego. Tu n'aurais pas pu m'aider de toute façon. C'était une affaire entre mon clan et moi. Personne d'autre.
 
Diego acquiesça, arborant toujours un faible sourire.
 
-          Je suis content que tu aies rétabli l'ordre au sein de ta meute.
 
Je hochai la tête, essayant de ne pas penser au meurtre de Karmador. Diego regarda les autres invités autour de nous, d'un air absent. Je le sentais préoccupé.
 
-          Tu sais qu'un violent orage se prépare Prue, reprit Diego d'un ton grave.
-          Oui...
-          Et que la foudre tentera de te frapper.
-          Tu as appris quelque chose à ce sujet ?
-       Les rumeurs vont bon train dans le milieu... ça n'a pas dû t'échapper. Les Mangemorts sont restés silencieux depuis leur dernier échec, mais ce n'est que pour mieux frapper la prochaine fois.
-          La guerre ne peut pas s'arrêter là de toute façon. Un nouvel affrontement est inévitable.
-          Fais bien attention. Tu t'es attirée la haine de nombreux d'entre eux par ton efficacité sur le champ de bataille... ton père ne pourra pas les retenir éternellement.
-          Crois-moi, il a dû passer les consignes pour qu'ils ne bougent pas le petit doigt. Il a pris ma menace suffisamment au sérieux quand je suis retournée le voir.
 
Il secoua négativement la tête, ne semblant pas convaincu.
 
-          Tu le connais Prue... il ne va pas s'arrêter là. Il va forcément essayer de reprendre le dessus sur toi. C'est dans sa nature, il ne peut pas rester vaincu. Il se dit le Seigneur des Ténèbres, alors il fera tout pour n'avoir personne au-dessus de lui. Tu représentes une menace pour lui et ses projets... si tu es en paix aujourd'hui, c'est parce qu'il se prépare à t'attaquer de manière plus radicale. J'en suis persuadé.
-          Que veux-tu que je fasse ? Je ne peux pas fuir... et je ne peux pas retourner dans ses rangs. Nous avons fait des choix tous les deux qui mèneront nous entretuer.
 
Diego me prit la main, l'inquiétude lisible sur ses traits.
 
-          Si je peux faire quoi que ce soit pour t'aider dans cette guerre...
-         Tu pourras effectivement m'être d'une grande utilité, lorsque l'heure de la bataille finale aura sonné. L'armée de mon père est très conséquente... nous ne serons jamais trop pour l'affronter.
 
Il eut un sourire en coin, devinant mes pensées.
 
-          Les Tigres combattront à tes côtés.
 
Le serveur nous apporta l'entrée, et l'on trinqua avant de débuter un succulent repas. Nos discussions s'étendirent jusqu'à une heure du matin, alternant des sujets plus ou moins sérieux. C'était bon de passer ce genre de moment ensemble, sans nos masques, ni la moindre gêne d'une relation ambiguë. Nous étions des frères et s½urs qui se retrouvaient simplement pour partager une bonne soirée. 
 
 
 
| 12 mai 1980 – Manoir des Potter – 19h |
 
 
Cela faisait un petit moment maintenant que nous n'avions pas fait un repas tous ensemble avec les Maraudeurs. La disparition soudaine de Peter avait pas mal refroidi les Maraudeurs, qui avaient consacré du temps à le chercher. Finalement, ils s'avouaient vaincus. Ils avaient épuisé leur dernière piste. Ils avaient rencontré tous les membres de sa famille, même les plus éloignés... ils avaient supplié la Brigade des Disparitions et Enlèvements de ne pas prendre cette affaire comme une banalité en temps de guerre, car de nombreuses familles quittaient le pays. Ils avaient déposé des avis de recherche dans tous les journaux, et envoyé des lettres par hiboux, en espérant que quelqu'un finisse par le voir, ou le retrouver. Tous leurs efforts étaient restés sans résultat. Ils étaient persuadés désormais que si Peter était vivant, il n'était plus en Angleterre. Ils n'osaient l'imaginer mort. Il était plus facile pour eux de se rappeler combien il avait toujours été trouillard, et de se dire que la guerre lui avait fait peur, à lui et sa famille, et qu'il avait préféré s'exiler dans un pays en paix, pour démarrer une nouvelle vie plus paisible. Pour ma part, je m'étais appliquée à les orienter dans cette direction. 
Ce soir enfin, nous pouvions profiter de passer un moment de détente tous ensemble. James avait préparé le repas pour laisser Lily se reposer. La jeune médicomage avait enfin arrêté le travail, en attendant qu'elle accouche. Elle caressait son ventre proéminent d'un air songeur, le sourire aux lèvres. Je ne comptais plus le nombre de fois où James et Sirius avaient littéralement gagatisé en posant leur oreille ou leur main sur le ventre de Lily. Ils étaient émerveillés de sentir la vie palpiter. Quant à Lily, elle était épanouie. Ce devait être incroyable de sentir la vie s'éveiller en soi. J'étais vraiment contente pour les Potter. Cet enfant apportait de la joie en ces temps sombres.
 
-          Prue, tu devrais venir le sentir, c'est fou comme il est énergique ! se réjouit Sirius.
 
J'échangeai un regard amusé avec Lily avant de consentir à aller dire bonjour à mon filleul pour la première fois. Je posai doucement ma main sur le ventre de Lily, et sentis effectivement des petits coups. C'était bizarre comme sensation. Très étrange même.
 
-          Il va effectivement vous donner du fil à retordre s'il est déjà comme ça, dis-je en souriant à Lily.
 
Elle éclata de rire, et je sentis alors un sentiment étranger à mon c½ur. Je me reportai sur le ventre de Lily et me concentrai, essayant de capter à nouveau cet échange.
 
-          Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Lily.
-          Il m'a semblé sentir sa joie quand tu as ri. Je ne suis pas sûre, c'était très confus.
 
James, qui apportait l'entrée à ce moment-là, s'empressa de poser les plats sur la table pour rejoindre sa femme.
 
-          Vraiment ? s'étonna James.
 
Il s'adressa alors à son fils, pour voir si lui aussi déclenchait quelque chose. A nouveau, je ressentis un courant de plaisir. Je n'arrivais pas à déchiffrer les pensées de mon filleul... et j'avais du mal à identifier ses émotions. Ce dont j'étais certaine, c'est que ce gamin réagissait à la voix de ses parents. Il était déjà parmi nous... avant même d'être né. J'ôtai ma main du ventre de Lily, troublée de sentir les émotions de cet enfant comme ça m'arrivait parfois quand elles étaient trop fortes. James posa à son tour une main sur le ventre de sa femme, l'embrassant tendrement, fasciné par ce fruit de leur couple. Je jetai un ½il à Remus, qui observait silencieusement la scène, ému et attendri. Je me demandais ce que ce tableau de famille pouvait bien lui inspirer. Je sentis des bras m'entourer par derrière, et je souris à Sirius qui posa sa tête sur mon épaule.
 
-          Je veux être parrain deux fois, me dit-il dans un souffle.
 
Un vif courant me traversa le corps dès que cette idée m'effleura. Moi, mère ? La blague ! Non, ce n'était pas un bon plan. Je ne vois pas comment je pourrais assumer ce rôle après ce que j'avais traversé. C'est vrai qu'en regardant Remus, il pouvait être tentant de se laisser aller à ce genre de rêve... mais ce ne serait pas raisonnable. 
 
-          Après la guerre, peut-être, répondis-je.
 
Remus tourna la tête dans notre direction, et je lus dans son regard qu'il avait compris de quoi on parlait. Ce qui me fit bizarre cependant, c'est la tristesse qui traversa ses yeux à ce moment-là. Il alla près de la fenêtre, regardant au-dehors. Je fis signe à Sirius d'aller faire l'andouille avec James pour amuser Lily et le gosse.
 
-          Qu'est-ce qui t'arrive ? murmurai-je en l'étreignant par derrière.
-          J'ai un rêve... mais il est aussi beau qu'irréalisable.
-          Quel est ce rêve ?
 
Il se dégagea doucement pour me faire face, et mit ses mains sur mes épaules pour me tourner vers James et Lily, qui rigolaient avec Sirius.
 
-          Je rêve de cette scène, me dit Remus en me prenant dans ses bras. Sauf que c'est toi qui es assise sur cette chaise, et moi à tes côtés.
 
Me concernant, je savais que ce rêve était effectivement surréaliste, parce que j'étais une tueuse... mais pourquoi pensait-il la même chose ?
 
-          J'aimerais que l'on vive ce bonheur tous les deux, continua Remus. Seulement ma condition ne me le permettra jamais. Le risque de transmettre ma maladie est trop grand...
 
Je fermai momentanément les yeux en sentant une pointe s'enfoncer dans ma poitrine... j'avais capté la douleur de Remus quand il avait prononcé ces mots.
 
-          C'est dans ces moments-là que je me sens égoïste de rester avec toi... car je sais que je te prive de cette joie de porter la vie, reprit Remus.
 
Je tournai le dos aux Potter pour prendre Remus dans mes bras avec tendresse.
 
-          Je t'aime Remus. Je ne te le répéterai jamais assez. Je suis déjà heureuse à tes côtés. Mon bonheur, c'est d'être avec toi... et je le savoure tous les jours. Je n'ai besoin de rien de plus.
 
Remus me serra un peu plus contre lui sous le coup de l'émotion. Au-dehors, un orage se préparait. Les éclairs faisaient un jeu d'ombre et de lumière avec les arbres et les maisons autour de nous. J'eus un faible sourire en repérant la silhouette furtive d'une personne sur un toit, qui disparut l'instant d'après dans les ténèbres. La météo ne faisait pas déserter mes loups de leur poste de garde. Je me sentais plus rassurée en leur présence, car le sentiment qu'un danger guettait les Maraudeurs ne me quittait pas. Demain, nous retournerons sur le terrain, à traquer de redoutables mages noirs... et j'appréhendais le jour où un nouvel attentat des Mangemort nous ramènera sur le champ de bataille. Ce c½ur qui battait contre le mien ne devait pas s'arrêter. Le petit Potter ne devait pas devenir orphelin. Il fallait que Sirius ait le temps de goûter au bonheur. Nous avions tous trop à perdre... nous avions tous trop de choses encore à accomplir pour songer à mourir demain.
Chapitre 24 : Une courte pause
 
Quel plaisir de pouvoir écrire à nouveau régulièrement :) ça ne va sans doute pas durer, mais pour l'instant j'en profite ! J'espère que ce chapitre vous a plu. Il ne s'y passe rien de palpitant je vous l'accorde... comme dit le titre, il s'agit d'une courte pause, où les personnages prennent le temps de passer de bons moments ensemble. Laissez vos impressions, c'est toujours intéressant !
A bientôt
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    oui .. harry arrive..j'ai hate que le bébé soit la

  • clochinettedu76

    04/04/2016

    J'ai vraiment beaucoup aimé ce chapitre. Il n'y a peut etre pas beaucoup d'actions, mais il se passe quand meme des choses tres interessantes :)

  • harry-potter-8-fic

    03/04/2016

    je te souhaite une excellente semaine :)

  • harry-potter-8-fic

    03/04/2016

    je continuerai la lecture le weekend prochain

  • harry-potter-8-fic

    03/04/2016

    c'est un super chapitre aussi

  • harry-potter-8-fic

    03/04/2016

    mais c'est vrai que la naissance d'harry approche à grands pas :)

  • evanalinch-lunalovegood

    03/03/2016

    Génial comme chapitre.

    Harry déjà là sans être vraiment là. Lol

  • MikaWolfeHP

    24/02/2016

    J'ai bien aimé ce chapitre! Ça tranquilise aussi suite au dernier chapitre! Haha ^^ Bien hâte de voir la suite des choses et le petit Potter en milieu maraudeuresque! xD

  • laurie-slater-10

    23/02/2016

    Triste, nostalgique et captivant voilà les trois mots qui, selon moi représente ce chapitre même si, comme tu dis, rien ne se passe ce chapitre est réconfortant. EN faites je ne suis pas du même avis que toi, plusieurs événements arrivent dans se chapitre, pour la plupart il s'agit de conclusion, qui sont ma foi extraordinaire: Les Novens qui, à ma plus grande joie, on eu une fin heureuse je sais par contre que ce n'est pas la fin de leurs histoire, je suis certaine que quelque chose relie les Novens à Prue. Ai-je raison?

    Les duels! Qui ont tellement captivant, Tracker l'invincible contre 3 mages hautement qualifiés! Incroyable. Bien sur Lyall qui va un jour probablement se rendre à l'évidence qu'il y a un lien entre Prue et Tracker, non mais vraiment Lyall il met tout en lien et ne s'en rend pas compte! Hahaha!

    Et bien sur le petit Harry Potter, je suis si triste car ce bébé annonce la fin de Tracker... mais les moments passés avec les maraudeurs sont si réconfortant! Remus et Prue le couple parfait! Et ce qui m'a attristée le plus dans ce chapitre est la phrase à propos de Sirius«Il fallait que Sirius ait le temps de goûter au bonheur» Pusque à chaque fois que je vois Sirius mourir je pense à son enfance et à la dur vie qu'il a vécu et aussi à la vie qu'il aurait pu avoir avec Harry, James et Lily. J'ignore si tu ressens la même chose en écoutant ce film...

    En conclusion ce chapitre était relaxant j'attends avec impatience le prochain chapitre qui j'espère sera publier dans deux semaine!

    À plus!

  • Selenba

    18/02/2016

    C'est agréable de lire un chapitre qui possède un tempo plus long et qui est bien plus calme :3 Ça nous remet les idées en place. La scène chez les Potter est juste magique, je n'ai eu aucun mal à me l'imaginer cependant elle nous rappelle également que la tragédie ne va tarder à arriver... Je ne peux m'empêcher de me demander quel va être le rôle de Prue dans tout ça! Lyall devient gênant également, il se pose trop de question et cherche trop désespérément des réponses, il pourrait en devenir dangereux :s
    C'est un magnifique chapitre pour souffler un peu ;) J'ai hâte de voir la suite, ça me permettra de faire une pause dans mes révisions! :3

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