Chapitre 25 : Une lueur dans l'obscurité

 « La terreur règne sur l'Angleterre. Nous-mêmes sommes touchés par cette incroyable perception de la mort qui rôde autour de nous. Malgré l'obscurité, le combat pour l'amour et la liberté brille comme une étoile nous guidant dans la nuit claire. »
 
 
Chapitre 25 : Une lueur dans l'obscurité

 
| 17 mai 1980 |

 
Lyall avait une fois de plus fait appel à mes services en tant qu'assassin. J'avais donc accepté la rencontre, avec une certaine impatience comme d'habitude. A mon arrivée, je vis Dumbledore, et je compris que cette fois, cela n'aurait aucun rapport avec la Brigade. Les Horcruxes revenaient sur le plateau, ce qui ne pouvait pas mieux tomber. L'impatience ne fit que redoubler, car j'espérais qu'ils aient une piste à me soumettre. L'ombre d'une nouvelle bataille planait dangereusement au-dessus de nous, et nous ne pouvions pas nous contenter éternellement de défendre. Il fallait attaquer. Frapper. Frapper fort. Et les Horcruxes étaient pour l'instant la seule faille.
 
-          Bonjour à vous deux, saluai-je.
-          Bonjour partenaire, répondit Lyall.
-          Vous avez du nouveau sur les Horcruxes ?
-          J'ai bien une idée, mais pas de piste concrète, informa Dumbledore.
-          Expliquez-vous.
-          Voyez-vous, Tom Jedusor a surpris tout le corps enseignant à la sortie de l'école en se faisant embaucher chez Barjow et Beurk. Je suppose que vous connaissez ?
-          Evidemment.
 
Barjow et Beurk était une boutique située sur l'Allée des Embrumes. La clientèle était peu fréquentable, car les articles vendus étaient tous liés à la magie noire. Il y avait des accessoires bien pratiques, mais un fantôme digne de ce nom n'avait aucun intérêt à se servir dans un endroit aussi connu des Aurors.
 
-          Il y a travaillé pendant quelques temps, avant de démissionner du jour au lendemain, reprit Dumbledore. C'est après cela qu'il a disparu de la circulation pendant plusieurs années.
 
J'avoue que Dumbledore m'impressionnait par ses talents d'enquêteur. Moi-même, j'ignorais que mon père avait un jour eu un employeur. Surtout dans une boutique pareille. Il allait de soi que mon père n'avait pas choisi ce travail pour rien. S'il avait accepté de supporter une subordination, c'est que le gain à en retirer était suffisamment convainquant pour faire l'effort.
 
-             Un choix bien surprenant en effet, confirmai-je.
-          Sauf quand on sait que Barjow et Beurk traque des objets précieux, continua Dumbledore. Jedusor avait pour travail de rencontrer des personnes, qui prétendaient posséder des objets de valeur, pour essayer de les récupérer au meilleur prix. Il s'est montré plus que rentable, car il a toujours eu le don de persuasion.
 
Je ne pus m'empêcher de sourire sous mon masque. Oui, mon père était très persuasif.
 
-     L'une de ses missions l'a mené un jour auprès de Hepzibah Smith, une collectionneuse invétérée qui se disait descendre d'Helga Poufsouffle.
-          Pourquoi quelque chose me dit qu'elle n'a pas vécu longtemps ? ricanai-je.
 
Dumbledore acquiesça d'un air entendu :
 
-          J'ignore les détails de leur rencontre... mais je sais que Smith est morte deux jours après. Selon la version officielle, sa vieille elfe de maison a avoué la possibilité d'une confusion entre du sucre et du poison au moment de lui servir du thé.
-          Une version qui désigne le Lord coupable sans en douter.
 
Je me mis à marcher calmement, réfléchissant à cette information qui méritait effectivement toute notre attention. Mon père avait pris le soin de maquiller le meurtre, comme il l'avait fait avec sa propre famille. Et puis, il avait démissionné et disparu. Il avait forcément réussi à récupérer au moins un Horcruxe.
 
-          Si Smith descendait réellement de Poufsouffle, la coupe aurait très bien pu représenter un objet de choix pour Voldemort, dis-je. Il récupérait ainsi un objet de grande valeur historique ayant appartenu à l'un des quatre fondateurs.
-          En effet, confirma Dumbledore.
-          Pouvons-nous espérer qu'il ait choisi plus d'un objet ce jour-là ? intervint Lyall. Si Smith était une grande collectionneuse, peut-être qu'elle aura montré plusieurs objets intéressants pour Jedusor.
-          C'est le cas, répondit Dumbledore. En interrogeant la famille de Smith, ils m'ont confié que deux objets de grande valeur avaient disparu à cette époque.
 
La coupe était une évidence pour moi... mais quel aurait pu être ce second objet ?
 
-          Il s'agit du médaillon de Serpentard.
 
Je sursautai, ne m'étant pas attendue à ce qu'un objet de mon ancêtre ait été vendu à une collectionneuse !
 
-          Comment le médaillon s'est-il retrouvé entre les mains de Smith ? sifflai-je.
-          Ça, je l'ignore. En tout cas, il est évident que Jedusor a vu un très grand intérêt à récupérer cet héritage, qu'il estimait lui revenir de droit.
-          Et il avait raison sur ce point-là.
 
Le directeur me lança un regard quelque peu surpris face à ma réaction. J'avais eu du mal à me contenir en apprenant cette nouvelle. Je ne vouais plus la même admiration à mon ancêtre depuis l'instant où j'avais découvert qu'il avait tort sur les nés-moldus, comme mon père. Mais tout de même. Ce médaillon faisait partie de son héritage... de ma lignée. Mon père avait eu raison de le récupérer.
 
-          Bon boulot Dumbledore, nous voilà avec deux Horcruxes de plus identités. Il ne nous reste plus qu'à trouver les lieux qui auraient pu être candidats pour les abriter, résumai-je.
-          C'est là que mes recherches se heurtent à un mur. Je n'ai pas de piste.
 
Si seulement j'avais eu un jour une relation plus proche avec mon père... j'aurais pu lui demander de me raconter son passé. Malheureusement, j'en étais au même point que mes deux partenaires. J'ignorais beaucoup de choses sur sa vie précédant la création de son masque. Nous n'avions jamais discuté de notre vie avant mon retour du camp. Les fois où nous avions discuté de vie privée étaient très rares. Nous nous connaissions mal sur ce point. Nous avions su conserver le mystère sur des années de nos vies, et aucun de nous n'avait eu l'envie de le percer. Peut-être par crainte que la vérité nous déplaise trop...
 
-          La Chambre reste notre seule piste valable, soufflai-je. Ce serait un endroit idéal pour le médaillon de Serpentard.
-          Il faut qu'on résolve cette enquête, renchérit Lyall.
-          Crois-tu que je ne me suis pas déjà acharné sur ce sujet ? demanda calmement Dumbledore à Lyall.
-          Peut-être qu'un détail vous a échappé Albus. Je l'espère, car c'est notre seule piste pour le moment.
 
Dumbledore soupira. Nous avions effectivement beaucoup de mal à éclaircir le chemin menant aux Horcruxes.
 
-          Passe dès demain à Poudlard... nous repartirons depuis le début.
-          Tenez-moi au courant si vous avez quelque chose, dis-je. Je vais poursuivre les recherches de mon côté.
 
Je pris congés de Dumbledore et Lyall, l'esprit en ébullition. La Chambre des Secrets était effectivement notre piste la plus pertinente à l'heure actuelle... mais le drame de son ouverture n'avait pas été résolu pendant toutes ces années. Je craignais que ce mystère ne puisse constituer notre prochaine étape dans la traque. Il nous faudra la tuer, mais peut-être qu'il serait plus judicieux de ne pas tous nous consacrer à sa recherche. Pour gagner du temps, il fallait que je trouve un autre endroit en attendant... un endroit plus accessible que ce lieu légendaire. Même si j'avais la certitude que la Chambre existait, tout comme le monstre à l'intérieur, je n'avais aucune idée de comment la localiser. Dommage que je n'ai pas commencé cette traque lorsque j'étudiais à Poudlard... il m'aurait été plus facile de faire des recherches de l'intérieur.

 
| 23 mai 1980 – Ministère de la Magie – 18h12 |

 
Tous les Aurors étaient rassemblés au QG pour fêter la capture d'un mage noir. Cet enfoiré avait fait l'objet d'une traque acharnée ces derniers jours. Les Maraudeurs étaient les grands vainqueurs de cette partie de chasse. Ils avaient remonté la piste avec brio. J'étais très fière d'eux. Pour ma part, je ne m'étais pas trop investie dans l'enquête. J'étais trop occupée en dehors du Ministère, partagée entre la quête des Horcruxes, et la formation de ma meute. Après ce qu'il s'était passé avec Karmador, j'avais choisi de passer plus de temps avec mes loups, pour ne pas me contenter de diriger de loin comme je l'avais fait ces derniers temps en déléguant. Ces deux tâches me prenaient du temps, et cela ne passait pas inaperçu auprès de mes collègues, qui avaient remarqué ma baisse de régime. L'esprit occupé par mes activités de l'ombre, j'avais moins la tête à traquer des mages noirs. Ces criminels ne figuraient pas en haut de ma liste des priorités. Je m'acharnais moins.
 
-          A nos jeunes bleus qui ne cessent de faire leurs preuves ! scanda Aaron en levant son verre.
 
On trinqua tous de bonne humeur. Cela faisait du bien pour le moral de l'équipe de pouvoir fêter ce genre de victoire, car la lutte des Mangemorts était toujours au point mort. Nous n'avions pas encore eu l'occasion d'avoir une piste pouvant réellement faire mal à l'Armée du Mal. Et les disparitions continuaient... chaque jour, des familles venaient se plaindre qu'un membre était parti subitement sans prévenir. Sans parler des meurtres qui étaient perpétrés, avec toujours la même cruauté. Le lien avec les Mangemorts était difficile à faire, mais nous savions tous que c'étaient eux. Il ne pouvait pas en être autrement.
 
-          Prue, peux-tu passer à la maison ce soir ? demanda Julie. Hélène ne va pas très bien...
-          Oui, bien sûr. Qu'est-ce qu'elle a ?
-          Elle fait des crises d'angoisse... elle est un peu devenue parano depuis son enlèvement, dit sombrement ma collègue.
 
Une pointe s'enfonça dans mon c½ur. Je me doutais bien que ce n'était qu'une question de temps avant que des troubles post-traumatiques viennent pourrir le quotidien d'Hélène. Mon malaise redoubla en songeant que c'était ma faute. Karmador avait laissé des marques profondes, et pas seulement dans mon c½ur.
 
 

| Maison des Noven |

 
C'était la première fois depuis l'enlèvement que je revenais chez les Noven. Je pus prendre le temps d'admirer les lieux, n'ayant pas de course contre la montre à remporter. L'endroit était sobrement décoré, mais le peu qui avait dénotait une certaine richesse. Je sentais toujours cette aura de puissance protéger la maison, qui m'avait tant intriguée lors de ma venue. Il y avait beaucoup de magie ici, c'était évident.
 
-          C'est vraiment charmant chez toi, complimentai-je en voyant une sculpture représentant un majestueux sphinx.
 
Julie ne répondit rien, se contentant de sourire. Elle me guida vers la chambre d'Hélène.
 
-          Elle est persuadée d'avoir vu quelqu'un rôder autour de la maison, murmura Julie avec tristesse.
-          Tu l'as vu toi ?
-          Non, j'étais au Ministère...
 
J'entrai doucement dans la chambre après avoir signalé ma venue. Les volets étaient fermés, et toutes les lumières allumées, comme si Hélène avait effectivement peur d'être prise par surprise. Elle était assise sur son lit, les genoux ramenés contre elle, sa baguette à la main. Julie me laissa seule avec sa fille et referma la porte derrière nous. A vrai dire, je ne savais pas trop quoi faire pour rassurer Hélène. J'étais toujours aussi peu douée pour ce genre de chose. Mais je me sentais un devoir envers elle, car sans moi, elle ne serait pas dans cet état.
 
-          Bonjour Hélène, saluai-je avec un sourire.
-          Oh, bonjour Prudence.
 
Elle marqua un instant d'hésitation en me regardant.
 
-          C'est ma mère qui vous envoie ? demanda-t-elle.
-          Elle m'a dit que vous vous sentiez... surveillée.
-          Je ne sais pas trop si c'est le cas ou non... je sais juste qu'il y a quelqu'un autour de la maison.
-          Vous pouvez me le décrire ?
-          Vous me croyez ? Vous ne pensez pas que je suis parano ?
-          Il n'y a qu'un moyen de le savoir. Il suffit que vous m'aidiez à identifier cette personne, et j'irai lui poser quelques questions...
-          Merci...
-          Alors, quand est-ce que vous l'apercevez ?
-          Quasiment à chaque fois que je regarde par la fenêtre.
 
Ce qui expliquait qu'elle ferme les volets aussi tôt. Je les ouvris, pour m'assurer qu'il n'y avait personne. Hélène avait vue sur le vaste jardin qui entourait la maison. Donc, si elle arrivait à voir quelqu'un la surveiller, cela voulait dire que cette personne se trouvait à l'intérieur du périmètre. Vu le niveau de sécurité, il y avait effectivement de quoi douter.
 
-          Où se tient cette personne quand vous la voyez ? demandai-je.
-          Près de l'arbre...
 
A mon avis, Hélène n'était pas parano... ça allait au-delà. Rares sont les personnes qui arriveraient à passer la sécurité de cette maison plusieurs fois dans la journée. Si Hélène voyait réellement quelqu'un, cette personne n'était que dans sa tête.
 
-          J'ai besoin d'une description, repris-je malgré tout.
 
Hélène garda le silence, le regard fuyant.
 
-          Si vous voulez que je retrouve cette personne, il faut me donner plus de détails.
 
Mais elle hésitait encore. Je m'assis auprès d'elle sur le lit.
 
-          La personne que vous voyez n'est pas totalement consistante pas vrai ? devinai-je. Vous en doutez encore, à cause de la distance et de la luminosité, mais elle ne vous semble pas réelle quand vous la regardez.
-          Comment savez-vous ça ? s'étonna Hélène.
-          Parce qu'il n'y a eu aucune effraction Hélène. La personne que vous voyez dans le jardin ne peut donc pas être réelle... puisque personne n'a franchi la sécurité.
-          Je suis folle... soupira Hélène en se prenant le visage dans les mains.
-          Ce n'est pas de la folie. C'est une projection de vos souvenirs... une projection de quelqu'un que vous avez aimé.
 
Hélène me regarda sans rien dire, comprenant peut-être le sens de sa vision.
 
-          Ma mère m'a dit qu'elle était impressionnée par votre capacité à comprendre les gens que vous interrogez... elle avait raison, c'est troublant. Elle-même qui me connait si bien ne serait pas arrivée aussi vite à cette conclusion.
 
Je souris à ces paroles. Une fois de plus, si je cernais aussi bien les gens, c'est parce que j'étais comme eux. Les criminels que je faisais cracher ne pouvaient pas jouer la comédie... et Hélène n'était pas la seule personne à voir des souvenirs se superposer à la réalité du présent. Cela m'était arrivé si souvent que je savais parfaitement de quoi elle parlait, et ce qu'elle pouvait ressentir.
 
-          Qui est-ce ? demandai-je. Cette personne que vous voyez...
-          Elle est trop loin... je n'arrive pas à déterminer si c'est mon fantôme habituel ou pas. Je suppose que oui... ça ne peut être personne d'autre de toute façon.
 
Je me sentis bizarre en l'entendant parler d'un « fantôme habituel ». C'est exactement ce que représentait Jeff pour moi. Un compagnon qui continuait à me suivre, au-delà de la mort.
 
-          Vous deviez beaucoup l'aimer pour que cette personne apparaisse aussi souvent, soufflai-je.
-          Elle faisait partie de moi... elle était ma moitié... confia Hélène d'une voix étranglée.
-          Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-          Elle s'est sacrifiée pour nous protéger, ma mère et moi.
-          Je suis désolée.
 
Une larme coula sur le visage fermé d'Hélène. Elle avait le regard droit et dur à l'évocation de ce souvenir. Je n'osai poser davantage de question sur le drame en sentant la souffrance qu'elle ressentait à cet instant. Perdre quelqu'un à la suite d'un assassinat ou d'un accident était terrible... on pouvait en vouloir à la terre entière. Mais perdre cette même personne par son sacrifice... c'était pire à mes yeux. En plus du chagrin, il y avait la culpabilité du survivant. On se sent redevable d'un cadeau empoisonné.
 
-          Vous pensez que ça signifie quoi... qu'elle apparaisse aussi... « clairement » ? interrogea Hélène. Elle me semble de plus en plus réelle à chaque fois. C'est pour ça que je ne croyais pas à mon fantôme.
 
Là par contre, je n'avais pas d'explication. Jeff était effectivement devenu plus visible au fil des années. Au début, ce n'était qu'une voix... et puis il était devenu une ombre incertaine... une silhouette, et enfin un fantôme, plus ou moins consistant selon les moments de ses apparitions. C'est vrai que je le voyais plus clairement quand j'avançais sur le chemin de la vengeance. Mais la seule fois que je l'avais trouvé réel, c'est lorsque je tenais la bague des Jedusor. Cela n'avait rien à voir avec moi, c'était l'Horcruxe qui avait fait apparaître une vision.
 
-          Ceux que nous aimons et que nous avons perdu continuent de vivre en nous, expliquai-je. Peut-être que vous voyez ce fantôme plus clairement parce que vous vous en rapprochez, d'une certaine manière.
-          Je ne vois pas comment.
-          Peut-être que quelque chose dans votre quotidien vous rappelle son souvenir plus souvent... ou tout simplement que vos actes honorent sa mémoire.
 
Hélène sembla réfléchir à mes paroles.
 
-          Il ne se passe pas un seul jour sans que j'y pense, avoua Hélène. Sa vision ne m'apporte que du chagrin et des regrets. Je lui en veux tellement d'avoir fait ce choix. J'ai grandi avec le poids de son acte. Son acte héroïque et noble, qui nous a permis de vivre, et qui nous a condamnées à honorer son sacrifice pour ne pas le rendre vain. Mais la vie n'a pas la même saveur en son absence, et la voir aussi près de moi, sans pouvoir renouer réellement, n'arrange rien.
-          ... Soyez en paix avec cette personne, Hélène. Elle ne voudrait pas que son sacrifice soit un fardeau pour vous. Si elle a donné sa vie pour vous et votre mère, c'est pour vous donner la chance de continuer la route et de profiter pleinement de la vie. Ne gâchez pas cette chance. Vous avez une mère adorable, et vous semblez vous-même être une personne bien.
-          Elle me manque.
-          Je comprends.
 
Je fis basculer Hélène contre moi, pour la prendre dans mes bras. Le drame des Noven se profilait un peu plus désormais. Je pouvais comprendre la tristesse dans les yeux de la mère et de la fille, même si je n'avais pas de détails. Cependant, vivre avec un sacrifice devait être aussi lourd qu'avec un meurtre. Moi, j'avais pu haïr les responsables de ma tragédie, les traquer, les tuer. Comment se soulager du sacrifice d'un être cher ? Je n'avais jamais oublié la mort de Sophie, morte pour moi lors de notre évasion du camp. C'était une plaie constamment ouverte, qui me rappelait la valeur de la vie et la dette que j'avais envers elle. Profiter de ma vie était une obligation morale pour que son acte ne soit pas vain. Et pourtant, j'avais vécu en-dessous de ce que je pouvais aspirer jusqu'à ce que je choisisse Remus.
Hélène était dans la même situation que moi avant mon indépendance. Elle était encore à ce stade pénible où le passé l'empêchait de vivre pleinement. Elle avait juste besoin d'un déclic, pour se libérer, et pouvoir regarder ce fantôme avec le sourire, comme un compagnon de route.
 
-          Dites-vous que la séparation n'est que temporaire, soufflai-je. Un jour, vous vous retrouverez. D'ici là, vivez. Vivez à fond.
 
Elle resserra un peu plus son étreinte, et je ne pus m'empêcher de penser à mon tour à tous les morts laissés derrière moi, qui me manquaient également. Jeff apparut à quelques mètres devant moi, à tel point que je pus deviner un faible sourire étirer ses lèvres.
 
 

| 02 juin 1980 – QG de la Brigade Secrète |

 
Lyall m'avait invitée à participer à une réunion de la Brigade Secrète. J'avais accepté, même si je savais qu'aucune mission ne m'y attendait. Au moins, cela me permettait de me tenir au courant des avancées de la Brigade. Il y avait plus de monde cette fois, comme le jour de ma première rencontre. Croupton rappela les derniers évènements, notamment la chute d'un pont à Londres, qui avait fait de nombreux morts chez les moldus. Bien sûr, l'origine inexpliquée d'un tel accident désignait les Mangemorts, même s'ils ne revendiquaient pas cet attentat. Ils ne revendiquaient plus depuis leur défaite de l'Arpège de toute façon.
 
-          Il faut qu'on parvienne à les infiltrer encore, termina Croupton. C'est notre seule chance de reprendre une longueur d'avance.
 
Rogue était déjà un agent double très précieux, agissant pour le compte de Dumbledore. Malgré tout, cela ne lui permettait pas d'empêcher quoi que ce soit.
 
-          A quoi bon ? intervins-je. Le Lord ne partage pas ses plans à l'avance. Même si nous avions un agent infiltré, ça ne nous permettrait pas d'empêcher les attaques. D'ailleurs, si c'était le cas, la taupe serait vite repérée et éliminée. Ce n'est pas de l'intérieur qu'il vous frapper.
-       Les Mangemorts ne mènent plus d'attaques publiques comme au début. Voldemort a subi des pertes, il garde ses hommes dans l'ombre, répliqua Croupton.
-          Ne vous laissez pas endormir, ses pions continuent d'avancer.
-          Comment voulez-vous qu'on capture un ennemi qui ne se met pas à découvert ?
-          N'avez-vous donc jamais chassé Mr Croupton ? Quand le gibier sait que vous le traquez, bien sûr qu'il se cache. Ca s'appelle l'instinct de survie. Si vous voulez le tuer, il vous faut le débusquer. L'appâter. Le piéger. N'attendez pas que l'ennemi sorte de son trou... poussez-le à le faire. Obligez-le.
-          Que proposez-vous ? demanda Maugrey.
-          Avez-vous recruté des informateurs comme je vous l'avais conseillé ?
-          Oui.
-          Renseignez-vous sur les alliés de Voldemort. Son armée n'est pas composée que de Mangemorts. Une fois identifiés, il faudra les éliminer.
-          Nous savons déjà que Voldemort s'est entouré de gangs criminels, ainsi que de bêtes d'une cruauté sans pareille, maugréa Alastor.
-          Dont le plus dangereux est également un Mangemort notoire, terminai-je. Fenrir Greyback.
 
Lyall eut un mouvement d'impatience en attendant le nom du monstre qui avait attaqué son fils.
 
-          Je donnerais cher pour avoir sa peau à celui-là, cracha Lyall.
-          Il sera très facile de lui tendre un piège... c'est un prédateur après tout. Il est gourmand de proie. Mettez-en une sous son nez... et vous n'aurez plus qu'à le cueillir. Quant aux gangs criminels, vous savez desquels il s'agit ?
-          Pas encore.
-          Hmm, je vais me renseigner.
-       Ne craignez-vous pas d'aggraver la situation en attaquant ainsi Voldemort ? demanda l'un des membres de la Brigade.
-          Parce que vous croyez que rester en défense vous aidera à gagner ? ricanai-je. Bien sûr que chacun de vos actes entraînera des représailles... mais c'est le principe de la guerre.
 
La réunion prit fin, avec pour consigne pour chacun d'élaborer des plans pour tendre des pièges à nos ennemis. Et puis, je leur donnai un cours supplémentaire de combat, afin d'entretenir ce que je leur avais déjà appris. Ils progressaient vite, mais ce n'était pas encore assez. Surtout si on se mettait à jouer de cette façon.
 

 
| 04 juin 1980 – Manoir Halliwell |

 
Cela faisait un petit moment que je n'avais pas passé une soirée tranquille en amoureux avec Remus. La guerre pesait sur nous. Chaque jour, un nouveau drame se produisait. Disparitions, meurtres, accidents, attaques de loups garous... nos ennemis ne se montraient pas, mais l'horreur qu'ils répandaient était visible. La communauté sorcière n'aura jamais vécu une telle période de terreur. Mais ce soir, je ne songeais plus à tout ça, ni à mon implication dans cette guerre. Ce soir, j'étais seulement avec Remus, et ça me suffisait. Dans le manoir de ma famille, j'avais l'impression d'être coupée du monde extérieur. Ici, les ténèbres ne régnaient pas, elles restaient à la frontière de mon domaine.
 
-          Tu as eu des nouvelles de Lily ? me demanda Remus.
-          Oui, elle va bien. Son examen n'a rien révélé d'anormal. Ce sera très certainement pour juillet.
-          C'est bientôt.
 
J'acquiesçai, souriant malgré moi à la naissance proche de mon filleul. Ça allait faire du bien un peu de joie pour égayer notre quotidien. Mais Remus ne semblait pas détendu. Je lui pris la main, le regardant tendrement.
 
-          Qu'est-ce que tu as ?
-          J'ai un mauvais pressentiment sur la suite des évènements... avoua Remus. Les Mangemorts semblent intouchables depuis qu'ils n'attaquent plus de front.
-          Ne t'en fais pas... nous gagnerons cette guerre.
-          J'aimerais pouvoir être aussi confiant que toi.
-          Ne te laisse pas gagner par le doute. C'est ce qu'ils recherchent. Voldemort mène une politique de terreur... il se montre encore plus menaçant en restant dans l'ombre. Ça donne l'impression que le mal est partout autour de nous.
-          C'est le cas.
-          N'aie pas peur des ténèbres Remus. Ne leur accorde pas ce plaisir de te laisser engloutir. Tu es plus fort que ça.
-          Je me demande juste comment tout cela va se terminer.
 
Dans le sang et les larmes, mais ce n'était pas le moment de songer à tout ça. J'attirai Remus contre moi, le câlinant avec douceur.
 
-          Ferme les yeux, dis-je. Imagine comment sera la vie sans Voldemort et ses sbires, car c'est celle-là que nous vivrons quand tout sera terminé.
 
Je sentis ses lèvres s'étirer lentement. Il se redressa pour me regarder dans les yeux.
 
-          Alors ? demandai-je.
 
Pour toute réponse, il m'embrassa tendrement et me fis basculer sur le canapé.
 
 

| 21 juin 1980 – Ministère de la Magie - 14h15 |

 
J'étais de passage au Ministère pour ramener un suspect à Maugrey pour l'interrogatoire. Pour ma part, je devais retourner sur le terrain avec Remus pour continuer l'enquête. Je croisai Sharp en chemin, qui semblait furieux. Je me demandai ce qui pouvait bien le mettre dans un état pareil.
 
-          Bonjour Sharp, saluai-je.
-          Je ne mérite plus ce nom ! dit-il avec haine.
-          Que se passe-t-il ?
-          Je n'ai pas réussi à faire tomber un coupable !
-          Allons, je suis sûre que vous allez trouver un moyen de réparer ça, tentai-je de calmer.
 
Mais Sharp passa son chemin, enragé comme jamais. J'étais curieuse de savoir quel genre de criminel avait bien pu réussir à lui échapper.
 
J'eus l'occasion de le découvrir le soir-même, après avoir senti le bipper de l'Agence vibrer contre ma cuisse. Cela faisait un petit moment que je n'avais pas été sollicitée, devant donner la priorité à la Brigade Secrète. C'est donc avec une certaine joie que je m'isolai pour pouvoir prendre connaissance de la mission.
 
« Bien le bonsoir La Renarde »
« Bonsoir Tracker. J'ai sous la main une mission taillée pour vous. »
« Je suis impatiente de la découvrir »
« Vous avez sans doute entendu parler du serial killer qui s'amuse à éviscérer ses victimes... ? »
« Oui, en effet »
 
Si Moser ne lui avait pas mis la main dessus, je me serais personnellement chargée de son cas. Malheureusement, très occupée sur tous les tableaux, je n'avais pas eu le temps de m'accorder ce petit extra. J'avais été déçue d'apprendre sa capture, j'aurais bien voulu jouer avec lui. C'était un peu le même genre de profil que le Boucher de Londres, sauf que celui-ci n'avait pas réussi à commettre plus de quatre meurtres parfaits.
 
« La cible s'appelle Connor Grey. 37 ans. Il s'est fait arrêter par la Brigade de Police Magique il y a deux jours, mais a été relaxé ce matin après une audience tumultueuse. Son avocat a profité d'une faille dans la procédure pour le faire libérer. Le mari de la dernière victime n'est pas tellement d'accord avec ce verdict... »
 
Je compris alors la fureur de Sharp. Il avait vu filer un coupable à cause d'un vice de procédure. Un frisson me fit frémir à l'idée de pouvoir m'occuper de cette proie qui m'était passée sous le nez.
 
« Acceptez-vous la mission ? »
« Bien sûr ! »
 
Un dossier plus complet apparut alors, et je le lus avec attention après que la Renarde m'ait souhaité une bonne chasse.
 
La dernière victime, âgée de 22 ans, avait été retrouvée éviscérée dans une forêt. Un drogué qui avait été découvert dans les environs avait avoué le meurtre après plusieurs heures d'interrogatoire, ainsi que les trois précédents. Mais le brillant Moser avait réussi à sentir le mensonge dans ses propos en relevant des incohérences. Il avait compris que ce drogué avait été manipulé, et qu'il n'était pas le vrai coupable. Je n'osais imaginer la fureur du véritable meurtrier en voyant son plan tomber à l'eau. Finalement, le drogué avait accepté de coopérer grâce à un accord lui permettant de récupérer une quantité intéressante de cocaïne saisie par la Brigade des Stupéfiants, à condition que ça soit réservé à son usage personnel. Ce n'était pas très orthodoxe, mais il valait mieux arrêter un serial killer plutôt qu'un drogué, qui finirait de toute façon par mourir d'une overdose vu son état de santé.
 
Je fermai les yeux, essayant de deviner où le meurtre avait bien pu être commis. Ce n'était pas dans la forêt, c'était une certitude. Le tueur avait sans doute voulu prendre son temps pour jouer avant de se débarrasser du corps. La victime s'était fait arracher son appareil génital, sans doute parce que le tueur voulait masquer son ADN. Il l'avait très certainement violée, elle comme les précédentes qui avaient eu le même sort. Avait-il une planque, où il ramenait ses proies ? J'imaginais déjà une pièce digne d'un film d'horreur, avec tout le matériel nécessaire pour commettre les atrocités qu'il réitérait sur chacune de ses victimes.
 
Le dossier stipulait que rien n'avait été retrouvé dans la maison de la victime. Pour être franche, si j'étais à la place du tueur, j'éviterais de la tuer à son domicile en sachant qu'elle est en couple. Une résidence secondaire, à la limite, ça pourrait rajouter un peu de piquant. Mes yeux se posèrent sur la ligne qui signalait que le jeune couple possédait effectivement une telle résidence, héritée des parents du mari de la victime.
 
-          Prue, Sirius nous invite à un apéritif ce soir, tu viens ? proposa Remus depuis le rez-de-chaussée.
-          Vas-y, je te rejoins très vite, le temps de prendre un bain et de me préparer.
-          Ok ! A tout à l'heure !
 

 
| ... |

 
La résidence secondaire était un chalet situé en haute montagne. Je regardai intensément la poignée de la porte pour la faire céder. Elle s'ouvrit lentement sous mon emprise et je sortis ma baguette. J'allumai les bougies ainsi que la cheminée, histoire d'y voir plus clair. Je balayai la pièce du regard. C'était un peu le bazar. Je m'approchai d'une commode et vis qu'il y avait peu de poussière. Trop peu pour une résidence qui ne devait servir qu'en hiver, alors que nous étions en juin. Je traversai le chalet et me rendis dans la chambre. Je mis mes gants et fouillai un peu, mais ne trouvai rien. Je m'assis finalement dans un fauteuil du salon, pour réfléchir. Mon regard fut attiré par le plancher un mètre devant moi. Je me concentrai dessus, et un carré se souleva, comme il me semblait avoir vu. Je me levai et descendis l'escalier prudemment. C'était une petite pièce. Je m'assis sur les marches en soupirant, exaspérée de ce que je voyais. En plus d'être complètement vide, le sol et les murs étaient impeccables. Le tueur avait profité de cette espèce de cave pour tuer la victime sous son propre toit. Il n'avait laissé aucune trace, tout avait été soigneusement nettoyé.
Je réfléchis plusieurs minutes. Il devait bien y avoir une faille, non ? Je regardai à nouveau la petite pièce. Non, il n'y en avait pas. Cette petite virée m'avait montré les précautions du tueur, mais elle ne suffirait pas à me mener jusqu'à lui. Il fallait que je me résigne pour ce soir, j'étais attendue chez Sirius.
 
 

| 22 juin 1980 – Ministère de la Magie |

 
Il y avait un joli bazar à mon étage. Les journalistes nous avaient littéralement envahis. Cela n'arrivait que lors des gros scandales... je me doutais donc que les forces de l'ordre venaient d'essuyer une grosse vague. La question qui se posait maintenant, c'est quel service ? Je me frayai un chemin parmi les vautours armés de plumes aiguisées, envoyant balader ceux qui essayaient de me retenir pour me poser des questions. Du peu que je parvenais à comprendre dans tout ce brouhaha, ça ne concernait pas les Aurors. J'entrai dans mon QG, avec la très nette impression d'avoir fait le parcours du combattant pour parcourir vingt mètres.
 
-          Bon sang Maugrey, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Remus, qui avait lui aussi réussi à me rejoindre.
-          C'est l'affaire du serial killer... il y a eu une nouvelle victime.
 
Une décharge parcourut mon ventre. Je ne m'étais pas attendue à ce que le tueur repasse à l'acte aussi vite après avoir frôlé les barreaux de la prison d'Azkaban.
 
-          Moser et Sharp sont sur le coup. Toute la BCM est mobilisée, j'espère qu'ils vont réussir à stopper ce malade.
 
J'aurais donné cher pour quitter le Ministère à la seconde et poursuivre cette traque qui ne pouvait plus durer.

 
| 24 juin 1980 |

 
C'était à devenir dingue. Je ne comprenais plus rien à cette enquête. Je n'arrivais pas à retrouver la trace de Connor. C'est comme s'il avait disparu à sa sortie du Ministère. Sharp et Moser ne savaient plus quoi faire. Eux aussi avaient épuisé toutes leurs pistes. N'y tenant plus, je me rendis au QG de la BCM pendant la pause, pour lire le dossier monté par mes anciens collègues, et jeter un ½il au tableau. En lisant toutes les informations avec grande attention, je me rendis compte qu'il y avait effectivement eu un vice de procédure pendant l'arrestation de Connor. Un vice grossier. Tellement que c'était à se demander si ça n'avait pas été fait exprès. Je regardai donc la composition de l'équipe qui bossait sur l'enquête. Il y avait Moser bien sûr, plus cinq de mes anciens collègues, plus un que je ne connaissais pas. Il était presque évident que ceux que je connaissais ne pouvaient pas être à l'origine de cette négligence... ils étaient trop expérimentés pour ça. Ils étaient des machines judiciaires bien réglées. Je décidai donc de me renseigner sur le bleu, pour retracer son parcours et en savoir un peu plus sur lui. Il fallait que je comprenne ce qui lui était passé par la tête, car par sa faute, le coupable était dehors et avait frappé une nouvelle fois.
 
-          Que faites-vous là ?
 
Je sursautai en me détournant du dossier. Un flic que je ne connaissais pas se tenait face à moi, la main sur sa baguette.
 
-          Je me renseigne sur l'affaire qui attise tant les journalistes, avouai-je.
-          Qui êtes-vous ? Vous n'êtes pas de la Brigade.
 
Je sortis mon badge.
 
-          Auror Hunt, je suis de la maison.
-          L'enquête ne vous concerne pas. Vous n'avez pas le droit de lire ce dossier sans autorisation !
-          Dis donc le bleu, c'est quoi ton problème ? On est dans le même camp, alors laisse-moi bosser et va te chercher un café. Ça t'évitera peut-être de faire une autre connerie.
-          Toi, t'es la prochaine.
 
Un courant de haine me parcourut, car il n'avait pas ouvert la bouche pour prononcer ces mots. Cela ne voulait dire qu'une chose : le tueur était de chez nous... il portait notre badge. J'allais très vite racheter l'honneur de la BCM, car s'il m'avait choisie comme prochaine cible, je ne comptais pas l'en dissuader. Je ne laissai néanmoins rien paraître de ma fureur naissante, estimant préférable de ne pas nourrir mes désirs meurtriers au sein même du Ministère.
 
 

| 18h30 |

 
Remus quitta le Ministère, et je lui promis de le rejoindre au manoir dès que j'aurais fini mon rapport. Comme bien souvent quand je faisais des heures supplémentaires, Remus avait le chic de me motiver à rentrer rapidement en me laissant entendre un accueil de folie à mon retour.
Mais ce soir, une autre envie, presque aussi ardente me saisissait : celle du meurtre. Avant de retrouver la chaleur du corps de Remus, j'allais d'abord refroidir le tueur. Mon rapport était déjà fini en vérité, mais je trainais volontairement car le flic ripou tournait autour du QG, surveillant mes moindres faits et gestes. Vers 19h pourtant, je ne le vis plus, et je choisis de sortir de ma tanière. Autant j'étais autorisée à pénétrer dans la plupart des services de police, autant l'inverse n'était pas vrai. Le tueur n'avait pas les droits suffisants pour entrer dans l'enceinte du QG des Aurors sans y être invité. Ce devait être frustrant pour lui.
 
Je sortis du Ministère sans passer par le réseau de cheminée, estimant qu'une petite balade au clair de lune ne me ferait pas de mal. Je savais que le tueur me suivait, il fallait que je lui laisse une chance de m'attraper pour m'amener dans un coin plus tranquille. C'est au détour d'une rue que je tombai dans l'inconscience.
 

| ... |

 
Je me réveillai dans une petite pièce faiblement éclairée, le corps immobilisé sur une table. Mon adversaire vint à mes côtés, visiblement très heureux de me voir consciente à nouveau.
 
-          Inutile de crier, me dit-il. Personne ne pourra t'entendre ici.
-          Tu m'en vois ravie.
 
Le tueur marqua un instant d'arrêt sous l'effet de la surprise.
 
-          J'ai su que tu m'avais inscrite sur ta liste de proie, expliquai-je pour répondre à son étonnement. Entre nous, j'espérais que tu m'amènes dans un endroit isolé comme celui-ci.
-          Oh, tu crois peut-être pouvoir t'en tirer ?
-          J'en suis persuadée le bleu.
 
Il sauta sur la table, furieux. Il enleva sa ceinture, me regardant avec la promesse de me faire souffrir.
 
-          Tu vas voir ce qu'il va te faire, le bleu ! cracha mon adversaire, me faisant rire.
 
Mes liens se brisèrent à l'instant où il commença à approcher sa main de mon pantalon. Je lui fis une prise pour échanger nos places, et c'est lui qui se retrouva prisonnier. Il se débattit comme un beau diable, mais contrairement à moi, il n'avait pas la capacité d'agir sur ses liens sans baguette. Je rapprochai mon visage du sien, déformé par la rage.
 
-          Et si tu me laissais te montrer ce que moi je sais faire ? proposai-je. Ce n'est pas tous les jours que je croise un tueur dans les forces de l'ordre... je pensais détenir le monopole.
-          T'es une tueuse toi aussi ?!
-          Oui... sauf que moi, je m'en prends à des gens comme toi, pas à des innocents.
 
Je me redressai, faisant venir la mallette contenant les redoutables outils de torture qu'elle contenait. J'aperçus à l'autre bout de la pièce un cadavre dépasser. Je devinai de qui il s'agissait... mais ça n'avait plus d'importance. Je fis mine de prendre mon temps pour choisir par quel instrument commencer. J'étais saisie de cette joie sauvage à l'idée de retourner ses armes contre lui. Je commençais à sentir la peur s'émaner de ma proie. Je finis par choisir un scalpel. Je débutai alors une longue séance de torture, où je lui fis amèrement regretter ses actes. Il eut beau me supplier pour que j'arrête, je lui rappelai à chaque fois ce qu'il avait fait à ses victimes... je lui faisais peser le poids de la souffrance.
 
Lorsque je me lassai d'entendre ses cris, je pris un couteau dans la mallette et lui tranchai le ventre à l'horizontal. Je descendis de la table, et la suspendis magiquement dans l'autre sens, pour que ma victime soit face au sol. Le sang ne s'en écoulait que plus abondamment. J'abandonnai ma proie à son sort, et récupérai le cadavre de l'autre victime. C'était l'homme que Sharp avait tenté de faire tomber, Connor. Un innocent lui aussi, manipulé par ce sale flic. Je fis sortir son cadavre, et ne mis feu à la planque que lorsque je fus certaine que je n'épargnai pas la moindre seconde de souffrance à ma victime.

 

J'abandonnai le corps de Connor dans une rue, pour être sûre qu'il soit découvert. Ce sera la fin de l'affaire, car Moser ne pouvait pas se douter que sa récente recrue était le véritable assassin. Je n'aimais pas du tout faire ça. C'était salir la mémoire d'un innocent en le faisant passer pour un monstre. Malheureusement, en des temps si délicats, il serait mauvais que l'Angleterre apprenne l'existence d'un serial killer dans nos rangs. La disparition du jeune flic ripou sera associée à celles, nombreuses, commises par les Mangemorts. Mission accomplie, je pouvais rentrer au manoir, découvrir quelle surprise Remus m'avait préparée.
 
 

| 31 juillet 1980 – Hôpital Sainte Mangouste – 18h|

 
Le grand jour était arrivé pour les Potter. James avait été appelé en urgence au Ministère, car Lily était sur le point d'accoucher. C'était il y a deux heures. James ressortit enfin de la salle, le sourire jusqu'aux oreilles et le regard larmoyant.
 
-          Il est magnifique, dit-il en tombant dans les bras de Sirius.
 
Il nous fallut attendre une bonne heure encore avant de pouvoir voir la jolie maman, qui était épuisée par l'effort. Elle fut ramenée dans sa chambre, alors que le petit Harry était aux bons soins des infirmières.
 
-          Félicitations, dis-je à Lily une fois dans la chambre.
 
Elle eut un faible sourire. Malgré sa fatigue, son regard s'alluma dès qu'elle entendit la porte de la chambre s'ouvrir. L'une de ses collègues revenait avec le petit Harry dans les bras, bien emmitouflé dans une couverture en laine. Lily se redressa pour reprendre son enfant, que je regardai avec curiosité. Je n'avais pas eu l'occasion de voir beaucoup de bébé dans ma vie, j'avoue que la première impression faisait bizarre. Il dormait paisiblement dans les bras de sa mère. Je ne voyais que son visage, mais il semblait en pleine santé. C'était un beau bébé d'au moins trois kilos. James s'assit auprès de sa femme, lui murmurant à l'oreille des mots doux de félicitations et de compliments. Sirius, Remus et moi étions attendris devant la scène. La famille des Maraudeurs s'agrandissait, apportant un souffle de joie en nous. C'est pour que ce genre de bonheur puisse continuer à naître sans crainte que le combat était si important. Il fallait continuer la lutte. Il fallait gagner la guerre. Notre combat pour la liberté méritait qu'on donne tout pour triompher. Ça en valait la peine.
 
Sirius se rapprocha de son frère de c½ur, qui avait pris son fils dans les bras. James lui tendit, et Sirius fut heureux de pouvoir tenir son filleul contre lui. Il commença à le taquiner, et à lui promettre de beaux jours de bêtises et d'amusement, avec son initiation à la maraudesquerie. Lily en riait. Avec les Maraudeurs comme entourage proche, le petit Harry deviendrait effectivement à leur image, il n'y avait aucun doute là-dessus. Je n'avais aucun mal à imaginer Sirius dans ce rôle de mentor. Lui et James avaient fait tant de bêtises pendant leur scolarité que l'enfance toute entière du petit Potter ne sera pas suffisante pour toutes les apprendre.
 
-          Prue, approche. Viens voir ton filleul ! m'invita Sirius.
 
Je vins vers lui, regardant avec attendrissement le petit Potter.
 
-          Tiens, prends-le, me dit Sirius en me le tendant.
 
Je tressaillis légèrement à cette idée, n'étant pas très à l'aise avec les gosses. Mais devant l'air de Lily, je consentis à prendre son enfant dans mes bras. C'était étrange de tenir ce petit être fragile contre soi. Il était paisible, et si sage. Je m'étais attendue à des cris et des pleurs. Les paroles de la prophétie résonnèrent clairement dans mon esprit alors que je le regardais, mais je les chassai bien vite.
« Dors tranquille Harry... ta marraine veille sur toi ».

Je regardai par la fenêtre, le sourire aux lèvres. Un nouvel assassin avait dû rejoindre la garde rapprochée des Maraudeurs, pour protéger le petit Harry comme je l'avais demandé. Il ne lui arrivera rien. Il avait des parents forts et courageux qui donneraient sa vie pour lui... un parrain qui en ferait tout autant. Remus était un ami fidèle et dévoué, qui se mettrait en quatre. Quant à moi, maître-assassin, je me sentais un devoir de protection envers lui. Que pouvait-il arriver à un nourrisson si bien entouré ? Il grandirait avec l'amour de sa famille, sous l'½il attentif de loups redoutables toujours prêts à bondir. La prophétie serait déjouée. La famille Potter ne serait pas brisée, j'y veillerai. Je ne pouvais pas laisser cette sublime lueur se faire étouffer par l'obscurité.
 
Chapitre 25 : Une lueur dans l'obscurité

 
Bonsoir ! La naissance de Harry Potter était attendue par pas mal d'entre vous, et bien ça y est, il fait son entrée dans l'histoire ! Pour ce qui est de la place que je lui réserve... il faudra patienter encore un peu, car comme vous le savez, un peu plus d'un an nous sépare encore de la date fatidique. Mais rassurez-vous (ou pas), selon mes estimations, nous aurons atteint la date d'ici 5 chapitres... ;) Je n'en dis pas plus à ce sujet.
 
Pour revenir à ce chapitre : qu'en avez-vous pensé ? Cela faisait un petit moment que Tracker n'avait pas eu de contrat "classique" par l'Agence, j'espère que cette nouvelle affaire vous a plu :)
 
Le fidèle mot de Tracker accompagnant la sortie d'un nouveau chapitre est en ligne.
Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée, et de bonnes vacances à ceux qui en ont :)
Bisous
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    suoerbe chapitre, on sens bien la determination de prue a protéger harry et je la trouve trop choue a s'attacher a cette petite crevette.. ❤️

  • harry-potter-8-fic

    01/05/2016

    c'est super cool qu'harry soit né :D

  • harry-potter-8-fic

    01/05/2016

    c'était encore un super chapitre

  • harry-potter-8-fic

    01/05/2016

    comme d'habitude j'ai du retard dans la lecture mais je vais me rattrapper :)

  • harry-potter-8-fic

    01/05/2016

    Coucou :)

    j'espère que tu vas bien

  • clochinettedu76

    04/04/2016

    Harry est enfin arrivé ! J'ai hate de lire ce qui va se passer à la date fatidique ! Est ce que ca va se passer comme dans l'oeuvre originale, ou est ce que ça va se passer completement différemment ? C'est la question que je me pose ;)

  • Adventures-Of-A-Princess

    23/03/2016

    Il est génial ce chapitre :D

  • MikaWolfeHP

    03/03/2016

    J'adore! Jai comme bien l'impression que son destin sera vrmt déjoué! Avec la mort de Peter déjà qui a changé la donne! Et ouin, avec les infos sur Tracker donné à Lyall, jai limpression quil aura pas trop une image trop negative de Prue si ou plutôt quand il découvrira la vérité! Hate de voir Harry grandir auprès des maraudeurs! Hahahahaha! Ca va être drole :P

  • Hurricany

    01/03/2016

    Wahou ! Super chapitre. Je suis sur que la famille Noven a un lien avec Prue. Ça me tracasse tout ça. Prue commence a vraiment déclarer la guerre à son père. Il va sûrement y avaoir des représailles. Pour ce qui est du bleu, il c'est fait manger tout cru par la louve.
    Enfin, la naissance d'Harry ! J'espère qu'il aura plus de chance que dans les bouquins de Rowling (bien que je sois pas contre la mort d'un des personnages, ça apporte du piquant ) ;)

  • LeMaitreDesLieux

    29/02/2016

    Bonjour,

    Enfin Harry naît ! Ah quel pur moment de bonheur ! C'est juste parfait :) j'avoue que normalement, le petit Harry devrait pas être blessé, ni ses parents vu le nombre de personnes qui sont dans l'ombre pour le protéger ! :)

    Tracker renoue avec la Brigade Secrète et chasse. Ca faisait longtemps. Elle s'est éclatée on dirait ^^ en même temps, ce tueur et sale flic l'avait mérité !!! Et puis il y a la chasse aux Horcruxes ... Ton histoire avance. J'ai hâte de lire la suite :)

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