Chapitre 26 : Bras de fer

« L'escalade de la violence continue. L'Angleterre vit une période sombre et particulièrement meurtrière. Une période qui semble sans fin. »
 
 
Chapitre 26 : Bras de fer
 
 
| 07 août 1980 – Godric's Hollow – Manoir des Potter – 19h |

 
Une semaine s'était écoulée depuis la naissance de Harry Potter. James avait pris une semaine de congé parental pour pouvoir en profiter pleinement avec Lily. Ils étaient vraiment beaux à voir tous les trois. J'avais toujours connu James et Lily souriants, mais depuis l'arrivée de cet enfant, c'est comme si une flamme encore plus intense faisait briller leur regard.
 
Les Maraudeurs avaient décidé de laisser Lily souffler quelques jours, le temps qu'elle se remette de l'accouchement, avant de faire une soirée pour fêter la naissance. Ce soir, nous étions donc tous réunis chez les Potter, avec leur entourage proche. Entre le noyau de la famille de James, de Lily, les amis et les collègues, nous étions bien une trentaine réunis autour du petit Harry. Les cadeaux avaient été rassemblés dans le salon. Les jouets, vêtements et éléments de décoration étaient tous soigneusement emballés.

 

Harry était dans les bras de sa mère, somnolant paisiblement. Il ne semblait pas dérangé par les discussions enjouées autour de lui, dont il était le sujet. Son calme et son air d'ange avaient le don de susciter l'admiration des convives. Aaron et Liliane étaient déjà déclarés gâteux devant leur petit-fils. Les parents de Lily étaient hors concours, ils avaient commencé à l'être pendant la grossesse. Quoi que de ce côté-là, Sirius pouvait bien rivaliser avec eux. Des fois, j'avais l'impression que Harry passait autant de temps dans les bras de son parrain que dans ceux de son père. Sirius avait le chic pour amuser Harry quand il était éveillé, et l'endormir quand il était fatigué. J'étais assez impressionnée par son instinct paternel. Il savait y faire avec les enfants, c'était une certitude. Pour ma part, j'étais plus réservée avec mon filleul. Je l'appréciais beaucoup, et je dois bien reconnaître qu'il m'attendrissait... mais je n'étais pas capable de jouer avec ou de lui parler comme le faisait Sirius. Pour l'instant, mon instinct maternel envers Harry se limitait au devoir de protection et de bienveillance. En clair, j'avais le comportement qu'une louve pouvait avoir avec les petits d'une autre.
 
Remus était réservé de nature, cela ne me choquait pas qu'il le soit avec Harry. Je voyais dans son regard tendre posé sur le petit Potter qu'il était sous le charme. Il souriait également plus d'une fois lorsque Harry éclatait de rire. Mais il le prenait contre lui aussi rarement que moi... comme s'il avait peur de ne pas bien faire ou d'être maladroit. C'était encore plus mignon à vrai dire. Sauf que parfois, je surprenais une lueur triste dans son regard, et j'étais persuadée qu'elle était liée à son incapacité d'avoir un enfant compte tenu de sa condition. Contrairement à moi, qui ne désirais pas vraiment être mère, Remus avait des regrets. Il voudrait être père et savait que ce n'était pas envisageable à cause de sa lycanthropie.
Nous n'avions pas reparlé de ce sujet depuis la dernière soirée chez les Potter. Ce n'était pas le moment de songer à fonder une famille dans le contexte actuel de toute façon, surtout avec le rôle que j'y jouais. Plus que n'importe qui d'autre, ce combat était un jeu contre la mort pour moi, alors pas question d'avoir un enfant au milieu de tout ça. Cependant, je me disais qu'il serait possible, après la guerre, d'envisager une adoption. Les orphelins ne manquaient pas, ce serait un moyen de contourner le problème. J'étais bien placée pour savoir qu'une famille de c½ur pouvait être plus solide qu'une famille biologique. Pendant toutes ces années, c'est Jack qui avait représenté ma figure paternelle, pas Tom Jedusor. Pourtant, je n'étais pas orpheline à la sortie du camp.
 
-          Ça t'inspire Prue ? taquina Lyall alors que je regardais James câliner le visage de son fils avec douceur.
-          Un peu, avouai-je avec le sourire.
 
Je croisai le regard de Remus, toujours aussi fuyant lorsque le sujet était abordé. Cela ne fit qu'augmenter ma détermination à trouver une solution pour faire de lui un père. Je ne supporterai pas qu'il vive avec des regrets pour le restant de sa vie. Lyall quant à lui, semblait ravi de ma réponse. Je ne savais plus quoi penser de lui d'ailleurs. J'avais toujours cette gêne quand je lui parlais depuis qu'il me soupçonnait de cacher quelque chose... et en même temps, il ne semblait pas réticent à l'idée que je poursuive la route auprès de son fils. J'osais en conclure que ses doutes à mon sujet n'étaient pas suffisamment graves pour chercher à m'éloigner de Remus. Cela me soulageait d'ailleurs, car je préférais savoir Lyall favorable à ma présence dans la vie de son fils. L'inverse m'aurait obligé à faire une petite intervention dans son esprit pour l'en convaincre, et ça m'aurait ennuyée de recourir à ce genre de méthodes avec lui. J'appréciais beaucoup Lyall, alors j'espérais qu'avec le temps, il apprenne à me faire confiance, comme il en était capable avec Tracker... qui était tout de même une tueuse. Je ne voulais pas être sur mes gardes avec lui comme je l'étais avec Moser.
 
 
| 11 août 1980 – QG de la Brigade Secrète – 23h |
 
J'entendis des éclats de voix alors que je me rapprochais de la salle où se tenaient les réunions de la Brigade. J'avais été convoquée d'urgence il y a quelques minutes à peine. Je me demandai ce qui pouvait bien les mettre dans un état pareil.
 
-          Tracker ! C'est grave ! m'accueillit Lyall, visiblement affolé.
-          Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je calmement.
-          Les Mangemorts comptent attaquer la Chambre des Lords Sorciers !
 
Si c'était le cas, la situation était effectivement grave. La Chambre des Lords Sorciers rassemblait la haute sphère politique de notre communauté, qui avait pour rôle d'étudier les projets de loi et les lignes stratégiques du Ministère de la Magie. Fudge assistait aux sessions des Lords, entouré de ses conseillers. Un attentat serait donc un excellent moyen de renverser le Gouvernement, en mettant à genoux tous les décideurs politiques de notre communauté.
 
-          Qui vous a donné cette information ? demandai-je.
-          Une source fiable, assura Lyall.
 
J'avais de quoi être sceptique. Comment une telle information avait-elle pu arriver jusqu'à nous ? Même si mon père avait dû mettre ses plus fidèles Mangemorts au courant cette fois, car ils avaient besoin de préparation... j'avais du mal à croire à une telle fuite. A moins que Rogue ait si bien joué son rôle qu'il appartienne désormais au cercle restreint des Mangemorts de confiance. Si c'était le cas, j'osais espérer que Rogue ait pris soin de sa couverture, car si mon père apprenait qu'il y avait une taupe, il ne ferait aucun quartier. Rogue ne devait pas être compromis, c'était un élément trop important de la résistance pour être perdu.
 
-          La situation est... délicate, admis-je. Si la Chambre tombe aux mains des Mangemorts, l'Angleterre sera dirigée par un seul et unique Lord... Voldemort.
-          Un avenir inenvisageable, résuma Lyall.
-          Je vous l'accorde. Cependant, si vous changez les habitudes de la Chambre des Lords, en renforçant la sécurité ou en changeant le lieu de leur siège... Voldemort saura qu'il a été trahi, et vous pourrez dire adieu à votre précieuse source.
-          Qu'est-ce que vous proposez ? Nous ne pouvons pas laisser l'Armée du Mal attaquer !
-          Pourquoi ? Lors de notre dernière rencontre, vous vous plaigniez que l'ennemi ne se montre plus. Là, il va sortir. L'avantage, c'est que vous le savez à l'avance. Alors préparez-vous à l'accueillir, et profitez de l'occasion pour amputer l'Armée du Mal autant que vous le pouvez.
 
Maugrey et Croupton échangèrent un regard sceptique alors que les autres semblaient médusés par ce que je leur proposais. Car oui, je leur disais clairement de se préparer à aller au front. Il n'était pas question d'empêcher l'attaque, seulement de contrôler les conséquences.
 
-          Nous sommes en guerre, rappelai-je. Vous ne pourrez pas la gagner sans vous battre. Avoir été prévenus à l'avance de cette inévitable bataille vous donne la possibilité de vous préparer au mieux pour minimiser le nombre de victimes. Vous n'aurez pas toujours cette chance. Surtout que vous ne pourrez pas annuler éternellement les sessions de la Chambre des Lords. Notre communauté doit continuer de tourner. Si les Mangemorts n'attaquent pas lors de la prochaine session, ce sera lors de la suivante.
-          Et si nous perdons cette bataille ? rétorqua Croupton.
-          Vous n'avez rien à perdre. Si vous ne faites rien, les Lords se feront massacrer... tôt ou tard. L'affrontement avec l'Armée du Mal est inévitable.
 
Le silence revint. Je comprenais leur hésitation. Une bataille voulait toujours dire de nouvelles pertes. Malheureusement, c'était le prix de la paix. Quand il est impossible de négocier avec l'ennemi pour trouver un terrain d'entente, il faut le battre, et cela implique des pertes.
 
-          Vous pouvez nous aider à organiser la défense ? demanda Lyall au bout d'un moment de réflexion.
-          Oh, mais si mes informations sont bonnes, la Chambre des Lords Sorciers bénéficie déjà d'une très haute protection. Ce n'est donc pas la défense qu'il faut travailler, mais l'attaque. Et dans ce domaine, vous aurez effectivement l'aide d'une experte.
 
 
 
| 19 août 1980 – Ministère de la Magie – 7h30 |
 
-          Aujourd'hui, on frappe fort dans le rang des Mangemorts ! déclara Maugrey avec détermination.
 
Le grand jour était arrivé. L'attentat de la Chambre des Lords devait avoir lieu cet après-midi. Maugrey et Croupton avaient choisi de mettre les Aurors au courant, car il n'était pas envisageable que seuls les membres de la Brigade Secrète soient prêts à agir. Ainsi, notre chef nous avait annoncé la terrible nouvelle, pour que nous puissions nous préparer à cette bataille. Cependant, nous étions les seuls au courant. Aucun autre service des forces de l'ordre n'avait été prévenu. Le risque qu'il y ait une fuite était ainsi quasi nul, car il était très improbable qu'une taupe se trouve parmi les rangs des Aurors.
 
Cette opération secrète était rendue possible par le dispositif de sécurité colossal qui protégeait déjà la Chambre des Lords. De puissants enchantements entouraient les lieux, et les forces d'intervention spéciales étaient sur place, tandis qu'une autre était prête à débarquer au moindre signal. Dix Aurors étaient également affectés à la sécurité. Ça, c'était la sécurité « habituelle », celle à laquelle les Mangemorts s'attendaient. Aujourd'hui, tous les Aurors seraient prêts à intervenir. Nous étions donc assez nombreux à nous tenir prêts à bondir sur toute menace pouvant nuire à l'évènement. Un nombre suffisant pour tenir tête aux Mangemorts le temps que les renforts arrivent. La Chambre des Lords Sorciers sera transformée en véritable champ de bataille avant la fin de la journée, c'était inévitable.
 
C'est pourquoi cela faisait plusieurs jours que tous les Aurors s'entrainaient dans des salles dédiées, pour nous mettre en situation, et surtout pour que les autres services du Ministère ne se doutent de rien. Même Moser n'était pas informé, pourtant il était très ami avec les As des Aurors, et il était digne de confiance. Nous ne pouvions malheureusement pas faire d'exception. Si jamais les Mangemorts apprenaient que la fuite venait de chez eux, le traître n'aurait que deux options : fuir tant qu'il est encore temps, ou mourir en se faisant démasquer. Dans les deux cas, la source serait perdue. Ce n'était pas envisageable qu'une telle chose se produise. D'autant plus que notre opération serait vouée à l'échec, car l'attentat n'aurait pas lieu le jour prévu. Une fois de plus, le secret était indispensable au bon déroulement de l'opération.
 

 

La pression était palpable alors que Maugrey rappelait les précautions à prendre. Pour ma part, j'avais l'estomac noué à l'idée de voir les Maraudeurs m'accompagner. J'aurais donné cher pour les écarter de la bataille. Mais leur détermination était infaillible, je ne pouvais envisager un tel miracle. Ils voulaient se battre. Même James. Sa paternité ne l'avait pas fait reculer face au danger. Il s'était entrainé dur ces derniers jours et avait souhaité une bonne journée à Lily ce matin, comme si de rien n'était. Elle ne savait pas que le père de son fils ne reviendrait peut-être pas le soir. Je n'osais imaginer l'épreuve que cela avait représenté pour James, surtout au moment d'embrasser Harry.

 

C'est ce qu'il y avait de difficile dans notre métier, encore plus que de supporter les scènes de crime : accepter de quitter le domicile le matin, en se disant que le risque de ne pas rentrer le soir était bien réel. Cependant, il ne fallait rien laisser paraître. James avait toujours du mal à dire au revoir à  sa femme. Quant à Remus et moi, regarder l'autre partir sur une enquête différente avait également le don de former une boule dans l'estomac, qui ne se dénouait que le soir, lorsque nous retrouvions la sécurité du manoir. Même pour Sirius, qui vivait seul, j'étais certaine que ça lui faisait quelque chose. Le courage, nous l'avions tous, mais il ne suffisait pas à banaliser le risque omniprésent que les choses tournent mal. Il nous permettait juste de faire notre devoir, en toutes circonstances. Aujourd'hui encore, nous allions devoir prouver que nous étions à la hauteur.
 
 
| ... |
 

La matinée passa vite ce jour-là, alors que tout le monde aurait voulu la ralentir. L'approche de la bataille nous rendait de plus en plus nerveux. Les Maraudeurs et moi-même avions choisi de nous écarter, pour ne pas être contaminés par le stress général. On se prit chacun longuement dans les bras, pour se souhaiter un bon courage, et se promettre de fêter la victoire le soir-même, tous ensemble. Pour ma part, le plus difficile n'était pas de se préparer mentalement au combat, ni à mourir... mais de perdre des personnes qui m'étaient chères. C'était ma hantise, ma seule véritable peur.
 
Aaron et Lyall vinrent nous prévenir qu'il était temps de se mettre en position. J'agrippai  Sirius par le bras, pour laisser les deux pères avec leur fils quelques minutes avant le début de l'opération. C'était ça le problème d'une attaque prévue. Nous avions le temps de douter et de craindre le dénouement. Des souvenirs de guerre me revinrent en tête, où je voyais mes camarades tomber au combat. Leur visage était remplacé par ceux des Maraudeurs, et de mes collègues. J'imaginais déjà les sorts fuser autour de nous, dans une vision apocalyptique. Je secouai la tête avec agacement, chassant ces images de ma tête. Ce n'était pas le moment de redouter le combat. Il fallait au contraire y aller, la rage au c½ur et la tête haute.
« Tout ira bien » me dis-je.
J'avais passé ces derniers jours à alterner les entrainements au Ministère, et avec la Brigade Secrète. J'avais donné tous les conseils que je pouvais pour défendre les points stratégiques de la Chambre des Lords, et causer des dégâts importants dans les rangs ennemis. Malheureusement, nous ne savions rien du plan détaillé des Mangemorts... et quand la bataille commencera, seule l'improvisation aura sa place dans le chaos.
 
 
| Londres |
 
La procédure exigeait qu'une poignée d'Aurors rejoigne la sécurité habituelle entourant ces lieux. J'étais affectée avec Sirius et Lyall à la surveillance de la partie nord de la Chambre des Lords Sorciers. Postés à l'entrée, nous n'avions pas échangé un mot depuis notre arrivée, trop concentrés sur les environs. Je m'attardais sur le visage de chaque passant, à la recherche de tout comportement suspect pouvant servir de prétexte au déclenchement de l'alerte.
Cela faisait deux heures que j'attendais intensément ce moment, la main sur la baguette. Je jetais de brefs coups d'½il sur les toits de la ville de temps en temps, espérant apercevoir l'ombre d'un de mes loups à proximité. Même si je ne les voyais pas, je savais qu'ils étaient là, et ça me rassurait. Je ne pourrai pas veiller sur tout le monde quand la bataille éclatera. Entre les Maraudeurs, les As des Aurors, et mes loups, j'avais beaucoup à perdre, alors autant dire que je n'allais pas retenir mes coups. Croupton nous avait donné carte blanche pour repousser les Mangemorts, et je comptais bien m'en servir pour amputer encore un peu l'Armée du Mal. Déjouer le renversement du gouvernement était notre priorité absolue bien sûr... mais si nous faisions suffisamment de morts dans les rangs ennemis, nous pouvions en plus nous accorder du souffle pour la suite. La défaite de l'Arpège avait déjà bien ralenti le rythme des attaques publiques. Si mon père connaissait l'échec à nouveau, il serait obligé de réviser ses plans le temps que son armée se reconstitue. A mes yeux, c'était presque aussi important, car tant que les Horcruxes n'étaient pas détruits, il fallait à tout prix gagner du temps pour repousser l'échéance d'une bataille finale. Malheureusement, tous mes collègues n'avaient pas la même facilité que moi à tuer, même lors d'une bataille.
 
Une sirène assourdissante me fit vibrer de l'intérieur. Une explosion d'étincelles rouge attira notre attention vers le ciel. Les portes derrière nous se fermèrent, et j'entendis des verrous se placer pour boucler les entrées de la Chambre des Lords. Le bâtiment enclenchait sa protection, à nous d'empêcher les Mangemorts de la lever.
 
-          C'est le côté sud, dit Lyall d'une voix tendue.
-          Ils sont des dizaines ! cria James dans l'oreillette.
 
Mon estomac se contracta en entendant la voix paniquée de James. Il se trouvait côté sud, avec son père et Maugrey.
 
-          Tenez bon, lui dit Lyall. Les renforts seront là dans moins de deux minutes.
 
J'échangeai un regard inquiet avec Sirius, qui avait clairement envie de porter secours à son frère de c½ur. Mais nous ne pouvions pas bouger, car on savait très bien que si les Mangemorts voulaient augmenter leurs chances de réussir, ils allaient attaquer simultanément plusieurs entrées. C'était horrible de devoir rester en position alors qu'on savait que nos amis étaient attaqués. Nous étions partagés entre nos émotions et notre devoir. Les Aurors postés aux côtés ouest et est n'avaient encore rien signalé, et je n'avais aucun mal à imaginer la lutte intérieure que devait mener Remus lui aussi en sachant l'un de ses amis en détresse. Il fallait tenir. Ne pas céder à la tentation, car les Mangemorts n'attendaient que ça.
 
La tension commençait à monter. Que se passait-il du côté sud ? Les passants devant nous ne se rendaient pas compte de ce qu'il se passait. Pas encore. Un petit groupe des forces de l'ordre s'occupait de les éloigner, pour établir un périmètre de sécurité. Le travail accompli, ils vinrent vers nous.
 
-          Allez à l'entrée sud aider les autres, nous prenons la relève, lança l'un des agents.
-          Nos ordres sont clairs, nous devons rester en position, rétorqua Lyall.
-          Vos ordres ont changé. Faites ce qu'on vous dit, on n'a pas le temps de discuter !
 
Sirius nous adressa un regard pressant pour qu'on coopère, voyant la parfaite occasion de rejoindre ses amis. Mais je sortis ma baguette et la pointai sur l'agent qui avait parlé.
 
-          Je ne pense pas que vous soyez habilités à nous donner des ordres, lui dis-je. C'est à vous de venir en renfort à ceux qui en ont besoin.
-          Comme tu veux Hunt.
 
Il me lança un sort que je parai sans difficulté, m'étant attendue à ça. Des masques recouvrirent leurs visages, et d'autres Mangemorts se matérialisèrent à leurs côtés, baguette pointée sur nous.
 
-          Les Mangemorts ont infiltré les forces d'intervention, criai-je. Soyez sur vos gardes !
 
Sirius déclencha l'alerte de ce côté-ci aussi, entre deux lancés de sortilèges. Nous étions les seuls obstacles empêchant réellement les Mangemorts d'atteindre leur objectif. S'ils parvenaient à nous faire tomber, les enchantements ne tiendraient pas face à leur nombre, qui ne cessait de croître. Je formai un triangle avec Sirius et Lyall, pour nous protéger mutuellement tout en repoussant l'ennemi. L'entrée protégeait nos arrières. J'espérais que les forces d'intervention et les autres Aurors se dépêchent, car le sous-nombre commençait déjà à être inquiétant. Je n'avais pas peur pour notre côté, car je pouvais offrir des défenses magiques nécessaires à mes amis... mais je songeais à Remus, James et tous les autres, pour qui ce n'était pas le cas. Remus n'avait pas encore donné l'alerte, mais je savais que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il le fasse à son tour. Toutes les entrées seraient bientôt prises d'assaut.
 
Les sorts fusaient vers nous en masse. Je fus obligée de recourir à mon bouclier télékinétique plus d'une fois pour les repousser. Le mélange rapide de plusieurs formes de magie le brisait souvent, car je n'arrivais pas à me concentrer sur trop de choses à la fois. Les Mangemorts avançaient sur nous, en demi-cercle. Derrière nous, les hauts murs de la Chambre des Lords nous empêchaient d'être pris à revers. Je vis des lumières vertes frapper les Mangemorts depuis les hauteurs, et je devinai que mes loups s'étaient invités à la bataille. Leur aide nous serait précieuse.
 
Une explosion derrière nous nous projeta à terre, Sirius, Lyall et moi. Momentanément sonnée, je fus prise de vertige en tournant la tête vers mes ennemis. Nous n'étions plus devant la porte nord de la Chambre des Lords. L'explosion nous avait expulsés en bas des marches. Il y avait un trou béant à la place de l'entrée, énorme ouverture pour nos ennemis. Encore à terre, je créai une barrière de flammes couvrant le trou de l'explosion, pour ralentir les Mangemorts. Je vis Lyall se relever, mais pas Sirius. Des membres des forces d'intervention arrivèrent à notre secours, pour occuper les Mangemorts. Prise de vertige au moment de me mettre debout, j'eus du mal à me relancer dans les combats. Un solide groupe de Mangemorts nous tenait tête, protégeant les trois derrière eux qui essayaient de faire disparaître le feu ensorcelé qui leur barrait la route. Profitant qu'ils soient tous groupés, je tendis ma baguette vers les flammes. Celles-ci prirent la forme d'une boule de feu, qui grossit jusqu'à engloutir les Mangemorts qui ne s'éloignaient pas assez vite. Lyall se joignit à moi pour créer une ligne de défense, empêchant les Mangemorts d'échapper aux flammes. Certains transplanèrent, d'autres, brûlés trop rapidement, n'eurent pas la force de fuir. Débarrassés, je cherchai Sirius du regard, mais ne le trouvai pas.
 
-          Sirius a été amené ! me cria Lyall pour couvrir le bruit des flammes. Il faut aider les autres !
 
J'espérais que Sirius n'ait rien de grave. La boule de feu resta devant le trou béant provoqué par l'explosion, prête à absorber tout ennemi qui s'en approcherait. Elle devrait suffire aux forces d'intervention pour tenir les Mangemorts éloignés de cette entrée.
 
-          Remus, appelai-je dans l'oreillette, nous avons réussi à repousser les Mangemorts au nord. Les renforts sont arrivés, avez-vous besoin de soutien ?
 
Le silence s'ensuivit dans mon oreillette. La panique m'envahit instantanément. Pourquoi ne répondait-il pas ?!
 
-          Remus ? répétai-je anxieuse.
-          Les dispositifs de sécurité rendent nos oreillettes HS, rappela Lyall.
 
Je fermai les yeux, me souvenant avoir entendu Maugrey nous parler de cette contrainte. Pour améliorer la sécurité des lieux, malheureusement, ce qui s'appliquait aux Mangemorts était aussi valable pour nous. Les alertes successives avaient levé le niveau de sécurité à son maximum, rendant tout moyen de communication à distance impossible. Nous ne pouvions plus transplaner, pour empêcher les renforts ennemis de continuer à arriver. Par chance, nos propres renforts étaient arrivés avant, et étaient désormais en position aux différents points stratégiques.
 
Heureusement, il nous restait d'autres moyens de nous déplacer rapidement. Je me soulevai magiquement jusqu'au toit de la Chambre des Lords, côté est, pour essayer de localiser Remus depuis les hauteurs. Mais la bataille faisait rage autant sur le toit qu'en-dessous. Mes loups avaient été repérés par l'ennemi et devaient faire face à une forte résistance. Mon sang ne fit qu'un tour en les voyant en mauvaise posture. Je vis un Mangemort viser l'un de mes hommes, et je le tuai à temps pour l'empêcher de lancer un sortilège. La rage au ventre, je me lançai dans la bataille. Il fallait réduire le surnombre pour que mes hommes puissent reprendre cette position cruciale.
Des Aurors arrivèrent à leur tour nous prêter main forte, dont Lyall. Je lui abaissai le bras en le voyant viser l'un de mes hommes.
 
-          Ils se battent avec nous ! prévins-je.
-          Qui sont-ils ?
-          Aucune idée, mais on ne va pas cracher sur leur aide !
 
L'arrivée des Aurors assurait notre victoire sur le toit. Le surnombre était en notre faveur désormais. Je pus donc enfin me reporter sur les duels en-dessous de nous, cherchant Remus du regard avec frénésie. Il m'était quasiment impossible de discerner quoi que ce soit tant il y avait de l'agitation. Les personnes en bas bougeaient dans tous les sens, les sortilèges fusaient sans cesse... sans parler du nombre impressionnant de corps inertes au sol. La bataille dénotait une détermination inébranlable des deux camps à vouloir détruire l'autre. Je profitai de ma position pour tuer des Mangemorts depuis les hauteurs. Chaque sort que je lançais faisait un mort. Comme avec mon fusil de précision, je ne ratais jamais ma cible. La Brigade d'Elite des Tireurs de baguette magique ne tarda pas à nous rejoindre et à en faire de même. Ensemble, on parvint à éclaircir un peu les rangs ennemis.
 
-          Là ! cria Lyall.
 
Je regardai dans la direction indiquée, et vis deux de nos collègues qui faisaient face à tout un groupe de Mangemorts. Je sautai du rebord, me ralentissant magiquement pour atterrir en plein milieu du groupe ennemi. Je propageai une onde de choc pour dissoudre leur cercle et percer leur défense. Mon intervention permit aux deux Aurors de venir à bout des Mangemorts, tombés à terre.
 
-          Merci Hunt ! 
-          Tu n'as pas vu Remus ? 
-          Non, je l'ai perdu de vue quand la bataille a commencé.
 
Bon sang, où était-il ? Voyant que l'entrée était encore bien gardée, je me frayai un chemin parmi les duels, tuant au passage tous ceux que je pouvais, n'ayant que l'objectif de retrouver Remus. J'étais inquiète de ne pas le voir, car il ne pouvait pas avoir changé de position tant que les ennemis étaient si nombreux de ce côté. La crainte qu'il lui soit arrivé quelque chose ne fit qu'augmenter mon désir de tuer les Mangemorts. Je voulais que la bataille cesse au plus vite pour pouvoir le retrouver. Je n'osais baisser les yeux au sol, de peur de le reconnaître parmi les morts.
 
Mes recherches furent de courte durée, car un groupe ennemi me barra la route, alors que Lyall me rejoignait. A deux contre six, j'espérais que Lyall n'ait pas oublié mes conseils pendant les entrainements avec la Brigade Secrète. Les Mangemorts nous attaquèrent en simultané, mettant à l'épreuve nos sortilèges de défense. Il y avait tant de sorts que j'étais sans cesse en train de me déplacer, d'esquiver, et de riposter. Je n'avais pas le temps de souffler tellement ça enchaînait vite. Voyant qu'on allait être pris de vitesse à ce rythme, je provoquai un flash aveuglant pour dérouter nos ennemis. Je profitai de ce court répit pour faire apparaître des liens de fer autour d'eux. Les liens prirent vie comme des serpents, immobilisant nos adversaires. Je dus me faire violence pour ne pas lancer un sortilège d'explosion à leurs pieds. Lyall était auprès de moi, je ne pouvais pas agir ainsi. Il y avait une différence entre tuer au combat, et tuer un ennemi neutralisé. A regret, j'abandonnai mes proies pour continuer ma traque, mais je n'eus pas le temps d'aller bien loin.
 
Je sentis mes pieds quitter le sol, alors que je prenais soudainement de l'altitude, la vue brouillée par une fumée noire. Je reconnus bien là les méthodes des Mangemorts. Il s'agissait d'une technique de déplacement, où le corps se muait en une fumée compacte. Cela permettait de bouger rapidement quand le transplanage n'était pas permis. Prisonnière de l'emprise de mon ennemi, je le laissai m'amener à l'écart des combats. Il me lâcha sans ménagement en direction d'un immeuble. La vitesse rendait toute esquive impossible, je ne pus que modifier ma trajectoire pour passer à travers une baie vitrée. Le choc me sonna et je sentis le verre me tailler au passage avant que je ne retombe au sol en roulant. J'ignore où j'avais atterri, mais tout un groupe de personnes me regardaient avec crainte, ne sachant pas ce qu'il se passait. Des Mangemorts apparurent dans le dos de chacun d'eux, baguette sur la gorge.
 
-          Rends-toi ! ordonna l'un des Mangemorts.
 
La haine me piqua à vif. Ne parvenant pas à me vaincre en duel, voilà qu'ils cherchaient à m'avoir en mettant la vie des otages en jeu. C'était lâche !
 
-          Tu n'as aucune chance. Dépose ta baguette Hunt !
 
Ainsi donc, les Mangemorts m'avaient prise pour cible ? Intéressant. La pression était palpable. Les otages avaient les yeux rivés sur moi, me suppliant silencieusement d'obéir. Moi, j'avais une irrépressible envie de massacrer mes adversaires pour leur lâcheté. J'étais très curieuse de savoir si c'est mon père qui leur avait ordonné ça, ou si c'était une initiative. Quoi qu'il en soit, j'allais devoir leur faire payer cette audace. J'abaissai lentement mon bras, le c½ur battant de plus en plus vite.
 
-          A genoux !
 
Une décharge me parcourut encore, plus violente. Mon corps se révoltait et refusait de se soumettre. Pourtant, je me mis à genoux sans geste brusque, les yeux fixés sur les débris de verre échoués au sol. J'avais besoin de la plus grande concentration pour ce qui allait suivre. D'un même mouvement, les morceaux de verre fusèrent en direction des Mangemorts, frôlant le visage des otages. Il y eut des cris, des gargouillements, des chutes... lorsque je relevai la tête, je vis avec satisfaction que je n'avais pas raté mes cibles. Les otages s'éloignèrent d'un bond de mes ennemis à l'agonie.
 
-          Sortez, leur ordonnai-je.
 
Les otages quittèrent la pièce en toute hâte. Je m'approchai du Mangemort qui m'avait ordonné de me rendre, pour lequel j'avais réservé un sort différent. Contrairement à ses petits camarades, morts sur le coup en se faisant transpercer le c½ur, lui, je m'étais contentée de lui trancher la gorge. Je poussai du pied sa baguette pour l'empêcher de se soigner.
 
-          Est-ce que c'est ton Maître qui vous a ordonné de me prendre pour cible ?
 
Le Mangemort cracha du sang à mes pieds. A mourir, il ne semblait pas décidé à me satisfaire en me donnant ce que je voulais.
 
-          Je peux te soigner tu sais ? dis-je doucereusement. Tu finiras à Azkaban, mais au moins, tu seras toujours en vie.
 
Le Mangemort leva ses yeux vers moi, la main pressée sur sa gorge. Il fit non de la tête, ce qui fit légèrement retomber ma haine envers mon père. Il ne s'était donc toujours pas décidé à me déclarer la guerre. Une bonne chose pour moi, je n'étais pas encore prête pour que notre duel soit le dernier. Le Mangemort tendit la main vers moi, et finit par s'affaisser au sol, sans que j'aie amorcé le moindre mouvement vers lui. Je ne comptais pas le soigner. Qu'il meure sur ce sol où il avait osé me faire poser les genoux.
 
Je pris de l'élan et sautai dans le vide, me mouvant comme le Mangemort m'avait amenée, sauf que la fumée était blanche lorsque je portais mon badge d'Auror. La Chambre des Lords était trouée par de nombreuses explosions. Cependant, de ce que je pouvais voir, l'ennemi n'avait toujours pas réussi à pénétrer à l'intérieur. Nos lignes de défense tenaient encore, alors que les Mangemorts étaient désormais éparpillés. La victoire se profilait pour nous, il ne restait plus qu'à se jeter sur ceux qui se battaient encore.
Voyant qu'ils n'avaient plus aucune chance d'entrer dans la Chambre des Lords, les Mangemorts renoncèrent à rester face au surnombre. De nombreuses lignes de fumée noire fusaient en tous sens, poursuivies par des blanches. On parvint à retenir des fuyards, mais de nombreux s'échappèrent. Pour ma part, ceux qui n'avaient pas eu cette chance avaient rejoint les cadavres au sol.
 
Le calme revint autour de la Chambre des Lords lorsque le dernier Mangemort eut disparu. C'est comme si quelqu'un avait soudainement jeté un sortilège de silence. Tout était ravagé autour de nous, par les milliers de sortilèges qui avaient été lancés, et les multiples explosions. Mon regard balaya les corps... le tapis de corps qui recouvraient le sol. Ma satisfaction de voir des masques Mangemorts parmi eux n'était pas suffisante pour consoler ma peine de voir également bon nombre des nôtres, tombés au combat, ainsi que des civils qui s'étaient retrouvés sur le front malgré eux.
 
-          Prue ! Ça va, t'es entière ? demanda Aaron.
-          Oui ! Où sont les Maraudeurs ?
-          James aide à transporter les blessés. Je ne sais pas où sont Sirius et Remus.
 
Le feu de l'action avait temporairement balayé mon inquiétude pour Remus. Maintenant que le calme était revenu, la peur revint me tordre les entrailles. Je ne comprenais pas pourquoi Remus n'avait pas été aperçu. J'avais un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment.
La crainte ne fit que redoubler en repérant le corps inerte de l'un de mes loups. Je me ruai à ses côtés, vérifiant son pouls avec espoir. J'eus l'impression qu'une lame me transperçait la poitrine en constatant qu'il était mort. Mon fidèle loup avait été frappé d'un sortilège de Mort. Je dus me faire violence pour retenir un cri de rage. Pour la première fois, l'un des miens n'avait pas survécu à une mission. C'était une lourde perte. 
 
Je me relevai, parcourant le champ de bataille à la recherche de blessés. L'odeur de mort et de chair brûlée me retournait l'estomac. J'avais l'impression de revenir de longues années en arrière... sauf qu'aujourd'hui, il y avait beaucoup plus de personnes que je risquais de retrouver parmi les morts. La liste des pertes allait se noircir, nous privant du sentiment de victoire.

 

Les Médicomages étaient sur place, pour soigner ceux qui étaient le plus gravement touchés et qui ne pouvaient pas être déplacés. Je les aidai dans leur tâche, car il y avait beaucoup de blessés à évacuer. Je remarquai la présence de Dumbledore non loin de moi. On échangea un regard, mais je n'allai pas vers lui. Il semblait s'être battu comme un lion lui aussi. Sa robe était salie et déchirée par endroits, tandis que son visage était marqué par la fatigue. Combien de temps la bataille avait-elle duré ? Je l'ignorais. J'avais l'impression de me battre depuis plusieurs jours tant elle avait été intense.
 
De retour à l'entrée nord de la Chambre, je vis que ma boule de feu obstruait toujours l'entrée. Je mis fin à cette protection pour que les secours puissent passer. J'ignorais ce qu'il s'était passé à l'intérieur de la Chambre des Lords. Lorsque j'entrai, je me rendis compte que les forces d'intervention s'étaient rassemblées à l'intérieur, craignant peut-être qu'ils y aient des ennemis qui fassent une dernière tentative en se glissant parmi les secours.
 
-          Rentre au QG Hunt, me dit Maugrey.
-          Je cherche Remus.
-          Il n'est pas ici.
 
Voyant le nombre d'agents qui étaient encore en état d'assurer la sécurité, je ne me fis pas prier pour rentrer au QG. Je n'avais plus qu'une envie : savoir dans quel état se trouvait Remus. S'il était sain et sauf, il ne pouvait être que là-bas. Sinon, il me faudra attendre des heures avant de savoir s'il avait été amené à Sainte Mangouste... et plus encore s'il se trouvait parmi les morts. Un frisson me parcourut à cette idée, que je refusais d'envisager. Il était forcément en vie.
 
 
| Ministère de la Magie – QG des Aurors |
 
Il n'y avait quasiment personne à mon étage. Tous les services rattachés aux forces de l'ordre étaient venus en renfort sur le terrain, et peu étaient revenus.
 
-          Prue !
Je fus soulagée d'entendre la voix de Remus. Je me ruai dans la salle de repos, heureuse de le savoir en bonne santé, malgré quelques blessures mineures visibles. Remus sembla inquiet lorsque je m'approchai.
 
-          Tu es blessée !! s'exclama Remus avec affolement.
 
Avec un peu plus d'attention, je me rendis compte que j'avais mal partout, et que je saignais du visage, du buste... je sentais aussi un liquide chaud dans mon dos. Ma traversée de fenêtre avait sans doute laissé quelques bouts de verre dans mon corps. Rien de grave.
 
-          Peu de sang m'appartient, assurai-je en constatant que ma tenue laissait penser que je saignais abondamment.
 
Remus me prit dans ses bras avec élan, et je pus sentir qu'il avait eu aussi peur que moi pour lui. Je fermai les yeux, restant blottie contre Remus un bon moment. C'était bon de sentir son c½ur battre. J'avais eu si peur de le perdre, lui et les autres. Mes loups avaient été occupés pendant un moment lorsqu'ils faisaient face aux Mangemorts sur le toit. Qui sait combien de temps mes amis étaient restés sans leur protection ? Il aurait pu arriver n'importe quoi aujourd'hui, encore plus que les autres jours.
 
-          Tu as des nouvelles de Sirius ? demandai-je.
-          Il n'était pas avec toi ? s'étonna Remus.
-          Il a été blessé... je sais qu'il a été amené par les secours.
 
Remus n'était visiblement pas au courant, car il perdit le peu de couleur qu'il lui restait.
 
-          Et James ? dit-il.
-          James va bien, il aidait les médicomages aux dernières nouvelles.
-          Allons à Sainte Mangouste.
 
Oui... l'hôpital allait être bondé à partir d'aujourd'hui. Avec tous les blessés qu'il y avait, j'ignore comment le personnel allait réussir à faire face à cette soudaine vague de patients.
 
 
| Hôpital Sainte Mangouste |
 
Je n'avais jamais vu autant de monde dans le hall de Sainte Mangouste. Le personnel courait dans tous les sens, accompagnant des blessés qui saignaient, faisant léviter ceux qui étaient inconscients. L'accueil était inaccessible, envahi par les familles des blessés qui arrivaient en masse. Remus m'entraina parmi la foule, vers les escaliers. On fit tous les étages, à la recherche d'un visage connu. Lyall nous interpella, heureux de voir son fils. Il me lança un regard interrogateur en voyant l'état de ma tenue.
 
-          Je vais bien, devançai-je.
-          Alors ? pressa Remus. Tu as des nouvelles ?
-          Sirius est à l'intérieur, ça va aller, dit-il en montrant une porte close. Mais d'autres blessés ne cessent d'arriver.
-          On a une estimation des pertes ? demandai-je.
 
Le visage de Lyall s'assombrit. Je sentis mes entrailles se contracter, craignant sa réponse.
 
-          Huit Aurors sont morts, une vingtaine des membres des forces d'intervention, et une dizaine de civils. Il y a près de quarante blessés graves, et une centaine de légers. Et ça, c'était aux dernières nouvelles, en sachant que les chiffres ne cessent de croitre au fil des heures.
-          Et du côté des Mangemorts ?
-          Belle frappe. L'Armée a perdu près de quatre-vingt Mangemorts. Seuls dix-huit sont encore en vie et termineront à Azkaban ; les autres sont morts sur le champ de bataille. Là encore, les chiffres seront mis à jour au fur et à mesure.
 
C'était déjà un bon score. Nous avions réussi à infliger des dégâts considérables. Il faudra du temps à mon père pour se remettre d'une telle défaite. L'imaginer exploser de fureur me décocha le sourire. Nous devions nous attendre à des représailles... mais au moins, nous avions pris momentanément le dessus dans ce bras de fer qui ne semblait jamais vouloir se finir. Mon père venait de subir sa seconde défaite, et pas des moindres. Comment allait-il réagir désormais ? Comment allait-il sauver la face ?
 
-          Quel soulagement de vous voir !
 
Je me retournai, surprise d'entendre la voix de Julie Noven. Elle eut un instant d'arrêt en me voyant.
 
-          Prue, il faut te soigner !
-          Ça va, assurai-je. Qu'est-ce que tu fais là ?
-          Il y a tellement de monde que le directeur a rappelé les anciens médicomages pour qu'on réintègre l'hôpital temporairement. Viens, je vais m'occuper de toi.
-          Il y a des blessés qui ont bien plus besoin de soins que moi, vas-y ne t'en fais pas.
-          Ce n'était pas une question Prudence, rétorqua Julie. Entre dans cette chambre et ne discute pas.
 
Je consentis à obéir pour ne pas lui faire perdre plus de temps que nécessaire. Je renonçai à enlever mon haut, les bouts de verre me faisant trop mal à chacun de mes mouvements. Ma tenue était déjà mal en point de toute façon, je pouvais l'achever en la déchirant. Julie grimaça en voyant mes blessures. Heureusement que des sortilèges l'empêchaient de voir mes cicatrices, j'aurais été gênée qu'elle me demande leurs origines.
 
-          Des collègues sur le terrain m'ont dit que c'était chaotique là-bas, souffla Julie en commençant à m'enlever des bouts de verre.
-          Il y a eu beaucoup de dégâts... aussi bien humains que matériels.
 
La tristesse balaya ses yeux alors qu'elle restait concentrée sur sa tâche.
 
-          Je regrette que tu connaisses les horreurs de la guerre...surtout à ton âge, dit-elle.
 
J'eus un triste sourire. Malheureusement, j'avais connu la guerre encore bien plus jeune. Les combats moldus n'étaient pas moins violents que les sorciers. Leurs armes étaient largement capables d'offrir les mêmes visions d'effroi, et d'infliger des dégâts aussi cruels. Surtout qu'à l'époque, je n'avais pas de protection magique contre les balles, ni pour éloigner les grenades qui roulaient tout près, ne laissant que quelques secondes pour les contrer ou les fuir.
 
En quelques minutes, Julie avait extrait les bouts de verre de mon corps et soigné les autres blessures mineures.
 
-          Il faut que tu te reposes, me dit-elle quand elle eut fini. Et change-toi, tu fais peur avec tout ce sang, ajouta Julie en me tendant une chemise propre.
 
J'approuvai d'un signe de tête, car elle n'avait pas tort. J'étais couverte de sang. J'allai dans la petite salle de bains pour me nettoyer et me changer. Quand je ressortis, Julie était déjà repartie. J'allai donc retrouver Remus et son père. Des blessés continuaient à affluer. Je ne cessais de penser aux gardiens de mes amis, me demandant dans quel état ils étaient, et combien étaient morts. J'avais hâte de les retrouver, j'étais très inquiète pour eux. C'était la première fois qu'ils faisaient la guerre. Ils n'étaient pas habitués, même si leur formation les préparait à tout. Leur mission se passait dans l'ombre et la discrétion normalement.
 
 
~ Point de vue général ~
 
Lyall était absorbé par les récents évènements. C'est comme si une tempête avait violemment tout ravagé en un temps impressionnant. Il avait hâte d'avoir un compte rendu complet sur tout ce qu'il s'était passé. Il était déjà soulagé de savoir ses proches en bonne santé.

 

Maintenant qu'il était rassuré pour son fils, il ne pouvait cesser de nourrir ses questions au sujet de Tracker et de Prue. Déjà, il avait cru voir Tracker sur le toit de la Chambre des Lords, avant de s'apercevoir qu'il y avait plusieurs personnes habillées comme elle. Cette vision avait été plus que troublante d'ailleurs. Faisait-elle partie de la bataille ? Si c'était le cas, pourquoi ? Et surtout, qui étaient ces gens qui les avaient aidés ? Ils n'étaient pas nombreux, mais mortellement efficaces. Lyall n'avait pas eu le temps de les observer en détail, mais le peu qu'il avait vu avait suffi pour affirmer qu'ils étaient de redoutables combattants. De véritables machines, faisant de nombreuses victimes sur leur passage.
 
Quant à Prue... il avait pu la voir se battre encore une fois, et il était toujours plus impressionné. Elle l'avait aidé à tenir face au surnombre, aussi agile et rapide que Tracker lorsqu'elle se battait seule contre tous. C'était troublant à vrai dire. Prue avait l'âme d'une guerrière. Elle se battait jusqu'à la mort, sans jamais renoncer, sans jamais reculer. Elle se lançait dans des combats acharnés, bougeait très souvent pour défendre des positions stratégiques, ou au contraire se placer au c½ur des lignes ennemies. Son efficacité et son sang-froid laissaient Lyall perplexe. Il était persuadé qu'elle avait fait plus de victimes à elle seule que plusieurs Aurors réunis. La voir arriver dans le couloir de l'hôpital, couverte de sang, n'avait fait que renforcer l'image de soldat qu'il avait d'elle. On aurait dit un prédateur revenu d'un combat de territoire. Il savait avant qu'elle lui dise que le sang sur elle ne lui appartenait pas. Cela lui avait semblé évident. Cela gênait quelque peu Lyall d'ailleurs, car il trouvait que l'image de la bête féroce lui allait un peu trop bien.
 
Lily arriva en trombe dans le couloir, sortant les Aurors de leurs sombres pensées. Elle tenait Harry dans les bras et sembla encore plus affolée en voyant que James n'était pas avec ses amis. Remus prit les devants pour la rassurer.
 
-          James va bien, assura Remus. Il est en train d'aider à évacuer les blessés, il ne devrait plus tarder à arriver.
 
A peine soulagée, la jeune maman écouta le récit de ses amis, qui lui racontèrent ce qu'il s'était passé dans les grandes lignes. Elle berça nerveusement Harry contre elle, qui lui semblait imperturbable. Il était le seul à regarder autour de lui sans être touché par la gravité des évènements. Il avait un air très coquin au contraire, comme s'il était amusé par toute cette agitation. C'était beau l'innocence.
 
-          Je vais engager une nounou, comme ça je pourrai revenir travailler à l'hôpital, soupira Lily. Chaque personne va compter pour soigner tous ces blessés.
 
Prudence n'était pas du tout emballée par cette perspective. Elle ne voulait pas qu'une personne inconnue s'occupe de Harry. Tout ce qui pouvait permettre à la prophétie de se réaliser était à bannir d'office.
 
-          Je suis sûre que tes parents seraient absolument ravis d'en prendre soin, fit remarquer Prue.
-          Eux aussi travaillent dans la journée... ma mère pourrait peut-être le garder, elle est seule dans son bureau... mais je ne sais pas si sa chef sera compréhensive. Les moldus ignorent tout de ce qu'il se passe chez nous.
 
Prue se promit de veiller personnellement à ce que cette solution soit possible. Les parents de Lily étant moldus, leurs supérieurs l'étaient aussi... ce qui faciliterait beaucoup les choses. Convaincre la supérieure de sa mère d'accepter un bébé au travail ne sera l'affaire que d'un petit sortilège.
 
Un médicomage leur annonça que Sirius pouvait recevoir de la visite. Ils entrèrent dans la chambre, découvrant le jeune Black sacrément amoché. Il avait le bras droit en écharpe, et une épaisse couche de crème violette sur la quasi-totalité du visage.
 
-          Ça va vieux ? demanda Remus en s'approchant.
 
Sirius haussa les épaules, de mauvaise humeur.
 
-          Comme quelqu'un qui s'est fait sortir de la bataille quelques minutes après son début, répondit-il.
 
Seul Lyall fut surpris de cette réponse. Remus, Lily et Prue soupirèrent, connaissant par c½ur l'état d'esprit de Sirius. Le jeune Black vivait mal le fait de ne pas avoir pu se battre contre les Mangemorts. Lui, il avait simplement été amené à l'hôpital, inconscient, se faisant soigner pendant que ses amis risquaient leur vie. Voilà ce qu'il pensait. C'était absurde bien sûr, car il avait été sérieusement touché par l'explosion, le rendant hors d'état de combattre... mais c'était Sirius.
 
-          Comment vont les autres ? demanda Sirius.
-          James et son père vont bien. Maugrey aussi. Beaucoup de blessés, dont Croupton, et huit morts à déplorer dans nos rangs. Cette bataille a été particulièrement meurtrière, des deux côtés.
 
Des informations qui ne firent qu'augmenter la haine et le malaise de Sirius. Il aurait donné cher pour participer aux combats et défendre le plus de vies possibles en tuant des Mangemorts. Il retrouva néanmoins le sourire en regardant Harry, qui tendait les bras vers lui. Le petit Potter ne semblait pas effrayé par les bandages de son parrain, par contre il était intrigué par la crème sur son visage, qu'il essayait de toucher. Sirius parvint à alléger l'ambiance qui régnait dans la pièce en jouant avec Harry, faisant résonner les rires de l'enfant. Au bout d'une heure, James arriva, seul. Il étreignit Lily avec force, soulagé d'être enfin de retour. Ils avaient la chance de pouvoir se retrouver tous sains et saufs, mais contrairement à ce qu'ils s'étaient dits, pas question de songer à fêter la victoire. Elle avait coûté trop cher.
  
 
| Manoir Voldemort |
 
Les images passaient en boucle sous les yeux du Lord. Il avait désigné ce jour pour être celui d'une victoire fracassante... mais la bataille avait viré à l'échec. Sa fureur n'avait d'égal que son irrépressible envie de frapper encore. L'alerte avait été donnée trop vite à son goût. Il avait hâte de connaître quel avait été l'évènement déclencheur. Si le Mangemort responsable de cette erreur n'était pas mort sur le champ de bataille, le Lord lui réservait un sort bien plus atroce. La bataille était inévitable, il le savait dès le départ. Mais le plan prévoyait que des Mangemorts aient réussi à entrer dans la Chambre des Lords avant... car il savait que des enchantements boucleraient les lieux, rendant une infiltration plus difficile avec les forces de l'ordre sur le dos. Alors qui avait fait un écart ? Pourquoi ? Il était curieux d'entendre la version des survivants... et elle avait intérêt à être crédible.
 
Des coups précipités à la porte l'informèrent du retour de ses troupes. Une poignée de Mangemorts entra, mal en point. Le premier Mangemort ôta son masque, dévoilant le visage haineux de Bellatrix. Le Lord savait qu'elle lui dirait la vérité ; la loyauté de Bellatrix était infaillible.
 
-          Maître –
-          Qui ? coupa le Lord d'une voix glaciale. Qui s'est montré assez stupide pour commettre une erreur sous le nez des Aurors ?
 
Bellatrix garda le silence, visiblement désemparée.
 
-          Nous l'ignorons encore Maître, dit-elle sur un ton d'excuse.
-          Je veux entendre la version de tous les survivants... fais passer le mot. Et que personne ne se fatigue à inventer une histoire... Lord Voldemort saura qui est le responsable.
-          Oui Maître.
-          Quelles sont les pertes ?
-          ...Quatre-vingt-cinq.
 
Une onde de haine se propagea dans le corps du Lord. C'était énorme ! Ahurissant ! Comment les forces de l'ordre avaient-elles pu faire autant de victimes ?! Ses Mangemorts étaient surentrainés pour ce genre d'attaque !
 
-          Morts ou capturés ? demanda le Lord, encore frappé par ce nombre.
-          Seule une dizaine a été capturée...
 
Le Lord réfléchissait rapidement. Il n'arrivait pas à croire que les Aurors et autres résistants aient pu faire autant de morts. Ils avaient visiblement durci leurs méthodes.
 
-          Tu seras chargé de la prochaine vague de recrutement Bellatrix.
-          C'est un honneur Maître.
-          Si vous n'avez pas de bonnes nouvelles à m'annoncer, disparaissez. 
 
Les Mangemorts sortirent, à l'exception de Bellatrix. Elle resta face à son Maître, déterminée.
 
-          Tu as quelque chose à me dire ? demanda sèchement le Lord.
-          Une requête à vous soumettre.
-          Laquelle ?
-          Laissez-moi tuer Prudence Hunt.
 
Et voilà qu'elle remettait ça ! Depuis la bataille de l'Arpège, bon nombre de ses plus fidèles lieutenants désiraient la mort de Prudence Hunt. Pourquoi elle en particulier ? Parce qu'elle avait commencé à faire des dégâts avant même que le Ministère donne carte blanche aux Aurors. Elle n'attendait pas d'être en légitime défense pour tuer. Le Lord savait qu'elle se battait avec hargne pour protéger ses chers Maraudeurs. Son efficacité suscitait une vive haine chez les Mangemorts, qui ne comprenaient pas pourquoi le Seigneur des Ténèbres refusait catégoriquement de la tuer, elle qui était responsable de la mort de tant des leurs. Cette louve enragée était un rival de taille qu'il fallait éliminer. Tous pensaient cela dans le dos du Lord et fulminaient qu'aucune décision ne soit prise à son sujet.
 
-          Je t'ai déjà dit non ! s'impatienta Voldemort.
-          Elle a tué énormément d'hommes encore aujourd'hui Maître, tenta Bellatrix. Nous aurions pu entrer par le côté nord si elle n'avait pas été là ! Nous avions réussi à ouvrir une brèche !
-          Me croirais-tu aveugle ?! siffla le Lord.
-          Non mais
-          Alors cesse de me parler de Prudence Hunt ! intima le Seigneur des Ténèbres.
 
Bellatrix garda respectueusement le silence, bien qu'elle ne comprenne pas son Maître. Elle n'arrivait pas à lui faire entendre raison sur ce point. C'était tellement inhabituel de sa part de se comporter ainsi. Normalement, quand un ennemi devenait trop gênant, son nom était donné à un assassin, et le problème était réglé. Pour cette satanée Hunt, ce n'était pas le cas. Pire encore, le Lord exigeait qu'elle ne soit pas tuée. Il menaçait même de mort toute personne qui désobéirait.
 
-          Puis-je au moins connaître la raison de votre refus ?
-          Parce que sa vie m'appartient. Ne t'en fais pas Bellatrix... je m'occuperai de son cas en temps et en heure. Ne va surtout pas t'imaginer que je l'épargne. Elle paiera, mais pas de sa vie. Il serait bien trop dommage de perdre une telle combattante.
 
Bellatrix retrouva le sourire en comprenant que son Maître avait visiblement un plan concernant Prudence Hunt. Il ne comptait pas en rester là avec elle. Il attendait juste le bon moment pour agir. Bellatrix éprouva une furieuse impatience de découvrir ce que son Maître avait imaginé pour elle. Ce serait sûrement grandiose.
 
 
| Forêt de Dean |
 
~ Point de vue de Prue ~
 
J'avais convoqué les gardiens de mes amis, pour prendre des nouvelles après cette terrible bataille à laquelle ils avaient dû participer dans leur mission de protection. Un seul était au sol. Les autres se tenaient droit. Pour autant, je ne pus en ressortir aucun soulagement. Un mort, c'était déjà trop.
 
-          Je suis vraiment navrée que vous ayez été mêlés à cet affrontement avec les Mangemorts, commençai-je en arrivant.
 
Je fus incapable de leur demander s'ils étaient blessés. Mon regard ne parvenait à se détacher du corps inerte allongé au sol.
 
-          Qui est-ce ? demandai-je dans un souffle.
-          Harper.
 
Voilà donc l'identité du loup que j'avais perdu. Il s'agissait du gardien de Remus. Je m'accroupis auprès de lui, sentant mes entrailles se nouer à nouveau. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée qu'il était mort. J'ôtai son masque, son anonymat ne lui étant plus d'aucune utilité désormais. Je lui fermai les yeux avec douceur, ne supportant pas de voir la Mort dans son regard.
 
-          Tracker ? appela l'un de mes hommes. Quels sont les ordres ?
-          Je ne peux malheureusement pas arrêter la mission, dis-je sur un ton d'excuse. Vos cibles doivent toujours être protégées. Si l'un d'entre vous a besoin de se reposer, ou souhaite laisser sa place, on peut envisager de nouvelles affectations.
 
Mais aucun ne manifesta le désir d'arrêter. Une fois de plus, leur loyauté indéfectible me touchait.
 
-          Est-ce que vous êtes blessés ? finis-je par demander.
-          Rien de grave.
 
Un nouveau silence passa. J'avais le c½ur lourd. Je ne voulais pas qu'ils soient confrontés à tout ça... mais je n'avais pas le choix si je voulais protéger ceux qui m'étaient chers. Je me sentais coupable d'ailleurs d'agir de la sorte. Je me reportai sur le corps de Harper, le coeur blessé.
 
-          Je vais ramener son corps à la famille... j'informerai tout le clan de la date et du lieu d'enterrement.
 
Ils acquiescèrent avant de transplaner, retournant à leur poste de garde auprès de mes amis. Je restai de longues minutes auprès de mon loup défunt, avant de me décider d'effacer la marque du clan de son épaule. Je le ramenai dans ma planque le temps que je fasse des recherches sur sa famille.
 
Il ne me fallut qu'une heure pour découvrir que Harper avait une femme. En réalité, il s'appelait Johann Carter. Il n'avait que vingt-six ans. Je me présentai à la porte de son domicile, où sa femme m'ouvrit rapidement.
 
-          Vous êtes...? demanda-t-elle avec surprise.
-          Auror Hunt, dis-je en montrant mon badge. Je peux entrer ?
 
Je vis à son regard qu'elle commençait à se douter de la mauvaise nouvelle.
 
-          Il est arrivé quelque chose à Johann ?
-          Oui... j'ai le regret de vous annoncer qu'il a perdu la vie dans la bataille qui a éclaté un peu plus tôt dans la journée.
 
Elle resta de marbre pendant de longues secondes, n'osant croire ce que je lui disais.
 
-          Il est mort en héros, ajoutai-je avec sincérité.
 
Des larmes commencèrent à couler lentement sur ses joues, avant qu'elle ne craque pour de bon. Je restai auprès d'elle un long moment, apportant le réconfort que je pouvais. Je lui devais bien ça.

 

Au moment de partir, je remarquai une photo de leur couple, leur visage imprégné de bonheur. Ce fut comme un coup de lame dans ma poitrine, car c'est pour protéger Remus que Johann était mort. Même si mes hommes savaient en s'engageant dans mon clan que le travail confié pouvait mal tourner, cette réalité était dure à accepter. Où étais-je pendant que l'un des miens était en mauvaise posture ?
 
 
| 21 août 1980 |
 
Je m'étais infiltrée dans la chambre funèbre avec un autre membre de la meute, où mon jeune loup décédé reposait dans son cercueil encore ouvert. Sa femme venait de sortir, nous laissant quelques minutes encore avec notre frère défunt. Il avait un visage si paisible. Je plaçai son couteau dans sa main gauche, et sa baguette dans sa main droite. Je positionnai ses bras en croix et arrangeai une mèche sur son front. Des larmes commencèrent à me piquer les yeux. C'était la première fois que je disais adieu à l'un des membres de mon clan. Le seul autre loup qui était mort avant lui était Karmador, et il n'avait pas eu droit à un hommage de notre part. Mais Johann Carter... lui il restera dans nos mémoires. Un autre de mes assassins s'était porté volontaire pour être le nouveau gardien de Remus, mais cela ne remplacera pas celui que nous avions perdu. Des bruits de pas me ramenèrent à la réalité. Je fermai le cercueil et sortis en vitesse avec mon camarade, sans laisser de trace.
De nombreuses personnes étaient présentes à l'enterrement de Johann. Mon clan était quasiment au complet pour l'occasion. Seuls ceux affectés à des missions délicates n'avaient pu venir rendre un dernier hommage à leur frère décédé. Nous avions choisi de ne pas nous mêler aux civils. Nous observions l'enterrement de loin, depuis une colline. C'était la première fois que j'assistais à un enterrement d'un membre de la meute, et je craignais que ça ne puisse pas être le dernier.
 
Chapitre 26 : Bras de fer
 
Bonsoir ! Désolée pour les deux jours de retard, mais il était long ce chapitre ! :P
Comme vous pouvez le voir, on reprend du rythme avec cette bataille, le calme aura été de courte durée. J'espère que ça vous a plu, votre avis sera apprécié.
Le mot de Tracker : "Le secret de la victoire" est en ligne !
Sur ce, je vous souhaite une bonne semaine :)
A bientôt !

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.92.197.82) if someone makes a complaint.

Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    j'adore les passages avec harry. sinon je trouve triste que prue aie perfu un membre de sa meute.

  • Hurricany

    21/06/2016

    Désolé de ma longue absence. Mais avec les examens de fin d'années pas facile de se trouver du temps de libre. Peu importe, aujourd'hui j'en ai.
    Très gros chapitre, fort en action et en rebondissement. La mort de Harper m'a fendu le coeur. Je ne m'étend pas plus et cours au prochain chapitre.

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    mais je passe au chapitre suivant dès maintenant :)

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    je suis vraiment désolée pour le retard, mais j'ai beaucoup a faire en ce moment

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    en tout cas c'était encore un excellent chapitre

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    Mais Lyall est pas très loin de découvrir la vérité sur Prue

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    en tout cas je suis contente que les maraudeurs s'en soient tous sortis

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    mis il doit y avoir des pertes dans une bataille on a pas le choix

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    c'est vraiment triste pour le loup

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    bravo pour les détails, ça nous met vraiment dans l'ambiance

Report abuse