Chapitre 27 : La plus belle rose

« La rose a toujours été ma fleur favorite... mais à partir d'aujourd'hui, elle devient un nouveau symbole à mes yeux, et le restera pour toujours. »
 
Chapitre 27 : La plus belle rose

 

| 20 août 1980 熉 Ministère de la Magie 熉 QG des Aurors |

 
Chapitre 27 : La plus belle rose


 

Chapitre 27 : La plus belle rose

 


 
Je jetai le journal sur le bureau, lassée de lire toujours sensiblement les mêmes choses. Les médias relataient la violence de la bataille, qui avait fait de nombreux morts et blessés, sans jamais oublier de souligner le courage des combattants et la volonté dont nous faisions preuve à poursuivre la lutte, nous les Aurors. C'était l'occasion de rendre espoir aux gens dans cette sombre période. La population ne nous voyait pas faiblir sous les coups. Au contraire, chaque attaque des Mangemorts ne faisait que renforcer notre détermination à les vaincre. Moi-même, j'étais agréablement surprise par l'attitude de nos politiques.

 

Fudge était toujours aussi réticent à l'idée de prendre des mesures de lui-même... mais il ne s'opposait pas aux propositions de Croupton. Quelque part, c'est comme s'il nous laissait régler ce problème, à notre manière. Il s'effaçait, laissant Croupton se remonter les manches à sa place. En revanche, depuis la bataille de l'Arpège, les choses avaient changé. Pour la population, ce jour avait insufflé un vent d'espoir et de courage, car nous avions prouvé que les Mangemorts pouvaient battre en retraite. Pour les politiques, l'arrestation d'Orion Black les avait poussés à faire le ménage au Ministère, pour sauver la face après ce scandale. Fudge faisait donc en sorte de montrer sa volonté à se battre contre les Mangemorts, pour essayer de rattraper cette énorme bavure. Les journalistes s'étaient déchaînés sur lui, surtout que Maugrey n'avait pas hésité à laisser sous-entendre qu'on avait des raisons de douter de Black depuis longtemps. Alors, pour remonter dans les sondages, Fudge était plus enclin à soutenir toute action prouvant aux Anglais qu'on ne restait pas sans rien faire. Mieux encore, nous étions encouragés. En comparaison avec le début de la guerre, c'était le jour et la nuit. Cette nouvelle victoire à la Chambre des Lords n'avait fait que redonner du punch.
 
-          C'est la première fois que Skeeter nous met à l'honneur, commenta Remus, lui aussi en train de lire.
 
Je ricanai. Voilà encore une preuve des orientations politiques actuelles. Skeeter était plus à l'affût de nos exploits que de nos erreurs en ce moment. Bon nombre d'entre nous avaient eu droit à une citation dans un article, ou dans des témoignages. Remus s'était fait remarquer en sauvant trois civils. James et son père avaient évacué de nombreux blessés graves alors que la bataille faisait encore rage, permettant aux médicomages de sauver des vies en risquant la leur. J'étais très fière d'eux. Je les admirais même. Eux n'avaient pas eu d'entraînement intensif comme moi, et ne disposaient pas de pouvoirs particuliers pouvant leur donner l'avantage ou les protéger d'attaques surprises. Leur mérite n'en était que plus grand. Les Maraudeurs me prouvaient à chaque fois à quel point j'avais eu raison de les choisir... à quel point c'étaient des personnes exceptionnelles. La prophétie était crédible... ils avaient les capacités d'entrer dans l'Histoire.

En ce qui me concerne, j'avais bien évidemment brillé par ma force de frappe, tout comme Maugrey et Lyall. Personne n'avait le moyen de compter, mais nos collègues étaient d'accord pour nous attribuer l'élimination de nombreux Mangemorts. Nous nous étions montrés sur tous les points les plus chauds de la bataille. Pour ma part, j'avais été mise en lumière notamment grâce au sauvetage des otages.
Seul Sirius n'avait pas eu droit à des éloges, évacué trop tôt. Cela lui laissait un goût très amer d'ailleurs. Etre cité dans le journal, il s'en fichait royalement, ce n'était pas de la jalousie. Par contre, lire que ses amis avaient risqué leur peau de manière remarquable était douloureux. Il s'en voulait encore de ne pas avoir pu combattre auprès de nous. Il avait le sentiment de nous avoir "lâchés", malgré notre réconfort à ce sujet. « Tu auras d'autres occasions de botter le cul de ces enfoirés ! » lui avait assuré James à l'hôpital. Mais Sirius était trop blessé dans son orgueil pour se réconforter avec de simples paroles. Il estimait que c'est sur le champ de bataille qu'on avait le plus besoin d'Aurors, et qu'il avait manqué à son devoir. Remus lui avait répondu avec sagesse que la guerre ne se remportait pas seulement lors des affrontements, et que son travail du quotidien était une belle contribution qui comptait tout autant.
 
Mon compagnon ne se doutait sûrement pas à quel point il avait raison, car effectivement, avant que cette guerre puisse se remporter sur le front, il fallait détruire tous les Horcruxes, et c'était un travail minutieux dans l'ombre. C'est pourquoi, j'étais très préoccupée par la réaction de mon père après cette cuisante défaite. J'étais à l'affût du moindre indice pouvant m'apporter des réponses. Il allait se relever en recrutant, c'était une certitude... mais allait-il battre temporairement en retraite le temps de se remettre ? Allait-il renoncer à de nouveaux attentats en sentant que le vent n'était plus à son avantage ? C'était une réaction que j'espérais. Une réaction qui était nécessaire même.

 

Mon père avait toujours prévu de sortir de l'ombre uniquement lorsque ses proies seraient affaiblies. Mais les batailles de l'Arpège et de la Chambre des Lords ne faisaient que montrer des forces de l'ordre plus résistantes que jamais. Un prédateur digne de ce nom n'attaquerait pas de front une proie si animée par le désir de survivre. Pour l'instant, une nouvelle frappe de sa part ne ferait qu'augmenter le nombre de victimes dans ses rangs... et malgré le peu d'intérêt qu'il accorde à ses Mangemorts, ces derniers étaient indispensables à la suite de ses projets. Mon père se retrouvait donc avec l'immense frustration de devoir réviser ses plans. Du moins, je l'espérais. S'il était capable de continuer au même rythme malgré les pertes subies, cela en dirait long sur la taille de son armée, que j'aurais moi-même sous-estimée. Alors j'espérais de tout c牉ur qu'il se calme. J'avais besoin de gagner du temps pour retrouver les Horcruxes.
 
-          Tu ne m'avais pas dit pour les otages ! s'exclama Remus, qui avait visiblement eu la curiosité de lire les témoignages.
-          Il s'est passé tellement de choses que je n'y ai plus pensé, dis-je en haussant les épaules.
-          D'après les témoignages, ils étaient huit Mangemorts, et tu as réussi à les tuer sans baguette.
-          C'est exact. Par chance, l'enfoiré de Mangemort qui m'a amenée là m'a fait traverser une fenêtre... je n'ai eu qu'à user de la télékinésie sur les morceaux de verre pour m'en débarrasser.
 
J'avais déjà lu le témoignage en question. Mon sauvetage m'avait à nouveau accordé une place dans le journal, mais je n'aurais su dire si c'était à mon avantage ou non. Les otages me remerciaient de les avoir sauvés bien sûr, mais ils avaient aussi précisé avec quel sang-froid j'avais tué les Mangemorts, alors que la situation semblait hors de contrôle. Et franchement, en ayant utilisé du verre comme arme, autant dire que j'avais opté pour une mort brutale et sanglante, qui n'avait pas manqué d'en choquer plus d'un. Cependant, je n'avais même pas cherché à adoucir ces témoignages en rappelant à quel point la situation était délicate et mes options limitées. Je m'en fichais de ce qu'ils pensaient. Je n'avais pas à me justifier. J'étais désarmée, menacée, et avec huit otages à sauver... c'était la situation idéale pour me servir de la carte blanche accordée par Croupton, sans me retrouver dans le Bureau des Affaires Internes. Alors, quand les journalistes tentaient de m'accoster, je les invitais à aller voir ailleurs. C'était trop facile de critiquer après coup... ils n'étaient pas là dans le feu de l'action, à affronter l'Armée du Mal. Ils ne savaient pas ce que c'était. 
 
-          Tu n'aurais pas pu te contenter d'éloigner les Mangemorts des otages ? demanda Remus, ne semblant pas comprendre.
 
Je le regardai droit dans les yeux, sans perdre mon calme. Il m'observait avec attention, comme s'il avait soudainement remarqué quelque chose de gênant. Effectivement, la télékinésie m'aurait permis de repousser les Mangemorts. A la place, j'avais préféré user de mon pouvoir pour tuer... encore une fois. 
 
-          Si, j'aurais pu, avouai-je. Mais je n'avais aucune raison de « m'en contenter ».
-          Comment peux-tu dire ça ? s'étonna Remus.
-        Ils ne méritent pas d'être épargnés, dis-je froidement. Sans mes capacités magiques... huit innocents seraient morts à la place de ces enfoirés, et qui sait ce qu'ils m'auraient fait ! Alors si tu te demandes si j'ai eu de la pitié pour eux... ou si j'ai seulement hésité une seconde... la réponse est non.
 
Remus sembla encore plus troublé par ma réponse. Peut-être qu'il ne s'était pas encore rendu compte à quel point il m'était aisé de tuer l'ennemi. Lui n'était pas encore prêt à tuer à vue... il essayait toujours de capturer les Mangemorts, et ne se résignait à tuer qu'en dernier recours, ce qui le hantait chaque fois. Là encore, la différence entre nous était frappante. La carte blanche offerte par Croupton n'avait pas d'effet sur lui... car contrairement à moi, ce n'étaient pas les lois ou la crainte d'être viré qui le retenaient, mais sa conscience... et une âme dénuée de haine. Il refusait de briser une vie, aussi misérable et détestable soit-elle. Je n'avais pas cette noblesse dans mon coeur gonflé de rage. 
 
-          Lupin ! Hunt ! aboya Maugrey. On se remet en chasse !
 
On se leva d'un bond pour rejoindre notre chef, curieux de savoir de quoi il s'agissait cette fois. Mais je savais que cette courte discussion ferait réfléchir Remus, et relancerait de vieilles questions à mon sujet. Peu importe. Ma haine envers les Mangemorts était trop visible pour que je songe à la lui cacher. Ce n'était un secret pour personne. Je les détestais au plus haut point.
 
 

| QG de la Brigade Secrète 熉 22h |

 
 
Lyall m'attendait au QG de la Brigade, seul. Je m'attendais à une réunion à la suite des évènements... mais pas en tête à tête. 
 
-          Bonsoir Tracker.
-          Bonsoir. Je vous présente mes condoléances pour ceux que vous avez perdus.
 
Lyall acquiesça, la mine sombre.
 
-          Nous avons déjoué un attentat d'envergure, reprit Lyall. La défaite aurait été catastrophique... et pourtant, je n'arrive pas à être satisfait.
-          Il n'y a pas de vainqueurs à la guerre, il n'y a que des survivants.
 
Mon partenaire garda le silence, songeant sans doute à ses amis perdus ou gravement blessés. 
 
-          Je reste convaincue que cette bataille était la meilleure chose à faire, dis-je. L'Armée du Mal a pris un sacré coup. Il lui faudra du temps pour s'en remettre.
-          Nous aussi.
-      C'est du temps de gagné Lyall. Vous savez aussi bien que moi combien c'est nécessaire. Tant que nous n'en aurons pas fini avec les Horcruxes, cette guerre sera sans fin. Cette bataille a été rude, mais au moins, elle va nous accorder quelques mois de répit. Ce n'est pas négligeable.
-          Je le sais bien. J'ai juste trop d'enterrements de prévu pour les prochains jours...
 
Alors que moi, grâce à mes hommes, je n'en avais eu qu'un. C'était déjà trop à mes yeux, mais en voyant toutes les pertes subies à l'issue de cette bataille, je ne pouvais pas me plaindre. Le bilan aurait pu être plus lourd pour moi aussi. J'aurais pu tout perdre en une journée. 
 
-       Je tiens à vous remercier pour l'aide que vous nous avez apportée dans la préparation de cette bataille... vos conseils nous ont été utiles, remercia Lyall.
-          Vous m'en voyez ravie.
-          J'ai cru vous voir sur le champ de bataille... sur le toit de la Chambre des Lords, reprit Lyall après un court silence.
-          J'ai participé aux combats Lupin, mais pas avec mon masque d'assassin.
 
J'avais piqué la curiosité de Lyall en disant cela. Il semblait essayer de se souvenir qui j'aurais bien pu être, mais nous étions si nombreux qu'une identification était impossible.
 
-          Vous avez vu ces gens qui étaient tout en noir ? demanda mon partenaire.
-          Oui.
-          Qui étaient-ils ?
-          En quoi est-ce important ?
-          Ce n'est pas la première fois que nous recevons une aide mystérieuse.
 
Je haussai les épaules. Lyall faisait référence à l'embuscade, où mes loups nous avaient tous sauvé la vie.
 
-          Si des gens ont envie de vous protéger et de combattre à vos côtés, c'est une bonne chose, répondis-je.
-          J'étais persuadé que vous étiez mêlée à tout ça.
-          Qu'est-ce que ça change ? Toute aide est la bienvenue dans votre situation. Peu importe d'où elle vient, prenez-la, c'est tout. Elle vous est offerte.
 
Je voyais bien que Lyall voulait savoir le fin mot de l'histoire, mais je n'étais pas prête à lui révéler que j'avais effectivement assigné une mission de protection à des assassins presque aussi redoutables que moi. Lyall avait suffisamment de doutes à mon sujet, pas la peine d'en remettre une couche. Si je l'avouais ça, cela revenait presque à lui dire qui j'étais.
 

 
| 22 août 1980 熉 Godric's Hollow|

 
Albus Dumbledore nous avait convoqués chez lui, les Maraudeurs et moi. D'autres personnes étaient présentes. J'en reconnus certaines, comme Minerva McGonagall, Franck et Alice Londubat, et Maugrey. Il y avait des policiers, des Aurors, des célébrités ou au contraire de parfaits inconnus. En voyant tous ces visages, je compris l'objet de la convocation de Dumbledore. Je savais que ce moment finirait par arriver.
 
-          Merci à tous d'être venus, commença Albus. Je n'ai pas besoin de revenir sur les derniers évènements pour rappeler à quel point le pays est enlisé dans une guerre qui ne semble jamais vouloir se finir. L'ennemi est de taille, et malheureusement, les méthodes officielles parfois limitées, malgré de gros efforts de la part du Ministère. C'est pourquoi, j'ai pensé il y a longtemps à fonder une résistance, dans l'ombre, contre Voldemort. Bon nombre des courageuses personnes qui emplissent cette pièce m'ont rejoint dès le départ. Maintenant que les bases sont posées et notre organisation en marche, je pense qu'il est temps compte tenu du contexte actuel d'envisager un recrutement plus massif. Toute personne ayant la volonté de se battre contre les Mangemorts sera la bienvenue, dans ce que nous avons baptisé : l'Ordre du Phénix.
 
Les Maraudeurs échangèrent un regard qui voulait tout dire : ils étaient partants. Comme toutes les personnes qui ne faisaient pas encore partie de l'Ordre d'ailleurs. Dumbledore n'avait fait venir que des personnes qu'il était quasiment sûr de recruter, sans doute pour pouvoir parler librement de l'Ordre du Phénix. C'était étrange pour moi d'assister à cette réunion. Elle me rappelait bizarrement la première que mon père avait organisée, même si elle avait été radicalement différente. Mon père n'était entouré que de l'élite, et ne recherchait que des serviteurs pour construire une armée. Dumbledore semblait mettre un point d'honneur à composer une équipe soudée de personnes différentes, venant de tout horizon.

 


Alors que les Maraudeurs discutaient de l'Ordre, se demandant bien à quoi pouvait ressembler les actions menées par Dumbledore, ce dernier vint vers nous.
 
-          James, je sais que tu es père depuis peu, je ne te demande pas de me rejoindre, précisa Dumbledore en venant vers nous.
-          C'est justement parce que je suis père que je souhaite me battre pour un avenir meilleur, répliqua James. Je refuse que mon fils connaisse la guerre.
-          C'est tout à ton honneur, mais je pense que cette décision devra être prise avec Lily.
-          Je suis sûr qu'elle n'y verra pas d'inconvénient, assura James. Je suis Auror après tout... je risque déjà ma vie au quotidien.
-          Tiens-moi au courant. Quant à vous... ?
-          Nous sommes à vos côtés, répondit Sirius aussi sec.
 
Remus acquiesça, manifestant son envie de rejoindre l'Ordre, et j'en fis évidemment de même. Voilà qu'un nouveau tableau se rajoutait. J'allais perdre le compte à force... sans parler du fait qu'ils étaient tous liés. Je me demandais sérieusement combien de temps j'allais pouvoir tenir ma couverture à force de jongler entre tous ces rôles.
 
-          Servilus ?! s'étonna James alors que Dumbledore s'éloignait.
-          Tiens tiens... Potter, répliqua Rogue de sa voix traînante.
-          Qu'est-ce que tu fais là ? demanda sèchement Sirius.
-          Deux secondes de réflexion t'auraient évité cette stupide question.
-          Tu fais partie de l'Ordre ?! s'étouffa le jeune Black.
-          Depuis longtemps. Tout le monde ne se contente pas d'être un soldat sur le front.
 
Remus dut retenir ses amis pour les empêcher de se jeter sur Rogue, qui arborait un sourire cynique. Il regardait les Maraudeurs avec un certain mépris. C'était en quelque sorte sa victoire sur eux. Lui avait rejoint les rangs de Dumbledore depuis le début. En vrai, c'est moi qui lui avais "suggéré" après la découverte de la prophétie, et il l'avait fait. Cependant, il aurait tout aussi bien pu arrêter par la suite. 
 
-          Je suggère que vous laissiez vos petites querelles d'anciens camarades de classe de côté, réprimandai-je. Maintenant, nous allons combattre côte à côte, pas question de se considérer en ennemis.
 
James et Sirius lancèrent un regard noir à Rogue, avant que celui-ci retourne auprès de Dumbledore sans ajouter mot.
 
-          Comment peut-il lui faire confiance ?! chuchota furieusement James en fusillant le dos de Dumbledore du regard. Tout le monde sait que Rogue a un penchant pour la magie noire !
-          Si Dumbledore lui fait confiance, nous devons en faire de même, fit remarquer Remus.
-          Dumbledore peut se tromper ! objecta Sirius.
-          Je ne pense pas que Dumbledore fasse entrer n'importe qui dans l'Ordre, rétorquai-je. Grandissez un peu, laissez vos chamailleries derrière vous. Nous sommes en guerre, il faut se serrer les coudes.
 
Sirius nous lança un regard courroucé à Remus et moi, outré qu'on prenne la défense de Rogue. Si James et Sirius savaient le rôle essentiel que Rogue jouait dans cette guerre, peut-être qu'ils réviseraient leur opinion à son sujet. Même si j'étais à l'origine de sa candidature pour rejoindre Dumbledore, je n'y étais pour rien dans tout ce qu'il avait fait depuis. Rogue continuait de risquer sa vie en étant un agent double auprès des Mangemorts. Sa couverture devait être très délicate à conserver dans un tel nid de serpents. Pourtant, jusqu'à maintenant, il n'avait encore jamais failli. Quelque part, je comprenais pourquoi Lily avait pu être amie avec une personne de premier abord aussi peu fréquentable. Derrière son masque impénétrable, si on regardait bien, il était possible d'apercevoir la bonne personne qu'il était secrètement. Son efficacité en tant qu'agent double en était la preuve. Il aurait très pu basculer une seconde fois au profit de Voldemort... mais il ne cédait pas à la tentation. 
 
Pendant le reste de la réunion, Dumbledore nous expliqua plus en détails en quoi consistait l'Ordre du Phénix. Contrairement à la Brigade Secrète, Dumbledore n'avait pas vocation d'affronter l'ennemi directement, sauf pour venir en renfort lors des batailles bien sûr. Non, Dumbledore visait davantage les actions touchant l'ennemi sans que celui-ci ne s'en rende compte. Renseignements, infiltration... c'était beaucoup d'espionnage et de relationnel avec les bonnes personnes. Ce n'était pas plus mal, car ces groupes de résistants de l'ombre se complétaient. L'Ordre du Phénix pour la finesse, la Brigade Secrète pour les opérations coup de poing. Les deux me semblaient nécessaires pour en finir avec cette guerre dans les meilleurs délais. Dumbledore était quelqu'un de très intelligent, qui savait s'entourer des bonnes personnes. Je lui faisais confiance pour conduire dans l'ombre la chute de mon père.
 

 
| Manoir des Potter |

 
Nous avions profité d'être à Godric's Hollow pour aller dire bonjour à Lily. Elle lisait sur le canapé, son fils dans ses bras. Le bébé se réveilla au son de la voix de son père. Il tendit les bras vers lui, au plus grand bonheur de James qui le prit contre lui.
 
-          Alors, que voulait Dumbledore ? demanda Lily en reposant son livre.
 
Sirius échangea un regard avec son frère de c牉ur, qui ne semblait pas décidé à aborder le sujet maintenant. C'était sans compter sur le sens d'observation de Lily, qui remarqua de suite que quelque chose se tramait. 
 
-          James, dis-moi ce qu'il se passe, intima la jolie rousse.
-        Dumbledore a fondé... un groupe de résistants, expliqua James.  Il nous a proposé d'en faire partie.
 
Lily garda le silence quelques instants. Les deux parents avaient le regard fixé sur Harry. En fait, nous nous étions tous tournés vers l'enfant. S'investir personnellement dans la résistance n'est jamais un choix aisé... car les risques sont énormes. Mais quand il y a un enfant au milieu, le choix du sacrifice est pire que tout. 
 
-          Je suppose que tu as accepté, dit-elle sur un ton d'évidence.
-          Oui, avoua James.
-          Alors tu comprendras que j'accepte à mon tour ?
-          Quoi ? Non mais ça va pas ?!
 
Mes entrailles se nouèrent. Je fus incapable de me détacher de Harry pendant que James et Lily commençaient à se disputer. La détermination des Potter à se battre contre Voldemort était noble... mais je voyais de jour en jour l'ombre de la prophétie réapparaître. J'avais réussi à déjouer Rogue, Trelawney, Peter... mais je ne pouvais pas empêcher les Potter de se battre contre mon père, de leur propre chef. S'ils rejoignaient l'Ordre du Phénix tous les deux, ils seraient forcément exposés au même risque de mort que nous tous. « Ceux qui l'ont trois fois défié... ». Les paroles de la prophétie revenaient me hanter. J'avais la désagréable sensation que j'étais en train de perdre le contrôle sur le déroulement de l'histoire que j'avais choisi de changer. 
 
-          Tu pensais sérieusement que je resterais tapie dans cette maison avec notre fils pendant que toi tu risques ta vie ? rétorqua vivement Lily. La guerre nous concerne tous ! Si Dumbledore organise la résistance, je veux en être !
 
James semblait désespéré, tout comme les autres Maraudeurs. Lily n'était pas influençable. C'était une femme de raison, très intelligente, qui savait à quoi elle s'engageait en rejoignant l'Ordre. Si elle était prête à prendre le risque, son propre mari ne pourrait pas l'en dissuader. Harry commença à pleurer, sans doute affecté par la montée de ton de ses parents. L'ambiance était électrique, et nous regrettions d'avoir accompagné James. C'est une discussion qu'ils auraient dû avoir seuls. Je pris Harry des bras de James avec douceur, et fis signe aux autres de me suivre à l'étage, pour laisser James et Lily discuter tranquillement. Même si je savais très bien que James ne parviendrait pas à la faire changer d'avis.
 
-          Elle a du cran, reconnut Sirius en fermant la porte de la chambre de Harry.
-          Oui, soupirai-je. On ne peut pas lui en vouloir.
 
Personne ne le dit, mais on y pensait tous : que deviendrait Harry si ses parents mourraient dans leur tentative de ramener la paix en Angleterre ? Sirius se triturait les mains nerveusement, préoccupé. S'il arrivait quelque chose aux parents, ce serait à lui et moi de prendre la relève, en tant que parrain et marraine. Je ne voulais pas envisager cette possibilité. Mon père ignorait toujours l'existence de l'Ordre après tout, nous n'étions pas en danger de mort. J'essuyai doucement les larmes des joues du petit Harry, qui avait fini par se calmer. Je sentis mon c牉ur se serrer en voyant la tristesse dans ses yeux verts. Sirius lui fit une grimace par-dessus mon épaule, ramenant bien vite un sourire rieur sur son visage. Je confiai mon filleul à Sirius, pendant que je réfléchissais à la suite des évènements. L'Ordre du Phénix allait encore m'apporter du travail dans cette guerre. Je craignais que mes journées ne soient pas assez longues pour me permettre d'être sur tous les fronts à la fois. Malheureusement, je ne voyais pas comment je pouvais envisager d'en délaisser un au profit d'un autre.
 
James arriva plusieurs minutes après, inquiet et énervé. Il semblait au bord de la crise de nerfs.
 
-          Elle ne changera pas d'avis, dit-il, ne surprenant personne. Comment peut-elle être aussi bornée ?!
-          C'est toi qui dis ça ? taquina Sirius.
-          Je refuse que mon fils soit orphelin ! s'emporta James.
-          Et c'est parce qu'elle le refuse elle aussi qu'elle se battra à tes côtés, intervins-je.
 
Ça ne me plaisait pas que les Potter s'impliquent autant dans la guerre... mais il fallait se rendre à l'évidence. James était Auror... Lily une née-moldue... ils étaient déjà des cibles potentiels des Mangemorts. Au moins, en combattant ensemble, ils pourraient veiller l'un sur l'autre.
James ne semblait pas convaincu, trop apeuré à l'idée de perdre sa femme dans cette guerre. Il connaissait les horreurs des batailles... il ne voulait pas que Lily vive la même chose. Je me tournai à nouveau vers le jardin, l'esprit vagabondant à la recherche d'une idée pour le prochain Horcruxe. Le temps pressait. Si je voulais que les Maraudeurs prennent le moins de risque possible, il fallait que la quête des Horcruxes avance. 
 

 
| 01 octobre 1980 熉 Manoir Halliwell |
 
 

C'était le premier week-end où je pouvais souffler un peu. Même si mentalement je n'étais pas au repos, l'esprit torturé par des hypothèses pour retrouver les Horcruxes, au moins, j'étais au manoir. Lily et James m'avaient confié la garde du petit Harry, pendant qu'ils allaient faire quelques courses. Du coup, Sirius était venu squatter, profitant de l'occasion pour passer l'après-midi avec son filleul. Ça m'arrangeait qu'il soit là à vrai dire, car je pouvais continuer mes recherches tranquillement sans avoir à trop m'occuper du jeune Potter. Même si Sirius venait me déranger souvent pour m'impliquer un peu dans la garde de mon filleul...
 
-         Prue, regarde-moi ça ! Tu as vu un peu l'air qu'il a ! Il n'a pas besoin de parler pour se faire comprendre.
-        Oh voyez-vous ça... et qu'est-ce qu'il veut le petit Potter ? demandai-je en reportant mon attention sur lui.
-          Jouer bien sûr ! Aller viens, tu n'as pas décroché de tes ... de tes... tu regardes quoi d'ailleurs ?
-     Oublie ça, dis-je en donnant un coup de baguette pour ranger les papiers en question.

 

Sirius perdit son sourire joueur face à ma réaction. Il avait la preuve désormais que je cachais quelque chose. Peu importe. Je préférais qu'il ait des soupçons plutôt qu'il voie réellement sur quoi je travaillais. Je ne pouvais pas empêcher les Maraudeurs de s'impliquer dans la guerre, mais je pouvais les tenir éloignés de la quête des Horcruxes.

 


-          Toi, tu mijotes quelque chose.
-          Fort possible en effet, répondis-je sur un ton énigmatique. Où est Remus ?
-          Il se balade dans le jardin. La pleine lune le tracasse, comme d'habitude.
 
Je regardai au-dehors, et vis effectivement Remus au loin qui marchait tranquillement. J'étais tellement prise par ma quête que j'avais oublié l'imminence de la pleine lune.
 
-          Je te confie la maison, pas de bêtise avec Harry, dis-je à Sirius.
-          Nous, faire des bêtises ?!
 
Il échangea un regard avec Harry, qui semblait très amusé par l'air faussement offusqué de son parrain.
 
-          Jamais de la vie, pas vrai Harry ?
 
Le jeune Potter rit en guise de réponse attendrissante. Je lui fis une grimace au passage, redoublant ses éclats de rire, avant de rejoindre mon beau loup au-dehors. C'était une belle journée, malgré une température qui annonçait déjà l'approche de l'hiver. Remus était près d'un gros rosier, dont la floraison résistait encore à la saison. Il était impressionnant par sa taille et la beauté de ses fleurs. Les roses étaient d'un rouge pur et dégageaient une odeur intense. C'était le plus imposant du domaine, et sans aucun doute mon préféré.
 
-          Il est magnifique n'est-ce pas ? dis-je en arrivant près de Remus.
-          Oui.
 
Un grand rire nous fit retourner tous les deux. Au loin, je vis Sirius sortir avec Harry, à peine visible tellement il était bien emmitouflé. Sirius s'amusait à lui faire faire l'avion, tout en prenant la direction de la fontaine.
 
-          Lily va le tuer si Harry attrape froid, fit remarquer Remus.
 
Je ne me faisais pas trop de souci à ce sujet. Harry était bien couvert, et lui montrer les poissons de la fontaine ne devrait pas prendre trop de temps. Par contre, ça devrait l'émerveiller quelques minutes. J'avais rempli la fontaine d'espèces magiques, aux couleurs étonnantes. 
Le jardin du manoir arborait des couleurs flamboyantes à cette saison. Il n'y a pas une seule saison où le paysage était triste. J'avais toujours cette sensation de bien-être dans ces lieux paisibles. Le calme régnait autour du nous, agréablement troublé par les rires de Sirius. Je crois que je l'avais rarement vu aussi heureux. Il était celui qui partageait le plus le bonheur de la famille Potter. Cet enfant avait apporté une lueur dans sa vie.
 
-          Ça va toi ? demandai-je à Remus en le voyant se reporter sur le rosier.
-          Comme un loup qui s'apprête à se réveiller.
 
Chaque mois, l'approche de la pleine lune affectait l'humeur et le comportement de Remus, qui devenait encore plus solitaire. J'avais l'habitude de ce petit changement. Le loup en lui commençait à se manifester, après un mois de sommeil profond. La potion ne pouvait rien contre ça. 
 
-          Moi il commençait à me manquer ce beau loup, soufflai-je en le prenant dans mes bras par derrière.
-          Tu es bien la seule.
-          Allons Remus, ça fait une éternité qu'on n'a pas pu passer la pleine lune dehors ! Demain on ne bosse pas, et la nuit va être claire... toutes les conditions sont rassemblées pour qu'on chasse !
-          Si tu le dis.
-          Bien sûr que je le dis ! Alors retrouve le sourire mon cher Lunard, ce soir, le couple alpha est de sortie !
 
Je voulus entrainer Remus vers le manoir, mais il me retint, un faible sourire aux lèvres.
 
-          Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je avec sérieux.
-          C'est ce que tu veux ?
-          Quoi ?
-          M'accompagner... vivre avec moi et Lunard... pour toujours.
-          Remus, je veux vivre à fond chaque jour avec toi, chaque nuit... partager les meilleurs moments que la vie a à nous offrir, et t'épauler dans les pires. Je t'ai choisi il y a longtemps, alors s'il te plait, cesse d'en douter ; je t'aime.
 
Remus s'approcha de moi, le sourire aux lèvres. Il y avait une lueur dans ses yeux encore plus tendre et bienveillante qu'à l'ordinaire. J'eus l'impression de revenir en arrière, lors de ma première rencontre avec lui, quand j'étais trop fascinée par la beauté de son regard pour me détacher de ses yeux. Après tout ce temps, il me faisait toujours le même effet. 
 
-          Tu as apporté un souffle de joie à ma vie dès notre première rencontre, m'avoua Remus. Tu m'as fasciné par tes mystères, la force de ton caractère, et la douceur de tes gestes. Tu es à mes yeux comme une louve, aussi indomptable par ses adversaires que tendre avec son entourage. C'est cette double personnalité qui fait tout ton charme. Tu es... incontestablement la femme de ma vie...
 
Mon c牉ur prit une délicieuse décharge... même si je ne doutais pas des sentiments de Remus, c'était toujours bon d'entendre ce genre de déclaration. Je me rapprochai de lui pour le prendre par la taille, et l'embrasser avec tendresse.
 
-          Et toi mon idéal, soufflai-je.
-          Alors qu'est-ce qu'on attend pour se marier ?
 
J'eus un instant d'arrêt en regardant Remus droit dans les yeux, avant d'éclater de rire par la soudaineté et le naturel de cette question.
 
-          Que tu me le demandes ! répondis-je sur un ton d'évidence.
-          Je te le demande. Prudence Katherine Elena Halliwell, veux-tu m'accorder l'immense honneur de devenir ma femme ?
 
Je restai bouche bée plusieurs secondes, n'arrivant pas à croire qu'il me fasse enfin sa demande ! C'était arrivé de manière si... inattendue et spontanée ! Remus cueillit une rose et me l'offrit. En regardant à l'intérieur, je me rendis compte qu'elle renfermait la bague, posée innocemment au c牉ur des pétales.
 
-          Tu es parfait sur toute la ligne ! m'exclamai-je. Bien sûr que je te veux !
 
Il récupéra alors la bague délicatement pour ne pas abîmer la rose, et me la présenta avec un sourire ému avant de me la passer à la main gauche.
 
-          Elle te va à merveille, Madame Lupin, me dit Remus avec un clin d'牉il.
 
L'appellation me fit sourire de plus belle. Je pris Remus dans les bras, heureuse comme jamais. J'allais me marier avec Remus... c'était presque trop beau pour être vrai ! Je me promis de conserver cette rose pour qu'elle ne perde jamais son éclat. Ce sera sans nul doute mon plus beau souvenir.
 
-          On l'annoncera demain ? proposa Remus. Ce soir, avec la pleine lune, on n'aura pas le temps de le fêter comme il faut.
-          Au contraire mon cher Lunard... on aura toute la nuit pour commencer à le fêter.
 
Remus éclata de rire.
 
-          Je sens que je vais être encore plus crevé que d'habitude demain...
 
Il lut dans mes yeux la confirmation de ce qu'il pensait.
 
 

| 02 octobre 1980 熉 14h |

 
Je fus presque choquée de me réveiller dans le lit avec Remus. Nous avions passé une nuit de dingue dehors, je ne savais plus à quel moment nous étions rentrés. Remus dormait encore. Je lui caressai le visage avec douceur, souriant en voyant la bague à ma main gauche. Je n'avais pas rêver... j'allais bel et bien devenir la femme de cet ange. Rien ne pourrait venir gâcher un tel évènement. 
Remus finit par se réveiller, alors que je revoyais les moments les plus épiques de la nuit dans ma tête.
 
-          Tu m'as tué, dit-il.
 
Je ris doucement en voyant son air éreinté. Moi aussi j'étais fatiguée, mais cela ne freina pas mon élan. 
 
-          Et la journée ne fait que commencer, fis-je remarquer en l'embrassant.
 
 

| . . . |

 
 
-          Prue, quelle surprise ! m'accueillit Jack. Entre !
 
J'étais si impatiente d'annoncer la bonne nouvelle à Jack que je n'avais pas pu attendre un jour de plus. Il me fit asseoir au salon et me servit un verre de vodka flamme, comme d'habitude. Difficile à croire, mais j'étais excitée comme une gamine. 
 
-          Alors, quelles sont les nouvelles ? me demanda-t-il.
-          Je vais me marier !
 
Jack parut choqué plusieurs secondes avant de retrouver enfin le sourire.
 
-          Woaw, ça c'est une bonne nouvelle !
-       Tu peux le dire ! Je ne pensais pas que Remus me ferait sa demande pendant la guerre, mais ce n'est pas plus mal.
-          C'est sûr, il faut vivre. Ce sera pour quand ?
-          On n'a pas encore décidé... je pense que ce sera pour l'été prochain. C'est mieux d'attendre les beaux jours. 
 
Jack se leva pour me prendre dans ses bras, le sourire jusqu'aux oreilles. 
 
-          Je suis vraiment heureux pour toi. Tu as réussi à trouver ton chemin de lumière finalement. Prudence Lupin, ça sonne bien en plus.
 
Je souris faiblement à sa remarque.
 
-          J'aurais tant aimé que ce changement de nom soit l'occasion de tirer un trait définitif sur le passé, avouai-je. Mais même en admettant qu'on en finisse avec la guerre d'ici-là, il me restera encore ma vengeance à terminer avant d'être enfin en paix.
-          Pourquoi ne pas renoncer à ta vengeance ?
 
Je regardai Jack comme s'il était soudainement devenu fou. J'étais offusquée qu'il puisse imaginer un seul instant que je pourrais tirer un trait sur le passé, comme ça, tout simplement.
 
-          Pardon ?! Comment veux-tu que je renonce à ça ?! J'ai perdu ma mère et ma s牉ur ce soir-là, ainsi que le droit à une vie normale ! J'ai juré en créant le masque de Tracker de faire payer les responsables du camp, et je peux t'assurer que je tiendrai ma promesse, quel que soit le temps nécessaire à la découverte de la vérité !
-          Et si le responsable était trop bien protégé ? Tellement que tu ne parviennes jamais à l'identifier ? Est-ce que tu vas continuer à gâcher des années de ta vie dans ta quête du passé ?

 

Je ne compris pas les propos de Jack. Il me connaissait par coeur... pourquoi ce revirement de situation tout à coup ? Pourquoi essayait-il de me détourner de cette quête qui me tenait tant à coeur ? Il savait que toute tentative de me convaincre serait vaine.

 


-          Tu m'as fait évoluer sur de nombreux points Jack, mais tu ne réussiras jamais à me détourner de la raison d'être de Tracker. Ma famille, les enfants du camp, et moi-même avons droit à notre vengeance. Je ne trouverai le repos que lorsque le responsable du camp et le chef du gang des Cobras qui a trahi ma mère auront payé... pas avant. J'en ai besoin, tu comprends ? J'ai besoin de connaître la vérité avant de planter ma lame dans leur coeur.
 
Jack me regarda droit dans les yeux, le visage redevenu impénétrable. Je n'aurais su dire ce qui lui traversait l'esprit à cet instant, ni pourquoi son expression s'était soudainement figée.
 
-          J'étais le Cobra de l'époque, lâcha Jack.
 
Je ne sus expliquer ce qu'il se passa à ce moment-là. Une part de moi n'avait pas réussi à assimiler la nouvelle, trop choquée, trop blessée... et pourtant, sans même que je m'en rende compte, j'étais recouverte de ma tenue de tueuse.
 
-          Laisse-moi t'expliquer, tenta de calmer Jack.
 
Ce fut le déclic. C'est comme si je percutais enfin. Jack, mon mentor, celui que je considérais comme mon père, m'avait trahie. Pendant toutes ces années... 

 


Mon couteau apparut dans ma main alors que je m'approchais de lui. Je ne savais pas encore quel sort lui réserver. J'étais partagée entre la rage et le chagrin, incapable de réfléchir. Jack... mon maître... celui en qui j'avais confiance... Je n'arrivais pas à croire qu'il m'ait fait une chose pareille. Il se leva de son fauteuil pour me faire face, mais ne sortit pas sa baguette. Il était résigné à me faire face... et moi à lui faire payer. 
 
-          Ecoute-moi Prue, supplia Jack.
-          Choisis bien tes mots, menaçai-je avec froideur.
-          Je n'ai pas trahi ta mère.
-          Fais très attention Jack... de nombreux indices m'ont menée à la conclusion que ma mère avait fréquenté un homme se faisant appeler « Cobra »... et que ce même individu avait permis au gang de passer la sécurité du manoir. Tu as cinq minutes pour me donner une explication... tâche d'être crédible.
-          Alors enlève ton masque et range ta lame.
-          Tu n'es pas en mesure de me donner des ordres ! sifflai-je.
 
J'étais en proie à une fureur sans nom. Je ne cessais de me répéter que l'homme que j'avais toujours considéré comme mon père de c牉ur était en fait le responsable de la mort de la mère ! Le responsable que je cherchais avec tant d'obstination ! C'est lui qui avait permis l'attaque ! Lui qui avait permis au drame de ma vie de se réaliser ! Je l'avais eu à portée de lame pendant tout ce temps, sans même le savoir ! C'était surréaliste ! Comment avais-je pu aimer mon pire ennemi ?
 
-          Je n'ai pas de compte à rendre à Tracker... c'est à la descendante des Halliwell que je veux m'adresser. Enlève ton masque, demanda fermement Jack.
 
J'aurais voulu le planter la lame dans le ventre pour lui passer l'envie de dicter les règles en de pareilles circonstances ! Comment osait-il me donner des ordres ? Il n'était plus mon mentor ! Je serrai un peu plus le manche de mon couteau, et fis un pas de plus.

 

-         Prue, rappela Jack. Contrôle-toi. Tu n'es plus cette louve déraisonnée. Je t'en prie... écoute-moi.

 

Pressée d'entendre sa version des faits, je lui obéis en faisant disparaitre mon masque. En revanche, je gardai mon couteau en main, n'ayant pas encore décidé de ce que j'allais faire de lui. J'étais en proie à un mélange de sentiments qui me rendait capable de tout. C'est comme s'il m'avait enfoncé un pieux dans le c牉ur en m'avouant ça.
 
-          J'ai toujours été un tueur à gages Prue. A l'époque des disparitions d'enfants, un client m'a demandé de retrouver le responsable de tous ces enlèvements, et de le tuer. L'enquête n'a pas été facile, car comme tu le sais, c'est un secret très bien protégé. J'ai fini par comprendre que c'est le gang des Cobras qui était chargé de commettre les enlèvements. En revanche, côté client, je n'arrivais pas à trouver d'indice. Ma seule piste, c'était ce gang, alors j'ai fait en sorte d'être recruté. J'ai vite compris que ces enlèvements n'étaient pas l'objet d'un simple trafic d'enfants. Je sentais qu'il y avait quelque chose de plus gros. Il m'a fallu des mois de patience et de bonnes actions auprès du chef des Cobras pour gagner sa confiance, et faire partie de l'équipe qui perpétrait les enlèvements. Malgré mon implication, je n'arrivais pas à comprendre. Les familles des victimes n'avaient pas vraiment de lien entre elles, je n'arrivais pas à saisir le sens de tout ça. Finalement, au cours d'une mission qui a dérapé, j'ai profité de la confusion pour tuer le chef des Cobras. Je suis devenu le nouveau chef du gang. Au début, j'ai fait profil bas. J'ai continué dans la lignée de l'ancien chef, pour que mon autorité ne soit pas remise en cause par les autres membres du clan, et pour que le client ait confiance en moi. Il ne fallait surtout pas qu'il désigne d'autres personnes pour s'occuper de ce sale boulot, c'était mon seul moyen d'en savoir plus. Mais même en tant que chef, il m'était très difficile de continuer l'enquête. Je savais que la personne avec laquelle j'étais en contact n'était qu'un intermédiaire. Ce n'était pas ma cible. J'ai essayé d'obtenir des informations, ou ne serait-ce que le nom du plus insignifiant des pions que je pourrais interroger... sans succès.
 
Jack marqua un instant d'arrêt, et je lus dans ses yeux que c'est à ce moment-là que ma famille allait entrer dans l'histoire. L'impatience me rongea lentement les nerfs.
 
-          Un jour, c'est le nom des Halliwell qui s'est retrouvé inscrit sur le contrat d'enlèvement. Il y avait deux cibles : toi, et ta s牉ur.
 
Jack marqua une courte pause. Quant à moi, j'étais suspendue à ses lèvres. Pourquoi ma soeur et moi étions des cibles ? Quel était le critère de choix ? 
 
-          Rosalie Halliwell était une guérisseuse notoire à l'époque... tout comme la puissance magique de sa famille. Le manoir familial bénéficiait d'une protection si haute qu'il était impossible d'entrer par effraction. Seules rares personnes de confiance étaient autorisées à entrer sans y être invitées. Une courte enquête m'a permis de mesurer l'ampleur de la difficulté de votre enlèvement : toi et ta s牉ur étiez trop jeunes pour aller à Poudlard, et vous ne quittez jamais le manoir. Vous étiez quasiment inaccessibles. J'ai profité de la difficulté de la tâche pour négocier avec l'intermédiaire : j'acceptais le contrat, mais je voulais rencontrer le client en personne. Je lui ai fait croire que je voulais participer de manière plus active encore à ce projet, que les enlèvements ne me suffisaient pas. L'intermédiaire m'a assuré que j'aurais mon rendez-vous dès que j'aurais rempli le nouveau contrat. J'ai observé les habitudes de ta mère pendant des jours... finalement, il m'a suffi de mettre en scène une agression, dans laquelle je me faisais blesser. Je savais qu'elle était capable de me guérir en quelques secondes, alors j'avais demandé à mon complice de me neutraliser de sorte à ce que je sois inconscient quand elle me trouve. Evidemment, le plan a fonctionné, je me suis réveillé sur le doux visage de ta mère. Elle m'avait ramené chez elle le temps que je reprenne connaissance.
 
La colère recommença à me tirailler. Dans son récit relatant son plan de mission, je voyais peu à peu le soir du drame se profiler. Il s'était rapproché si facilement... 
 
-          Mais ce n'est pas ce jour-là que le drame a eu lieu, dis-je, me souvenant très bien des circonstances de l'attaque.
-          Non...
-        Pourquoi tu n'as pas tué ma mère à ce moment-là ? Tu étais déjà un maître-assassin... tu n'avais qu'à t'en débarrasser pour nous enlever, n'est-ce pas ?
-       J'étais avant tout un homme, Prue. J'ai été troublé de voir ta mère... elle dégageait quelque chose de vraiment fascinant. Je ne l'ai pas tuée de suite, engageant une courte discussion. Et puis, tu es arrivée dans la pièce, et ça a ruiné toute tentative de ma part. J'étais incapable de passer à l'acte. Après ce soir-là, j'ai continué à fréquenter ta mère. Le client s'impatientait, alors je lui ai dit que toi et ta s牉ur étiez protégés par un puissant sortilège, qui vous rendait impossible à sortir du manoir sans le consentement de votre mère. Du coup, j'ai eu d'autres missions d'enlèvement, en parallèle de celle-ci, qui s'avérait nécessiter plus de temps. Au bout de plusieurs mois, ta mère m'a laissé revenir au manoir. Une fois, deux fois... les occasions ont continué de se présenter. J'aurais pu accomplir la mission à chacune de mes visites, car j'avais fini par obtenir la confiance de ta mère. Il m'aurait été facile de vous enlever un soir, sans même avoir besoin de la tuer. Mais je m'étais trop attaché à vous. Toi, Sandra, ta mère... j'avais tant d'affection pour vous... comment me résoudre à vous faire du mal ? Je sentais au contraire un devoir de protection envers vous grandir au fil des jours. Alors j'ai continué à laisser traîner, et à cumuler les mensonges auprès du gang et du client pour ne pas perdre ma couverture. Mais ça ne pouvait pas durer éternellement... il fallait que je fasse un choix.
 
Mon c牉ur bondit furieusement dans ma poitrine. Avait-il choisi d'aller au bout de sa mission ? Etait-ce pour cette raison que j'avais tout perdu le soir de mon cinquième anniversaire ? Si c'était le cas, ma lame était sur le point de réparer cette erreur ! Rien ne pourrait jamais justifier un acte aussi ignoble !
 
-          Evidemment, je vous ai choisi, toutes les trois. Continuer la mission voulait dire vous sacrifier, ce que je refusais catégoriquement. Tant pis pour toutes ces disparitions... tant pis pour le contrat. Je préférais enterrer l'occasion de percer ce mystère plutôt que de me résigner à détruire ce que j'avais de plus beau. Alors j'ai prévenu ta mère que vous étiez en danger, et que vous deviez partir loin de l'Angleterre, pour recommencer une nouvelle vie sous une autre identité.
 
J'imaginais la scène malgré moi, devinant la stupeur de ma mère en découvrant la terrible vérité : elle fréquentait un criminel, qui était une menace pour sa famille. Je sentais presque ses craintes à travers les années suite à une telle révélation.
 
-         Pourquoi nous sommes restées en Angleterre dans ce cas ? demandai-je froidement.
Jack ne semblait pas savoir comment continuer son récit. Avait-il menti ? Etait-ce une faille dans son récit ? 

-          Dis-moi ! intimai-je.
-          Ta mère voulait m'aider avant de partir définitivement.  
-          ...Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
 
J'étais stupéfaite que Jack ait avoué la vérité à ma mère... mais ce n'était rien comparé à ce qu'il venait de dire. Ma mère avait tenté d'aider celui qui l'avait trahie ? Qu'est-ce qui lui était passé par la tête ?! La réaction d'une mère aurait été de fuir et de nous mettre en sécurité ! Pas de prendre part à une mission d'assassinat !
 
-          Il faut que tu comprennes... il y a eu énormément de disparitions à l'époque, expliqua Jack, comme s'il avait deviné mes pensées. La communauté a été frappée par des centaines d'enlèvements d'enfants en quelques mois. On ne savait pas pourquoi ils étaient enlevés, ni comment ils finissaient. Les gens étaient hantés à l'idée de se séparer de leur gosse dans la journée... ou ne serait-ce que de s'endormir dans une autre chambre. Personne ne se sentait en sécurité nulle part, car les enlèvements étaient perpétrés partout. Rosalie était touchée par ces évènements. En tant que mère, elle ne supportait pas l'idée qu'on s'en prenne à des enfants. Alors on a imaginé un plan ensemble, pour organiser votre sauvetage, mais aussi pour me permettre d'obtenir les informations que je voulais. On voulait faire une pierre deux coups. Vous sauver... et retrouver le responsable de cette folie.
 
J'eus un flash, où Jack m'avouait après une longue discussion à c牉ur ouvert qu'un sauvetage ne s'organisait pas comme un meurtre... car il avait perdu la femme de sa vie en commettant cette erreur. Cette femme... c'était ma mère. Le pire échec de sa carrière correspondait au sauvetage de ma famille, qui avait tourné au drame. Je n'arrivais pas à le croire. C'était invraisemblable. Déjà, que ma mère ait avalé le fait que Jack soit un tueur, ça me dépassait, mais alors qu'elle ait eu l'idée de l'aider... de prendre de tels risques... c'était aberrant ! 
 
-          Tu aurais pu dire que tu étais parti nous balader avec ma mère, hors du manoir, et que tu en avais profité pour nous enlever ! m'exclamai-je. Pourquoi as-tu fait venir le reste du gang ?
-          Parce qu'il fallait que ça soit crédible... qu'il y ait des preuves convaincantes. Je ne pouvais pas me contenter de vous cacher, de dire au contact que c'était fait, et de ne jamais vous livrer.
-          Pourquoi ?!
-          Parce que je n'allais pas vous livrer ! C'était une trahison envers le client, mais aussi envers l'Agence de tueurs à laquelle j'appartenais. Tu connais les règles, quand on accepte un contrat, on s'engage à aller au bout, sinon on est à notre tour pris pour cible.
-          C'était ton problème ! rétorquai-je durement.
-          Je le sais, mais ta mère en a fait le sien !
Je sentis une pierre tomber en moi en comprenant enfin pourquoi ma mère avait pris tous ces risques.
-         Elle ne voulait pas me perdre, dit-il, comme si les mots lui arrachaient le coeur. La nouvelle vie que je vous avais préparée, loin d'ici... elle voulait que j'en fasse partie. Elle refusait de suivre mon plan si je ne devais pas m'en sortir.
 
Je reculai de plusieurs pas, me prenant la tête entre les mains. Ma mère avait accepté le risque... par amour. Tout simplement. Et cela expliquait cette folie. Il me fallut plusieurs secondes pour essayer de faire de le vide en moi... de trouver le calme dans mon esprit. Mais je n'arrivais pas à retenir cette vague d'amertume envers ma mère. Comment avait-elle pu accepter de risquer la vie de ses propres filles ?! 
 
-          C'était quoi ce plan ? demandai-je douloureusement.
-          Ta mère m'a autorisé à entrer au manoir. Ainsi, je pouvais permettre aux autres membres du gang de passer la sécurité du domaine Halliwell. Nous devions vous enlever toutes les deux, donc pour rester cohérent avec mes mensonges, il fallait mettre en scène la mort de ta mère pour pouvoir vous sortir du manoir. J'avais prévu de vous amener dans un lieu sûr. Ainsi, je pouvais faire pression sur l'intermédiaire pour rencontrer le client, et obtenir ce que je voulais. Une fois les informations obtenues, nous devions disparaître tous les quatre, pour refaire notre vie à l'étranger. Le plan était parfait... mais pas son déroulement. Comme tu le sais que trop bien, l'attaque a mal tourné.
-          Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-          Je n'ai pas compris. Ta mère m'avait donné un couteau la veille de l'attaque, et m'avait dit de l'envoyer dans ta direction, comme si je voulais te tuer. Mais...
 
Je me revis dans l'escalier, apeurée devant ces étrangers masqués qui s'étaient tournés vers moi. L'un d'eux tenait un couteau, qu'il fit fuser dans ma direction. Cet homme, c'était Jack. L'instant d'après, je me protégeais le visage avec les bras. J'entendis des éclats de rire cruels. Lorsque je regardais à nouveau, ma mère était allongée au sol, le couteau planté en plein c牉ur.
« Tu nous as facilité la tâche jeune fille ! Attrapez-là ! »
Je secouai la tête pour chasser ce souvenir qui me ravagea à nouveau le c牉ur.
 
-          Mais je l'ai tuée, terminai-je en sentant une vive douleur dans tout mon être.
 
Jack me lança un regard triste.
 
-          C'était un accident Prue. Tu ne voulais pas la tuer. Tu n'avais que cinq ans... et tu étais témoin d'une attaque qui aurait fait peur à n'importe quel enfant. Tu as dû perdre tes moyens... personne ne peut te le reprocher. 
 
Je sentis ma gorge se nouer, m'en voulant d'avoir échoué. Même si je ne trouvais pas encore d'explication à la demande de ma mère par rapport à ce couteau... j'avais la certitude que lui renvoyer dans le c牉ur ne faisait pas partie du plan. J'avais échoué. Ma mère m'avait demandé de faire quelque chose avec ce couteau, et je n'avais réussi qu'à la tuer ! C'était ma faute si le sauvetage avait échoué... ma faute si nous n'avions pas pu vivre cette nouvelle vie, ensemble, loin de tout. Cela me creva le coeur. 
 
-             Continue, ordonnai-je les dents serrées.
-        Mes hommes t'ont poursuivie au grenier. J'ai essayé de soigner ta mère en attendant... mais elle était morte. J'ai cherché Sandra, sans succès. Je suis revenu dans l'entrée en entendant quelqu'un arriver. Je me suis battu contre ton père, sans savoir qui il était. Il m'a gravement blessé, j'ai dû transplaner. J'ai stoppé l'hémorragie aussi vite que j'ai pu, mais quand je suis revenu... il n'y avait plus de survivant. Le corps de ta mère avait disparu. Sandra et toi étiez introuvables. Ton père n'était plus là. Il n'y avait que les cadavres de mes hommes au grenier. J'ai récupéré tous les indices que je pouvais pour essayer de comprendre ce qu'il s'était passé et j'ai quitté le manoir. J'ai fait croire à mon intermédiaire que j'avais réussi à vous capturer. Je voulais ce rendez-vous... pour que vous ne soyez pas mortes en vain. Mais je n'ai pas rencontré le client. Je n'ai pas eu l'occasion de le tuer. C'est l'intermédiaire qui est venu au rendez-vous. Il m'a seulement avoué que les enfants étaient envoyés dans un camp, pour devenir des militaires hors paires. De vraies machines de guerre, qui seraient prêtes à défendre les moldus si la communauté sorcière dérapait. Dépité, j'ai rompu le contrat d'assassinat, m'attirant la foudre de l'Agence qui m'avait engagé. J'ai passé les années suivantes à fuir des tueurs à gages pour ma trahison. L'un d'eux a réussi à me retrouver au bout de quatre ans, mais pas pour me tuer. C'était un vieux copain à moi. On a mis en scène ma mort, pour que j'échappe définitivement aux autres tueurs et que je puisse retrouver ma tranquillité. J'ai pris une nouvelle identité criminelle, et je suis redevenu un tueur à gages. Mais la vie n'a plus jamais été la même pour moi. Je vous avais perdu toutes les trois. Je n'avais pas réussi à vous sauver. Alors tu imagines ma surprise quand j'ai appris que tu étais en vie...
 
Et voilà la raison pour laquelle j'avais toujours été la protégée de Jack... pourquoi il ne se comportait pas comme le tueur froid et insensible qu'il était avec tout le monde. Il m'avait connue auparavant, et il s'était senti redevable à mon égard, en la mémoire de ma mère.
 
-          Quand j'ai su que ton père voulait faire de toi une tueuse à gages, j'ai vu l'occasion de racheter mon erreur. Ton père ne connaissait pas mon visage après tout, puisque j'étais masqué le soir de l'attaque. J'ai tout fait pour qu'il m'accepte dans ses rangs, et me trouve digne d'assumer le rôle de professeur. Je me suis donné pour mission de veiller sur toi, de t'aider, et surtout, de te ramener sur le chemin de la raison pour que tu ne sois pas juste une bête sanguinaire comme le voulait ton père. Tu méritais mieux que ça.
 
Je me sentis vidée tout à coup. Je savais que Jack m'avait dit la vérité. Elle était dure à avaler... mais je l'avais. Je savais désormais comment « Cobra » avait changé la vie de ma mère, et mené au drame de ma famille. Contrairement à ce que je pensais, Cobra n'avait pas tenté de nous tuer... mais de nous sauver, car c'est Jack qui avait joué ce rôle. Je n'avais pas d'autre choix que de le croire. Sa version collait avec le peu de souvenirs que j'avais, ainsi que mes conclusions sur cette enquête. J'eus un sourire amer en songeant que ma mère ne savait décidément pas choisir les hommes. Après mon père, qui était le plus grand mage noir de l'Histoire, elle s'était consolée avec le meilleur tueur à gages d'Angleterre.
 
-          Pourquoi tu ne m'as pas dit tout ça avant ? reprochai-je.
-          Parce que j'avais peur de te perdre. Ton passé a toujours été un sujet extrêmement sensible... j'avais peur que tu renies la tueuse que je t'ai aidé à devenir en apprenant que je t'avais caché la vérité. Aujourd'hui, tu n'es plus cette jeune louve enragée qui bondit au rythme de ses pulsions. Je te fais confiance pour faire le discernement entre l'homme qui n'a pas réussi à sauver ta famille, et le mentor qui t'a rendue meilleure.
 
J'étais complètement sonnée. C'est comme si la vérité avait toujours été devant moi, et que j'avais été trop aveugle pour la voir. Il y avait eu des indices pourtant... j'aurais dû me rendre compte avant que Jack me cachait quelque chose. J'aurais dû deviner qu'il avait toujours eu un lien avec mon passé ; pourquoi se serait-il comporté comme un père avec moi sinon ? Bon sang, ce que j'avais été stupide ! J'étais tellement assoiffée d'apprendre à devenir comme lui pour continuer ma quête à l'époque que je ne m'étais pas posée de question. 
 
-          Prue, si je t'ai dit ça, c'est en partie pour que tu arrêtes de courir après des fantômes, reprit Jack. Tu as voulu la vérité... je ne peux t'en fournir qu'une partie. Tu ne pourras jamais remonter jusqu'au client. J'ai essayé, crois-moi... mais c'est impossible, il a trop bien couvert ses arrières. Oublie cette traque, et profite de ta vie, ce sera ta plus grande vengeance. Tu as un homme qui t'aime plus que tout, des amis fidèles, une carrière prometteuse hors de l'ombre... pourquoi continuer à regarder derrière toi ? Tes ennemis ne se doutent pas que tu as survécu. Si tu remues trop cette affaire, tu n'as pas la garantie de trouver la vérité, par contre, tu pourrais bien redevenir leur cible. Tu as suffisamment de batailles à mener... je t'en prie, lâche prise.
 
Je me sentais fatiguée. Lassée même. Le passé avait ressurgi sans que je ne m'y attende, me percutant en plein c牉ur. Jack était le Cobra que je cherchais... j'avais la certitude désormais d'être responsable de la mort de ma mère... et tout cela, sans avoir une information supplémentaire qui débloque mon enquête. Juste cette mystérieuse consigne de ma mère, avec ce couteau, qui n'avait pas de sens. Elle devait bien en avoir une à l'époque... sûrement aussi insensée que toute cette histoire. En plus de nous faire participer à cet assaut à ma soeur et moi, elle m'avait confié une tâche... comme une si une gamine de cinq ans pouvait déjà être une parfaite actrice face à un danger de mort. Que lui était-il passé par la tête ? Après le récit de Dumbledore sur ma mère à Poudlard, je n'aurais jamais imaginé qu'une femme telle quelle puisse commettre une erreur aussi grossière. Une erreur de sa part qui m'avait poussé à en commettre une, irréparable.  
 
-          Je n'abandonnerai jamais, soufflai-je en me détournant de Jack.
 
Malgré ce brouillard persistant autour de mon passé, je n'arrivais pas à me décider à rebrousser chemin. J'avais besoin de savoir. De comprendre. Jack m'adressa un regard désolé. Je transplanai au manoir familial sans ajouter un mot, abattue. Je m'assis sur le lit de ma chambre, regardant mon couteau sous tous ses angles. Je n'espérais pas y découvrir grand-chose... cette arme était la mienne depuis des années, et elle avait ôté plus d'une vie, sans jamais faillir. Cette lame était redoutablement mortelle. Elle ne laissait aucune chance. Pourquoi ma mère avait-elle demandé à Jack de l'envoyer dans ma direction ? Quelle était la consigne ? Qu'est-ce que j'aurais dû faire avec ce couteau si je ne l'avais pas envoyé par erreur sur ma mère ? Tuer un ennemi ? J'avais du mal à croire que ma mère me fasse commettre un meurtre... surtout qu'elle aurait pu le faire elle-même. Alors pourquoi cette mise en scène précisément ? Il devait bien y avoir une explication cohérente. C'était insupportable d'avoir un mystère de plus à résoudre. Je n'arrivais pas à comprendre. Pourtant, ma mère avait forcément une bonne raison de demander ça à Jack. Il fallait que je trouve laquelle.
 
-          Prue, ça va ?
 
Je sursautai en entendant la voix de Remus. Je ne l'avais pas entendu arriver tant j'étais perdue dans mes pensées. Je fis disparaître mon arme avant de me retourner pour lui adresser un sourire, qui se voulait convainquant. En voyant son air heureux, je me souvins du programme de la soirée, et je tentai de me ressaisir. Je m'étais réveillée en me disant que rien ne pourrait gâcher cette merveilleuse journée... je n'arrivais pas à déterminer si j'avais eu raison ou tort. La vérité était douloureuse...j'en voulais terriblement à Jack... mais je n'arriverais jamais à le tuer. Pas après son récit.
 
-          Oui oui.
-          James et Lily ne vont plus tarder à arriver. Sirius est déjà là.
-          Je finis de me préparer et je descends.
 
Je restai encore quelques minutes seule dans la chambre, à réfléchir. J'avais du mal à assimiler les révélations de Jack. Je n'arrivais pas à croire qu'il ait pu aimer ma mère... ou nous connaître ma s牉ur et moi quand nous étions petites. Bien qu'il m'ait caché la vérité, je n'arrivais pas à le blâmer. Il n'avait pas trahi ma mère. Il l'aimait et avait choisi de lui offrir une nouvelle vie pour fuir la menace qui planait sur nous. Il avait renoncé à sa mission par amour. J'étais mal placée pour le juger, étant donné que j'avais fait exactement pareil avec Remus. Quelle aurait été ma vie si le sauvetage avait réussi ? J'aurais pu vivre avec ma mère, ma s牉ur, Jack... dans un autre pays, sous une autre identité, loin du danger... loin de tout. Cette vie aurait été géniale, et normale. Je regardai par la fenêtre, l'esprit rêveur. J'aurais donné cher pour avoir le plaisir d'avoir ma mère et Jack comme parents, rien qu'une journée. Si seulement je n'avais pas raté ma cible ce soir-là... Une larme coula malgré moi, brûlante, impossible à retenir.
 
-          Prue ! appela Remus depuis le salon.
 
Je me décidai à laisser mes remords derrière moi, au moins pour aujourd'hui. J'avais une bonne nouvelle à annoncer à mes amis. Je ne voulais pas que le bonheur de me marier soit entaché par mon passé. Jack avait raison sur ce point, il fallait que je profite de l'extraordinaire chance de pouvoir connaître la joie après toutes ces années de tragédies.
 
-           N'est-ce pas mon adorable filleul que j'entends rire ? lançai-je en arrivant au salon.
 
Effectivement, Harry ne s'arrêtait plus de rire devant les trois Maraudeurs, qui rivalisaient de pitreries. Lily était elle-même prise d'un fou rire sur le canapé en les regardant faire. Cette scène balaya momentanément le chagrin de mon c牉ur et eut le don de me redonner le sourire. Je me sentis plus légère lorsque je les rejoignis. Remus et mes amis ne pouvaient pas s'en douter, mais leur simple présence m'apportait du réconfort, et du soutien. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je les choisirai toujours, quelles que soient les options qui s'offrent à moi. Ils étaient devenus ma raison de me battre pour une vie meilleure... la raison de mon combat contre mon propre père. J'étais prête à tout leur donner. Je mourrais pour eux. Pour que leur histoire se finisse bien.
 
-          Alors, quelle est cette nouvelle que tu étais si pressé de nous annoncer ? demanda James en se reportant sur Remus.
 
Remus regarda dans ma direction, le sourire aux lèvres. On échangea un regard silencieux qui en disait long. Je me grattai innocemment le cou, mettant bien en évidence la magnifique alliance offerte par Remus, qui n'échappa pas au sens de l'observation de mes amis.
 
-          Par le caleçon de Merlin, tu lui as fait ta demande !!! s'écria Sirius en prenant son frère de c牉ur dans les bras.
 
Ce fut une explosion de joie de la part des Maraudeurs, qui n'arrivaient pas à croire que le grand jour soit enfin arrivé. Ils avaient parié sur nous dès le début... et ils avaient eu raison. Remus et moi, c'était une évidence enfin officialisée. 
 
-          Toutes mes félicitations !! se réjouit Lily en se levant pour m'étreindre.
 
Je la réceptionnai chaleureusement, avant de me faire littéralement étouffer par James et Sirius par derrière. Ça frôlait la crise d'hystérie, mais pour une fois, je me joignis à leur délire, heureuse moi aussi d'accueillir à bras ouvert cet évènement dans ma vie.
Chapitre 27 : La plus belle rose
Bonsoir ! :)  Je m'excuse pour le petit retard de ce chapitre, j'espère me faire pardonner avec ce contenu, pour le moins particulier ! Entre la demande de Remus, et les révélations de Jack, il fallait bien que je le bichonne. J'attends votre avis avec impatience, pour savoir ce que vous avez pensé de tout ça ! :P
A bientôt pour la suite, gros bisous
 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    la demande de remus est trop bien.. quand la révélation ouille..

  • Hurricany

    21/06/2016

    Ouille dure la révélation. Mais du coup je me pose les mêmes questions que Prue... Pourquoi sa mère a-t-elle demandé qu'on lui lance un couteau dessus ?

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    je vais lire le chapitre suivant, mais ce sera le dernier que je lirai pour aujourd'hui, je commence a être fatiguée :) je vais aller me couchée après

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    du coup je me pose une question.
    Au tout début ou tu as commencer l'histoire tu savais déjà que Cobra se serait Jack ou tu l'as trouver après?

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    par contre ça m'a fait bizarre de savoir pour Jack je ne m'y attendais vraiment pas

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    c'était super romantique j'adore!!!!

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    je suis trop contente pour la demande en mariage

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    j'ai beaucoup aimé la manière dont le chapitre a commencé avec les articles de jounaux qui sont d'ailleurs très bien fait

  • harry-potter-8-fic

    15/05/2016

    hé ben dis donc, quel chapitre!

  • MikaWolfeHP

    09/05/2016

    Ahhhh!!! Jadore trop! Enfin une explication sur le passé de Prue! Et trop contente de la demande en mariage ^^ jaime beaucoup lexplication au fait! Elle tient bien la route je trouve ^^ Remus :3 mais je voudrais tjrs sauter sur Sirius :3 je laime trop ce sisisirius!!!!!

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