Chapitre 28 : La caverne

« Mon père est parfois surprenant dans ses choix. Il commet des erreurs grossières. Heureusement pour nous qu'il n'a jamais atteint la sagesse, car il nous offre l'opportunité de retourner sur le chemin de son immortalité... pour tenter de l'entraver. »

 
 
 
Chapitre 28 : La caverne

 
| 03 octobre 1980 – Maison des Noven |

 
C'est Hélène qui m'ouvrit lorsque je sonnai à la porte des Noven. Son visage sembla s'illuminer lorsqu'elle me vit, ce qui me fit chaud au c½ur d'une certaine manière. J'ignorais pourquoi elle et sa mère avaient un tel effet sur moi. 
 
-          Prue ! Maman ne m'a pas dit que tu venais aujourd'hui !
-          Elle ne le savait pas, assurai-je.
 
Moi-même, je ne pensais pas venir. Pas aujourd'hui en tout cas. J'avais fait la fête avec les Maraudeurs une bonne partie de la nuit, pour célébrer mes fiançailles avec Remus. Mais une fois dans le lit, lorsque Remus avait fini par s'endormir, les révélations de Jack avaient commencé à tourner en boucle dans ma tête. J'essayais désespérément de trouver un indice, une quelconque piste au travers de son récit, qui puisse m'aider à comprendre ce qu'il s'était passé. Le choix de ma mère ainsi que sa mystérieuse consigne m'avaient empêchée de dormir une bonne partie de la nuit tellement je trouvais ça insensé. Les heures restantes, je les avais passées à rêvasser sur mon avenir avec Remus. A ce mariage à venir. Et cela m'avait donné une idée. C'est la raison pour laquelle je me tenais devant les Noven, au lieu de faire une sieste après trois jours sans nuit complète. J'avais ce besoin d'accomplir la volonté que j'avais eue à leur sujet.

-          Entre.
 
Julie arriva dans l'entrée pour me saluer. Elle était aussi surprise et contente qu'Hélène de me voir. Cela me faisait plaisir de voir que l'affection que je leur portais semblait réciproque.
 
-          Ça me fait plaisir que tu viennes nous voir, me dit-elle. Qu'est-ce qui t'amène ?
-          Une requête... qui j'espère ne te mettra pas mal à l'aise.
 
Julie sembla inquiète tout à coup. Entre mon stress et ma mauvaise mine suite à ma courte nuit, je n'avais sans doute pas un air très rassurant. 
 
-          Je t'écoute, dit-elle, s'attendant clairement à ce que je lui annonce un problème.
 
Il me fallut plusieurs secondes pour me lancer. C'est fou, mais les mots semblaient beaucoup plus difficiles à sortir. Pourtant, ma demande était simple, et j'avais très envie de la formuler. Mais comme la première fois que j'avais fait un cadeau à Remus, ma raison tentait de freiner l'élan du c½ur.
 
-          Je vais me marier, annonçai-je.
 
Les deux Noven parurent stupéfaites, puis très heureuses.
 
-          Bon sang Prue, mais c'est une excellente nouvelle ! Félicitations ! se réjouit Julie en me prenant dans ses bras. Oh, vous faites un si beau couple Remus et toi, je ne suis pas surprise d'apprendre un tel évènement !
 
Hélène se joignit à sa mère pour me féliciter. Leur enthousiasme était contagieux. Je parvins à défaire la boule de stress qui me nouait l'estomac depuis que j'avais pris la décision de venir. 
 
-          C'est merveilleux ! se réjouit Hélène. A quand le grand jour ?
-        Nous n'avons pas encore décidé une date précise, avouai-je. Je pense que nous attendrons l'été. Cela nous laissera du temps pour nous organiser.
-          Si tu as besoin de quoi que ce soit pour les préparatifs, tu n'hésites pas ! se proposa Julie avec enthousiasme.
-      Justement, en fait, j'avais pensé à toi... pour être mon deuxième témoin, bredouillai-je en profitant de l'opportunité.
 
Julie marqua un instant d'arrêt. Hélène aussi d'ailleurs. J'eus la vague sensation que la pièce s'était mise en pause brusquement. Un instant, je crus avoir fait une bêtise de demander une chose pareille. Enfin ça, c'était avant que Julie reprenne ses esprits, et que mes entrailles se tordent en attendant la réponse fébrilement. J'étais incapable de déterminer son choix. La seule chose que j'arrivais à voir sur son visage, c'était la surprise.
 
-           Eh bien, oui, bien sûr, ce sera un grand plaisir ! finit-elle par dire avec joie.
 
Une vague de soulagement me submergea lorsque je lus la sincérité dans ses yeux. J'étais vraiment contente qu'elle accepte. La choisir pour être mon témoin féminin m'avait semblé être une évidence, même si je ne la connaissais pas vraiment. Moi-même, j'avais du mal à expliquer mon attachement pour elle, mais c'est son nom que mon c½ur avait soufflé quand je réfléchissais à qui je prendrais.
 
-          Qui sera l'autre témoin ? demanda Julie.
-          Tu le découvriras bien assez tôt, dis-je avec un clin d'½il.
 
Maintenant qu'elle avait accepté et que la surprise était passée, j'avais retrouvé mon assurance. Je précisai à Hélène qu'elle était bien évidemment invitée elle aussi, ce qui sembla la ravir. Elle avait déjà toute une liste de choses à faire et d'idées à me proposer pour que ce jour soit le plus beau de ma vie. J'appréciai leur dévouement. J'étais certaine que j'allais encore passer de bons moments en leur compagnie. Cet évènement nous rapprochera davantage, ce qui n'était pas pour me déplaire.
 
 

| 09 octobre 1980 |

 
J'avais eu besoin de plusieurs jours avant de me décider à revenir terminer ce que j'avais commencé. Plantée devant la porte de mon mentor, j'hésitais encore à sonner. Il m'avait blessée en me laissant dans l'ignorance pendant toutes ces années. Malgré tout, je n'arrivais pas à lui en vouloir. Comment le pourrais-je ? Il avait essayé de nous sauver. Ce n'est pas lui qui avait voulu prendre le risque de cette mise en scène pour pouvoir continuer la mission... c'est ma mère qui avait fait ce choix. Ce terrible choix, tellement courageux et fou à la fois. D'une part, j'étais fière d'elle, car elle avait accepté de prendre des risques pour résoudre cet odieux trafic qui avait frappé l'Angleterre... mais d'un autre, je ne pouvais m'empêcher de lui reprocher cette décision. C'était égoïste, je sais, mais sans cela, aujourd'hui, ma mère et ma s½ur seraient toujours en vie. J'aurais pu grandir dans une famille normale et considérer la justice comme une cause lointaine qui ne me concernait pas. A la place, leur mort avait laissé un trou béant dans ma vie... et j'avais fait de la justice une affaire personnelle. Une obstination si viscérale que Tracker était née.
 
Je me décidai enfin à me signaler, me demandant si Jack était chez lui à cette heure-ci. La porte finit par s'ouvrir. Mon mentor eut un instant d'arrêt en me voyant. On se regarda plusieurs secondes, en silence. Peut-être s'attendait-il à ne plus jamais me voir ? Ou à ce que je le tue ? Quoi qu'il en soit, il ne s'attendait pas à un retour à visage découvert.
 
-          J'ai eu peur de ne plus te voir, avoua Jack à voix basse.
 
Moi-même, je n'avais su quelle conduite adopter ces derniers jours, partagée entre rage et compassion. Son acte aurait dû me pousser à le tuer, mais j'en étais incapable. J'aurais pu le sortir de ma vie, sans le tuer, renier à jamais le père que j'avais vu en lui... mais ça non plus je n'y parvenais pas. Je me reconnaissais trop dans ses actes pour le blâmer. Je n'aurais peut-être pas agi de la même manière, mais il serait bien trop facile de juger maintenant que c'était fait. Jack était déjà un grand assassin à l'époque, et je ne doutais pas un instant de l'intelligence de ma mère... alors s'ils avaient mis en place un plan si risqué, c'est qu'ils n'avaient pas d'autres alternatives. C'est du moins l'argument que j'avais trouvé pour apaiser mon chagrin. J'étais certaine que ma mère ne nous aurait jamais impliquées dans cette soirée ma s½ur et moi si elle avait eu une autre option. Elle avait fait ce choix, parfaitement consciente de ce que nous risquions.
 
-          Je te pardonne, soufflai-je.
 
Jack ne sembla pas en croire ses oreilles sur le coup. Il finit par me sourire franchement, soulagé. Il me prit dans ses bras après une fraction d'hésitation, et je me rendis compte que mes sentiments pour lui étaient intacts. La pulsion meurtrière que j'avais eue à son égard avait été balayée par son récit. La raison avait repris le dessus dans mon esprit.
 
-          Sois mon témoin, lui demandai-je.
-          Quoi ?
-          A mon mariage... je veux que tu sois mon témoin.
 
Jack se détacha, me regardant avec incertitude. C'est ce que j'étais venu lui demander lors de ma dernière visite, mais ses révélations m'en avaient empêchée. Malgré ses aveux, je n'avais pas changé d'avis. 
 
-          Tu as toujours été le père que je n'ai jamais eu, expliquai-je, même sans savoir que tu avais appartenu à ma vie auparavant. C'est toi qui m'a guidée pendant des années et qui m'a encouragée à suivre le chemin que j'ai choisi. Tu m'as accompagnée dans le franchissement des étapes clés de ma vie, ce mariage en est une nouvelle... je veux que tu sois présent ce jour-là.
 
Mon mentor me prit le visage entre ses mains avec un sourire et me déposa un baiser sur le front, heureux de nos retrouvailles. Notre lien ne s'était pas brisé, preuve de son incroyable force. 
 
-          Tu peux compter sur moi. Je serai là.
 
Une pointe était encore enfoncée dans ma poitrine, mais je n'en ressentais pas la douleur. Au fond, je savais que j'avais fait le bon choix. Tuer Jack sous l'impulsion de la colère aurait été une grave erreur, et une profonde injustice. Il avait tout tenté pour nous sauver. Il ne méritait pas que je le condamne. Ma mère l'avait pardonné à l'époque, c'était aussi respecter son choix d'en faire de même. Pour la première fois de ma vie, je n'eus pas besoin de me venger pour accorder mon pardon. Venant de ma part, c'était exceptionnel.
 
 

| . . . |

 
 
C'est étrange, mais je me sentais bizarre en me tenant devant la porte de mon frère de c½ur. J'avais repoussé chaque jour ma venue. Je ne savais absolument pas comment lui dire la vérité. Jusqu'à maintenant, j'avais annoncé mon mariage avec Remus comme une excellente nouvelle. Tout le monde autour de nous en était ravi. Avec Diego, j'avais plutôt l'impression de me préparer à lui annoncer une mauvaise nouvelle. S'il lui restait encore une once d'espoir à mon sujet, je m'apprêtais à la détruire, et je ne savais pas comment m'y prendre pour que ça se fasse en douceur. J'estimais avoir suffisamment fait souffrir Diego. Alors quand il m'ouvrit la porte, mes entrailles se contractèrent davantage, et mon c½ur battit plus fort contre ma poitrine. Je redoutais sa réaction. Le souvenir de notre dispute lorsqu'il avait découvert mon amour pour Remus remontait à la surface chaque fois que je songeais à lui dire. Je ne savais pas à quoi m'attendre aujourd'hui. J'avais peur de le perdre, et en même temps, il fallait que ce soit moi qui le fasse. Je ne voulais pas qu'il l'apprenne par hasard, comme ça s'était passé pour ma relation avec Remus.
 
-          Bonsoir, saluai-je.
-          Bonsoir Prue, comment ça va ?
-          Je vais bien. Toi aussi apparemment vu ta tête.
 
Diego éclata de rire et me laissa entrer. Je me demandai ce qui pouvait le mettre d'aussi bonne humeur. Ce n'était pas dans ses habitudes d'afficher une mine aussi réjouie, lui qui était d'ordinaire impassible.
 
-          Disons que j'ai l'opportunité d'agrandir le territoire des Tigres... me répondit-il énigmatique.
-          De quelle manière ?
-         Les Aigles battent de l'aile. Je pense que le moment est venu de mener un petit assaut.
 
Par principe, les clans évitaient de se disputer le territoire, même si ce n'était pas l'envie qui manquait. Nos frontières étaient clairement dessinées suite à des négociations, et des règles de conduite nous évitaient de déborder sur les activités des autres. La concurrence était acceptée, du moment qu'elle restait loyale. Pas question de se voler un marché, ou un client, ni de détériorer la marchandise, au risque de déclarer une guerre. Un assaut contre un clan signifiait clairement la fin de tout accord. Si Diego s'engageait sur ce terrain, il ne pourrait pas faire demi-tour. Il devra vaincre ou mourir. Contrairement à lui, je n'étais donc pas du tout enthousiaste à l'idée qu'il s'apprête à déclarer la guerre à un autre clan criminel.

 

Les Aigles n'avaient pas d'alliés, ce qui les rendait plus vulnérables. Cependant, aucun autre clan jusqu'à maintenant n'en avait profité pour s'en prendre à eux. Je ne doutais pas de la victoire des Tigres, car le clan de Diego était bien plus fort. Mais une guerre impliquait toujours des victimes, et je ne voulais pas que Diego en fasse partie. Il ne devait pas simplement gagner la bataille, il devait le faire en limitant au maximum les pertes de son côté. Les Tigres étaient respectés par leur taille, leur puissance de frappe, et leur alliance avec mon clan. S'ils étaient affaiblis, d'autres clans profiteraient de l'occasion pour tenter de nous renverser tous les deux. Nous étions à la fois les plus craints et les plus jalousés.

 

Nos deux clans régnaient sur les autres. C'étaient nous qui faisions la loi, car personne n'osait nous contredire lors des négociations. Nous étions parvenus à laisser les autres mener leurs activités, sans que cela gêne les nôtres. C'est moi qui avais instauré les premiers accords quand j'avais pris le commandement des Loups. Diego s'était joint à moi lorsqu'il avait pris la tête des Tigres, à son retour d'Italie. Depuis, les clans faisaient leur vie, chacun de leur côté, en prenant soin de ne jamais interférer avec les autres. Il arrivait que certains clans soient attaqués, disparaissent, ou au contraire prennent du poil de la bête... mais cela ne nous avais jamais concernés. Nous étions restés neutres. J'avais du mal à accepter que ça allait peut-être changer. J'avais suffisamment de combats à mener, je n'avais pas besoin d'une guerre dans le milieu criminel en plus.
 
-          Tu as besoin de soutien ? proposai-je.
-          Merci, mais j'aimerais remporter la victoire sans aide cette fois.
-          Avoue, tu n'as pas envie de partager le territoire, taquinai-je.
-          C'est peut-être vrai, répondit Diego avec un clin d'½il.
-          En vrai, ça ne me plait pas comme plan, repris-je sérieusement.
-           Je m'en doute. Mais nous sommes prêts et nous avons un plan. Tout ira bien.
-       J'aimerais que tu me préviennes le jour où tu lanceras l'assaut, histoire que quelques-uns de mes hommes se tiennent prêts à venir en renfort si ça tourne mal.
-          Promis, tu seras tenue au courant.
-          Bien.
-       Et si tu me disais ce qui t'amène ? Je suis sûr que tu n'es pas simplement venue t'inquiéter pour ton tigre préféré.
 
Je pris une grande inspiration, essayant de conserver mon calme et un air détendu.
 
-          Je vais me marier, dis-je doucement.
 
Comme je m'y attendais, l'éclat qui brillait dans les yeux de Diego disparut à ces quelques mots, me faisant mal au coeur.
 
-          C'est... une bonne nouvelle ! s'efforça de dire Diego.
 
Même s'il était évident qu'il ne le pensait pas, le fait qu'il essaie de garder le sourire en disant cela me toucha. Je m'attendais à une réaction beaucoup plus vive de sa part, alors j'étais plutôt soulagée de son attitude, même s'il semblait complètement sonné.
 
-          A quand le grand jour ? se reprit Diego.
-          Nous n'avons pas encore fixé la date.
-          ...Je suis vraiment content pour toi.
 
Diego me prit dans ses bras, et je pus sentir ses émotions, partagées entre joie et déception. Je n'osais lui demander s'il serait là... je ne voulais pas le mettre dans l'embarras pour l'instant en lui proposant d'y assister. Même si j'espérais de tout c½ur qu'il vienne, je préférais lui laisser du temps pour digérer la nouvelle.  
 
 

| . . . |

 
 
Les jours s'enchainaient à une vitesse affolante. C'est comme si les mois filaient à la lueur de mon impatience. Pourtant, j'aurais bien voulu les ralentir, car malgré l'approche du mariage, la guerre continuait, distribuant son lot d'horreurs et de victimes. Oh, les Mangemorts avaient bien compris qu'ils n'étaient pas prêts à nous mettre à genoux lors d'une bataille... alors ils étaient retournés dans l'ombre, pour continuer leur « purification », loin du front. C'était tellement plus facile de s'en prendre à des familles innocentes chez elles... tellement facile d'intercepter une victime au détour d'une rue. Des corps étaient retrouvés mutilés... des familles entières étaient détruites... d'autres disparaissaient sans explication du jour au lendemain. Des « accidents » se produisaient, chez les sorciers comme chez les moldus. Alors nous, au Ministère, on mettait les bouchées doubles pour arrêter ce carnage. Avec l'Ordre du Phénix, et notamment grâce à Rogue, nous arrivions à déjouer des attaques, et à sauver des vies. Malheureusement, nos informations avaient des limites. Rogue nous disait que les Mangemorts prévoyaient rarement leurs attaques. Le plus souvent, ils faisaient selon leur envie et leur humeur. C'était un peu comme une "sortie" pour eux. Une distraction. Ça me dégoûtait. C'était révoltant. Je les trouvais de plus en plus lâches. Ils faisaient les fiers face à des victimes démunies et impuissantes. J'aurais donné cher pour que les civils soient plus aptes à se défendre.  
 
Pourtant, ce n'est pas les cours qui manquaient. De nombreux « coachs » avaient profité du contexte dramatique pour donner des cours de duel. Le problème, c'est que bon nombre d'entre eux étaient des beaux parleurs, et rien d'autre, également traqués par nos services contre les arnaques. Rares étaient les duellistes dignes de ce nom. Le Ministère avait mis en place un service spécial, pour former ceux qui le souhaitaient à l'art du combat. Les campagnes de sensibilisation à la sécurité se multipliaient, pour rappeler aux gens les précautions à prendre, tant au quotidien pour éviter d'être attaqué, qu'en mauvaise posture pour essayer de survivre. Je saluai ces initiatives, prises par Croupton. Il n'était pas seulement capable de traquer les criminels, comme le disaient certains enfoirés. Il était également animé par son devoir de protection des civils, et à ce titre, il encourageait les partenariats pour que l'on puisse recruter toujours plus de formateurs en duel. Il était persuadé, comme tous les Aurors, que si les civils étaient aptes à se défendre, les Mangemorts réfléchiraient à deux fois avant d'attaquer.

 

Malheureusement, cela prenait du temps. Il faudrait des mois d'entrainement intense à chaque civil pour être capable d'affronter un Mangemort, et de gagner. Peu de gens avaient le temps de venir aussi souvent au Ministère. 
De mon côté, je continuais également à former les membres de la Brigade Secrète. Je m'appliquais, sachant que mes conseils étaient répétés lors des entrainements officiels avec les Aurors et les autres agents des forces de l'ordre. Je faisais de mon mieux pour leur apprendre à survivre. Ce rôle me pesait tout autant que les autres. 
 
Pourtant, mon aide la plus précieuse dans cette guerre était connue de seulement deux personnes. Il s'agissait de la chasse aux Horcruxes bien sûr. Je passais des heures à la recherche de la moindre piste. Les efforts de Lyall et de Dumbledore pour résoudre l'enquête sur la Chambre des Secrets n'avaient pas encore payé. Le mystère restait entier. Moi-même, je m'étais penchée sur le sujet... mais je n'avais pas réussi à trouver la faille. Au moins, on pouvait le dire, mon père avait été doué sur ce coup. Il n'avait laissé ni preuve ni témoin. Rubeus Hagrid, le garde chasse, avait été accusé à tort à cause de sa détention d'une Acromentule au sein du château. Cependant, Dumbledore n'y avait pas cru à l'époque, d'autant plus que c'est mon père qui l'avait dénoncé. L'Acromentule était bien réelle, c'était indéniable. Elle avait même un nom : Aragog. Aussi effrayante qu'elle puisse être, ce n'était certainement pas le monstre qui habitait dans la Chambre des Secrets. Et cette brave patte d'Hagrid n'était pas un tueur non plus.

 

Cependant, c'était la piste révélée à l'époque, et elle n'avait jamais mené nulle part. Il y a des jours où je me demandais sérieusement si notre quête des Horcruxes pourrait se finir. Mener une enquête sur un passé aussi lointain relevait de l'exploit, car les preuves n'étaient plus là, et les témoins très difficiles à trouver. Et comme si cela ne suffisait pas, mon père avait su couvrir ses traces. Vraiment, c'était désespérant. Chaque jour qui passait augmentait la pression. Je ne voulais pas que cette guerre soit sans fin. Il nous fallut attendre le mois de février pour retrouver espoir à ce sujet.
 
 

| 02 février 1981 |

 
-          Bien le bonjour à vous deux.
 
Dumbledore et Lyall sursautèrent, ne m'ayant pas entendue arriver.
 
-          Oh, bonjour partenaire, salua Lyall avec nervosité, la main encore sur l'étui de sa baguette.
-          Il m'a semblé comprendre que vous aviez trouvé une nouvelle piste ?
-       Exact, confirma Dumbledore. Nos investigations n'ayant rien donné, je suis retourné sur les chemins déjà foulés. J'ai revu le souvenir lointain de ma première rencontre avec Jedusor, à l'orphelinat, et c'est dans mon entrevue avec la directrice que j'ai trouvé un lieu potentiel.
-          Vraiment ? m'étonnai-je.
-         Oui. La directrice m'avait confié ce jour-là, l'alcool aidant, qu'elle était très contente en fait que je vienne récupérer Tom pour le faire venir à Poudlard. Elle m'a avoué ce jour-là que Tom faisait peur aux autres enfants. Même si elle n'avait jamais réussi à le prendre sur le fait, elle était persuadée qu'il était responsable de tous les étranges incidents qui s'étaient produits. L'un d'eux m'a particulièrement intéressé.
 
J'étais déjà au courant que mon père avait commencé à être mauvais dès son plus jeune âge... mais cela me surprenait toujours autant à chaque fois. Comment un enfant peut-il avoir l'esprit aussi dérangé pour prendre plaisir à maltraiter les autres ? Même si sa situation d'orphelin était peu reluisante, il n'avait aucune raison de s'en prendre à ses camarades. C'était ce qui me troublait le plus dans son histoire : l'absence de mobile. Quelle était la raison d'abuser de ses pouvoirs sur des innocents ? A part l'extrême plaisir du sentiment de puissance, je n'en voyais pas, et je trouvais ça relevant de la folie la plus malsaine qui soit. 
 
-        Chaque année, l'orphelinat organise une sortie avec les enfants. C'est l'occasion de leur faire découvrir d'autres paysages, et de leur changer les idées, raconta Dumbledore.
-          J'ai comme l'impression que Jedusor s'est occupé de l'animation, ricanai-je.
-          Pas pour tous en tout cas. Une année, lors d'une excursion à la mer, il aurait amené deux enfants dans une caverne, très difficile d'accès. Personne ne sait ce qu'il s'est réellement passé. Tom a dit qu'ils étaient juste allés explorer la grotte en question, mais la directrice est sûre qu'il y a eu autre chose, car les deux autres enfants étaient en état de choc quand ils sont revenus et n'ont jamais osé en parler.
 
Si mon père avait trouvé un endroit isolé et terrifiant au cours de sa jeunesse, il y avait de grandes chances qu'il y soit retourné une fois adulte, pour en faire une cachette. Ce lieu devait représenter pour lui son premier véritable abus de pouvoir sur les autres. Il avait déjà manipulé, volé et même puni ses camarades... mais sa culpabilité n'avait jamais été mise en cause. Là, au contraire, il avait agi devant deux témoins, et n'avait même pas nié devant la directrice. Il devait être particulièrement fier de lui à l'époque, d'être parvenu à ses fins sans en subir de conséquences. Il avait agi à visage découvert, sans chercher à cacher quoi que ce soit. J'avais le sentiment que c'était la première manifestation de celui qui s'appelait désormais Voldemort.
 
-             Vous avez localisé l'endroit ? demandai-je avec impatience.
-          Seulement le secteur. A nous de découvrir l'entrée de la caverne. Si vous voulez bien nous suivre.
 
Dumbledore me tendit son bras, et j'acceptai l'invitation à transplaner en lui prenant, impatiente de retourner sur les traces de mon père.
 
 

| . . . |

 
Une forte odeur marine emplit mes narines lorsqu'on se matérialisa. Le vent me fouetta le visage avec force, tandis que je voyais la mer se déchainer contre la haute falaise où nous étions. La plage en bas était sombre, dénuée de sable. Ce n'était pas un endroit qui invitait à descendre. D'ailleurs, la falaise était si accidentée qu'il aurait été impossible de rejoindre la plage sans recourir à des moyens magiques, à moins d'être un alpiniste suicidaire. A cette saison, la mer frappait les rochers avec vigueur. J'étais un peu étonnée que la directrice de l'orphelinat ait choisi un endroit pareil pour amener des enfants. Il n'y avait rien d'accueillant, et le paysage avait plus de chances d'effrayer les enfants que de les émerveiller. La Nature montrait sa force brute avec cette mer écumante et déferlante.
 
-          Curieux endroit pour amener des gosses ! criai-je pour dominer le bruit du vent.
-          Ce n'était pas prévu qu'ils viennent ici ! répondit Dumbledore. L'excursion avait lieu dans le village qu'on aperçoit là-bas. Un endroit charmant. C'est Tom qui a élargi le périmètre avec ses deux camarades...
 
Je ne pus m'empêcher de sourire. Sacré paternel, même pas foutu de respecter un périmètre... c'était vraiment plus fort que lui, il fallait toujours qu'il suive son unique volonté. Qu'est-ce qui avait bien pu l'attirer par ici ? Il voulait faire peur à ses camarades ? Si la mer était d'aussi bonne humeur à l'époque, ça avait dû être facile. Même en été, j'avais du mal à imaginer cet endroit plaisant. La plage était obscure, seule la roche s'offrait à notre regard. Il y avait peu de chance qu'un rayon de soleil égaye cette vision désolée.
 
-          On devrait peut-être descendre non ?  proposa Lyall. On ne voit rien d'ici.
 
Je me fis léviter au-dessus de la plage immergée, à la recherche d'un indice. Lyall dut transformer un rocher en balai pour nous suivre, Dumbledore et moi. Il n'avait apparemment pas notre faculté à voler. On survola les environs lentement, comme des rapaces à la recherche d'une proie. Je scrutais avec la plus grande attention, essayant de repérer n'importe quel indice anormal. Malheureusement, le mouvement permanent des vagues ne nous permettait pas de discerner quoi que ce soit dans les profondeurs. Au moment où je m'apprêtais à renoncer, Lyall nous fit de grands signes en montrant un rocher qui dépassait de la mer, un peu plus loin. En descendant un peu, je vis effectivement que l'eau était très profonde à cet endroit précisément, comme s'il y avait un passage sous la mer. Les rochers sous l'eau semblaient s'ouvrir, à peine visibles à cause de l'eau tourbillonnante.
 
-          Bien vu Lyall ! félicita Dumbledore.
 
Je me demandai comment mon père avait-il pu amener deux camarades à cet endroit. A moins que la mer soit retirée, il n'y avait aucun moyen d'atteindre ce rocher sans nager. La mer devait être calme à l'époque, car même si mon père savait déjà se servir de ses pouvoirs dans sa jeunesse, voler demandait de l'expérience et une grande maîtrise, alors je doutais qu'il ait réussi à se faire léviter, lui et les deux autres, pour atteindre ce rocher. Au contraire, je l'imaginais plutôt mettre au défi ses camarades de nager jusque là, situation toute aussi effrayante quand on voit la profondeur de l'eau.
 
-        J'y vais, lançai-je à Lyall et Dumbledore.
 
Je pris une grande inspiration et plongeai en piquet dans la crevasse. L'eau froide me saisit les membres avec violence. Je ressentis le froid jusque dans mes poumons. Lyall et Dumbledore me rejoignirent et on suivit la courbe des rochers, qui ne cessait de s'enfoncer un peu plus dans les ténèbres. La lumière que je projetais avec ma baguette suffisait à peine à me montrer le chemin à suivre. La roche noire autour de nous donnait l'impression d'être coincés dans un tunnel. Je commençais à manquer de souffle lorsqu'on vit enfin la surface se profiler au-dessus de nous. On émergea dans une vaste caverne, et nos trois baguettes ne furent pas de trop pour nous permettre d'y voir.

 

Je sortis en vitesse de l'eau froide et séchai mes vêtements pour cesser mes tremblements incontrôlables. Dumbledore s'était déjà mis au travail, marmonnant des incantations tout en agitant lentement sa baguette. Il semblait chercher quelque chose sur la surface rocheuse. Lyall le regardait en silence, tandis que j'essayais moi-même de découvrir un indice. Je n'aurais jamais imaginé qu'un endroit pareil puisse servir de planque à l'un des Horcruxes de mon père, et pourtant, l'empreinte d'une puissante magie était palpable. Je sentais les enchantements qui nous entouraient. Nous étions sur la bonne voie, c'était une certitude. Il fallait juste trouver le chemin.
 
-          Jedusor me désespère, lâcha Dumbledore avec un soupir.
-          Ah, pourquoi ? demanda Lyall.
 
Dumbledore montra une arcade qui s'était dessinée sur la paroi rocheuse. Elle disparut quelques secondes après.
 
-          Il veut qu'on paye un droit de passage.
-          Quoi ?!
-          Avec du sang bien sûr.
 
Le vieux sage sortit un couteau et se tailla l'avant-bras d'un geste brusque, projetant du sang là où s'était trouvée l'arcade. Un passage s'ouvrit dans la roche, nous laissant passer. Je trouvais effectivement ce « paiement » inutile, car évidemment, Dumbledore se soigna dans la seconde, faisant disparaître sa vilaine blessure. Si le sang avait permis d'identifier la personne, et d'ouvrir ou non l'arcade en conséquence, j'aurais pu comprendre... mais si son seul but était de pousser l'ennemi à se blesser, c'était raté.
 
Le passage donnait sur une caverne encore plus vaste, emplie d'un lac d'un noir d'encre. Le rebord était très étroit autour du lac, nous obligeant à jouer les équilibristes sur les rochers. A n'en pas douter, il ne valait mieux pas toucher l'eau. Son calme n'était pas naturel, et sa couleur ne laissait rien présager de bon. Je levai la tête, impressionnée par la hauteur de la caverne. Je n'avais pas eu la sensation de descendre aussi profondément dans l'eau, pourtant, le plafond était hors de vue. La caverne était elle-même immense en longueur, car je n'arrivais pas non plus à distinguer l'autre rive du lac. Tout ce qui était visible dans cette sombre caverne, c'était une lumière verte au loin, immobile. Quelle que soit cette chose, c'était le seul élément qui pouvait attirer notre attention dans cette inquiétante obscurité.

 

D'un mouvement de poignet, je mis feu aux parois rocheuses, pour percer les ténèbres qui nous empêchaient d'y voir clair. Le bruit voilé des flammes résonnait dans la caverne. Cette vive lumière ne nous apporta pas d'indices supplémentaires. Il n'y avait rien de plus à voir que ce lac, et cette étroite rive de roche sur laquelle nous étions. Sans oublier cette lueur verte, étrangement attirante, dont l'origine était encore inconnue. J'ignore si mon père avait rendu cet endroit sinistre ou s'il l'était déjà naturellement, mais s'il avait effectivement amené deux de ses camarades dans cet endroit, je comprenais leur traumatisme. La caverne ne suscitait aucune envie de partir à l'aventure, car il n'y avait rien à explorer, à part ce lac, et il faudrait me payer vraiment cher pour me pousser à nager dans ses profondeurs. J'étais prête à parier que ces eaux étaient si sombres pour cacher les monstres aquatiques qui séjournaient dedans, prêts à attraper toute proie se présentant à portée de mâchoire. Une fois de plus, mon père jouait avec l'invisible pour insuffler la peur à ses ennemis : c'était bien plus effrayant de regarder cette surface immobile dans un silence pesant en imaginant ce qui pouvait s'y trouver que de voir clairement ce que nous avions à affronter. Je me penchai en croyant voir quelque chose à la surface. Je fis un bond en arrière en entendant un bruit de chaine juste à côté de moi, faisant rire Lyall de bon c½ur.

-          A cran partenaire ? se moqua gentiment Lyall.
-          J'aurais dû vous prévenir, désolé, s'excusa Dumbledore avec un sourire en coin.
 
Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre que c'est Dumbledore qui avait provoqué ce bruit d'enfer, alors qu'il semblait tenir quelque chose d'invisible en l'air. La grosse chaine continua de se dérouler comme un serpent d'acier, faisant émerger à la surface du lac un tout petit bateau. Je soufflai un bon coup, regardant nerveusement le lac, qui était redevenu immobile bien trop vite. Ce que j'avais cru voir avait disparu. Je n'avais aucune envie de faire la traversée sur cette immense étendue d'eau. J'étais persuadée qu'il y avait quelque chose en-dessous qui nous attendait patiemment, et qui frapperait sûrement dès que nous nous serons éloignés de la rive. Vu la taille du bateau, qui n'était pas fait pour transporter plusieurs personnes, nous serions bien mal à l'aise pour nous défendre.
 
-          Si tu veux bien monter à bord, proposa Dumbledore à Lyall.
 
Lyall passa devant prudemment, baguette à la main. Dumbledore tenta de rejoindre Lyall, mais son pied semblait se heurter à une barrière invisible.
 
-          Tiens, le bateau est limité... en puissance on dirait, dit-il.
 
J'adressai un regard interloqué à Dumbledore.
 
-          En puissance magique pour être exact, précisa le vieux mage. Il est clair que trois sorciers expérimentés n'ont aucune chance d'utiliser ce bateau en même temps. Voldemort cherche à diviser, cela lui ressemble bien.
-          Je ne lui en veux pas sur ce coup-là, répondis-je.
 
Je me concentrai à nouveau sur mon corps pour me faire léviter et voler en direction de la source lumineuse verte. Dumbledore en fit de même, alors que Lyall nous suivait à plus faible allure avec le bateau. L'eau au-dessous de nous était insondable, impossible de voir au travers. J'étais curieuse de savoir ce qu'elle cachait. J'étais persuadée que les créatures qui gardaient ces lieux attendaient que nous soyons au milieu du lac pour nous piéger. Une fois là-bas, elles pourraient nous encercler, car il n'y avait aucune échappatoire.

 


Quand j'arrivai au-dessus de la petite île rocheuse, je m'attendis à un déferlement de fureur. Mais lorsque je redescendis sur terre, rien ne se produisit. La lueur nébuleuse provenait en fait d'un bassin de pierre, empli d'un liquide émeraude. En échangeant un regard avec Dumbledore, je compris que cette potion serait bien plus dangereuse que n'importe quelle créature pouvant reposer au fond du lac noir. Qu'est-ce que mon père avait bien pu imaginer cette fois ? Il y avait forcément un piège qui protégeait l'Horcruxe... sinon c'était beaucoup trop simple. Les quelques barrières qui s'étaient dressées jusqu'à maintenant n'étaient pas dignes de mon père. Dumbledore n'avait eu aucun mal à détecter la magie, pour découvrir l'arcade, et le bateau. Venir jusqu'à ce bassin ne nous avait demandé que de minces efforts. J'étais persuadée que la réelle sécurité était juste devant nous.
 
-          L'Horcruxe est au fond de cette coupe, n'est-ce pas ? demandai-je.
-          A n'en pas douter, confirma Dumbledore.
 
De quoi pouvait-il s'agir ? D'un acide ? D'un poison ? Je ramassai un caillou et le laissai tomber dedans. A ma grande surprise, il s'arrêta juste avant de toucher la surface.
 
-          Intéressant, soufflai-je.
 
Je tentai alors de plonger ma main gantée dans le liquide, mais une barrière me retint, comme elle avait retenu le caillou.
 
-          Accio Horcruxe ! m'exclamai-je.
-          Wouah !!! entendis-je derrière nous.
 
Le temps que je me retourne, je n'avais pas eu le temps de bien voir la chose qui avait sauté hors de l'eau. Il y avait seulement Lyall, surpris, qui regardait avec méfiance l'eau à peine troublée autour de lui, baguette pointée sur la surface.
 
-          C'était quoi ça ? lui criai-je.
-          Un cadavre je crois, répondit-il en regardant par-dessus bord.
 
Si le lac n'abritait que des Inferis, nous n'avions pas à craindre leur attaque. En revanche, cette potion allait nous donner du fil à retordre. Lyall finit par nous rejoindre, et se retrouva comme nous à ne pas savoir comment atteindre l'Horcruxe. Enfin, rectification, nous savions tous les trois exactement ce qu'il fallait faire, mais on essayait de trouver une autre solution.
 
-          C'est évident... soupira Dumbledore un bout d'un moment de réflexion.
-          Oui, approuva Lyall.
-          Il faut boire le contenu de ce bassin, terminai-je.
 
Contrairement au vulgaire paiement de sang qu'il fallait pour ouvrir l'arcade, je sentais qu'il serait bien plus difficile de guérir de ce liquide. Dumbledore fit apparaître une coupe, que j'attrapai au vol, réfléchissant toujours à une alternative. Nous ne pouvions tout simplement pas envisager le sacrifice. Il y avait forcément une autre solution, car mon père devait pouvoir récupérer l'Horcruxe en toute sécurité en cas de besoin. 
 
-          Volontaire ? s'étonna Dumbledore.
 
Je ne répondis pas, approchant lentement la coupe de la surface du liquide. Je parvins à franchir la barrière invisible, et à remplir la coupe. Même si je ne m'attendais pas à un miracle, je jetai le contenu par terre. Immédiatement, la même quantité vint s'ajouter au bassin pour le remettre à niveau.
 
-          Il faut effectivement boire, confirmai-je face à ce constat.
-          Cette potion est sans doute mortelle, fit remarquer Lyall.
-          Il va de soi que si quelqu'un doit boire, c'est moi, dit Dumbledore en tendant la main vers la coupe que je tenais toujours.
 
Je ricanai en regardant Dumbledore.
 
-          Sérieusement Dumbledore, vous n'avez rien trouvé de mieux ? demandai-je.
-          Nos options sont malheureusement limitées... l'un de nous doit prendre le risque de goûter à cette potion. Le sacrifice en vaut la peine si cela nous permet de récupérer un Horcruxe.
-          Personne ne va se sacrifier aujourd'hui, rétorquai-je. Il reste bien trop de chemin à parcourir.
-          Que proposez-vous dans ce cas ?
-          De faire boire la potion à une personne... sur laquelle la Mort elle-même n'a plus d'emprise, répondis-je sur un ton énigmatique.
 
Mes deux partenaires me regardèrent fixement sans comprendre, ce qui me décocha le sourire. Je me concentrai sur plusieurs petits rochers autour de nous pour les lancer dans le lac. La réaction ne se fit pas attendre : une armée d'Inferis sortit de l'eau pour nous encercler, courant dans notre direction en poussant des cris stridents, les mains tendues en avant. Les pauvres.

 

Je créai un cercle de flammes autour de nous, qui s'élargit pour repousser les Inferis, les renvoyant dans leurs eaux sombres. Le feu était une arme très efficace contre ces créatures qui ne supportaient ni la chaleur, ni la lumière. Ils prirent la fuite, paniqués, pour retrouver l'obscurité des profondeurs du lac. Un seul ne parvint à faire comme les autres, piégé dans un cercle de flammes plus étroit. Je fis disparaître le feu tout en pointant ma baguette sur lui, pour prendre le contrôle de ce cadavre. Il cessa brusquement de se débattre, se dirigeant comme un robot vers le bassin de pierre. Dumbledore et Lyall s'écartèrent de son chemin. Je mis la coupe dans les mains du cadavre aveugle, qui la plongea dans le bassin sous mon influence. Il commença à boire, vida la coupe, et recommença, inlassablement, jusqu'à ce que le médaillon de Serpentard soit enfin visible. Je n'aurais pas parié sur cet Horcruxe... que je m'attendais plutôt à découvrir dans la Chambre des Secrets.
 
-            Vous êtes un génie, souffla Lyall en voyant l'Horcruxe au fond du bassin.
-          Lord Voldemort ne peut envisager qu'un autre sorcier parvienne à trouver cet endroit... mais alors que ce sorcier ait également une bonne maitrise de la magie noire, là, nous dépassons les limites de son imagination.
 
L'Inferi récupéra le médaillon et me le tendit, avant de retourner dans le lac d'une démarche lente.
 
-          Comme quoi, la magie noire peut servir de nobles causes, fis-je remarquer en montrant le médaillon à mes deux partenaires.
 
Lyall m'adressa un sourire entendu, tandis que Dumbledore fixait le médaillon comme un lion devant une proie affaiblie.
 
-          Quittons cet endroit, proposa Lyall.
-          Avec joie.
 
Le chemin du retour se passa sans nouvel obstacle, à ma grande surprise. Je m'attendais vraiment à quelque chose de plus maintenant que la coupe n'avait plus son médaillon. Où mon père avait-il la tête en mettant en place la protection de ces lieux ? Il plaçait des obstacles en entrée mais pas en sortie ! J'étais presque déçue. Moi qui m'attendais à une sécurité quasi infaillible, avec des pièges partout et des monstres pour donner un peu de piquant, voilà que je restais sur ma faim. La seule véritable protection était cette potion qui gardait l'Horcruxe hors de portée, mais nous avions réussi à la détourner sans problème, et sans même avoir besoin de la boire. Non vraiment, mon père n'était pas doué en matière de sécurité. Moi par exemple, si jamais quelqu'un trouve ma planque sans mon autorisation, et parvient à passer la sécurité, une fois à l'intérieur, il lui faudrait éviter une dizaine de pièges mortels, avant que mes armes se retournent contre lui, ne lui laissant aucune chance de ressortir en vie.
 
 

| Manoir Halliwell – 19h |

 
La sonnette retentit à l'entrée, et je devinai qu'il s'agissait de Lyall, venu pour que je détruise le médaillon, comme je l'avais fait avec la bague. Sauf que cette fois, Remus était dans les parages, et je ne voulais pas qu'il entende le cri que le fragment d'âme allait sans doute pousser quand je serais en train de le griller. Je souris à Lyall en lui ouvrant la porte, feintant la surprise de sa visite. Quelle hypocrite je faisais. Nous nous étions quittés il y a à peine cinq minutes.
 
-          Bonjour Lyall ! Comment vas-tu ?
-          Bien. Ton futur époux est là ?
-          En effet.
-          Ah.
-          Ouh, dois-je en conclure que ça concerne... la même chose que la dernière fois ?
-          Oui.
-          Hmm. Attends-moi là.
 
Je pris mon manteau et sortis avec Lyall, sans prévenir Remus de l'arrivée de son père.
 
-          De quoi s'agit-il cette fois ? demandai-je une fois qu'on se fut écartés du manoir.
-          De ce médaillon.
 
Je pris l'objet en question dans mes mains, le regardant avec la perplexité qu'imposait la situation. C'était étrange de s'apprêter à détruire l'un des rares héritages de mon ancêtre. C'était déjà le deuxième que j'allais brûler. J'ouvris le médaillon avec précaution, m'attendant à voir une apparition comme la dernière fois. Mais à ma grande surprise, rien ne se produisit, et je découvris un papier à l'intérieur.
 
-          C'est quoi ce bordel ? s'étonna Lyall. 
 
Lui non plus ne s'était pas attendu à ça visiblement. Il récupéra le papier, et se décomposa au fil de sa lecture.
 
-          Excuse-moi de t'avoir dérangé pour rien Prue, bredouilla Lyall. Il semblerait que je me sois trompé.
-          Ce n'est pas grave, assurai-je.
 
J'étais à la fois stupéfaite et curieuse. Que contenait ce message ?

-          Papa ?
 
Je sursautai en entendant Remus approcher. Lyall fourra le médaillon sans la poche de son manteau avant que son fils ne le voie.
 
-          Qu'est-ce que vous faites ?
-          Oh rien de méchant, assura Lyall. On discute entre futurs beau-père et belle-fille.
 
Remus retrouva bien vite le sourire et invita son père à continuer la discussion à l'intérieur, à l'abri du froid mordant. Je suivis les deux hommes, l'esprit en ébullition. 
 

| . . . |

 
Les services de Tracker avaient vite été rappelés suite à cet imprévu. Je m'étais propulsée au lieu de rendez-vous, impatiente de lire le contenu du message que renfermait le médaillon. Dumbledore était déjà en train de le lire quand j'arrivai.
 
-          Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je.
-          C'est un faux ! se lamenta Lyall.
-          Quoi ?!
 
Un faux Horcruxe ?! Non mais où va-t-on ?! La traque était suffisamment compliquée comme ça pour que des leurres soient de la partie !

-          Lisez, dit Dumbledore en me tendant le bout de parchemin.
 
« Au Seigneur des Ténèbres,
Je sais que je ne serais plus de ce monde bien avant que vous ne lisiez ceci, mais je veux que vous sachiez que c'est moi qui ai découvert votre secret. J'ai volé le véritable Horcruxe et j'ai l'intention de le détruire dès que je le pourrai. J'affronte la mort dans l'espoir que lorsque vous rencontrerez un adversaire de votre taille, vous serez redevenu mortel.
R.A.B »
 
Je sentis mon c½ur dérailler à la lecture de ce message. Primo, une tierce personne était au courant pour le secret de mon père, ce que je croyais impossible. Qui, et surtout comment, un étranger avait pu découvrir ce secret ? Moi-même, si je n'étais pas un Horcruxe, je ne le saurais pas ! Et deuzio... si ce médaillon était un faux, où était le vrai ? Avait-il été détruit ? J'étais dégoûtée qu'on fasse un pas en arrière, alors qu'on avait mis des mois à trouver cette nouvelle piste ! Une immense frustration me laissa un goût amer.
 
-      Nous devons identifier ce RAB... souffla Dumbledore.
-       D'après ses écrits, il doit être mort, rappela Lyall.
-       Ce sera le point de départ d'une nouvelle enquête. Avec un peu de chance, peut-être qu'il aura mis une autre personne au courant, pour ne pas emporter ce secret dans la tombe.
 
Je l'espérais. C'était notre seule chance de savoir si oui ou non le véritable Horcruxe avait été détruit.
 

 
| 09 février 1980 - Godric's Hollow – Manoir Dumbledore – 11h |

 
Albus nous avait convoqués pour une nouvelle réunion de l'Ordre du Phénix. J'espérais qu'il ait une raison valable de me déranger pendant mon enquête. Depuis la découverte du faux médaillon, je m'acharnais à retrouver ce RAB. Mais franchement, ces initiales étaient largement insuffisantes pour obtenir une piste. Même moi, qui avais un large réseau, j'avais du mal à trouver un suspect. J'étais tellement préoccupée par cette histoire que la réunion me passa complètement à côté. Il ne s'agissait que d'un point sur les missions en cours de toute façon, aucune n'allait être lancée, je n'étais pas directement concernée. Lily et James avaient amené Harry exceptionnellement, n'ayant personne pour le garder. Ça me faisait très bizarre que cet enfant « participe » à une réunion de l'Ordre... symboliquement parlant je veux dire. Il faisait l'objet d'une prophétie contre mon père à la base, c'était une sacrée ironie qu'il se retrouve au c½ur de la résistance, avec ses parents et Rogue dans la même pièce, en train de comploter contre le Lord.
 
-          Une dernière petite question, termina Dumbledore. Je cherche quelqu'un portant les initiales « RAB »... quelqu'un aurait une idée ?
-          Un peu oui ! répondit Sirius avec un rire amer.
 
Je me tournai vers lui avec un intérêt particulier. Je ne m'attendais pas à une réaction.
 
-          Ce sont les initiales de mon frère... Regulus Arcturus Black.
 
Je faillis me frapper le front avec la main tellement j'étais sous le choc ! Pourquoi n'y avais-je pas pensé moi-même ?! Regulus était un Mangemort ! C'était bien connu ! Et il était mort l'année dernière subitement, pour une raison mystérieuse. Tellement mystérieuse qu'on n'avait jamais retrouvé son corps ! Visiblement, Dumbledore pensait la même chose que moi, car il semblait plus excité que jamais. Sirius pensait avoir balancé une vanne, mais il venait de nous fournir l'identité du suspect idéal. J'espérais seulement que ce soit bien lui RAB. Dumbledore mit fin à la réunion précipitamment, et je ne traînais pas non plus, sachant que j'allais être convoquée dans les minutes à venir, pour retrouver mes deux partenaires de chasse. Avant de prendre congés, je vis Dumbledore s'isoler dans une autre pièce avec Rogue. J'allais avoir un court répit de quelques minutes changer de rôle.
 

| . . . |
 

 
-          Regulus Arcturus Black ! scanda Dumbledore en nous voyant arriver, Lyall et moi.
 
J'avais tout juste eu le temps de dire au revoir à tout le monde avant de sentir le devoir m'appeler. Je m'étais empressée de partir, pour me recouvrir de ma tenue d'assassin et venir jusqu'à Dumbledore.
 
-          Une cible intéressante en effet, répondis-je. C'était un Mangemort, décédé l'an passé.
-          Vous pensez qu'il est mort en tentant de voler l'Horcruxe ? demanda Lyall.
-          Ça expliquerait beaucoup de choses, confirma Dumbledore.
-          Mais cela ne nous dit pas s'il a réussi à détruire le médaillon, glissai-je.
-          En fait, j'ai une piste. Je sais de source sûre que Regulus a dû prêter son elfe de maison à Voldemort au cours de l'année dernière, à la demande de celui-ci. Regulus est mort peu de temps après.
 
Je soupçonnais Rogue d'être « la source sûre ». C'est à lui que Dumbledore avait parlé à la fin de la réunion, et il était le seul à pouvoir lui transmettre une telle information. Tout collait à merveille, j'étais persuadée que Regulus était la personne que l'on cherchait. Et s'il avait prêté son elfe au Lord, peut-être qu'il pourrait nous en dire davantage. Je savais que l'elfe en question était toujours au service de ses maîtres, dans la très noble et ancienne maison des Black !
 
-          Alors nous n'avons plus qu'à interroger l'elfe ! dis-je sur un ton d'évidence.
-          C'est là que ça se complique. L'elfe est dans la maison des Black... et le seul héritier que nous ayons de notre côté, Sirius Black, est en très mauvais terme avec l'elfe.
-          Certes, mais il ne peut désobéir à un héritier des Black, même s'il le déteste, fis-je remarquer.
 
Il ne me fallut que quelques secondes pour prendre l'apparence de Sirius. Je le connaissais tellement bien que la tâche n'avait pas été difficile.
 
-          Je vous conseille de vous rendre invisible pour ce qui va suivre, dis-je aux deux autres qui semblaient vraiment perplexes.
-          Ça vous ennuierait de partager vos plans ? soupira Lyall en se lançant un sortilège de Désillusion.
-          Je vais appeler l'elfe et le convaincre de m'aider.
-          Appeler l'elfe ? Vous connaissez son nom au moins ?
-          Dois-je vous rappeler mes antécédents ? dis-je malicieusement. Je n'étais pas une Mangemort, mais je les fréquentais quand même... les Black en première ligne.
 
Une fois mes deux partenaires hors de vue, j'appelai Kreattur, l'elfe des Black. Ça me faisait vraiment bizarre d'être dans la peau de Sirius. L'elfe apparut dans un crac sonore, et afficha une mine encore plus répugnante qu'à l'ordinaire en me voyant. Sirius était la honte de sa famille en s'étant écarté des valeurs des Black. Et c'était d'autant plus vrai depuis qu'il avait quitté la maison, bien des années auparavant, pour trouver refuge chez les Potter. Je m'attendais donc à ce que Kreattur se montre difficile à mon égard. Il était aussi petit et blanc que dans mon souvenir, la peau plissée à de nombreux endroits à cause de son âge avancé. Il avait un air déplaisant, agressif, avec ses gros yeux qui me lançaient un regard assassin empli de mépris.
 
-          Comment l'immonde traître Sirius ose me détourner de mes services auprès de ma maitresse ?
-          J'ai une requête à te soumettre, dis-je en faisant abstraction de son hostilité.
-          Oh, si ma pauvre maitresse savait avec qui je suis. Que dirait-elle ?
-          D'écouter le sale bâtard avec une grande attention, dis-je en montrant le médaillon de Serpentard.
 
Les yeux de l'elfe s'agrandirent avec stupeur. Il cessa de m'insulter, bouche bée.
 
-          Celui-ci est un faux... j'ai besoin de savoir où se trouve le vrai, poursuivis-je.
 
Kreattur fondit en larmes et se jeta par terre, pour se cogner la tête contre le sol. Je réagis de suite en le relevant de force, pour qu'il arrête de se mutiler. Une telle réaction prouvait que Kreattur n'avait pas réussi à obéir à un ordre... il fallait que je sache lequel.
 
-          Kreattur, où est le médaillon ?!
-          Le Maître Regulus l'a confié à Kreattur pour le détruire... mais Kreattur n'a pas réussi ! pleura l'elfe. J'ai tout essayé, je le jure ! Mais l'objet se reconstruit toujours ! Kreattur n'a même pas réussi à l'ouvrir !
-          Tu l'as toujours pas vrai ? demandai-je avec espoir.
 
Mon coeur se mit à battre plus fort en imaginant l'elfe se débarrasser du médaillon, n'étant pas parvenu à le détruire. A mon plus grand soulagement, l'elfe acquiesça.
 
-          Super, ramène-le moi, je te promets de le détruire.
 
L'elfe me regarda avec espoir. Il disparut dans un nouveau crac, et revint en quelques minutes, alors que je faisais les cent pas dans l'attente de son retour. Je sentis l'impatience me ronger en voyant le médaillon dans les mains de Kreattur. Il me le tendit avec prudence, et cette fois le doute n'était plus permis : l'aura qui se dégageait de l'objet était semblable à celle, puissante, qui avait entouré le coffret renfermant la bague des Gaunt. Cette fois, je tenais le véritable Horcruxe dans mes mains. Je dus me faire violence pour ne pas recourir au feu sous les yeux de mes partenaires.
 
-          Merci Kreattur. Tu as fait une bonne action envers ton maître défunt.
-          Le maître Sirius peut-il vraiment détruire le médaillon ?
-       Je connais quelqu'un qui sait le faire. Les minutes de cet objet maudit sont comptées, crois-moi.
 
L'elfe semblait soulagé et, pour la première fois de sa vie, reconnaissant envers celui qu'il croyait être Sirius.
 
-          Merci, dit-il à voix basse. Merci pour le Maître Regulus.
 
J'avais le vrai médaillon... j'aurais pu congédier l'elfe et repartir à mes occupations, mais je brûlais d'envie d'en savoir plus sur Regulus, le premier étranger à avoir découvert le secret de mon père. Il fallait que je connaisse son histoire.
 
-          Et si tu me racontais ce qui est arrivé à ... mon frère, demandai-je. Je n'ai jamais compris pourquoi il était mort.
 
Les larmes revinrent dans les yeux de l'elfe.
 
-          Le Maître Regulus a rejoint les rangs du Seigneur des Ténèbres à seize ans. Il était fier de servir, et si honoré. Un an après, le Maître Regulus est venu chercher Kreattur à la maison. Il a dit que le Seigneur des Ténèbres avait besoin d'un elfe.
-          Quoi ?! m'exclamai-je incrédule.
 
Comment mon père pouvait-il avoir besoin d'un elfe ?! Et même si cette situation improbable se produisait, comment un homme aussi orgueilleux que mon père pouvait demander de l'aide à un être qu'il jugeait inférieur ?!

-          Alors le Maître Regulus a proposé Kreattur, pour rendre service.
-          Quel était ce service ? m'intéressai-je, la curiosité me tenant en haleine.
 
L'elfe se dandina d'un pied à l'autre, le regard de plus en plus effrayé.
 
-          Le Seigneur des Ténèbres a amené Kreattur dans une horrible caverne, dit-il rapidement. Il y avait un lac noir.
 
Je sentis un frémissement me parcourir l'échine, commençant à comprendre le récit de l'elfe... et la raison qui avait poussé mon père à se servir de lui.
 
-          Au milieu du lac, il y avait un bassin en pierre, rempli d'une abominable potion. Le Seigneur des Ténèbres a forcé Kreattur à boire tout le contenu. Kreattur avait mal, et envie de mourir. Le Seigneur des Ténèbres a laissé le médaillon dans le bassin en pierre, et l'a à nouveau rempli de potion, avant de partir et d'abandonner Kreattur.
 
Je fermai momentanément les yeux, la haine montant en moi en imaginant mon père remonter sur le bateau, laissant l'elfe à l'agonie derrière lui. C'était de la cruauté gratuite. Il s'était servi de l'elfe comme d'un objet, pour pouvoir dissimuler son Horcruxe, et au lieu de le ramener à son Maître pour qu'il puisse guérir, il l'avait laissé pour mort. Là je reconnaissais bien mon père. Il n'avait eu aucune considération pour cet elfe qui l'avait aidé. Au contraire, je devinais même le sourire cruel qu'il avait eu en regardant l'elfe disparaitre au loin.
 
-          Comment tu t'en es sorti ? demandai-je.
-          Le Maître Regulus m'a appelé. J'ai donc transplané au manoir des Black.
 
Je sursautai.
 
-          Tu as quoi ?! m'étouffai-je.
-          J'ai transplané, répéta l'elfe.
-          Mais co – peu importe.
 
Aucun de nous n'avait eu l'idée d'essayer de transplaner dans cette caverne, persuadés que c'était impossible. Mais cet elfe avait réussi. Je me rappelai néanmoins que les elfes de Poudlard pouvaient se déplacer librement dans le château, alors que c'était interdit aux humains. Peut-être que c'était le cas cette fois aussi ? Peut-être qu'un elfe pouvait transplaner malgré les enchantements,  pour obéir à son maître ? Si c'était le cas, mon père avait été négligent dans la sécurité. Une fois encore, son manque d'intérêt pour les autres lui faisait commettre de grossières erreurs.
 
-          Le Maître Regulus a demandé à Kreattur de raconter ce qu'il s'était passé. Le Maître Regulus semblait très préoccupé. Il a demandé à Kreattur de rester caché. Quelques temps plus tard, le Maître Regulus est venu chercher Kreattur, pour retourner dans la caverne.
 
L'elfe fondit en larmes.
 
-          Tu as dû reboire la potion ? demandai-je.
 
Si Regulus avait réussi à échanger les médaillons, quelqu'un avait dû boire le contenu, puisque j'étais apparemment la seule à avoir pensé à utiliser les cadavres qui étaient présents pour accomplir cette tâche. Je compris lorsque l'elfe hocha négativement la tête.
 
-          Le Maître Regulus a ordonné à Kreattur d'échanger les médaillons lorsque le bassin serait vide... et de partir, de rentrer à la maison et de garder le secret. Kreattur ne devait rien dire à personne, juste détruire le médaillon volé.
-          Regulus n'a pas survécu à la potion ? repris-je.
 
Kreattur se mit à hurler de désespoir. C'était assez pitoyable, et en même temps, je comprenais combien il avait dû être dur pour un elfe de voir son maître dépérir sous ses yeux.
 
-          Il s'est fait entraîner dans le lac par des cadavres ! Kreattur a essayé de le sauver !
 
L'elfe craqua et se mit à hurler à l'évocation de ce souvenir. Je n'avais aucun mal à imaginer Regulus, affaibli par la potion, se faisant tirer par les bras cadavériques des Inferis avant de disparaître dans le lac sombre. Voilà donc comment était mort Regulus... tragiquement. Il s'était sacrifié pour récupérer le fragment de l'âme déchirée de mon père. Il aurait pu demander à son elfe de boire la potion, pour qu'il reste en état de combattre... mais il ne l'avait pas fait. Il avait traité Kreattur comme son égal en refusant de le faire souffrir. J'éprouvai un grand respect pour lui.
 
-          Tiens, soufflai-je en tendant le faux médaillon à l'elfe. En souvenir du sacrifice de Regulus. Garde cet objet, mais fais en sorte qu'il ne soit jamais découvert. Si le Seigneur des Ténèbres venait à apprendre la trahison de Regulus, c'est toute la famille qui serait massacrée. Tu m'as bien compris ?
 
L'elfe acquiesça et s'essuya au haillon qui lui servait de vêtement pour sécher ses larmes. A vrai dire, j'avais de la pitié pour cet elfe, qui avait assisté à la mort de son maître. C'était un sacrifice noble venant d'un membre de la famille Black autre que Sirius. Regulus n'était pas quelqu'un de mauvais au final. Il n'était pas mort en Mangemort, mais en héros. Cette pensée réveilla une flamme en moi en repensant aux circonstances de son décès. J'étais horrifiée à vrai dire de prendre conscience que ...
 
-          Son corps est toujours là-bas ! m'étouffai-je.
-         Oui ! couina l'elfe. Kreattur fait des cauchemars à l'idée de savoir que le corps du Maître Regulus n'ait pu trouver le repos.
 
C'était choquant en effet... de penser que le cadavre de Regulus était au fond du lac noir, prêt à s'animer pour empêcher un intrus de s'emparer de l'Horcruxe. Il était devenu un gardien malgré lui d'un objet pour lequel il avait donné sa vie en tentant de le voler.
 
-           Une piètre ironie du sort... une véritable injustice, soufflai-je.
 
L'elfe ne fit que pleurer davantage.
 
-          Sèche tes larmes Kreattur, et va chercher un costume ayant appartenu à mon frère.
 
Kreattur releva vivement la tête avec espoir, me décochant le sourire. Il semblait ne pas croire à mes paroles tellement c'était inespéré pour lui.
 
-          Tu as bien compris Kreattur, je vais retourner dans la caverne récupérer le corps de mon frère... alors va lui chercher une tenue, qu'on puisse l'enterrer dignement. Qu'il puisse reposer en paix, comme le héros qu'il était.
-          Kreattur avait tort au sujet du Maître Sirius...
-          Ça va, ne t'en fais pas. Ne te fais pas repérer, et attends mon appel pour revenir.
 
Kreattur disparut une nouvelle fois, et je pus laisser ma tenue d'assassin me recouvrir à nouveau. Je lançai le médaillon à Lyall, qui l'attrapa au vol.
 
-          Détruisez-le, leur dis-je.
-      C'est très noble de votre part ce que vous vous apprêtez à faire, reconnut Dumbledore.
-          Ça a l'air de vous surprendre.
 
Dumbledore garda un évident silence, qui me décocha un sourire amer. Il jugeait sans savoir... sans me connaître.
 
-          Les gens associent mon masque à celui de la Mort, mais quand je l'ai créé, c'était avant tout pour servir la justice, dis-je d'un ton sec. Je vous l'accorde, cela a fait de moi une tueuse, car la plupart du temps ça se traduit par de la vengeance. Mais je suis capable d'actes plus simples, qui honorent ma cause sans que j'aie à sortir ma lame. J'espère que vous n'en douterez plus après ce soir Dumbledore. Et si vous hésitez encore, demandez à Mr Lupin comment je l'ai sauvé de l'antre des Mangemorts quand sa petite mission d'infiltration a mal tourné. Je suis sûre que vous aurez une autre opinion de ma personne.
 
Je disparus sur ces mots, retournant sans plus tarder dans la caverne de mon père, à la recherche de Regulus. Je ne pouvais pas le laisser dans ce lac.
 
 

~ Point de vue général ~

 
Lyall et Dumbledore étaient encore un peu hébétés par la scène qui venait de se dérouler sous leurs yeux. Tracker venait de prouver qu'elle avait un sens de l'honneur sans faille. Lyall resta silencieux, encore assommé lui-même par les actes de Tracker. Elle avait traité l'elfe avec beaucoup d'égard, et lui avait même fait plaisir en lui laissant le faux médaillon de Serpentard. Mais alors retourner dans cette caverne affronter une armée d'Inferis, à la recherche du cadavre de Regulus pour le délivrer de l'enchantement cruel qui continuait à l'animer et lui offrir l'enterrement qu'il n'avait jamais eu... c'était la preuve que l'humaine qui se cachait derrière le masque de Tracker était d'une grande noblesse. La preuve qu'au fond d'elle, derrière ce masque, c'était quelqu'un de bien. Lyall se surprit même à ressentir une certaine admiration pour elle.
 
-          Je vous avais bien dit qu'elle était plus qu'une simple tueuse, rappela Lyall.
-       Et tu avais entièrement raison. J'avais encore quelques réticences à son sujet... mais je sais désormais que nous pouvons lui faire confiance. Ce qu'elle fait aujourd'hui pour honorer la mémoire de Regulus est la preuve qu'elle défendra toujours la justice, pure et parfaite, quels que soient les camps qui s'affrontent. Je la croyais insensible, mais je me suis trompé... c'est justement parce qu'elle est sensible aux horreurs du monde qui l'entoure qu'elle est devenue une extrémiste. Je crains que cette femme éprouve un dégoût pour l'espèce humaine qui nous dépasse. Qui sait ce qu'elle a pu vivre pour confondre les notions de justice et de vengeance... ?
-          L'enfer, souffla Lyall. Elle a survécu à l'enfer, pour baigner ensuite dans le monde des ténèbres et du crime.
 
 

| Cimetière |

~ Point de vue de Prue ~

 
Retrouver le cadavre de Regulus parmi tous ces Inferis n'avait pas été chose facile. Mais ça y est, je l'avais enfin. Avant d'appeler Kreattur, j'avais commencé à lancer des sorts au cadavre de son ancien maître, pour offrir une vision moins effrayante. Cette année passée dans les eaux ténébreuses avait laissé ses marques sur le corps de Regulus. Des marques que je m'étais appliquée à effacer. Regulus avait l'air de dormir désormais... rien à avoir avec l'expression de rage profonde que j'avais pu voir sur lui lorsqu'il essayait de m'attaquer.

 

Je repris l'apparence de Sirius avant d'appeler Kreattur, qui arriva aussi sec, un costume soigneusement plié entre les mains. Je couvris le cadavre de son ancien maître d'un tour de baguette, et le déposai dans son cercueil. Kreattur versa à nouveau quelques larmes, mais cette fois, c'était de joie. Il était heureux de voir le corps de son maître défunt reposer en paix dans un cercueil. J'accordais un hommage silencieux à Regulus, pour la bravoure dont il avait fait preuve. Kreattur ôta le faux médaillon de son cou et le glissa dans la main de Regulus. Après un dernier adieu, je refermai le cercueil, et le laissai descendre là où l'an passé, son corps aurait déjà dû se trouver. Je fis apparaître une gerbe de fleurs et la déposai sur la pierre tombale. Kreattur en fit de même, et me remercia une dernière fois, en jurant que je pouvais lui demander tout ce que je voulais, et qu'il me servirait sans faillir.
 
-          Je n'aurais que deux requêtes. La première, ne dis rien à personne, demandai-je.
-          Kreattur gardera le secret. Quel est votre deuxième volonté ? 
-          N'oublie jamais pourquoi et comment est mort mon frère.
 
Kreattur acquiesça en s'inclinant, et je disparus.
 
 

| Manoir Halliwell |

 
Cette fois, lorsque Lyall revint au manoir Halliwell, je pus détruire l'Horcruxe en le brûlant. Comme avec la bague, un cri strident retentit, me prouvant qu'il y avait bien un fragment d'âme renfermé dans cet objet. Contrairement au premier Horcruxe, je n'eus aucune contraction à l'estomac à l'idée de détruire une partie de mon père. Au contraire, j'étais en proie à une joie sauvage. J'avais hâte que la guerre se termine, et ce ne serait possible qu'avec la mort de mon père. Je m'étais résignée à ce fait. Je m'y préparais soigneusement. Notre duel était inévitable, et il devait se solder par ma victoire.

 

J'avais tant de projets... J'imaginais tellement souvent la suite de ma vie auprès des personnes qui m'étaient chères quand tout sera terminé que la motivation ne cessait d'augmenter. La guerre me pesait trop... je rêvais de m'en libérer, et de vivre paisiblement auprès de Remus. J'avais conscience que ma vie hors de l'ombre avait un potentiel incroyable. Jamais mes relations n'auront été aussi fortes. Avec tout le monde : Remus bien sûr, les Maraudeurs et leur famille, Jack, Diego, Julie et Hélène... des gens différents, issus de mes deux vies. Je croyais en l'espoir de pouvoir évoluer parmi eux, réunis. Ils étaient ma famille, ma seule raison valable de continuer cette lutte acharnée contre les forces du Mal. Si je m'impliquais tant, c'était pour eux. Sinon, je serais restée un éternel fantôme de l'ombre, indifférent aux guerres pouvant déchirer le Bien et le Mal, me contentant de défendre ma cause, et rien d'autre. Ma neutralité s'était envolée il y a bien longtemps... lorsque j'avais choisi d'accorder une chance à une vie sans masque. C'était bien plus risqué, et malgré mes efforts, je n'étais pas certaine de garantir l'issue de cette partie. Mais ça en valait la peine.
 
Chapitre 28 : La caverne

Hello ! Et voilà pour ce 28ème chapitre, basé sur la découverte d'un nouvel Horcruxe. J'espère que ce remake de la caverne vous a plu ;) Vos impressions sont attendues, comme toujours !
A bientôt pour la suite des aventures ! Nous nous rapprochons de la fin du tome...
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    Prue a pu rendre hommage a Regulus.. et elle est sur la piste des hircruxes, j'ai trouver originale la solution de prue pour vider la coupe. Commrnt vous avez eu cette idée ?

  • Hurricany

    27/06/2016

    C'était très émouvant la manière dont Prue a pu rendre hommage à Régulus. La quête de horcruxe avance, c'est vrai que Voldy n'a pas assuré sur celui-ci. La sécurité était lambda.

  • harry-potter-8-fic

    16/05/2016

    je te souhaites de passer une très bonne semaine :)

  • harry-potter-8-fic

    16/05/2016

    je continuerai la lecture plus tard.
    Je vais me coucher :)

  • harry-potter-8-fic

    16/05/2016

    c'est admirable ce qu'elle a fait pour regulus

  • harry-potter-8-fic

    16/05/2016

    c'était un très bon chapitre

  • MikaWolfeHP

    10/05/2016

    Oh my Sirius! Jaime telllent ton histoire! Tu me fais rire, pleurer, memerveiller... Tu ecris bien, je puis aisement mimaginer les scenes et discerner tes personnages. Tes choix de situations et de conclusions me plaisent (comme le fait que Prue pardonne Jack par exemple ;) ). Mes lectures de tes chapitres sont des moments heureux que je m'offre. Continue!! Hate au beau mariage ;) jy arrive! Et jaime beaucoup la nouvelle version que tu as faites de la decouverte de lhorcruxe medaillon! Supra logique et tu regles meme les failles qui sont percues dans loriginale! Bravo ^^

  • clochinettedu76

    17/04/2016

    Salut ! J'ai adoré ce chapitre et ce petite remake de la découverte de la caverne et de l'horcruxe :) Ce qui m'a fait sourire, c'est imaginer la tête de Sirius en donnant le nom de son frère pour les initiales ;) J'ai vraiment beaucoup aimé ce chapitre...
    Malheureusement pour la lectrice (et fan de ce que tu écris), on se rapproche de la fin du tome... J'ai 2 questions :
    - Tu as une idée du nombre de chapitres qu'il reste à écrire et publier avant la fin ?
    - Et vas tu faire une pause entre le tome 2 et 3 ? (Il me semble, mais je ne suis pas sure comme ça fait un petit moment maintenant, que tu avais fait une pause entre le 1 et le 2)

    J'ai hâte de lire la suite ;)

    Bonne journée, et bonne fin de weekend :)

  • Harry-Potter-generationx

    16/04/2016

    Hello c'est moi ! Et non je suis pas morte je suis toujours là ;)

    Je t'avais écrit un commentaire sur le chapitre précédent mais vu que tu n'y a pas répondu comme à ton habitude, il y a du avoir un beug et il n'a pas été posté ... :/

    Bon parlons de ce chapitre, comment dire, il est ... parfait comme tous les autres !!! Bon par rapport aux chapitres précédents il ne se passe pas grand chose mais il faut toujours des moments de calme, sinon tes lecteurs n'y survivraient pas (et moi tout particulièrement) xD

    Donc ils ont trouvé la caverne, et l'Horcruxe. J'ai toujours trouvé courageux ce qu'avait fait Régulus ici. Mais je ne m'attendais pas à ce que son corps soit dans le lac. Ca fait longtemps que je n'ai plus lu les livres du cou ^^'
    Rien ne m'étonne venant de Voldemort, alors qu'il ai voulu maisser mourir Kreattur, ca ne m'a même pas choqué ^^

    Lyall et Dumbledore commencent de mieux en mieux à cerner Tracker, je me demande si un jour elle ler racontera l'enfer par où elle est passée pour devenir telle qu'elle est. Et si elle leur dira le lien qui l'unit à Voldemort et qu'elle est le dernier Horcruxe ... On verra bien. Cette histoire risque d'être extrêmement intéressante :D

    A la prochaine
    Bis

    Camille

  • evanalinch-lunalovegood

    12/04/2016

    J'adore la caverne que tu as créé. Et j'adore aussi le fait que tu es réconcilié kreatur d'une certaine façon avec Sirius. Même s'il ne le sait pas.

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