Chapitre 30 : Le cadeau de Jack

« Après tant d'années dans l'oubli, les plus beaux souvenirs de mon enfance remontent enfin à la surface... grâce à Jack. »
 
 
Chapitre 30 : Le cadeau de Jack


 
 
| 21 août 1981 – Manoir Halliwell |
 
Debout devant la fenêtre de notre chambre, je regardais l'étendue du domaine familial, l'esprit perdu dans mes pensées. Ces derniers jours avaient été exceptionnels. D'abord le mariage, puis la fantastique nuit de noces, et ces deux jours de répit à la campagne où j'avais pu profiter de mon mari. C'est comme si le temps s'était suspendu depuis que j'avais enfilé la robe de mariée. Depuis, je me sentais hors réalité. Un peu comme dans un rêve. Je savais que j'allais bientôt me réveiller, alors je profitais de ce court répit.
 
Depuis le mariage, j'avais accordé tout mon temps à Remus. J'avais rangé le masque de Tracker et fait une pause dans toutes mes activités. J'avais enfin pu souffler, et découvrir à quoi pouvait ressembler ma vie, sans jeu parallèle. Tracker ne m'avait manqué. Peut-être était-ce parce que j'avais trop agi dans l'ombre ces derniers temps.
Mais demain, ma double vie reprendra de plus belle. Je savais depuis longtemps que notre exil ne serait l'affaire que d'un week-end, car les Aurors avaient besoin d'être au complet en ce moment. Malgré tout, j'aurais bien voulu prolonger un peu. Il ne me tardait qu'une chose désormais, être en novembre, pour partir aux Caraïbes. Ce sera notre véritable voyage de noces. En attendant, il fallait continuer la lutte.
 
Cela dit, il me restait encore une soirée de tranquillité, et je comptais bien la mettre à profit. J'avais enfin déballé le cadeau de Jack, découvrant un bocal de souvenirs, et un petit mot l'accompagnant : « Bon voyage dans les profondeurs de ta mémoire ». Je n'avais pas la moindre idée de l'objet de ces souvenirs. J'étais très impatiente de les visionner.
 
-          Chérie, je suis rentré ! informa Remus depuis le rez-de-chaussée.
 
Je sortis de la pièce, l'impatience montant encore d'un cran. Remus m'accueillit avec le sourire, et les bras chargés de bouteilles de champagne. J'étais contente que sa virée sur le Chemin de Traverse ait été aussi rapide.
 
-          On va pouvoir s'en ouvrir une ce soir, se réjouit Remus en désignant les bouteilles du menton.
-          Pour changer ! plaisantai-je.
 
On se faisait une cure de champagne et de mets délicieux, histoire de prolonger un peu le banquet du mariage.
 
-          Au fait, j'ai ouvert le cadeau de Jack, informai-je en suivant Remus à la cuisine.
-          Ah, la mystérieuse surprise... de quoi s'agit-il ? demanda-t-il tout en rangeant les bouteilles au frais.
-          De souvenirs.
-          Tu les as vus ?
-          Pas encore, je t'attendais. Je voudrais te les faire partager.
 
Remus ne manqua pas d'afficher sa surprise. Il était très content bien sûr, mais il ne devait certainement pas s'y attendre. Mon passé avait toujours été entouré d'un épais voile. Remus avait réussi à le percer par endroit, sans jamais avoir l'occasion de véritablement voir au-delà. Il n'y a que le souvenir du drame qu'il avait visionné avec Dumbledore. Je voulais changer ça. Après tout, Jack m'avait assuré qu'il n'y aurait rien de compromettant, je trouvais donc normal de les regarder avec Remus.
 
-          Avec plaisir, m'assura Remus. Comment va-t-on faire pour les regarder ensemble ?
-          J'ai demandé à Dumbledore de me prêter sa Pensine, répondis-je en me dirigeant vers le salon.
 
La Pensine était posée sur la table, diffusant une pâle lueur bleutée autour d'elle. J'ouvris le bocal offert par Jack et versai les filaments argentés dans le Pensine. Après un dernier regard avec Remus, je me penchai à la surface, me faisant happer dans les profondeurs de la mémoire de mon mentor. La chute dans les ténèbres fut de courte durée. Je me stabilisai dans le manoir, devant le canapé où était allongé Jack, les vêtements couverts de sang. Je compris alors que cette soirée correspondait à la rencontre entre Jack et ma mère, quand il avait mis en scène son agression pour se rapprocher d'elle.
 
-          Je n'aurais jamais cru me matérialiser ici, souffla Remus.
 
Moi non plus en fait... car cela voulait dire que Jack m'avait tout simplement offert les souvenirs de la période où il avait fréquenté ma mère. Une époque où j'avais forcément moins de cinq ans, et que j'avais complètement oubliée. Mon plus lointain souvenir était celui du drame... et voilà que j'allais découvrir des moments antérieurs.
 
-          Jack connaissait ma mère, expliquai-je.
-          Tu ne me l'avais jamais dit.
-          Parce que je l'ai appris récemment.
-          Pourquoi il te l'a caché ?
 
La raison était simple... me l'avouer m'aurait inévitablement menée à découvrir qu'il était Cobra... et à l'époque, je l'aurais tué sur-le-champ sans même chercher à comprendre. J'étais une véritable machine à la sortie du camp, qui tuait sur pulsion. Les prédécesseurs de Jack avaient trouvé la mort, suite à une réaction trop excessive de ma part par rapport à des ordres qui ne me convenaient pas. Si Jack m'avait donné une réelle raison de le tuer, il ne m'aurait pas échappé. J'aurais été incapable de lui pardonner d'avoir trahi ma mère. Encore aujourd'hui, je me surprenais d'avoir été capable de l'épargner.
 
-          A l'époque de notre rencontre, le passé était un sujet que je refusais d'aborder, me contentai-je de répondre.
-          Comme c'est bizarre, taquina Remus.
-          Du coup, Jack n'a jamais parlé de notre passé commun. J'étais trop jeune pour m'en souvenir. Il a dû estimer qu'après le drame, il valait mieux que je reparte à zéro... même si ça n'a jamais été le cas.  
-          Je serais curieux de savoir comment il s'est retrouvé dans cet état...
-          Nous allons vite le découvrir.
 
Même si sa venue était évidente, je tressaillis en voyant ma mère entrer dans la pièce. Jamais encore je n'avais pu la voir de manière si réelle, et rien que pour cette vision, Jack m'avait fait un cadeau des plus précieux. Elle avait une mine un peu inquiète en regardant Jack. Elle s'assit à ses côtés et posa sa main sur le ventre de mon mentor. Des flammes bleues apparurent et ne tardèrent pas à se propager sur le reste du corps. Lorsqu'elles disparurent quelques secondes plus tard, ma mère resta à sa place, comme si elle attendait. Jack reprit lentement connaissance, ouvrant les yeux sur le visage doux de ma mère. Il eut un instant d'arrêt d'ailleurs, visiblement troublé à sa vue.
 
-          Ne vous inquiétez pas, vous êtes en sécurité ici, assura ma mère d'une voix réconfortante.
 
Mais Jack ne semblait pas affolé le moins du monde. Déjà, il serait difficile de se sentir en danger face à ma mère, qui avait tout d'un ange. Et puis, Jack avait prévu que ça se passerait ainsi. C'était le plan de sa mission. La seule surprise qu'il avait pu avoir, c'était de se réveiller si près d'elle.
 
-          Où suis-je ? demanda-t-il.
-          Chez moi. Je m'appelle Rosalie Halliwell, je suis guérisseuse.
-          Je vous avais reconnu, assura Jack avec un sourire.
-          C'est plutôt bon signe. Pouvez-vous me dire votre nom ?
-          Jack Warrel, répondit-il sans hésitation.
-          Vous vous souvenez de ce qu'il s'est passé ?
-          Je marchais sur le Chemin de Traverse... quelqu'un m'a agressé, et j'ai ressenti une vive douleur au ventre. Après, c'est le trou noir. Vous êtes probablement la seule à pouvoir compléter l'histoire.
-          Je vous ai trouvé inconscient, et blessé. Votre agresseur était auprès de vous. Mon arrivée a suffi à le faire transplaner. Je vous ai ramené ici pour vous soigner.
-          Je vous en suis très reconnaissant.
 
Ma mère allait se lever, mais Jack la retint par le bras.
 
-          Pourquoi pas l'hôpital ? demanda-t-il.
-          Je craignais que votre agresseur tente de venir finir le travail.
-          Merci. Merci de m'avoir sauvé.
 
Je me rendis compte à quel point ma mère était d'un naturel envoûtant. J'étais persuadée qu'elle n'était pas en train de séduire Jack dans un moment pareil... et pourtant, son sourire suffisait à troubler n'importe qui. Je comprenais de quoi Jack avait parlé en disant qu'il s'était senti comme un simple homme face à elle, et non comme un tueur.Il se dégageait d'elle une aura de bonté, et de bienveillance. Elle inspirait douceur et confiance. Je comprenais pourquoi Jack avait été incapable de la tuer à ce moment-là, alors qu'ils se regardaient dans les yeux avec la même fascination. Ce serait aussi abjecte que d'attaquer une licorne.
 
-          Maman ! s'écria la voix d'une gamine.
 
Je me retournai, faisant face à ma miniature, visiblement stupéfaite. Elle avait la main plaquée sur la bouche et les yeux ronds à la vue du sang.
 
-          Prue ?! s'étonna ma mère. Qu'est-ce que tu fais là ?
 
Je jetai un coup d'½il à l'horloge sur la grande enfilade, qui affichait 01h20, heure à laquelle je devrais être couchée depuis longtemps.
 
-          J'ai entendu du bruit ! C'est qui ce monsieur ?
-          Un blessé. Il faut que je le soigne, remonte te coucher.
 
Je vis clairement l'hésitation dans mon regard d'enfant à l'idée de laisser ma mère avec un inconnu. Mais apparemment, j'étais obéissante, car la petite fille quitta la pièce sans faire d'histoire.
 
-          Elle est mignonne, dit Jack. Ce petit ange vous ressemble beaucoup.
-          Merci.
-          Si elle nous a entendus, je suis surpris que son père ne soit pas descendu lui aussi.
 
Habile manière de savoir si une autre personne se trouvait dans le manoir. Le visage de ma mère se ferma. Je pus ressentir sa douleur malgré les années à cette simple évocation de mon père.  Il y avait dans ses yeux une lueur triste qui trahissait cette déchirure. Elle avait tenu à mon père, et son absence était encore dure à vivre, des années après.
 
-          Il n'est pas là, se contenta de répondre ma mère à voix basse.
 
Jack eut la délicatesse de ne pas chercher à approfondir le sujet. Pourtant, je voyais qu'il en brûlait d'envie.
 
-          Je vais vous laisser vous reposer, décida Jack en se redressant. Merci pour tout Madame Halliwell.
 
Il aurait pu accomplir sa mission à ce moment-là. D'ailleurs, c'est sans doute ainsi qu'il avait prévu de finir la soirée. Mais il avait laissé passer l'occasion, comme il me l'avait dit dans son récit. Refuser d'agir au moment de tuer est lourd de conséquences. Quand on tient une biche en joug, et que l'on ne tire pas, préférant la laisser partir, il est inutile de la poursuivre un autre jour... car au moment de tirer, il y aura toujours cette barrière qui viendra empêcher le doigt d'appuyer sur la gâchette. Épargner une proie une fois pour cause d'attendrissement revient à l'épargner définitivement. C'est ce qui était arrivé à Jack. Il n'avait pas réussi à bondir sur ma mère pour lui porter le coup fatal.
 
Le salon devint flou rapidement autour de nous, et le noir revint nous engloutir quelques instants. Puis, un environnement urbain se matérialisa autour de nous. Je reconnus sans peine la devanture de la boutique qui abritait en réalité l'entrée de l'Hôpital Sainte Mangouste. Le soleil déclinait, diffusant une dernière lueur flamboyante avant de laisser place à la nuit. Je remarquai Jack à côté de nous, fixant la boutique de l'autre côté de la rue. Il tenait un bouquet de fleurs exotiques. Une lueur passa à travers ses yeux, et j'en compris l'origine en suivant son regard. Ma mère sortait de la boutique, seule. Jack ne tarda pas à aller à sa rencontre. Lorsque ma mère le remarqua, il était déjà devant elle, lui présentant le bouquet avec un sourire des plus charmeurs.
 
-          Oh, merci ! s'étonna ma mère.
-          C'est moi qui vous remercie pour hier soir.
-          C'est gentil.
 
Ils semblaient contents de se revoir, et pourtant, l'atmosphère restait un peu froide. Ma mère était touchée, mais ne voulait pas pour autant donner l'occasion à Jack de franchir ses barrières. Elle n'avait fait que son travail en le soignant, et elle ne semblait pas habituée à revoir ses patients ainsi.
 
-          Vous attendez depuis longtemps ? demanda ma mère.
-          Deux heures. Je ne pensais pas que vous finissiez aussi tard.
-          J'ai eu une opération un peu délicate.
-          Eh bien, je ne vais pas vous retarder davantage. Votre fille doit vous attendre.
-          Mes filles, pour être exacte.
-          Oh, vous en avez deux ?
-          Oui, des jumelles.
-          Wouah, les journaux parlent souvent de vous, mais ce détail leur avait échappé.
-          J'essaie de tenir ma vie privée hors de portée de leur plume aiguisée.
-          Je comprends.
-          Ça m'a fait plaisir de vous revoir, Monsieur Warrel. Prenez soin de vous.
-          Vous ne m'y encouragez pas vraiment, taquina Jack. 
 
Ma mère eut un rire un peu gêné. Remus devait être amusé par le romantisme de la scène. Moi, je ne pouvais m'empêcher de penser à la mission de Jack. J'étais persuadée que malgré son trouble, il était encore trop tôt pour qu'il ait déjà changé d'avis. Il pensait toujours pouvoir accomplir sa mission, alors que l'engrenage s'était mis en route dans le mauvais sens. Il était un excellent acteur. Il s'était montré reconnaissant en tenant à la remercier, patient pour l'attendre des heures sans savoir quand est-ce qu'elle sortirait... ajouté à cela son charme naturel et son sourire ravageur, il était difficile d'échapper à ses filets. Je voyais en lui le fin calculateur qu'il avait toujours été.
 
-           Peut-être qu'un dîner serait moins risqué qu'une nouvelle agression pour me retrouver en votre compagnie ? suggéra Jack.
 
Ma mère prit plusieurs secondes de réflexion avant d'accepter. Jack avait réussi à faire le premier pas vers elle, sans se faire chasser. Alors qu'il pensait avoir franchi une étape dans sa mission, voilà qu'il commençait à reculer.
 
La ville disparut sur cette scène. Une succession flashs nous révéla que Jack et ma mère s'étaient revus plus d'une fois. Les souvenirs se stabilisèrent, sur l'allée qui menait au manoir. Il avait dû s'écouler plusieurs mois, car la neige recouvrait tout au-dehors. Des rires attirèrent notre attention derrière nous. Ma mère revenait aux côtés de Jack. Ils semblaient vraiment bien s'entendre, j'appréciais de les voir ensemble. Je marchai à reculons pour leur faire face, et ne rien rater de la scène.
 
-          Tu crois qu'elles vont m'apprécier ? demanda Jack en retrouvant son sérieux.
-          Je le crois, assura ma mère.
 
Ainsi donc, Jack revenait au manoir pour la première fois depuis leur rencontre. Dès qu'ils ouvrirent la porte, des cris et des rires se firent entendre. Dans le salon, je découvris mon double... ma jumelle. Mon c½ur rata un battement en la voyant en vie pour la première fois. Je la rencontrais enfin, après toutes ces années. C'était tellement bizarre... de faire la connaissance de sa propre famille.  Je pourrai avoir des souvenirs des moments que nous avions passé ensemble. J'allais enfin avoir une trace de leur existence dans ma mémoire, ainsi que des moments heureux que j'avais pu vivre avant que tout bascule. J'eus un moment de faiblesse qui me noua la gorge.

Les deux gamines s'arrêtèrent de jouer en voyant notre mère. Leur satisfaction en remarquant Jack me surprit. Il y avait comme une lueur de triomphe dans leur regard. J'aurais bien voulu en savoir la cause, car normalement, je n'avais vu Jack qu'une fois à cette époque, et Sandra ne le connaissait même pas. Alors pourquoi accueillir cet inconnu avec tant de plaisir ? Ma mère nous avait-elle parlé de Jack à l'époque ?
 
-          Jack, je te présente mes filles. Prue et Sandra.
-          Euh... laquelle est laquelle ? plaisanta Jack.
 
Effectivement, il était impossible de nous différencier. Moi-même, j'aurais été bien incapable de dire laquelle j'étais des deux.  
 
-          Moi c'est Prue !
-          Hé ! Non, c'est moi ! corrigea la deuxième en feignant l'indignation.
-          Non non et non ! Prudence, c'est moi !
 
La scène nous fit tous rire.
 
-          Oh, elles adorent me faire perdre la tête avec ça, expliqua ma mère en souriant. Je n'arrive jamais à les distinguer.
-          Elles ne sont pas habillées pareil pourtant...
-          Compte sur elles pour échanger leur tenue. Bon, comme c'est elle qui a lancé le jeu, dit-elle en désignant la première fillette, je suppose que c'est Prue.
-          Raté ! Prue, c'est moi ! dit l'autre.
 
Jack  avait un large sourire devant la scène. Il s'accroupit pour se mettre à la hauteur de celle qui se prétendait être Prue.
 
-          Ah oui ? Prouve-le.
-          Maman t'a soigné un jour.
 
Jack sourit à nouveau. Il avait une expression de gentillesse sur le visage qui lui donnait un air paternel.
 
-          C'est vrai qu'il est beau, lança Sandra, détournant son attention.
 
Jack haussa les sourcils.
 
-          Qui lui a dit ça ? voulut savoir mon mentor.
-          Elle ! dirent ma mère et ma miniature d'une même voix.
 
Jack éclata de rire, comme Remus et moi. Ma mère et moi nous pointions du doigt mutuellement. Elle m'adressa un regard courroucé qui redoubla le rire de la petite fille que j'étais.
 
-          Tu étais une sacrée flèche ! lança Remus.
-          Je vois ça !
 
C'était tellement bizarre de voir ces souvenirs... je découvrais mon passé, et celle que j'avais été par la même occasion. C'était assez étrange de regarder cette petite fille, d'apprendre à la connaître comme si c'était une étrangère, alors qu'en fait, c'était le fantôme de mon passé. J'avais presque du mal à réaliser que cette gamine souriante et pleine de joie, c'était moi, entourée de ma mère et ma soeur.
 
La petite Prue se précipita sur Sandra sans prévenir, s'attelant à lui faire des chatouilles à l'en coucher au sol tellement elle riait. Visiblement, Sandra les craignait autant que moi.
 
-          Elles sont toujours comme ça ? demanda Jack à ma mère.
-          ...Tu verras bien.
 
Ma mère avait parlé à voix basse, mais les rires de Sandra ne suffirent pas à couvrir ses paroles. Ma miniature s'était brusquement arrêtée de jouer, saisissant le sens de cette phrase. Ma mère accordait une place à Jack dans notre vie, et cette perspective semblait être un véritable enchantement pour moi à l'époque. Peut-être était-ce le manque de mon propre père qui me faisait tant désirer la présence de Jack. Quoi qu'il en soit, j'avais le regard pétillant de joie et de malice. Ma mère me regardait avec un faux air de réprobation d'ailleurs. J'aurais donné cher pour me souvenir davantage de cette complicité entre nous. On semblait se comprendre d'un seul coup d'oeil.
 
-          Un mot Prue, et je te chatouille pendant une heure, prévint ma mère.
-          Je n'ai rien dit !
-          Quoi quoi quoi ?!! demanda Sandra qui n'avait pas suivi à cause des chatouilles.
 
Je lui murmurai à l'oreille et elle se mit à sautiller en tapant des mains avec joie.
 
-          Chouette !!! C'est trop bien !!! dit-elle.
-          Qu'est-ce que tu lui as dit ? demanda ma mère.
-          ...
-          Prue ?
-          ...
-          Prue, tu me réponds ?
-          Mais t'as dis que tu me ferais des chatouilles pendant une heure ! me plaignis-je tout en souriant.
-          Alors c'est moi qui t'en ferais ! intervint Jack.
 
Il m'attrapa et me chatouilla. Je me laissai tomber au sol, prise d'un fou rire incontrôlable. Sandra lui sauta dessus pour venir à ma rescousse, sans grand succès. Elle se fit chatouiller elle aussi pour la peine.
 
-          Bon les enfants, on mange le dessert ? lança ma mère en mettant Jack dans le lot.
 
Ce dernier se releva en reprenant un air sérieux qui n'allait pas du tout avec ses yeux  joueurs. Ma mère sentit que c'était à son tour de déguster. Jack lui réserva le même sort qu'à nous deux. Il la bloqua contre lui en entourant un bras autour d'elle et la chatouilla de l'autre. Ma mère éclata de rire. Les deux fillettes observaient la scène avec plaisir, tout comme moi. C'était beau de voir ma mère sourire. J'adorais entendre son rire, surtout dans les bras de Jack.
 
-          On l'adopte ? demanda la petite Prue à voix basse à Sandra.
-          Oh oui !!!
 
Ma mère nous avait entendues, mais elle ne dit rien. Elle se contenta de sourire, et je ressentis toute sa joie, autant sur ses lèvres que dans ses yeux brillants. Elle avait enfin réussi à guérir... à tourner la page, pour en écrire une nouvelle avec Jack. J'étais reconnaissante envers mon mentor pour ça, car il avait réussi à ramener le bonheur au manoir, qui s'était envolé avec mon père.
 
Le voile de l'obscurité tomba sur ce souvenir. Jack et ma mère entraient à nouveau au manoir, de nuit. Ils allèrent à l'étage, où je les suivis avec Remus. Ma mère ouvrit lentement la porte de ma chambre. Une onde de peur la traversa, la paralysant momentanément. Je me demandai ce qui pouvait bien la mettre dans un tel état.
 
-          Qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta Jack à voix basse.
-          Le lit de Prue est vide !
 
Jack fut réellement stupéfait. A tel point que j'aurais eu du mal à dire si c'était de la comédie ou non. Avait-il un lien avec mon absence ? Sa mission était-elle toujours d'actualité dans son esprit ? Sans plus attendre, ma mère fit irruption dans la pièce et souleva la couverture du lit vide. Sans surprise, je n'étais pas cachée dessous. Elle se tourna vers Sandra, profondément endormie. Ma mère la réveilla doucement.
 
-          Maman ?
-          Sandra, où est Prue ?
 
Machinalement, Sandra tourna la tête vers le lit. Contrairement à ma mère, elle ne fut pas surprise de le voir vide.
 
-          Je ne sais pas.
 
Le mensonge était flagrant. Elle savait où j'étais mais ne voulait pas me dénoncer. Bon sang, mais que pouvais-je bien faire en pleine nuit à part dormir à cet âge ?
 
-          Il faut que tu me le dises, reprit ma mère avec insistance. Est-ce qu'elle est dans le manoir ?
 
Sandra hésita encore un peu avant de secouer négativement la tête, redoublant les inquiétudes de ma mère. Même Jack semblait en apnée.
 
-          Sandra... s'il te plait, dis-moi où elle est, supplia ma mère.
-          Dehors, avoua Sandra d'une toute petite voix.
-          Où ça ?
-          Je ne sais pas.

Cette fois, Sandra disait la vérité. Ma mère se releva de suite et sortit sans plus tarder, Jack sur ses talons. Je dus courir dans les escaliers pour les suivre. Ils se ruèrent dehors, m'appelant à s'en égosiller la voix. Mais je ne répondis pas, et je n'étais visible nulle part. Les cris de ma mère étaient assez douloureux à attendre. J'entendais ses peurs et le désespoir grandissant à chacun de ses appels sans réponse. Tout était calme autour de nous, les environs baignant dans la lueur blafarde de la pleine lune.
 
-          Le domaine est grand ? demanda Jack au bout d'un moment.
-          Plusieurs hectares ! Bon sang, j'espère qu'elle n'est pas allée dans la forêt !
 
Des larmes ne tardèrent pas à apparaitre dans les yeux de ma mère. Je m'en voulais de lui avoir causé une telle frayeur. Où pouvais-je bien être ?
 
-          Ok, on va survoler les environs alors. Ce sera notre meilleur moyen de la localiser, décida Jack.
-          Je ne sais pas voler...
-          Alors j'irai seul. Je vais te la ramener.
 
Jack consola ma mère dans ses bras avant de partir à ma recherche.
 
-          Je suis rassuré de voir que ton non-respect des règles et tes petites escapades nocturnes mystérieuses remontent à ta plus tendre enfance, lâcha Remus.
-          Pour être franche, je n'ai pas la moindre idée de ce que je faisais dehors.
 
Je surveillais Jack de loin, qui survolait les environs lentement. Remus finit par s'asseoir tellement l'attente était longue. Personnellement, j'étais persuadée être dans la forêt. Sinon, Jack m'aurait vue si j'étais à découvert. Les rayons du soleil finirent par percer la nuit. Un cri de loup se fit retentir, douloureux et lointain. J'eus soudainement une illumination.
 
-          La photo que je t'ai montrée de nous, tu te souviens ?! demandai-je à Remus avec excitation. Tu étais un jeune loup, et tu avais posé tes pattes avant sur mes épaules.
-          Oui, je m'en souviens très bien.
 
Je lui fis signe d'écouter le nouveau hurlement animal qui déchirait la nuit.
 
-          C'est moi ? s'étonna Remus.
-          Évidemment ! Tu vois une autre raison qui me pousserait à passer la nuit dans la forêt ?
 
Au bout de plusieurs minutes, je vis une personne de petite taille sortir de la forêt. Jack me repéra de suite et fusa vers mon fantôme. Il me ramena au manoir sur son balai. La petite aventurière que j'étais avait un air penaud en posant le pied au sol.
 
-          Ta mère est morte d'inquiétude, expliqua Jack doucement.
-          Je suis désolée.
-          Aller viens.
 
Jack me fit entrer dans le manoir.
 
-          Tu vas te faire disputer, souffla Remus.
-          PRUDENCE !!! MAIS OU ETAIS-TU ???? entendis-je de l'intérieur.
-          Tu crois ? ironisai-je.
 
Je rejoignis ma miniature au salon, qui affrontait le regard de ma mère. Cette dernière était à la fois soulagée et énervée, ce qui était tout à fait compréhensible. Jack semblait mal à l'aise assis dans le fauteuil.  
 
-          Je t'ai dit de ne pas sortir en mon absence ! Surtout la nuit ! On t'a cherchée partout !!! 
-          Pardon maman...J'étais dans la forêt.
-          DANS LA FORÊT ?!
 
Ma mère était dans tous ses états, n'en croyant pas ses oreilles.
 
-          Pourquoi étais-tu là-bas ? demanda doucement Jack.
-          ...Pour retrouver un ami, dis-je en baissant la tête.
-          Quoi ? dit ma mère, tellement stupéfaite qu'elle baissa le ton. Qui est-ce ?!
-          Un jeune loup.
 
Je crus que ma mère se transformait en cadavre tellement elle devenait blanche. Je manquais d'habileté pour annoncer les choses dans mon jeune âge...
 
-          Il n'est pas méchant ! assurai-je précipitamment.
-          Ca fait combien de fois que tu le vois ?
-        C'était la deuxième. Il a tellement grandi ! La première fois, je lui ai appris à marcher, il faisait ma taille. Maintenant, il me dépasse ! Il est magnifique maman !
 
Mes paroles étonnaient tellement ma mère qu'elle en oubliait de me crier dessus. Elle se mit à marcher nerveusement devant le fauteuil de Jack. Il y avait une incohérence dans mon récit, je l'avais repérée moi aussi, mais c'était normal. Je connaissais bien la particularité du loup en question. Ma mère échangea un regard avec Jack.
 
-          Ce loup... tu ne l'as vu que des soirs de pleine lune n'est-ce pas ? demanda Jack.
-          Oui.
-          Ce n'est pas un loup, dit-il. C'est un loup-garou.
-          Un quoi ?
-         Une personne qui se transforme en loup les soirs de pleine lune, expliqua ma mère.
-          Tu veux dire que le jour, c'est un petit garçon ? demandai-je tout excitée.
-          Ou une petite fille, précisa Jack avec le sourire. En effet.
-          Alors je pourrais aussi jouer avec le jour ?
 
Ma demande de gamine me fit éclater d'un grand rire. Au lieu d'être intriguée, j'avais accueilli la nouvelle comme la surprise des plus exquises.
 
-          Je t'interdis de le revoir sous sa forme animale ! trancha ma mère.
-          Quoi ?! Mais pourquoi ?
-          Il... il va grandir Prue, me dit doucement Jack. Il ne va pas rester à la taille d'un loup très longtemps. Il va devenir beaucoup plus grand, plus musclé... plus dangereux. Un loup-garou ne doit pas être accompagné d'un humain pendant ses transformations. Il pourrait te faire du mal.
-          Non, je t'assure qu'il est adorable. Il a dormi contre moi toute la nuit !
-          Avec le froid qui fait... s'exaspéra ma mère.
-          J'ai réussi à allumer un feu !
-          Comment ?
-          Je ne sais pas. J'ai eu très chaud tout d'un coup, et il est apparu !
-          Encore un nouveau pouvoir, expliqua ma mère à Jack, qui ne comprenait pas. On maitrise quelques sortilèges sans baguette dans la famille.
 
Ma mère s'assit dans le fauteuil en se frottant les yeux, épuisée d'avoir gambergé toute la nuit.
 
-          Viens avec moi la prochaine fois, tu verras que je ne risque rien, implora la petite Prue.
 
Ma mère ne put résister aux yeux d'ange et parvint à décocher un sourire.
 
-          Moi, je viendrai avec toi, promit Jack.
-          C'est vrai ?!
-          Oui. Parce tu es une petite fille très courageuse pour braver la nuit pour retrouver ton ami. Alors je veux voir s'il mérite un tel attachement. Prochaine pleine lune, on y va ensemble, d'accord ?
 
Je lui sautai au cou.
 
-          Merci !!!
 
Je voyais que ma mère n'avait pas l'air convaincu mais elle ne dit rien.
 
-          Tu ne peux pas jouer avec des poupées comme ta s½ur ? me demanda-t-elle exaspérée.
 
Elle eut un faible sourire en voyant que je lui faisais non de la tête. Je me rendis compte à quel point je ressemblais à mon père, alors que je ne l'avais jamais vu à cette époque. J'étais déjà aussi téméraire que lui. Les ténèbres et le danger ne m'effrayaient pas. Au contraire, d'une certaine manière, ça m'attirait. Comment avais-je pu avoir l'idée de me rendre dans la forêt en entendant des cris de loups ? N'importe qui aurait fait demi-tour pour s'en éloigner au maximum. Moi, j'avais suivi ces cris. Je donnerais cher pour retrouver le souvenir de ma toute première rencontre avec Remus sous sa forme animale.
 
Le manoir disparut momentanément, nous laissant quelques secondes dans le noir Remus et moi.
 
-          Je ne t'ai jamais fait peur on dirait, souffla Remus.
-          Non, jamais.
 
Le décor du manoir réapparut, mais cette fois dans la cuisine. Ma mère était en train de cuisiner, sans magie. Jack l'aidait à couper des légumes. La scène me fit sourire. La magie était très pratique pour les tâches ménagères, car elle permettait de gagner un temps fou. Tout se faisait tout seul. Mais parfois, il y avait des passions qui méritaient qu'on leur accorde un peu de notre propre temps, comme la cuisine ou le jardinage. C'était le cas de ma mère, car elle était en train de préparer un plat en sauce qui avait dû lui prendre quelques heures de travail. D'un certaine manière je lui ressemblais à elle aussi sur ce point. Même si moi, ça concernait plutôt les armes et les crimes...
 
-            Qu'est-ce qu'on fait pour ce soir ? demanda ma mère d'une voix ennuyée.
-            Pour Prue ? On y va non ?
-            Je ne sais pas... ça ne me plait pas qu'elle fréquente un loup.
-            N'oublie pas qu'il y a une personne dans ce corps...
-         Pendant la pleine lune, il n'y a plus aucune conscience humaine. Imagine un instant que ce loup ait faim, ou soit tout simplement énervé... Prue deviendrait une proie pour lui.
-          Je n'en suis pas si sûr. Si Prue lui a vraiment appris à marcher, ça veut dire qu'elle l'a rencontré lors de sa première transformation... il est habitué à elle. La dernière fois elle a passé la nuit avec, autour d'un feu. Elle représente une aide précieuse pour lui. Je ne serais pas étonné qu'un lien de confiance se soit tissé entre eux.
-          Comment des parents peuvent-ils laisser leur enfant seul la nuit ? soupira ma mère.
 
Je jetai un coup d'½il à Remus, qui écoutait avec attention. Il m'avait déjà expliqué que ses parents avaient mis du temps avant de se rendre compte qu'il avait réussi à trouver un moyen de sortir. En revanche, je ne comprenais pas pourquoi c'était arrivé lors de la première pleine lune.
 
-          Mes parents se sont fait prendre de court par ma transformation, expliqua Remus. Je me suis senti mal d'un coup, et je suis sorti par la fenêtre de ma chambre. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, et j'avais trop mal pour avoir un comportement raisonné... surtout si jeune. Mes parents m'ont cherché toute la nuit y parait. Ils avaient peur que je me fasse attaquer.
-          Le hasard fait bien les choses... nous avons pu nous rencontrer.
 
La nuit tombait au-dehors, donnant de plus en plus d'éclat à la pleine lune. Quelqu'un descendit les marches à toute hâte. Sandra, ou moi, débarquait dans la cuisine.
 
-          On y va ? demanda la petite fille.
 
Ah, c'était moi.
 
-          Oui, soupira ma mère. Mais pas longtemps d'accord ? Il faut manger après.
 
Ma miniature ne semblait pas emballée à l'idée de rentrer rapidement. Sandra arriva à son tour, excitée de pouvoir venir.
 
Dehors, la nuit était froide. L'hiver était bien installé. Le  fantôme de mon passé se mit à courir en entendant un cri de loup. Jack, ma mère et ma s½ur s'empressèrent de me suivre.  On arriva à la lisière de la forêt. Je levai les yeux vers le rideau de feuilles qui laissait filtrer les rayons blancs de la pleine lune, reflétés sur la fine couche de neige sous nos pieds.
 
-              LUUUUNARD !!!! appela mon fantôme.
 
Je sursautai à l'entente de ce nom.
 
-          C'est toi qui m'as donné ce surnom ?! devança Remus, aussi surpris que moi. J'étais persuadé de l'avoir trouvé tout seul !
-          Tu as dû t'en souvenir inconsciemment au moment de choisir... ça ne peut pas être une coïncidence !
 
Je fus amusée par cette nouvelle découverte. Un bref hurlement répondit à l'appel, permettant de le localiser. Le jeune Lunard était tout proche. Après quelques minutes hors des chemins de la forêt, sa silhouette se dessina à travers les arbres.
La petite fille que j'avais été souriait avec une véritable expression de bonheur. Lunard était un jeune loup désormais, ayant presque atteint la taille adulte. Une musculature naissait sur son corps. Il bondit en avant vers la petite Prue avant de s'arrêter devant elle. Il abaissa sa belle tête à hauteur de mon visage.
 
-          Tu m'as manqué, dit-elle en levant lentement la main.
 
Le jeune loup fixa la main et posa son museau dans la paume. Il cala sa tête sur l'épaule de mon fantôme, juste à côté de ma joue. Le loup cabra lentement pour poser ses pattes avant sur mes épaules et mettre sa tête sur la mienne. Je souris et entourai son corps, comme si je serrais une personne, tout en caressant son flanc avec plaisir. Cette étreinte faillit m'arracher des larmes, comme lorsque je l'avais vue en photo. C'était beau de voir une telle affection entre un animal et un humain. Remus voyait de ses propres yeux qu'il n'était pas un monstre, et qu'il était au contraire adorable. Il semblait ému lui aussi devant cette scène. Ma mère semblait tenir sa baguette avec moins de nervosité, attendrie par ce jeune loup qui ne représentait pas la moindre menace.
 
-          Tu vois bien que j'ai toujours eu raison à ton sujet, dis-je à Remus.
 
Remus m'adressa un franc sourire. Le jeune loup qu'il avait été reposa ses pattes au sol. Il lécha la larme d'émotions qui glissait sur ma joue d'enfant. Je lui fis un baiser sur les babines en retour, comme si j'embrassais un ami. Après quoi, je me vis poser mes doigts sur ses cicatrices, pour suivre leur tracé lentement. Je fus frappée par ce geste, car j'avais eu le même de nombreuses années après, sans même m'en souvenir. La mémoire pouvait jouer des tours, ça ne changeait pas la personne qu'on était.

 


Du bruit attira notre attention derrière nous. Jack et ma mère avaient changé d'emplacement, alors que mon mentor tenait un appareil photo. C'était donc lui qui avait immortalisé ce moment.
 
-          Il est beau, souffla Sandra. Je peux le caresser ?
-          Doucement, rappela ma mère.
 
Sandra s'approcha lentement du loup, qui la regardait sans ciller. Il ne semblait pas manifester d'agressivité à son égard. Il se laissa caresser les oreilles, qui amusaient beaucoup Sandra.
 
-          Elles sont douces ! dit-elle.
 
Je ris en voyant que Remus avait été un véritable sujet d'émerveillement pour nous tous. Même ma mère, qui n'était pas emballée au début, regardait le loup sans méfiance et avec le sourire. Ce souvenir était comme une victoire pour moi... et j'étais heureuse que Remus soit là pour le voir. Pour se voir.
 
-          C'est étrange de découvrir le corps que j'habite une fois par mois, murmura Remus.
 
C'est vrai que Remus n'avait jamais eu l'occasion de voir à quoi ressemblait le loup qu'il devenait. Cette rencontre avec lui-même devait être encore plus étrange que moi avec mon enfance.
 
-          Bon, il est temps de rentrer, dit ma mère au bout d'un moment.
-          Pas déjà... se plaignit la petite Prue.
-          Prue... on ne peut pas passer la nuit avec lui.
-          Pourquoi il ne viendrait pas avec nous ? 
-          C'est-
-          Une bonne idée, termina Jack à sa place.
 
Elle lui lança un regard courroucé.
 
-          On pourra savoir qui il est au matin et prévenir ses parents, expliqua Jack avec sagesse.
 
Ce qui allait mettre un terme à ses excursions nocturnes pour un moment, c'était certain. Du moins, jusqu'à ce qu'il trouve une autre solution pour s'échapper. Mais à l'époque, la petite fille que j'étais n'avait pas conscience que sa proposition mènerait à la fin de ses escapades nocturnes. Toute la famille prit donc le chemin du manoir, le loup à nos côtés.
 
Lunard put ainsi profiter de la chaleur du manoir, et même goûter à un petit morceau de viande que ma mère avait cuisiné. Elle ne s'en était pas aperçue bien sûr, sinon il y aurait eu un incident diplomatique. Au matin, la nuit pâlit, et ce fut au tour du soleil d'atténuer la noirceur du ciel. Inéluctablement, la fin du règne de la pleine lune rappela le loup en Remus, qui commença à se comporter bizarrement. Ma mère nous demanda de quitter la pièce à ma s½ur et moi, le temps de la métamorphose. Malgré leurs protestations, elles durent retourner dans leur chambre jusqu'à nouvel ordre. J'invitai Remus à les suivre, car il n'avait pas besoin d'assister à cette scène qu'il vivait tous les mois. Quand ma mère nous rappela, on découvrit un jeune garçon allongé sur le canapé, exténué et le front en sueur. Les jumelles étaient tout simplement fascinées de le voir.
 
-          Il faut le laisser se reposer, dit ma mère à voix basse.
 
Mais la petite Prue s'approcha tout de même pour le voir de plus près. Le jeune Remus clignait faiblement des yeux, sur le point de se laisser aller dans le sommeil.
 
-          Où suis-je ? dit-il dans un souffle.
-          En sécurité, assurai-je. Comment tu t'appelles ?
-          Remus...
 
Il s'endormit, emporté par la fatigue. Je restai à ses côtés, veillant sur lui avec attention. Remus me prit la main et m'embrassa dans le cou.
 
-          De nous deux, c'est toi l'ange, me dit-il.
 
Je ne pus m'empêcher de ricaner.
 
-          N'échangeons pas les rôles... répliquai-je.
 
Le temps sembla accélérer, avant de se stabiliser au réveil de Remus, plusieurs heures plus tard. J'avais fini par m'endormir contre lui. Il bougea un peu, me réveillant également.
 
-          Tu as bien dormi ? demandai-je sans lui laisser le temps d'émerger davantage.
-          Oui... Où sont mes parents ?
-          Euh...
-          Quel est ton nom de famille ? demanda Jack.
-          Lupin.
-          Je vais les chercher, d'accord ?
-          Tu les connais ? s'étonna ma mère.
-          Le père est Auror.
 
Ma mère ne cacha pas sa surprise. Evidemment, tout comme moi, Jack connaissait par c½ur son petit monde. En attendant son retour, les deux jumelles s'étaient mises autour de Remus, pour discuter et jouer avec. On s'entendait bien. Je n'arrivais toujours pas à réaliser que j'avais connu Remus sous sa forme humaine avant notre rencontre à la gare du Poudlard Express. Je trouvais dommage qu'on ne se souvienne pas de ces moments passés ensemble. C'était un véritable plaisir de se plonger dans cette enfance... de nous regarder jouer et rire.
 
-         Comment j'ai pu oublier les seules amies que j'ai eu dans mon enfance...? s'étonna Remus.
-          Regarde-nous... nous étions trop jeunes.
 
Peu de temps après, la porte d'entrée s'ouvrit, attirant notre attention. Remus sursauta en voyant sa mère, bien vivante, arriver dans le salon. La première vision d'un être perdu était toujours choquante et douloureuse. Elle passa devant son fils adulte sans le voir bien sûr, nous n'avions pas d'existence pour ces souvenirs. Elle n'avait d'yeux que pour le petit Remus, visiblement soulagée de le retrouver enfin.
 
-          Remus... ! dit-elle dans un souffle. Je me suis fait un sang d'encre !
-          Pardon... s'excusa Remus tout penaud.
 
Elle le serra contre lui, heureuse de le retrouver sain et sauf.
 
-          Merci de l'avoir hébergé, dit-elle à ma mère. Comment l'avez-vous trouvé ?
 
Ma mère lui raconta alors l'histoire qu'il y avait entre son fils et moi. Tout comme ma mère au début, Espérance semblait perplexe. Elle ne savait pas quoi penser de tout cela. Cependant, elle était heureuse que son fils ait trouvé une amie.
 
-          Il est très solitaire depuis... que c'est arrivé, expliqua Espérance à voix basse.
 
Ma mère, Jack et Espérance s'étaient mis à l'écart des enfants pour pouvoir discuter tranquillement. Elle leur raconta comment Greyback s'en était pris à son fils pour punir le père.
 
-          Une chance qu'il ait survécu... glissa ma mère.
-       Greyback évite de tuer ses victimes... son plaisir, c'est de contaminer, pour augmenter la population lycanthrope.
-          C'est monstrueux... s'en prendre à des enfants en plus.
 
Espérance garda le silence. Elle avait un air triste.
 
-          Je ne sais pas la vie qu'il va avoir. J'ai peur pour son avenir.
-          Je suis certaine qu'il trouvera sa place, assura Jack.
-      Aussi longtemps qu'il gardera sa condition secrète, répondit Espérance avec amertume.
 
Elle nous regarda jouer, ce qui lui rendit le sourire.
 
-          C'est presque dommage de l'enfermer pendant ses nuits maintenant qu'il s'est lié d'amitié avec votre fille... mais nous ne pouvons pas courir le risque de le laisser en liberté. Si jamais il rencontrait un autre humain...
-          Il est effectivement plus sage de ne pas le laisser sortir, confirma tristement ma mère. Mais si vous êtes d'accord, nos enfants pourraient jouer ensemble. Mes filles restent au manoir quand je travaille... il est très bien protégé, et il y a de nombreux enchantements destinés à les occuper.
-          Oh, avec les jumelles, pas besoin de magie pour s'occuper, plaisanta Jack.
-          C'est très gentil à vous. J'en parlerai avec mon mari.
 
Le souvenir s'arrêta sur cette vision. Les enfants jouaient ensemble. Une succession de flashs commença, nous montrant en accéléré la suite de mon enfance. Jack faisait désormais partie de notre vie... il avait pris la place du père qui nous manquait. Chaque image de nous était souriante, le regard imprégné de bonheur. Remus apparaissait souvent lui aussi. Sandra et moi passions un temps incroyable à jouer ensemble. Nous étions inséparables, et liées d'une grande complicité. Le dernier flash fut plus long, montrant un repas d'anniversaire. Celui de ma mère. Elle nous tenait sur ses genoux ma s½ur et moi, adressant un sourire éclatant à Jack, qui prenait la photo. L'obscurité tomba peu à peu sur ce souvenir, et cette fois, aucun ne vint le remplacer. Je me sentis happée vers le haut. Il était temps de quitter le passé.
 
De retour dans le salon, je dus m'asseoir dans le canapé pour reprendre mes esprits. Remus se mit à côté de moi pour me prendre dans ses bras. Je ne remercierai jamais assez Jack de nous avoir permis de voir ces précieux souvenirs. Il m'avait montré mon enfance oubliée... la vie que j'avais eue avant le drame. J'avais désormais un autre souvenir de ma mère que celui où elle prend le couteau que je lui envoie. Je pourrai me remémorer mes instants auprès de ma s½ur jumelle... et de tous ces bons moments dans ma famille. Car oui, j'avais vraiment eu une famille un jour. Pas une que j'avais composée. J'avais eu une existence normale à une époque. Avant de baigner dans le sang, j'avais savouré les joies de l'amour.

 

Quant à mon passé commun avec Remus... c'était une incroyable surprise qui venait parfaire le cadeau de mariage. J'avais toujours été attachée à lui, à sa nature humaine comme animale. Il avait appartenu à ma vie depuis le début. J'étais heureuse qu'il ait vu tout ça. Lui aussi aura pu revoir sa mère... et se remémorer les joies de son passé. Je veillerai à conserver ces souvenirs dans leur bocal, comme un film qu'on pourra se revoir quand le c½ur nous le demandera.
 
Chapitre 30 : Le cadeau de Jack

 
Hello ! J'espère que ce chapitre réservé au passé vous a plu ! :) Ce n'était absolument pas prévu que le cadeau de Jack prenne autant de place, mais au final, c'était aussi l'occasion de vous montrer la vie des Halliwell avant le drame. J'attends votre avis bien sûr !
Le tome 2 s'achèvera avec le chapitre 31, c'est officiel désormais. Je vous prépare le grand final avec soin ;) D'ici là, je vous souhaite un excellent week-end prolongé ! :)
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

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Comments :

  • Dum-Cha

    23/12/2016

    wahou jack est adorable d'avoir fait ce cadeaux.. et de savoir comment remus et prue se sont rencontrés je trouve cela trop mignon.

  • harry-potter-8-fic

    22/05/2016

    c'est un très beau cadeau que Jack leur a fait

  • harry-potter-8-fic

    22/05/2016

    c'était un merveilleux chapitre avec de merveilleux souvenirs

  • MikaWolfeHP

    16/05/2016

    Wow! Cest un merveilleux cadeau t'offrant une porte ouverte aux flash back du passé de Prue, occasion de voir sa famille et son passé avec Remus! Jai adoré ^^
    Un beau chapitre de sourires, jespere que le prochain ne sera pas trop sombre :o Hate de voir!

  • clochinettedu76

    12/05/2016

    Ce chapitre est vraiment mignon ! J'ai adoré découvrir une partie de l'enfance de Prue, qui je dois dire avait l'air tres joyeuse ! Je ne m'attendais pas à ce que Prue et sa soeur aient passé autant de temps avec Remus pendant leur enfance ! J'avais cru comprendre que Prue et Remus s'étaient rencontrés lorsque Remus avait été sous sa forme de loup garou, mais je n'aurai pas imaginé qu'ils s'étaient également vus sous la forme humaine !
    En tout cas j'ai adoré ce chapitre, et j'ai hâte de découvrir le prochain chapitre même si il s'agit du dernier du 2e tome...

  • Harry-Potter-generationx

    09/05/2016

    Hello !

    Quel chapitre ! C'était vraiment émouvant !
    Enfin on apprend comment Prue et Lunard se sont rencontrés enfants. C'est bien elle de partir en pleine nuit pour rejoindre son ami. Je parie que cela fait un moment que tu avais prévu se passage.
    C'était vraiment quelque chose d'imaginer Prue espiègle et jouer avec sa soeur, même sa maman ! c'est vraiment horrible ce qui est arrivé a cette petite famille :'(
    Je pense que ce cadeau est le plus beau que Jack aurait pu lui faire, il mérite vraiment d'être son père !

    Le prochain chapitre risque d'être explosif. La date fatidique approche et j'ai encore un peu d'espoir pour James et Lily. Et je me dis aussi que si tu suit la trame des livres, Prue et Remus ne partiront jamais en voyage de noce ... Je suppose aussi que Voldemort va y mettre son grain de sel, car il est vrai que sa fille, mariée à un lycanthrope, c'est inaceptable !!! (ironie, ironie ...).
    Et comme c'est le dernier du tome, on va avoir droit à une attente avant la publication du prochain et dernier ... Je te le dit, je vais pas survivre à tout ça moi ! ^^

    Bon, a la prochaine pour le dernier chapitre.
    Bis

    Camille

  • LeMaitreDesLieux

    06/05/2016

    Bonsoir,

    Le cadeau de Jack est adorable. Tu as eu raison de l'intégrer et surtout, d'en faire exclusivement un chapitre même si ce n'était pas prévu à la base. Je trouve qu'il est très important car Prue voit enfin son enfance, son passé aux côtés de sa mère, de sa jumelle et de Jack. Je pense que ces souvenirs vont encore rapprocher nos deux assassins préférés. De même, on a pu voir que Prue et Remus se sont toujours connus, et ce depuis leur plus tendre enfance. En fin de compte, il n'y avait aucunes coïncidences,... Il était très émouvant. Pour tout avouer, j'ai eu les larmes aux yeux deux fois pendant ton chapitre ! J'étais littéralement plongée dans ton souvenir ... Il est vraiment bien.

    Par contre, je suis déçue quand tu me dis que le prochain chapitre clos le tome 2 ... Non je veux encore ton histoire !!! x) je sais que il y a un tome 3 mais ça veut dire que ça avance encore ... D'ailleurs, si je peux me permettre, le chapitre 31 sera basée sur la fameuse nuit d'octobre 1981 ? :)

    En tout cas, je suis pressée d'avoir la suite ! :D

  • evanalinch-lunalovegood

    06/05/2016

    Il est canon ton chapitre. J'adore le fait qu'elle est connue remus autrement que en tant que loup garou. Tu nous montres un Remus tout sage et deux p'tites chipies en prue et en sa soeur

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