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14/06/2014

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Première partie : « L'amour d'un Assassin » (tome 2) 26/08/2014

L'histoire de notre cher assassin continue, avec la suite de la première partie :
 
 
Première partie : « L'amour d'un Assassin » (tome 2)

 
Et voici la couverture du tome 2 ! N'hésitez pas à cliquer sur l'image pour l'agrandir afin de la voir en taille originale
 
Première partie : « L'amour d'un Assassin » (tome 2)


Première partie : « L'amour d'un Assassin » (tome 2)



Première partie : « L'amour d'un Assassin » (tome 2)

Chapitre 1 : Bienvenue au Ministère
     Le mot de Tracker : « Le temps passe » 
Chapitre 2 : L'instinct de chasse 
     Le mot de Tracker : « Je reste Tracker »
Chapitre 3 : Une piste inespérée
     Le mot de Tracker : « A la mémoire de notre famille»
Chapitre 4 : Les démons de notre passé - partie 1
Chapitre 4 : Les démons de notre passé - partie 2
     Le mot de Tracker : « L'avantage a tourné »
Chapitre 5 : Une seconde chance
     Le mot de Tracker : « La liberté est notre bien le plus précieux »
Chapitre 6 : Retour à la réalité
     Le mot de Tracker : « La vie est belle »
Chapitre 7 : Indétournable
     Le mot de Tracker : « Oser être différent »
Chapitre 8 : De nouvelles étapes franchies
     Le mot de Tracker : « Notre vengeance est notre pardon »
Chapitre 9 : Des moments forts
     Le mot de Tracker : « Le destin nous appartient »
Chapitre 10 : L'atout secret
     Le mot de Tracker : « La mémoire nous définit »
Chapitre 11 : Délicate mission
     Le mot de Tracker : « Ma plus belle réussite »
Chapitre 12 : Après la mission 
     Le mot de Tracker : « Au croisement de mes vies »
Chapitre 13 : Le Prodige des Assassins VS The Perfect Prosecutor
     Le mot de Tracker : « Personne n'est invincible »
Chapitre 14 : Le début d'un long cauchemar
     Le mot de Tracker : « La folie n'a aucune limite »
Chapitre 15 : Black Blade & Noven
     Le mot de Tracker : « Quand le tueur est dans le viseur »
Chapitre 16 : La lame de la justice
     Le mot de Tracker : « Par amour »
Chapitre 17 : Une terrible embuscade
     Le mot de Tracker : « Oeil pour oeil, dent pour dent »
Chapitre 18 : Une vie pour une larme
     Le mot de Tracker : « Un Horcruxe rend immortel, pas invincible »
Chapitre 19 : Une trêve illusoire 
     Le mot de Tracker : « La confiance facile ne mène à rien de bon »
Chapitre 20 : Trahison 
     Le mot de Tracker : « Comment l'histoire va-t-elle se terminer ? »
Chapitre 21 : Sur les traces de Tom Jedusor 
     Le mot de Tracker : « Le recul de mes frontières »
Chapitre 22 : L'élève contre son Maître
     Le mot de Tracker : « Mon combat, mon héritage »
Chapitre 23 : Mon clan, une meute ? 
     Le mot de Tracker : « Profitons tant que nous le pouvons »
Chapitre 24 : Une courte pause
     Le mot de Tracker : « La guerre est un engrenage »
Chapitre 25 : Une lueur dans l'obscurité
     Le mot de Tracker : « Le secret de la victoire »
Chapitre 26 : Bras de fer
     Le mot de Tracker : « La trahison est toujours brutale »
Chapitre 27 : La plus belle rose
     Le mot de Tracker : « Savoir pardonner »
Chapitre 28 : La caverne
     Le mot de Tracker : « Tout acte a des conséquences »
Chapitre 29 : Le grand jour
     Le mot de Tracker : « A la plus belle des failles »
Chapitre 30 : Le cadeau de Jack
     Le mot de Tracker : « Ma famille »
Chapitre 31 : Un effroyable jeu du sort

Première partie : « L'amour d'un Assassin » (tome 2)


Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2 - trailer - Sommaire

Chapitre 1 : Bienvenue au Ministère 25/10/2014

Le 31 octobre est une date particulière, jour de fête des sorciers :
 
... Dans la saga Harry Potter, c'est : 
- Fête d'Halloween : moldus et sorciers se confondent incognito le temps d'une soirée, avec un léger avantage pour les sorciers quand il s'agit de faire peur ;
- 1981, tragédie de Godric's Hollow : Lily et James Potter sont assassinés par Voldemort ; ce dernier périt dans sa tentative de tuer Harry, qui devient le Survivant ;
- 1991, Quirrell introduit un troll à Poudlard pour faire diversion pendant qu'il tente de voler la pierre philosophale. Episode qui aurait pu être dramatique pour Hermione Granger, mais qui tourne à l'épique (et au comique) grâce à Harry et Ron, venus la sauver ;
- 1992 : Ginny Weasley écrit un message ensanglanté sur un mur de Poudlard, sous l'influence du journal intime de Jedusor ;
- 1993 : Sirius Black, activement recherché par les Aurors, s'introduit dans la salle commune des Gryffondor, traumatisant la Grosse Dame au passage ;
- 1994 : Le Tournoi des Trois Sorciers est organisé à Poudlard. Ce jour-là, les noms des représentants de chaque école sont choisis par la Coupe de Feu. Ensorcelée, la Coupe tire un quatrième nom, celui de Harry Potter, alors qu'il n'avait ni l'âge ni la volonté de participer.
 
... dans L'histoire d'un Assassin, c'est aussi :
- une nuit de prestige pour les tueurs, dont les tenues et les actes peuvent paraître normaux en se fondant dans une masse de proies « monstrueuses »;
- 1976 : Tracker prend pour cible Le Boucher de Londres, un serial killer notoire qui échappait depuis des décennies à la justice ;
 
... Et dans la vraie vie :
- 2014 : retour de Prue et des Maraudeurs avec le début de la publication du tome 2 !
 
Alors pour vous faire patienter encore une petite semaine, voici un court extrait du chapitre 1, qui sera publié intégralement pour cette fête emblématique de la sorcellerie.

 

Chapitre 1 : Bienvenue au Ministère

 

 
« Cette fois, les Maraudeurs et moi-même ne faisons pas notre rentrée à Poudlard... mais au Ministère. Un cap de plus franchi dans nos vies. L'impatience règne. Mais que les choses soient claires, aller sur le terrain est un privilège qui ne sera accordé qu'aux meilleurs d'entre nous. »
 
Chapitre 1 : Bienvenue au Ministère
 
| 1er septembre 1978 – Ministère de la Magie – QG des Aurors – 7h |
 
-         Alors, qu'avons-nous là, hum ?
 
Alastor Maugrey, dit Fol ¼il à cause de son ½il bleu magique qui tournait dans tous les sens, passait à travers les rangées de nouvelles recrues alignées comme à l'armée, de sa démarche claudicante, appuyé sur son énorme canne. C'était notre premier véritable contact avec un Auror, alors autant dire que nous étions tous à la fois excités et tenus en respect. Maugrey était l'image même du guerrier qui ne lâche jamais, le soldat qui retourne au front malgré ses innombrables blessures, celui qui mourra au combat et pas ailleurs. Il dégageait une autorité assez impressionnante. Je pense que nous n'allions pas rigoler tous les jours avec lui. Je le connaissais au travers des journaux seulement, et c'était amplement suffisant pour savoir que c'était un dur à cuire, qui se ferait un plaisir de nous en faire baver pour que l'on soit digne de notre badge. Sa réputation de chien enragé à l'instinct redoutable le précédait, et c'est ce qui faisait de lui l'Auror le plus efficace et connu du pays. Il était à la tête de l'élite des Aurors, ces grands chasseurs qui ne débusquaient que les plus gros et redoutables prédateurs rôdant sur le territoire national.
 
-         Potter et Lupin, vous avez plus qu'intérêt à honorer vos paternels en suivant leurs traces, ordonna le chef des Aurors.
 
La remarque me décocha un sourire. Je jetai un ½il à James et Remus, droits comme des piquets face à celui qui leur promettait d'un simple regard toute la misère qu'il leur ferait vivre s'ils le décevaient. D'un côté, il est vrai que ça allait être difficile pour eux d'avancer dans l'ombre de Lyall et Aaron. Ces deux-là faisaient parties de l'élite, et ils étaient à ce titre aussi connus que Maugrey. Si je me doutais bien qu'ils n'attendaient pas des exploits de la part de leur fils, car ils ne voulaient pas leur mettre de pression, j'étais en revanche persuadée que ce n'était pas le cas de Maugrey.
 
-       Aah Black ! se réjouit-il en s'arrêtant devant Sirius. Vous par contre, j'espère que vous n'avez rien hérité de vos parents. Sinon, j'ai le regret de vous annoncer que vous ne pourrez pas jouer avec ma patience aussi impunément qu'eux. 
-        Rassurez-vous sur ce point, rigola Sirius. Ce sera un grand plaisir pour moi d'aller leur botter le cul au premier faux pas de leur part.
 
Fol Oeil continua alors son analyse sur les visages figés des autres, lâchant un commentaire pour chacun de nous. Je ne le quittai pas des yeux, une seule seconde, me préparant à devoir relever une remarque de sa part. Il s'arrêta pour me faire face une fois à ma hauteur. Il m'examina attentivement de son ½il valide pendant que l'autre bougeait en tout sens pour surveiller les autres jeunes. Je ne cillai pas sous son regard inquisiteur, soutenant son examen sans broncher.
 
-         Et voilà la fameuse « héroïne » prématurée dont les journaux ont tant parlé. A mes yeux, vous avez tout à prouver si vous voulez rester à la hauteur de votre réputation, prévint mon supérieur.
 
J'eus un sourire narquois en entendant ces paroles. Je me doutais bien que pour ce vieux cabot, mes bonnes actions passées n'auraient pas la moindre influence sur son jugement à mon égard. Et il avait entièrement raison : mon double sauvetage n'avait rien prouvé. Aux yeux de tous, j'avais eu de l'instinct... alors qu'en réalité, je ne devais ma gloire qu'à mes récentes capacités magiques mentales. Il n'y avait aucun exploit dans ce que j'avais fait... je n'avais réalisé aucune performance.
 
-        Je n'y resterai pas, annonçai-je. Je compte bien la dépasser.
 
Et pour cela, il me faudrait faire plus que remporter de simples duels.
 
-        Hum, nous verrons ça. 
 
Il continua sa route, tapant sa canne sur le sol dans un bruit sourd.
 
-        J'ai pu lire sur certains visages de l'appréhension, du stress... j'ai croisé des regards absents, éteints, craintifs... Sachez que je refuse ça ici. Je ne veux que des chiens enragés qui n'hésitent pas à sortir les crocs et les griffes pour aller au bout de leur piste et ramener leur proie derrière les barreaux. Vous me semblez encore bien doux. Beaucoup trop faciles à impressionner. Nous traquons les Forces du Mal. Alors à ce titre jeunes chiots, vous n'avez pas le droit de baisser les yeux ou de fuir la queue entre les jambes. Vous serez amenés à confronter des prédateurs redoutables qui ne feront qu'une bouchée de vous au moindre signe de faiblesse de votre part. 
 
Il décrocha son badge de sa ceinture, le mettant à hauteur de notre regard. LE badge que convoitaient toutes les recrues, moi y comprise.
 
-        Ce n'est pas un simple badge, reprit Maugrey. Le Mal a toujours existé... et ne disparaîtra jamais. Mais ce badge, comme celui de la Brigade Criminelle Magique et toutes les autres divisions, est le symbole d'une éternelle et inlassable résistance aux forces obscures. Ce badge est la promesse de perpétuer cette interminable chasse aux prédateurs.
 
Surprenante manière de nous motiver, mais très réaliste.
 
-         Vous devrez toujours vous battre avec la même ardeur, traquer avec la même faim... et le jour où vous vous sentirez fatigués... le jour où vous vous demanderez pourquoi vous vous levez le matin pour reprendre cette immense chasse sans fin... souvenez-nous qu'en portant ce badge, vous incarnez les forces de l'ordre, l'esprit de la justice, la voix des victimes. Vos enquêtes contribueront à faire reculer les ténèbres, à rendre notre territoire plus sûr. Nous ne serons jamais en paix avec le crime, mais notre objectif est de maintenir l'équilibre. De ne pas laisser les ténèbres nous engloutir. Alors je veux voir la lueur de votre détermination briller dans vos yeux... car chacun de vous aura le devoir de porter une flamme... une flamme que rien ne doit étouffer. C'est pourquoi je ferai de vous de vrais chasseurs. Je ferai de vous les protecteurs de la nation. Je vous pousserai dans vos derniers retranchements pour vous obliger à toujours faire face et à vous relever inlassablement. Je vous donnerai une soif intarissable de justice. Les faibles n'auront leur place que dans les divisions les plus ennuyantes ! Seules les fines truffes et les instincts affûtés iront sur le terrain de chasse ! Des questions ?
 
Personne ne broncha. Son discours me décocha un sourire. Si Maugrey voulait faire de nous des chiens aussi enragés que lui... il sera sans doute ravi de découvrir sous peu qu'il avait une véritable louve dans ses rangs. Une louve qui ne comptait pas rester tapie dans l'ombre et qui avait bien l'intention de s'inviter à la chasse.
 
-       Non ? relança Maugrey. Alors au nom du Département de la Justice Magique, je vous souhaite la bienvenue au Ministère. Profitez de cette journée pour jouer aux touristes. A partir de demain, vous comprendrez pourquoi seulement vingt pourcents des candidats parviennent au bout de leur formation d'Aurors, trente se réorientent dans des brigades moins ambitieuses, et le reste se détourne du terrain.
 
 
| 2 septembre 1978 – Ministère – QG des Aurors – 19h30 |
 
S'il y avait bien une chose à retenir de cette première journée de travail, c'est que lorsque Maugrey nous accueille le matin avec un petit sourire en coin, c'est une putain de mauvaise nouvelle pour nous ! Quand il nous avait dit hier qu'on allait en baver, je ne pensais pas que ce serait à ce point !

 

Je me laissai tomber sur une chaise, les muscles fatigués et déjà courbatus. Au programme de notre première véritable journée en tant qu'apprentis Aurors : physique. Et rien d'autre. Qu'on se le dise, dans le monde de la sorcellerie, les capacités physiques étaient largement secondaires. Notre « professeur » en était la preuve pure et parfaite, puisque sa vieille blessure le rendait incapable de faire le dixième de ce qu'il nous avait fait endurer aujourd'hui. En clair, le seul objectif était de mettre notre mental à l'épreuve pour repérer les faibles qui se décourageaient assez vite, et accessoirement pour nous forger le caractère. 

 

Comme si chaque phase de son entraînement n'était pas suffisamment crevante, Maugrey les avait organisées de sorte à ce qu'elles se succèdent le plus mal possible. Genre nous faire faire cinquante pompes alors qu'on a les bras douloureux après avoir porté du poids pendant vingt minutes, nous faire monter et descendre de grands escaliers une dizaine de fois alors qu'on a déjà le rythme cardiaque soutenu après avoir fait des sprints... nous demander de prononcer les formules les plus longues et difficiles alors qu'on manque de souffle...

 

Maugrey estimait que c'est lorsque la fatigue s'emparait de nous que l'entraînement commençait vraiment. Il voulait nous apprendre à travailler sur des muscles douloureux, continuer à se battre malgré un désavantage par rapport à l'adversaire, en clair : se surpasser. Ne jamais céder. Et avec Maugrey comme « coach », la première chose que nous avions comprise, c'est que l'abandon n'était pas autorisé. Les quelques apprentis qui s'étaient arrêtés pendant l'épreuve d'endurance s'étaient vus obligés de reprendre leur course, à rythme plus soutenu que le restant du groupe. Ceux qui s'écroulaient en faisant des pompes pouvaient avoir la certitude qu'ils allaient devoir en faire le double. Aucune triche n'était permise, il n'y avait pas moyen d'échapper à l'½il de Maugrey, qui veillait à ce que tout le monde suive ses ordres à la lettre et jusqu'au bout.

 

Il ne cessait d'aboyer, nous insultant presque pour éveiller notre envie de nous surpasser. Il n'était jamais satisfait de nos performances. Ça aussi nous l'avions très vite compris. On pouvait s'appliquer du mieux que l'on pouvait, réussir toutes les épreuves... pour lui, c'était normal. Ce sont ceux qui échouaient qui sortaient de l'ordinaire. Lui arracher un compliment serait à peu près aussi difficile que de voler un ½uf sous les yeux d'une dragonne. Ceux qui espéraient se faire remarquer n'avaient pas d'illusion à se faire : ils avaient signé pour en baver, et il faudra vraiment être exceptionnel pour attirer l'attention du célèbre Auror. Et je me fis la promesse d'y parvenir.
Je ne voulais pas être une simple débutante parmi tant d'autres. J'avais déjà une condition physique de feu, un mental d'acier, des compétences magiques hors normes, et une expérience dans le domaine du crime à faire pâlir les meilleurs Aurors. Alors parole d'honneur, je serai bientôt sur le terrain de chasse. Je ne recherchais pas la gloire, loin de là. Je voulais juste que la terrible formation subie dans ma jeunesse et mes compétences criminelles me servent à me ranger parmi les As des Aurors. Je rêvais que pour la première fois de ma vie, Tracker ait enfin une facette reconnue de tous. Une facette que je n'aurai pas à cacher. 
 
-         Ravi que vous ayez survécu à votre première journée, railla Lyall en venant s'asseoir à la grande table du QG.
 
On fut nombreux à avoir un rire un peu amer. Maugrey nous avait crevés, et nous étions persuadés que demain serait pire. Personnellement, je n'avais rien contre un peu d'exercice. J'avais l'impression de me décrasser après plusieurs semaines d'inactivité. Cinq pour être précise. Cinq semaines que je m'étais relâchée. La raison ? Un cuisant échec.

 

En juillet, lorsque j'avais appris que l'un des domiciles de Remus se trouvait forcément à proximité de la même forêt que celle du camp, j'avais retrouvé espoir de débloquer l'enquête. J'avais eu l'impression de faire un bond en avant. Et pourtant, la semaine suivant ma découverte, ma joie était retombée aussi sec. Je m'étais rendue à la lisière de chaque forêt où je soupçonnais le camp d'être dissimulé... mais je ne l'avais pas trouvé. Mes recherches n'avaient absolument rien donné. Comme s'il n'avait jamais existé. Ou comme si on l'avait rasé pour en effacer la trace à jamais. Avait-il été déplacé ailleurs ? C'était possible... et ça me rendait malade. J'avais l'impression que le peu de pistes que j'avais sur mon passé se transformaient peu à peu en impasses. La peur de ne jamais trouver la lumière dans les ténèbres entourant ma vie me tordait les tripes. Je ne voulais pas que ces deux histoires dramatiques n'aient jamais de fin. Je ne voulais pas que ces enquêtes qui me tenaient tant à coeur restent non résolues. Et pourtant, malgré tous mes efforts pour essayer de débloquer une piste, j'étais larguée.

 


C'est face à ce pénible constat que j'avais décidé de faire une pause. Je ne renonçais pas, loin de là, mais ma déception avait été si grande que j'avais ressenti le besoin de lâcher prise temporairement, pour me ménager moralement. Après la mort de Basher, où j'avais appris que mes chances de retrouver les responsables de l'attaque de ma famille s'amenuisaient, arriver à la même conclusion sur le camp m'avait comme... assommé. En très peu de temps, j'avais eu l'espoir de percer les deux mystères de mon passé, pour finalement les trouver toujours aussi épais. J'osais espérer qu'une pause me permettrait de reprendre la traque, avec une vision neuve.

 


Ainsi, je m'efforçais de vivre en faisant abstraction de mon passé. J'essayais de voir le bon côté de ma vie, de m'impliquer à fond dans ce que je savais faire. J'avais passé beaucoup de temps avec Remus, ainsi que le restant du groupe Maraudeurs. James et Lily sortaient enfin officiellement ensemble depuis le milieu de l'été, au plus grand plaisir de la bande. On ne passait pas une seule semaine sans se voir au moins une fois. Fêtes, sorties et bons repas se succédaient, nous offrant la possibilité de savourer nos dernières grandes vacances avant notre entrée dans la vie active.
Mais bien souvent, même entourée des personnes qui m'étaient chères, je me rendais compte que ça ne me suffisait pas. Qu'il y avait toujours le même vide en moi. J'avais beau essayer de prendre du bon temps, je n'arrivais pas à savourer pleinement le présent. J'avais la conscience trop lourde. Et le pire, c'est que j'avais la désagréable sensation que les personnes autour de moi se rendaient compte que je n'allais pas si bien que ce que je le laissais paraître.

 

Remus avait bien souvent essayé de me faire parler, Diego et Jack s'inquiétaient clairement à mon sujet, et même Sirius me posait parfois des questions étranges. J'essayais de les rassurer à chaque fois, d'esquiver le sujet comme je savais si bien le faire. Je ne voulais pas seulement berner mon entourage, je voulais également me persuader que j'allais bien. J'aimerais tellement parvenir à porter mon passé sans qu'il m'écrase. A chaque fois que je sentais mon moral flancher, je me rappelais combien j'avais de la chance d'être arrivée jusque là, d'être libre, d'aimer et d'être aimée... de pouvoir concilier ma vie au grand jour avec celle de l'ombre. J'avais la chance extraordinaire de pouvoir prétendre à une vie normale. Je savais déjà que je me plairais au Ministère, dans un rôle à la fois contradictoire et complémentaire avec celui que j'avais jusqu'à maintenant en tant qu'assassin. Et malgré toutes ces bonnes choses, je n'étais pas satisfaite. D'autant plus que le passé n'était pas le seul à me tourmenter : l'avenir aussi me posait problème. J'essayais de prioriser, afin de ne pas m'éparpiller, mais ce n'était pas toujours aussi simple.

 


Alors j'essayais de m'occuper l'esprit différemment pour m'empêcher de gamberger. Quand je n'étais pas avec les Maraudeurs, je poursuivais mes activités criminelles. Elles avaient un peu évolué. J'avais ralenti la cadence sur les contrats d'assassinat pour pouvoir me consacrer davantage à la formation des « loups » de ma meute. Lorsque je repérais des cibles intéressantes, au lieu de les prendre en chasse moi-même comme j'avais l'habitude de faire lorsque je m'accordais des extras, c'est à mes élèves que je confiais la mission de les exécuter. Cela me demandait encore plus de travail et d'attention, car je devais veiller au bon déroulement de leur mission pour qu'ils ne paient pas le prix de leur manque d'expérience. J'avais dû intervenir à quelques reprises pour empêcher des erreurs regrettables. Mais bon, dans l'ensemble, ils apprenaient assez bien et suivaient mes conseils, ce qui m'évitait des crises de panique dans les moments délicats. Je savais que je n'avais pas d'impulsif dans le groupe, qui s'amuserait à n'en faire qu'à sa tête au lieu de suivre mes directives. Ils étaient plutôt attentifs, car ils avaient une totale confiance en moi. Ils savaient que je pouvais les conduire jusqu'au sommet. Ils avaient encore beaucoup de chemin à parcourir, mais ils étaient sur la bonne voie, et je m'appliquais à les guider du mieux que je pouvais. J'appréciais leur motivation et l'esprit d'équipe qui régnaient dans le clan. Nous ne partagions que des entraînements et des parties de chasse, et pourtant nous étions soudés comme si l'on vivait des moments forts. J'essayais d'être un mentor pour eux, comme Jack l'avait été pour moi. Ce n'était pas toujours aussi simple car ils étaient nombreux, mais je pense pouvoir dire que je m'en sortais plutôt bien. Ils m'appelaient « la mère louve » pour me taquiner. Je trouvais le surnom très adapté.
 
-           Alors papa, ta journée ? entendis-je à côté de moi.
 
Je sortis de mes pensées, reportant mon attention sur Remus et son père. J'avais tellement laissé mon esprit vagabonder ces dernières minutes que j'avais presque oublié où je me trouvais. J'eus l'impression de sortir d'un demi-sommeil. Les discussions étaient assez fournies autour de nous, me donnant un peu mal à la tête. Je décidai de suivre la conversation avec Lyall, histoire de ne pas repartir mentalement. Celui-ci avait un visage un peu fatigué, comme la plupart de ses collègues. Ils donnaient l'impression de revenir d'un long et pénible combat.
 
-         La routine, répondit Lyall. Il y a toujours des mages noirs à chasser. On en a arrêté un dans l'après-midi, après dix jours de traque.
 
J'eus un faible sourire à ces paroles, jetant un coup d'½il rapide autour de la grande table. Ça me faisait tellement bizarre d'être là. J'étais au Quartier Général des Aurors, en train de boire un verre avec quelques uns d'entre eux qui étaient venus nous rejoindre, curieux de voir à quoi ressemblaient les nouvelles recrues. Et aussi étrange que cela puisse paraître, je n'avais pas du tout l'impression d'être assise à la mauvaise place. Je me sentais bien dans cette pièce sobre aux teintes claires, majoritairement vitrée comme la plupart lieux rattachés à la Division de la Justice Magique. C'était la salle de réunion et d'apéritifs, selon l'heure de la journée, où les Aurors se rassemblaient autour de l'immense table en granit blanc. D'autres salles, plus petites, se situaient autour, où chaque équipe d'Aurors tenait à jour les tableaux comportant la chronologie des faits sur leurs enquêtes en cours. Des salles dans lesquelles j'avais hâte de me trouver, pour autre chose que de simples visites. Je souris à cette pensée. Il y a deux ans, je m'indignais d'apprendre que je devrais intégrer les rangs des Aurors, et aujourd'hui, alors que plus rien ne m'y obligeait, je voulais obtenir ce badge. Comme quoi, il ne fallait jamais commettre l'erreur de penser que l'on ne pouvait pas changer.
 
-            J'ai tellement hâte de participer aux enquêtes ! avoua James.
 
Désir partagé par tous les apprentis, surtout après la journée que l'on venait de passer.

-       Tu ne diras plus ça lorsque tu auras observé quelques scènes de crime, assura sombrement Lyall. Vous découvrirez bientôt le côté obscur de l'humanité.
 
Je baissai momentanément les yeux, comprenant tout à fait à quoi Lyall faisait allusion. Observer la mort empreinte sur le corps d'une personne est une vision particulière, qui donne des sensations profondes. C'est pire lorsque le crime est perpétré de façon odieuse, car l'état du cadavre révèle la folie du meurtrier, et il est parfois difficile de surmonter le choc d'une telle découverte. Je ne doutais pas de la force des Maraudeurs... mais je savais comme Lyall que le jour où ils verraient pour la première fois ce qu'un homme est capable de faire, ils ne seraient plus pareils. Quelque chose se brisera en eux. Comme ça s'est brisé en chacun des Aurors, policiers... moi. Il n'y avait rien d'excitant à se rendre sur une scène de crime... seule l'arrestation pouvait procurer un semblant de satisfaction. Et encore.
 
-           Merci de stopper notre élan, ironisa Sirius.
-           Je préfère vous prévenir, répondit simplement Lyall. Ne vous attendez surtout pas à passer des journées agréables et excitantes. Vous rentrerez le soir épuisés, habitués malgré vous au choc que provoque l'observation de la mort sur un corps, éc½urés du mobile, et enragés par vos interrogatoires avec les suspects. Même l'arrestation du coupable ne suffira pas à vous rendre le sourire. Parce que la victime sera quand même morte, et que vous n'aurez réussi à rallumer qu'une infime lueur dans l'immensité de ténèbres qui nous entoure.
-           Mais nous aurons révélé la vérité, intervins-je. Nous aurons apporté des réponses aux familles des victimes, et arrêté un meurtrier.
-          Je suis entièrement d'accord avec toi Prudence, c'est le coeur de notre métier. Mais je veux que vous soyez conscients de ce qui vous attend. J'aime mon travail, et je sais combien il est nécessaire. Mais il est difficile psychologiquement. Il faut un mental d'acier et une grande motivation pour supporter tout ce que l'on voit. Même si je sais que Maugrey vous a sans doute parlé de notre travail comme d'une lutte noble... je peux vous assurer que lorsque je me réveille, je ne ressens aucune impatience à l'idée de « partir en chasse ». Au contraire, j'aimerais ne pas avoir à le faire. Le badge que je porte est à la fois un honneur et un fardeau.

Mais un monde sans ténèbres ne serait qu'un rêve utopique et irréalisable. Le Bien et le Mal ne pouvaient survivre l'un sans l'autre. Maugrey avait eu raison la veille lors de son discours : c'était un duel éternel. Tout ce que l'on pouvait faire, c'est faire en sorte que la partie reste équitable. Il n'y aura jamais de vainqueur, à moins de faire disparaître l'espèce humaine. Ce qui n'était bien sûr pas une solution.
 
-          Qu'est-ce qui t'a poussé à le porter ? demandai-je doucement.
 
Après la mort de sa femme, je comprenais tout à fait que Lyall soit impliqué dans la lutte contre le crime... mais ce n'était pas encore arrivé lorsqu'il avait choisi ce métier. Alors pourquoi s'orienter vers le monde du crime ? Pourquoi accepter d'y baigner ? Je compris au regard de Lyall que sa femme n'était pas sa première perte tragique.
 
-         Mon frère a été assassiné à vingt ans, expliqua Lyall. J'en avais seize. Le tueur n'a jamais été arrêté.
 
Je baissai les yeux, n'ayant aucun mal à comprendre la douleur qui l'avait déchiré. Perdre un frère, c'est perdre un repère, un confident... une part de soi. Lyall avait subi un choc alors qu'il n'était qu'adolescent... je comprenais mieux désormais pourquoi il s'était très vite rangé parmi l'élite. Les meilleurs chasseurs sont bien souvent ceux qui ont déjà été victimes d'une traque. Il faut une motivation personnelle pour se lancer aux trousses des prédateurs les plus dangereux. Et avec la mort de sa femme... son appartenance à la brigade extrémiste de lutte contre le crime apparaissait comme une évidence à mes yeux. Lassé, blessé, il ne se battait plus désormais que pour une justice tranchante et implacable.

-       J'étais encore stagiaire quand Maugrey m'a surpris dans la salle des archives, continua Lyall avec un faible sourire. J'étais plongé dans le dossier, croyant dur comme fer que je pourrais trouver un indice qui avait échappé aux autres.
-         Tu as réussi à trouver des pistes ? demandai-je.
-        Des impasses. Je suis au point mort depuis des années. J'ai fini par accepter que cette affaire reste non résolue.
 
Mon regard se perdit dans le vide. Comment avait-il réussi à laisser tomber ? Comment avait-il pu se résigner à ne jamais savoir ? Lui qui cherchait la vérité pour les autres... comment pouvait-il accepter de ne jamais la connaître pour lui-même ? Je n'arrivais pas à comprendre... j'étais bien placée pour savoir à quel point rester dans l'ignorance était douloureux... à quel point ça rongeait de l'intérieur. Peut-être que ça s'estompait avec le temps ? Je soupirai discrètement. Si c'était le cas, ça devait vraiment être long, car je sentais la plaie toujours aussi à vif.
 
-           Et toi ? Qu'est-ce qui t'a poussé vers ce métier ? retourna Lyall.
 
Je sortis de mes pensées en sentant un effleurement sur ma cuisse. Je souris faiblement en posant discrètement ma main sur celle de Remus sous la table. J'avoue que je n'avais pas moi-même la réponse complète et précise à cette question. Plusieurs raisons me motivaient.
 
-          J'ai toujours voulu travailler dans le crime. J'aime bien remonter des pistes,  traquer une proie... et plus que tout l'attraper.
 
Lyall rigola en se servant un verre de Vodka Pure Flamme.
 
-           Je vois que Maugrey vous déteint déjà dessus avec ses analogies à une partie de chasse.
-        Elle était déjà comme ça avant, glissa Remus avec un clin d'½il. C'est une vraie louve.
 
Un sentiment de malaise faillit m'envahir lorsque je vis le regard que Lyall posa sur moi.
 
-            Une gentille louve j'espère, taquina celui-ci sans me quitter des yeux.
-            Une adorable louve, assura Remus en me déposant un baiser sur la joue.
 
Le seul point sur lequel tout le monde pouvait être d'accord, c'est que j'étais effectivement une louve. Après, « adorable »... l'avis était partagé...
 
| 15 septembre 1978 - Ministère de la Magie - 18h |
 
Les quinze jours que nous venions de vivre s'étaient déroulés de manière sensiblement identique, à la seule différence que les entraînements se durcissaient. Je devais reconnaître que les méthodes de Maugrey étaient efficaces. Bon nombre d'entre nous avaient fait des progrès remarquables en l'espace de ces quelques jours seulement. C'était surtout le cas en duel. Le travail de la condition physique n'avait pas vraiment d'importance, mais la difficulté nous poussait à ne jamais abandonner, et c'était important en duel. Surtout lorsque quelques Aurors expérimentés s'invitaient à l'entraînement. Il fallait être capable de tenir tête malgré le déséquilibre. Ainsi, à force de nous affronter les uns les autres, la plupart des apprentis pouvait se réjouir de faire de meilleurs résultats.
En fait, j'étais la seule personne dont la marge de progression était faible depuis le début. Contrairement aux autres, qui avaient beaucoup à apprendre, moi je conservais ma place indétrônable d'imbattable. Apprentis ou Aurors, impossible de me mettre au tapis. Autant j'essayais parfois lors des entraînements physiques de ne pas faire de trop bonnes performances pour ne pas paraître suspecte, autant je refusais de perdre un seul duel.
 
-           Hunt ! aboya Maugrey à travers la salle.
 
Je me retournai, délaissant un adversaire que j'avais battu pour la dixième fois ces deux dernières semaines, avec une facilité éc½urante. Je me dirigeai vers l'Auror, qui se tenait à l'autre bout de la salle, esquivant les autres duellistes. J'espérais que le moment que j'attendais tant soit sur le point de se réaliser. Je cherchai Remus du regard et le localisai un peu plus loin devant moi, se débrouillant plutôt bien face à un Auror qui lui faisait voir des sortilèges de toutes les couleurs.
 
-           En place, ordonna Maugrey.
 
Bingo ! Un sourire provocant étira instantanément mes lèvres. Enfin j'obtenais un duel avec lui. Dès les premiers combats, je m'étais évertuée à ne faire aucun cadeau à mes adversaires, voulant prouver à Maugrey que personne ne pouvait rivaliser avec moi. J'avais éveillé la surprise générale en battant chacun des Aurors qui m'avaient défiée en duel. Même Lyall m'avait défiée, et il avait perdu aussi sèchement qu'Aaron et Moser. Et maintenant, il était temps que je me mesure à celui qu'on désignait comme le meilleur Auror d'Angleterre...

 

Je me présentai face à lui sans me faire prier, baguette serrée énergiquement. Je m'inclinai légèrement sans le quitter des yeux. Maugrey en fit de même, et je lançai une attaque dès que l'on fut en place. Il répliqua aussi sec, détournant mon sort sans grande difficulté. Je continuai alors de le harceler d'attaques, ne lui laissant aucune seconde de répit. Il n'avait aucun mal à me repousser, résistance à laquelle je m'étais attendue.
 
-            Pas mal pour une débutante, lança mon adversaire.
-            Plutôt mobile pour un blessé, répliquai-je.
 
Comme offensé, il tapa sa grosse canne contre le sol, propulsant une vague d'ondes qui me fit décoller en arrière. Me rattrapant avec aisance, je revins vers lui comme une fusée, répandant à mon tour une onde de choc en reposant pieds à terre. Maugrey traversa la salle sous le regard ahuri des autres apprentis Aurors, et je me fis un devoir de rattraper notre professeur... le clouant au sol avec un peu d'élan. Je le maintins allongé, baguette brandie sur lui, malgré ses efforts pour se défaire de mon emprise. Je sentais qu'il luttait comme un beau diable, mais le contrôle que j'avais sur lui était quasiment impossible à renverser tant que je restais concentrée. Arrivée à sa hauteur, je le retournai face contre le sol d'une simple pensée et me mis au-dessus de lui, me baissant lentement pour m'asseoir doucement mais fermement sur son dos. Je lançai un nouveau sort pour que ses poignets se rejoignent, et je fis apparaître des liens, comme si je venais d'appréhender un criminel.
 
-            Alastor Maugrey... vous venez de perdre face à une nouvelle recrue... vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous lors de l'apéritif avec vos collègues. 
 
Quelques apprentis rigolèrent de bon c½ur, dont les Maraudeurs, mais d'autres se contentèrent d'observer la scène, aussi choqués par ma victoire que mon audace. Maugrey grommela comme un chien auquel on a retiré un os de force. Je me relevai le sourire aux lèvres, le libérant de ses liens. Il me lança un regard réprobateur en soupirant avec agacement.
 
-            Pas mal Hunt, dut reconnaître l'Auror.
 
Il pouvait faire mieux comme compliment, mais venant de sa part, c'était déjà un bon début. Je rejoignis les Maraudeurs, assez fière de mon coup. J'avais attendu ce moment pendant des jours, et il était aussi jubilatoire que ce que j'avais imaginé. Même si je n'avais jamais douté de mes capacités en duel, ce n'est pas tous les jours qu'on rivalise avec le meilleur Auror du pays.
 
-            Félicitations, glissa Sirius lorsque je passai à côté de lui. 
-            Black ! aboya Maugrey. Cinquante pompes !
 
Je pouffai discrètement face à l'air outré de Sirius, qui dut accomplir sa pénible tâche sans discuter, au risque d'en prendre davantage. Je croisai le regard de Remus, qui me sourit faiblement, mais je ne parvins pas à deviner ce qu'il avait pensé de ma prestation.
 
| QG des Aurors - 19h |
 
Alors que nous profitions de la présence de quelques Aurors pour discuter vaguement des affaires en cours, je fis signe à Remus que j'avais envie de rentrer. Non pas que je m'ennuyais, loin de là, mais j'aurais aimé que l'on passe un petit moment de détente ensemble après une journée aussi intense. J'avais besoin de faire une coupure.
 
-            Félicitations pour votre performance, entendis-je.
 
Je me retournai et contins ma surprise en faisant face à Bradley Moser. Même si je le voyais plusieurs fois par semaine, je n'avais pas souvent eu l'occasion de parler en tête à tête avec lui, et j'avoue que je n'étais pas très à l'aise en sa présence. J'avais toujours l'impression qu'il cherchait à me connaître un peu plus que les autres. D'un côté c'était une bonne chose de bien s'entendre avec le lieutenant le plus populaire de la BCM, mais d'un autre, j'avais quand même affaire à un flic, et je ne devais pas lui donner l'occasion de me cerner.
 
-          Oh, vous en avez entendu parler... dis-je.
-         Tout le monde en parle, sourit Moser. Maugrey n'avait pas perdu un duel depuis très longtemps.
-         J'espère ne pas l'avoir trop froissé...
-         Ne vous en faites pas, Maugrey n'est pas du genre à ignorer le potentiel d'une recrue pour préserver sa fierté. Tout le monde avait remarqué lors de votre double sauvetage que vous étiez plutôt douée en matière de duel... et vous n'avez fait que le confirmer ces derniers jours, en remportant absolument tous vos combats. Je suis sûr que ce cher Fol ¼il fera en sorte que vous puissiez exploiter au mieux cet atout.
 
J'acquiesçai, comme si j'étais rassurée par ses paroles. A vrai dire, je n'avais pas douté un seul instant de mes actes. Je savais que Maugrey était de ceux qui aiment bien enlever la muselière... et cette petite démonstration n'était qu'un début. Bientôt, je lui prouverai ma valeur sur le terrain. 
 
| Manoir Halliwell |

 
Je ne pouvais pas rêver mieux comme moment de détente après une journée aussi chargée. J'étais dans les bras de Remus, dans la baignoire. L'eau chaude soulageait nos muscles fatigués et douloureux. J'étais dans un demi-sommeil, savourant ce moment dans ses bras, ma tête contre la sienne. Même si j'étais contente de la journée, notamment avec ma victoire sur Maugrey, la formation était quand même assez intense. Ça faisait du bien de se poser un peu. Je souris en sentant la main de Remus glisser doucement sur mon ventre, dans une caresse chatouilleuse qui faillit me faire sursauter. J'ouvris les yeux, lui déposant un tendre baiser dans le cou.
 
-         Mon tatouage t'intrigue ? taquinai-je.
-         Non non, je trouve qu'il te correspond tout à fait.

Ses paroles me décochèrent le sourire. Remus ne voyait que ma personnalité au travers de ce tatouage, mais en réalité, c'était la marque de mon clan. Elle était ensorcelée de sorte à ce qu'aucune autre personne étrangère au clan ne puisse se faire la même. Elle était donc la preuve incontestable de mon appartenance à cette meute. Tout comme pour le gang des Cobras, c'est l'emplacement de la marque qui prouvait que j'en étais la chef. Les autres membres pouvaient se la faire où ils voulaient, mais pas sur le ventre. Je laissai Remus continuer son inspection, ses caresses étant particulièrement agréables. Il me retourna doucement le poignet, passant deux doigts sur le lien infini.
 
-         J'ai vu que Diego avait le même, dit-il.
-         Oui... il symbolise la force de notre attachement l'un pour l'autre.
 
Remus sourit faiblement, mais je sentis que ma réponse lui avait fait quelque chose. Je me blottis davantage contre lui, comme pour balayer tout doute de son esprit.

-          Je me tatouerais « Lunard » sur les fesses si ça peut te rassurer, plaisantai-je.
 
Remus rigola en me serrant un peu plus contre lui.
 
-         Ce ne sera pas nécessaire, assura Remus en me déposant un baiser sur la poitrine.
 
Sentir ses lèvres sur le tatouage du Basilic me provoqua une décharge dans tout le corps. Elle n'était pas violente, mais désagréable. Comme un courant qui court le long des veines, électrisant chaque nerf sur son passage. Mes poils se hérissèrent sur tout mon corps tandis qu'un frisson remontait le long de ma colonne jusque dans la nuque.
 
-           Celui-là par contre, j'ai du mal à le comprendre, avoua Remus. 
 
Je fermai les yeux, repensant au moment où mon père m'avait gravé la marque de notre ancêtre sur la peau. J'eus un léger pincement dans la poitrine, soudainement envahie de tristesse et de regrets, comme à chaque fois que je pensais à lui. Cette marque m'avait brûlée lors de ma dernière dispute avec mon père, comme si je n'étais plus digne de la porter.
 
-           C'est un coup de c½ur... me contentai-je de dire.

On resta silencieux pendant plusieurs minutes, et je finis par retomber dans mon demi-sommeil, ne voulant plus penser à rien.
 
| 28 septembre 1979 |

J'avançais à pas feutrés, rasant le mur de droite tout en tenant ma baguette brandie, prête à riposter à tout et n'importe quoi. Concentrée sur mon objectif, j'étais à l'écoute du moindre bruit qui pourrait signaler la présence d'un ennemi. Je n'avais qu'un seul but : appréhender un mage noir retranché dans un quartier peuplé de criminels. Celui-ci m'avait échappé quelques minutes plus tôt, déclenchant une course-poursuite assez mouvementée. Heureusement, j'avais défini une zone anti-transplanage avant même d'intervenir pour pallier à ce genre de problème. Ainsi, je n'avais qu'à m'assurer qu'il prenne la fuite dans des directions qui ne le faisaient pas sortir du périmètre. Une telle situation ne se serait jamais produite si j'avais agis seule, seulement voilà, je n'étais pas recouverte de ma tenue d'assassin, et ma cible ne devait pas mourir ce soir. Je travaillais en équipe avec deux autres apprentis Aurors, et l'un d'eux avait voulu faire l'intéressant en suivant son idée plutôt que mes conseils. Résultat : nous étions obligés de jouer au chat et à la souris en territoire hostile, où chaque rue pouvait devenir le théâtre d'une embuscade. Là était le point négatif d'être Auror : pas question de la jouer en solo. Il fallait travailler au moins par deux, et avec des débutants pareil, ce n'était franchement pas un atout pour moi. Je devais trop souvent rattraper leurs conneries. D'ailleurs, j'espérais qu'ils ne soient pas en train d'en faire une. Pour rendre notre traque plus efficace, nous nous étions séparés, et très franchement, je n'aurais su dire si c'était une bonne chose. J'étais peut-être plus libre de mes mouvements, mais je ne pouvais pas les surveiller.
 

 


Je m'arrêtai à l'approche d'une intersection en voyant une ombre projetée sur le pavé. Etait-ce ma cible ? Si je me fiais à la direction qu'avait pris le suspect la dernière fois que je l'avais vu, c'était tout à fait possible car j'avais fait en sorte de pouvoir lui couper la route. Cependant, je le trouvais bien imprudent d'avancer dans une rue aussi dégagée. Ça pouvait aussi être l'un de mes collègues, ou tout simplement une tierce personne. Ne voulant pas prendre le risque de me faire repérer inutilement, je me fis léviter sur le toit le plus proche. Je m'accroupis au bord, suivant la personne du regard avec beaucoup d'attention. Elle avançait prudemment, baguette le long du corps, se préparant au duel. Attitude louche, certes, mais le faible éclairage n'était pas suffisant pour me permettre de déterminer si cet individu était ma cible ou non. Impossible d'intervenir maintenant. Avec le silence qui régnait, je n'avais pas le droit de me tromper de personne.

 

Je devais être la seule à penser cela, car j'aperçus deux de mes partenaires se rapprocher rapidement dans le dos de l'individu. Je voulus les avertir de ne pas intervenir, mais toute tentative de communication de ma part me grillerait. D'autres personnes étaient peut-être en train d'observer la scène, ce n'était pas le moment de me faire repérer. Je laissai donc faire, attentive à l'environnement. Au moment où mes deux partenaires neutralisèrent l'individu, je repérai du mouvement à l'autre bout de la rue. Comme je m'en doutais, ce n'était qu'un leurre. Je me mis donc à courir sur les toits pour rattraper le véritable suspect, mais un claquement m'arrêta nette. Je me retournai et me rendis compte que mes deux collègues s'étaient faits encercler. Je regardai à nouveau vers le fuyard, qui continuait dangereusement son avancée vers la sortie du périmètre. Je refusais de le laisser m'échapper une seconde fois, mais je ne pouvais pas non plus laisser mes collègues en si mauvaise posture. Sans plus attendre, je levai ma baguette en direction du suspect, me concentrant sur ma respiration pour me stabiliser. Ne se doutant pas que je l'avais repéré, il avait une course droite, facilitant ma visée.
 
-        Stupéfix, prononçai-je.
 
Le sort fusa et rattrapa le suspect pour le percuter en plein dos, le projetant au sol. Je fis donc demi-tour et profitai d'être en hauteur pour mieux analyser la situation. Mes deux partenaires avaient les mains en l'air, baguettes posées au sol devant eux. Six autres individus les tenaient en respect en approchant lentement, en ligne. J'aurais pu les expulser d'une simple pensée, mais je ne voulais pas mettre à jour mes capacités magiques. Alors je choisis de la jouer différemment. Je pris de l'élan pour sauter entre mes partenaires et nos ennemis. Lorsque j'atterris, je provoquai une onde de choc pour renverser nos assaillants. Profitant de la diversion, mes deux collègues récupérèrent leur baguette, et on parvint à neutraliser nos adversaires pendant qu'ils étaient encore sonnés. Cette technique avec l'onde de choc me plaisait bien : après m'avoir permis de gagner face à Maugrey, elle s'avérait tout aussi efficace sur plusieurs adversaires. A conserver. Une fois toute menace sous contrôle, je courus vers notre suspect initial, toujours stupéfixé au milieu de la rue. J'eus un sourire triomphant en reconnaissant le bon suspect. Je fis apparaître des liens dans son dos avant d'envoyer des étincelles rouges dans le ciel obscur pour signaler l'accomplissement de la mission.

 


Immédiatement, les bâtiments s'éloignèrent à vitesse vertigineuse, disparaissant peu à peu. Mon suspect s'évapora dans le sol, dont le pavé se remplaça bien vite par du plancher. Le ciel étoilé se creva, remplacé par une lumière éclatante. Bientôt, je me retrouvai dans une salle toute simple, blanche, dénuée de mobilier, avec mes coéquipiers. La première fois que j'avais vu cette salle, il m'avait fallu un certain temps pour me convaincre d'y entrer, en proie à de nombreux souvenirs. Mais depuis une semaine, c'était coutume de venir ici, et j'y prenais même un malin plaisir. Cet endroit, c'était la Salle sur Demande de Poudlard, en mieux ! Elle créait un monde parallèle fictif, mais au combien réaliste, configuré par Maugrey. Il ne fallait que quelques secondes pour qu'une porte apparaisse sur l'un des quatre murs, avec le thème de la mission à remplir. Une fois cette porte franchie, nous pouvions nous balader dans des villes, affronter des ennemis, interroger des témoins, sauver des otages, arrêter des suspects... alors que rien de ce qui nous entourait n'était réel. C'était perturbant d'ailleurs, car la plupart du temps, Maugrey demandait une simulation dans une copie du monde réel. Sirius avait ainsi rencontré son « père » à Pré-au-Lard, et avait profité d'être en simulation pour se défouler sur lui. Mais la projection de son paternel s'était bien vite évaporée, sous nos éclats de rires. Je trouvais que cette salle était un formidable moyen pour nous former. On pouvait ainsi nous immerger totalement, sans pour autant courir de graves conséquences en cas d'erreur.

 

Maugrey s'en servait également pour nous entraîner au combat, en nous faisant affronter des Forces du Mal soigneusement configurées par son esprit timbré. Et là, autant dire que la salle nous plongeait au coeur d'un cauchemar dont il fallait savoir ressortir. Ces séances-là étaient mes préférées. C'était les seules où j'étais vraiment mise à l'épreuve. Même si j'avais appris depuis longtemps à contrôler mes peurs, j'étais fascinée par la diversité des forces obscures que choisissait de nous faire affronter Maugrey. Elles existaient toutes réellement, sauf quelques extras créées spécialement par l'Auror. Elles étaient difficiles à battre, pouvaient avoir n'importe quelle apparence, et jamais le même point faible. Créatures maléfiques ou sortilèges de pure magie noire, il fallait rester attentif pour ne pas se « faire tuer ». Même si la mort ne se traduisait que par une éjection du monde fictif, ce n'était agréable pour personne de se faire éliminer en pleine simulation. J'étais l'une des rares à rester jusqu'au bout. Seuls Sirius, Remus et un certain Ralph faisaient des performances remarquables dans ce domaine. Les autres finissaient toujours par se faire piéger à un moment ou un autre. Etre en équipe ne suffisait pas à nous protéger les uns les autres, car ça surgissait parfois de tous côtés, et sans forcément qu'on l'ait vu venir.
 
-           Belle prise Hunt, félicita Moser.
-           Mais tu te la joues encore trop perso, coupa Maugrey. 
 
Je levai les yeux au ciel, exaspérée que ce cher Alastor trouve toujours quelque chose à redire. J'avais beau réussir chaque mission et éviter tous les pièges dans lesquels beaucoup d'autres tombaient, aux yeux de Maugrey, il y avait toujours un pète de travers. Heureusement que Moser était là quelques fois, pour relativiser.
 
-          Je n'aurais pas à le faire si mes chers camarades suivaient mes conseils, balançai-je en regardant vers le concerné.
-           Pourquoi on t'écouterait ? se défendit Jeremy, celui qui avait provoqué l'échec de notre première intervention en me désobéissant. Tu es aussi débutante que nous.
-           Parce que tu remarqueras à la longue que j'ai plus souvent raison que toi.
-           Hunt, tu passes à l'atelier cinq : protection VIP, trancha Maugrey pour mettre fin à la discussion. Vous deux, vous refaites un exercice d'arrestation.
 
J'acquiesçai, me dirigeant vers la porte comportant l'écriteau « défense et protection ». J'aimais toutes les missions de terrain, que ça soit pour chasser ou pour défendre.
 
-           C'était un sacré lancé de sortilège, glissa Moser en passant derrière moi.
 
Je souris à sa remarque. J'avoue que je n'étais pas mécontente de moi sur ce coup. Autant il m'était facile de tirer avec une arme moldue, autant c'était plus compliqué avec une baguette. L'avantage d'un sort par rapport à une balle, c'est qu'il n'était pas influencé par la distance ni par le vent. L'inconvénient, c'est que c'était beaucoup moins précis, car une baguette n'avait pas de viseur. J'étais donc assez contente d'avoir réussi à atteindre ma cible. Et qu'il n'en déplaise à Maugrey, pour moi, j'avais pris les bonnes décisions. Mes talents sur le terrain avaient parfois du mal à être reconnus, car ce qui était pour moi de l'expérience était souvent considéré comme un simple coup de chance. Personne ne pouvait se douter que chacun de mes actes résultait d'un instinct fiable particulièrement aiguisé. Il me faudra renouveler mes victoires, encore et encore, pour prouver à tout le monde que j'avais vraiment du talent.
 
| . . . . . . . |

 
La formation nous installa dans un rythme effréné de plusieurs mois non-stop. Entre les entraînements physiques et l'apprentissage des lois et des protocoles, autant dire que l'on ne chômait pas. Quatre mois furent nécessaires pour apprendre les bases et forger le mental. Les deux mois suivants furent l'objet d'un tout autre programme : apprentissage d'enchantements et de sorts en tous genres, premiers secours, établissement d'une zone de sécurité... L'écart entre nous était moins important qu'aux épreuves physiques. Ayant tous de très bons dossiers pour avoir une place dans la formation des Aurors, nous étions assez doués dans la maîtrise de la magie. Quoi que là encore, j'avais un train d'avance sur les autres à cause de ma puissance surdéveloppée. Et comme si je ne m'étais pas suffisamment faite remarquer, je n'avais pas pu m'empêcher de me montrer aussi douée que les experts eux-mêmes... dans le lancé de sortilège à distance. Après mon essai concluant lors de ma première simulation d'arrestation, j'avais renouvelé ce genre d'attaque à plusieurs reprises. Du coup, la Brigade des Tireurs de Baguette Magique me voulait dans ses rangs. Je ne ratais jamais ma cible, même à des distances importantes. Seulement Moser ne voulait pas me lâcher, car je cumulais les performances dans la résolution d'enquêtes. Après nous avoir appris à mener une enquête, régler la paperasse, interroger les témoins et les suspects, et arrêter un criminel, Maugrey et Moser organisaient régulièrement des jeux d'enquêtes dans la salle fictive. Nos deux professeurs faisaient en sorte qu'on forme toujours des équipes différentes pour résoudre les affaires, de sorte à nous habituer à travailler les uns avec les autres.

 

Ces simulations nous permettaient de mettre en application les bases du métier, et de commencer à avoir un aperçu de ce qui nous attendait, tout en restant dans l'irréel. Nous pouvions ainsi nous entraîner à poursuivre un criminel, à dénouer des situations délicates de prise d'otages, nous défendre face à une menace imminente... sans craindre d'échouer. Nos erreurs n'avaient pour seule incidence que la défaite d'une équipe. Et jusqu'à maintenant, j'étais celle qui avait le meilleur score. J'avais réussi à résoudre toutes les enquêtes, à me sortir de toutes les situations et à sauver toutes les « personnes » en danger. Moser estimait que je serais bientôt prête à continuer la formation sur le terrain, avec la Brigade Criminelle Magique. Parmi les « inexpérimentés », j'étais la seule capable de reconstituer un crime avec précision, et de voir clair dans l'esprit des suspects lors des interrogatoires. Moser me disait souvent : « un bon flic, c'est celui qui est capable de réfléchir comme un criminel, et c'est inné chez toi »... inutile de faire le moindre commentaire à ce sujet, n'est-ce pas ?

 

Dans le genre remarquable, il y avait aussi les Maraudeurs. Ils avaient un bon nombre de victoires à leur actif. Leur talent m'impressionnait, car contrairement à moi, ils ne devaient leurs réussites à aucune expérience criminelle ou formation intense. Ils étaient simplement doués, et les voir à l'½uvre me faisait souvent penser à la prophétie à leur sujet, qui n'aurait aucun mal à s'accomplir. Seul Peter était un peu à la traîne, mais je ne doutais pas que ce n'était qu'une question de temps avant que l'on rejoigne le terrain pour les vraies enquêtes. Nous étions largement au-dessus du lot, avec quelques rares autres apprentis. J'étais persuadée qu'il ne leur faudrait pas très longtemps pour se faire une réputation. Ils avaient un avenir prometteur.
En fait, avec eux, tout allait bien. On s'entendait toujours aussi bien, si ce n'est mieux. A force de passer quasiment nos journées entières ensemble et de tout partager, j'étais devenue fusionnelle avec l'ensemble du groupe Maraudeurs. J'étais déjà officiellement accro à Remus depuis quelques mois, mais maintenant c'était aussi le cas avec les autres. Bon bien sûr, ce n'était en rien comparable, mais j'avoue que je m'étais vraiment attachée à eux.

 


C'est du côté de mon « autre vie » que ça coinçait. Je subissais une prise de distance avec Diego, et ça n'avait rien à voir avec le fait que je sois souvent avec les Maraudeurs. La plupart du temps, c'est lui qui était trop occupé pour que l'on se voit. J'avais déjà remarqué pendant l'été qu'il était de plus en plus difficile de se voir, mais je me disais qu'on finirait bien par se retrouver comme avant. Ce qui m'inquiétait, c'est qu'en cinq mois, nous ne nous étions quasiment pas vus, et il ne semblait pas faire le moindre effort pour que ça change. Chaque fois que j'essayais d'organiser quelque chose, ça tombait à l'eau au dernier moment. Il arrivait toujours à me trouver une excuse pour reporter. Qu'est-ce qu'il se passait ? Pourquoi me tenait-il si loin de lui ?  Et puis pourquoi continuait-il à travailler pour mon père alors que je savais pertinemment qu'il avait perdu sa raison de bosser pour lui le jour où j'avais fait mes valises ? Il était toujours sur la défensive les rares fois où j'avais tenté d'aborder le sujet. Alors je prenais mon mal en patience, et je lui laissais du temps. Je n'étais pas sa mère après tout, mais ça ne me plaisait pas du tout qu'il continue à servir la cause de mon père.

 

Les Mangemorts faisaient de plus en plus parler d'eux. Leur nom avait commencé à se répandre. Mais là où mon père avait fait fort, c'est que l'existence d'une réelle menace n'était pas officielle. Personne ne savait avec précision quelles étaient les intentions des Mangemorts, qui ils étaient, quelles étaient leurs méthodes... Officieusement, les policiers et les Aurors redoublaient d'effort pour essayer de cerner l'ampleur de cette organisation criminelle et de comprendre son fonctionnement. Mais les Mangemorts étaient prudents. Provocants mais discrets. On constatait que les disparitions suspectes de moldus et de nés-moldus augmentaient, tout comme leur meurtre... que des personnes s'affichant publiquement comme tolérantes avaient subitement des accidents... mais il n'y avait jamais de preuve. Jamais de témoin. Je reconnaissais bien là mon père. Il ordonnait des frappes publiques mais ne revendiquait rien. Pas encore. Pour l'instant, il voulait juste répandre la terreur. La crainte. Et il savait que la peur n'en est que plus grande lorsqu'on ne sait pas grand-chose de l'adversaire. C'est pour ça qu'il restait dans l'ombre. Que ses hommes ne signaient pas leurs meurtres. Mon père estimait que l'heure n'était pas encore venue de se révéler au grand jour. Il laissait volontairement planer le doute.

 

Mais je sentais que ce n'était plus qu'une question de temps. Je n'avais pas besoin de connaître le personnage pour deviner que la guerre était imminente. Les Mangemorts frappaient de leur côté... et les autorités se préparaient à réagir du leur. Bientôt, le jeu ne se jouera plus seulement dans l'ombre. Et c'est pour cette raison que je redoutais tant l'avenir. Je savais que les jours heureux que nous étions en train de vivre seraient bientôt remplacés par une période noire. Pour l'instant, on jouait aux Aurors, mais bientôt, il nous faudra en être de vrais. J'avoue que je redoutais ce moment. J'avais peur pour les Maraudeurs. Ils me prouvaient chaque jour qu'ils étaient doués... mais étaient-ils prêts pour la guerre ? Lorsque je les voyais rire et s'amuser, insouciants, je me sentais parfois coupable de ne pas les prévenir sur ce qui les attendait. Mais honnêtement, j'étais moi-même incapable de prévoir avec précision ce que serait cette guerre. Je savais juste qu'elle serait sanglante, acharnée... et c'est pour ça que j'espérais ne pas compter Diego parmi les Mangemorts. Même si je doutais encore du rôle que je tiendrai dans cette guerre, ce dont j'étais persuadée, c'est que je serai envoyée au front pour combattre les Mangemorts. Et pour rien au monde je ne voudrais avoir à me battre contre mon propre frère.




| 17 mars 1979 - QG des Aurors - 19h |
 
Je trinquai avec les Maraudeurs, le sourire jusqu'aux oreilles. Nous avions eu le plaisir de faire équipe dans la journée sur une enquête fictive particulièrement difficile, et nous avions réussi à la résoudre alors que tous les autres étaient complètement largués. Il n'y a pas à dire, nous étions chacun doués, mais lorsqu'on travaillait ensemble, on faisait tout péter ! Moser se leva et demanda le silence, ce qu'il obtint en quelques secondes.
 
-          Je tiens à vous féliciter à tous pour ces derniers mois. Vous avez tous montré votre potentiel, et je suis persuadé que vous serez bientôt prêts à rejoindre les rangs des Aurors. Comme vous n'avancez pas tous au même rythme, nous allons faire des groupes pour les prochains mois. Certains continueront les entraînements en duel, d'autres réviseront la théorie... et d'autres encore iront sur le terrain !
 
Les nouvelles recrues se redressèrent, accordant toute leur attention à Moser. Aller sur le terrain... enfin !
 
-          Sirius, Remus, James et Prudence, vous intégrez dès demain la Brigade Criminelle Magique. Vous travaillerez dans mon équipe.
 
L'excitation et la joie était telle que je ne parvins pas à écouter la suite de la répartition. La BCM était la brigade la plus intéressante après celle des Aurors. C'était vraiment celle qui se rapprochait le plus de notre objectif, puisque la seule différence résidait dans le type de gibiers : les flics traquaient les criminels « classiques », tandis que les Aurors s'occupaient des mages noirs. C'était donc un très bon début pour nous. J'étais un peu désolée pour Peter, qui devait encore se mettre à niveau dans la maîtrise magique. Il était très déçu d'être séparé de ses amis, et ça se comprenait. Il s'était vraiment donné à fond.
 
-         Ne t'en fais pas Peter, Moser a dit que c'était normal qu'on n'avance pas tous au même rythme... je suis sûr qu'après un peu d'entraînement, tu rejoindras toi aussi le terrain, rassura James.
-           Ouais... mais ça m'étonnerait que je sois sélectionné dans la BCM.
 
Il n'avait pas tort sur ce point... Peter ne me semblait pas avoir l'étoffe d'un chasseur. Mais je lui souhaitais quand même de réussir, car je savais combien il comptait pour le restant du groupe. Ces quatre là n'avaient jamais été séparés, ce serait dur pour eux que l'un des frères soit mis à l'écart. 
 
-           Félicitations les jeunes, vous allez avoir un super coach, lança Lyall.
 
Ça je n'en doutais pas. Nous avions beaucoup de chance de continuer la formation avec Moser, l'un des meilleurs policiers du pays. Au fil du temps, ma relation s'était améliorée avec lui. Je n'avais plus ce sentiment de malaise qu'il m'avait tant de fois provoqué en m'analysant de trop près. Je le suivis du regard avec un grand sourire en le voyant se diriger vers nous. Il nous remit à chacun le badge de la BCM à notre plus grand plaisir.
 
-          Bienvenue dans la brigade, dit-il avec un sourire. A partir de demain, vous devenez officiellement les nouveaux combattants du crime.
 
Je baissai les yeux sur le badge, ressentant une joie étrange. J'étais contente de gravir cet échelon. Je ne trouvais pas ce métier si opposé à ce que j'étais... la seule différence entre la BCM et moi, c'est qu'un flic arrêtait les meurtriers, alors que moi je les tuais. Pour le reste, Tracker ne serait pas dépaysée. Au contraire !

 
Chapitre 1 : Bienvenue au Ministère
 
Hello !
C'est avec plaisir que j'ai publié ce loong chapitre, qui entame le tome 2 ! Encore désolée pour la durée de la pause, qui s'est étendue un peu plus que prévu, mais j'en avais vraiment besoin pour concilier un emploi du temps chargé et une inspiration... assez débordante ;)  Je suis bien contente de revenir, car vous m'avez quand même un peu manqué pendant tout ce temps !
J'espère que le retour de Prue et des Maraudeurs vous a plu. Dites-moi ce que vous en avez pensé, et si ce chapitre vous a donné envie de connaître la suite de l'histoire. 
Encore un grand merci pour tous vos messages, ça m'a vraiment fait chaud au coeur de recevoir vos encouragements en cette période un peu difficile !
Concernant la fréquence de publication, je pense l'allonger à deux semaines. Ainsi, ça me permettrait de conserver mon avance, sans mettre en péril ni l'histoire, ni mes études, ni la vie que j'ai à côté ! Du coup, pour ne pas rester 15 jours sans publier, je pense que je mettrais en ligne le mot de Tracker et l'aperçu du chapitre suivant au bout d'une semaine, pour faire patienter  :)
Pour les nouveaux lecteurs que j'ai eu le plaisir d'accueillir pendant la pause, sachez que vous pouvez vous inscrire à la liste des prévenus pour être tenu au courant de toutes les nouveautés du blog  :)
Sur ce, je vous fais de gros bisous, bonnes vacances à ceux qui en ont, bon courage aux autres, et à très bientôt pour la suite des aventures ! 
 
Chapitre 1 : Bienvenue au Ministère
 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

Le mot de Tracker : « Le temps passe » 08/11/2014

« J'ai parfois l'impression que c'était hier lorsque mon père me briefait pour la mission et que je rencontrais les Maraudeurs... Quelques semaines lorsque je m'évadais du camp... L'année dernière que je voyais ma mère pour la dernière fois.
Les souvenirs sont toujours là, les blessures aussi, comme si ça venait de se faire, alors qu'une éternité s'est écoulée depuis. Le temps a continué de s'écouler, même si j'ai souvent l'impression que tout est resté en suspend dans ma tête.
Il faut que je me sorte de là. Je suis adulte désormais, en plein dans la force de l'âge. J'aperçois le bonheur. Il me semble hors de portée alors qu'il est tout proche. Je dois abattre les derniers obstacles qui m'empêchent de le saisir. Je n'ai plus de temps à perdre. Le sablier continue de s'écouler, j'ignore encore pour combien de temps. Je ne veux plus avoir cette effrayante sensation de gâcher des grains... de les laisser s'échapper entre mes doigts... je veux pouvoir en profiter, et pour l'instant, le passé m'en empêche. »
 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2 - le mot de Tracker

Chapitre 2 : L'instinct de chasse 08/11/2014

« Le moment tant attendu... celui où nous entrons dans la cour des grands... celui où nous nous rendons enfin sur le terrain. Pour ma première traque en tant que policière, j'ai la joie de pouvoir inviter la louve qui est en moi à la fête. La chasse est ouverte. »
 
Chapitre 2 : L'instinct de chasse
 
 
 
| 19 mars 1979 - Manoir Halliwell - 7h10 |

 
Je regagnai ma chambre après une douche bien chaude, attendrie de voir que Remus s'était rendormi, serrant contre lui la couette à l'emplacement où je m'étais trouvée. Notre prise de service à la BCM dès aujourd'hui ne nous avait pas empêché de fêter notre promotion une bonne partie de la nuit avec le restant des Maraudeurs ainsi que Lily. Ce n'était pas très sérieux de s'accorder quatre heures de sommeil pour notre premier jour d'embauche, mais nous n'avions pas pu contenir notre joie plus longtemps.
Je me plaçai face au grand miroir, attrapant au vol les vêtements qui venaient à moi sous mon influence mentale. Je répétai avec le même soin les gestes que je faisais tous les matins, sans me presser. Un sourire étira mes lèvres lorsque mes yeux se posèrent sur le reflet de mon badge accroché à ma ceinture, à l'opposé de mon couteau.
« Tu le portes bien »
Je tournai les yeux vers le reflet de la silhouette de Jeff se tenant à mes côtés. Ces quelques mots me rendirent fière.
 
-           Le temps nous le dira, murmurai-je. 
 
J'entendis bouger derrière moi, et je sortis de mes pensées en me rappelant que Remus était dans la pièce. La vision de Jeff disparut aussitôt, et j'allai embrasser mon cher Lunard avec tendresse, l'aidant à quitter le Royaume de Morphée en douceur.
 
-          Bien dormi ? demandai-je.
-          Hmm... mal au crâne.
-          C'est ça de ne pas être sage... !
-          Tu peux parler.
-          Moi je suis fraîche et prête pour ma première journée en tant que flic.
 
Remus sursauta et se leva d'un bond, me faisant rire. Il fila hors de la pièce pour se doucher, et je descendis m'occuper du petit-déjeuner. Je jetai un coup d'½il par la fenêtre, et malgré le temps grisâtre qui régnait depuis le début du mois de mars, je savais qu'une belle journée s'annonçait. Aujourd'hui, pour la première fois, Tracker aurait l'occasion d'agir à visage découvert, sans risquer de heurter la morale.
 
 

| 8h – Ministère – Département de la Justice Magique - Division de la Police Magique |
 


Je pris le temps d'observer les lieux en entrant dans la Division de la Police Magique. La dernière fois que j'étais venue ici, c'était lors de la visite du Ministère avec les autres recrues... et avant ça, c'était pour mon interrogatoire après mon double sauvetage. Ça me faisait bizarre d'y revenir en tant que membre de la Brigade.

 

Il y avait pas mal de bureaux en open-space, derrière lesquels quelques policiers étaient là, plongés dans des dossiers ou au contraire en train d'en écrire à l'aide d'une plume magique qui s'activait sous leurs paroles. Différents tableaux dynamiques étaient accrochés au mur, permettant aux équipes d'y fixer toutes les informations sur les enquêtes en cours et de travailler ensemble. D'autres pièces étaient fermées mais vitrées, un peu à l'écart, où tout un groupe de policiers était à l'écoute face à un autre, sans doute en réunion. Je remarquai Moser un peu plus loin, sortant d'un bureau aux vitres teintées. Je n'eus pas le temps de m'y attarder davantage que je sentis une main se poser sur mon épaule, m'obligeant à me retourner.
 
-         Prêts à partir en chasse mes loulous ? demanda Sirius tout excité.
-        Toujours, répondis-je avec un clin d'½il.
 
Je souris en voyant un James un peu nerveux apparaître derrière son frère de c½ur. Il se mettait la pression à cause de son père. Heureusement, Remus ne se prenait pas autant la tête. Il était un peu stressé, comme tout le monde pour le premier jour de travail, mais ça passait inaperçu. Sirius était à mon instar, souriant et confiant. Je voyais briller l'excitation dans ses yeux pétillants. Venir ici était une première étape dans la concrétisation de son rêve, et ça se sentait clairement. Personnellement, j'essayais de contrôler mon enthousiasme en conservant mon calme. J'allais me rendre sur le terrain de chasse, entourée de flic. Si la louve en moi allait m'être grandement utile, je n'avais pas intérêt à la montrer. Je ne devais pas perdre de vue que j'étais une débutante, et que trop de facilités pourraient être suspectes. Je m'étais suffisamment faite remarquer pendant la formation.
 
-          Salut les jeunes, j'espère que vous avez les neurones en état de marche, il y a eu un mort hier soir. L'enquête a déjà commencé depuis quelques heures, vous vous y joignez.
 
On se retourna tous en même temps, faisant face à un Moser nous tendant la main. Je remarquai que le ton neutre avec lequel il nous avait annoncé la nouvelle avait un peu surpris mes amis. Peut-être qu'ils comprenaient enfin de quoi parlait Lyall lorsqu'il nous disait que les meurtres seraient une banalité qui ferait partie de notre quotidien.
 
-          Où ça ? demandai-je.
-          Au Mythical Rum.
 
Territoire inconnu me concernant. Tant mieux. J'avais redouté de devoir enquêter dans l'Allée des Embrumes pour ma première enquête. Avec l'excitation du terrain, j'aurais pu oublier qu'une connaissance trop approfondie des lieux aurait éveillé la curiosité de mes amis et collègues.


| 8h17 - Allée des Gnomes Assagis |


 
Pas besoin de chercher bien longtemps l'endroit qui avait été le théâtre d'un drame. Le bar du Mythical Rum était cerné par la police magique. Un périmètre avait été établi pour que l'enquête soit menée tranquillement, tenant les curieux hors du champ de recherches. Je jetai un coup d'½il circulaire, repérant les journalistes à la frontière du périmètre, à l'affût du moindre indice qui pourrait enrichir leur article. Leur calme et leur petit nombre laissait deviner que ni le bar ni la victime n'étaient connus, et que ce meurtre apparaîtrait seulement dans les faits divers. Un point qui devrait rassurer James : l'affaire ne serait pas très médiatisée.

On suivit Moser à l'intérieur du bar. L'ambiance exotique avait été refroidie par la présence des policiers qui interrogeaient les clients. Les visages que je balayai d'un regard ne me semblaient pas indifférents à ce qu'il s'était passé ici. J'étais impatiente de savoir qui était la victime.
Un policier fit signe à Moser que ça se passait de l'autre côté du comptoir. On descendit un escalier de pierres qui nous amena dans la cave, où la température était idéale pour stocker les innombrables bouteilles de rhum qui reposaient tranquillement sur leur étagère. Mes yeux se posèrent sur le corps étendu au sol sur le dos un peu plus loin, raide. Je supposai que l'homme accroupi à ses côtés en train de passer lentement sa baguette au-dessus du corps était le légiste.
 
-          Les jeunes, voici Joey Rendall, l'un des légistes de la BCM, informa Moser. Joey, voici James Potter, Sirius Black, Prudence Hunt et Remus Lupin, nos petits bleus de l'année.
-          Ravi de vous rencontrer, dit platement le légiste. Je vous présente Luke Hemsey, 34 ans, serveur du bar. Mort entre 1h et 1h16.
-         C'est précis, fis-je remarquer.
-         Vous comprendrez très vite pourquoi.
-         C'est le sortilège de mort qui lui a ôté la vie ? demanda Remus en se rapprochant.
 
C'est effectivement la première idée qui m'était venue à l'esprit en voyant la position de la victime, mais j'avais vite remarqué que le célèbre Avada Kedavra n'avait pas été incanté. Quelques vaisseaux avaient éclaté dans les yeux de la victime, ce qui ne se produisait pas avec le sortilège de la Mort. Mais ça, c'était une bonne chose que Remus ne le sache pas.

-         A première vue, c'est ce qu'on pourrait croire, répondit le légiste, mais ce n'est pas le cas.
-         Alors qu'est-ce que c'est ? interrogea James.
-        Il a été ensorcelé par un maléfice très puissant qui l'a tué sur le coup. Je vous laisse le loisir de trouver l'arme du crime, ce sera votre premier exercice.
 
Je détournai les yeux du corps pour faire un peu plus attention à ce qui nous entourait. Le serveur était mort hier soir alors qu'il devait s'occuper des clients... la première question à se poser, c'est pourquoi était-il descendu dans la cave ? La réponse évidente, c'est qu'il venait chercher une bouteille... mais le tueur l'attendait et l'a assassiné.
La seconde possibilité, c'est qu'il avait prévu de retrouver quelqu'un dans cette cave et que ça a tourné au drame.
Ce qui me posait problème dans ces deux hypothèses, c'était la position du corps. Il était orienté vers les étagères, et trop près d'elles pour corroborer mes suppositions. Cela voudrait dire que l'assassin se trouvait juste devant les étagères, bien trop près de sa victime pour que je parvienne à l'imaginer lancer un sort.
Je me mis alors devant le corps, là où je supposai que la victime s'était tenue avant de tomber raide, en arrière. Mes yeux sur posèrent sur la bouteille couchée face à moi. Elle sortait légèrement de son emplacement, rompant l'alignement parfait avec toutes ses voisines.

-       Cette bouteille de rhum est l'arme du crime, dis-je en me retournant vers le légiste.
 
Rendall acquiesça en se relevant.
 
-          Bien vu. Cette bouteille est ensorcelée. Un simple effleurement est mortel.
-          C'est tout à fait le style d'objet vendu chez Barjow et Beurk, fit remarquer Sirius.
-         Hmm... certes mais... on voit bien que c'est un acte prémédité, dis-je. Le tueur ne prendrait pas le risque d'acheter l'arme du crime dans une boutique aussi connue. On aurait qu'à s'y rendre et demander l'identité du client. Même les plus mauvais assassins y auraient pensé.
 
Moser sourit à mes paroles avec un air entendu.
 
-         Sirius et James, allez quand même vérifier. Même si je suis de son avis, on ne peut écarter aucune piste.
 
Nos deux amis sortirent de la cave, et je fus bien contente de ne pas avoir été désignée pour aller perdre mon temps à l'Allée des Embrumes.
 
-       Des indices ? questionna Moser.
-       Aucun, répondit Rendall.
-      Comment ça se fait que les Aurors ne soient pas sur l'enquête ? demandai-je à Moser.
-       Parce que notre assassin a eu recours à la magie noire par l'intermédiaire d'un objet... ça ne veut pas dire que c'est lui qui a crée le maléfice. Un mage noir doit être capable de pratiquer lui-même pour entrer dans la catégorie de gibiers des Aurors.
 
J'acquiesçai, me reportant sur la scène de crime. Je tournai dans la pièce, observant avec attention. Il n'y avait aucune issue. Le seul moyen de descendre dans cette cave, c'était de passer derrière le comptoir. Une man½uvre risquée... pourquoi le tueur avait-il choisi un tel lieu pour commettre son crime ? Si j'avais dû préméditer ce meurtre, j'aurais fait en sorte de le perpétrer ailleurs... à moins qu'une raison bien précise me pousse à agir ici. Mais que pouvait bien être cette raison ?
Je m'accroupis près du corps, fixant le regard voilé de la victime. J'étais habituée à voir des morts... à chercher des indices... mais la plupart du temps, c'était pour mener une traque... pas une simple enquête. Pour la première fois, je ne me lançais pas aux trousses d'un criminel parce qu'il avait attiré mon attention ou éveillé un désir meurtrier en moi... non, juste parce qu'un mort avait été signalé, et qu'il fallait retrouver le coupable, quel qu'il soit.
« Voilà un tueur intéressant... il laisse volontairement cette bouteille ensorcelée, n'ayant qu'à attendre que sa victime la touche... Il n'avait même pas besoin d'être sur les lieux pour tuer, ni de se salir les mains... »
 
-          Des témoins ? demanda Remus.
-        Pas pour l'instant, répondit un policier en se dirigeant vers nous la main tendue. Lieutenant Jason Wagner, se présenta le nouvel arrivant. Son corps a été découvert par le patron à 1h16, quelques minutes après sa mort. Les derniers clients sont interrogés depuis, et les autres de la soirée ont été rappelés. Pas de nouveautés de ce côtés-là pour le moment, mais comme ils étaient nombreux, on en a encore pour quelques heures d'interrogatoire.
 
Les paroles du lieutenant éveillèrent davantage mes soupçons...
 
-         Quelque chose te tracasse Prue ? demanda Remus.
-         Tuer dans un bar à une heure où la fréquentation est encore dense... j'avoue que j'ai du mal à saisir l'assassin. Surtout qu'en ayant le serveur pour cible, il savait très bien qu'il ne faudrait pas longtemps avant que le corps soit découvert.
-        C'est un choix étrange effectivement... reconnut Moser.
-      On a des infos sur la victime ? questionnai-je. Avait-t-il de la famille ? Des ennuis ou des activités louches ?
-         Non, il vivait seul, répondit Wagner. Son casier est vierge.
 
Raison de plus... le tueur aurait pu attendre que sa victime soit isolée pour frapper. Qu'est-ce qui avait bien pu le pousser à agir ainsi ? C'était complètement contradictoire avec un acte prémédité.

-          Où est le patron ? demandai-je.
-          Il a été amené à la Brigade pour un interrogatoire. 
 
Je lançai un regard éloquent à Moser. On ne trouverait aucun indice ici. Un tueur qui a l'audace de recourir à un objet meurtrier ne laisse pas de preuve derrière lui. Il fallait qu'on entende ce que le patron avait à dire.
 


| Division de la Police Magique – Salle d'interrogatoire n°9 |


 
Moser nous demanda de rester dans la pièce d'enregistrement se situant à côté de la salle d'interrogatoire, ce qui me frustra un peu même si c'était compréhensible. Avant de nous laisser nous faire la main, les vétérans devaient d'abord faire le boulot dans les règles de l'art. Alors je me contentai de regarder le patron du bar au travers de la vitre, l'observant avec attention. C'était un homme chauve aux traits marqués, à la corpulence imposante. Il semblait chamboulé par les récents évènements, mais ça pouvait très bien n'être qu'un masque pour tromper les flics. Je jetai un rapide coup d'oeil à la table d'enregistrement qui s'activa dès que Moser mit un pied dans la salle.

-         Déclinez votre identité et votre profession, demanda Moser en s'asseyant face à lui. 
-         Sebastian Carpus. Patron du bar Mythic Rum.
-         Depuis quand connaissez-vous Luke Hemsey ?
-         Deux ans et demi, je crois... à l'époque, c'était un client régulier du bar. Un soir, il m'a aidé à calmer une dispute qui dégénérait entre deux types ivres mort. Après ça, on a discuté, et quand j'ai appris qu'il cherchait du travail, je lui ai proposé de bosser avec moi.
-         Vous vous entendiez bien avec lui ?
-         Très bien, oui. C'était un type sympa. Toujours le mot pour rire. Il mettait de l'ambiance dans le bar. C'est grâce à lui que j'ai repoussé l'heure de fermeture à 3h du matin. Les clients restaient tard pour profiter des animations.
 
Hum... si la victime permettait de rendre le bar plus attractif, le patron n'avait aucune raison de le tuer. Au contraire, c'était son avantage compétitif face aux autres bars du coin.  

-         Je vois. Où étiez-vous au moment du meurtre ?
-       A ma place habituelle, derrière le comptoir. Je n'ai pas bougé de là avant la fermeture.
-         Pourtant, vous vous êtes rendu à la cave aux alentours de 1h15.
-         Un client me réclamait un rhum que je n'avais pas à portée de main. Et comme Luke n'était pas là, c'est moi qui y suis allé. C'est là que j'ai découvert le corps.
-         Avez-vous modifié quoi que ce soit sur la scène du crime ?
-         Non. Je n'ai rien touché.
 
Je remarquai un instant d'hésitation de la part de Moser.
 
-         Un truc qui me chiffonne... avoua le lieutenant. Vous affirmez ne pas avoir bougé de votre comptoir. La cave n'a aucune issue. Comment diable le meurtrier a-t-il pu laisser cette bouteille ensorcelée ?
-         Le niveau de sécurité est loin d'être infaillible, vous savez... peut-être que le tueur en a profité.
-          Ok. Avez-vous des ennemis, ou des concurrents ?
-         Je suppose que je dois avoir de nombreux concurrents dans le pays, mais je n'en ai jamais entendu parler.
 
Le problème dans le monde magique, c'est que le transplanage permettait aux gens de prendre le petit-déjeuner dans le nord du pays, de manger à l'étranger, et de revenir dans le sud pour le dîner. Trouver l'éventuel bar lésé par le succès du Mythic Rum relevait quasiment de l'impossible, puisque la concurrence ne se limitait pas au périmètre géographique.
Alors que je continuais de réfléchir, Moser remercia le patron et se leva pour sortir de la salle.
 
-         Moser ? appelai-je.
-         Hum ?
-         Qu'en est-il pour le patron ?
-         Sans élément contre lui, je ne pourrais pas le garder très longtemps. Je vais voir si Wagner a du nouveau.
-         Je peux poser une ou deux questions à Carpus ?
-         Attends mon retour, je ne peux pas laisser des bleus sans surveillance.
 
J'attendis donc patiemment le retour de Moser, continuant à réfléchir au pourquoi du comment.
 
-       Tu as remarqué quelque chose pendant l'interrogatoire ? demanda Remus.
-      Non, j'aimerais juste lui poser quelques questions. Pour moi, l'assassin fait partie des clients.
-       Qu'est-ce qui te fait croire ça ?
-       La personne qui a fait le coup savait pertinemment que la sécurité était franchissable et connaissait très bien les lieux.
 
Pour commettre un meurtre dans un lieu public, il faut se rendre sur place pour observer l'endroit et en découvrir toutes les failles. Le meurtrier avait dû venir plusieurs fois pour préparer son coup et le répéter mentalement pour être sûr de ne rien laisser au hasard le jour J.
Je me retournai en entendant la porte s'ouvrir. Moser revenait en soupirant.
 
-         Pour l'instant on a rien. Vas-y Hunt, tu peux y aller.
 
J'acquiesçai et entrai dans la salle d'interrogatoire en emportant le dossier de l'enquête au passage. Quelle ironie de la part d'une tueuse hors paire d'entrer dans ce lieu... à la place du flic.

-         Vous allez me relâcher ? demanda le patron.
-         D'ici peu de temps, assurai-je. Avant, j'aimerais vous poser quelques questions. Je suis Prudence Hunt, je travaille avec le lieutenant qui vous a interrogé.
-         Allez-y.
-         Vous vous souvenez du client qui vous a demandé le rhum... spécial ?
-         Oui, pourquoi ?
-         J'aimerais que vous m'aidiez à l'identifier.
-         Kevin Speers. C'est un grand amateur de rhum, je le vois souvent au bar.
-         Ok, dis-je en notant le nom dans le dossier. Il vous arrive souvent d'aller chercher les bouteilles dans la cave, ou c'est le travail de Luke habituellement ?
-         Nous y allions à tour de rôle, selon lequel d'entre nous est libre. C'est souvent moi qui y vais lorsque Luke s'occupe de l'animation.
 
Je marquai un instant d'arrêt, trouvant la réponse un peu surprenante par rapport au mode opératoire choisi par le tueur.

-        Une dernière question... quand vous dites que Luke Hemsey s'occupait de « l'animation »... c'était quel genre ?
 
Le patron sembla immédiatement gêné par ma question.
 
-          Et bien, il se mettait au service des clients... donc il faisait un peu ce qu'on lui demandait.
-           Je vois. Donc si un client le défiait à un jeu d'argent, il acceptait ?
 
Plus de doute possible, Carpus était réellement dans ses petits souliers. Il fallait avoir une autorisation spéciale pour pouvoir proposer des jeux d'argent dans les lieux publics. Et à en juger par la tête du patron, il n'avait pas déclaré cette activité.
 
-         M. Carpus, j'appartiens à la Brigade Criminelle... mon champ d'intervention se limite aux crimes. Tout ce que je veux, c'est retrouver l'assassin. Je me fiche pas mal que vous arrondissiez vos fins de mois sans le déclarer... la fraude fiscale n'est pas ma partie.   
 
Il soupira profondément, la crainte d'avoir des ennuis clairement lisible sur son visage.
 
-     Il arrivait à Luke d'accepter quelques parties de cartes avec des clients... avoua Carpus.
-        Et je suppose qu'il était évidemment doué dans ces jeux.
-        Disons qu'il ne perdait pas souvent.
-        Et donc que des clients perdaient de l'argent. Hum, je vois. Qui empoche les gains ?
-    Moitié/moitié. Luke pouvait profiter des lieux et de la clientèle... moi de son attraction.
-        Avez-vous déjà eu un litige avec un mauvais perdant ?
-       Non. Quelques râleurs, mais pas méchants. Les joueurs font le serment de ne pas tricher avant d'entamer une partie, les victoires de Luke étaient donc loyales.
-         Est-ce que des joueurs auraient pu s'endetter ?
-        Je ne connais pas la situation financière de mes clients... mais bon, vous connaissez le problème des jeux... on fait toujours la partie de plus en espérant éponger les défaites.
-       Oui... je vous remercie pour ces précisions M. Carpus. Mais si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas engager un autre serveur/joueur, parce que vous avez déjà autant d'ennemis que de clients endettés par leurs défaites face à Luke.
 
Il acquiesça, un peu penaud, et je me levai pour quitter la salle d'interrogatoire.

-         Pas mal du tout Hunt, félicita Moser.
-         Toi, tu as une idée derrière la tête, lança Remus avec un clin d'½il.
-       Et pas une petite, répondis-je en souriant. Allons chercher ce fameux amateur de rhum... je te parie mon badge qu'il nous mènera au tueur.
-         Un pari plutôt risqué pour une première hypothèse, fit remarquer Moser.
-        N'oubliez pas que j'ai un instinct aiguisé, lui rappelai-je en faisant allusion à mon intervention qui lui avait sauvé la vie quelques mois auparavant.
-     Tu penses vraiment que le meurtrier serait assez négligent pour commander lui-même la bouteille de rhum fatale ?
-         Je n'ai pas dit que le mec qui avait commandé la bouteille était le tueur... j'ai dit qu'il nous y mènerait, nuance.
 

| 11h30 |

 
Animant une réunion au sommet au sein de son entreprise, Kevin Speers, le client que je cherchais, s'était un peu fait attendre. J'en avais profité pour mener une petite enquête discrète sur lui, auprès de ses collègues. Depuis, j'avais la certitude que la vérité serait dévoilée dans cette salle d'interrogatoire grâce à lui.
 
-         Puisque c'est toi qui as demandé à faire venir cet homme ici, c'est à toi de mener l'interrogatoire, prévint Moser. Tu te sens prête ?
 
Je levai les yeux sur lui avec un sourire confiant en coin.
 
-         Vous osez poser la question ? renvoyai-je avec un clin d'½il.
-         Hunt, nous ne sommes plus en simulation... ce n'est plus un jeu.
-         Je le sais... c'est une partie de chasse désormais. Maugrey nous l'a suffisamment répété.
 
J'entrai dans la salle après avoir jeté un dernier coup d'½il à mes amis, qui étaient tous revenus en apprenant que j'avais flairé une piste. Moi, je sentais l'excitation me rendre légèrement impatiente. J'avais hâte de me confronter à un réel suspect. De le cuisiner pour de vrai ! Les interrogatoires que je menais habituellement étaient bien souvent de courte durée, mes cibles préférant parler sous la crainte de ce que je pouvais leur faire subir. Mais ici, dans cette salle, les mots seraient ma seule arme et mon seul moyen de persuasion. Je n'avais droit à aucun débordement.

-         Puis-je savoir pourquoi je suis ici ? attaqua mon suspect dès que je mis un pied dans la salle.
-         Parce qu'un meurtre a été commis cette nuit au bar Mythic Rum, et que vous y étiez. C'est la procédure normale de vous interroger.
-         Par une jeunette sortie de l'école l'année dernière ?
 
Non, Speers, par une tueuse à la carrière déjà trop longue pour espérer la duper dans le domaine du crime.

-         Il y a seulement huit mois, rectifiai-je avec un sourire, ignorant sa provocation.
 
Mon suspect roula des yeux, exaspéré. Je pris quelques secondes pour observer son visage sévère au regard méprisant. Il semblait agacé d'être là et le montrait clairement dans son attitude, en tout bon homme d'affaire à qui on fait perdre du temps... et donc des Gallions. Mais je ne me laissai pas démonter par son arrogance, car ici, quel que soit le statut du suspect, c'était au flic de mener la danse.
 
-        Déclinez votre identité et votre profession, demandai-je en restant debout face à lui.
-          Kevin Speers. Ingénieur.
-           Ingénieur dans quoi ?
-    Franchement, comment pouvez-vous poser la question ?! s'indigna Speers. N'avez-vous donc jamais entendu parler de moi ?
 
Je le regardai quelques secondes, avec un sourire un peu moqueur au coin des lèvres.
 
-           Non, répondis-je très naturellement. Et même si je le savais, je serais quand même obligée de vous poser la question pour que votre réponse soit enregistrée, informai-je en désignant la vitre teintée.
 
Il soupira, visiblement vexé par mon « ignorance ».
 
-         Invention de sortilèges et enchantements.
-         Ok. Vous vous rendez souvent au Mythic Rum ?
-        Oui, j'apprécie la diversité et la qualité du rhum qui est proposé. Je suis originaire des Caraïbes, alors je suis vraiment exigeant sur ce qui est servi.
 
Première étape validée : je lui avais fait avouer qu'il connaissait très bien le bar... et que sa profession lui attribuait les compétences nécessaires pour créer l'arme du crime et violer la sécurité.

-         Parfait, vous allez pouvoir me parler de la victime, Luke Hemsey, profitai-je.
-       Oh, Luke est mort... bredouilla Speers. Euh, c'était un homme très sympa, reprit-il d'une voix basse. Il ne passait pas tellement inaperçu dans le bar, il s'occupait de mettre l'ambiance. Je discutais souvent avec lui. Comment est-il mort ?
 
Mon suspect s'était peut-être préparé à jouer le rôle du mec troublé par la mort d'une connaissance, mais il n'avait sans doute pas prévu de se retrouver face à une experte en la matière. Je savais qu'il se jouait de moi, que ses paroles sonnaient faux, mais je n'avais pas encore de preuve. J'allais devoir le faire craquer pour en avancer.
 
-     En touchant une bouteille de rhum ensorcelée, répondis-je de but-en-blanc. Le contact lui a été fatal.
-         Terrifiant...
-         Vous trouvez ? ricanai-je.

Il était temps de le confronter. Les réponses du patron du bar et ma petite enquête à son travail m'avaient permis d'imaginer un bon scénario. Surtout en apprenant que le patron du bar et la victime pouvaient tous les deux toucher la bouteille fatale et mourir. Quel assassin serait assez fou pour jouer avec les probabilités ? Il y avait une chance sur deux  pour que ça soit la mauvaise personne qui touche la bouteille. Si j'avais eu à commettre ce meurtre de cette manière, j'aurais fait en sorte que ça soit la bonne personne qui la touche, au bon moment. Et il n'y avait pas trente six façons de s'en assurer.
 
-         Pas vous ? s'étonna Speers. N'importe quel objet pourrait servir d'arme de crime !
 
Je haussai les épaules. Oui, pas faux. Mais à part les fous, personne ne s'amusait à laisser traîner des armes qui pourraient tuer le premier venu. D'autant plus que cette méthode n'avait rien de nouveau. Comme l'avait souligné Sirius, c'était tout à fait le genre d'objet que l'on pouvait retrouver dans des boutiques... un peu sombres.
 
-         Vous savez Speers, vous pouvez avoir la meilleure arme du monde... si vous ne savez pas vous en servir, elle ne sera pas plus redoutable qu'une autre. C'est celui qui détient l'arme qui fait toute la différence. Et dans notre cas, le tueur s'est trouvé bien... maladroit.
 
Mon suspect conserva son calme lorsque je le regardai avec un sourire, mais je n'avais pas besoin d'être bonne observatrice pour remarquer que j'avais réussi à le faire douter.
 
-        Maladroit ? répéta Speers. Je trouve cette personne machiavélique ! Si je comprends bien, cette bouteille a pu tuer en l'absence de l'assassin... ce qui allonge sérieusement votre liste de suspects.
-          N'en soyez pas si rassuré... cette arme aurait effectivement dû protéger l'assassin... mais comme elle a été mal utilisée, elle nous dévoile son identité.
-          Vous savez qui a fait le coup ? s'étonna Speers.
 
Je me retins de sourire en captant une once de crainte dans sa voix. L'effet de surprise l'avait trahi. J'étais persuadée que si Remus s'était trouvé dans cette pièce, il aurait lui aussi senti la peur qui s'était emparée du suspect. J'en profitai pour maintenir la pression, affichant calme et assurance dans mon attitude. Je me penchai vers lui, posant lentement les mains sur la table en le transperçant du regard.
 
-        C'est vous, déclarai-je naturellement sur un ton d'évidence.
-        Moi ?! Vous plaisantez ?! s'offusqua Speers.
 
Quel piètre acteur... le ton de sa voix avait changé sous une tentative de contrôle de sa respiration devenue plus rapide. Au-delà de la colère qu'il essayait d'afficher, je ne voyais que la panique l'envahir lentement.

-        C'est vous qui avez passé la commande qui lui a été fatale, repris-je.
 
Mon suspect eut un rire nerveux, retrouvant son assurance face à mon argument. Je me retins de sourire, amusée qu'il pense pouvoir s'en sortir.

-       Vous avez encore beaucoup à apprendre miss Hunt... pensez-vous sérieusement que  j'aurais eu la stupidité de commander moi-même la bouteille ensorcelée, en sachant pertinemment que je serais placé en tête de la liste des suspects ?
-          Oui. Et la raison est très simple : vous étiez persuadé de ne pas vous faire prendre.
-          C'est insensé, je n'avais rien contre Luke ! Pourquoi l'aurais-je tué ?
 
Et bim, voilà que ses nerfs étaient à nouveau mis à l'épreuve. L'assurance dont je faisais preuve était largement convaincante... je me comportais comme si je savais tout. Comme si j'avais de solides preuves qui ne lui laissaient aucune chance. Alors qu'en réalité, je ne me basais que sur mon instinct.

-      D'abord, je vais vous dire comment vous avez fait... et ensuite on parlera du pourquoi, annonçai-je en commençant à tourner autour de lui. Comme vous l'avez dit tout à l'heure, vous êtes un habitué du bar. Vous connaissez bien les lieux, les personnes, le fonctionnement... Vous saviez que le système de sécurité était loin d'être infaillible. Il aurait été très simple pour vous de vous infiltrer et de laisser la bouteille ensorcelée. Une telle arme est redoutable, je suis d'accord sur ce point : la bouteille est une tueuse à elle toute seule, vous dispensant d'être sur les lieux du crime... Seulement, vous saviez aussi que deux  personnes pouvaient la toucher, alors qu'une seule était visée. Et c'est là que la contradiction apparaît : pour vous assurer que ça soit bien Luke qui la touche et non son patron, il vous fallait être présent sur les lieux. Vous deviez provoquer la mort. Vous avez donc commandé tranquillement votre rhum à votre cible. Ainsi, vous étiez persuadé que ce serait lui qui toucherait la bouteille ensorcelée. Vous ne pouviez pas partir, car ça aurait fait trop suspect de quitter le bar avant même d'avoir été servi : peut-être que quelqu'un vous avait entendu passer commande. Alors vous êtes resté. Et puis vous avez joué le client impatient. Au bout de quelques minutes, vous avez demandé au patron où en était votre commande... Celui-ci s'est donc demandé pourquoi Luke était si long à revenir de la cave... il y est donc allé, et a découvert le corps de votre cible...
 
Le visage de ma proie s'était légèrement durci. Il n'était plus aussi confiant qu'au début. Son regard avait changé. Il semblait tellement assommé qu'il en avait oublié de nier en bloc à la fin de mon récit.
 
-         Je dois reconnaître que vous avez une bonne imagination, lâcha le suspect au bout de quelques secondes. Mais avouez que c'est un peu tiré par les cheveux. Pourquoi aurais-je pris le risque de tuer ma cible dans un lieu public ?
-         Parce que c'était l'occasion pour vous d'éliminer votre cible sans la voir mourir... ni vous salir les mains. Contrairement à ce que vous avez dit tout à l'heure, le tueur de Luke Hemsey n'est pas « machiavélique »... il manque juste de sang-froid pour regarder la mort dans les yeux de sa victime.

Je m'arrêtai de tourner une fois dans son dos, me penchant à côté de son oreille.
 
-        Combien de fois avez-vous répété mentalement votre commande avant de trouver le courage de la passer...? A quel point vos tripes se sont-elles serrées alors que vous regardiez le rayonnant Luke se diriger vers une mort certaine... hésitant encore à le rappeler pour éviter le drame ?
 
Speers déglutit difficilement, me décochant le sourire. Il regardait fixement devant lui, se remémorant sans doute ce pénible moment qui devait continuer de le hanter.
 
-           J'attends toujours mon mobile, souffla Speers. Sans quoi votre théorie n'a pas de sens.
 
Hum, il avait beau être dérouté, il ne perdait pas le nord ! Je reconnaissais bien là le genre d'homme qui a l'habitude de se retrouver dans des situations critiques. J'allais devoir mettre cartes sur table si je voulais maintenir la pression.
 
-      Pour tout vous avouer, j'ai un peu menti au début de l'interrogatoire, m'excusai-je en reprenant ma ronde. Je sais certaines choses sur vous. J'ai profité que votre réunion s'éternise pour me renseigner auprès de vos collègues... une enquête qui a été courte mais enrichissante. Vous voulez savoir ce que j'ai appris ?
 
Mon suspect ne répondit pas, mais à vrai dire, je n'attendais pas de réponse. La tension était encore montée d'un cran. C'est fou, elle était presque palpable. J'étais presque certaine que je n'étais pas la seule à m'en rendre compte. Les Maraudeurs devaient être collés à la vitre de l'autre côté pour ne pas rater une miette.
 
-         Je sais que vous avez eu un divorce qui vous a coûté très cher. Je sais aussi que vous avez voulu conserver votre rythme de vie comme avant pour sauver les apparences, vous poussant à vivre au-dessus de vos moyens... vous mettant le couteau à la gorge auprès de Gringotts. Vous vous êtes donc acharné dans votre travail, et malgré tout, vous n'avez jamais eu la promotion désirée. Je sais également qu'il vous arrive de faire du travail clandestin,  toujours dans l'ingénierie. Et votre dernière création... c'est un maléfice capable de transformer n'importe quel objet en arme fatale. Une arme qui aurait sans doute du succès auprès des criminels... et qui se vendrait cher, vous permettant enfin de sortir du trou. Seulement votre supérieur s'est rendu compte que vous vous serviez des machines de l'entreprise pour réaliser vos petites inventions personnelles.
-         Suppositions, encore et toujours. Où sont vos preuves ?! s'énerva mon suspect.
 
Je souris en l'entendant lever la voix sous l'effet de la panique.
 
-         Dans ce rapport, rédigé par votre supérieur, dis-je en lui mettant ledit rapport sous le nez. Ce document contient les preuves de la faute professionnelle que vous avez commise. Une preuve qu'il gardait comme assurance contre vous. Je suppose que si ce papier tombait entre les mains du patron, vous seriez viré immédiatement.
 
J'avais l'impression de voir son sang se propulser vivement sous les battements lourds de son c½ur. La sueur brillait légèrement à ses tempes. Il avait les yeux fixés sur le papier avec un effarement clairement lisible sur son visage. Il ne s'attendait sans doute pas à voir ce document ressortir un jour. Pourtant, son supérieur s'était fait une joie de me le donner lorsque je lui avais demandé quel genre d'employé était Speers. Ce crétin ne s'était pas douté un seul instant que cette preuve ne me servirait pas seulement à faire tomber Speers. 
 
-         En discutant avec vos collègues, j'ai appris que vous n'entreteniez pas une très bonne relation avec votre supérieur. Tout le monde dit que c'est lui qui vous met des bâtons dans les roues dès que vous cherchez à être promu. Je me suis donc interrogée sur cette animosité entre vous, et j'ai découvert qu'une rumeur circulait au sujet d'une éventuelle liaison entre vous et sa femme, Hannah. La question que je me suis donc posée en lisant ce rapport, c'est pourquoi votre supérieur ne l'a pas transmis au sommet de la hiérarchie. C'était l'occasion idéale de se débarrasser de vous et de vous faire payer cette liaison si elle avait effectivement été réelle. Pourtant, il s'est contenté de la garder. Ce qui m'amène à penser que vous lui avez donné quelque chose en échange. Pas des Gallions, puisque vous êtes sur la paille. Cette chose, c'est le meurtre de Luke Hemsey. Votre supérieur vous a demandé de le tuer, et en échange, vous conserviez votre place dans l'entreprise. A une autre période, vous auriez préféré vous faire virer... seulement votre compte est trop en zone rouge pour vous permettre de perdre votre boulot. Alors vous l'avez fait. Incapable de tuer froidement, vous vous êtes servi de votre dernière création pour commettre ce meurtre... à distance.
-         Pourquoi Freddy voudrait-il tuer un simple serveur ?
-         Parce que ce simple serveur est également un excellent joueur aux cartes, et qu'il ne s'est pas privé de le plumer. Et comme bien souvent, ce sont les plus riches qui acceptent le moins de perdre des Gallions. Même si, à mon humble avis... je pense que c'était surtout pour vous pousser à l'erreur et vous faire payer très cher cette liaison avec sa femme. Rares sont les personnes qui peuvent commettre le meurtre parfait, et c'est pour cette raison qu'il vous a piégé avec ce rapport, de sorte à ce que vous y perdiez gros quel que soit votre choix.
 
Je le laissai cogiter avec mes « hypothèses » quelques secondes, le temps qu'il prenne conscience que je voyais clair dans son jeu. Il semblait abattu.
 
-           A votre place, j'entraînerais mon ennemi dans ma chute, repris-je. Je ne pense pas qu'il mérite de profiter de sa liberté après ce qu'il vous a fait subir. Surtout qu'il ne comptait pas arrêter de se servir de vous comme d'un pantin.
 
J'entendis frapper quelques coups à la porte.
 
-          Vous n'avez toujours aucune preuve pour m'inculper, répondit Speers.  
 
Je levai les yeux vers la vitre teintée, où j'imaginai les Maraudeurs en apnée devant la tournure qu'avait pris l'interrogatoire. Je sentais Speers incroyablement fébrile et pourtant, il parvenait à garder sa lucidité, ne perdant jamais de vue que je ne pouvais pas l'accuser au stade où j'en étais. Je savais que j'avais raison sur toute la ligne, mais mon suspect venait de pointer l'énorme difficulté du métier de flic : prouver. Contrairement à lorsque je portais le masque de Tracker, ici l'instinct ne suffisait pas. Je devais prouver que ma théorie était la bonne. Et lorsqu'il n'y a ni preuve, ni témoignage, la dernière carte est celle des aveux. Une carte qui ne pouvait pas se jouer facilement lorsque le suspect avait des droits farouchement défendus par les avocats. Je ne pouvais ni le brusquer, ni même le menacer. Ce n'est pourtant pas l'envie qui me manquait. Il fallait que je garde le parfait contrôle pour l'amener à avouer, de manière consentante, dans les règles. Et ça, après avoir délié plus d'une langue à la manière forte, ça m'était difficile à vivre. Ma seule envie à cet instant était de lui cogner la tête contre la table pour lui faire comprendre que je n'étais pas là pour perdre mon temps. Mais il avait des droits, et même si c'était contraire à mes habitudes, je devais les respecter. Alors, je préférai accorder enfin de l'attention à la personne qui attendait de l'autre côté de la porte, me doutant que Moser voulait prendre le relai face à mes vains efforts. Mais au lieu de ça, je découvris un flic agréablement surpris, qui me murmura simplement qu'on avait un témoin. Ce dernier avait vu quelqu'un s'infiltrer dans le bar très tôt le matin du meurtre. Le problème, c'est qu'il était incapable d'affirmer si c'était bien Speers. Après avoir remercié Moser pour cette précieuse information qui ne pouvait pas mieux tomber, je retournai dans la salle d'interrogatoire, plus sûre de moi que jamais. Je n'avais pas besoin que le témoin ait la certitude de l'identité de l'intrus... je partais du principe que c'était le cas. Ça corroborait parfaitement mes hypothèses, et personnellement, ça me suffisait pour reprendre le dessus dans l'interrogatoire.
 
-         Vous avez raison Speers... je n'ai pas encore de preuve. Mais on vient de m'annoncer que j'ai désormais un témoin qui vous a vu vous infiltrer dans le bar le matin du meurtre. A partir de là, n'importe quel membre du Magenmagot conclura que c'est à ce moment-là que vous avez déposé la bouteille fatale, pour vous en servir le soir. Alors je vous conseille de passer à table si vous voulez espérer des négociations.
 
Mon suspect garda le silence, mais je sentais que cette fois c'était le coup de trop. Le risque qu'on puisse le condamner à mort allait l'emporter sur la chance de s'en sortir blanc comme neige.
 
-         Votre vie est en jeu Speers... les Détraqueurs adorent les âmes noires comme la vôtre.
 
Les secondes de silence qui s'ensuivirent me semblèrent longues. Terriblement longues. S'il tenait bon, le témoignage ne serait pas suffisant pour le faire plonger. Et ça m'énervait. Je savais que j'avais raison, ça crevait les yeux ! Je l'aurais bien amer de devoir le laisser partir faute de preuve. Quoi que... si je n'arrivais pas à le confondre avec mon badge de flic, Tracker pourrait prendre le relai. L'idée de lui faire payer personnellement son meurtre faillit me pousser à lâcher prise... surtout que cette affaire m'offrait deux proies : le meurtrier et le commanditaire. Quelle douce tentation... ça faisait des mois que je laissais mes proies à mes jeunes louveteaux... ce serait enfin l'occasion de ressortir ma lame. Une idée de mode opératoire me vint en tête, libérant mon esprit quelques instants pour imaginer le scénario de justice qui serait à la hauteur du crime.
 
-         Qu'attendez-vous de moi ? finit-il par dire.
 
Je revins à la réalité, sentant un courant se répandre doucement dans tout mon corps. J'avais presque réussi, il était sur le point de se mettre à table. La fin de cette enquête était entre mes mains désormais : soit je privilégiais la justice pour laquelle je m'étais toujours battue, absolue et parfaite à mes yeux ; soit je laissais son sort entre les mains des représentants de la loi, en lesquels je n'avais une confiance que très modérée. Je pensai à la victime, morte pour un mobile qui avait de quoi m'enrager. Luke Hemsey méritait que les responsables de sa mort paient le juste prix de leurs actes. Je posai presque inconsciemment mes mains à la ceinture... l'une était sur mon arme... l'autre sur mon badge. Ce même badge que j'avais eu la fierté de recevoir et de porter. J'avais fait preuve d'une motivation exceptionnelle depuis le début de la formation pour me ranger parmi les meilleurs, parce que je voulais parvenir à concilier mes deux vies. Je voulais prouver que Tracker n'était pas seulement le masque d'un assassin parfait. Si je laissais Speers partir pour pouvoir m'en occuper moi-même... j'annulais tous mes efforts de ces derniers mois. Ce reconnaître que la louve en moi était incapable de changer, et moi de garder le contrôle sur elle. Alors je me redressai, lançant un regard triomphant vers la vitre.
 
-         De simples aveux, répondis-je calmement. Vous irez à Azkaban,  mais vous éviterez le baiser du Détraqueur.
 
A mes yeux, il ne méritait pas la sanction suprême, car recevoir le baiser du Détraqueur était bien pire que la mort. La personne livrée à ces monstres se faisait aspirer son âme... pour être réduit à l'état de légume, vide et mort à l'intérieur. Une sanction très redoutée, car mon suspect consentit à coucher sur le parchemin que je lui glissai l'aveu de son crime.
 
-         Qu'est-ce qui m'a trahi ? demanda Speers une fois qu'il eut signé.
-      Le fait qu'il y ait deux  personnes chargées du service. Le risque que ça soit la mauvaise personne qui meurt était trop important. A partir de là, la seule personne capable de faire le coup est celle qui commande le verre... après, je n'ai eu qu'à suivre le fil pour trouver le mobile. Et c'est l'enquête auprès de vos collègues qui me l'a donné.
-         Impressionnant... pour une bleue.
 
Je ricanai en récupérant le parchemin. Une bleue en tant que flic peut-être, mais dans le domaine du crime, les meurtriers auraient du mal à me mentir.
 
-          J'aurais peut-être eu plus de chances en tuant moi-même Luke...
-         J'en doute... objectai-je en balayant rapidement les aveux pour m'assurer qu'ils étaient rédigés sans ambiguïté. Vous auriez très bien pu commettre le meurtre parfait en vous servant de vos compétences professionnelles... seulement l'idée ne vous ai pas venu. Et c'est normal : rares sont les personnes capable de commettre le meurtre parfait.
-          Je suis curieux de connaître ce mode opératoire que vous sous-entendez...
 
J'eus un instant d'arrêt, levant les yeux sur Speers avec un petit sourire en coin en roulant soigneusement le parchemin.
 
-         Je n'ai pas la prétention de savoir commettre le meurtre parfait. Même une longue carrière à apprendre des erreurs des criminels que j'aurais coffré ne me suffirait pas pour avoir cette compétence.

Je mis fin à l'interrogatoire en sortant de la salle, retrouvant avec joie les Maraudeurs.
 
-          Tu as eu un sacré culot pour le faire avouer avec un témoin indirect ! rigola Sirius.
-          Il en faut ! plaisantai-je en lui tapant dans la main.
 

| 13h |

 
M. Freddy, le supérieur de Speers, avait été amené dans la salle d'interrogatoire dans l'heure qui avait suivi les aveux de Speers. Malgré les aveux de ce dernier, Moser et Wagner devaient parvenir à faire avouer que Freddy avait bien commandité le crime, car notre dossier était toujours aussi maigre. Mais là encore, les choses se compliquaient. Etant donné que Speers avait tué pour garder son travail, il n'y avait eu aucun paiement. Comme ils n'étaient pas des professionnels du crime, pas de contrat non plus. En clair, l'ordre d'assassinat avait juste été oral. Et comme on dit, « les paroles s'envolent »... ce cher Freddy en était bien conscient, car contrairement à Speers, il était sûr de son plan et savait qu'on avait rien pour le faire tomber. Il niait tout en bloc. Son argument pour démonter les aveux de Speers, c'est que ce dernier avait juste profité de l'occasion pour lui causer des ennuis, étant un rival de longue date au travail. Il reconnaissait avoir perdu beaucoup d'argent face à la victime, Luke Hemsey, mais il assurait ne pas l'avoir tué pour autant. Que répondre à ça ? C'était maigre mais suffisant pour semer le doute dans l'esprit du Magenmagot...  et le doute était toujours à l'avantage de l'accusé. Je n'arrivais pas à tenir en place. Le comportement arrogant de Freddy me donnait envie d'entrer dans la salle pour lui faire passer l'envie de se foutre de nous. Je voyais en lui le monstre qu'il était depuis que je l'avais rencontré... mais j'avais de plus en plus de mal à me retenir depuis qu'il était arrivé dans cette salle. En particulier lorsqu'il faisait son sourire narquois qui ne voulait dire qu'une chose : « vous ne m'aurez pas bande de crétins. Même si vous savez que c'est moi, vous ne pourrez pas le prouver.» Une situation détestable pour un flic. Moser et Wagner étaient eux aussi persuadés de sa culpabilité depuis mon interrogatoire avec Speers, tout comme les Maraudeurs. J'admirais le calme dont ils faisaient preuve, alors que mes amis Maraudeurs et moi-même étions sur les nerfs, scandalisés à l'idée que ce type puisse nous filer entre les doigts.
 
-        Il ne cèdera pas cet enfoiré... maugréa Sirius.
-        Il n'a aucune raison de le faire, il ne se sent pas en danger, fit remarquer James.
-        Si seulement on avait le moyen de lui mettre le doute... comme ce que tu as fait avec Speers et le soi-disant témoin... l'incertitude pourrait le faire craquer, me dit Remus.
 
J'eus une illumination en voyant Freddy se lever en disant à Moser qu'il en avait terminé avec la police si on n'apportait pas de preuves concrètes. Je pris un micro dans le tiroir de la table d'enregistrement et fis irruption dans la salle sans prévenir, excitée comme une puce.
 
-           Rasseyez-vous M. Freddy, ordonnai-je.
-           Vous êtes ? demanda-t-il en haussant les sourcils.
-           Celle qui va vous faire plonger.
-            J'aimerais voir ça, ricana ma proie en se rasseyant.
-      C'est simple, et ça va être très rapide. Je suppose que ceci ne vous dit rien ? demandai-je en lui montrant le micro.
-           Non, confirma Freddy.
-      Et c'est normal, sinon vous ne seriez pas aussi calme. Speers nous a gentiment indiqué l'emplacement de ce micro... sous votre bureau. Est-ce que j'ai vraiment besoin de vous dire ce qu'il a enregistré avec ?
 
Freddy me regarda avec surprise, déglutissant péniblement.
 
-         Vous voulez qu'on en parle ou ça va aller ? provoquai-je.  
 
Il se passa une main sur le visage dans un geste nerveux, la haine trahissant son regard. Il ne s'était pas préparé à ce genre de situation, car il semblait sur le point d'exploser, incapable de contenir l'effet de surprise. Je n'avais qu'à allumer la mèche pour que ça pète.
 
-        On dirait que ce cher Speers n'a pas seulement baisé votre femme, glissai-je avec un clin d'½il. Vous pensiez le faire tomber, et vous avez réussi, mais vous allez l'accompagner.
-       Cette espèce d'enfoiré a détruit ma vie de famille et se faisait du fric sur le dos de la société ! cria Freddy fou de rage. Il fallait qu'il paye !
-        Et pour Luke Hemsey, c'est quoi votre excuse ? répliquai-je froidement. Il ne vous a pas laissé gagner aux cartes ? Non, vous êtes bien plus odieux. Hemsey n'était qu'un pion à sacrifier dans votre infâme plan. Vous auriez pu juste vous servir de la faute professionnelle commise par Speers pour le faire renvoyer, mais ça ne vous suffisait pas. Vous vouliez qu'il paye de sa liberté, et peut-être même de sa vie. Vous le teniez à la gorge de toute façon. Vous aviez juste besoin d'une proie à lui désigner. Alors à tuer quelqu'un, autant que ça soit la personne qui vous avait fait perdre des bourses entières de Gallions ! La vengeance était double ! La seule chose que vous avez oublié, c'est que dans un meurtre commandité, ce n'est pas Speers qui risque le plus gros... mais vous. C'est vous qui allez recevoir le baiser du Détraqueur !

Là, je venais tout simplement de lui asséner le coup de grâce. Il bouillonnait de rage. Il n'arrivait sans doute pas à croire qu'il avait pu se faire avoir de la sorte, lui qui pensait avoir tout planifié.
 
-        Je veux un avocat, intima Freddy.
-       Vous en aurez besoin.
 
Je ressortis aussi sec sans adresser un regard à Moser et Wagner, qui n'avaient pas bougé d'un poil pendant tout mon petit numéro. Ils me suivirent en dehors de la pièce, où les Maraudeurs m'accueillirent avec des yeux ronds comme un vif d'or, encore trop stupéfaits pour parler.
 
-        Hunt, je n'ai pas rêvé... ce micro sort bien de cette pièce ? demanda Wagner.
-        Exact. Mais ça, à part nous, personne ne le sait.
-        Si son avocat demande à entendre l'enregistrement, ton petit numéro tombe à l'eau, prévint Moser. Les paroles qu'il a lâché sous l'effet de la colère ne suffiront pas.
-        Je le sais. Mais je ne pouvais pas le laisser partir sans tenter une pirouette. De toute façon, on n'a rien à perdre.
 
Les deux flics expérimentés saluèrent mon audace, tandis que les Maraudeurs n'en revenaient toujours pas de mon coup de bluff. L'avocat de Freddy mit bien une heure à arriver, et autant pour ressortir de la salle. Une attente terriblement longue où j'avais été assez nerveuse, je dois bien l'admettre. La réaction de Freddy m'avait prouvé que j'avais eu raison sur toute la ligne, et même si j'avais la certitude qu'il ne m'échapperait pas s'il était remis en liberté, je voulais vraiment réussir ce coup. Je ne voulais pas commencer ma carrière sur un échec. J'avais parié mon badge après tout.
 
-          Mon client plaidera coupable au tribunal, informa l'avocat. Mais en échange, il demande la clémence du Magenmagot.
 
Je me gardai bien d'exploser de joie en la présence de l'avocat. Moser retourna dans la salle pour régler les formalités de la négociation, un quart d'heure supplémentaire qui me fit trépigner d'impatience. Et enfin, lorsque Freddy apposa sa signature en bas du parchemin, je pus sauter dans les bras de Remus.
 
-          Je l'ai eu putain ! m'écriai-je, incapable de me contenir plus longtemps.
 
Les Maraudeurs rigolèrent et m'entourèrent pour me féliciter. Lorsque l'avocat sortit, il m'adressa un regard en biais, surpris par une telle excitation de notre part. Moser me lança un sourire rayonnant et m'invita à conduire Freddy jusqu'au centre de détention, où il patienterait jusqu'à son procès. Je me fis donc une joie de retourner dans la salle et de lever Freddy de sa chaise, faisant apparaître des liens pour joindre ses mains dans son dos. Je le guidai avec fierté en passant devant les collègues de la Brigade, pour qui c'était toujours un plaisir de voir un coupable au visage fermé s'apprêter à finir derrière les barreaux. Je m'arrêtai à l'entrée du centre de détention, où je n'avais pas encore les autorisations requises pour m'y rendre. Avant de confier ma proie capturée à Moser pour qu'il finisse le chemin, je me rapprochai de son oreille pour qu'il soit le seul à m'entendre :

-         Je comprends mieux pourquoi vous avez perdu tant d'argent face à Hemsey... vous êtes incapable de reconnaître un adversaire qui bluffe.
 
Freddy fronça les sourcils en levant les yeux sur moi. Je plongeai mon regard dans le sien, avec un sourire arrogant.
 
-          Il n'y a jamais eu de micro, terminai-je.
 
Je le poussai vers Moser, mais Freddy ne parvint à se détacher de mon regard, profondément choqué par ma révélation. Il venait de prendre conscience qu'il allait finir ses jours à Azkaban... alors qu'il aurait pu jouir d'une vengeance parfaite. Il y avait de quoi s'en taper la tête contre un mur. J'étais certaine qu'il y penserait dans sa cellule, s'insultant de tous les noms pour avoir commis l'erreur de douter de lui, maudissant son avocat de ne pas avoir cherché à en apprendre plus sur cet enregistrement avant de proposer des négociations. Cette histoire allait le ronger. Et cette idée parvint, pour la première fois, à me provoquer un sentiment presque aussi grand que lorsque je plantais ma lame dans le c½ur affolé d'un prédateur devenu proie. Comme quoi, ma lame n'était pas le seul moyen de rendre une putain de vraie justice, même si elle était la plus efficace !

 

| Division de la Police Magique - 19h |


 
Les policiers chargés de l'enquête avaient organisé un petit apéritif pour fêter notre première capture en tant que policiers. C'était une excellente performance pour notre premier jour de travail. Lyall, Maugrey et Aaron Potter s'étaient faits un plaisir de se joindre à nous, avides de connaître tous les détails du déroulement de l'enquête.
 
-        C'était vraiment excellent pour votre première journée, félicita Wagner. Vraiment excellent ! Et toi Hunt, tu as un instinct de chasse fabuleux ! Tu cherches les bonnes infos au bon endroit, et tu ne te laisses pas berner par les suspects, c'est vraiment un bon début !
 
Son compliment me décocha un sourire. Oui, mon instinct de chasse était vraiment infaillible. Il m'avait permis de voir clair dans l'esprit des personnes que j'avais interrogé, et de suivre le fil de la vérité jusqu'à la trouver. Chaque nouvelle information, chaque témoignage m'étaient apparus comme une pièce de puzzle évidente à placer. Normal pour une tueuse.

-        Haha, merci, mais j'ai eu beaucoup de chance de les faire tomber tous les deux, rigolai-je. Mes coups de bluff auraient très bien pu ne pas marcher avec des criminels plus intelligents.
-         C'était tellement osé !
-         Un vrai coup de maître, glissa Lyall.
 
Je lui adressai un sourire en le regardant, avec toujours cette impression qu'il m'analysait... un peu comme le faisait Dumbledore.

-         A ta première prise, dit Moser en levant son verre.
 
Je levai le mien sans me faire prier. J'étais assez fière de mon coup, je dois l'avouer. Certes, je n'aurais probablement jamais résolu cette affaire aussi facilement si je n'étais pas moi-même un assassin, mais bon... c'est le jeu. Je profitais de mon expérience dans le domaine. Un sourire étira mes lèvres. Pour résoudre cette enquête, j'avais dû penser comme la tueuse que j'étais. Je pouvais déjà prédire que ce genre de situation se renouvellerait souvent. En tant que tueuse expérimentée, personne ne pouvait cerner mieux que moi les esprits criminels. Le Département de la Justice Magique pouvait avoir les meilleurs profileurs, criminologues et enquêteurs... malgré toutes leurs années de métier, aucune expérience ne vaudra jamais celle du terrain. Et aujourd'hui, en plus d'avoir réussi à démasquer un criminel, j'avais le sentiment d'avoir accompli une victoire personnelle. Pour la première fois, je n'avais pas cédé à l'appel du sang. Pour la première fois, j'étais vraiment restée en équilibre entre les deux mondes : c'est bien la tueuse qui avait flairé le prédateur, mais c'est la flic qui l'avait arrêté. Il n'y avait rien de plus efficace que de mettre le Mal au service du Bien.
 








Chapitre 2 : L'instinct de chasse
 
Et voilà pour cette toute première enquête à la Brigade Criminelle Magique ! Comme vous aurez pu le remarquer, cette chasse revenait essentiellement à Tracker sous une apparence de flic ! J'espère que ça vous a plu, dites-moi ce que vous en avez pensé :)

Le mot de Tracker et l'aperçu du chapitre 3 seront publiés le week-end prochain, tandis que le chapitre 3 ne débarquera que dans 15 jours. Je reste sur ce rythme, même si ça vous fait long et je m'en excuse, car je n'arrive vraiment pas à passer plus de temps à écrire  :(
Cela dit, comme j'avais fait quelques fois au cours du tome 1, le chapitre 3 va amorcer une petite série de chapitres sur un thème important, alors je pense que l'attente sera pardonnée :P
Sur ce, je vous fais de gros bisous, et merci de continuer l'aventure, c'est un plaisir de vous retrouver à chaque nouveauté !
 
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 2

Le mot de Tracker : « Je reste Tracker » 23/11/2014

« Les Maraudeurs, et en particulier Remus, m'ont amené à changer sur de nombreux points... mais jamais sur la vengeance. C'est un chemin dont rien ni personne ne peut me détourner. Même si je voulais m'en écarter, je sais qu'au fond, j'y retournerai. C'est comme ça, je ne peux pas rester sourde à l'appel. Je suis Tracker après tout. Une chasse ne se termine que lorsque le gibier est abattu... surtout quand il s'agit d'un prédateur redoutable. C'est mon devoir de chasseuse de le capturer. »
 

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