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Première partie : « L'amour d'un Assassin » 28/08/2013

Première partie : « L'amour d'un Assassin »
Je vous présente la couverture du premier tome, sur lequel on peut voir le personnage principal, Prudence Jedusor... avec une représentation assez symbolique.


Première partie : « L'amour d'un Assassin »
 

 

Première partie : « L'amour d'un Assassin »

 
 
 

 
 
Première partie : « L'amour d'un Assassin »


Prologue : Le souvenir de mon premier meurtre
Chapitre 1 : Le projet du Lord
    Le mot de Tracker : "L'art de tuer"
Chapitre 2 : Parties de chasse
    Le mot de Tracker : "L'intention du meurtre dépeint le tueur"
Chapitre 3 : Un nouveau monde
    Le mot de Tracker : "L'intérêt du masque"
Chapitre 4 : Le début de ma double vie
    Le mot de Tracker : "Cette incroyable attirance entre le prédateur et sa proie"
Chapitre 5 : La forêt interdite
    Le mot de Tracker : "Brève étude des cibles"
Chapitre 6 : Dévoilés
    Le mot de Tracker : "L'indifférence"
Chapitre 7 : Déception
    Le mot de Tracker : "La patience"
Chapitre 8 : Remise en question
    Le mot de Tracker : "Regard sur soi"
Chapitre 9 : Un pas de plus dans leur cercle
    Le mot de Tracker : "Le besoin de dominer"
Chapitre 10 : Le Boucher de Londres
    Le mot de Tracker : "La discrétion"
Chapitre 11 : Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue
    Le mot de Tracker : "L'incertitude"
Chapitre 12 : Empoisonnement
    Le mot de Tracker : "Sans peur"
Chapitre 13 : Une croisière sanglante
    Le mot de Tracker : " Un double jeu ? "
Chapitre 14 : Les inquiétudes de Remus
    Le mot de Tracker : " Défaillance "
Chapitre 15 : Une faille dans la carapace
    Le mot de Tracker : " Plaisir interdit "
Chapitre 16 : Mur de glace
    Le mot de Tracker : "Que se passe-t-il ?"
Chapitre 17 : Retour sur le chemin de la vengeance
    Le mot de Tracker : "La vengeance"
Chapitre 18 : Facettes dévoilées
    Le mot de Tracker : "Désir refoulé"
Chapitre 19 : Prisonniers volontaires
    Le mot de Tracker : "Inavouable"
Chapitre 20 : Une nuit sans le masque
    Le mot de Tracker : " A ne pas refaire "
Chapitre 21 : Le tueur déchu
    Le mot de Tracker : " Liés "
Chapitre 22 : L'ange blessé
    Le mot de Tracker : " Le déclic "
Chapitre 23 : Représailles
    Le mot de Tracker : " Incroyable réalité "
Chapitre 24 : L'honneur des Maîtres
    Le mot de Tracker : " Etre chef "
Chapitre 25 : Electron libre
    Le mot de Tracker : " Au rapport "
Chapitre 26 : Retour dans l'ombre
    Le mot de Tracker : " Comme étrangère "
Chapitre 27 : Désaccord
    Le mot de Tracker : " Incompatibles mais indispensables "
Chapitre 28 : Folie meurtrière
    Le mot de Tracker : " Suis-je folle ? "
Chapitre 29 : Etat de choc
    Le mot de Tracker : " Diego "
Chapitre 30 : Un lien infini
    Le mot de Tracker : " Choix cornélien "
Chapitre 31 : Retour à Poudlard 
    Le mot de Tracker : " Raison perdue "
Chapitre 32 : Un nouveau drame 
    Le mot de Tracker : " Le remord " 
Chapitre 33 : Une vérité inattendue 
    Le mot de Tracker : " Mentir, c'est détruire"  
Chapitre 34 : Le récit de Dumbledore
    Le mot de Tracker : " J'aurai le dernier mot "  
Chapitre 35 : Bienvenue dans l'Agence
    Le mot de Tracker : " Le mode opératoire est la carte de visite du tueur"
Chapitre 36 : Une leçon inhabituelle
    Le mot de Tracker : " Tout nous sépare" 
Chapitre 37 : Douloureuse vérité
    Le mot de Tracker : " Jouer avec le c½ur est le pire des châtiments" 
Chapitre 38 : Le sort s'acharne sur Remus 
    Le mot de Tracker : " La balance immatérielle " 
Chapitre 39 : Le choix du sacrifice
    Le mot de Tracker : " Grandeur et Sacrifice " 
Chapitre 40 : Amour et Châtiment
    Le mot de Tracker : " Je me battrai pour que notre histoire puisse s'écrire "
Chapitre 41 : Un cadeau pour Lunard
    Le mot de Tracker : " Le goût de vivre " 
Chapitre 42 : La deuxième cible
     Le mot de Tracker : " La roue tourne " 
Chapitre 43 : La douce étreinte de la Mort
    Le mot de Tracker : " Tout trompeur peut être trompé " 
Chapitre 44 : Franc jeu
    Le mot de Tracker : " Vers l'indépendance "
Chapitre 45 : De retour
    Le mot de Tracker : "  Rien n'est jamais acquis indéfiniment "
Chapitre 46 : Démasqués
    Le mot de Tracker : "  La confiance a toujours ses limites" 
Chapitre 47 : Blood Justice
    Le mot de Tracker : "  Savoir lâcher prise est une qualité " 
Chapitre 48 : Sur les traces du passé



Première partie : « L'amour d'un Assassin »




Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1 - trailer - Sommaire

Prologue : Le souvenir de mon premier meurtre 21/09/2013

 
 
Prologue : Le souvenir de mon premier meurtre

 

Prudence Jedusor. Pas banal comme nom pas vrai ? Jedusor... ça ne vous rappelle rien ? Non ? Et si je vous dis Tom Jedusor, alias Lord Voldemort... vous pensez de suite à un mage noir redoutablement puissant. Si ce n'est pas le cas, ce n'est pas grave, je vous expliquerais. Pour l'instant, tout ce qu'il y a à savoir, c'est que je suis la fille de cet homme et de Rosalie Blade. Et tout comme mon père, très peu de gens m'appellent par ma véritable identité. Là où je vis, tout le monde me connait sous le masque de Tracker.
Et là vous vous dites « génial, mais on n'est pas plus avancé ». C'est normal. Je vis dans l'ombre du milieu criminel. Alors c'est plutôt une bonne nouvelle que vous ne sachiez rien de moi. Mais ça va changer. Parce que je vais vous raconter mon histoire.
Avant de me lancer, je vais quand même me présenter un peu plus, juste ce qu'il faut pour que vous compreniez qui je suis et en quoi je suis exceptionnelle.  Je ne dis pas ça par vanité, c'est le constat que font tous ceux qui me connaissent.
 
Pour commencer, je suis une sorcière, comme mes parents. Pas grand chose d'extraordinaire dans le monde de la magie.
Ce qui me fait vraiment sortir du lot, c'est ma famille, en particulier du côté  paternel. Mon père est sans aucun doute le mage noir le plus puissant d'Angleterre. J'ai d'ailleurs hérité de sa puissance magique, et ce dès mon plus jeune âge. Mes pouvoirs sont anormalement développés. Alors que rares sont les sorciers très expérimentés qui parviennent à user de la magie sans leur baguette, moi j'y arrive pour le déplacement des choses et le contrôle du feu. Rien que cet atout fait de moi une sorcière assez spéciale.
Et enfin, pour couronner le tout, je suis une tueuse hors paire. J'ai un instinct meurtrier digne d'un prédateur, et l'intelligence froide typique des assassins. C'est vraiment ça qui me rend si différente : je n'ai que seize ans, et je suis pourtant la tueuse à gages la plus redoutable du pays. Aucune cible ne m'échappe, aucun policier ne me soupçonne... je suis un véritable fantôme, capable de commettre le meurtre parfait en toute circonstance. Voilà ce que désigne «Tracker » : mon identité criminelle. Un surnom que tout le monde dans le milieu associe à l'image de la Mort.

Que dire d'autre... ? Je n'ai que très peu de souvenirs de mon enfance avant mes cinq ans. A dire vrai, j'en n'ai aucun. Ma mémoire a commencé à conserver mes souvenirs de manière intacte au soir de mon cinquième anniversaire. C'est à partir de cette date que je me souviens de ma vie. Pourquoi à partir de ce soir précisément ? C'est très simple. Il s'agit du souvenir de mon premier meurtre. Le soir où pour une raison que j'ignore encore aujourd'hui, j'ai tué ma mère au cours d'une attaque. Beau cadeau n'est-ce pas ? Cet épisode fut la première tragédie de ma vie, et en a déclenché de nombreuses autres.
C'était dans la nuit du 6 au 7 février 1965. La soirée avait pourtant bien commencé en ce jour de fête...
 
 

| 6 février 1965 |

 
J'étais au salon avec ma mère, jouant avec ses beaux cheveux en attendant minuit. Si j'étais encore en train de veiller à mon âge, c'est parce que j'allais faire cinq ans dans quelques minutes. Mon impatience n'avait cessé de grandir au fil des heures.
Nous avions passé la soirée toutes les deux. Comme toujours... je ne connaissais personne à part elle. Mon père était parti peu de temps après ma naissance. Si tôt que je n'avais pas le moindre souvenir de lui. C'est dommage. J'aurais voulu le connaître. Mais bon c'est comme ça.
J'eus un sourire en pensant que j'allais avoir un an supplémentaire. Je comptais chaque jour qui me séparait de mon entrée dans le monde de la sorcellerie. Six ans. Encore six ans avant que je puisse aller à Poudlard, la meilleure école qui existe d'après ma mère. J'avais tellement hâte.
En attendant, c'est ma mère qui faisait mon éducation. Pour une raison que j'ignorais, je n'avais jamais mis un pied au-delà du haut portail qui constituait la frontière entre notre immense domaine et le monde extérieur, dont je ne connaissais strictement rien. Je ne savais ni à quoi il ressemblait, ni de quoi il se constituait... rien. Ma mère me disait toujours que j'apprendrai en temps et en heure, lors de mon entrée à l'école.
Ah, qu'est-ce que j'étais impatiente ! Je voulais tellement découvrir le monde. Apprendre à me servir de mes pouvoirs... même si maman disait que je les maîtriserai bien avant. En parlant avec elle, j'avais appris que normalement, la plupart des sorciers utilisent un bout de bois appelé « baguette » pour transférer les énergies, accompagnées d'une incantation, formulée ou non, et d'un mouvement de poignet. C'est l'association de ces trois éléments qui provoque des phénomènes magiques sous la volonté d'un sorcier. Pour moi, ce n'était pas toujours nécessaire.
Pour faire de la magie, je n'avais besoin que de mon esprit et de mes yeux. Seule la volonté comptait. Je n'avais qu'à me représenter mentalement ce que je voulais faire pour que ça se produise réellement. Mes pouvoirs étaient limités bien sûr, et comme je ne les maîtrisais pas encore très bien, ma mère ne voulait pas trop que j'en fasse usage en son absence. Elle disait que ça pouvait être dangereux. Mais j'étais parfois trop impatiente. Alors, il m'arrivait de m'enfermer dans ma chambre pour essayer d'apprendre par moi-même. C'est comme ça que je m'étais aperçue que j'étais assez douée pour déplacer les objets sans les toucher...  j'étais persuadée d'en avoir d'autres... j'étais certaine d'en découvrir encore, au hasard de mes débordements d'émotions.
La magie est vraiment fascinante. Je ne me lassais jamais de voir ma mère à l'½uvre.
 

| Minuit |

-         Joyeux anniversaire ma chérie !
-         Merci !!!
 
J'étais excitée comme une puce en entendant l'horloge sonner minuit. Enfin ! Enfin c'était l'heure ! Ma mère me prit dans ses bras pour me chatouiller, me faisant éclater de rire. Elle sourit tendrement et fit apparaître un gâteau devant moi. Ah ! LE moment tant attendu ! Je me tournai vers mon dessert préféré, m'apprêtant à souffler les bougies. Mais ma mère me retint. Elle posa un appareil en face de nous.
 
-        Tu souffles à trois... un... deux...
 
Je pris une grande inspiration.
 
-        Trois !
 
Je soufflai pour éteindre les bougies, au moment où un flash sortit de l'appareil. Ma mère récupéra la photo qui glissa sur la table. On me voyait dessus en train de souffler les bougies, sur les genoux de ma mère, qui offrait son plus beau sourire. J'aimais beaucoup cette photo. J'agrandis les yeux de surprise en voyant un cadeau apparaître devant moi.
Je le pris soigneusement et le déballai en essayant de ne pas trop abîmer le papier. Je découvris une peluche. Mon sourire s'agrandit davantage. C'était un loup gris.
 
-        Merci beaucoup maman !! Il est trop beau !!
-         J'étais sûre qu'il te plairait.
 
Comment aurait-il pu ne pas me plaire ? J'adorais les loups ! Je jetai un coup d'½il en direction de la fenêtre, et soupirai en voyant la lune. Cela me rappela que j'avais quelque chose à annoncer à ma mère.
 
-         Maman, regarde, j'ai un nouveau pouvoir !
 
Je me concentrai sur les bougies sur le gâteau qui fumaient encore. Elles se rallumèrent... avant de prendre totalement feu, faisant couler la cire sur le gâteau.
 
-         Prue !!!
-         Oups...!  
 
Ma mère éclata de rire devant mon air à la fois désolé et amusé. Son air tendre et doux avait le don de me faire bondir le c½ur. Elle sortit sa baguette pour faire disparaître la cire qui avait coulé.
 
-         Sois patiente ma chérie, tu maîtriseras bientôt tes nouveaux  pouvoirs. Mais en attendant, j'aimerais que tu évites de mettre le feu à la maison. Nos ancêtres te maudiraient jusqu'à la vingtième génération si tu détruisais notre manoir familial.
-         Je suis désolée maman. Mais j'ai tellement envie de m'en servir... d'apprendre !
-         Je suis certaine que tu seras une excellente élève à Poudlard !
-      Six ans... encore six ans à attendre ! C'est trop looong ! me plaignis-je en trépignant.
-         ... Tu tiens de ton père, tu sais ?
-         Ah bon ?!
-        Oui. Aussi impatiente que lui. Lui aussi s'amusait à se servir de ses pouvoirs dans sa jeunesse alors qu'il n'en avait pas encore le droit...

Cela me fit sourire. Malgré l'absence de mon père, je trouvais le moyen de lui ressembler. 
 
-         Maman ?
-         Oui, ma chérie ?
-         Il est où Papa ?
-         ... Je te l'ai déjà dit. Il est parti il y a longtemps.
-         Pourquoi... ?
-         Ses projets ne lui permettaient pas d'avoir une vie de famille.
-         Il ne nous aimait pas ?
-         Si. Il nous aimait énormément. Où qu'il soit en ce moment, je suis certaine qu'il pense à toi ce soir... et qu'il aurait voulu être avec nous.
-         Alors pourquoi il n'est pas là ?
-         C'est compliqué ma chérie... Tu comprendras plus tard.

Voyant qu'elle baissait les yeux, j'arrêtai de lui parler de mon père. Elle n'avait jamais aimé aborder ce sujet, mais l'envie de savoir était toujours aussi ardente. Pourquoi mon père n'avait-il pas pris le temps de me connaître ? Pourquoi était-il parti s'il nous aimait ? Je soupirai. Je redemanderai une prochaine fois.
Mon regard fut attiré par du mouvement au-dehors. Je me rapprochai de la fenêtre pour confirmer ma vision. Il y eut un éclair qui me permit de remarquer des silhouettes au loin qui venaient dans notre direction.
 
-         Tu as fait venir des gens pour mon anniversaire ? demandai-je le sourire jusqu'aux oreilles, enthousiaste à l'idée de faire de nouvelles rencontres.
 
Les beaux traits du visage de ma mère se tirèrent légèrement.
 
-         Non. Non, je ne fais venir personne, qu'est-ce que tu racontes ?
-       Il y a des gens dehors qui viennent. Regarde, ajoutai-je en pointant le doigt vers eux.
 
Ma mère se leva d'un bond de sa chaise et se planta devant la fenêtre.
 
-         Monte dans ta chambre, me dit-elle.
-         Mais pourquoi ?
-         Fais ce que je te dis. C'est... C'est une surprise !
-         Oh chouette !
 
Je montai deux à deux les escaliers mais m'arrêtai au premier palier. La curiosité était l'un de mes défauts. Je m'accroupis et attendis avec impatience. Ma mère sortit sa baguette, chose qui me parut assez bizarre pour accueillir des gens.
Il y eut un coup de tonnerre au même moment où une explosion fit voler la porte d'entrée en éclats. Ma mère atterrit sur une commode avec vitrine qui se brisa. Des silhouettes encapuchonnées entrèrent. Des lumières de différentes couleurs commençaient à sortir de leur baguette, mais maman les renvoyait toutes.
* Joli feu d'artifice...mais pourquoi ne m'a-t-elle pas demandé de redescendre pour y assister ? *
Un rayon de lumière atteignit ma mère qui fut expulsée contre le mur. Elle retomba sur le sol dans un bruit sourd. 
 
-         MAMAN !! criai-je.
-         PRUE, SAUVE-TOI !!!
 
J'étais paralysée. Je ne comprenais pas très bien ce qu'il se passait... Les silhouettes avaient reporté leur attention sur moi. L'un d'eux pointa sa baguette dans ma direction. Je compris alors que ça n'avait rien d'un jeu... L'homme sortit un couteau, m'accélérant davantage le c½ur. J'étais incapable de me détourner de la redoutable lame qui brillait avec la lumière. L'homme murmura quelque chose, et je vis la lame fuser sur moi.
 
-         NOOON !
 
Instinctivement, je fis un mouvement de bras pour renvoyer l'arme, tout en m'accroupissant en me protégeant la tête. Je fermai les yeux, complètement apeurée.
Le calme s'était imposé quelques secondes avant que les hommes se mettent à rire. Je n'entendais plus ma mère. Je relevai la tête et mon c½ur se souleva devant la vision d'horreur que m'offrait la scène. Ma mère était allongée au sol, inerte, le couteau planté dans le c½ur. Le couteau que JE lui avais envoyé...
 
-         Tu nous as facilité le travail jeune fille... A ton tour maintenant ! Attrapez-là !
 
Si j'étais paralysée par mon geste, mon sang ne fit qu'un tour en voyant les hommes se ruer vers moi. Je finis de monter les escaliers deux à deux, réfléchissant à un endroit où me mettre à l'abri tout en courant dans le couloir. Je me cachai dans le grenier, dans une vieille armoire. Je regardai par la fente, le c½ur battant, affolée. Je serrai fort la peluche du petit loup contre moi, essayant de me redonner courage. Mais comme je le craignais, les hommes arrivèrent dans la pièce, et la peur ne s'en fit que plus poignante.
 
-         Où es-tu jolie poupée... ? Je sais que tu es là. Aller petite, montre-toi...
 
L'homme balayait la pièce du regard. Je remarquai un tatouage sur son épaule musclée. On aurait dit une tête de mort, transpercée par... Je ne vis plus rien. L'homme se tenait devant l'armoire.
* C'est fini... *
Je fermai les yeux. Terminé. C'était terminé. Alors que je m'attendais à être découverte, j'entendis des hurlements de terreur. Je rouvris les yeux, paniquée. Qu'est-ce que c'était ? Les hommes tombaient un à un, frappés par une étrange lumière verte.
Une personne entra dans mon champ de vision. Elle regardait les assaillants tombés au sol, baguette le long du corps, enjambant lentement chaque cadavre pour venir jusqu'à moi. Je ne savais pas si cette nouvelle personne me voulait du bien ou pas. J'essayais de contrôler ma respiration, mais j'étais terrorisée. Je ne comprenais rien à ce qu'il se passait. Les battements effrénés de mon c½ur m'affolaient. La porte s'ouvrit lentement, dans un grincement qui me glaça jusqu'aux os. L'homme me découvrit, le visage noyé de larmes et toute tremblante.
 
-         N'aie pas peur, murmura-t-il.
 
Sa voix était basse mais gardait quelque chose de menaçant. Il ne me rassurait pas du tout. Au contraire. Il portait un masque, et rien que ses yeux  froids me donnaient la chair de poule.
 
-         Qui... Qui êtes-vous ? demandai-je dans un sanglot.
-         ... Ton père...
-         P...Papa ?!
 
J'étais tellement surprise que j'en oubliai d'avoir peur. Pourquoi revenir maintenant après toutes ces années d'absence ?
 
-         Viens,  sors de là.
 
J'obéis, sortant de ma cachette. Je sentis un frisson me parcourir en regardant au sol. Tous les hommes qui avaient attaqué étaient là, allongés, les bras en croix. Je croisai le regard figé de celui qui était le plus proche de moi. Je ne pus me détacher de ses yeux. C'était horrible, j'avais l'impression qu'il me regardait. Je sursautai en sentant une main se poser sur mon épaule. Je me retournai vivement.
 
-         Ne regarde pas Prue...
 
J'acquiesçai lentement. J'avais l'esprit complètement brouillé par la rapidité des évènements... mais une chose me revint en tête.
* Maman ! *
Je me mis à courir, échappant à mon... père. Je dévalai les marches, manquant plusieurs fois de tomber. La peur remonta en flèche lorsque j'aperçus le corps de ma mère. Je me jetai au sol, à ses côtés. Elle était allongée sur le dos, baignant dans son sang. Un filet avait coulé de sa bouche. Ses yeux n'exprimaient plus leur douceur habituelle... ils étaient indéchiffrables, fixant le vide. Comme les hommes allongés à l'étage.
 
-         Maman ?

Elle ne bougea pas. Je vis alors le couteau planté dans son c½ur. Je paniquai davantage.
 
-         Maman ? Réponds-moi ! Maman !
 
Toujours rien. Les larmes revenaient... ma voix se brisait... Je me mis à la secouer de toutes mes forces.
 
-         MAMAN !!!! hurlai-je désespérée.
 
Deux bras m'encerclèrent puissamment et me tirèrent en arrière, me soulevant du sol pour m'empêcher de continuer. J'agitai mes jambes en essayant de donner des coups de pieds à mon père pour qu'il me lâche.
 
-         MAMAN ! MAMAN REVEILLE-TOI !! REVEILLE-TOI ! criai-je en me débattant désespérément.
-         Arrête... !
 
Sa voix froide m'avait stoppé nette. Il me reposa au sol.
 
-         Maman... murmurai-je.
-         Elle est partie. Cesse de l'appeler ainsi elle ne t'entend pas.
 
Il s'agenouilla près du corps de ma mère et prit son pouls. Je vis mon père fermer ses yeux pendant plusieurs secondes. Lorsqu'il les rouvrit, il leva une main légèrement tremblante sur le beau visage de ma mère pour lui cacher les yeux avec sa main.

-         Repose en paix... mon amour, murmura mon père.
 
Je fronçai les sourcils en voyant sa main glisser sur le visage de ma mère avec toute la délicatesse du monde. Ce geste eut pour l'effet de redoubler mes larmes.
 
-          Viens, dit mon père en se relevant.
-         ... Où ça... ? pleurai-je.
-         Avec moi.
-         NON !!! Je veux rester avec maman !
 
Mon père s'accroupit.
 
-         Ta mère...
 
Il s'interrompit, cherchant ses mots.
 
-         Ta mère est montée au ciel. Tu ne peux pas rester avec elle, tu dois la laisser maintenant.
-         Mais pourquoi ?
 
Il me prit la main et m'amena dehors.
 
-         Regarde le ciel. Tu vois ces étoiles ?
-         ... Oui.
-         Ta mère est l'une d'elles désormais. Elle te regarde.
 
Je levai mes yeux pleins de larmes vers le ciel et les regardai. Ma vue était trouble. Je ressentais une douleur sans nom. J'avais du mal à respirer.
 
-         Ce n'est pas ta faute si elle est morte. C'était un accident. Le fait est qu'elle n'est plus là. Alors maintenant, à toi de voir... ou tu viens avec moi, ou tu restes ici. Mais sache que ta mère n'ouvrira plus jamais les yeux. A toi de choisir.
 
Mes larmes s'étaient arrêtées de couler. Quelque chose s'était réveillé au plus profond de moi... quelque chose que je n'avais jamais ressenti auparavant. Je fis demi-tour et retournai auprès de ma mère. Je m'agenouillai et posai un bisou sur son front glacé. Mon regard se posa à nouveau sur  le couteau, et j'esquissai un faible sourire. Je jetai un dernier coup d'½il devant moi, vers la cuisine, avant d'aller rejoindre mon...père.
 
-         Je savais que tu reviendrais...
 
Je ne répondis rien. Je n'avais plus la force de rien faire...
 
Il m'amena chez lui et m'installa près du feu pour faire cesser mes tremblements. Je mis énormément de temps à retrouver mon calme. Je n'arrivais pas à réaliser la tournure qu'avaient pris les évènements. Je me sentais vidée.
 
-         Papa ? appelai-je, la voix étranglée.
 
Il se tourna vers moi. Il avait enlevé son masque. Ses traits étaient fins. Il avait du charme mais était...dangereusement beau. 
 
-         Oui ? Qu'y a-t-il ?
-         Maman ne m'a jamais dit comment tu t'appelles...
 
Il regarda à nouveau par la fenêtre, pensif.
 
-         Tom... Tom Jedusor... Héritier d'une illustre famille. Tu es ma fille... je veillerai à ce que tu sois digne de ce nom.
 

Prologue : Le souvenir de mon premier meurtre

 
Cela fait bien longtemps que j'ai commencé à écrire cette fiction. Je suis contente de pouvoir enfin commencer à vous la faire découvrir. J'espère que ce prologue vous a donné envie de lire la suite. A ce sujet, le prochain chapitre sera en ligne samedi prochain.
Si vous souhaitez être prévenu des nouveautés, vous pouvez vous inscrire sur l'article prévu à cet effet > les prévenus.
 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

Chapitre 1 : Le projet du Lord 22/09/2013

« Mes missions sont toujours synonymes de défi et de meurtre... mais cette fois, le projet de mon père est bien plus ambitieux. Cette fois, il s'agit d'infiltrer le camp adverse avant même qu'il ne songe à nous considérer comme un ennemi. »
 
Chapitre 1 : Le projet du Lord

 
| 18 août 1976 |
 
Je me réveillai en sursaut, couverte de sueur, la respiration haletante.
« Encore cet horrible souvenir. » pensai-je avec lassitude.
Je poussai un soupir et me laissai retomber sans ménagement sur l'oreiller, posant mes mains sur mon visage. J'essuyai d'un revers de bras mon front trempé et regardai le plafond, essayant de retrouver mon calme. Je revivais souvent des scènes atroces lors de mes nuits agitées, mais de tous, c'est bien ce souvenir qui me torturait le plus. Ce n'était pourtant pas le plus gore... mais c'était celui qui me rappelait ce que j'avais toujours eu au fond de moi... et qui avait surgi pour la première fois le soir de mon cinquième anniversaire.
Lorsque les battements de mon c½ur retrouvèrent un rythme normal, je poussai un profond soupir et regardai le réveil. 7h12.
« Je ferais mieux de me lever. Mon professeur ne va pas tarder à arriver. »
 
Après m'être rapidement préparée, je parcourus de longs couloirs froids, me dirigeant vers la salle à manger. L'immense manoir de mon père avait la taille d'un petit château en fait. Les sous-sols étaient un vrai labyrinthe de tunnels obscurs où se trouvaient les cachots. Au rez-de-chaussée, c'était les « salles d'activités » : réunion, entraînements, salle à manger... Premier étage : les chambres des serviteurs les plus proches de mon père qui avaient la possibilité de rester sur place si nécessaire, celles des deux professeurs, mais surtout celles des « élèves ». Nous étions une petite poignée de jeunes à être formés à devenir des tueurs... spéciaux. Enfin, tout le second étage était réservé aux appartements privés de mon père.
 

| Manoir Voldemort – Salle à manger – 7h30 |
 
Je m'installai à ma place habituelle, à droite du fauteuil vide de mon père. C'est à peine si je prêtai attention aux trois autres personnes qui buvaient silencieusement leur café. Je devinai à leur masque qu'il s'agissait d'élèves, comme moi.
Mon petit déjeuner avait déjà été servi par les elfes. Je gardai les mains collées sur mon verre froid de jus de citrouille pour me réveiller. Mais le souvenir de mon cauchemar était encore bien présent dans mon esprit, me déconnectant de la réalité. Un elfe s'approcha, me sortant de mes pensées. Je le regardai, attendant qu'il parle.
 
-         Maîtresse, dit-il en s'inclinant.
-         Que veux-tu ? demandai-je sèchement.
-         Le Maître désire vous voir. Dans ses appartements privés.  

 

Ah... la journée commençait bien. J'allais avoir du pain sur la planche. Ou plutôt du sang sur ma lame.

-         Il t'a dit de quoi il s'agissait ?
-         Non, maîtresse. Il veut juste vous voir au plus vite.
 
J'avalai une dernière gorgée et me levai, contournant l'elfe qui s'affairait déjà à faire disparaître mon petit-déjeuner et à nettoyer mon fauteuil. Je me dirigeai  vers les appartements de mon père, me demandant ce qu'il pouvait bien me vouloir alors que j'allais bientôt avoir mon cours de la journée. Je frappai à la porte et entrai sans bruit, retirant mon masque en voyant qu'il n'y avait personne d'autre que mon père. Il était debout devant la fenêtre, le regard vide perdu à l'extérieur fixé sur ses pensées, les mains jointes au creux de son dos, l'énorme serpent Nagini enroulée autour de ses épaules. Je le voyais souvent dans cette posture. Son visage était indéchiffrable, comme toujours. Impossible de prévoir s'il était de bonne humeur ou s'il allait commettre un meurtre.
« Quoi que de toute façon, il est toujours de bonne humeur quand il tue quelqu'un » pensai-je avec amusement. Je gardai le silence et restai immobile pour ne pas l'interrompre dans ses réflexions. Il ne m'avait sans doute pas entendu arriver... comme la plupart des gens.
 
Mon père s'appelait Tom Jedusor. Mais il haïssait viscéralement ses origines. Pourquoi ? Parce que l'homme qui lui avait donné ce nom était un Moldu qui a abandonné sa mère en apprenant qu'elle était une sorcière. Et parce que cette dernière était faible à en crever. C'est d'ailleurs ce qu'elle a fait en mettant au monde son fils. Pendant des années, mon père s'est appliqué à approfondir ses connaissances de la magie noire pour repousser toujours plus les limites de sa puissance. Il était le digne héritier de la célèbre famille Serpentard. Notre ancêtre, Salazar Serpentard, était un illustre mage, et aussi l'un des quatre fondateurs de l'école de sorcellerie Poudlard. La descendance de notre famille avait peu à peu terni l'image de notre ancêtre en sombrant dans la misère et la folie. Mon père avait éliminé la dernière génération, indigne de Serpentard. Il estimait qu'il était de son devoir de redorer le blason de notre ancêtre. Il l'avait fait en se forgeant une nouvelle identité : Voldemort, autoproclamé Lord, avec pour seule raison d'être l'achèvement de l'oeuvre de Salazar.

Pour comprendre, il faut savoir que nous n'avons pas tous le même statut en ce monde. Il y a deux catégories de personnes : les Moldus, c'est-à-dire les personnes dénuées de pouvoir magique, et les sorciers, qui en sont dotés. Chez les sorciers, il y a à nouveau une division, selon la pureté du sang. Un sang-pur est un sorcier dont les deux parents sont également sorciers. Un sang-mêlé a l'un de ses parents moldu. Un Cracmol est un enfant de sorciers dénué de pouvoirs magiques. Une anomalie en quelque sorte, car les pouvoirs sont censés être héréditaires. Et enfin, il existe une infamie : les Sang-de-Bourbe. Eux, ce sont des erreurs... des sorciers nés de moldus. En d'autre terme, des voleurs de magie. Les sorciers qui osaient prendre leur défense étaient des traîtres à leur sang.
Ce sont eux qui étaient au coeur des projets de mon père, en respect avec la noble cause de notre ancêtre : purifier le pays. Par « purifier », j'entends « exterminer les Sang-de-Bourbe et ramener les traîtres à leur sang dans le droit chemin ». Et en écho, comme un murmure pour l'instant, j'entends aussi « exterminer les Moldus pour ne plus avoir à partager ce monde qui est le nôtre ». Car oui, les sorciers étaient condamnés à vivre dans l'ombre de la communauté moldue, afin de leur cacher l'existence de la magie.

Pour l'instant, mon père restait discret, préparant le terrain dans l'ombre pour mener à bien ses projets. Il recrutait des sangs-purs extrémistes et toutes sortes de criminels pour parvenir à ses fins. Ce projet lui tenait énormément à coeur. C'est pour cette raison qu'il connaissait désormais tous les secrets de la magie noire. Il avait commencé à former un groupe de partisans en ralliant quelques-uns de ses anciens camarades de classe, qui étaient désormais ses serviteurs les plus fidèles et dévoués. Il avait insufflé dans je ne sais combien de familles ses idées pour que les parents élèvent leurs enfants à devenir dignes sang-purs, avec pour valeurs : fierté, honneur, puissance, domination, froideur, insensibilité. Aucune place pour la rébellion, ni pour les faibles. Il fallait toujours être à la hauteur de son rang.
Quand on naît dans une famille de Sang-Pur qui partage les idées du Lord, on n'a autre choix que d'honorer ce prestigieux héritage. Et je n'avais pas fait exception. Moi, plus que les autres, fille de ce génie, je faisais honneur à mon statut en le servant et en m'acharnant pour me perfectionner, à être plus puissante que je ne l'étais déjà... En étant à son image : froide, redoutable, fin stratège.

L'armée qu'il était en train de monter grossissait petit à petit. Les soldats qui la constituait étaient appelés "Mangemorts". Mon père plaçait ses pions au Ministère, à l'école, dans l'armée... partout où il pouvait s'en servir. Ce sont eux qui iront en première ligne lorsque le moment sera venu... mais à les condamner, autant qu'ils fassent le plus de mal possible. Quand ils interviendront, l'étau sera déjà refermé sur nos proies. Alors, affaiblies, affolées, elles verront avec horreur les maîtres entrer en jeu pour porter le coup de grâce. Et là... Echec et mat. Le plan est simple n'est-ce pas ? Tout est tellement simple lorsqu'on agit dans l'ombre.

 


Mon père finit par se retourner, et je lui adressai un signe de tête respectueux. Un simple regard sur lui suffit à deviner toute la dangerosité qu'il renferme. Pas par son physique. Il est plutôt fin pour sa taille, et la musculature n'a jamais représenté un intérêt pour lui. Par contre, les traits de son visage durs et froids, ses rares sourires narquois, sa voix douce et glaciale, et surtout son regard pénétrant, peuvent lui donner une apparence aussi menaçante que charmeuse. Un atout dont il n'a jamais eu de scrupule à se servir, comme un véritable don de persuasion.
 
-         Vous vouliez me voir... ?
-         Oui. Assieds-toi, dit-il de sa voix  glaciale.
 
Je m'exécutai.
 
-         J'ai prévenu Fark que tu n'assisteras pas à son cours ce matin. Ni les autres d'ailleurs. C'est fini pour toi les cours particuliers, je veux que tu ailles à Poudlard.
 
Je le regardai, le visage impassible comme à mon habitude, malgré ma surprise. Fark, c'était un professeur « normal », c'est-à-dire qu'il m'enseignait les matières « normales » et les choses essentielles de la vie pour me fondre dans le monde « normal ». J'insiste sur ce mot car il a son importance.
 
-         Père... sauf votre respect, le professeur Fark est excellent. Il m'enseigne très bien l'art de la magie qui est transmis à Poudlard. Me rendre là-bas me contraindrait énormément au niveau de mes activités. C'est bien pour cette raison que j'ai toujours suivi des cours particuliers, non ?
-         Effectivement. Mais j'ai besoin de toi pour une mission... spéciale.
 
Je ne dis rien, préférant le laisser venir. J'aimais les missions « spéciales ». Elles étaient toujours source d'adrénaline. Je regardai donc mon père marcher lentement dans la pièce, attendant patiemment la suite.
 
-         Jack est formel sur une chose : tu es l'élève la plus prometteuse qui ait jamais eu dans ce manoir. Tu es déjà une redoutable tueuse à gages, mais aussi une excellente espionne. Tu es patiente, tu as du sang-froid, du cran... et un esprit manipulateur quand il le faut. En clair, tu as toutes les qualités requises pour la mission. Et plus important encore... je t'accorde toute ma confiance.
 
Je perçus dans sa voix  froide de l'excitation à la simple pensée de son projet. Je sentais qu'il voulait m'annoncer quelque chose d'important à ses yeux, ce qui piqua ma curiosité, sans que je lui montre pour autant. Les missions que me confiaient personnellement mon père étaient toujours plus excitantes. Il ne s'agissait pas de simples meurtres... c'était à chaque fois un vrai défi que je me faisais un plaisir de relever.
 
-         Que voulez-vous que je fasse, Père ? Un autre... « nettoyage » ?
-         Non, rien de ça. C'est une mission... à long terme.

 

Je haussai les sourcils. Long terme ? Il ne me fallait pas beaucoup de temps pour tuer, même les personnes les mieux protégées. En quelques semaines tout au plus c'était réglé... que me réservait mon père cette fois ?

-          Expliquez-vous.
-       Quand nous commencerons à nous faire connaître, les Aurors s'intéresseront à nous. En fait, nous deviendrons la priorité de leurs enquêtes. Nous seront traqués. Mais ça n'a aucune importance, puisque nous aurons toujours une longueur d'avance. Grâce à toi.
-         Et comment cela...?
-         Nous ne serons véritablement dans le rouge que dans quelques années. Deux ans selon mes estimations. C'est exactement le temps dont tu as besoin pour obtenir les diplômes nécessaires à la formation d'Auror.
-         Je vous demande pardon ? Vous voulez que je devienne Auror ?!
-    Oui. Tu seras notre espionne la mieux placée. La source d'information la plus importante et la plus fiable. Tu pourras même te servir de ta couverture pour agir en notre faveur, au Ministère.
 
J'acquiesçai lentement, saisissant très bien tout l'intérêt de cette mission. C'était au-delà de tout défi relevé jusque-là !
 
-         Et donc... je dois aller à Poudlard...
-         Mais pas seulement. Je veux que tu sois envoyée à Gryffondor.

Je sursautai légèrement. Godric Gryffondor était l'ennemi juré de notre ancêtre... l'un des quatre fondateur qui prêchait toutes les valeurs opposées de Salazar. Être envoyée dans sa maison serait une insulte à mon rang en tant qu'héritière de Serpentard.

-         Vous vouliez sans doute dire Serpentard, repris-je poliment.
 
Mon père me transperça du regard en guise de réponse.
 
-         Ma langue ne fourche pas quand il s'agit de discerner ces deux maisons.

 

Je me renfrognai, déçue de ne pas pouvoir aller dans la maison de mon ancêtre. A la place, j'allais devoir aller chez l'ennemi, ce qui ne m'enchantait guère.

-         Je peux t'assurer que j'aurais mille fois préféré que tu ailles à Serpentard, reprit mon père. Mais ce n'est pas dans l'intérêt de la mission. Crois-tu que j'enverrais ma propre fille chez les traîtres si je n'avais pas une bonne raison de le faire ?
-         ... Non, bien sûr que non.
-         Alors écoute-moi. Va à Gryffondor, et rapproche-toi au maximum de ceux qui se font appeler « les Maraudeurs ».
-         Ok, mais pourquoi eux en particulier ?
-         D'après une prophétie, ils représentent une menace pour mes projets à venir. La seule capable de me barrer la route.

 

Et tout naturellement, je devais veiller à ce que le destin ne s'accomplisse pas. J'adorais devoir gérer des missions de si haute importance. Jamais encore je n'avais eu un travail pareil.

 


-         Je vois... Nos futurs rivaux ?
-         Exact. Il te faudra les identifier, leur surnom est la seule chose dont je dispose. J'ai besoin de quelqu'un de mes rangs pour en savoir plus et garder un ½il sur eux. Et sur l'école en même temps. Dumbledore en particulier.
-         Le directeur ?
-       Oui, ne le sous-estime jamais. Sous ses apparences de vieux fou fantaisiste, il est d'une rare intelligence. Méfie-toi de lui et ne lui donne jamais l'occasion de s'intéresser à toi.
-         Il ne sera pas un problème. J'accepte cette mission avec grand plaisir.
-         J'espère que tu es consciente du rôle que tu vas devoir jouer... Tu devras faire semblant de haïr les Serpentard, d'approuver l'opinion des Gryffondor, d'être amie avec des traîtres, des loups-garous, des Sang-de-Bourbe... et ce pendant des années... à la fois pour te rapprocher de nos rivaux afin de les manipuler plus tard... mais aussi pour devenir une Auror suffisamment brillante pour avoir de l'influence au Ministère.
-          ...
-         Prue ?
-        Des Sang-de-Bourbe...? répétai-je avec dégoût. Vous n'êtes pas sérieux ?! demandai-je les dents serrées, tentant de contrôler la rage qui s'emparait de moi.
-         Crois-moi, je n'ai jamais été aussi sérieux de toute ma vie.
 
Je fixai quelques secondes mon père, cherchant dans ses yeux froids la trace d'une plaisanterie de mauvais goût, même si ce n'était pas dans ses habitudes de blaguer. Mais je ne trouvai rien de cela. Au contraire, je ne lisais que de la détermination. J'allais devoir me résigner. Prendre sur moi. Faire abstraction. L'enjeu était trop grand pour que ce... détail... représente un obstacle au bon déroulement de la mission. Il s'agissait d'anéantir la menace qui planait sur les projets de mon père... je ne pouvais pas tout gâcher en me laissant guider par des pulsions meurtrières.
 
-         ... J'essaierai d'éviter de les tuer, me contentai-je de répondre.
-         Tu n'as pas le choix... Ton arrivée ne doit pas coïncider avec des meurtres de Sang-de-Bourbe.
-         ...Je vous promets de me contrôler. Mais jamais je ne ferai semblant d'être amie avec. C'est... au-dessus de mes moyens.
-         Je comprends et je ne peux pas t'y forcer après ce que tu as traversé... 

Je gardai le silence, encore un peu troublée par cet aspect de ma mission. Elle était à la fois excitante et complexe. Un jeu de masque risqué et permanent.

-         Tu devras être une actrice parfaite, reprit mon père.
-         Mon Maître ne m'a enseigné que le meurtre parfait. En théorie et en pratique ! rétorquai-je avec une pointe d'amertume.
-         Je le sais. Ça va beaucoup te changer. Pour l'instant, tu as un palmarès incroyable... tu as rempli à la perfection chaque mission confiée. Et il va falloir continuer sur ta lancée. Même si celle-là est très différente des autres, à la fin, elle se terminera de la même façon. Ce n'est qu'une question de temps avant que ta lame transperce tes cibles.
 
Une vague de nostalgie m'envahit. Que faisait-il de mes contrats dans toute cette histoire ? Si j'allais à Poudlard, comment continuer le reste ?
 
-         Plus de contrat alors ?
-         Bien sûr que si, tu es capable de jouer sur deux tableaux à la fois non ?

 

Voilà qui sonnait beaucoup mieux. Tracker sans sa lame, c'est comme un loup sans crocs.

-        Aucun problème, assurai-je avec soulagement.
 
Le visage de mon père se détendit et un sourire étira légèrement ses lèvres.
 
-         Voilà qui me rassure. Je ne me voyais pas confier une mission aussi délicate à quelqu'un d'autre. Tu me sers énormément en acceptant cette mission. Elle devient ta priorité. Si je ne me trompe pas – et je sais que c'est le cas – tu apporteras sans doute la pierre la plus solide à notre édifice. Cette mission est de la plus haute importance. Tu devras la garder secrète, même avec les autres Mangemorts. Pour l'instant, il n'y a que Jack et Asesino qui sont au courant en dehors de toi et moi, ce qui m'a semblé inévitable.
 
Jack, c'était mon Maître, celui qui m'avait appris à devenir un assassin digne de ce nom. Asesino... c'était mon frère d'arme et de c½ur. Alors oui, je ne pouvais pas leur cacher cette mission étant donné qu'ils étaient les seules personnes dans ma vie que je fréquentais vraiment. Les seuls à connaître mon identité, et mon lien de parenté avec le Lord.
 
-       A  partir du 1er septembre, tu deviens Prudence Hunt, précisa mon père. Tu as grandi à l'orphelinat de Little Hangleton et tu as hérité de ton père récemment, te permettant d'étudier à Poudlard. Personne ne doit savoir que tu es une descendante de Jedusor et de Blade. Ces deux noms doivent rester secrets. Personne ne doit connaître ton passé. Pour eux, tu seras une fille normale, sans histoire. Tu n'auras aucun recours possible à la violence... uniquement à tes talents d'actrice pour conserver une couverture parfaite.  
-         Entendu Père.
 
Je fis demi-tour, impatiente de me lancer dans cette nouvelle mission. Cette nouvelle mission allait insufflait un vent inédit à mes activités.
 
-         Prue.
 
Je me retournai.
 
-         Tu ne pourras pas porter de masque à l'école comme tu le fais la plupart du temps. Là-bas, tu seras à visage découvert... tu ne devras rien laisser paraître pour ne pas te trahir.
 
Ce qui n'allait pas être difficile. Même si, comme l'a souligné mon père, je portais un masque tout le temps, même en-dessous, mon visage restait indéchiffrable.
 
-         Tu n'auras pas le droit à l'erreur. Ne me déçois pas...
-         Comptez sur moi.
-         En attendant, va trouver Orion. Je crois qu'il a un travail pour toi.
 
Je sortis sans plus attendre en remettant mon masque noir. « Travail » était souvent synonyme de « meurtre » en ce qui me concerne.

 
| Cachots |
 
Je venais d'arriver aux cachots, mais j'étais restée dans l'ombre. Avec ma tenue noire, j'étais invisible aux  yeux d'Orion et du prisonnier. Orion Black était incontestablement le serviteur le plus fidèle de mon père, avec Bellatrix Lestrange. Les familles Black et Malefoy étaient étroitement liées à lui. Mais aussi proches qu'ils puissent être, aucun Mangemort ne connaissait mon identité. Pour eux, j'étais Tracker, la tueuse à gages préférée de Lord Voldemort. Rien de plus. Ils avaient beau être fidèles et dévoués, mon père ne leur dévoilait jamais ses secrets. Ils ne savaient pas que j'étais la fille de leur Maître.
 
-         Ne sois pas borné Mike. Ça ne t'avancera à rien avec moi... dit Orion d'une voix doucereuse en tournant autour d'un prisonnier bien amoché.
 
Le prisonnier était à genoux au sol, les mains liées derrière le dos avec du barbelés. Son torse nu était couvert de sang et d'ecchymoses. Je regardai pensivement la scène, sans broncher.
 
-         Dis-moi où est ton traître de frère, et tout ira pour le mieux.
-         Vous me tuerez dans tous les cas...
-         C'est vrai. Mais si tu parles, j'épargnerais le reste de ta famille. Ta belle femme et tes deux adorables petites filles. Ce serait vraiment une tragédie qu'elles périssent alors qu'elles ne sont pas impliquées dans l'histoire...
 
La famille. L'amour. L'amitié. C'est ce qui rend une personne faible lors des séances de torture. La seule faille qui rend vulnérable n'importe quelle carapace. Raison pour laquelle j'étais l'une des meilleures tueuses. J'étais une louve solitaire, rattachée à rien, liée à personne. J'avais bien Asesino, mais ça faisait bien longtemps que je m'étais fermée à lui, me contentant d'une relation entre partenaires assez distante, malgré notre attachement indéniable. Je ne voulais pas m'ouvrir aux autres. Je voulais conserver une carapace blindée. Ainsi, le seul moyen de m'atteindre était l'affrontement direct. Et avec l'entraînement que j'avais, autant dire que cela frôlait l'impossible. 
 
-         Je ne sais pas où est mon frère, mais je sais comment le trouver.
 
Je sortis de mes pensées pour écouter avec plus d'attention les paroles du prisonnier.
 
-         Vous trouverez un certain Amo devant Barjow et Beurk  à 22h. Il porte un tatouage de croix sur chaque doigt. Il connaît bien mon frère. Vous pourrez peut-être en savoir plus avec lui.
Orion se pencha à l'oreille du prisonnier :

-         Je tiens à te signaler que c'est Tracker en personne qui va se déplacer... alors il vaudrait mieux  pour toi qu'elle ne se dérange pas pour rien.
-         Vous aurez ce que vous voulez. Je vous l'assure.
 
Orion se redressa et regarda dans ma direction. Il ne me voyait pas mais savait que j'étais là. Je ne manifestai pas ma présence pour autant et rebroussai chemin.

 
| Allée des Embrumes |
 
Jusque  là, le prisonnier disait vrai. Il y avait bien un gars attendant devant Barjow et Beurk, les doigts tatoués.
A 22h précises, il commença à bouger et je le suivis. Etant sur les toits, je n'avais aucune difficulté à me déplacer. Je sautai d'un toit à l'autre, agile et rapide. Je connaissais la ville par c½ur pour avoir traqué de nombreuses personnes depuis les hauteurs. Je pistai l'homme pendant plusieurs minutes jusqu'à ce qu'il entre dans un pub. Je m'allongeai sur les tuiles et reconnus près de la vitre le frère qu'Orion cherchait tant. J'attendis patiemment pendant près d'une heure qu'ils aient fini de discuter.
 
Quand je les vis enfin se lever, je descendis des toits pour me poster près de la porte du pub. Les deux hommes sortirent et je leur laissai un peu d'avance avant de marcher dans leurs pas. Ils avançaient maladroitement, l'esprit embrumé par les deux bouteilles de Vodka qu'ils s'étaient descendus. Ça me facilitait la tâche, ma cible ne pourrait pas transplaner. Le frère salua Amo et tourna dans une ruelle. Il devait habiter là. Quand il s'approcha d'une porte, je regardai autour de nous pour m'assurer que nous étions seuls. Ceci étant fait, je sortis mon couteau et me rapprochai rapidement de ma cible, l'entourant d'un bras autour de la gorge pour le tirer en arrière et lui planter la lame dans le c½ur. Je sentis son corps tressauter dans mes bras avant de s'affaisser. J'entrai en contact avec mon collier militaire, me servant de Portoloin pour rentrer au manoir.

 
| Domaine Voldemort |
 
Je me matérialisai dans l'immense jardin entourant le manoir de mon père. J'accompagnai lentement le corps de ma victime au sol, et passai ma main gantée sur ses yeux pour les clore à jamais. J'envoyai une boule de feu dans le ciel pour signaler mon retour et attendis. Orion vint me rejoindre rapidement.
 
-         Bon boulot Tracker, comme toujours.
 
Il cracha sur le corps de ma victime.
 
-         Ça faisait un bail que je voulais le voir mort ce chien. Tiens, pour  te remercier.
 
Il me lança une bourse remplie de gallions que j'attrapai au vol.
 
-         J'ai tué le prisonnier, informa Orion. Tu t'occupes de retrouver sa femme et ses gosses ?
-         Vous avez passé un accord. Il nous livrait son frère et en échange, on épargnait le reste de sa famille. Il a rempli sa partie, je remplirai la mienne. Laissez la famille en dehors de ça.
-         C'est toi qui vois... J'aurais pu allonger ta récompense pour ce petit supplément...
-         Je n'ai qu'une parole... rappelai-je en passant à côté de lui.
 
Ma partie de chasse était finie pour aujourd'hui.
 
 
Chapitre 1 : Le projet du Lord
 
Et voilà pour ce premier chapitre. Comment le trouvez-vous ? Pas trop déstabilisant de se retrouver dans la tête de la tueuse du Lord, programmée pour tuer les Maraudeurs ? ;)
En tout cas, j'espère que ce chapitre introductif vous a donné envie de voir le déroulement de cette fameuse mission. Vos avis et critiques sont attendus, alors lâchez-vous.

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1

Le mot de Tracker : L'art de tuer 27/09/2013

 
« Préméditer un meurtre revient à être le réalisateur d'un film policier... il faut imaginer le scénario et le mettre en scène de sorte à maîtriser ce que peut voir le spectateur. Une fois les différentes répétitions mentales effectuées, il ne reste plus qu'à enfiler la tenue et à se munir des accessoires pour jouer le rôle, parfaitement préparé.
L'avantage d'être à la fois scénariste, réalisateur et acteur, c'est la marge d'improvisation que l'on peut se permettre au moment de la représentation finale »
 
 

 

Tags : L'histoire d'un assassin - Partie 1 : L'amour d'un Assassin - tome 1 - le mot de Tracker

Chapitre 2 : Parties de chasse 02/10/2013

« Un bon prédateur doit savoir s'adapter à tout type de chasse... »
 
Chapitre 2 : Parties de chasse



Chapitre 2 : Parties de chasse




| 20 août 1976 – Londres – 10h20 |

La mission confiée par mon père nécessitait de nombreuses heures de préparation. J'avais déjà eu ce genre de mission auparavant, où je devais me rapprocher d'une cible avant de l'éliminer... mais cela n'avait été l'affaire que de quelques heures, ou de quelques jours grand maximum. Là... j'allais devoir faire la comédie pendant des années. Ça me rendait presque nostalgique. Fini mes cours particuliers, ma vie de quasi solitude, mes habitudes, ma totale liberté... j'allais devoir me calquer sur un rythme de vie qui n'était absolument pas le mien. Ça allait beaucoup me changer et me demander de prendre énormément sur moi.
En fait quand j'y pense, j'avais du mal à réaliser que j'allais réellement quitter le manoir. Ça faisait quatre ans que j'avais élu résidence ici, et je n'avais pas songé à bouger avant ma majorité. Cette mission me frustrait un peu, je dois l'avouer. Je n'aimais pas devoir contraindre mes projets. Mais d'un autre côté, je savais à quel point cette mission était importante pour mon père, donc j'acceptais de faire ce sacrifice de quelques années. Ça en valait la peine. Je souris à cette pensée. Je jouais un rôle majeur dans la réussite des projets de mon père depuis un peu plus de trois ans. C'est moi qui m'occupais de la plupart des missions sensibles. Et je savais que celle-là serait la plus difficile que j'ai jamais eu. M'infiltrer parmi l'ennemi avant même que celui-ci n'ait encore songé à attaquer, ou ne serait-ce que nous soupçonner, il fallait reconnaître que l'anticipation ne pouvait pas être plus parfaite.
Je savais que devenir une personne de confiance pour mes cibles ne se ferait pas en quelques jours et qu'il me faudra m'armer de patience. Cependant, ma réussite permettra à notre armée d'avoir constamment un coup d'avance, ce qui est primordial dans toute guerre. Je n'avais pas le droit d'échouer. Et je n'échouerai pas.


Pour l'heure, je devais momentanément oublier cette mission si spéciale pour me consacrer à une autre, plus habituelle. Mon père m'avait transmis un nouveau contrat, que je devais honorer dans les meilleurs délais. J'avais deux cibles.
La première était un flic ripou appartenant à la Brigade Criminelle Magique. Mais un vrai ripou ! Lorsqu'il était débutant et qu'il était envoyé sur les affaires de cambriolage, il récupérait une partie de l'argent retrouvé lors de l'arrestation des voleurs... Quand il est passé aux stup', il se mettait dans la poche une partie des drogues saisies... Et maintenant qu'il est à la crim', il s'occupe de tuer de temps à autre des informateurs précieux. Il faut reconnaître qu'il a bien évolué tout au long de sa carrière... Je ne pense pas que ce soit un infiltré envoyé par l'un des multiples groupes criminels du pays pour s'assurer de faire quelques nettoyages. Je pense plutôt que c'est un gars qui a pris goût au sang, et qui profite de sa carrière pour commettre des meurtres en toute impunité. C'est le problème de certains flics. A force de baigner dans le milieu, ils finissent par passer de l'autre côté de la barrière. Mais en général, c'est pour tuer les criminels... pas les indic.
Quoi qu'il en soit, du moment que la barrière est franchie, ce n'est plus qu'une question de temps avant d'être obligé de tuer. On ne peut être trafiquant de drogue sans avoir un peu de sang sur les mains. Et puis quand on est sur deux tableaux, on commet forcément des erreurs, et il faut éliminer les témoins.

Enfin, quelle que soit la raison de ses actes, ce petit jeu allait cesser sous peu, car tout en essayant de cerner son profil, je continuais de le suivre, écartant les gens sur mon passage pour me frayer un chemin parmi un bain de foule. Ah ces touristes... aussi pénibles en surnombre qu'utiles lors d'une traque en plein jour. Une excellente couverture mouvante dont je me servais souvent. Je gardais toujours une distance respective entre ma cible et moi, histoire de ne pas paraître suspecte. C'est fou, mais même en pleine ville, il arrive qu'on se sente observé ou suivi. Et alors on se retourne machinalement, enregistrant les visages les plus proches automatiquement d'un simple regard, sans même le vouloir. Et si cette sensation d'être traqué continue, on répète le geste, comme pour nous rassurer. C'est lors de cette deuxième vérification où l'on est plus en alerte que retrouver un même visage éveille notre suspicion. Certains s'en foutent, ne voyant là qu'une simple coïncidence, mais d'autres, plus prudents, adoptent un autre comportement. Changement d'itinéraire, observation plus attentive de l'environnement, recherche de la moindre excuse pour se retourner et confirmer ses doutes... l'instinct se met à exiger bien des précautions quand le danger commence à se faire ressentir.
C'était le cas pour ma cible, qui commençait à ralentir l'allure, m'obligeant à m'écarter aussi. Il ne s'était pas encore retourné, mais j'avais senti à sa démarche qu'il était en alerte. Ripou ou non, un flic qui connait son métier est habitué aux filatures. Mais peu importe son niveau. Il ne me remarquera pas. On se méfie rarement d'une jeune femme, plutôt bien foutue – loin de moi l'idée de me vanter -, qui marche paisiblement dans la ville. Les filatures rapprochées sont les seuls moments où je ne pouvais pas porter ma tenue d'assassin. Une personne entièrement recouverte de noir, gantée, avec une capuche suffisamment profonde pour dissimuler un masque ne passe pas vraiment inaperçue. Et dans les filatures, il faut absolument se fondre dans la masse, tel un caméléon.
Je me tournai vers l'abbaye de Westminster lorsque ma cible jeta un coup d'½il par-dessus son épaule. Je sortis un appareil photo et fis quelques clichés, prétexte pour m'arrêter et laisser repartir ma cible. Dix secondes plus tard j'étais à nouveau en route.

Il me fallut patienter une demi-heure encore avant d'avoir l'occasion d'agir. La patience était incontestablement l'un de mes meilleurs atouts. J'étais capable d'attendre des semaines si c'était nécessaire pour commettre le meurtre parfait. Je ne m'appelais pas Tracker pour rien. Heureusement, je n'eus pas besoin de repousser l'échéance aussi loin. S'engager dans une ruelle moins fréquentée ne peut signifier que deux choses : soit ma cible avait baissé sa garde, soit elle m'avait repéré et recherchait un lieu isolé pour une confrontation. Palpitant dans les deux cas.

Je me permis donc d'accélérer un peu pour le rattraper, jetant un bref coup d'½il aux personnes squattant les bords de rues. Beaucoup d'hommes me regardaient sur mon passage. Éliminer ma cible dans les prochaines minutes me placerait en haut de la liste des suspects. Ma démarche pressante montrait bien que je ne voulais pas perdre de vue la seule personne en mouvement dans cette rue. Ces quelques clochards qui me suivaient du regard n'étaient autres que de futurs témoins. J'imaginais déjà la scène, avec les flics : « Avez-vous vu ou entendu quoi que ce soit qui ait retenu votre attention ce matin entre 11h et 11h30 ? ». Si ces pauvres types étaient interrogés suffisamment vite avant que l'alcool vienne balayer mon souvenir de leur mémoire, certains répondront sans doute : « Oui, nous avons vu cet homme suivi de cette belle jeune femme quelques minutes avant l'heure du meurtre. Elle était étrange... on aurait dit qu'elle le suivait. »
Cette pensée me décocha un sourire en coin lorsque je tournai à l'angle de rue pour me retrouver dans une autre ruelle parfaitement déserte. Tuer maintenant reviendrait à me désigner aux enquêteurs. Un assassin digne de ce nom ne laisse jamais l'occasion aux flics de trouver une piste. Pourtant, je sortis quand même mon couteau pour poignarder ma cible dans le dos sans la moindre hésitation, l'accompagnant au sol doucement.
Je retirai la redoutable lame et vérifiai le pouls de ma cible. Morte, bien sûr. Je me relevai et croisai mon reflet dans la vitrine cassée d'une boutique fermée depuis des mois. Grande, rousse, bien foutue, jolie... un visage difficile à oublier. En tuant ici et maintenant, je laissais derrière moi six témoins. Les flics sauront retrouver ma trace. Pardon. SA trace. Le reflet auquel je souriais n'était pas le mien. C'était celui de ma seconde cible. C'est vers elle que pointeront toutes les pistes. Elle qui sera condamnée à mort pour avoir tué un flic. Bien évidemment, prendre l'apparence d'une autre personne ne suffit pas pour faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre. Il faut en plus que cette personne ait un mobile... et pas d'alibi. Ce dont je m'étais assurée avant de prendre en chasse ma cible. Pour enfoncer le clou davantage, j'allai de ce pas cacher l'arme du crime dans une résidence secondaire de la rousse. Il n'en faudra pas plus aux policiers pour monter un dossier suffisamment béton pour rendre justice à l'un de leurs collègues.

Il existe une quantité de façons différentes de commettre le meurtre parfait. L'une des méthodes consiste justement à être imparfait.  
 

| 22 août 1976 |

 
Comme je l'avais prévu, ma seconde cible avait été retrouvée, arrêtée, et condamnée à mort au vue des témoignages qui venaient appuyer des preuves irréfutables. Elle allait être exécutée d'ici une semaine bien qu'elle clame son innocence. Pour une fois qu'elle disait vrai...
Mon contrat ainsi honoré, je venais de recevoir ma récompense. Quelques dizaines de milliers de gallions pour un double meurtre qui ne m'avait demandé quasiment aucun effort. Oui, le métier de tueuse à gages est très bien payé. Il suffit d'avoir un esprit suffisamment ouvert à l'imagination criminelle pour préméditer les meurtres en quelques heures. Quand je ne m'amusais pas à improviser...
 
Enfin bref, il ne fallait pas se réjouir toute la journée. Comme convenu avec mon père, lorsque c'est lui qui me trouvait un contrat, je devais lui ramener la moitié du paiement. Il s'en servait pour mener à bien ses projets. Les hommes ont beau être motivés par la cause, il faut quand même balancer quelques sacs de gallions sous leur nez pour s'assurer de leur implication personnelle. Les équipements aussi devaient être payés. Donc comme tout cela coutait cher, on peut dire que mon père s'arrangeait toujours pour que je ne sois jamais au chômage. Je ne travaillais quasiment que pour lui, même si je me permettais quelques extras. Ah ce que j'aimais mon métier. Jamais un ennui. Toujours en pleine action. Et douée comme j'étais, autant dire que j'avais un grand avenir devant moi. J'étais en pleine ascension depuis un an, et je ne comptais pas m'arrêter. Bientôt, moi aussi je serai un maître-assassin. Le grade suprême des tueurs professionnels. Comme Jack.
 
J'arrivai devant la porte des appartements de mon père. Je tapai trois coups à la porte. J'attendis son autorisation avant d'entrer. En voyant qu'il n'était pas seul, je n'ôtai pas mon masque. Oui c'est l'une des particularités des tueurs à gages. Il faut toujours être méconnaissable. Nous ne serions pas des tueurs de l'ombre sinon. Quatre personnes dans ce monde connaissaient mon vrai visage. J'eus un pincement dans les entrailles en songeant que ma mission de long terme allait sérieusement allonger la liste.
 
-          Bien le bonjour Tracker, salua mon père.
-         Bonjour, répondis-je en jetant un ½il à la seconde personne présente. Je viens vous apporter le paiement de ma dernière mission.
-          Merci, pose-le sur mon bureau. Encore bravo pour ta réussite.
 
Je lui adressai un signe de tête et laissai la valise sur le bureau de mon père.
 
-        Je te présente Arctus, un nouvel allié, reprit mon père. Arctus, voici Tracker. Je pense que vous en avez déjà entendu parler.
-          Difficile d'ignorer votre nom, répondit ledit Arctus en serrant ma main gantée.

 

Je me contentai d'abaisser légèrement la tête pour le saluer.

-        Chacune de mes rencontres avec vos alliés me rassure, reprit-il à l'adresse de mon père. Vous êtes vraiment entouré d'excellents éléments.
-          C'est un critère indispensable pour faire partie des nôtres...
-          Avez-vous besoin de moi pour autre chose ? demandai-je à mon père.
-          Pas spécialement. Mais si tu t'ennuies, va voir la famille Enor...
 
Je n'eus pas besoin d'en demander plus pour comprendre de quoi il s'agissait. Je tournai les talons et sortis, retournant dans mes appartements pour aller chercher quelques équipements.
 

| . . . |

 
Voilà trente minutes que j'avais retrouvé la famille Enor. Je les observais, perchée tout en haut d'un arbre suffisamment feuillu pour me cacher. Un petit garçon jouait dans le jardin avec sa mère. Le père, lui, profitait du week-end pour se reposer dans sa chambre. Ma cible : cette adorable maman qui faisait mumuse avec son petit.

Là est le principal point sensible de mon travail : mes cibles. L'acceptation d'un contrat condamne à mort une personne. Mais ça va bien au-delà. C'est aussi accepter de déchirer une famille sans préparation, d'écourter une vie soudainement, brisant les rêves d'une personne, ses projets... accepter un contrat, c'est accepter de détruire une vie entière, et tout ceux qui y ont joué un rôle. Odieux n'est-ce pas ? Tuer pour de l'argent... mais là est ma particularité la plus étonnante, et la plus incroyable : je ne m'en prends jamais aux innocents.
On a beau m'attribuer les surnoms les plus noirs et redoutables, le « fantôme de la Mort » ne hante pas les âmes pures. Je ne fais pas couler n'importe quel sang. Question de conscience. Donc si j'étais en train de guetter une famille apparemment heureuse et sans histoire, c'est que j'avais une raison d'être là.
En effet, la mère, cette femme douce et aimante, n'était autre qu'une Sang-de-Bourbe. C'est comme ça qu'on appelle les voleurs de magie. En clair, ce sont des personnes qui s'accaparent les dons de sorciers pour en bénéficier eux-mêmes. Ces personnes représentent la plus grave insulte au monde de la sorcellerie. Ces gens, qui n'auraient jamais dû jouir de pouvoirs exceptionnels, sont allés démunir un sorcier. Ils osent dire être des nôtres. Ils osent essayer de se fondre dans la masse. De s'intégrer à un monde qu'ils n'auraient jamais dû connaître...
C'est pour ça que j'étais là. Pour rétablir l'ordre. Pour remettre les choses à leur place. Je ne pourrai jamais restituer les pouvoirs qui ont été volés à je ne sais quel sorcier. Mais je pouvais empêcher cette fausse sorcière de continuer à vivre dans ce monde qui n'était pas le sien. Mettre un terme à cette vie qu'elle a volée à un autre. Son mari savait-il que la soi-disant sorcière qu'il a épousée n'était rien d'autre qu'une misérable voleuse ?
Peu importe, le fait est qu'aujourd'hui, sa femme allait mourir. Je ne toucherai pas au mari, qui était un vrai sorcier. Je lui laissais le bénéfice du doute. S'il n'était pas au courant, je ne pouvais pas lui en vouloir. Je ne toucherai pas non plus à ce petit garçon, tout bâtard qu'il est, car il n'y était pour rien si sa mère était une voleuse. Il n'avait pas choisi de naître.
Elle par contre, rien ne l'excusait. Elle, elle devait disparaître.
L'honneur de la sorcellerie devait être racheté. Je n'appartiens pas aux  gens dits « tolérants » qui acceptent les Sang-de-Bourbe. Pour moi, intégrer des voleurs revient à relâcher un criminel. C'est injuste pour les victimes. C'est une insulte à la société. Une insulte impardonnable qui avait le don de me mettre hors de moi. Je ne supportais pas que ces gens puissent vivre impunément après ce qu'ils avaient fait. Ma haine était si grande à leur égard qu'il m'était souvent bien difficile de rester calme en leur présence. Je ne supportais pas qu'ils respirent. Moi qui suis toujours d'un naturel assez calme lors de mes meurtres, j'avoue qu'avec les Sang-de-Bourbe, contenir toute la rage que je ressentais envers eux relevait d'un grand contrôle sur mes nerfs. Mes pulsions étaient beaucoup plus dures à retenir. Personne ne se doutait que la célèbre Tracker, réputée pour sa patience, était sur le point de perdre le contrôle chaque fois que ma route croisait celle d'un Sang-de-Bourbe. Personne ne se doutait qu'à cet instant, c'était une lutte intérieure pour ne pas sortir de ma cachette et tuer ma cible, sans commettre le meurtre  parfait.
Mais encore une fois, j'avais un atout non négligeable : j'avais appris à me raisonner. Même quand je me sentais déraper. Il y avait toujours une petite voix pour apaiser cette folie meurtrière qui s'emparait de moi. Il y avait toujours cet instinct fort qui m'assurait le sang désiré. Je savais que ma proie ne m'échapperait pas. Personne ne le peut. Mais il est parfois dur de se contrôler lorsque l'envie devient aussi pressente.
 
Ce fut le cas lorsque je vis ma cible disparaître de mon champ de vision en accompagnant son petit à l'intérieur. Perdre la proie de vue n'est jamais appréciable pour le chasseur. Raison pour laquelle je descendis de mon perchoir en quelques secondes. Je longeai la grande haie, de l'autre côté du jardin, pour ne pas me faire remarquer. Bon sang que j'avais hâte de pouvoir me servir de ma baguette. Même si j'avais toujours réussi à me débrouiller sans à cause de cette foutue Trace, j'avoue que ça me faciliterait la tâche de l'avoir sur moi. A la place, je ne pouvais user que des sorts que je maîtrisais par la pensée, ce qui me demandait beaucoup d'anticipation pour préparer potions et objets ensorcelés avant de partir en chasse.
Une fois à hauteur de la maison, je m'accroupis, à l'affût. Comment entrer dans une maison, tuer et ressortir sans se faire remarquer, quand on sait pertinemment que la cible ne sera probablement jamais seule ?
Je me redressai et passai à travers la haie. Je me dirigeai vers un flan de la maison, à la recherche d'une ouverture. Je souris en poussant la fenêtre de la salle de bain, déverrouillée. Il est vrai qu'avec des tueurs de mon niveau, il y a peu de chance qu'un obstacle soit suffisamment puissant pour nous empêcher d'entrer lorsqu'on a décidé de passer. Mais quand même... les gens ne sont pas assez prudents. Parce qu'ils sont chez eux ils se croient en sécurité. Je ne vois pas pourquoi. Au contraire. C'est pire. Les gens sont bien plus faciles à isoler chez eux. A l'extérieur, l'environnement est plus vaste, les témoins plus nombreux, les activités de la cible moins prévisibles ; alors qu'au domicile, ces problèmes sont plus facilement gérables. Par contre, le petit souci, c'est lorsqu'on souhaite faire disparaître une personne. Quand je dis disparaître, c'est que je tue la cible bien sûr, mais je laisse planer le doute sur sa mort aux yeux du monde. C'est comme ça que j'agissais en général avec les Sang-de-Bourbe. Je les faisais disparaître. Ou je maquillais le meurtre en accident. Il ne fallait pas que les policiers comprennent que les Sang-de-Bourbe étaient pris pour cible à cause de leurs origines. Pas avant que mon père concrétise ses projets en tout cas. Et c'est dans ce type d'assassinat qu'il faut réfléchir beaucoup plus.
Ma cible était chez elle, avec sa famille, et je doutais qu'elle ait envie de sortir. La faire disparaître serait un mauvais choix. Comment faire gober que cette femme ait décidé de partir d'une minute à l'autre, sur un coup de tête ? Ça marche qu'avec les dépressifs et les cas sociaux ce genre d'histoire. Non là, il fallait agir différemment. L'accident me semblait être l'issue parfaite. Mais comment le provoquer ?
 
J'entrai dans la maison, ne sachant toujours pas comment agir. Très peu de tueurs étaient capables d'improviser le meurtre parfait. Moi je dois reconnaître que ça me semblait toujours simple. Evident même. Je n'avais qu'à suivre le chemin au fur et à mesure et prendre les bonnes décisions, au bon moment. Je ne pratiquais pas tout le temps ainsi, loin de là. Disons que parfois, le temps manque trop pour préméditer.
Ou l'envie de tuer est trop irrésistible. C'était le cas aujourd'hui. Raison pour laquelle j'avançais lentement dans un couloir donnant sur des portes multiples, sans savoir réellement où j'allais. Je me contentais de visiter, essayant de trouver l'occasion parfaite de tuer. Tout était si calme. C'est bizarre, quelques minutes avant seulement la mère et le fils faisaient un boucan pas possible en jouant dehors. Peut-être faisaient-ils silence à cause du père qui se reposait ?
Je poussai doucement la porte de la cuisine pour ne pas la faire grincer. Personne. J'entendis des pas au-dessus de moi. Apparemment, j'étais seule au rez-de-chaussée.
Il fallait que je trouve le moyen de faire descendre la femme. Seulement la femme. Mon regard fut attiré au-dehors. Le vent s'était légèrement levé. Je tournai sur moi-même, cherchant une quelconque arme. Ce n'est pas ce qui manque dans une cuisine... mais je ne voulais pas une arme habituelle... Il fallait que je provoque la mort. Simplement que je la provoque. Mais comment ?

Je regardai l'heure. 16h. Puis mes yeux se rivèrent sur la gazinière à côté de moi, me décochant un sourire. Facile. J'ouvris le gaz machinalement. Juste un peu. Pas assez pour que ça sente avant l'arrivée de ma cible. Je finis de détériorer le tuyau aussi, qui commençait déjà à être très légèrement fissuré. Après quoi je sortis, m'éloignant juste suffisamment pour surveiller la suite des évènements. Il fallait que je m'assure que le mari et l'enfant ne soient pas blessés. C'est une règle d'or. Un véritable tueur professionnel ne tue que sa cible. Sinon tout le monde peut le faire.
 
Comme je m'y attendais, la femme finit par redescendre vingt minutes après. Elle entra dans mon champ de vision par la fenêtre, et je m'assurai qu'elle était bien seule. Elle prit une casserole, resta quelques secondes devant levier, le temps de la remplir... elle la posa sur le gaz. Je sentis mon corps se tendre sous le courant électrique qui me traversait, dans la délicieuse attente du moment fatidique. Le suspens fut de courte durée. La femme ouvrit un peu plus le gaz et appuya sur l'allumeur, provoquant une explosion instantanée. Le souffle balaya la pièce, explosa les vitres, et l'appel d'air nourrit davantage les flammes. A cette vitesse, la maison n'en avait pas pour longtemps avant d'être engloutie par ce brasier.  L'explosion avait dû réveiller le père. Je restai encore quelques minutes pour m'assurer que le garçon et le père ne resteraient pas piégés. Je les vis s'échapper par la fenêtre et s'éloigner. L'homme sortit sa baguette pour projeter des vagues d'eau sur les flammes qui avaient atteint la taille des murs, et je ne fis rien pour l'en empêcher. La mère n'avait pas pu survivre à l'explosion.
J'avais atteint mon objectif. Et les deux innocents avaient survécu. Je pouvais quitter cet endroit.
 

 
| 23 aout 1976 – Manoir Voldemort – Appartements du Lord |

 
-          J'ai lu les journaux ce matin... bien joué pour la Sang-de-Bourbe... les flics n'y ont vu que du feu.
 
Je souris à mon père qui me montrait la Gazette sur son bureau. Comme d'habitude, les policiers étaient largués.
 
-          Vous vouliez me voir à quel sujet ? demandai-je.
-          Bellatrix a besoin de ton aide.
-          Où est-elle ?
-          A ton avis ?
 
Je ricanai. Question stupide. Bella ne pouvait être qu'aux cachots. C'était presque sa résidence secondaire tellement elle y passait du temps. Je m'y rendis donc sans plus tarder. Elle eut un sourire cruel en me voyant arriver. C'était la seule personne en laquelle voir une lueur d'excitation presque jouissive dans son regard posé sur moi me déplaisait. C'était une admiration mal placée. Même si de ce côté-là, ce n'était rien comparé à ce qu'elle ressentait pour mon père. Elle lui vouait un culte effrayant. Je sortis de mes pensées en la voyant se pencher sur son prisonnier et lui tourner la tête dans ma direction.
 
-          Regarde la Mort en face...
 
Je souris derrière mon masque en voyant la peur se dessiner sur le visage du prisonnier. Il est vrai qu'avec ma tenue entièrement noire qui ne laissait paraître aucune parcelle de mon corps et ma capuche profonde qui empêchait de voir mon masque, il était facile de m'associer à l'incarnation de la Mort. En fait, les rares personnes qui me voyaient de suffisamment prêt ne pouvaient discerner qu'un voile de fumée noire sur ma peau, rendant mon visage indistinct. Cette vision obscure et incertaine était l'assurance d'une fin toute proche.
J'entrai dans la cellule, prenant le temps de laisser couler des secondes que je savais pénibles pour le prisonnier.
 
-          J'ai appris que tu avais besoin de moi, lançai-je à Bellatrix en entrant dans la cellule.
-          J'ai tiré tout ce que je pouvais de lui...
-          Tu n'as tout de même pas besoin de mon aide pour le tuer ? narguai-je.
-          Lui non. Mais sa famille oui.
 
Je marquai un instant d'arrêt, retrouvant tout mon sérieux. Bella savait que je n'acceptais pas ce genre de travail, alors pourquoi me solliciter ?
 
-          Sa famille... ? répétai-je.
-         Ce minable n'a pas su tenir sa chienne de femme et ses merdeux de gosses. Quand le Maître leur a proposé gentiment de se joindre à nous, le mari à accepter... et a essayé de nous trahir après. Lâche comme il est, il a cherché à fuir. Les gosses ont pensé qu'envoyer une lettre d'injures pour justifier les agissements de leur père nous dissuaderait de les pourchasser... Amusant non ?
 
Je serrai les dents. Grossière erreur. L'honneur de mon père devait être racheté. Et la seule monnaie acceptée dans ces cas-là... c'est le sang. Je regardai le prisonnier apeuré. Pourquoi avoir joué avec le feu quand on sait pertinemment qu'on va se brûler ? Pensait-il sérieusement être capable d'échapper à mon père ?
 
-          Qui sont-ils ? demandai-je à voix basse.
-          Les Amilton. Ils ont quitté leur domicile par précaution, mais ça ne devrait pas te poser problème...
-      Je vais les chercher... ne le tue pas avant mon retour, dis-je en désignant le prisonnier.
 
Celui-ci avait beau être bâillonné, il se débattait de toutes ses forces en gémissant dans son foulard. Apparemment, il devait suffisamment avoir entendu parler de moi pour savoir que je ne reviendrai pas sans sa famille. Je partis donc la recherche des fuyards, et même s'il ne me fallut qu'une heure pour les localiser et trouver un moyen de les piéger, j'attendis encore un peu, histoire que le père souffre de cette insupportable attente avant de lui infliger le coup de grâce. Cruel je sais. Je ne l'étais pas d'habitude... sauf quand c'est personnel. Là je libère vraiment la bête, sans la moindre retenue. Il s'agissait de l'honneur de mon père... de respect... de trahison... Je n'avais pas la moindre raison de calmer ma colère. Les Amilton devaient payer pour leur faute.

 
| . . . |
 

-      Personne n'est à l'abri avec toi...  se réjouit Bella en me voyant revenir accompagnée des trois cibles.
 
Je ne répondis pas et me contentai de faire entrer la famille dans la cellule. Le mari se débattait avec frénésie, faisant rire Bella. Un rire cruel et un peu fou qui avait le don de donner la chair de poule à n'importe qui. Il laissait supposer le degré de démence qui abritait ma collègue, et même moi ça m'impressionnait de constater à quel point il était élevé.
 
-            A genoux, ordonnai-je à mes trois proies.
-         Va te faire foutre. On n'a pas d'ordre à recevoir de ta part ! cracha l'un des deux ados.
 
Ah... la crise d'adolescence. Le désir obsessionnel de faire l'inverse de ce qui est demandé et de toujours ouvrir grand la gueule quand il ne le faut pas. Par chance, j'avais échappé à cette période plus que détestable, même si j'avais le même âge que ma proie. Je lui mis un coup de genou derrière le sien, le forçant à plier. Il tenta bien de se relever, mais je le frappai si fort au visage qu'il tomba sur le côté, sous les cris de sa stupide mère.
 
-          Si vous êtes réunis ici... soufflai-je. C'est bien à cause de votre manque de respect.
-          T'es qui au juste ? demanda le frère sur un ton de défi.
-          Taisez-vous, implora la mère, toute tremblante.
-        Mais non voyons, laissez-les s'exprimer... dis-je calmement. Vous ne ressortirez pas vivants d'ici de toute façon, alors je leur laisse le plaisir de déballer leur sac. Pour répondre à ta question petit, je suis celle que l'on surnomme le fantôme de la Mort... et je te prie de croire que ce n'est pas une exagération...
 
Le ton calme et assuré de ma voix les fit blêmir. Mourir. Ils allaient tous mourir. Ici et maintenant. Je n'osais imaginer ce que pouvaient ressentir les deux parents à cet instant. Et je devinais aisément la peur des deux ados malgré leur air rebelle. Difficile de vouloir continuer à jouer avec le feu quand on sait que la prochaine brûlure sera mortelle. Inévitable.
J'ôtai le foulard de la bouche du père, pour qu'il puisse prononcer ses dernières paroles.
 
-          Je vous accorde le privilège de pouvoir tous vous dire adieux...
 
Les nerfs de l'homme craquèrent littéralement. Il se mit à hurler un flot d'excuses, essayant d'obtenir ma clémence. J'avais envie de le frapper pour une telle attitude. C'était de sa faute si on en était arrivé là et seulement la sienne !
 
-          Il est inutile de me supplier, dis-je froidement en posant ma main gantée contre sa bouche, ne supportant plus ses cris. Voilà ce qu'il en coûte de défier le Lord. Je te laisse une dernière chance de t'adresser à ta famille. Mais n'essaie pas d'implorer ma grâce... le Lord n'acceptera tes excuses que lorsque votre sang aura fini de couler.
 
Je vis dans ses yeux larmoyants un désespoir et un chagrin infinis. De la culpabilité aussi. Oui, il s'en voulait de s'être attiré les foudres du Lord. Il s'en voulait d'avoir provoqué lui-même notre rencontre. Et malgré la colère impulsive que j'avais pu ressentir en apprenant qu'il avait trahi mon père... moi aussi je regrettais que toute la famille soit impliquée. J'aurais préféré qu'il soit le seul à payer le prix. J'aurais aimé laisser repartir le restant de la famille. Mais je savais que le Lord ne pouvait se contenter de sa seule vie. Il voulait tous leurs cadavres, et je ne pouvais rien contre sa volonté.
 
-          Je suis désolé mes amours, souffla l'homme lorsque je retirai ma main en m'éloignant. Pardon... Je vous aime.
 
Sa femme pleurait tellement qu'elle était incapable de lui répondre. Les ados se débattaient avec fureur, criant tout ce qu'ils pouvaient. Je les comprenais. C'était terrifiant d'avoir le temps de voir la Mort arriver. C'était une sensation qui irradiait le corps, n'épargnait rien aucun nerf et rendait la respiration difficile. Alors, jugeant qu'ils avaient assez attendus, je sortis mon couteau et me plaçai devant la femme.
 
-          S'il vous plait non... implora ma cible. Je m'excuse... mes fils aussi... ne nous tuez pas... nous ferons tout ce que vous voudrez...
 
Je fermai les yeux pour ne plus voir les siens pendant quelques secondes. Je pris une profonde inspiration et serrai un peu plus le manche de mon couteau, avant que je me décide à poursuivre ce qui devait être fait. Je lui plantai la lame dans le c½ur d'un geste brusque et précis, me baissant pour la retenir afin de l'accompagner lentement au sol, sous les cris du restant de la famille. Ne supportant plus leurs hurlements qui m'irradiaient le corps, je me redressai et sortis deux lames fines qui fusèrent sur les deux ados pour les tuer en même temps. Après quoi, j'allai détacher le père, me plaçant derrière lui. Il tomba à genoux près des corps de sa famille, brisé. Il avait cessé de crier et de se débattre. Il était complètement vidé désormais. La cellule était souillée du sang des trois victimes. Du sang de sa famille. Il était incapable de se détacher des cadavres devant son regard.
 
-          Tu aurais dû savoir que le Seigneur des Ténèbres ne se laisse ni trahir, ni insulter. Par personne. Tu aurais dû laisser ta famille en dehors de tes affaires. Toi seul aurais péri de ma lame.
 
Je l'attrapai à la tête pour le tenir droit pendant que ma lame glissait sur sa gorge. Il hoqueta quelques fois alors que le sang s'écoulait, avant de s'affaisser lourdement, mettant un terme à ce terrible règlement de compte.
 
-          Putain Tracker tu aurais pu me laisser ce plaisir, grommela Bella.
 
Je serrai les dents en me redressant, le poing serré. Je savais qu'elle avait savouré chacune des mises à mort... et qu'elle appréciait observer la scène de crime dans les moindres détails, regrettant de ne pas être à l'origine de ces meurtres.

-          Fallait te manifester plus tôt, dis-je sèchement. Débarrasse-toi des corps.
 
Elle m'adressa un signe de tête et commença à lancer des sorts aux corps des victimes pour les transporter. Je laissai Bella partir. Elle allait amener mes victimes au «cimetière». Un endroit au fond du jardin où étaient enterrées de nombreuses autres personnes. Pas de tombe, rien. Juste une immensité de fleurs qui cachait les histoires sanglantes qui s'étaient déroulées dans ce manoir.
Je finis par me détourner du bain de sang de la cellule, chassant les visages de mes victimes de mon esprit. Il était temps pour moi de  remonter dans mes appartements. Il fallait que je nettoie ma lame... et prépare ma prochaine mission.
 
 
Chapitre 2 : Parties de chasse
 
Et voilà pour ce second chapitre, parsemé de cadavres. Trois parties de chasse très différentes ont été mises en scène... dans le but de vous présenter Tracker sous différents angles. Qu'en retirez-vous ? Quelles sont vos impressions ?
Tracker est détestable n'est-ce pas ? Et pourtant... le temps vous apprendra à l'apprécier. Si si, je vous assure ;)

Le prochain chapitre entrera dans le vif du sujet, puisque nous reprendrons le cours de la vie de Tracker au 1er septembre, jour de la rentrée... et de son arrivée à Poudlard.
 
 

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